1. Résumé / Abstract
La Liste de contrôle de la régulation des émotions (en anglais, Emotion Regulation Checklist ou ERC), développée initialement par Ann M. Shields et Dante Cicchetti (1995, 1997), constitue l’un des instruments hétéro-évaluatifs les plus largement exploités et validés à l’échelle internationale pour mesurer les processus de régulation et de dysrégulation affective chez l’enfant et l’adolescent d’âge scolaire et préscolaire. Conçue à l’origine pour évaluer l’impact des traumatismes développementaux et de la maltraitance parentale sur le fonctionnement socio-émotionnel, l’échelle se compose de 24 items notés sur une échelle ordinale de type Likert en 4 points (allant de 1 = Rarement ou jamais à 4 = Presque toujours). L’évaluation est réalisée par des adultes familiers de l’enfant, typiquement les parents, les tuteurs légaux, les enseignants ou les éducateurs référents.
Sur le plan structurel, l’analyse factorielle a mis en évidence une organisation robuste bi-factorielle. La première sous-échelle, intitulée Labilité / Négativité émotionnelle (Emotion Lability/Negativity, comprenant 15 items), quantifie l’inflexibilité émotionnelle, la réactivité colérique, les changements d’humeur imprévisibles, l’impulsivité et l’expression inadéquate d’affects négatifs intenses. La seconde sous-échelle, nommée Régulation émotionnelle (Emotion Regulation, comprenant 8 items après exclusion ou intégration spécifique selon les modèles de cotation), évalue l’expression émotionnelle contextuellement adaptée, la conscience empathique, la flexibilité transitionnelle et la capacité à moduler l’excitation ou à récupérer d’une détresse. Les propriétés psychométriques de l’ERC attestent d’une excellente consistance interne (avec des coefficients alpha de Cronbach variant généralement de 0,80 à 0,90 pour la sous-échelle Labilité/Négativité, et de 0,70 à 0,83 pour la sous-échelle Régulation), d’une stabilité test-retest substantielle, ainsi que d’une validité de construit, convergente et discriminante solidement étayée auprès de populations cliniques et tout-venant.
2. Mots-clés / Keywords
Régulation émotionnelle, Emotion Regulation Checklist, ERC, dysrégulation affective, labilité émotionnelle, psychopathologie développementale, évaluation pédiatrique, adaptation psychosociale, compétences socio-émotionnelles, validation psychométrique, enfants d’âge scolaire, Dante Cicchetti.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conceptualisée et standardisée par des figures de premier plan de la psychopathologie développementale et de la psychologie clinique infantile :
- Ann M. Shields, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse en psychologie du développement, affiliée au Mt. Hope Family Center et au Département de psychologie clinique et sociale de l’Université de Rochester (Rochester, New York, États-Unis). Ses travaux pionniers portent sur les interactions entre maltraitance, attention exécutive et émergence de l’agressivité réactive chez l’enfant.
- Dante Cicchetti, Ph.D. : Professeur émérite titulaire de la chaire McKnight Presidential Chair au Institute of Child Development de l’Université du Minnesota, et directeur fondateur historique du Mt. Hope Family Center à l’Université de Rochester. Théoricien fondateur du courant de la psychopathologie développementale (Developmental Psychopathology), il a publié des centaines de monographies et d’articles empiriques sur la résilience, le neurodéveloppement dans les contextes de stress toxique et les perturbations des systèmes affectifs.
4. Objectif / Purpose
Le développement de l’Emotion Regulation Checklist s’inscrit historiquement dans la nécessité théorique et méthodologique de disposer d’une mesure écologique, concise et standardisée, capable d’opérationnaliser les processus complexes de gestion des affects chez les enfants. Avant la parution des travaux de Shields et Cicchetti (1995, 1997), les praticiens et chercheurs devaient souvent recourir soit à des paradigmes d’observation en laboratoire — hautement standardisés mais coûteux, chronophages et manquant parfois de validité écologique —, soit à des inventaires comportementaux généraux (tels que la Child Behavior Checklist ou CBCL d’Achenbach) qui mesurent des symptômes psychopathologiques larges (internalisés/externalisés) sans cibler précisément les mécanismes intra- et interpersonnels de la régulation émotionnelle.
L’ERC a donc été conçue pour répondre à plusieurs objectifs fondamentaux :
- Évaluation écologique des comportements affectifs quotidiens : Permettre aux adultes qui observent l’enfant dans des milieux de vie naturels et diversifiés (foyer familial, classe, cour de récréation, activités récréatives) de fournir un rapport empirique sur sa dynamique émotionnelle globale.
- Différenciation entre modulation adaptée et dysrégulation : L’ERC ne se limite pas à comptabiliser la survenue d’émotions dysphoriques ; elle examine la capacité de l’enfant à ajuster l’intensité, la durée et la valence de ses états affectifs aux exigences situationnelles et sociales.
- Recherche translationnelle sur les populations à risque : L’outil a été initialement élaboré pour décrypter les mécanismes par lesquels la maltraitance infantile, le rejet parental ou l’adversité socio-économique altèrent le développement affectif, prédisposant ainsi à l’agressivité réactive, aux troubles des conduites, aux troubles de l’attachement ou à l’anxiété.
- Utilisation en pratique clinique et interventionnelle : En milieu pédopsychiatrique, médico-éducatif et scolaire, l’ERC sert d’outil de dépistage précoce des déficits de flexibilité émotionnelle, de support au diagnostic différentiel (par exemple, pour distinguer les manifestations du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité [TDAH] de celles d’un trouble de l’humeur ou du trouble oppositionnel avec provocation), et d’indice d’efficacité thérapeutique pour surveiller l’évolution d’enfants engagés dans des programmes d’entraînement aux compétences socio-émotionnelles ou de psychothérapie cognitivo-comportementale.
5. Construit psychologique / Construct
Le concept de régulation émotionnelle est défini par James J. Gross, Richard Thompson et Dante Cicchetti comme l’ensemble des processus extrinsèques et intrinsèques responsables de la surveillance, de l’évaluation et de la modification des réactions émotionnelles — en particulier de leurs caractéristiques d’intensité et de dynamique temporelle — afin d’atteindre des buts personnels et d’assurer une adaptation fonctionnelle à l’environnement. L’ERC opérationnalise ce construit bidimensionnel à travers deux polarités interdépendantes mais statistiquement distinctes :
1. Labilité émotionnelle / Négativité (Emotion Lability/Negativity)
Cette dimension regroupe 15 items et quantifie le degré de dysfonctionnement régulateur, caractérisé par une instabilité affective majeure, une réactivité disproportionnée aux stresseurs mineurs et une tendance marquée aux manifestations d’affects dysphoriques ou hostiles. Les caractéristiques centrales de ce construit incluent :
- La labilité de l’humeur et l’imprévisibilité : L’enfant oscille rapidement et brutalement d’un état hégémonique positif à une détresse ou une hostilité vive sans transition graduelle identifiable (ex. Item 2 : « Exhibits wide mood swings… »).
- L’intolérance à la frustration et les colères explosives : Tendance prononcée à manifester des explosions de fureur et des crises de rage lorsque des limites lui sont imposées ou que des obstacles entravent ses désirs immédiats (ex. Item 6 : « Is easily frustrated » ; Item 8 : « Is prone to angry outbursts/tantrums easily » ; Item 14 : « Responds angrily to limit setting by adults »).
- L’inadéquation sociale des affects : Réactions hostiles, méfiantes ou apeurées en réponse à des sollicitations neutres ou bienveillantes venant des pairs (ex. Item 19), ou manifestation d’un plaisir inadapté devant la souffrance d’autrui (ex. Item 10 : « Takes pleasure in the distress of others… »).
- L’hyper-exubérance intrusive et l’impulsivité : Incapacité à modérer des bouffées d’énergie qui perturbent l’entourage et envahissent l’espace social (ex. Items 13, 20 et 22).
2. Régulation émotionnelle (Emotion Regulation)
Cette dimension regroupe 8 items clés et saisit l’efficacité des mécanismes adaptatifs d’autorégulation, la modulation contextuelle appropriée et la maturité socio-émotionnelle. Ce domaine englobe :
- La flexibilité transitionnelle et le retour au calme : L’aptitude à passer sans heurt d’une activité stimulante à une activité calme, ainsi qu’à récupérer rapidement d’une frustration ou d’une détresse sans bouderie prolongée ni rumination sombre (ex. Item 4 : « Transitions well from one activity to another… » ; Item 5 : « Can recover quickly from upset or distress… »).
- La réceptivité relationnelle et l’empathie : Capacité à répondre de manière chaleureuse aux approches amicales des adultes et des pairs (Items 3 et 7), alliée à une sensibilité authentique à la souffrance d’autrui (Item 21 : « Is empathetic toward others… »).
- La conscience émotionnelle et l’expression verbale : Capacité à identifier et à étiqueter verbalement ses propres états émotionnels complexes (Item 15 : « Can say when he/she is feeling sad, angry, or mad, fearful or afraid »), ce qui constitue un prérequis cognitif fondamental à la négociation sociale et à la résolution constructive de conflits.
- Le délai de gratification et la modulation de l’excitation : L’aptitude à différer une récompense immédiate pour atteindre un but différé (Item 9 : « Is able to delay gratification ») et à contenir l’excitation motrice dans des environnements qui exigent le calme (Item 11).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de l’ERC prend racine dans le modèle intégratif de la psychopathologie développementale forgé par Dante Cicchetti, Norman Garmezy, Michael Rutter et Alan Sroufe. Cette perspective appréhende le développement humain non pas comme une simple accumulation d’acquisitions linéaires, mais comme une suite d’organisations hiérarchiques et transactionnelles où l’enfant résout des tâches développementales successives. La régulation des émotions représente une tâche développementale charnière de la petite et moyenne enfance : son issue conditionne la réussite des tâches ultérieures, telles que l’intégration au groupe de pairs, la réussite scolaire et l’élaboration de relations d’attachement sécurisantes.
Le cadre théorique convoque également la théorie des systèmes fonctionnels des émotions (Carroll Izard, Nico Frijda). Selon ce paradigme, les émotions ne sont pas des perturbations passives ou des épiphénomènes chaotiques, mais des processus adaptatifs organisateurs conçus pour orienter l’attention, motiver l’action et réguler les communications interindividuelles. Chez un enfant dont le système est fonctionnel, les émotions fournissent des informations fiables sur l’environnement et adaptent la physiologie et le comportement aux défis rencontrés. À l’inverse, une dysrégulation émotionnelle résulte souvent d’environnements atypiques, incohérents ou hostiles (ex. maltraitance, négligence, conflits conjugaux chroniques), au sein desquels l’expression d’affects extrêmes constituait initialement une stratégie de survie paradoxale avant de devenir inadaptée dans les contextes sociaux ordinaires.
Sur le plan socio-cognitif, l’ERC s’appuie sur le modèle de traitement de l’information sociale (Social Information Processing) formalisé par Kenneth Dodge. Shields et Cicchetti ont démontré que les enfants maltraités présentent des biais d’attribution d’intention hostile, lesquels sont exacerbés par une labilité émotionnelle intense. Lorsque la capacité à moduler l’affect négatif est déficiente, le contrôle exécutif et l’attention sélective s’effondrent, ce qui précipite l’enfant dans des comportements d’agressivité réactive ou d’évitement social dysfonctionnel.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’ERC a été confirmée par de multiples études empiriques menées auprès d’échantillons diversifiés en Amérique du Nord, en Europe et en Asie.
Validité de construit et validité factorielle
Dans l’étude princeps de Shields et Cicchetti (1997) portant sur des enfants scolarisés tout-venant et maltraités, l’analyse factorielle exploratoire avec rotation oblique a mis en évidence une structure bipolaire nette. La solution à deux facteurs explique une part prépondérante de la variance totale des scores (environ 40 % à 50 % selon les cohortes). Ces résultats ont été répliqués par de nombreuses analyses factorielles confirmatoires ultérieures (e.g., Kim & Cicchetti, 2010 ; Molina et al., 2014), démontrant des indices d’ajustement satisfaisants (CFI > 0,90, TLI > 0,90, RMSEA < 0,06) pour le modèle bi-factoriel oblique.
Validité convergente
L’ERC montre de fortes corrélations théoriquement attendues avec des mesures comportementales et cliniques établies :
- La sous-échelle Labilité / Négativité est corrélée positivement et significativement avec les échelles d’externalisation (agressivité, délinquance, impulsivité) du Child Behavior Checklist (CBCL) et du Teacher Report Form (TRF), avec des coefficients $r$ oscillant entre 0,55 et 0,72 ($p < 0,001$).
- La sous-échelle Régulation émotionnelle présente des corrélations positives robustes ($r = 0,45$ à $0,65$) avec les évaluations de la compétence sociale des pairs, la popularité sociométrique, la flexibilité cognitive et les scores de comportement prosocial de la Social Competence Scale.
- Des convergences significatives ont également été rapportées avec des mesures physiologiques de régulation autonome, notamment la variabilité de la fréquence cardiaque (arythmie sinusale respiratoire ou RSA) au repos et lors de tâches inductrices de stress.
Validité discriminante et différentielle
L’ERC différencie avec une sensibilité élevée les groupes cliniques des groupes témoins :
- Les enfants victimes de maltraitance physique, psychologique ou de négligence obtiennent systématiquement des scores de Labilité/Négativité significativement plus élevés et des scores de Régulation émotionnelle plus faibles que les enfants non maltraités appariés sur le statut socio-économique (Shields & Cicchetti, 1997, 1998, 2001).
- L’instrument distingue efficacement les enfants présentant un trouble oppositionnel avec provocation (TOP) ou un TDAH de leurs pairs neurotypiques.
- L’accord inter-évaluateurs (parents et enseignants) révèle des coefficients de corrélation modérés à élevés ($r = 0,35$ à $0,55$), ce qui est typique et conforme aux standards métrologiques des échelles comportementales hétéro-évaluatives où les contextes d’observation varient entre la maison et l’école.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’ERC a fait l’objet de vérifications métrologiques exhaustives, attestant d’une excellente consistance interne et d’une remarquable stabilité temporelle :
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
- Sous-échelle Labilité / Négativité : Dans les travaux originaux de Shields et Cicchetti (1997), le coefficient $\alpha$ de Cronbach s’élevait à 0,96 lorsqu’évalué par des conseillers de camps d’été et observateurs entraînés, et se situait à 0,89 pour les enseignants. Dans la vaste littérature de réplication indépendante (échantillons communautaires et cliniques), l’alpha se maintient de manière consistante entre 0,82 et 0,92.
- Sous-échelle Régulation émotionnelle : L’alpha de Cronbach rapporté dans la publication princeps était de 0,83 pour les observateurs et de 0,75 pour les enseignants. Dans les études contemporaines, les valeurs publiées varient généralement entre 0,70 et 0,84, ce qui démontre une cohérence interne tout à fait satisfaisante pour une sous-échelle brève de 8 items hétérogènes recouvrant l’empathie, la verbalisation et la modulation motrice.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Les investigations portant sur la stabilité temporelle de l’ERC sur des intervalles courts et moyens (de 2 semaines à 3 mois) attestent d’une bonne consistance :
- À 2 semaines d’intervalle, les corrélations test-retest rapportées chez les parents s’élèvent à $r = 0,84$ pour la Labilité/Négativité et $r = 0,78$ pour la Régulation émotionnelle.
- Sur un intervalle longitudinal de 6 mois à 1 an, la stabilité demeure modérée à forte ($r$ oscillant entre 0,55 et 0,70), reflétant à la fois la continuité dispositionnelle des traits tempéramentaux et la sensibilité de l’instrument aux changements développementaux ou aux événements de vie intervenus au sein de la famille.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le statut structural de l’ERC a été établi au travers de plusieurs phases analytiques rigoureuses :
Structure originale (Shields & Cicchetti, 1997)
À partir d’une série initiale d’items conçus pour refléter les patterns de dysrégulation affective documentés cliniquement chez les enfants traumatisés, Shields et Cicchetti ont mené une analyse factorielle exploratoire (AFE) par la méthode des axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin). Cette analyse a extrait deux facteurs principaux ayant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures au critère de Kaiser ($> 1,0$) et confirmées par l’examen du diagramme d’éboulis (scree plot de Cattell) :
- Facteur 1 : Labilité / Négativité (15 items) : Ce facteur regroupe les items 2, 6, 8, 10, 13, 14, 17, 18, 19, 20, 22 et 24, ainsi que certains items négativement formulés (tels que les items 12 et 16 selon les modèles). Les saturations factorielles (factor loadings) pour ces items sont particulièrement élevées, s’échelonnant typiquement de 0,48 à 0,86. L’item 8 (« prone to angry outbursts ») et l’item 2 (« wide mood swings ») s’avèrent être les plus fortement saturés sur ce facteur.
- Facteur 2 : Régulation émotionnelle (8 items) : Ce facteur agrège les items 1, 3, 5, 7, 9, 15, 21 et 23. Les saturations factorielles y sont uniformément substantielles, comprises entre 0,42 et 0,78. L’item 5 (« recover quickly from upset ») et l’item 4 (« transitions well ») figurent parmi les marqueurs les plus nets de cette dimension d’ajustement adaptatif.
- Corrélation inter-factorielle : Bien que les deux dimensions représentent des facettes théoriquement complémentaires, elles partagent une corrélation négative modérée ($r \approx -0,40$ à $-0,60$), confirmant qu’une instabilité émotionnelle aiguë entrave l’exercice des stratégies régulatrices proactives sans pour autant rendre ces deux construits parfaitement redondants.
Analyses factorielles confirmatoires et invariance
Les investigations ultérieures d’Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) conduites sur de grandes cohortes d’enfants d’âges variés (notamment par Miller et al., 2006 ; Graziano et al., 2007 ; Molina et al., 2014) ont comparé le modèle bi-factoriel à un modèle unifactoriel global. Les indices statistiques valident sans équivoque la supériorité du modèle à deux facteurs corrélés :
- Indices de bon ajustement : $\chi^2/dl < 2,5$, $RMSEA le 0,058$ ($IC_{90%} = [0,050; 0,066]$), $SRMR le 0,054$, $CFI ge 0,92$, $TLI ge 0,91$.
- Des analyses d’invariance de mesure ont également confirmé l’invariance configurationnelle et métrique de la structure à travers les genres (garçons vs filles) et à travers les groupes d’âge (enfants d’âge préscolaire vs enfants d’âge scolaire), autorisant des comparaisons intergroupes valides.
10. Instrument de mesure / Instrument
La passation et la gestion technique de l’ERC reposent sur des paramètres standardisés précis :
- Nom complet de l’instrument : Emotion Regulation Checklist (ERC).
- Nature du test : Hétéro-questionnaire psychométrique standardisé (évaluation par un tiers observant).
- Informateurs cibles : Parents, tuteurs, enseignants, éducateurs spécialisés, psychologues scolaires ou professionnels de la petite enfance ayant une connaissance suffisante de l’enfant dans ses activités quotidiennes (au minimum plusieurs semaines de contact régulier).
- Population cible : Enfants et préadolescents âgés de 3 à 12 ans (parfois étendu jusqu’à 14 ans dans certaines études cliniques sur l’adolescence précoce).
- Nombre total d’items : 24 items rédigés sous forme d’énoncés comportementaux brefs et univoques.
- Format des réponses : Échelle ordinale de Likert en 4 points :
- 1 = Rarely or Never (Rarement ou jamais)
- 2 = Sometimes (Parfois)
- 3 = Often (Souvent)
- 4 = Almost Always (Presque toujours)
- Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes par enfant.
- Procédure de cotation et de scoring :
- Sous-échelle Labilité / Négativité (15 items) : Obtenue en sommant les scores des items correspondants (items 2, 6, 8, 10, 13, 14, 17, 18, 19, 20, 22, 24, ainsi que 12 et 16, et l’item 23 recodé selon certaines versions). Un score élevé indique un niveau marqué de labilité, d’impulsivité, de réactivité colérique et d’inadaptation émotionnelle.
- Sous-échelle Régulation émotionnelle (8 items) : Obtenue en sommant les items positifs reflétant la régulation adaptée (items 1, 3, 5, 7, 9, 15, 21, et 4). Un score élevé traduit un répertoire riche de stratégies adaptatives, une aisance transitionnelle et une expression émotionnelle contextuellement ajustée.
- Items inversés : Certains protocoles préconisent d’inverser les items positifs si l’on cherche à calculer un score composite global de « dysrégulation émotionnelle » ; néanmoins, la littérature recommande expressément de traiter les deux sous-échelles comme des variables continues séparées pour respecter leur spécificité fonctionnelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de première formulation et présentation scientifique : 1995 (présentation par Ann M. Shields et Dante Cicchetti lors de la réunion biennale de la Society for Research in Child Development à Indianapolis).
- Année de publication princeps validée par les pairs : 1997 (revue Developmental Psychology).
- Statut du droit d’auteur et permissions : L’instrument relève du domaine de la recherche académique en libre accès non commercial (open-access academic instrument). Il n’a pas été concédé à un éditeur commercial payant de tests psychométriques. Les chercheurs et cliniciens sont autorisés à utiliser, traduire et administrer l’échelle à des fins scientifiques, universitaires et d’évaluation clinique non lucrative sans versement de redevances, sous réserve de citer scrupuleusement les publications originales de Shields et Cicchetti (1997, 1998).
- Tarifs : Gratuit pour l’usage académique et clinique non lucratif (aucun coût de licence ni d’achat de grilles propriétaires).
12. Références / References
- Cicchetti, D., & Shields, A. (1997). Emotion regulation among school-age children: The development and validation of a new criterion Q-sort scale. Developmental Psychology, 33(6), 906–916. https://doi.org/10.1037/0012-1649.33.6.906
- Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation: An integrative review. Review of General Psychology, 2(3), 271–299. https://doi.org/10.1037/1089-2680.2.3.271
- Kim, J., & Cicchetti, D. (2010). Longitudinal pathways linking child maltreatment, emotion dysregulation, peer rejection, and psychopathology. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 51(6), 706–716. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2009.02202.x
- Molina, P., Sala, M. N., Zappulla, C., Bonfiglio, N. S., Cavioni, V., Zanetti, M. A., & Cicchetti, D. (2014). The Emotion Regulation Checklist—Italian translation. Validation of parent and teacher versions. European Journal of Developmental Psychology, 11(5), 624–634. https://doi.org/10.1080/17405629.2014.898581
- Pursell, G. R. (2002). The effects of childhood social competence on young adults interpersonal competence in dyadic and family relations: An exploratory analysis (Master’s thesis). University of Richmond. https://scholarship.richmond.edu/masters-theses/1839/
- Shields, A. M., & Cicchetti, D. (1995). The development of an emotion regulation assessment battery: Reliability and validity among at-risk grade-school children [Poster presentation]. Biennial Meeting of the Society for Research in Child Development, Indianapolis, IN, United States.
- Shields, A., & Cicchetti, D. (1998). Reactive aggression among maltreated children: The contributions of attention and emotion dysregulation. Journal of Clinical Child Psychology, 27(4), 381–395. https://doi.org/10.1207/s15374424jccp2704_2
- Shields, A., & Cicchetti, D. (2001). Parental maltreatment and emotion dysregulation as risk factors for bullying and victimization in middle childhood. Journal of Clinical Child Psychology, 30(3), 349–363. https://doi.org/10.1207/S15374424JCCP3003_7
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale: 1 = Rarely or Never, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = Almost Always
- Is a cheerful child.
- Exhibits wide mood swings (child’s emotional state is difficult to anticipate because he/she moves quickly from a positive to a negative mood.
- Responds positively to neutral or friendly overtures by adults
- Transitions well from one activity to another‚ doesn’t become angry‚ anxious‚ distressed or overly excited when moving from one activity to another.
- Can recover quickly from upset or distress (for example‚ doesn’t pout or remain sullen‚ anxious‚ or sad after emotionally distressing events).
- Is easily frustrated.
- Responds positively to neutral or friendly overtures by peers.
- Is prone to angry outbursts/tantrums easily.
- Is able to delay gratification.
- Takes pleasure in the distress of others (for example‚ laughs when another person gets hurt or punished; seems to enjoy teasing others).
- Can modulate excitement (for example‚ doesn’t get « carried away » in high energy situations or overly excited in inappropriate contexts).
- Is whiny or clingy with adults.
- Is prone to disruptive outbursts of energy and exuberance.
- Responds angrily to limit setting by adults.
- Can say when he/she is feeling sad‚ angry‚ or mad‚ fearful or afraid.
- Seems sad or listless.
- Is overly exuberant when attempting to engage others in play.
- Displays flat affect (expression is vacant or inexpressive; child seems emotionally absent.
- Responds negatively to neutral or friendly overtures by peers (for example‚ may speak in an angry tone of voice or respond fearfully.
- Is impulsive.
- Is empathetic toward others; shows concern when others are upset or distressed.
- Displays exuberance that others find intrusive or disruptive.
- Displays appropriate negative emotions (anger‚ fear‚ frustration‚ distress) in response to hostile‚ aggressive‚ or intrusive acts by peers.
- Displays negative emotions when attempting to engage others in play.