1. Résumé / Abstract
L’Inventaire équilibré de réponses désirables Version 6 (Balanced Inventory of Desirable Responding Version 6, BIDR-6), développé par le psychologue Delroy L. Paulhus (1991, 1994), constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et les plus largement utilisés à l’échelle internationale pour évaluer et contrôler les biais de désirabilité sociale dans les auto-évaluations de la personnalité. Face aux limites historiques des échelles unidimensionnelles telles que l’échelle de Marlowe-Crowne ou l’échelle de mensonge (Lie Scale) du MMPI, le BIDR-6 opérationnalise un modèle bifactoriel fondamental distinguant deux composantes psychologiques et motivationnelles distinctes : l’auto-illusion méliorative (Self-Deceptive Enhancement, SDE) et la gestion des impressions (Impression Management, IM).
Le questionnaire est composé de 40 items répartis équitablement entre les deux dimensions (20 items par sous-échelle). Les participants répondent sur une échelle ordinale de type Likert en 7 points, allant de 1 (« Pas vrai ») à 7 (« Très vrai »), avec un point médian à 4 (« Plutôt vrai »). L’instrument est conçu pour être équilibré sur le plan de la valence des énoncés afin de neutraliser l’impact du biais d’acquiescement, comportant exactement 10 items formulés positivement et 10 items inversés par sous-échelle. Deux méthodes de cotation sont documentées dans la littérature scientifique : la cotation continue classique (moyenne ou somme des items de 1 à 7) et la cotation dichotomique originale de Paulhus, qui n’attribue un point qu’aux réponses extrêmes reflétant une distorsion exagérée (scores de 6 ou 7 après inversion).
Sur le plan psychométrique, le BIDR-6 présente d’excellentes qualités métrologiques validées sur de vastes échantillons universitaires, professionnels et cliniques. La cohérence interne (alpha de Cronbach) oscille généralement entre 0,68 et 0,80 pour la sous-échelle SDE, et entre 0,75 et 0,86 pour la sous-échelle IM en cotation continue. La fidélité test-retest à cinq semaines dépasse régulièrement 0,65 pour SDE et 0,75 pour IM. Les analyses factorielles confirmatoires corroborent l’indépendance relative des deux construits, SDE étant étroitement lié à l’ajustement psychologique et aux traits d’agentisme (faible névrosisme, haute estime de soi), tandis qu’IM reflète une conformité sociale délibérée et des traits de communion (agréabilité, conscience). Le BIDR-6 s’impose ainsi comme un outil indispensable tant pour assainir les données d’auto-évaluation en recherche que pour éclairer les processus d’adaptation défensive en psychologie clinique et organisationnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Désirabilité sociale, BIDR-6, Delroy L. Paulhus, auto-illusion méliorative, gestion des impressions, biais de réponse, psychométrie, évaluation de la personnalité, validité de construit, analyse factorielle, simulation de bonne foi, acquiescement.
3. Auteurs / Authors
L’inventaire a été conçu et perfectionné par le Dr Delroy L. Paulhus, professeur émérite de psychologie à l’Université de Colombie-Britannique (University of British Columbia, UBC) à Vancouver, Canada. Figure de proue mondiale de la psychologie de la personnalité et de la psychométrie différentielle, le Dr Paulhus a consacré l’essentiel de sa carrière académique à la conceptualisation, la modélisation mathématique et la mesure des distorsions de réponse, du narcissisme sous-clinique, et des dimensions sombres de la personnalité (notamment co-créateur de la fameuse « Triade Noire » ou Dark Triad).
Ses travaux séminaux sur le BIDR ont été développés en collaboration avec divers chercheurs affiliés au Département de Psychologie de l’UBC, notamment D. Bruce Reid, Kevin L. Harms et Peter D. Trapnell. Les correspondances scientifiques relatives au manuel de référence du BIDR-6 (Paulhus, 1994) et à ses adaptations internationales ont été historiquement coordonnées via le laboratoire de mesure de la personnalité de l’Université de Colombie-Britannique (Vancouver, BC, V6T 1Z4, Canada).
4. Objectif / Purpose
Fondements et raison d’être de l’instrument
L’objectif fondamental du BIDR-6 est de disséquer, quantifier et contrôler le phénomène universel de la désirabilité sociale (Socially Desirable Responding, SDR) dans les protocoles d’évaluation psychologique. Dans toute démarche où un individu est amené à s’auto-évaluer — qu’il s’agisse d’inventaires de personnalité, d’échelles de détresse psychologique, d’attitudes sociopolitiques ou d’intégrité professionnelle —, les réponses obtenues ne reflètent pas uniquement la réalité objective de l’individu. Elles sont systématiquement contaminées par des forces motivationnelles et cognitives orientées vers la présentation d’une image valorisante, socialement acceptable et moralement irréprochable.
Pendant plusieurs décennies, la recherche psychométrique a traité la désirabilité sociale comme une nuisance monolithique, mesurée par des échelles globales telles que l’échelle d’Edwards (1957) ou l’échelle de Marlowe-Crowne (Crowne & Marlowe, 1960). Cependant, cette approche globale masquait une ambiguïté théorique majeure : un score élevé de désirabilité sociale traduit-il une tentative délibérée de tromper autrui pour obtenir un avantage situationnel, ou reflète-t-il une conviction sincère, optimiste et inconsciemment biaisée de ses propres compétences et de sa valeur morale ? Le BIDR-6 a été spécifiquement développé pour résoudre cette énigme en isolant empiriquement la duperie orientée vers soi (inconsciente) de la dissimulation orientée vers autrui (consciente).
Applications en recherche scientifique
En recherche fondamentale et appliquée, le BIDR-6 remplit trois fonctions méthodologiques majeures :
- Outil de contrôle statistique et d’assainissement des données : Les chercheurs emploient fréquemment les sous-échelles SDE et IM comme covariables ou prédicteurs résiduels dans les modèles de régression linéaire et de modélisation par équations structurelles (SEM), afin de neutraliser la variance parasite attributable au biais de réponse lors de l’étude des relations entre traits de personnalité et comportements réels.
- Détection des protocoles invalides : L’échelle permet d’identifier les répondants qui adoptent des patrons de réponse extrêmes incompatibles avec la réalité humaine (par exemple, affirmer ne jamais avoir dit de mal d’un ami, ne jamais jurer, et contrôler totalement son destin), permettant l’exclusion justifiée de profils fallacieux ou non coopératifs.
- Étude théorique de l’auto-illusion : L’échelle SDE est utilisée comme une variable dépendante ou indépendante substantielle pour étudier les biais cognitifs, le narcissisme, la résilience psychologique, le déni défensif et les mécanismes d’adaptation face au stress et à la menace de l’ego.
Applications cliniques, organisationnelles et médico-légales
Dans le domaine de la psychologie organisationnelle et de la sélection du personnel, la sous-échelle de gestion des impressions (IM) s’avère un indicateur critique de la simulation de bonne foi (faking good). Dans des contextes de recrutement à enjeux élevés, les candidats ont tendance à moduler stratégiquement leurs réponses pour correspondre aux attentes normatives de l’employeur. La sous-échelle IM capture précisément cette tendance à la conformité instrumentale.
Dans les contextes médico-légaux et pénitentiaires, le BIDR-6 permet d’évaluer le degré de minimisation des comportements déviants ou criminels chez les délinquants soumis à des évaluations d’octroi de liberté conditionnelle ou de réhabilitation. Enfin, en psychologie clinique, des scores exceptionnellement élevés en SDE éclairent la présence d’une structure de défense narcissique rigide ou d’un déni pathologique, tandis que des scores effondrés sur cette même dimension peuvent être corrélés à une vulnérabilité dépressive caractérisée par l’absence d’illusions positives adaptatives.
5. Construit psychologique / Construct
Le BIDR-6 repose sur une décomposition bidimensionnelle sophistiquée de la désirabilité sociale, articulant deux construits théoriques distincts aux dynamiques cognitives, affectives et comportementales indépendantes : l’auto-illusion méliorative (Self-Deceptive Enhancement) et la gestion des impressions (Impression Management).
L’auto-illusion méliorative (Self-Deceptive Enhancement – SDE)
L’auto-illusion méliorative représente une distorsion cognitive involontaire, inconsciente et ancrée dans le système de croyances du sujet. L’individu adhère sincèrement à une vision idéalisée, magnifiée et excessivement positive de ses propres capacités, de son jugement, de son autonomie et de sa valeur personnelle. Il ne cherche pas à tromper le psychologue ou le recruteur : il est lui-même convaincu de la véracité de ses déclarations, même si celles-ci violent les lois fondamentales de la probabilité statistique ou de la rationalité humaine.
Ce construit s’articule autour de manifestations spécifiques :
- L’omnipotence et le contrôle illusoire : Le sujet affirme une maîtrise absolue sur son existence et ses émotions (ex. item 9 : « I am fully in control of my own fate » ; item 5 : « I always know why I like things »).
- L’infaillibilité cognitive et rationnelle : Refus d’admettre la faillibilité de ses processus de pensée ou l’impact des biais émotionnels (ex. item 1 : « My first impressions of people usually turn out to be right » ; item 15 : « I am a completely rational person » ; item 17 : « I am very confident of my judgments »).
- L’immunité face au doute et à la culpabilité : Déni de toute incertitude existentielle ou de tout regret passé (ex. item 11 : « I never regret my decisions » ; item 19 : « It’s all right with me if some people happen to dislike me »).
D’un point de vue structural, le SDE est conceptuellement aligné sur le pôle de l’agentisme (agency). Il traduit une hyper-valorisation des traits de dominance, de compétence, d’efficacité intellectuelle et d’invulnérabilité psychologique. Ce mécanisme opère comme un bouclier narcissique maintenant l’estime de soi à un niveau élevé au détriment de l’exactitude de l’auto-évaluation.
La gestion des impressions (Impression Management – IM)
À l’opposé de l’auto-illusion, la gestion des impressions correspond à une démarche de présentation de soi intentionnelle, délibérée et orientée vers un public externe. Le répondant adapte consciemment son comportement verbal afin d’éviter la réprobation sociale, d’obtenir l’approbation d’autrui ou de maximiser ses chances d’atteindre un objectif situationnel. L’individu qui obtient un score élevé sur cette dimension est généralement conscient que son auto-description n’est pas tout à fait exacte, mais il la juge stratégiquement nécessaire ou appropriée.
Les items de l’échelle IM ciblent l’adhésion à des normes sociales conventionnelles et le déni de transgressions mineures mais universelles du quotidien :
- L’hyper-conformité légale et procédurale : Affirmation d’une obéissance sans faille aux règles, même en l’absence de toute surveillance extérieure (ex. item 26 : « I always obey laws, even if I’m unlikely to get caught » ; item 30 : « I always declare everything at customs »).
- La pureté morale et relationnelle : Négation totale de comportements d’agressivité passive, de rancune ou de médisance interpersonnelle (ex. item 24 : « I never swear » ; item 27 : « I have said something bad about a friend behind his or her back » [inversé] ; item 40 : « I don’t gossip about other people’s business »).
- L’absence absolue d’opportunisme : Déni des petites compromissions matérielles ou professionnelles courantes (ex. item 29 : « I have received too much change from a salesperson without telling him or her » [inversé] ; item 37 : « I have taken sick-leave from work or school even though I wasn’t really sick » [inversé]).
Ce construit s’aligne théoriquement sur la dimension de communion (communion). Il reflète un désir de projeter une image de chaleur humaine, de probité, d’altruisme scrupuleux et de civisme irréprochable. Contrairement au SDE qui reste relativement stable d’un contexte à l’autre en raison de son ancrage dans la personnalité, l’IM présente une forte réactivité aux incitations environnementales et aux enjeux de l’évaluation.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Évolution historique des modèles de désirabilité sociale
La conceptualisation théorique sous-tendant le BIDR-6 s’inscrit dans un héritage épistémologique remontant aux premiers débats sur la validité des inventaires d’auto-évaluation au milieu du XXe siècle. Dès les années 1930, Hartshorne et May avaient démontré que les enfants pouvaient ajuster délibérément leurs déclarations d’honnêteté selon le risque perçu d’être pris en faute. Plus tard, Allen Edwards (1957) a introduit le concept de désirabilité sociale en observant une corrélation quasi-parfaite entre la probabilité qu’un item de personnalité soit endossé et la désirabilité sociale normativement attribuée à cet item par des juges indépendants.
En 1960, Douglas Crowne et David Marlowe ont publié la célèbre échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne (MC-SDS), postulant que le besoin d’approbation sociale représentait un trait de personnalité stable poussant les individus à revendiquer des comportements rares mais culturellement approuvés (ex. être toujours prêt à aider) et à nier des comportements fréquents mais désapprouvés (ex. éprouver parfois de la rancune). Cependant, l’échelle de Marlowe-Crowne fusionnait sans distinction l’auto-illusion psychologique et la dissimulation stratégique.
Le tournant théorique décisif est survenu avec les travaux de Sackeim et Gur (1978), qui ont développé deux instruments séparés : le Self-Deception Questionnaire (SDQ) et le Other-Deception Questionnaire (ODQ). Sackeim et Gur ont démontré par des paradigmes psychophysiologiques (notamment l’auto-reconnaissance vocale) que certains individus réprimaient de façon authentique l’accès conscient à des informations menaçantes pour leur estime de soi. En s’appuyant sur ces avancées, Delroy L. Paulhus (1984, 1991, 1994) a entrepris une révision psychométrique rigoureuse, éliminant les items méthodologiquement défaillants ou redondants du SDQ et de l’ODQ pour forger le Balanced Inventory of Desirable Responding (BIDR).
Le modèle bipolaire Agentisme vs Communion de Paulhus et John
Dans des développements théoriques ultérieurs particulièrement influents, Paulhus et John (1998) ainsi que Paulhus et Trapnell (2008) ont relié le modèle bifactoriel du BIDR aux deux grandes métadimensionnelles de l’existence humaine identifiées par le philosophe et sociologue David Bakan (1966) : l’Agentisme (tendance à l’affirmation de soi, à la maîtrise, au pouvoir et à l’autonomie) et la Communion (tendance à la connexion sociale, à l’appartenance au groupe, à la solidarité et à la moralité partagée).
Selon cette perspective intégrative, les biais de réponse ne constituent pas de simples artefacts statistiques aléatoires, mais représentent des manifestations extrêmes et stylisées des deux motivations fondamentales de la personnalité humaine :
- Le biais égoïste (Egoistic Bias / SDE) : Amplification défensive des attributs agentiques. L’individu gonfle son statut social, son intelligence et son invulnérabilité. Dans sa forme sub-clinique, ce biais s’apparente au narcissisme grandiose.
- Le biais moraliste (Moralistic Bias / IM) : Amplification protectrice des attributs de communion. L’individu revendique une sainteté morale, une obéissance absolue et une absence d’égoïsme. Dans sa forme accentuée, ce biais s’exprime par le conformisme religieux, la pruderie ou la dévotion conventionnelle rigide.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du BIDR-6 a fait l’objet de centaines d’investigations empiriques dans des contextes variés, attestant d’une robustesse exceptionnelle à travers de multiples cultures et paradigmes expérimentaux.
Validité de construit et validité convergente
La sous-échelle Self-Deceptive Enhancement (SDE) présente des corrélations positives substantielles avec des indicateurs de santé mentale positive et d’adaptation psychologique :
- Haute corrélation positive avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (généralement r = 0,45 à 0,60).
- Forte corrélation négative avec le névrosisme du modèle en cinq facteurs (Big Five) et les inventaires d’anxiété de Taylor ou de Beck (r = -0,40 à -0,62).
- Corrélations modérées à élevées avec l’optimisme dispositionnel (LOT-R) et le sentiment d’auto-efficacité générale de Bandura (r = 0,40 à 0,55).
- Corrélation positive modérée avec le narcissisme mesuré par le NPI (r = 0,35 à 0,48).
En revanche, la sous-échelle Impression Management (IM) présente un profil de corrélations radicalement différent, confirmant son ancrage dans la moralité sociale :
- Forte corrélation avec l’échelle classique de Marlowe-Crowne (r = 0,60 à 0,75), attestant que cette dernière mesurait principalement la gestion des impressions plutôt que l’auto-illusion.
- Corrélations positives significatives avec l’Agréabilité (r = 0,35 à 0,50) et la Conscienciosité (r = 0,30 à 0,45) du Big Five.
- Corrélations quasi nulles avec l’anxiété, le névrosisme ou l’estime de soi lorsque le SDE est contrôlé statistiquement, ce qui démontre que l’IM n’est pas un mécanisme de régulation affective interne mais une tactique de communication externe.
Validité discriminante et expérimentale
La divergence entre SDE et IM est magistralement démontrée par des paradigmes expérimentaux manipulant les contraintes situationnelles :
- Consigne d’anonymat vs consigne publique : Lorsque les sujets répondent de manière totalement anonyme, les scores d’IM chutent drastiquement (réduction de près d’un écart-type), tandis que les scores de SDE demeurent remarquablement stables. Dès que les sujets savent que leurs réponses seront examinées par des pairs ou des évaluateurs hiérarchiques, les scores d’IM montent en flèche.
- Consigne de simulation (Fake Good vs Fake Bad) : Lorsqu’on demande explicitement à des participants de « se présenter sous le jour le plus favorable possible », les scores à l’échelle IM augmentent de manière spectaculaire (tailles d’effet de Cohen d dépassant souvent 1,20), alors que les scores de SDE n’enregistrent qu’une élévation minime ou modérée.
- Paradigme du « Détecteur de mensonge illusoire » (Bogus Pipeline) : Lorsque les sujets sont connectés à un appareil fictif prétendument capable de lire directement leurs réactions physiologiques réelles, les scores d’IM s’effondrent, les individus renonçant à leurs prétentions d’hyper-moralité. Les scores de SDE, en revanche, ne sont pas affectés, prouvant que les individus croient sincèrement à leurs affirmations mélioratives.
8. Fidélité / Reliability
Consistance interne
La fidélité du BIDR-6 a été largement documentée au travers de multiples études portant sur des échantillons universitaires, professionnels et cliniques. Les coefficients de cohérence interne dépendent étroitement de la méthode de cotation retenue (continue vs dichotomique) :
- Cotation continue (1 à 7) : Les analyses psychométriques révèlent d’excellents coefficients alpha de Cronbach : pour la sous-échelle Self-Deceptive Enhancement (SDE), l’alpha oscille généralement entre 0,72 et 0,80 selon les études ; pour la sous-échelle Impression Management (IM), l’alpha est particulièrement élevé, se situant de manière constante entre 0,80 et 0,86.
- Cotation dichotomique (extrêmes 6-7 = 1 point) : Tel que démontré par Stöber, Dette et Musch (2002), la cotation dichotomique originale entraîne une perte de variance qui abaisse mécaniquement la consistance interne : l’alpha de Cronbach descend entre 0,65 et 0,72 pour SDE, et entre 0,74 et 0,80 pour IM. C’est pourquoi la majorité des psychométriciens contemporains privilégient la cotation continue pour préserver la fidélité de mesure.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
Les études longitudinales démontrent une excellente stabilité temporelle de l’instrument sur des intervalles de plusieurs semaines à plusieurs mois en l’absence de changements contextuels majeurs :
- À un intervalle de cinq semaines, les coefficients de corrélation test-retest rapportés par Paulhus (1991, 1994) sont de r = 0,69 pour la sous-échelle SDE et de r = 0,77 pour la sous-échelle IM.
- Sur un intervalle plus long de trois mois, la fidélité demeure robuste avec des coefficients gravitant autour de 0,65 pour le SDE et 0,72 pour l’IM, confirmant que ces dimensions capturent des dispositions psychologiques structurelles et non de simples fluctuations d’humeur passagères.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Structure factorielle et extraction
La structure factorielle du BIDR-6 a été soumise à des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) approfondies dans de nombreuses langues et cultures. L’analyse en composantes principales (ACP) avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique (Promax) fait systématiquement émerger deux facteurs dominants correspondant aux dimensions théoriques postulées :
- Facteur 1 : Gestion des impressions (IM) : Ce facteur explique la plus grande part de la variance totale des biais de réponse (environ 18 % à 24 % de la variance selon les échantillons). Les items 21 à 40 présentent des saturations factorielles primaires solides, généralement comprises entre 0,38 et 0,72, avec des saturations croisées minimes sur le facteur d’auto-illusion.
- Facteur 2 : Auto-illusion méliorative (SDE) : Ce facteur explique environ 12 % à 16 % de la variance supplémentaire. Les items 1 à 20 saturent principalement sur cette composante, avec des coefficients de saturation s’étalant de 0,32 à 0,68.
Indépendance dimensionnelle et corrélations inter-facteurs
Un résultat fondamental et constant de la modélisation factorielle est la très faible corrélation entre les deux facteurs : le coefficient de corrélation inter-facteurs oscille typiquement entre r = 0,05 et r = 0,25. Cette quasi-orthogonalité confirme empiriquement que l’auto-illusion méliorative et la gestion des impressions constituent deux mécanismes psychologiques largement indépendants, et non les deux extrémités d’un même continuum de désirabilité sociale.
Modélisation confirmatoire et approches bifactorielles
Les modélisations par équations structurelles (AFC) comparant un modèle unidimensionnel (où l’ensemble des 40 items sature sur un unique facteur général de désirabilité sociale) au modèle bifactoriel corrélé démontrent sans équivoque la supériorité statistique du modèle bifactoriel :
- Modèle unidimensionnel : ajustement médiocre (RMSEA > 0,08 ; CFI < 0,80 ; SRMR > 0,09).
- Modèle bifactoriel de Paulhus : ajustement satisfaisant à excellent (RMSEA compris entre 0,042 et 0,055 ; CFI > 0,90 ; TLI > 0,89 ; SRMR < 0,058).
Certains auteurs récents ont exploré des modèles bifactoriels (un facteur général de réponse socialement désirable combiné à deux facteurs spécifiques SDE et IM) ou des sous-divisions distinguant l’affirmation positive (Enhancement) du déni de défauts (Denial) au sein de chaque échelle, validant la richesse architecturale de l’inventaire.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation standardisé (papier-crayon ou informatisé).
- Nombre total d’items : 40 items répartis en deux sous-échelles distinctes de 20 items chacune :
- Self-Deceptive Enhancement (SDE) : Items 1 à 20.
- Impression Management (IM) : Items 21 à 40.
- Format et échelle de réponse : Échelle de Likert en 7 points :
- 1 = Not true (Pas vrai)
- 2
- 3
- 4 = Somewhat true (Plutôt vrai)
- 5
- 6
- 7 = Very true (Très vrai)
- Règles d’inversion des items (Reverse Scoring) : Exactement la moitié des items de chaque sous-échelle sont inversés pour neutraliser le biais d’acquiescement :
- Items inversés pour SDE : 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20.
- Items inversés pour IM : 21, 23, 25, 27, 29, 31, 33, 35, 37, 39.
- Règle de conversion pour l’inversion continue : Nouveau score = 8 – Réponse brute.
- Méthodes de cotation et calcul des scores :
- Méthode continue (recommandée) : Après inversion des items concernés, calculer la moyenne ou la somme arithmétique de chaque sous-échelle (scores possibles de 20 à 140 par échelle, ou moyenne de 1,0 à 7,0). Offre une meilleure fidélité et une sensibilité statistique maximale pour les analyses corrélationnelles.
- Méthode dichotomique originale de Paulhus : Après inversion, attribuer 1 point uniquement pour les réponses extrêmes (scores de 6 ou 7). Toutes les réponses de 1 à 5 reçoivent 0 point. Le score de chaque sous-échelle varie de 0 à 20. Cette méthode vise à isoler spécifiquement les réponses traduisant une distorsion affirmative exagérée.
- Temps de passation estimé : Environ 8 à 12 minutes pour un répondant adulte.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 1991 (première publication majeure des bases du BIDR version 6 dans des revues évaluées par les pairs) et 1994 (manuel de référence officiel du BIDR Version 6, University of British Columbia).
- Droits d’auteur : © Delroy L. Paulhus. Tous droits réservés.
- Conditions d’utilisation et tarification :
- Recherche universitaire et académique non commerciale : L’utilisation du BIDR-6 est généralement autorisée à titre gratuit pour les étudiants, chercheurs universitaires et institutions académiques, sous réserve de citer rigoureusement les publications de référence de Paulhus et de ne pas commercialiser l’instrument.
- Utilisation commerciale, organisationnelle et sélection du personnel : Toute utilisation dans un cadre commercial, dans des processus de recrutement en entreprise, des cabinets de conseil ou des plateformes logicielles payantes requiert l’autorisation formelle de l’auteur ou du détenteur des droits commerciaux, et peut être soumise à des redevances d’utilisation.
12. Références / References
Les travaux fondateurs et les études psychométriques de référence relatives au BIDR-6 sont répertoriés ci-dessous :
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- Paulhus, D. L. (1994). Balanced Inventory of Desirable Responding: Reference manual for BIDR Version 6. University of British Columbia.
- Paulhus, D. L. (2002). Socially desirable responding: The evolution of a construct. In H. I. Braun, D. N. Jackson, & D. E. Wiley (Eds.), The role of constructs in psychological and educational measurement (pp. 49–69). Lawrence Erlbaum Associates.
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- Paulhus, D. L., & Trapnell, P. D. (2008). Self-presentation of personality: An agency-communion framework. In O. P. John, R. W. Robins, & L. A. Pervin (Eds.), Handbook of personality: Theory and research (3rd ed., pp. 492–517). Guilford Press.
- Sackeim, H. A., & Gur, R. C. (1978). Self-deception, self-confrontation, and consciousness. In G. E. Schwartz & D. Shapiro (Eds.), Consciousness and self-regulation (Vol. 2, pp. 139–197). Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4684-2571-0_4
- Stöber, J., Dette, D. E., & Musch, J. (2002). Comparing continuous and dichotomous scoring of the Balanced Inventory of Desirable Responding. Journal of Personality Assessment, 78(2), 370–389. https://doi.org/10.1207/S15327752JPA7802_10