Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire

L’Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire (NPI-Q) est un instrument psychométrique d’hétéro-évaluation clinique conçu pour mesurer 12 symptômes neuropsychiatriques de la démence ainsi que la détresse de l’aidant.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire (couramment abrégé sous l’acronyme NPI-Q pour Neuropsychiatric Inventory–Questionnaire) est un instrument psychométrique d’hétéro-évaluation clinique conçu pour quantifier et caractériser de manière standardisée les symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD), ainsi que le retentissement psychologique et émotionnel induit chez le proche aidant. Développé initialement par Daniel I. Kaufer et ses collaborateurs (2000) comme une déclinaison condensée et auto-administrée de l’Inventaire Neuropsychiatrique standardisé (NPI) créé par Jeffrey L. Cummings et son équipe (1994), le NPI-Q a été spécifiquement élaboré pour répondre aux contraintes temporelles strictes des consultations de routine en neurologie, gériatrie, psychiatrie du sujet âgé et soins primaires.

Le NPI-Q explore douze domaines neuropsychiatriques distincts : les idées délirantes, les hallucinations, l’agitation/agressivité, la dépression/dysphorie, l’anxiété, l’exaltation de l’humeur/l’euphorie, l’apathie/indifférence, la désinhibition, l’irritabilité/labilité émotionnelle, les comportements moteurs aberrants, les perturbations du sommeil/comportements nocturnes, et les anomalies de l’appétit/troubles des conduites alimentaires. L’architecture de passation repose sur une procédure de dépistage en deux étapes : pour chacun des douze domaines, l’informateur (l’aidant naturel ou professionnel) indique d’abord par un choix dichotomique (« Oui » ou « Non ») si le comportement a été présent au cours des quatre dernières semaines. En cas de réponse affirmative, l’évaluateur renseigne d’une part la sévérité du symptôme pour le patient sur une échelle ordinale de 1 à 3 (Léger, Modéré, Sévère), et d’autre part le degré de détresse psychologique qu’il subit personnellement face à cette manifestation sur une échelle de 0 à 5 (Allant de l’absence de détresse à une détresse extrême).

Sur le plan métrologique, le NPI-Q présente d’excellentes qualités psychométriques établies dans de nombreuses études internationales. La fidélité test-retest s’avère robuste (coefficients de corrélation intraclasse généralement supérieurs à 0,80 pour le score global de sévérité et à 0,85 pour la détresse de l’aidant). La validité concourante avec l’entretien NPI approfondi est remarquablement élevée (corrélations de Spearman et de Pearson oscillant entre 0,70 et 0,90 selon les domaines). Ses propriétés structurales, confirmées par des analyses factorielles, révèlent des regroupements syndromiques cohérents (hyperactivité motrice, symptômes affectifs, psychose et apathie) conformes aux données neurobiologiques des pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer, la démence à corps de Lewy et la dégénérescence fronto-temporale.

2. Mots-clés / Keywords

Inventaire Neuropsychiatrique, NPI-Q, Démence, Maladie d’Alzheimer, Symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD), Évaluation neuropsychiatrique, Fardeau de l’aidant, Détresse psychologique, Psychométrie, Gérontopsychiatrie, Neurologie comportementale, Neuropsychologie clinique.

3. Auteurs / Authors

L’adaptation sous format questionnaire (NPI-Q) a été modélisée et validée sous la direction clinique de :

  • Daniel I. Kaufer, M.D. : Neurologue et neuropsychiatre clinicien, anciennement affilié au Département de Neurologie de l’Université de Pittsburgh School of Medicine et plus tard directeur du Memory and Cognitive Disorders Program à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (décédé en 2020).
  • Jeffrey L. Cummings, M.D., Sc.D. : Concepteur originel du NPI (1994, 1997), professeur émérite de neurologie à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), directeur du Cleveland Clinic Lou Ruvo Center for Brain Health et professeur au Département des Neurosciences de l’Université du Nevada à Las Vegas (UNLV). Courriel institutionnel : [email protected].
  • Patrick Ketchel, M.S., et l’équipe collaborative de recherche multicentrique sur la démence de l’Université de Pittsburgh et de l’UCLA.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire (NPI-Q) est de fournir une évaluation standardisée, valide, reproductible et rapide des troubles psychiatriques et des altérations comportementales survenant au cours de l’évolution des maladies neurodégénératives, tout en évaluant simultanément leur impact sur l’état psychologique de l’aidant. Alors que l’Inventaire Neuropsychiatrique originel (NPI standard ; Cummings et al., 1994) requiert un entretien semi-structuré conduit par un professionnel formé d’une durée moyenne de 20 à 30 minutes, le NPI-Q a été spécialement conçu pour pouvoir être complété de façon autonome par l’aidant en moins de cinq à dix minutes, ce qui optimise son intégration dans les flux de travail cliniques contraignants.

Applications cliniques

Dans la pratique médicale quotidienne — qu’il s’agisse des consultations mémoire, des services de court séjour gériatrique, des équipes de neurologie cognitive ou de la médecine ambulatoire — le NPI-Q remplit une triple mission diagnostique, thérapeutique et de suivi :

  • Dépistage et profilage comportemental : Identifier avec précision la constellation symptomatique non cognitive d’un patient. Bien que les déficits cognitifs (mémoire, langage, fonctions exécutives) constituent le critère diagnostique classique des démences, les perturbations neuropsychiatriques représentent la composante la plus perturbatrice pour l’entourage et sont responsables d’un risque élevé d’institutionnalisation prématurée.
  • Orientation et surveillance des interventions thérapeutiques : Permettre une prise de décision guidée par les données cliniques, qu’il s’agisse de la mise en place d’interventions non pharmacologiques (stimulation sensorielle, restructuration de l’environnement, musicothérapie, thérapie de validation) ou de l’instauration prudente de psychotropes (antidépresseurs, inhibiteurs de l’acétylcholinestérase, mémantine, ou antipsychotiques atypiques en cas de crise majeure de sécurité). La réévaluation longitudinale via le NPI-Q offre une mesure objective de l’efficacité thérapeutique ou de la survenue d’effets iatrogènes.
  • Soutien ciblé de l’aidant : Détecter les domaines générant le plus de souffrance émotionnelle pour l’aidant. Par exemple, une agitation légère peut induire une détresse extrême chez un conjoint âgé fragilisé, tandis qu’une apathie marquée peut épuiser les ressources d’un proche aidant par la charge de stimulation constante qu’elle requiert.

Applications en recherche épidémiologique et clinique

Dans le domaine des essais cliniques thérapeutiques et des cohortes observationnelles longitudinales (telles que l’Alzheimer’s Disease Neuroimaging Initiative [ADNI] ou le National Alzheimer’s Coordinating Center [NACC]), le NPI-Q est très largement adopté comme mesure d’évaluation secondaire des résultats (secondary outcome measure). Sa brièveté permet de minimiser le fardeau des participants et la fatigue des aidants lors des protocoles expérimentaux denses, tout en garantissant des données standardisées compatibles avec les modèles statistiques multivariés et les études épidémiologiques à large échelle.

5. Construit psychologique / Construct

Le NPI-Q conceptualise la pathologie neuropsychiatrique de la démence non pas comme une entité unitaire, mais comme un ensemble multidimensionnel de syndromes comportementaux et affectifs distincts, coexistant avec les pertes cognitives. Ces altérations résultent de la dégradation spécifique de sous-systèmes neuronaux cortico-sous-corticaux et de dysfonctions neurotransmettrices. L’outil capture douze dimensions comportementales fondamentales, couplées à une mesure du fardeau psychologique de l’aidant.

1. Idées délirantes (Delusions)

Cette dimension évalue la présence de croyances erronées, inébranlables par le raisonnement logique, et non fondées sur la réalité. Dans les démences, ces idées délirantes se manifestent principalement sous la forme de thématiques de persécution, de préjudice ou de spoliation (conviction d’être volé par des proches ou des soignants), d’infidélité du conjoint, ou encore d’erreurs d’identification complexes (tel que le syndrome de Capgras, où le patient affirme que son conjoint a été remplacé par un imposteur).

2. Hallucinations

Le construit englobe les perceptions sensorielles sans objet extérieur. Dans la maladie d’Alzheimer et particulièrement dans la démence à corps de Lewy, les hallucinations visuelles dominent (vision de personnes, d’enfants ou d’animaux présents dans la pièce), bien que des hallucinations auditives (voix, murmures, bruits menaçants) ou plus rarement tactiles et olfactives puissent également se manifester.

3. Agitation / Agressivité (Agitation/Aggression)

Ce domaine correspond aux comportements de résistance active ou passive envers les soins, à l’opposition physique ou verbale, à l’explosivité colérique, aux jurons, ou aux violences physiques dirigées contre les personnes ou les objets. L’agitation reflète souvent une incapacité du patient à comprendre les intentions de l’aidant ou les stimuli de son environnement en raison de ses défaillances cognitives.

4. Dépression / Dysphorie (Depression/Dysphoria)

Ce domaine mesure l’expression verbale ou non verbale de la tristesse, de la désolation, du pessimisme, de la culpabilité excessive, de la perte de l’estime de soi ou des souhaits explicites de mort. Les symptômes dépressifs dans la démence peuvent aggraver de façon synergique les altérations fonctionnelles et la vitesse de déclin global.

5. Anxiété (Anxiety)

Le construit capture les manifestations de fébrilité, d’appréhension incontrôlable, de panique liée à la séparation avec l’aidant référent (« clignement » ou comportement d’agrippement), d’hyperventilation, de plaintes somatiques fonctionnelles et de ruminations anxieuses répétitives concernant des événements bénins du quotidien.

6. Exaltation / Euphorie (Elation/Euphoria)

Cette dimension évalue un état de bien-être artificiel, d’humeur anormalement joyeuse, inappropriée au contexte ou oscillant vers l’excitation maniaque. Fréquemment retrouvée dans les variantes comportementales de la démence fronto-temporale, cette jovialité excessive s’accompagne d’un manque criant de lucidité et de tact.

7. Apathie / Indifférence (Apathy/Indifference)

L’apathie constitue l’un des symptômes les plus prévalents dans les pathologies neurodégénératives. Elle est définie comme une réduction quantitative des comportements dirigés vers un but, une perte globale d’initiative motrice, d’intérêt pour les activités autrefois gratifiantes, et un émoussement affectif face aux joies ou aux peines des proches.

8. Désinhibition (Disinhibition)

Ce construit mesure l’incapacité à freiner les pulsions comportementales immédiates, se traduisant par des infractions manifestes aux règles sociales conventionnelles : remarques désobligeantes ou déplacées en public, familiarité outrancière avec des inconnus, gestes à connotation sexuelle inadaptés, ou prises de décision téméraires.

9. Irritabilité / Labilité émotionnelle (Irritability/Lability)

Cette échelle évalue l’intolérance aux frustrations mineures, l’impatience pathologique face aux délais, l’humeur massacrante et les fluctuations émotionnelles imprévisibles, où le patient passe en un instant du calme à l’exaspération.

10. Comportements moteurs aberrants (Motor Disturbance)

Ce domaine concerne les activités motrices répétitives, stéréotypées et sans finalité apparente, telles que la déambulation continuelle (errance), le fait d’ouvrir et de fermer continuellement les tiroirs, de plier et déplier inlassablement des tissus, de manipuler des boutons ou de tripoter des objets sans but précis.

11. Troubles du sommeil et comportements nocturnes (Night-time Behaviors)

Ce construit quantifie la désorganisation du rythme veille-sommeil circadien, les réveils multiples au cours de la nuit, les levers nocturnes désorientés avec déambulation dans le logement, les vocalises nocturnes, ou l’inversion du cycle nycthéméral accompagnée de somnolence diurne excessive.

12. Troubles de l’appétit et des conduites alimentaires (Appetite/Eating)

Ce domaine mesure les fluctuations pondérales involontaires (perte ou prise de poids), les changements drastiques dans les préférences alimentaires (particulièrement l’attirance compulsive pour les mets très sucrés dans la dégénérescence fronto-temporale), la gloutonnerie, ou les difficultés spécifiques d’ingestion.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Mild (noticeable‚ but not a significant change)
2

Moderate (significant‚ but not a dramatic change)
3

Severe (very marked or prominent‚ a dramatic change)
4

Moderate (fairly distressing‚ not always easy to cope with)
5

Severe (very distressing‚ difficult to cope with)
6

Extreme or Very Severe (extremely distressing‚ unable to cope with)

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle du NPI-Q s’articule autour de deux cadres théoriques majeurs : la neurologie comportementale des circuits cortico-sous-corticaux et le modèle transactionnel du stress et du fardeau de l’aidant.

Modèle neurobiologique des réseaux cortico-sous-corticaux

Sur le plan neuroscientifique, Jeffrey L. Cummings et ses collègues ont fondé le NPI sur les découvertes anatomophysiologiques décrivant les cinq boucles cortico-striato-pallido-thalamo-corticales majeures (Alexander, Crutcher & DeLong, 1990 ; Cummings, 1993). Selon ce cadre théorique, les SCPD ne sont pas des réactions purement psychologiques au handicap cognitif, mais des manifestations directes ou indirectes de la rupture fonctionnelle de ces circuits neuronaux spécifiques :

  • Le circuit orbitofrontal latéral : Sa lésion ou son hypométabolisme est directement corrélé à la désinhibition sociale, aux comportements impulsifs, à l’émoussement moral et à la perte d’autorégulation émotionnelle.
  • Le circuit cingulaire antérieur : L’atteinte de cette région ventromédiane préfrontale est intimement liée au développement de l’apathie clinique profonde, de l’akinésie psychomotrice et de la baisse de motivation intrinsèque.
  • Le circuit dorsolatéral préfrontal : Bien que principalement impliqué dans les fonctions exécutives, son dysfonctionnement engendre une rigidité mentale, une labilité émotionnelle et une inaptitude à adapter son comportement au contexte environnemental.
  • Les systèmes limbiques et temporo-pariétaux : L’atteinte de l’amygdale, de l’hippocampe et des aires d’association temporales et pariétales soutient l’émergence des distorsions perceptives (hallucinations visuelles par défaillance des voies associatives ventrales) et des interprétations erronées du monde environnant (idées délirantes de persécution ou de vol).

Modèle du stress transactionnel et fardeau de l’aidant (Lazarus & Folkman ; Pearlin)

Sur le versant psychologique et systémique, le NPI-Q intègre explicitement le modèle transactionnel du stress théorisé par Richard Lazarus et Susan Folkman (1984), ainsi que le modèle de stress de l’aidant développé par Leonard Pearlin (1990). Selon cette perspective :

  • Les symptômes comportementaux du patient constituent des stresseurs primaires objectifs.
  • L’évaluation cognitive que fait l’aidant de ces symptômes (leur caractère intentionnel ou non, leur dangerosité perçue, la capacité personnelle à y faire face) conditionne la réaction émotionnelle immédiate.
  • L’échelle de détresse du NPI-Q opérationnalise cette évaluation subjective en mesurant l’intensité de la perturbation émotionnelle (appraisal) vécue face à chaque comportement précis. Cette approche permet de distinguer la sévérité sémiologique objective d’un trouble de l’impact psychologique singulier qu’il imprime sur le système d’aide familial.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique de l’Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire a été rigoureusement analysée au moyen d’études cliniques multicentriques, au premier rang desquelles figure l’étude de validation princeps menée par Daniel I. Kaufer et ses collaborateurs en 2000, complétée par de multiples recherches transculturelles.

Validité concourante et de critère

La validité concourante du NPI-Q a été principalement établie par comparaison directe avec la version de référence administrée par le clinicien (NPI standard en entretien clinique approfondi). Dans l’étude de Kaufer et al. (2000), menée auprès d’un échantillon de patients consultant en clinique de la mémoire :

  • La corrélation de rang de Spearman entre le score total de sévérité du NPI-Q et le score global du NPI standard atteignait un coefficient remarquable de r = 0,90 (p < 0,0001).
  • La corrélation entre le score total de détresse de l’aidant du NPI-Q et le score global de détresse de l’aidant du NPI s’élevait à r = 0,91 (p < 0,0001).
  • Au niveau des domaines individuels, les corrélations de sévérité entre le NPI-Q et le NPI s’échelonnaient de 0,71 (pour la désinhibition) à 0,89 (pour l’apathie et les idées délirantes), démontrant une concordance clinique et statistique particulièrement robuste entre le format questionnaire autoadministré et l’entretien guidé par le clinicien.

Validité convergente et discriminante

La validité convergente du NPI-Q a été confirmée par de multiples corrélations significatives avec d’autres échelles cliniques validées :

  • Les sous-scores de dépression du NPI-Q présentent une forte corrélation positive avec l’Échelle de Dépression de Cornell pour la Démence (Cornell Scale for Depression in Dementia ; r > 0,65).
  • Les scores d’agitation du NPI-Q corrèlent significativement avec les sous-échelles d’agitation de la Cohen-Mansfield Agitation Inventory (CMAI) et du BEHAVE-AD.
  • Le score total de détresse de l’aidant du NPI-Q présente une corrélation hautement significative avec l’Inventaire du Fardeau de Zarit (Zarit Burden Interview, ZBI ; r = 0,60 à 0,74), confirmant que l’outil capte adéquatement le fardeau émotionnel d’accompagnement.

La validité discriminante est également confirmée : le NPI-Q permet de différencier statistiquement les profils comportementaux caractéristiques de diverses affections neurodégénératives. Ainsi, les patients atteints de dégénérescence fronto-temporale (DFT) obtiennent des scores significativement plus élevés aux items de désinhibition, d’apathie et de changements alimentaires que les patients atteints de la maladie d’Alzheimer appariés pour le stade cognitif global, tandis que les patients souffrant de démence à corps de Lewy présentent une prévalence significativement plus importante d’hallucinations visuelles et de troubles du sommeil paradoxal.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité métrologique du NPI-Q a été évaluée sous les angles de la stabilité temporelle (test-retest), de la cohérence interne et de la concordance inter-évaluateurs.

Stabilité test-retest

Dans la validation clinique originale de Kaufer et al. (2000), un sous-échantillon d’aidants a complété le NPI-Q à deux reprises à un intervalle moyen de plusieurs jours (sans modification thérapeutique intercurrente) :

  • Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) ou corrélation de Spearman pour le score total de sévérité des symptômes s’établissait à r = 0,80 (p < 0,001).
  • La stabilité temporelle pour le score total de détresse de l’aidant était encore supérieure, atteignant un coefficient de r = 0,89 (p < 0,001).
  • Pour les douze domaines individuels examinés isolément, les coefficients de stabilité test-retest variaient de 0,65 à 0,86 pour la sévérité, et de 0,68 à 0,92 pour la détresse, illustrant une excellente invariance de mesure à court terme.

Cohérence interne

Le calcul de l’alpha de Cronbach appliqué à l’ensemble du NPI-Q doit être interprété à la lumière de la nature même des SCPD. Les symptômes neuropsychiatriques ne constituent pas un trait unidimensionnel uniforme (un patient peut être profondément apathique sans présenter d’agitation ou d’euphorie) :

  • Néanmoins, le coefficient alpha de Cronbach pour le score global de sévérité se situe habituellement entre 0,74 et 0,82 selon les études de validation internationales (valeurs retrouvées notamment dans les adaptations japonaise, espagnole, brésilienne et française de l’instrument).
  • Pour l’échelle de détresse de l’aidant, l’alpha de Cronbach est plus élevé, oscillant généralement entre 0,81 et 0,88, ce qui démontre que la détresse psychologique globale de l’aidant réagit de manière homogène et hautement cohérente face à la multiplication des symptômes observés.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les investigations psychométriques fondées sur l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont permis de clarifier la structure latente des symptômes recensés par le NPI et sa forme abrégée NPI-Q.

Modèles factoriels et regroupements syndromiques

La majorité des analyses factorielles menées sur de grandes cohortes de patients (notamment au sein du consortium NACC et des études épidémiologiques européennes) identifie de façon convergente trois à quatre facteurs sous-jacents expliquant la plus grande part de la variance totale des scores de sévérité :

  1. Facteur d’Hyperactivité / Perturbation comportementale : Regroupe l’Agitation/Agressivité, la Désinhibition, l’Irritabilité/Labilité, et les Comportements moteurs aberrants. Les saturations factorielles de ces items dépassent régulièrement 0,60 dans les modèles en rotation Varimax ou Promax. Ce regroupement syndromique reflète des dysfonctions exécutives et une dérégulation frontale orbitale et sous-corticale.
  2. Facteur Affectif / Trouble de l’humeur : Regroupe principalement la Dépression/Dysphorie et l’Anxiété (saturations factorielles couramment comprises entre 0,70 et 0,85). Ce facteur correspond au dysfonctionnement des réseaux cortico-limbiques sérotoninergiques et noradrénergiques.
  3. Facteur Psychotique : Intègre les Idées délirantes et les Hallucinations (saturations fréquemment supérieures à 0,75). Ce syndrome psychotique est fortement prédictif d’un déclin cognitif accéléré et d’une défaillance des réseaux temporo-pariétaux et dopaminergiques.
  4. Facteur Apathie / Ralentissement psychomoteur : L’Apathie s’isole fréquemment comme un facteur autonome ou s’associe modérément aux anomalies alimentaires et du sommeil, constituant un profil spécifique de désengagement volitionnel lié au circuit cingulaire antérieur.

L’invariance de mesure de cette structure factorielle a été démontrée à travers différents stades de sévérité de la démence (stade léger, modéré, sévère mesurés via le MMSE ou le CDR), bien que la prévalence et l’intensité des saturations sur les facteurs d’hyperactivité et de psychose augmentent typiquement aux stades intermédiaires et avancés de la maladie.

10. Instrument de mesure / Instrument

Le NPI-Q se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé structuré autour de douze domaines cliniques majeurs. Son administration repose sur les caractéristiques suivantes :

  • Type de passation : Hétéro-évaluation clinique complétée par un informateur fiable (proche aidant, conjoint, enfant, ou professionnel soignant référent) qui côtoie le patient au quotidien. L’administration peut être réalisée de manière totalement autonome sous forme de questionnaire auto-rapporté ou supervisée par un professionnel de santé en cas de besoin d’éclaircissement.
  • Période de référence : Les symptômes observés doivent avoir été présents au cours des quatre dernières semaines (le dernier mois).
  • Format des items : Chaque domaine comporte une question de dépistage direct guidée par des exemples cliniques représentatifs.
  • Procédure de cotation en deux étapes :
    • Étape 1 (Dépistage dichotomique) : L’informateur répond par « Oui » (présent) ou « Non » (absent).
      • Si la réponse est « Non », l’évaluateur passe directement au domaine suivant (sévérité = 0, détresse = 0).
      • Si la réponse est « Oui », l’évaluateur procède obligatoirement à la double cotation de la sévérité et de la détresse.
    • Étape 2a (Échelle de Sévérité du symptôme pour le patient) :
      • 1 = Léger (Mild) : Perceptible, mais n’occasionne pas de changement significatif.
      • 2 = Modéré (Moderate) : Changement significatif, sans être dramatique.
      • 3 = Sévère (Severe) : Très marqué ou proéminent, constitue un changement dramatique.
    • Étape 2b (Échelle de Détresse émotionnelle pour l’aidant) :
      • 0 = Nulle (Not distressing at all / No distress) : Aucune détresse ressentie.
      • 1 = Minimale (Minimal) : Légèrement éprouvant, ne pose pas de problème particulier pour y faire face.
      • 2 = Légère (Mild) : Peu éprouvant, généralement facile à gérer.
      • 3 = Modérée (Moderate) : Assez éprouvant, pas toujours facile à gérer.
      • 4 = Sévère (Severe) : Très éprouvant, difficile à gérer.
      • 5 = Extrême / Très sévère (Extreme or Very Severe) : Extrêmement éprouvant, incapable d’y faire face.
  • Calcul des scores globaux :
    • Score Total de Sévérité du NPI-Q : Somme des scores de sévérité attribués aux 12 domaines. Le score s’étend de 0 à 36.
    • Score Total de Détresse de l’Aidant du NPI-Q : Somme des scores de détresse attribués aux 12 domaines. Le score s’étend de 0 à 60.
    • Scores par domaine : Chaque domaine peut être analysé individuellement en associant sa sévérité (0 à 3) et sa détresse (0 à 5).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement :
    • 1994 : Publication de l’Inventaire Neuropsychiatrique (NPI standard à 10 items) par Cummings et al.
    • 1997 : Intégration formelle des domaines du sommeil et de l’appétit (version 12 items).
    • 2000 : Publication et validation clinique officielle de la version questionnaire condensée (NPI-Q) par Kaufer et al.
  • Copyright et Propriété intellectuelle : L’instrument est protégé par le droit d’auteur, sous la propriété intellectuelle exclusive du Dr Jeffrey L. Cummings.
  • Modalités d’accès et d’utilisation :
    • Recherche académique et pratique clinique non commerciale : L’accès au NPI-Q est généralement consenti sans frais de redevance pour les cliniciens individuels, les étudiants et les chercheurs indépendants menant des études académiques sans financement commercial. Les formulaires officiels et les accords d’utilisation sont administrés via le portail officiel de l’instrument : http://npitest.net/.
    • Essais cliniques sponsorisés par l’industrie et usages commerciaux : Toute intégration de l’instrument dans des protocoles de recherche financés par l’industrie pharmaceutique, des dispositifs électroniques d’enregistrement (eCOA/ePRO) ou des environnements commerciaux requiert une licence formelle payante et l’autorisation écrite explicite de l’auteur ou de son organisme délégataire.

12. Références / References

Alexander, G. E., Crutcher, M. D., & DeLong, M. R. (1990). Basal ganglia-thalamocortical circuits: Parallel substrates for motor, oculomotor, « prefrontal » and « limbic » functions. Progress in Brain Research, 85, 119-146. https://doi.org/10.1016/s0079-6123(08)62678-3

Cummings, J. L. (1993). Frontal-subcortical circuits and human behavior. Archives of Neurology, 50(8), 873-880. https://doi.org/10.1001/archneur.1993.00540080076020

Cummings, J. L. (1997). The Neuropsychiatric Inventory: Assessing psychopathology in dementia patients. Neurology, 48(5 Suppl 6), S10-S16. https://doi.org/10.1212/wnl.48.5_suppl_6.10s

Cummings, J. L., Mega, M., Gray, K., Rosenberg-Thompson, S., Carusi, D. A., & Gornbein, J. (1994). The Neuropsychiatric Inventory: Comprehensive assessment of psychopathology in dementia. Neurology, 44(12), 2308-2314. https://doi.org/10.1212/wnl.44.12.2308

Kaufer, D. I., Cummings, J. L., Ketchel, P., Smith, V., MacMillan, A., Shelley, T., Lopez, O. L., & DeKosky, S. T. (2000). Validation of the NPI-Q, a brief clinical form of the Neuropsychiatric Inventory. The Journal of Neuropsychiatry and Clinical Neurosciences, 12(2), 233-239. https://doi.org/10.1176/jnp.12.2.233

Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.

Pearlin, L. I., Mullan, J. T., Semple, S. J., & Skaff, M. M. (1990). Caregiving and the stress process: An overview of concepts and their measures. The Gerontologist, 30(5), 583-594. https://doi.org/10.1093/geront/30.5.583

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Neuropsychiatric Inventory–Questionnaire (NPI-Q)

Circle « Yes » only if the symptom(s) has been present in the last month. Otherwise, circle « No ».
For each item marked « Yes »:
a) Rate the SEVERITY of the symptom (how it affects the patient):
    1. Mild (noticeable, but not a significant change)
    2. Moderate (significant, but not a dramatic change)
    3. Severe (very marked or prominent, a dramatic change)
b) Rate the DISTRESS you experience due to that symptom (how it affects you):
    0. Not distressing at all
    1. Minimal (slightly distressing, not a problem to cope with)
    2. Mild (not very distressing, generally easy to cope with)
    3. Moderate (fairly distressing, not always easy to cope with)
    4. Severe (very distressing, difficult to cope with)
    5. Extreme or Very Severe (extremely distressing, unable to cope with)

Please answer each question carefully. Ask for assistance if you have any questions.

1. Delusions

Does the patient have false beliefs, such as thinking that others are stealing from him/her or planning to harm him/her in some way?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

2. Hallucinations

Does the patient have hallucinations such as false visions or voices? Does he or she seem to hear or see things that are not present?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

3. Agitation/Aggression

Is the patient resistive to help from others at times, or hard to handle?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

4. Depression/Dysphoria

Does the patient seem sad or say that he /she is depressed?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

5. Anxiety

Does the patient become upset when separated from you? Does he/she have any other signs of nervousness such as shortness of breath, sighing, being unable to relax, or feeling excessively tense?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

6. Elation/Euphoria

Does the patient appear to feel too good or act excessively happy?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

7. Apathy/Indifference

Does the patient seem less interested in his/her usual activities or in the activities and plans of others?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

8. Disinhibition

Does the patient seem to act impulsively, for example, talking to strangers as if he/she knows them, or saying things that may hurt people’s feelings?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

9. Irritability/Lability

Is the patient impatient and cranky? Does he/she have difficulty coping with delays or waiting for planned activities?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

10. Motor Disturbance

Does the patient engage in repetitive activities such as pacing around the house, handling buttons, wrapping string, or doing other things repeatedly?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

11. Night-time Behaviors

Does the patient awaken you during the night, rise too early in the morning, or take excessive naps during the day?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

12. Appetite/Eating

Has the patient lost or gained weight, or had a change in the type of food he/she likes?

Response: Yes  /  No
SEVERITY: 1    2    3
DISTRESS: 0    1    2    3    4    5

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 3). Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-neuropsychiatrique-questionnaire-npi-q/
Looti, Mohammed. “Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire.” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-neuropsychiatrique-questionnaire-npi-q/.
Looti, Mohammed. “Inventaire Neuropsychiatrique – Questionnaire.” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-neuropsychiatrique-questionnaire-npi-q/.