1. Résumé / Abstract
L’Inventaire de l’Orientation Sociosexuelle (Sociosexual Orientation Inventory, SOI), initialement développé par Jeffry A. Simpson et Steven W. Gangestad (1991) puis raffiné sous sa forme révisée (SOI-R) par Lars Penke et Jens B. Asendorpf (2008), constitue l’instrument psychométrique de référence pour mesurer les différences individuelles dans la propension à s’engager dans des relations sexuelles sans engagement affectif, investissement émotionnel ou projet relationnel à long terme. Cet outil évalue le continuum de la sociosexualité, allant d’une orientation dite « restreinte » (nécessitant attachement préalable, engagement mutuel et intimité émotionnelle) à une orientation dite « non restreinte » (caractérisée par une disposition favorable aux rapports sexuels occasionnels, aux partenaires multiples et à la dissociation entre amour et sexualité).
L’évaluation repose traditionnellement sur la mesure de trois composantes fondamentales : le comportement sociosexuel passé (nombre de partenaires sexuels récents, relations d’un soir), les attitudes sociosexuelles (croyances normatives, acceptation morale du sexe récréatif sans amour) et le désir sociosexuel (fréquence des fantasmes sexuels spontanés orientés vers des personnes extérieures au couple ou récemment rencontrées, excitation en présence d’individus non engagés). L’instrument emploie des formats de réponse combinant des échelles d’estimation numérique, des échelles de type Likert ordinales et des échelles de fréquence graduées.
Sur le plan métrologique, l’inventaire démontre une cohérence interne satisfaisante, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,75 et 0,88 pour l’échelle globale et les sous-dimensions respectives. La validité convergente et la validité différentielle ont été corroborées à travers des dizaines de cultures via le vaste projet international International Sexuality Description Project (ISDP). L’analyse factorielle confirmatoire soutient une architecture tridimensionnelle distincte mais corrélée, offrant aux chercheurs et aux praticiens en psychologie de l’évolution, sexologie clinique et psychologie sociale une mesure fine, robuste et écologiquement valide des stratégies d’accouplement humaines.
2. Mots-clés / Keywords
Sociosexualité, Inventaire de l’Orientation Sociosexuelle, SOI, SOI-R, stratégies reproductives, psychologie évolutionniste, comportement sexuel, attitudes sexuelles, désir sexuel, relations occasionnelles, psychométrie sexologique.
3. Auteurs / Authors
L’Inventaire de l’Orientation Sociosexuelle trouve ses racines conceptuelles et méthodologiques dans les travaux pionniers de :
- Jeffry A. Simpson, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie, Département de psychologie, University of Minnesota, Minneapolis, MN, États-Unis. Spécialiste mondial de la théorie de l’attachement chez l’adulte, de l’évolution du comportement social et de la sélection des partenaires. Courriel institutionnel :
[email protected]. - Steven W. Gangestad, Ph.D. — Professeur distingué d’anthropologie et de psychologie, University of New Mexico, Albuquerque, NM, États-Unis. Expert reconnu en écologie comportementale humaine, asymétrie fluctuante et modélisation évolutionniste de la sexualité.
- Lars Penke, Ph.D. (Auteur principal de la version révisée SOI-R) — Professeur de psychologie biologique de la personnalité, Georg-August-Universität Göttingen, Göttingen, Allemagne (anciennement affilié à l’University of Edinburgh). Recherches axées sur la génétique quantitative du comportement, la personnalité et la sélection sexuelle. Courriel :
[email protected]ou[email protected]. - Jens B. Asendorpf, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie de la personnalité, Humboldt-Universität zu Berlin, Berlin, Allemagne. Co-développeur de la structure multifactorielle du SOI-R.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Inventaire de l’Orientation Sociosexuelle est de quantifier de manière opérationnelle la variabilité interindividuelle quant à la dissociation possible entre l’intimité affective et le comportement sexuel. Dans l’histoire de la psychologie et de la sexologie contemporaines, la disposition sexuelle a longtemps été abordée soit sous l’angle réducteur de la fréquence brute des orgasmes et des rapports, soit sous le prisme de la pathologie (déviance, hypersexualité, addiction sexuelle). Le SOI s’écarte délibérément de ces postures normatives pour appréhender la sexualité humaine sous l’angle des variations adaptatives des stratégies de reproduction et de formation des couples.
Applications en recherche fondamentale et psychosociale
Au niveau fondamental, le SOI est principalement mobilisé dans les disciplines suivantes :
- Psychologie évolutionniste : Tester empiriquement la théorie des stratégies sexuelles (Sexual Strategies Theory) de David Buss et David Schmitt. Il permet de mesurer l’allocation préférentielle des ressources temporelles et somatiques vers les stratégies d’accouplement à court terme (short-term mating) par opposition aux stratégies d’investissement parental et d’accouplement à long terme (long-term mating).
- Psychologie de la personnalité : Examiner les corrélations systématiques entre l’orientation sociosexuelle et les modèles différentiels, notamment le modèle des Cinq Grands Facteurs (Big Five) (en particulier l’extraversion, l’ouverture et une faible agréabilité) ou encore la Triade Noire (machiavélisme, narcissisme, psychopathie subclinique).
- Dynamique relationnelle et conjugale : Étudier la jalousie, l’infidélité (sexuelle versus émotionnelle), la rétention de partenaire, la stabilité conjugale et la propension au braconnage de partenaires (mate poaching).
Applications cliniques et en santé publique
Sur le versant appliqué, bien que le SOI n’ait pas été conçu comme un instrument de diagnostic psychiatrique catégoriel, son utilisation s’avère féconde dans les consultations de thérapie de couple et les démarches de santé sexuelle :
- Thérapie de couple et sexothérapie : L’inventaire met en lumière les décalages d’orientation sociosexuelle au sein du couple (sociosexual mismatch). Une divergence marquée entre un partenaire strictement restreint et un partenaire non restreint engendre fréquemment des incompréhensions chroniques, des insécurités d’attachement, des sentiments de trahison ou des conflits touchant à la frontière entre fidélité, pornographie et sociabilisation extérieure.
- Prévention des risques épidémiologiques : L’orientation sociosexuelle non restreinte est fortement corrélée avec des comportements sexuels à risque (non-utilisation systématique du préservatif, multiplicité des partenaires simultanés), ce qui fait du SOI un prédicteur pertinent pour l’élaboration de programmes ciblés de prévention des infections sexuellement transmissibles (IST/VIH).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit théorique au cœur du SOI est l’orientation sociosexuelle (sociosexuality). Défini initialement par Alfred Kinsey de manière indirecte, puis théorisé formellement par Simpson et Gangestad, ce construit mesure le degré auquel une personne exige la présence de proximité psychologique, d’amour, de réciprocité émotionnelle et d’engagement institutionnel avant d’envisager et de consommer un acte sexuel avec autrui.
Le continuum sociosexuel s’étend entre deux pôles antithétiques :
- L’orientation sociosexuelle restreinte (Restricted Sociosexuality) : Les individus situés à cette extrémité du spectre considèrent que l’acte sexuel est indissociable de l’amour profond, de la loyauté mutuelle et de la sécurité relationnelle. Ils présentent un faible taux de partenaires au cours de leur vie, refusent catégoriquement les relations sexuelles sans lendemain (one-night stands), éprouvent peu ou pas de désir sexuel envers des inconnus et manifestent une aversion pour le sexe récréatif.
- L’orientation sociosexuelle non restreinte (Unrestricted Sociosexuality) : Les individus situés à ce pôle n’estiment pas que l’affection ou l’engagement soient des prérequis nécessaires à l’acte sexuel. Ils considèrent le sexe occasionnel comme agréable, épanouissant et acceptable sans composante amoureuse, cumulent un nombre plus élevé de partenaires, vivent des épisodes sexuels sporadiques avec aisance et rapportent des fantasmes érotiques fréquents à l’égard de cibles relationnelles variées ou inconnues.
La décomposition tripartite du construit (SOI-R)
La version originale traitait principalement la sociosexualité comme une variable globale unidimensionnelle. Toutefois, les avancées psychométriques majeures introduites par Lars Penke et Jens Asendorpf ont permis de formaliser le construit sous une structure tripartite, articulée autour de trois facettes distinctes :
- La composante comportementale (Comportement sociosexuel) : Évalue les manifestations manifestes et passées du comportement sexuel de l’individu. Elle se focalise sur l’histoire factuelle : nombre de partenaires différents au cours des 12 derniers mois, nombre de rapports uniques d’un soir (one and only one occasion), et fréquence des rapports sexuels consentis sans volonté d’engagement à long terme. Cette facette reflète l’actualisation concrète des dispositions internes face aux opportunités environnementales.
- La composante attitudinale (Attitude sociosexuelle) : Quantifie le système de croyances explicites, de valeurs morales, d’évaluations normatives et de dispositions cognitives de l’individu quant à la permissivité sexuelle. Les items portent sur l’approbation morale du sexe sans amour, l’évaluation de son propre confort psychologique face au sexe récréatif avec des partenaires multiples, et l’exigence d’un attachement affectif préalable. Contrairement aux comportements, les attitudes ne dépendent pas directement de l’attractivité physique de l’individu sur le marché de l’accouplement (c’est-à-dire de sa capacité réelle à trouver des partenaires).
- La composante motivationnelle (Désir sociosexuel) : Capture la pulsion subjective, l’éveil sexuel spontané et la fréquence des pensées intrusives ou fantasmes érotiques dirigés vers des personnes autres que le partenaire officiel (ou vers des individus nouvellement rencontrés). Cette facette mesure l’énergie motivationnelle brute guidant l’accouplement à court terme, indépendamment du fait que ce désir soit ensuite converti en actes ou réprimé par des contraintes morales, sociales ou conjugales.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’Inventaire de l’Orientation Sociosexuelle est fermement ancré dans le cadre paradigmatique de la biologie de l’évolution, de l’écologie comportementale humaine et de la psychologie évolutionniste.
La théorie de l’investissement parental de Trivers
Le fondement primordial de la sociosexualité découle directement de la théorie de l’investissement parental énoncée par Robert Trivers en 1972. Selon Trivers, le sexe qui fournit le plus grand investissement obligatoire minimal dans la progéniture (chez les mammifères et l’humain, la femelle : gestation, lactation, risque obstétrique) constituera la ressource limitante dans la reproduction et évoluera donc vers une sélectivité accrue dans le choix des partenaires (recherche d’engagement, de ressources, de protection). À l’inverse, le sexe qui investit potentiellement le moins par événement reproductif (le mâle) sera en compétition intra-sexuelle pour accéder aux partenaires et manifestera une plus forte propension aux rapports multiples et peu investis.
Transposé à l’échelle psychométrique, ce principe prédit des différences sexuelles systématiques : en moyenne, les hommes affichent une sociosexualité plus non restreinte que les femmes, particulièrement sur la dimension du désir. Cependant, le modèle insiste également sur l’existence d’une très large variabilité intra-sexe, que le SOI permet précisément d’objectiver.
La théorie des stratégies sexuelles (Sexual Strategies Theory – SST)
Développée par Buss et Schmitt (1993), la SST postule que les êtres humains possèdent un répertoire flexible de stratégies d’accouplement. Les individus ne sont pas enfermés dans un schéma unique mais déploient, de façon conditionnelle selon le contexte et leurs caractéristiques propres, des stratégies à court terme (opportunistes, orientées vers la diversité génétique ou la recherche rapide de partenaires) ou des stratégies à long terme (axées sur l’attachement, la coopération biparentale et l’investissement durable). Le SOI operationalise précisément cette balance stratégique : les scores élevés témoignent de la prédominance d’une stratégie à court terme, tandis que les scores faibles reflètent l’ancrage dans une stratégie exclusive à long terme.
La théorie de l’histoire de vie (Life History Theory)
Dans un cadre biologique plus vaste, l’orientation sociosexuelle s’inscrit au sein de la théorie de l’histoire de vie (Charnov, 1993 ; Kaplan & Gangestad, 2005). Cette théorie formalise les arbitrages évolutifs (trade-offs) que tout organisme doit opérer pour allouer ses ressources bioénergétiques finies entre la survie/croissance somatique (stratégie lente, investissement dans le capital humain et parental) et la reproduction immédiate (stratégie rapide, reproduction précoce, partenaires multiples, faible investissement par descendant). Une sociosexualité non restreinte est ainsi un corrélat direct d’une stratégie d’histoire de vie rapide (fast life history strategy), fréquemment associée à un environnement d’enfance imprévisible, instable ou perçu comme risqué.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du SOI et de ses révisions successives a fait l’objet d’un examen empirique exhaustif dans la littérature internationale, confirmant des qualités métrologiques remarquables dans des échantillons universitaires, cliniques et communautaires représentatifs.
Validité de construit et validité structurelle
La validité de construit est étayée par la cohérence interne et la structure factorielle stable de l’instrument. Dans leur étude séminale de 2008 regroupant plusieurs échantillons indépendants (N total > 1 300), Penke et Asendorpf ont démontré par modélisation d’équations structurelles que le modèle tripartite (Comportement, Attitude, Désir) présente des indices d’adéquation nettement supérieurs (CFI > 0,95, RMSEA < 0,06) à tout modèle unidimensionnel. Cette tripartition montre que bien que les facettes soient corrélées (r variant généralement entre 0,35 et 0,55), elles capturent des variances psychologiques non redondantes.
Validité convergente
L’instrument démontre une excellente validité convergente avec un faisceau de mesures théoriquement affiliées :
- Permissivité sexuelle : Corrélations fortes et positives (r = 0,60 à 0,72) avec l’échelle de permissivité sexuelle de la Sexual Attitudes Scale (SAS) de Hendrick et Hendrick.
- Traits de personnalité : Corrélations positives significatives avec l’Extraversion (r ≈ 0,25 à 0,35) et la recherche de sensations (r ≈ 0,30 à 0,40), et corrélations négatives avec l’Agréabilité (r ≈ -0,20) et la Conscienciosité (r ≈ -0,15).
- Triade Noire : Corrélations positives robustes avec le narcissisme grandiose, le machiavélisme et la psychopathie primaire (Jonason et al., 2009).
- Attachement adulte : L’orientation sociosexuelle non restreinte est systématiquement corrélée avec l’évitement de l’attachement (mesuré par l’ECR – Experiences in Close Relationships), reflétant une stratégie défensive d’autonomie émotionnelle.
Validité discriminante
La validité discriminante est attestée par l’absence d’association significative ou de corrélations très faibles entre le SOI et des construits généraux non liés à l’accouplement, tels que l’estime de soi générale (Rosenberg Self-Esteem Scale, r < 0,10), le quotient intellectuel mesuré par matrices progressives, ou l’anxiété générale non sociale.
Validité prédictive et écologique
La validité prédictive du SOI est l’une des plus spectaculaires en psychologie de la personnalité :
- Comportement réel lors de speed-datings : Les participants ayant un score élevé de désir sociosexuel manifestent une plus grande proactivité de séduction, distribuent davantage de propositions de rendez-vous et sont plus enclins à accepter des rencontres éphémères (Penke & Asendorpf, 2008).
- Infidélité et stabilité de couple : Dans des études longitudinales de suivi de couples mariés ou cohabitants, les scores de SOI prédisent de manière hautement significative l’occurrence d’infidélités sexuelles extraconjugales sur une période de 1 à 4 ans, même après contrôle statistique de la satisfaction conjugale initiale.
- Perception du regard d’autrui : Les personnes non restreintes scannent plus rapidement et mémorisent plus efficacement les visages physiquement attrayants dans des paradigmes de suivi oculaire (eye-tracking).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Inventaire de l’Orientation Sociosexuelle a été éprouvée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle.
Cohérence interne
Dans la formulation originale de Simpson et Gangestad (1991), l’alpha de Cronbach global se situait aux alentours de 0,73 à 0,77. Bien que satisfaisant, ce niveau reflétait l’agrégation d’items hétérogènes (combinant des décomptes comportementaux asymétriques et des échelles d’attitudes). Avec l’avènement du SOI-R (Penke & Asendorpf, 2008), la standardisation rigoureuse des sous-échelles de 3 items a permis d’optimiser l’homogénéité interne :
- Sous-échelle Comportement : α de Cronbach compris entre 0,83 et 0,89 selon les échantillons (hommes et femmes).
- Sous-échelle Attitude : α de Cronbach compris entre 0,81 et 0,87.
- Sous-échelle Désir : α de Cronbach compris entre 0,85 et 0,90.
- Score total global : α de Cronbach oscillant généralement entre 0,84 et 0,88.
Les coefficients de fiabilité composite (Omega de McDonald, ω) confirment ces résultats, attestant que la variance des scores reflète fidèlement la variance du construit latent sans inflation artificielle due à la redondance d’items.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été documentée sur divers intervalles temporels :
- À un intervalle de deux à trois semaines, les coefficients de corrélation de Pearson test-retest oscillent entre 0,86 et 0,94 pour l’ensemble des sous-dimensions, indiquant une excellente précision de mesure à court terme.
- À un intervalle de un an, la stabilité demeure très élevée pour l’attitude (r ≈ 0,78) et le désir (r ≈ 0,75). La facette comportementale présente une corrélation légèrement modulée par les changements de statut relationnel (passage du célibat à une relation de couple monogame stable), mais conserve un coefficient test-retest supérieur à 0,70. Ces chiffres confirment que l’orientation sociosexuelle possède les attributs métrologiques d’un trait de personnalité stable à l’âge adulte.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’histoire de la structure factorielle du SOI illustre l’évolution de la méthodologie psychométrique au cours des trois dernières décennies.
De l’unidimensionnalité initiale aux anomalies factorielles
Dans la version originelle de Simpson et Gangestad (1991), l’analyse factorielle exploratoire (AFE) extrayait un facteur général dominant expliquant une proportion substantielle de variance. Cependant, de multiples critiques méthodologiques ont émergé dans les années 2000. Des chercheurs ont souligné que le facteur unique était principalement tiré par les corrélations massives entre les items de comportement factuel, masquant l’indépendance relative du désir et des attitudes cognitives. De surcroît, le calcul d’un score unique exigeait des formules de pondération complexes basées sur les scores Z pour harmoniser des échelles aux formats de réponse divergents.
Validation du modèle tridimensionnel (AFE et AFC)
Pour résoudre ces limites, Penke et Asendorpf (2008) ont mené une série rigoureuse d’analyses factorielles exploratoires et confirmatoires sur plusieurs larges cohortes :
- Analyse Factorielle Exploratoire (AFE) : L’extraction en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct) a systématiquement isolé trois facteurs distincts dont les valeurs propres (eigenvalues) dépassaient nettement le seuil de Kaiser (valeurs propres > 1,5), expliquant collectivement plus de 68 % de la variance totale des scores.
- Saturations factorielles (Factor Loadings) :
- Les items 1, 2 et 3 saturent massivement et exclusivement sur le facteur Comportement (saturations comprises entre 0,72 et 0,88).
- Les items 4, 5 et 6 saturent de manière univoque sur le facteur Attitude (saturations comprises entre 0,69 et 0,86).
- Les items 7, 8 et 9 saturent nettement sur le facteur Désir (saturations comprises entre 0,76 et 0,91).
- Les saturations croisées (cross-loadings) demeurent systématiquement inférieures au seuil de 0,20, attestant d’une pureté factorielle exemplaire.
- Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC) : La modélisation confirmatoire a formellement comparé trois modèles concurrents : un modèle à facteur unique général, un modèle à deux facteurs (séparant comportement passé et dispositions cognitives/motivationnelles) et le modèle à trois facteurs corrélés. Les indices d’ajustement du modèle à trois facteurs se sont révélés nettement supérieurs :
- χ²/df < 2,5
- CFI (Comparative Fit Index) = 0,974
- TLI (Tucker-Lewis Index) = 0,962
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) = 0,048 (IC 90% [0,037 ; 0,059])
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) = 0,035
L’invariance factorielle à travers les sexes (hommes versus femmes) et les statuts relationnels (célibataires versus personnes en couple) a été confirmée aux niveaux configurationnel, métrique et scalaire, garantissant que les différences de moyennes observées entre groupes reflètent de véritables divergences psychologiques et non des biais de mesure.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’inventaire se présente sous la forme d’un auto-questionnaire standardisé comportant 9 items principaux, administrable en passation individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou via plateforme numérique sécurisée.
- Type de test : Auto-évaluation psychométrique (self-report inventory) de la personnalité et de la sexualité.
- Format d’administration : Papier-crayon ou questionnaire informatisé en ligne.
- Durée approximative de passation : 3 à 5 minutes.
- Nombre total d’items : 9 items structurés en trois sous-échelles de 3 items chacune :
- Découpage des sous-échelles :
- Items 1 à 3 : Comportement sociosexuel (historique des partenaires sexuels récents, relations occasionnelles d’un soir, rapports sans projet relationnel à long terme).
- Items 4 à 6 : Attitudes sociosexuelles (acceptation morale du sexe récréatif sans amour, aisance subjective envers les rapports occasionnels, exigence d’un lien d’attachement préalable).
- Items 7 à 9 : Désir sociosexuel (fréquence des fantasmes sexuels spontanés avec des tiers non engagés, éveil sexuel en présence d’inconnus).
- Échelles de réponse :
- Items 1 à 3 (Comportement) : Échelle en 9 points codant des classes numériques de partenaires : 0 = 0 partenaire ; 1 = 1 ; 2 = 2 ; 3 = 3 ; 4 = 4 ; 5 = 5-6 ; 6 = 7-9 ; 7 = 10-19 ; 8 = 20 ou plus.
- Items 4 à 6 (Attitude) : Échelle de type Likert en 9 points, graduée de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly disagree) à 9 (« Tout à fait d’accord » / Strongly agree). L’item 6 (ou item 7 selon la numérotation historique d’origine) est inversé au codage.
- Items 7 à 9 (Désir) : Échelle ordinale de fréquence en 9 points allant de 1 (« Jamais » / Never) à 9 (« Au moins une fois par jour » / At least once a day).
- Cotation et calcul des scores :
- Inversion d’item : L’item mesurant la nécessité d’un attachement affectif préalable (« I would have to be closely attached to someone… » / « I do not want to have sex with a person until I am sure… ») doit impérativement faire l’objet d’un codage inversé (valeur inversée = 10 – score brut).
- Scores de sous-échelles : Calculés par la moyenne arithmétique ou la somme directe des 3 items composant chaque facette (plage de score : 3 à 27 par sous-échelle si somme ; 1 à 9 si moyenne).
- Score global de sociosexualité : Obtenu en additionnant les moyennes des trois facettes ou en sommant l’ensemble des 9 items réalignés (plage : 9 à 81). Un score élevé traduit une orientation sociosexuelle non restreinte.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1991 (Simpson & Gangestad, publication princeps dans le Journal of Personality and Social Psychology) ; révision majeure (SOI-R) publiée en 2008 par Lars Penke et Jens B. Asendorpf.
- Tarifs et coût d’utilisation : L’inventaire est un instrument scientifique du domaine public académique (Open Science Instrument). Son utilisation est entièrement gratuite à des fins de recherche fondamentale, d’enseignement académique, de travaux universitaires et d’évaluation clinique non commerciale.
- Conditions de licence et d’utilisation : Aucune autorisation formelle préalable n’est exigée des auteurs pour une utilisation non commerciale sous réserve de citer expressément les publications originales (Simpson & Gangestad, 1991 ; Penke & Asendorpf, 2008). Pour toute adaptation commerciale, intégration dans des progiciels payants ou projets de sélection d’entreprise, il est requis de contacter directement le titulaire des droits ou les éditeurs institutionnels.
- Contact académique pour informations : Prof. Dr. Lars Penke, Georg-August-Universität Göttingen, E-mail :
[email protected], Site officiel : www.larspenke.eu.
12. Références / References
- Buss, D. M., & Schmitt, D. P. (1993). Sexual Strategies Theory: An evolutionary perspective on human mating. Psychological Review, 100(2), 204–232. https://doi.org/10.1037/0033-295X.100.2.204
- Charnov, E. L. (1993). Life history invariants: Some explorations of symmetry in evolutionary ecology. Oxford University Press.
- Jonason, P. K., Li, N. P., Webster, G. D., & Schmitt, D. P. (2009). The dark triad: Facilitating a short‐term mating strategy in men. European Journal of Personality, 23(1), 5–18. https://doi.org/10.1002/per.698
- Penke, L., & Asendorpf, J. B. (2008). Beyond global sociosexual orientations: A more differentiated look at sociosexuality and its effects on courtship and romantic relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 95(5), 1113–1135. https://doi.org/10.1037/a0012559
- Schmitt, D. P. (2005). Sociosexual orientation across 48 nations: Psychobehavioral techniques, gender differences, and culture. Behavioral and Brain Sciences, 28(2), 247–275. https://doi.org/10.1017/S0140525X05000058
- Simpson, J. A. (1998). Sociosexual Orientation Inventory. In C. M. Davis, W. L. Yarber, R. Bauserman, G. Schreer, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of sexuality-related measures (pp. 565–566). Sage Publications.
- Simpson, J. A., & Gangestad, S. W. (1991). Individual differences in sociosexuality: Evidence for convergent and discriminant validity. Journal of Personality and Social Psychology, 60(6), 870–883. https://doi.org/10.1037/0022-3514.60.6.870
- Trivers, R. L. (1972). Parental investment and sexual selection. In B. Campbell (Ed.), Sexual selection and the descent of man 1871–1971 (pp. 136–179). Aldine-Atherton.
- Zacchilli, T. L. (2007). The relationship between conflict and communication, sex, relationship satisfaction, and other relational variables in dating relationships (Doctoral dissertation, Texas Tech University). Texas Tech Electronic Theses and Dissertations.