1. Résumé
La Liste de contrôle de la communication des enfants (connue à l’échelle internationale sous l’appellation Children’s Communication Checklist ou CCC, et dans sa forme révisée CCC-2) est un instrument psychométrique standardisé de référence conçu initialement par la professeure Dorothy V. M. Bishop en 1998, puis perfectionné dans sa seconde édition en 2003 (adaptée aux Pays-Bas par Geurts en 2005 et dans l’espace francophone par divers chercheurs en neuropsychologie et orthophonie). L’outil a été développé pour combler un manque méthodologique majeur dans l’évaluation des troubles du langage chez l’enfant, en ciblant spécifiquement les aspects pragmatiques de la communication verbale et non verbale, souvent mal mesurés par les tests psychométriques traditionnels en tête-à-tête standardisés.
Le questionnaire s’adresse aux enfants et adolescents âgés typiquement de 4 à 16 ans et repose sur un hétéro-questionnaire complété par un adulte familier côtoyant quotidiennement l’enfant (généralement un parent, un tuteur légal ou un enseignant). La version CCC-2 comprend un total de 70 items, répartis de façon équilibrée sur 10 sous-échelles de 7 items chacune : la parole (A : Parole), la morphosyntaxe (B : Syntaxe), la sémantique lexicale (C : Sémantique), la cohérence discursive (D : Cohérence), l’initiation inappropriée des échanges (E : Initiation inappropriée), l’utilisation d’un langage stéréotypé ou scripté (F : Langage scripté), l’adaptation au contexte communicatif (G : Contexte), la communication non verbale (H : Communication non verbale), les relations sociales (I : Relations sociales) et les intérêts restreints ou spécifiques (J : Intérêts).
Les répondants évaluent la fréquence d’apparition des comportements sur une échelle ordinale en 4 points (0 = Moins d’une fois par semaine ou jamais ; 1 = Au moins une fois par semaine mais pas tous les jours ; 2 = Une ou deux fois par jour ; 3 = Plusieurs fois par jour ou toujours). L’outil permet de dériver deux indices composites majeurs : l’indice composite de communication globale (General Communication Composite, GCC), servant de score de dépistage universel pour identifier les enfants présentant des difficultés cliniquement significatives de langage et de communication, et l’indice de déviance pragmatique (Social Interaction Deviance Composite, SIDC), permettant de discriminer le profil pragmatique disproportionné caractéristique des troubles du spectre de l’autisme (TSA) et du trouble de la communication sociale (pragmatique) par rapport aux troubles développementaux du langage (TDL / dysphasie).
Les propriétés psychométriques de la CCC-2 sont largement documentées dans la littérature scientifique internationale. L’instrument présente une consistance interne élevée (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,89 pour les sous-échelles individuelles, et dépassant 0,94 pour le score composite global), une excellente fidélité inter-évaluateurs (concordance parent-enseignant satisfaisante) ainsi qu’une remarquable validité discriminante et convergente face aux diagnostics de TDL, d’autisme de haut niveau et de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
2. Mots-clés
Children’s Communication Checklist, CCC-2, pragmatique du langage, trouble développemental du langage, trouble du spectre de l’autisme, communication sociale, psychométrie, évaluation orthophonique, hétéro-questionnaire parental, cohérence discursive.
3. Auteurs
La version originale de l’instrument a été conçue et standardisée par :
- Dorothy V. M. Bishop, Ph.D., D.Phil., FMedSci, FBA, FRS — Professeure émérite de neuropsychologie du développement au sein du Department of Experimental Psychology, University of Oxford, Royaume-Uni. Pionnière internationale des recherches sur les troubles de la communication chez l’enfant et l’étiologie génétique et cognitive des troubles spécifiques du langage.
L’adaptation et la validation néerlandaise ont été conduites par :
- Hilde M. Geurts, Ph.D. — Professeure de neuropsychologie au Brain & Cognition Institute, Département de Psychologie, Université d’Amsterdam (UvA) et directrice de recherche chez Dr. Leo Kannerhuis, Pays-Bas. Spécialiste reconnue de l’autisme et des fonctions exécutives.
4. Objectif
La Liste de contrôle de la communication des enfants répond à des nécessités cliniques et scientifiques fondamentales qui ne pouvaient être comblées par les outils traditionnels d’évaluation logopédique ou psycholinguistique en laboratoire. Les tests psychométriques conventionnels standardisés évaluent traditionnellement la phonologie, la grammaire réceptive, la syntaxe expressive et le vocabulaire à travers des tâches structurées en tête-à-tête (par exemple, la désignation d’images, la répétition de phrases ou la complétion de phrases fermées). Bien que ces outils permettent d’objectiver un retard structurel du langage, ils échouent systématiquement à capturer les dysfonctionnements communicatifs survenant dans des contextes conversationnels naturels, dynamiques et spontanés.
Applications cliniques
Sur le plan clinique, la CCC-2 poursuit trois objectifs centraux :
- Dépister les enfants susceptibles de présenter des troubles du langage : Grâce au score composite de communication générale (GCC), l’instrument permet de repérer rapidement les enfants dont les compétences communicatives globales se situent significativement en deçà des normes développementales attendues pour leur tranche d’âge chronologique.
- Identifier et caractériser les troubles pragmatiques du langage : L’outil met en lumière les déficits d’utilisation fonctionnelle du langage en contexte social (difficulté à saisir l’ironie, non-respect des tours de parole, prolixité sur des sujets inadéquats, difficultés d’inférence contextuelle), permettant ainsi d’orienter le diagnostic vers un trouble de la communication sociale pragmatique (tel que défini par le DSM-5).
- Assister au diagnostic différentiel des troubles du spectre de l’autisme (TSA) : En croisant les compétences structurelles, pragmatiques et les comportements autistiques prototypiques (stéréotypies verbales, intérêts restreints, réciprocité non verbale déficitaire), la CCC-2 fournit un indicateur quantitatif objectif (le score composite de déviance d’interaction sociale, SIDC) discriminant les enfants présentant un trouble développemental du langage pur de ceux nécessitant une investigation diagnostique approfondie pour un trouble du spectre de l’autisme.
Applications dans la recherche
Dans le domaine de la recherche fondamentale et clinique, la CCC-2 est devenue une échelle standard employée pour caractériser les phénotypes communicatifs dans des populations pédiatriques variées, incluant le syndrome de l’X fragile, le syndrome de Williams, le TDAH, les encéphalopathies épileptiques et les traumatismes crâniens pédiatriques. Elle permet aux chercheurs d’opérationnaliser le phénotype pragmatique sans devoir s’appuyer sur de fastidieuses analyses d’échantillons de langage spontané transcrit, dont l’interprétation souffre fréquemment d’un manque de standardisation et d’une sensibilité variable aux variations d’échantillonnage.
5. Construit psychologique
L’architecture conceptuelle de la CCC-2 dérive d’une vision modulaire et intégrative de la communication humaine. Le construit psychologique mesuré ne se limite pas à la compétence linguistique formelle (phonétique, lexicale et syntaxique), mais englobe l’ensemble des dimensions de la compétence communicative, théorisée notamment par Dell Hymes et Dan Sperber, qui combine linguistique structurelle, pragmatique conversationnelle et sociocognition.
Structure en trois domaines et dix sous-échelles
Le test déploie ses 70 items selon une répartition rigoureuse en dix sous-échelles, regroupées en trois grands domaines fonctionnels :
Domaine 1 : Aspects structurels du langage (Sous-échelles A à D)
- Sous-échelle A — Parole (Speech) : Évalue l’articulation, l’intelligibilité phonétique, la fluence et la clarté phonologique. Les items positifs mesurent la précision d’élocution, tandis que les items déficitaires évaluent la présence de zézaiements, de déformations phonétiques ou de bafouillages rendant le discours inintelligible pour les interlocuteurs extérieurs au cercle familial immédiat.
- Sous-échelle B — Syntaxe (Syntax) : Mesure la maîtrise de la grammaire expressive, la morphologie verbale et l’agencement structural des propositions. Elle cible des erreurs concrètes comme l’omission des marques de temps passés ou des flexions grammaticales, ainsi que la production d’énoncés télégraphiques inadaptés à l’âge.
- Sous-échelle C — Sémantique (Semantics) : Analyse la précision lexicale, le choix des vocables, l’accès lexical et la compréhension du sens des mots. Elle évalue par exemple l’usage ambigu de pronoms indéterminés sans référent clair (ex. employer « il » ou « ça » sans que l’interlocuteur sache de quoi il s’agit) ou la confusion de termes sémantiquement proches.
- Sous-échelle D — Cohérence (Coherence) : Examine la capacité de l’enfant à structurer un récit logique, à relier les idées de manière causale et temporelle, et à produire un discours informatif compréhensible sans guidage extérieur constant.
Domaine 2 : Pragmatique et communication interactive (Sous-échelles E à H)
- Sous-échelle E — Initiation inappropriée (Inappropriate Initiation) : Capture la tendance à initier des échanges verbaux à contretemps, à interrompre les discussions d’autrui ou à parler sans relâche de sujets qui n’intéressent manifestement aucun des interlocuteurs présents.
- Sous-échelle F — Langage scripté et stéréotypé (Scripted Language) : Évalue l’utilisation rigide et mécanique de tournures apprises par cœur, d’écholalies immédiates ou différées, de citations textuelles issues de dessins animés ou de livres répétées en dehors de tout propos communicatif direct.
- Sous-échelle G — Utilisation du contexte (Use of Context) : Mesure la capacité à inférer le sens implicite, à décoder l’humour, le second degré, les métaphores et les expressions idiomatiques. Les enfants en difficulté prennent les énoncés au pied de la lettre (ex. être perplexe lorsqu’on utilise l’expression figurée « tu me casses les pieds »).
- Sous-échelle H — Communication non verbale (Nonverbal Communication) : Porte sur l’alignement entre le verbal et le non-verbal : régulation du contact oculaire, respect de la distance interpersonnelle (proxémique), adéquation des expressions faciales et de la gestuelle d’accompagnement de la parole.
Domaine 3 : Comportements autistiques et relations sociales (Sous-échelles I et J)
- Sous-échelle I — Relations sociales (Social Relations) : Mesure la sociabilité réciproque, l’empathie manifestée lors des interactions entre pairs, la capacité à se faire des amis et la sensibilité aux réactions affectives d’autrui.
- Sous-échelle J — Intérêts (Interests) : Identifie les centres d’intérêt circonscrits, répétitifs ou atypiques par leur intensité ou leur objet (par exemple, une fascination excessive pour les horaires de train, les appareils électroménagers ou les plaques d’immatriculation), caractéristiques du spectre autistique.
6. Cadre théorique
Le développement de la CCC s’inscrit au carrefour de trois traditions théoriques majeures : la théorie pragmatique de la communication, le courant de la neuropsychologie cognitive développementale et la modélisation dimensionnelle de l’autisme.
La théorie pragmatique et les actes de parole
La pragmatique linguistique, fondée par les travaux philosophiques de John L. Austin (1962) et développée par H. Paul Grice (1975) avec les maximes conversationnelles (quantité, qualité, relation, manière), postule que communiquer efficacement ne requiert pas seulement la maîtrise d’un code linguistique abstrait, mais impose la capacité d’adapter son discours aux intentions supposées de l’autre et au contexte partagé. Dorothy Bishop a mis en évidence dès la fin des années 1980 que certains enfants maîtrisent parfaitement la syntaxe et la phonologie formelles tout en échouant dramatiquement à respecter le principe de coopération gricéen : ils fournissent trop ou trop peu d’informations, violent la pertinence du discours ou échouent à déchiffrer les sous-entendus.
Théorie de l’esprit et cognition sociale
Sur le plan neurocognitif, la pragmatique dépend étroitement des mécanismes de la théorie de l’esprit (ToM), c’est-à-dire l’aptitude à attribuer à soi-même et à autrui des états mentaux non observables (croyances, désirs, intentions, connaissances préalables) formulée initialement par Premack et Woodruff, puis appliquée à l’autisme par Baron-Cohen, Leslie et Frith (1985). Un enfant présentant un déficit en théorie de l’esprit ne peut ajuster ses présuppositions discursives : il utilisera des pronoms anaphoriques sans avoir préalablement introduit le sujet dans le champ attentionnel de l’auditeur (illustré par la sous-échelle C de la CCC), ou tiendra des propos blessants sans intention malveillante en raison d’une cécité mentale aux répercussions émotionnelles de ses paroles.
Le modèle du continuum entre TDL et Autisme
Historiquement, les classifications psychiatriques distinguaient de manière binaire l’autisme infantile d’un côté et la dysphasie développementale (aujourd’hui TDL) de l’autre. Dorothy Bishop a remis en cause cette dichotomie étanche en conceptualisant l’existence d’un phénotype intermédiaire : le trouble pragmatique du langage (PLD – Pragmatic Language Impairment). Ses recherches démontrent qu’il existe un chevauchement clinique considérable entre les enfants dysphasiques présentant des déviances pragmatiques et les enfants avec autisme de haut niveau ou syndrome d’Asperger. La CCC-2 a été spécifiquement théorisée pour opérationnaliser ce continuum dimensionnel, permettant de quantifier précisément où se situe le profil d’un enfant donné le long de cette trajectoire neurodéveloppementale.
7. Validité
La validité psychométrique de la CCC-2 a été établie au moyen de multiples cohortes internationales totalisant des milliers d’enfants, aussi bien dans la population générale que dans des échantillons cliniques diversifiés.
Validité de construit
La validité de construit est étayée par la cohérence interne des échelles et l’organisation théorique des scores composites. Dans l’échantillon normatif britannique original (Bishop, 2003) comprenant 950 enfants au développement typique et plusieurs cohortes cliniques, les analyses ont corroboré que les scores composites GCC et SIDC séparent nettement les enfants au développement typique de ceux atteints de troubles neurodéveloppementaux. Les enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme manifestent de façon quasi systématique des scores très abaissés aux échelles E, F, G, H, I et J, générant un SIDC fortement négatif, tandis que les enfants présentant un trouble spécifique du langage structurel montrent un affaissement prédominant sur les échelles A, B, C et D avec un SIDC proche de zéro ou positif.
Validité convergente et concurrente
La validité convergente de la CCC-2 a été documentée par des corrélations modérées à fortes avec des instruments de référence reconnus :
- Les échelles de communication sociale de l’ADOS (Autism Diagnostic Observation Schedule) et de l’ADI-R (Autism Diagnostic Interview-Revised) présentent des corrélations oscillant entre r = -0,48 et r = -0,72 avec le composite GCC et les sous-échelles pragmatiques (les scores élevés sur l’ADOS reflétant une pathologie accrue, d’où la corrélation inverse).
- L’échelle SCQ (Social Communication Questionnaire) montre une forte concordance avec le composite pragmatique de la CCC-2, avec des sensibilités et spécificités de dépistage mutuel dépassant 80 %.
- Les sous-échelles structurelles (A et B) corrèlent de façon significative (r = 0,55 à 0,68) avec les batteries standardisées de langage oral comme le CELF (Clinical Evaluation of Language Fundamentals).
Validité discriminante
La capacité de l’outil à discriminer divers groupes nosographiques constitue l’une de ses forces les plus remarquables. Dans l’étude de standardisation hollandaise menée par Geurts et al. (2004, 2005) comparant des enfants avec autisme de haut niveau, des enfants avec TDAH et des témoins typiques, la CCC a permis de discriminer les profils avec une précision diagnostique élevée. L’indice SIDC a correctement identifié plus de 85 % des enfants diagnostiqués cliniquement avec un TSA par rapport aux enfants présentant un trouble développemental du langage pur. De même, les enfants avec TDAH présentaient des difficultés modérées sur l’initiation inappropriée (sous-échelle E), liée à l’impulsivité comportementale, mais sans les scores pathologiques aux sous-échelles de langage scripté (F) et d’intérêts restreints (J) retrouvés dans le groupe autisme.
8. Fidélité
La fidélité de la Liste de contrôle de la communication des enfants a fait l’objet de rigoureuses évaluations méthodologiques, attestant de la solidité métrologique du questionnaire.
Consistance interne
La consistance interne, mesurée par l’alpha de Cronbach, a été analysée tant sur les cohortes de standardisation normatives que sur des populations cliniques :
- Score composite global (GCC) : Le coefficient alpha de Cronbach atteint ou dépasse α = 0,94 à 0,96, indiquant une homogénéité globale exceptionnelle pour l’identification générale des déficits de communication.
- Sous-échelles individuelles : Les coefficients alpha pour les dix sous-échelles individuelles (composées de 7 items chacune) varient généralement entre 0,68 et 0,87 dans les échantillons normatifs, et s’élèvent entre 0,75 et 0,91 dans les cohortes cliniques où la dispersion des difficultés communicatives est plus prononcée. Les échelles Parole (A), Syntaxe (B), et Relations sociales (I) affichent systématiquement les valeurs de consistance les plus élevées (dépassant 0,80).
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle des scores a été éprouvée sur des intervalles variant de deux à six semaines. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) pour le score GCC se situent entre 0,86 et 0,92, témoignant d’une excellente reproductibilité des évaluations parentales en l’absence de modifications d’intervention clinique. Pour les sous-échelles individuelles, les coefficients test-retest oscillent entre 0,72 et 0,88.
Fidélité inter-évaluateurs (Accord Parents – Enseignants)
La concordance inter-évaluateurs, particulièrement complexe pour les hétéro-questionnaires portant sur des comportements en contextes de vie différents (maison vs école), a été documentée dans les travaux de Bishop (2003) et Geurts et al. (2004). Les corrélations entre les notations parentales et les notations des enseignants se situent généralement dans une fourchette modérée à bonne (r = 0,40 à 0,60). Cet écart modéré ne reflète pas une faiblesse métrologique, mais illustre le fait que les compétences pragmatiques sont éminemment sensibles aux contextes situationnels (cadre structuré de la classe versus interactions familiales spontanées).
9. Analyse factorielle
La structure factorielle de la CCC-2 a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies dès les phases de conception de l’instrument.
Analyses Factorielles Exploratoires initiales
Lors de l’élaboration de la première mouture de la CCC (Bishop, 1998), l’analyse en composantes principales avec rotation orthogonale et oblique sur les items du pool initial a révélé une dissociation claire entre deux macro-facteurs : d’une part, un facteur d’aptitudes structurelles (englobant la phonologie, l’articulation et la complexité grammaticale) et, d’autre part, un méta-facteur distinct de pragmatique conversationnelle et sociabilité. Cette émergence statistique a fourni la preuve empirique définitive que les troubles pragmatiques ne sont pas une simple conséquence linéaire d’une déficience linguistique structurelle, mais constituent une dimension neuropsychologique autonome.
Analyses Factorielles Confirmatoires de la CCC-2
Lors du développement de la CCC-2, Bishop (2003) a testé plusieurs modèles structurels à l’aide de l’AFC sur des échantillons normatifs :
- Modèle unidimensionnel : Un modèle postulant un facteur unique de communication générale présentait un ajustement médiocre (RMSEA > 0,10 ; CFI < 0,80), confirmant la nature multidimensionnelle incontournable du construit.
- Modèle à dix facteurs corrélés : Le modèle de premier ordre correspondant aux dix sous-échelles théoriques (7 items par facteur) présentait d’excellents indices d’adéquation aux données (RMSEA = 0,042 ; CFI = 0,93 ; TLI = 0,92). Les saturations factorielles des items sur leurs échelles respectives étaient substantielles, la quasi-totalité des items affichant des coefficients de saturation factorielle lambda supérieurs à 0,50 (s’échelonnant majoritairement entre 0,54 et 0,78).
- Modèle hiérarchique de second ordre : Des études indépendantes ultérieures ont validé un modèle à trois facteurs de second ordre : 1) Structure linguistique (Parole, Syntaxe, Sémantique, Cohérence) ; 2) Pragmatique communicative (Initiation, Langage scripté, Contexte, Non-verbal) ; et 3) Profil autistique / Sociabilité (Relations sociales, Intérêts). Les covariances entre ces facteurs de second ordre justifient pleinement l’utilisation clinique conjointe des indices GCC et SIDC.
10. Instrument de mesure
- Nom complet de l’instrument : Liste de contrôle de la communication des enfants, deuxième édition (Children’s Communication Checklist-2, CCC-2).
- Format d’administration : Hétéro-questionnaire papier-crayon standardisé ou format informatisé sécurisé complété par un adulte référent (parent, tuteur, orthophoniste ou enseignant ayant une connaissance quotidienne de l’enfant depuis au moins 3 mois).
- Population cible : Enfants et adolescents âgés de 4 ans 0 mois à 16 ans 11 mois.
- Temps de passation : Environ 15 à 20 minutes pour le remplissage du questionnaire par l’adulte ; 10 minutes pour la cotation manuelle ou informatisée par le praticien.
- Nombre total d’items : 70 items standardisés répartis strictement en 10 sous-échelles de 7 items chacune.
- Échelle de réponse (authentique et obligatoire) :
- Format : Échelle de fréquence ordinale en 4 points (de 0 à 3) :
- 0 : Moins d’une fois par semaine (ou jamais) [Less than once a week (or never)]
- 1 : Au moins une fois par semaine, mais pas tous les jours [At least once a week, but not every day]
- 2 : Une ou deux fois par jour [Once or twice a day]
- 3 : Plusieurs fois (plus de deux fois) par jour (ou toujours) [Several times (more than twice) a day (or always)]
- Mécanismes de cotation et scores composites :
- Chaque sous-échelle comprend un mélange d’items décrivant des déficits communicatifs et d’items formulés positivement (décrivant des compétences ou forces communicatives).
- Règle d’inversion des scores (Reverse Scoring) : Les items formulés positivement (forces de communication, comme l’item 1 : Pronounces words clearly) font l’objet d’une inversion stricte de cotation (0 devient 3, 1 devient 2, 2 devient 1, 3 devient 0) avant le calcul du total de chaque sous-échelle. Ainsi, un score brut bas traduit une sévérité accrue des troubles.
- Les scores bruts de chaque sous-échelle sont convertis en scores scalaires étalonnés (moyenne = 10, écart-type = 3) en fonction de l’âge chronologique de l’enfant.
- Indice composite de communication générale (GCC – General Communication Composite) : Somme des scores scalaires des sous-échelles A à H (les échelles I et J ne sont pas incluses dans le GCC pour éviter de biaiser le score par des traits purement autistiques non langagiers). Un score GCC inférieur au percentile 10 (seuil clinique standard généralement fixé à 54 ou 55) signale un trouble communicatif avéré.
- Indice de déviance d’interaction sociale (SIDC – Social Interaction Deviance Composite) : Calculé par la formule mathématique :
SIDC = (A + B + C + D) - (E + F + G + H). Un SIDC significativement négatif (typiquement inférieur ou égal à -9 ou -10) indique que les compétences pragmatiques sont disproportionnellement altérées par rapport aux compétences linguistiques structurelles, orientation fortement prédictive d’un trouble du spectre de l’autisme.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de publication originale : Version CCC originale publiée en 1998 ; version révisée standardisée (CCC-2) parue en 2003 (Bishop). Adaptation néerlandaise standardisée en 2005 (Geurts).
- Titulaire des droits et statut légal : La CCC-2 est un instrument psychométrique sous copyright strict, commercialisé et distribué sous licence internationale par les éditions Pearson Clinical Assessment (et Pearson Assessment BV pour les adaptations européennes continentales).
- Tarification et disponibilité : L’accès aux formulaires d’évaluation officiels, aux manuels de standardisation, aux grilles de dépouillement et aux modules de passation en ligne (Q-global) requiert l’achat commercial auprès de l’éditeur officiel. Les tarifs varient selon les pays et les formules (compter généralement entre 150 € et 350 € pour un kit de démarrage comprenant le manuel technique et un paquet de questionnaires de cotation).
- Conditions d’accès et niveau de qualification : Niveau de qualification requis B ou C selon les standards de l’APA. L’utilisation clinique, la cotation et l’interprétation des résultats sont strictement réservées aux professionnels diplômés de la santé mentale et du langage : orthophonistes/logopèdes, neuropsychologues, psychologues cliniciens, pédopsychiatres et pédiatres du développement.
- Usage pour la recherche académique : Toute utilisation dans le cadre de protocoles d’essais cliniques ou de thèses universitaires nécessite une autorisation écrite préalable de Pearson Clinical et l’acquisition des licences par questionnaire administré.
12. Références
Les sources scientifiques princeps et études de référence régissant la CCC et la CCC-2 comprennent :
- Austin, J. L. (1962). How to do things with words. Oxford University Press.
- Baron-Cohen, S., Leslie, A. M., & Frith, U. (1985). Does the autistic child have a « theory of mind »? Cognition, 21(1), 37-46. https://doi.org/10.1016/0010-0277(85)90022-8
- Bishop, D. V. M. (1998). Development of the Children’s Communication Checklist (CCC): A method for assessing qualitative aspects of communicative impairment in children. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 39(6), 879-891. https://doi.org/10.1111/1469-7610.00388
- Bishop, D. V. M. (2003). The Children’s Communication Checklist-2 (CCC-2) Manual. Pearson Assessment.
- Bishop, D. V. M., & Baird, G. (2001). Parent and teacher report of pragmatic aspects of communication: Use of the Children’s Communication Checklist in a clinical setting. Developmental Medicine & Child Neurology, 43(12), 809-818. https://doi.org/10.1111/j.1469-8749.2001.tb00170.x
- Geurts, H. M. (2005). Handleiding van de CCC-2: Children’s Communication Checklist. Pearson Assessment BV.
- Geurts, H. M., Verte, S., Oosterlaan, J., Roeyers, H., & Sergeant, J. A. (2004). How specific are executive functioning deficits in attention deficit hyperactivity disorder and autism? Journal of Child Psychology and Psychiatry, 45(4), 836-854. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2004.00276.x
- Grice, H. P. (1975). Logic and conversation. In P. Cole & J. L. Morgan (Eds.), Syntax and Semantics: Vol. 3. Speech Acts (pp. 41-58). Academic Press.
- Norbury, C. F., Nash, M., Baird, G., & Bishop, D. (2004). Using a parental checklist to identify diagnostic groups in children with communication impairments: A validation of the Children’s Communication Checklist-2. International Journal of Language & Communication Disorders, 39(3), 345-364. https://doi.org/10.1080/13682820410001654883