1. Résumé / Abstract
La Liste de contrôle d’adjectifs (couramment désignée sous l’acronyme anglophone Adjective Check List ou ACL) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation et d’hétéro-évaluation multidimensionnel développé initialement par Harrison G. Gough à l’Institute of Personality Assessment and Research (IPAR) de l’Université de Californie à Berkeley, puis enrichi conjointement avec Alfred B. Heilbrun Jr. Composé de 300 adjectifs descriptifs du lexique naturel de la personnalité, l’outil permet de brosser un profil dynamique, motivationnel et comportemental d’un individu à travers 37 échelles standardisées réparties en cinq grandes catégories conceptuelles : le mode opératoire (4 échelles évaluant le style de réponse et la désirabilité), les besoins motivationnels inspirés du système de Henry Murray (15 échelles), les échelles thématiques ou empiriques (9 échelles couvrant l’adaptation, la créativité et le leadership), les états du moi issus de l’analyse transactionnelle d’Eric Berne (5 échelles), et les échelles de créativité cognitive et stylistique dites d’« origence-intellectence » inspirées des travaux de George S. Welsh (4 échelles).
Le format de réponse repose sur une tâche de sélection libre (« coché » versus « non coché »), offrant une grande souplesse d’administration mais nécessitant une correction psychométrique rigoureuse fondée sur des scores T calibrés selon le volume total d’adjectifs sélectionnés afin de neutraliser le biais de prolixité. Les propriétés psychométriques de l’instrument ont été démontrées à travers plusieurs décennies de recherches empiriques : la fidélité par cohérence interne (alpha de Cronbach) s’échelonne généralement entre 0,70 et 0,90 selon les échelles, avec une stabilité test-retest substantielle oscillant entre 0,65 et 0,85 sur des intervalles de plusieurs semaines. Les preuves de validité convergente et discriminante sont étayées par de fortes corrélations avec le California Psychological Inventory (CPI), le MMPI et le modèle des Cinq Grands Facteurs (Big Five), confirmant l’utilité clinique, organisationnelle et de recherche fondamentale de l’ACL.
2. Mots-clés / Keywords
Liste de contrôle d’adjectifs, Adjective Check List, ACL, Harrison G. Gough, Alfred B. Heilbrun, évaluation de la personnalité, psychométrie, besoins de Murray, analyse transactionnelle, créativité, auto-évaluation, traits de personnalité.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé par :
- Harrison G. Gough, Ph.D. (1921–2016) : Professeur émérite de psychologie à l’Université de Californie à Berkeley et directeur de recherche au sein de l’Institute of Personality Assessment and Research (IPAR). Figure pionnière de l’évaluation empirique de la personnalité, il est également le créateur du réputé California Psychological Inventory (CPI).
- Alfred B. Heilbrun, Jr., Ph.D. : Professeur émérite de psychologie clinique à l’Université Emory (Atlanta, Géorgie). Psychologue clinicien et chercheur reconnu pour ses travaux sur la psychopathologie, le conseil psychologique (counseling) et l’opérationnalisation psychométrique des théories motivationnelles et transactionnelles.
4. Objectif / Purpose
L’objectif primordial de la Liste de contrôle d’adjectifs est de fournir une cartographie psychologique exhaustive, nuancée et standardisée des traits, motivations et dynamiques interpersonnelles d’une personne, en exploitant la richesse du langage naturel. Conçue à l’origine au début des années 1950 pour faciliter l’observation systématique d’individus exceptionnels (chercheurs, artistes, architectes, officiers supérieurs) au sein du cadre intensif de l’IPAR, l’échelle visait à dépasser les limites des questionnaires rigides à échelles de type Likert en offrant un médium rapide, flexible et intuitif tant pour l’auto-évaluation que pour l’hétéro-évaluation par des observateurs cliniques ou des pairs.
Sur le plan clinique et d’évaluation psychologique (psychological counseling), l’ACL a été configurée pour quantifier le niveau d’adaptation psychosociale générale, la stabilité émotionnelle, les capacités de maîtrise de soi (Self-Control) et l’attitude favorable à l’engagement thérapeutique (Counseling Readiness). Elle permet de repérer des conflits intrapsychiques non résolus, une vulnérabilité dépressive masquée par un abaissement excessif de soi, ou des carences d’autonomie entravant le fonctionnement quotidien. En milieu universitaire et d’orientation professionnelle, les échelles de besoins ont été historiquement utilisées pour prédire la persévérance académique, le risque d’abandon des études ou l’adéquation vocationnelle en fonction de constellations de besoins telles que l’accomplissement, la déférence ou la dominance.
Sur le plan de la recherche, l’instrument remplit une fonction fondamentale : il sert d’étalon pour analyser les variations individuelles dans la créativité (via l’échelle Creative Personality Scale), le leadership institutionnel ou militaire, et les dynamiques de groupe. Par son exhaustivité, l’ACL permet de comparer des profils de groupes socioprofessionnels, cliniques ou démographiques contrastés, tout en fournissant une matrice de données comportementales hautement corrélable avec d’autres mesures de personnalité standardisées. La justification théorique réside dans l’hypothèse lexicale : les distinctions les plus saillantes et adaptatives de la personnalité humaine se sont naturellement encodées dans les adjectifs du langage vernaculaire ; leur utilisation systématique constitue ainsi une passerelle directe vers la structure de la psyché.
5. Construit psychologique / Construct
L’ACL opérationnalise un construit multidimensionnel hiérarchisé de la personnalité, formalisé dans le manuel de 1983 à travers 37 échelles distinctes regroupées en cinq ensembles structurels majeurs :
1. Échelles de mode opératoire (Modus Operandi Scales – 4 échelles)
Ces échelles décrivent la manière dont le sujet aborde le test, servant de baromètre de validité stylistique et de gestion de l’image de soi :
- Nombre total d’adjectifs cochés (No. Ckd / Total Number of Adjectives Checked) : Mesure l’expressivité générale, la volubilité ou à l’inverse la réserve et l’inhibition cognitive.
- Nombre d’adjectifs favorables (Fav / Number of Favorable Adjectives) : Reflète l’optimisme, l’estime de soi ou une posture de complaisance et de désirabilité sociale (ex. : adjectifs valorisants socialement comme adaptable, chaleureux).
- Nombre d’adjectifs défavorables (Unfav / Number of Unfavorable Adjectives) : Capte l’autocritique, la détresse psychologique, la dysphorie ou une tendance à la dramatisation (ex. : agressif, amer).
- Communalité (Com / Communality) : Indique le degré de conformité de l’individu par rapport aux réponses consensuelles de la population normative, servant d’indice de validité du protocole (détection des réponses aléatoires ou atypiques).
2. Échelles de besoins de Murray (Need Scales – 15 échelles)
Ces échelles s’appuient directement sur la taxonomie motivationnelle de Henry Murray (1938) et quantifient les forces psychologiques directrices de l’action :
- Accomplissement (Ach – Achievement) : Volonté d’exceller, de relever des défis ardus et d’atteindre des standards élevés de performance.
- Dominance (Dom – Dominance) : Tendance à diriger, influencer, commander et exercer un contrôle social sur autrui.
- Endurance (End – Endurance) : Persévérance, ténacité face aux obstacles et maintien de l’effort dans la durée.
- Ordre (Ord – Order) : Préférence pour la structure, la propreté, la planification méthodique et la prévisibilité.
- Intraception (Int – Intraception) : Disposition à analyser ses propres processus mentaux et motivations ainsi que ceux des autres ; orientation introspective et psychologique.
- Bienveillance / Sollicitude (Nur – Nurturance) : Propension à apporter du soutien, du soin, de la sympathie et du réconfort à autrui.
- Affiliation (Aff – Affiliation) : Désir d’établir et d’entretenir des relations interpersonnelles harmonieuses et chaleureuses.
- Hétérosexualité (Het – Heterosexuality) : Intérêt pour les relations amoureuses, sociosexuelles et le rapprochement romantique.
- Exhibition (Exh – Exhibition) : Recherche de visibilité, d’attention, de mise en scène de soi et d’admiration publique.
- Autonomie (Aut – Autonomy) : Volonté d’indépendance, de liberté d’action, de rupture avec les contraintes et règlements formels.
- Agressivité (Agg – Aggression) : Expression directe ou indirecte de l’hostilité, confrontation, combativité verbale ou comportementale.
- Changement (Cha – Change) : Quête de nouveauté, de variété, d’expériences stimulantes et refus de la routine monotone.
- Dépendance / Demande de secours (Suc – Succorance) : Sollicitation d’aide, de réassurance affective et d’égards auprès de tiers protecteurs.
- Abaissement de soi (Aba – Abasement) : Sentiments d’infériorité, culpabilité, autocritique exagérée et acceptation de la subordination.
- Déférence (Def – Deference) : Respect de l’autorité, conformisme aux traditions, courtoisie déférente envers les supérieurs hiérarchiques.
3. Échelles thématiques (Topical Scales – 9 échelles)
Développées de manière empirique par Gough et Heilbrun pour répondre à des questions appliquées et diagnostiques spécifiques :
- Prédisposition au conseil (Crs – Counseling Readiness) : Réceptivité psychologique à l’aide thérapeutique et reconnaissance des difficultés personnelles.
- Maîtrise de soi (S-Cn – Self-Control) : Capacité à inhiber les impulsions primaires, modération comportementale et discipline interne.
- Confiance en soi (S-Cfd – Self-Confidence) : Assurance sociale, assurance en ses compétences propres et présence interpersonnelle affirmée.
- Adaptation personnelle (P-Adj – Personal Adjustment) : Équilibre affectif général, capacité à composer harmonieusement avec les exigences de l’environnement social.
- Moi idéal (Iss – Ideal Self Scale) : Évaluation de l’écart entre la perception de soi actuelle et les aspirations identificatoires.
- Personnalité créative (Cps – Creative Personality Scale) : Disposition à l’originalité, la pensée divergente, l’anticonformisme esthétique et intellectuel.
- Leadership militaire (Mls – Military Leadership) : Constance, pragmatisme, sens du devoir et aptitude au commandement en situation de crise organisationnelle.
- Attributs masculins (Mas) et Attributs féminins (Fem) : Échelles historiques basées sur les rôles de genre traditionnels évaluant l’adhésion aux stéréotypes instrumentaux ou expressifs.
4. Échelles d’analyse transactionnelle (Transactional Analysis Scales – 5 échelles)
Opérationnalisées par Heilbrun pour refléter les états du moi selon le modèle d’Eric Berne :
- Parent Critique (CP – Critical Parent) : Attitudes normatives, moralisatrices, disciplinaires et exigeantes.
- Parent Nourricier (NP – Nurturing Parent) : Protection rassurante, sollicitude bienveillante, attitude maternante/paternante.
- Adulte (A – Adult) : Traitement objectif, logique, dénué d’émotivité parasite des données de la réalité.
- Enfant Libre (FC – Free Child) : Spontanéité créative, joie d’expression directe, impulsivité ludique sans inhibition.
- Enfant Adapté (AC – Adapted Child) : Conformisme craintif, soumission anxieuse aux attentes extérieures ou rébellion défensive.
5. Échelles d’origence-intellectence (Origence-Intellectence Scales – 4 échelles)
Formulées à partir des concepts de George S. Welsh, croisant les propensions à l’origence (orientation vers la singularité, l’affect et la complexité subjective) et à l’intellectence (orientation vers l’abstraction rationnelle et la compétence cognitive objective) :
- Origence élevée / Intellectence faible (A-1) : Profil intuitif, bohème, centré sur le ressenti émotionnel et l’esthétique subjective.
- Origence élevée / Intellectence élevée (A-2) : Profil créatif supérieur, combinant pensée conceptuelle rigoureuse et imagination féconde.
- Origence faible / Intellectence faible (A-3) : Profil conventionnel, axé sur les faits concrets, pragmatique et réfractaire aux abstractions complexes.
- Origence faible / Intellectence élevée (A-4) : Profil analytique, scientifique traditionnel, rigoureux, discipliné et impersonnel.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre conceptuel de l’Adjective Check List s’enracine à la confluence de trois grands courants de la psychologie du XXe siècle : l’approche lexicale de la personnalité, la personologie de Henry Murray et les théories intégratives structurales (Analyse Transactionnelle et typologie de Welsh).
En premier lieu, l’ACL s’inscrit dans le paradigme fondamental de l’hypothèse lexicale, formulée initialement par Francis Galton et développée par Gordon Allport et Henry S. Odbert (1936). Selon ce principe, la totalité des caractéristiques comportementales signifiantes a été sédimentée au cours de l’évolution culturelle dans le répertoire adjectival de la langue. Gough a postulé que contraindre le répondant à des assertions complexes (phrases entières des inventaires traditionnels) introduisait un bruit contextuel et une charge cognitive superflue. Les adjectifs isolés fonctionnent comme des unités sémiques primaires, des stimuli condensés qui activent immédiatement les schémas du concept de soi ou l’évaluation clinique d’un observateur.
En second lieu, la théorie personologique de Henry Murray (1938), articulée dans Explorations in Personality, fournit la trame motivationnelle sous-jacente de l’outil. Murray concevait la personnalité non pas comme un ensemble statique de comportements observables, mais comme une organisation dynamique mue par des « besoins » (needs) internes agissant de concert ou en conflit avec les « pressions » (press) de l’environnement. Gough et Heilbrun ont formalisé 15 de ces besoins fondamentaux en sélectionnant des adjectifs dont l’association covariante matérialise l’expression comportementale de chaque force motivationnelle. Ainsi, un besoin élevé de dominance se traduit par le regroupement d’adjectifs tels que assertif, autoritaire ou énergique, permettant de quantifier la poussée directionnelle de la conduite.
Enfin, l’ACL intègre des extensions théoriques de deuxième génération : la théorie des états du moi d’Eric Berne (1961), qui conceptualise la personnalité selon des systèmes cohérents de pensées et d’émotions régissant les interactions transactionnelles (Parent, Adulte, Enfant), et le modèle bidimensionnel d’origence et d’intellectence de George S. Welsh (1975). En unifiant ces divers courants sous une méthodologie empirique unifiée, Gough a créé un instrument qui conjugue le dépouillement élégant du modèle lexical avec la profondeur diagnostique des traditions psychodynamiques et humanistes.
7. Validité / Validity
Les qualités métrologiques et les preuves de validité de l’Adjective Check List ont fait l’objet d’un examen empirique continu depuis les premières publications de Gough en 1960. Les données soutiennent robustement la validité de construit, de critère et convergente de l’instrument.
Validité convergente et discriminante
De nombreuses études corrélationnelles ont établi la convergence des échelles de l’ACL avec d’autres instruments majeurs de la personnalité :
- Les échelles de besoins présentent des corrélations fortes et théoriquement congruentes (r = 0,55 à 0,72) avec les échelles correspondantes du Edwards Personal Preference Schedule (EPPS) et du Personality Research Form (PRF) de Jackson.
- L’échelle d’Adaptation personnelle (P-Adj) et de Confiance en soi (S-Cfd) montre de fortes corrélations positives avec les échelles d’Équilibre émotionnel et de Sociabilité du California Psychological Inventory (CPI) (r = 0,60 à 0,68), tout en affichant des corrélations négatives robustes avec les échelles de Névrosisme et d’Anxiété du MMPI (r = -0,48 à -0,62).
- Dans le cadre du modèle des Cinq Grands Facteurs (Big Five), des études factorielles menées par John, Goldberg et d’autres chercheurs ont confirmé que les adjectifs de l’ACL s’agrègent sur les axes de l’Extraversion, l’Agréabilité, la Conscienciosité, la Stabilité émotionnelle et l’Ouverture d’esprit, corroborant l’universalité taxonomique du pool d’items.
Validité prédictive et clinique
Dans le domaine du conseil psychologique et de la réussite universitaire, les recherches d’Alfred B. Heilbrun (1961, 1962) ont démontré que les échelles de besoins, notamment l’Accomplissement, la Déférence et le Changement, permettaient de prédire avec une significativité statistique remarquable (p < 0,01) l’abandon précoce de la thérapie chez les étudiants ainsi que le taux de décrochage académique en première année universitaire. Par ailleurs, l’échelle Creative Personality Scale (CPS) validée par Gough en 1979 a démontré une validité de critère remarquable en discriminant avec succès des groupes de créateurs confirmés (architectes, écrivains, scientifiques primés) de groupes témoins appariés au sein des études longitudinales de l’IPAR (tailles d’effet de d de Cohen supérieures à 0,80).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de la Liste de contrôle d’adjectifs a été rigoureusement documentée par Gough et Heilbrun (1983, 2007) à travers des estimations de cohérence interne et de stabilité temporelle (test-retest).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
En raison du format de réponse dichotomique (coché / non coché) et de la variance induite par le nombre total d’adjectifs cochés, les coefficients de cohérence interne varient modérément d’une échelle à l’autre mais se maintiennent dans des plages méthodologiquement solides pour un instrument de 300 adjectifs :
- Pour les 15 échelles de besoins de Murray, les coefficients alpha de Cronbach se situent majoritairement entre 0,72 et 0,88 dans les échantillons normatifs adultes et étudiants. Les échelles telles que Dominance (α ≈ 0,84), Bienveillance (α ≈ 0,81) et Accomplissement (α ≈ 0,79) affichent une consistance interne élevée.
- Les échelles thématiques présentent des alphas oscillant généralement entre 0,71 et 0,86, l’échelle de Personnalité créative atteignant des valeurs de cohérence interne de l’ordre de 0,76 à 0,81.
- Les échelles d’analyse transactionnelle et d’origence-intellectence présentent des coefficients plus hétérogènes, s’échelonnant de 0,65 à 0,82, ce qui reflète la nature plus factoriellement complexe de ces construits composites.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été mesurée auprès de divers échantillons sur des intervalles allant d’une semaine à un an :
- Sur un intervalle standard de 6 mois, les coefficients de corrélation de stabilité temporelle pour les 37 échelles se situent dans un intervalle de r = 0,60 à r = 0,84, avec une médiane établie autour de 0,71.
- L’indice du nombre total de mots cochés (No. Ckd) fait preuve d’une stabilité temporelle remarquable (r > 0,80 sur 6 mois), démontrant que la volubilité ou l’économie stylistique du sujet constitue une caractéristique dispositionnelle hautement stable.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations en analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) conduites sur la matrice inter-items et inter-échelles de l’ACL ont jeté une lumière déterminante sur la structure latente de l’instrument.
Lorsque les 300 adjectifs sont analysés au niveau des items individuels via des techniques d’analyse en composantes principales (ACP) avec rotation Varimax, les solutions convergent quasi invariablement vers une structure à cinq dimensions majeures correspondant étroitement au modèle des Big Five :
- Surgeance / Énergie interpersonnelle : Saturations massives d’adjectifs tels qu’actif, assuré, énergique, enthousiaste versus silencieux, réservé.
- Agréabilité / Chaleur relationnelle : Fortes saturations d’adjectifs comme aimable, compréhensif, tolérant, serviable versus agressif, froid, sarcastique.
- Conscienciosité / Contrôle volontaire : Pôles définis par méthodique, organisé, responsable, persévérant versus désordonné, insouciant.
- Stabilité émotionnelle / Adaptation : Items tels que calme, serein, équilibré versus anxieux, vulnérable, émotif.
- Ouverture d’esprit / Intellect : Adjectifs comme curieux, imaginatif, original, perspicace versus conventionnel, rigide.
Au niveau des 37 échelles standardisées, les analyses factorielles de second ordre menées par Gough et ses collaborateurs révèlent quatre macro-facteurs rendant compte de plus de 65 % de la variance totale :
- Facteur I – Orientation vers l’action et influence sociale : Regroupe les échelles Dominance, Confiance en soi, Exhibition et Enfant Libre (saturations > 0,65).
- Facteur II – Contrôle des impulsions et conformité normative : Sature fortement sur Maîtrise de soi, Ordre, Endurance, Parent Critique et négativement sur Changement.
- Facteur III – Sociabilité affiliative versus Hostilité : Associe Bienveillance, Affiliation, Parent Nourricier tout en s’opposant à Agressivité et Autonomie.
- Facteur IV – Complexité cognitive et créativité : Porte des charges élevées pour l’échelle de Personnalité créative, l’Intraception et les échelles de type A-2 (haute origence / haute intellectence).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’instrument : Questionnaire standardisé d’évaluation de la personnalité par sélection d’adjectifs (auto-évaluation ou hétéro-évaluation par des tiers).
- Format du questionnaire : Papier-crayon ou administration informatisée en ligne.
- Nombre d’items : 300 adjectifs ordonnés par ordre alphabétique strict (de absent-minded à zany en version originale anglaise).
- Modalités de réponse : Choix dichotomique libre. Le répondant examine la liste et est invité à cocher tous les adjectifs qu’il juge correspondre à sa personnalité (ou à la personne évaluée), et à laisser en blanc tous ceux qui ne s’appliquent pas. Il n’y a pas de limite minimale ou maximale imposée.
- Temps d’administration : Environ 15 à 25 minutes selon la vitesse de lecture et de décision de l’individu.
- Cotation et calcul des scores :
- Chaque échelle est composée d’un ensemble d’adjectifs marqués positivement (+1) ou négativement (-1). Le score brut est la somme algébrique des adjectifs cochés correspondant à cette échelle.
- En raison de la corrélation substantielle entre le nombre total d’adjectifs cochés et les scores bruts aux échelles, le système de cotation standardisé de Gough et Heilbrun applique une transformation différentielle en scores standardisés T (Moyenne = 50, Écart-type = 10) basée sur des tables normatives stratifiées selon le niveau de réponse globale de l’individu (faible, moyen ou élevé nombre de sélections), séparément pour les hommes et les femmes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et de publication initiale : Conçue dans les années 1950, première publication formelle en 1960 ; manuel publié en 1965, révisé en 1980 et 1983 par Harrison G. Gough et Alfred B. Heilbrun Jr.
- Éditeur et gestionnaire des droits : L’instrument a longtemps été édité par Consulting Psychologists Press (CPP, Inc.). Les droits de publication, d’administration et de licence sont actuellement gérés exclusivement par la maison d’édition Mind Garden, Inc. (www.mindgarden.com).
- Statut des droits d’auteur : L’Adjective Check List (ACL), ses 300 items adjectivaux officiels, ses algorithmes de cotation et son manuel d’interprétation sont protégés par le droit d’auteur (copyright mondial). Aucune reproduction publique intégrale n’est autorisée sans licence préalable.
- Tarifs et licences de recherche :
- L’accès au test est payant et nécessite une licence commerciale ou de recherche acquise auprès de Mind Garden.
- Des licences pour étudiants et chercheurs universitaires (« Research Permission ») sont proposées sous forme de forfaits par protocole administré en ligne ou en format papier, à des coûts unitaires généralement compris entre 2,50 $ et 5,00 $ par répondant pour l’administration et le profil de cotation standardisé.
- Le manuel technique complet (ACL Manual) est commercialisé à l’unité sous format physique ou électronique.
12. Références / References
Les sources et études fondatrices associées à l’instrument incluent :
- Allport, G. W., & Odbert, H. S. (1936). Trait-names: A psycho-lexical study. Psychological Monographs, 47(1), i–171. https://doi.org/10.1037/h0093360
- Berne, E. (1961). Transactional analysis in psychotherapy: A systematic individual and social psychiatry. Grove Press.
- Gough, H. G. (1960). The Adjective Check List as a personality assessment research technique. Psychological Reports, 6(1), 107–122. https://doi.org/10.2466/pr0.1960.6.1.107
- Gough, H. G. (1979). A creative personality scale for the Adjective Check List. Journal of Personality and Social Psychology, 37(8), 1398–1405. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.8.1398
- Gough, H. G., & Heilbrun, A. B., Jr. (1965). The Adjective Check List manual. Consulting Psychologists Press.
- Gough, H. G., & Heilbrun, A. B., Jr. (1983). The Adjective Check List manual (1983 ed.). Consulting Psychologists Press.
- Gough, H. G., & Heilbrun, A. B., Jr. (2007). Adjective Check List manual. Mind Garden, Inc.
- Heilbrun, A. B., Jr. (1961). Male and female personality correlates of early termination in counseling. Journal of Counseling Psychology, 8(1), 31–36. https://doi.org/10.1037/h0040608
- Heilbrun, A. B., Jr. (1962). Prediction of first year drop-out of female college students by means of the adjective check list need scales. Journal of Counseling Psychology, 9(1), 58–63. https://doi.org/10.1037/h0047391
- Heilbrun, A. B., Jr., & Sullivan, D. J. (1962). The prediction of counseling readiness. Personnel and Guidance Journal, 41(2), 112–117. https://doi.org/10.1002/j.2164-4918.1962.tb02302.x
- Murray, H. A. (1938). Explorations in personality. Oxford University Press.
- Welsh, G. S. (1975). Creativity and intelligence: A personality approach. Institute for Research in Social Science, University of North Carolina.