Inventaire Rationnel-Expérientiel (REI)

L’Inventaire Rationnel-Expérientiel (REI-40), conçu par Rosemary Pacini et Seymour Epstein, mesure les styles de traitement de l’information : les modes rationnel et expérientiel.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé

L’Inventaire Rationnel-Expérientiel (Rational-Experiential Inventory, REI-40), développé dans sa version intégrale par Rosemary Pacini et Seymour Epstein en 1999, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents pour évaluer les différences individuelles dans les styles cognitifs de traitement de l’information. Ancré dans la théorie du soi cognitivo-expérientiel (Cognitive-Experiential Self-Theory, CEST) formulée par Epstein, l’inventaire repose sur le postulat fondamental que les individus appréhendent le monde et prennent des décisions à travers deux systèmes cognitifs parallèles, distincts mais en interaction constante : le système rationnel et le système expérientiel.

Composé de 40 items auto-rapportés évalués sur une échelle de Likert en 5 points (allant de 1 = « Absolument faux » à 5 = « Absolument vrai »), le REI opérationnalise chaque système selon deux facettes complémentaires : la capacité perçue (l’auto-évaluation de ses compétences et de son efficacité cognitive dans un domaine) et l’engagement (la motivation intrinsèque, le plaisir et la préférence à employer ce mode de pensée). L’inventaire se structure ainsi en quatre sous-échelles de 10 items chacune : la Capacité Rationnelle (Rational Ability, RA), l’Engagement Rationnel (Rational Engagement, RE), la Capacité Expérientielle (Experiential Ability, EA) et l’Engagement Expérientiel (Experiential Engagement, EE). Les deux premières constituent le score global de Rationalité, tandis que les deux dernières forment le score global d’Expérientialité.

Sur le plan métrologique, le REI présente une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,85 et 0,90 pour les échelles principales, et entre 0,74 et 0,84 pour les quatre sous-échelles spécifiques. Les analyses factorielles confirmatoires appuient vigoureusement l’indépendance orthogonale des deux systèmes, confirmant qu’une forte propension à la rationalité n’exclut aucunement une intuition hautement développée. L’échelle démontre une validité convergente, discriminante et prédictive robuste dans une multitude de domaines, incluant la prise de décision financière, la résistance aux biais cognitifs, la réceptivité aux messages persuasifs en psychologie du consommateur et le bien-être psychologique.

2. Mots-clés

Inventaire Rationnel-Expérientiel, Théorie du soi cognitivo-expérientiel, Styles cognitifs, Théorie du double processus, Rationalité, Intuition, Prise de décision, Évaluation psychométrique, Seymour Epstein, Biais cognitifs.

3. Auteurs

L’échelle a été conçue et validée dans sa configuration contemporaine par :

  • Rosemary Pacini, Ph.D. : Chercheuse en psychologie de la personnalité et sociale à l’Université du Massachusetts à Amherst (University of Massachusetts, Amherst, Department of Psychology). Spécialiste des styles cognitifs et des croyances implicites.
  • Seymour Epstein, Ph.D. (1924–2016) : Professeur émérite de psychologie à l’Université du Massachusetts à Amherst. Théoricien fondateur de la Cognitive-Experiential Self-Theory (CEST), auteur de contributions majeures sur la personnalité, l’inconscient adaptatif et les dynamiques de l’émotion et de la cognition.

Une version préliminaire abrégée (REI-31) avait été initialement introduite par Seymour Epstein, Rosemary Pacini, Veronika Denes-Raj et Harriet Heier en 1996, combinant une adaptation de l’échelle de Besoin de Cognition (Cacioppo & Petty, 1982) avec une nouvelle mesure de la foi dans l’intuition (Faith in Intuition).

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’Inventaire Rationnel-Expérientiel est d’opérationnaliser et de quantifier les différences individuelles stables relatives à l’utilisation préférentielle et à la maîtrise déclarée des deux modes majeurs de traitement de l’information postulés par les théories du double processus. Historiquement, la psychologie cognitive et la philosophie occidentale ont souvent hiérarchisé ces modes en opposant une rationalité analytique noble à une intuition intuitive ou émotionnelle jugée inférieure, archaïque et propice à l’erreur. L’objectif théorique d’Epstein et Pacini a été de transcender cette dichotomie normative en concevant les systèmes rationnel et expérientiel comme deux dimensions indépendantes, adaptatives et possédant chacune leur utilité fonctionnelle distincte.

Sur le plan de la recherche fondamentale, le REI vise à élucider les mécanismes sous-jacents aux heuristiques de jugement, à la perception du risque et à la régulation émotionnelle. L’inventaire permet de répondre à la question de savoir pourquoi deux individus dotés d’un niveau d’intelligence analytique comparable (mesuré par des tests de QI standardisés) peuvent prendre des décisions radicalement divergentes face à des situations probabilistes, telles que le phénomène du biais de ratio (ratio-bias phenomenon) ou le paradoxe de Monty Hall. L’outil sert également à explorer l’articulation entre l’architecture de la personnalité (notamment le modèle des Big Five) et les patterns cognitifs d’adaptation au stress.

Dans le domaine des applications cliniques et de la santé mentale, le REI offre un cadre précieux pour comprendre les croyances fondamentales, l’estime de soi et la vulnérabilité psychologique. Les études d’Epstein ont mis en évidence qu’un fonctionnement expérientiel désajusté ou déconnecté du système rationnel est souvent associé à des distorsions cognitives, à de l’anxiété chronique et à des difficultés interpersonnelles. À l’inverse, l’absence de sensibilité expérientielle peut conduire à une alexithymie relative, à une incapacité à se fier à ses alertes somatiques dans l’esprit des marqueurs somatiques d’Antonio Damasio, et à des impasses décisionnelles lors de situations incertaines ou complexes.

Enfin, en psychologie appliquée, en marketing, en communication persuasive et en sciences économiques comportementales, le REI permet de segmenter les populations afin de modéliser la réceptivité différentielle aux arguments logiques versus émotionnels. Dans le cadre du modèle de probabilité d’élaboration (Elaboration Likelihood Model, ELM), les individus hautement rationnels sont particulièrement sensibles à la qualité intrinsèque des preuves statistiques et des arguments factuels, tandis que les individus hautement expérientiels répondent davantage aux récits narratifs, aux témoignages incarnés et aux métaphores affectives.

5. Construit psychologique

Le REI mesure un construit multidimensionnel hiérarchisé comprenant deux systèmes d’ordre supérieur (la Rationalité et l’Expérientialité), chacun se déclinant en deux facettes fonctionnelles d’ordre inférieur : la Capacité et l’Engagement. Ce découpage quadripartite permet de séparer conceptuellement la confiance en ses capacités métacognitives de l’appétence motivationnelle pour le traitement cognitif.

5.1. Le Système Rationnel

Le système rationnel englobe un mode de traitement analytique, logique, délibéré, séquentiel et exigeant un effort cognitif soutenu. Il opère principalement à un niveau conscient et s’appuie sur des règles formelles d’inférence, de calcul et de validation empirique. Il se subdivise en :

  • Capacité Rationnelle (Rational Ability – RA) : Cette sous-échelle mesure la perception qu’a l’individu de sa propre compétence à raisonner de manière logique, à résoudre des problèmes abstraits complexes et à structurer sa pensée étape par étape. Un score élevé reflète une auto-efficacité analytique prononcée. Par exemple, l’accord avec l’énoncé « I have no problem in thinking things through clearly » (Item 5) témoigne d’une grande clarté perçue dans la pensée délibérative.
  • Engagement Rationnel (Rational Engagement – RE) : Cette composante évalue la motivation intrinsèque, le plaisir intellectuel et l’intérêt spontané pour les tâches requérant une réflexion approfondie et complexe. Directement dérivée du concept de Besoin de Cognition, elle distingue ceux qui recherchent activement la stimulation intellectuelle de ceux qui la fuient. Un exemple typique est l’item 20 : « I enjoy solving problems that require hard thinking ».

5.2. Le Système Expérientiel

Le système expérientiel capture un mode de traitement intuitif, automatique, préconscient, holistique, rapide et intimement lié aux émotions et aux associations mnésiques issues de l’expérience vécue. Plutôt que de reposer sur une logique formelle, il fonctionne par métaphores, récits et « sensations viscérales » (gut feelings). Il comprend :

  • Capacité Expérientielle (Experiential Ability – EA) : Cette sous-échelle évalue la confiance que l’individu place dans l’exactitude et la pertinence de ses intuitions. Elle quantifie le sentiment d’efficacité dans la saisie rapide et globale des situations sans médiation discursive. L’énoncé « I can usually feel when a person is right or wrong, even if I can’t explain how I know » (Item 7) illustre parfaitement cette conviction d’une clairvoyance non analytique.
  • Engagement Expérientiel (Experiential Engagement – EE) : Cette dimension mesure la propension, la préférence active et le confort psychologique à s’appuyer sur ses premières impressions, ses ressentis affectifs et son instinct pour guider ses choix et ses jugements. Elle est reflétée par des items tels que « I often trust my gut feelings to make decisions » (Item 19).

5.3. Orthogonalité et profils combinés

Un aspect central du construit est l’indépendance statistique et conceptuelle des deux systèmes. Un individu n’est pas positionné sur un continuum bipolaire opposant rationalité et intuition ; il peut au contraire se situer à des niveaux variables sur chacune des deux dimensions. Cela génère quatre grands profils de traitement de l’information :

  1. Profil intégratif ou biprocessuel fort (Haute Rationalité / Haute Expérientialité) : Individus capables d’alterner de façon adaptative entre intuition créative et validation logique rigoureuse.
  2. Profil strictement analytique (Haute Rationalité / Basse Expérientialité) : Sujets privilégiant systématiquement le calcul formel et rejetant avec méfiance les intuitions ou ressentis affectifs.
  3. Profil hautement intuitif (Basse Rationalité / Haute Expérientialité) : Sujets guidés presque exclusivement par leurs impressions globales et leurs états émotionnels immédiats, réticents à l’effort d’analyse séquentielle.
  4. Profil passif ou biprocessuel faible (Basse Rationalité / Basse Expérientialité) : Individus peu engagés sur le plan intellectuel et doutant simultanément de leurs intuitions, souvent plus vulnérables à l’indécision et aux influences extérieures.

6. Cadre théorique

L’Inventaire Rationnel-Expérientiel s’enracine directement dans la théorie du soi cognitivo-expérientiel (CEST) conceptualisée et affinée durant plus de trois décennies par le psychologue américain Seymour Epstein (1973, 1990, 1994, 2003). La CEST se positionne au carrefour de la psychologie de la personnalité, de la psychologie psychodynamique et des sciences cognitives modernes.

6.1. Les fondements de la CEST

La CEST postule que l’être humain s’adapte à son environnement par l’intermédiaire de deux systèmes conceptuels distincts qui apprennent et traitent l’information selon des principes fondamentalement différents :

  • Le système expérientiel : Phylogénétiquement plus ancien (présent chez les animaux non humains), il s’est développé pour assurer une adaptation rapide et automatique aux impératifs de survie. Il fonctionne par conditionnement classique et opérant, associations affectives et schémas perceptifs. Il est intrinsèquement lié à l’affect : les pensées y sont organisées autour de représentations concrètes, d’images et de métaphores. Son fonctionnement est rapide, sans effort et presque involontaire.
  • Le système rationnel : D’apparition évolutive très récente et propre à l’espèce humaine en raison du développement massif du néocortex et du langage symbolique, ce système est médié par des symboles abstraits (mots, chiffres). Il opère selon des règles logiques transmises culturellement, demande du temps, de l’énergie métabolique et de l’attention sélective, et possède un haut niveau de contrôle intentionnel.

6.2. Comparaison avec les théories contemporaines du double processus

La CEST préfigure et enrichit les célèbres modèles de la théorie du double processus (Dual-Process Theories) formalisés par Daniel Kahneman et Amos Tversky, Jonathan Evans ou encore Keith Stanovich sous les étiquettes de Système 1 (rapide, intuitif) et Système 2 (lent, délibératif) :

  • Alors que le Système 1 de la tradition de l’économie comportementale (Kahneman, 2011) est souvent dépeint comme le siège privilégié des biais de jugement, des erreurs d’attribution et des illusions cognitives, le système expérientiel de la CEST est considéré par Epstein comme un moteur adaptatif puissant et indispensable. Il permet l’apprentissage implicite, la créativité, l’empathie et la résolution immédiate de problèmes socio-émotionnels que l’analyse logique formelle serait trop lente ou incapable d’élucider.
  • Contrairement à certains modèles où le Système 2 exerce une simple fonction de surveillance ou de censure épisodique, la CEST insiste sur l’interpénétration constante et interactive des deux systèmes : le système expérientiel fournit le contexte émotionnel et motivationnel sans lequel le système rationnel deviendrait stérile ou paralysé, tandis que le système rationnel peut corriger, recadrer et éduquer les réactions instinctives automatiques.

7. Validité

La validité psychométrique du REI-40 a fait l’objet de nombreuses validations empiriques depuis l’étude princeps de Pacini et Epstein en 1999.

7.1. Validité de construit et validité convergente

La validité de construit est étayée par des corrélations congruentes avec les dimensions du modèle de personnalité en cinq facteurs (Big Five) et d’autres instruments psychologiques :

  • Rationalité : Elle présente des corrélations positives fortes avec l’Ouverture à l’expérience (Openness to Experience, $r \approx 0,40$ à $0,50$), le Caractère consciencieux (Conscientiousness, $r \approx 0,30$) et l’auto-efficacité académique. Elle corrèle très fortement ($r > 0,80$) avec l’échelle originale du Besoin de Cognition (Need for Cognition Scale) de Cacioppo et Petty, attestant que le pôle rationnel mesure fidèlement l’appétit intellectuel analytique.
  • Expérientialité : Elle présente des corrélations positives significatives avec l’Extraversion ($r \approx 0,30$ à $0,35$), l’Agréabilité ($r \approx 0,25$ à $0,30$) et des mesures de créativité artistique. En outre, elle est positivement corrélée à l’empathie dispositionnelle mesurée par l’Interpersonal Reactivity Index (IRI).

7.2. Validité discriminante

Conformément aux prédictions théoriques de la CEST, les corrélations inter-échelles entre le score global de Rationalité et le score global d’Expérientialité sont remarquablement faibles et statistiquement non significatives (souvent comprises entre $r = -0,05$ et $r = 0,10$), démontrant une indépendance quasi totale des deux construits. De plus, la rationalité n’est pas corrélée avec la suggestibilité ou la pensée magique, alors que ces dernières montrent des associations modérées avec l’expérientialité.

7.3. Validité prédictive et critérielle

Le REI prédit avec précision des comportements et des décisions dans divers paradigmes expérimentaux :

  • Le biais de ratio (Ratio-Bias Phenomenon) : Pacini et Epstein (1999) ont démontré que les participants ayant de faibles scores de rationalité et des scores élevés d’expérientialité préfèrent tirer un bonbon gagnant dans un grand bol contenant 9 % de chances (9 bonbons gagnants sur 100) plutôt que dans un petit bol offrant 10 % de chances (1 gagnant sur 10), cédant à l’attrait heuristique du nombre absolu de gagnants en dépit des probabilités objectives défavorables.
  • Persuasion publicitaire et argumentation : Les sujets avec un score d’engagement rationnel élevé modifient leurs attitudes en fonction de la solidité des arguments factuels, alors que les sujets affichant un fort engagement expérientiel sont influencés principalement par la tonalité affective de la source ou le cadrage narratif du message.
  • Bien-être psychologique : Une rationalité élevée est associée à une meilleure régulation de l’estime de soi et à une moindre sensibilité au stress dépressif, tandis qu’une capacité expérientielle élevée favorise l’optimisme spontané et des relations sociales satisfaisantes.

8. Fidélité

Les propriétés métrologiques du REI-40 en termes de consistance interne et de stabilité temporelle ont été largement documentées dans la littérature psychométrique internationale.

8.1. Consistance interne (Alpha de Cronbach)

Dans l’échantillon initial de standardisation rapporté par Pacini et Epstein (1999, $N = 929$), les coefficients alpha de Cronbach confirment une homogénéité remarquable :

  • Échelle globale de Rationalité : $\alpha = 0,90$ (avec $\alpha = 0,83$ pour la Capacité Rationnelle et $\alpha = 0,87$ pour l’Engagement Rationnel).
  • Échelle globale d’Expérientialité : $\alpha = 0,87$ (avec $\alpha = 0,79$ pour la Capacité Expérientielle et $\alpha = 0,79$ pour l’Engagement Expérientiel).

Des réplications ultérieures dans des contextes transculturels (notamment en versions française, suédoise, allemande et espagnole) ont confirmé la robustesse de ces indices, les alphas des deux échelles principales se maintenant continuellement au-dessus du seuil psychométrique d’excellence de 0,85.

8.2. Fidélité test-retest

Les études de stabilité temporelle attestent que le REI capture des styles de pensée stables apparentés à des traits de personnalité durables plutôt qu’à des états cognitifs transitoires. Sur des intervalles de test-retest allant de 4 à 8 semaines, les coefficients de corrélation intra-classe oscillent entre $r = 0,78$ et $r = 0,86$ pour l’ensemble des sous-échelles. Même sur des périodes plus longues (6 mois), la fidélité test-retest demeure supérieure à 0,72, confirmant la pérennité temporelle des dispositions rationnelles et expérientielles chez l’adulte.

9. Analyse factorielle

L’architecture interne du REI-40 a été rigoureusement analysée par des méthodes d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC).

9.1. Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Pacini et Epstein (1999) ont testé et comparé plusieurs modèles concurrents par modélisation d’équations structurelles :

  1. Un modèle unidimensionnel opposant rationalité et intuition le long d’un axe bipolaire unique (qui a présenté un ajustement très médiocre aux données).
  2. Un modèle à deux facteurs orthogonaux simples (Rationalité vs Expérientialité).
  3. Un modèle hiérarchique à quatre facteurs corrélés de premier ordre (RA, RE, EA, EE) subordonnés à deux facteurs indépendants de second ordre (Rationalité et Expérientialité).

Le modèle hiérarchique quadripartite à deux facteurs d’ordre supérieur s’est avéré présenter le meilleur ajustement statistique aux données empiriques. Les indices d’ajustement couramment rapportés sont tout à fait satisfaisants ($chi^2/dl < 2,5$ ; $CFI > 0,92$ ; $TLI > 0,91$ ; $RMSEA \approx 0,045$ à $0,055$).

9.2. Saturations factorielles des items

Les saturations factorielles standardisées des items sur leurs dimensions théoriques respectives se révèlent nettes et substantielles, se situant quasi exclusivement dans un intervalle compris entre 0,45 et 0,78. Les saturations croisées entre les facteurs rationnels et expérientiels sont négligeables (presque toujours $< 0,15$), ce qui valide de manière décisive l'absence de colinéarité entre la propension logique et la confiance intuitive.

10. Instrument de mesure

L’Inventaire Rationnel-Expérientiel (REI-40) est un auto-questionnaire standardisé destiné à l’adulte et au jeune adulte. Ses caractéristiques techniques et ses règles d’administration se structurent comme suit :

  • Format du test : Échelle psychométrique auto-rapportée sur support papier-crayon ou informatisé.
  • Nombre d’items : 40 énoncés au total, répartis équitablement en 4 sous-échelles de 10 items.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert authentique en 5 points :
    1 = Definitely false (Absolument faux)
    2 = Mostly false (Plutôt faux)
    3 = Undecided/Equally true and false (Indécis / Également vrai et faux)
    4 = Mostly true (Plutôt vrai)
    5 = Definitely true (Absolument vrai)
  • Structure des sous-échelles :
    • Rational Ability (RA) : Items 5, 8, 14, 18, 26(R), 30(R), 33, 35(R), 38, 40(R)
    • Rational Engagement (RE) : Items 1(R), 4(R), 9, 11, 16(R), 20, 22, 28, 32(R), 37(R)
    • Experiential Ability (EA) : Items 2, 7, 10, 13, 17, 23, 27, 31, 36, 39
    • Experiential Engagement (EE) : Items 3(R), 6, 12, 15, 19, 21(R), 24, 25, 29, 34(R)
  • Règles de cotation et recodage :
    • Les items inversés, marqués de la mention (R), doivent être obligatoirement recodés avant le calcul des scores : $1 \rightarrow 5$, $2 \rightarrow 4$, $3 \rightarrow 3$, $4 \rightarrow 2$, $5 \rightarrow 1$.
    • Les scores des sous-échelles sont calculés soit en effectuant la moyenne arithmétique (score variant de 1 à 5), soit en sommant les items (score variant de 10 à 50 par sous-échelle).
    • Le score de Rationalité Globale correspond à la combinaison des sous-échelles RA et RE (20 items, score total de 20 à 100, ou moyenne de 1 à 5).
    • Le score d’Expérientialité Globale correspond à la combinaison des sous-échelles EA et EE (20 items, score total de 20 à 100, ou moyenne de 1 à 5).
  • Temps de passation : Environ 8 à 12 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication originale : 1996 pour la version préliminaire à 31 items ; 1999 pour la version canonique standardisée à 40 items (REI-40).
  • Droits d’auteur et permissions : Les droits scientifiques fondamentaux appartiennent aux auteurs originaux (Rosemary Pacini et Seymour Epstein) ainsi qu’à l’American Psychological Association (APA).
  • Conditions d’accès et tarif : L’inventaire est accessible gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique et pédagogique sans but lucratif. L’utilisation dans le cadre de thèses, de mémoires ou de recherches universitaires ne nécessite généralement pas de licence commerciale, sous réserve de citer scrupuleusement la publication princeps de Pacini & Epstein (1999).
  • Usage commercial : Toute exploitation commerciale, intégration dans un logiciel propriétaire de recrutement ou cabinet de conseil RH requiert l’accord formel des détenteurs de droits.

12. Références

Les références suivantes documentent la conception, la validation et les applications clés du REI selon les normes APA (7e édition) :

  • Cacioppo, J. T., & Petty, R. E. (1982). The need for cognition. Journal of Personality and Social Psychology, 42(1), 116–131. https://doi.org/10.1037/0022-3514.42.1.116
  • Epstein, S. (1990). Cognitive-experiential self-theory. Dans L. A. Pervin (Dir.), Handbook of personality: Theory and research (pp. 165–192). Guilford Press.
  • Epstein, S. (1994). Integration of the cognitive and the psychodynamic unconscious. American Psychologist, 49(8), 709–724. https://doi.org/10.1037/0003-066X.49.8.709
  • Epstein, S. (2003). Cognitive-experiential self-theory of personality. Dans T. Millon & M. J. Lerner (Dir.), Comprehensive handbook of psychology: Vol. 5. Personality and social psychology (pp. 159–184). John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/0471264385.wei0507
  • Epstein, S., Pacini, R., Denes-Raj, V., & Heier, H. (1996). Individual differences in intuitive-experiential and analytical-rational thinking styles. Journal of Personality and Social Psychology, 71(2), 390–405. https://doi.org/10.1037/0022-3514.71.2.390
  • Kahneman, D. (2011). Thinking, fast and slow. Farrar, Straus and Giroux.
  • Pacini, R., & Epstein, S. (1999). The relation of rational and experiential information processing styles to personality, basic beliefs, and the ratio-bias phenomenon. Journal of Personality and Social Psychology, 76(6), 972–987. https://doi.org/10.1037/0022-3514.76.6.972
  • Stanovich, K. E., & West, R. F. (2000). Individual differences in reasoning: Implications for the rationality debate? Behavioral and Brain Sciences, 23(5), 645–665. https://doi.org/10.1017/S0140525X00003435

13. Questions et items du questionnaire

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:

5-point Likert scale: 1 = Definitely false, 2 = Mostly false, 3 = Undecided/Equally true and false, 4 = Mostly true, 5 = Definitely true

  1. I try to avoid situations that require thinking in depth about something.
  2. I trust my initial feelings about people.
  3. I don’t think it is fun to see how things that are seemingly different are really the same.
  4. I hate to have to think hard about something even when I know it is necessary.
  5. I have no problem in thinking things through clearly.
  6. When it comes to trusting people, I can usually rely on my « gut feelings. »
  7. I can usually feel when a person is right or wrong, even if I can’t explain how I know.
  8. I am not very good at solving problems that require careful logical analysis.
  9. I prefer complex to simple problems.
  10. I am a very intuitive person.
  11. I enjoy thinking in abstract terms.
  12. I like to rely on my intuitive impressions.
  13. I don’t have a very good sense of intuition.
  14. I am not very good at thinking of things in a logical, step-by-step way.
  15. I believe in trusting my instincts.
  16. I don’t like to have to do a lot of thinking.
  17. Using a gut feeling usually works well for me in solving problems.
  18. I am much better at solving problems that require practical everyday solutions than problems that require logical thinking.
  19. I often trust my gut feelings to make decisions.
  20. I enjoy solving problems that require hard thinking.
  21. I don’t like to rely on my first impressions.
  22. I enjoy problems that require thinking along new lines.
  23. If I had to rely only on my intuition, I would often make wrong decisions.
  24. I like to think about things that are interesting, even if they have no practical value.
  25. I often go by my gut feeling when I have to make a decision.
  26. Reasoning things out does not come naturally to me.
  27. I hardly ever go wrong when I listen to my deepest gut feelings to find an answer.
  28. I like to think of lots of different ways to solve problems.
  29. My snap judgments are probably not as good as most people’s.
  30. I am not particularly good at thinking of alternative solutions to problems.
  31. I am better at solving problems that require intuition than at solving problems that require systematic logic.
  32. I prefer to do things that require little thought once I’ve learned them.
  33. I am generally able to solve complex problems.
  34. I suspect that my gut feelings are not very reliable.
  35. I have a lot of trouble thinking of things that are abstract.
  36. I find that it helps to go by my feelings in making important decisions.
  37. Thinking is not my idea of an enjoyable activity.
  38. I am a very analytical person.
  39. I think there is a lot of wisdom in intuitive feelings.
  40. I am not good at finding underlying patterns in complex information.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 23). Inventaire Rationnel-Expérientiel (REI). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-rationnel-experientiel-rei/
Looti, Mohammed. “Inventaire Rationnel-Expérientiel (REI).” Base de données de psychologie en français, 23 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-rationnel-experientiel-rei/.
Looti, Mohammed. “Inventaire Rationnel-Expérientiel (REI).” Base de données de psychologie en français. septembre 23, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-rationnel-experientiel-rei/.