1. Résumé / Abstract
L’Inventaire du processus de séparation-individuation (en anglais, Separation-Individuation Process Inventory ou S-IPI), conçu en 1985 par Richard M. Christenson et William P. Wilson au sein du département de psychiatrie de l’Université Duke, constitue un instrument psychométrique auto-rapporté destiné à évaluer les perturbations et les manifestations psychopathologiques associées aux défaillances du développement de l’individuation et de la séparation psychique. Ancré dans la métapsychologie psychanalytique et plus particulièrement dans la théorie des relations d’objet développée par Margaret Mahler, ainsi que dans les conceptualisations structurales de l’organisation limite de la personnalité d’Otto Kernberg, le S-IPI a été élaboré pour opérationnaliser des processus intrapsychiques complexes souvent considérés comme difficilement quantifiables par des méthodes psychométriques traditionnelles.
Le questionnaire se compose de 39 items évaluant la vulnérabilité psychologique face à la proximité interpersonnelle, la perméabilité des frontières du soi, les angoisses d’engloutissement ou de fusion, l’intolérance à la solitude, les mécanismes de défense primitifs tels que le clivage des représentations de soi et d’objet, ainsi que l’incapacité à maintenir une constance objectale stable. Les répondants évaluent chaque proposition sur une échelle d’appréciation en dix points, allant de 1 (« Non caractéristique ») à 10 (« Très caractéristique »). Trois items spécifiques (items 7, 15 et 18) font l’objet d’un codage inversé afin d’atténuer les biais d’acquiescement. Un score global élevé reflète une pathologie substantielle dans la résolution des tâches développementales de séparation-individuation, fréquemment corrélée aux troubles de la personnalité du groupe B (notamment l’état-limite ou borderline), aux perturbations de l’attachement adulte et aux dysfonctionnements relationnels chroniques.
Sur le plan psychométrique, le S-IPI présente une excellente consistance interne, attestée par un coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,88 et 0,93 selon les échantillons cliniques et non cliniques. La stabilité temporelle test-retest s’avère robuste (r > 0,80 sur des intervalles de plusieurs semaines). La validité convergente et la validité discriminante ont été abondamment démontrées par des corrélations positives significatives avec les échelles mesurant la symptomatologie borderline, l’insécurité de l’attachement, l’anxiété de séparation et la diffusion de l’identité, ainsi que par des associations négatives avec l’estime de soi et la maturité du moi. Cet inventaire demeure une référence clinique et de recherche fondamentale pour explorer les soubassements structuraux des troubles de la personnalité et guider les interventions psychothérapeutiques d’orientation psychodynamique ou intégrative.
2. Mots-clés / Keywords
Séparation-individuation, S-IPI, Margaret Mahler, relations d’objet, personnalité borderline, clivage, constance de l’objet, identité du soi, frontières du moi, évaluation psychométrique, angoisse d’abandon, angoisse d’engloutissement, psychodynamique.
3. Auteurs / Authors
L’inventaire S-IPI a été créé et formalisé par deux cliniciens-chercheurs rattachés au département de psychiatrie du Duke University Medical Center (Durham, Caroline du Nord, États-Unis) :
- Richard M. Christenson, M.D. : Psychiatre et psychanalyste clinicien, spécialisé dans l’évaluation empirique des construits psychodynamiques, l’organisation de la personnalité et les pathologies de l’adulte jeune. Ses travaux ont porté sur l’interface entre théories du développement psychoaffectif et psychométrie clinique standardisée.
- William P. Wilson, M.D. : Professeur émérite de psychiatrie à l’Université Duke, chercheur chevronné en psychiatrie biologique, en psychopathologie clinique et en santé mentale intégrative. Il est reconnu pour ses nombreuses contributions à la recherche empirique sur les troubles affectifs et les déterminants neurobiologiques et psychosociaux du comportement.
Correspondance historique et documentation relative à l’outil : Department of Psychiatry, Duke University Medical Center, Durham, NC 27710, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
Fondements et vocation générale
L’objectif fondamental du Separation-Individuation Process Inventory (S-IPI) est de fournir une mesure standardisée, quantitative et cliniquement sensible des difficultés rencontrées par un individu lors du franchissement ou de la consolidation des étapes psychologiques de la séparation et de l’individuation. Historiquement, l’évaluation des perturbations précoces de la différenciation psychique reposait quasi exclusivement sur des entretiens cliniques non structurés, des méthodes projectives (telles que le test de Rorschach ou le Thematic Apperception Test) ou des inférences déduites au long cours durant la cure psychanalytique. Conscient des limites inhérentes à ces approches en matière de reproductibilité, de standardisation et de fidélité inter-juges, Christenson et Wilson ont conçu le S-IPI afin de combler le fossé entre la richesse théorique de la métapsychologie des relations d’objet et la rigueur méthodologique exigée par la psychométrie moderne.
Applications cliniques
Dans la pratique diagnostique et psychothérapeutique, le S-IPI répond à plusieurs nécessités diagnostiques et thérapeutiques majeures :
- Dépistage des organisations limites de la personnalité : L’outil met en lumière les défaillances de l’intégration identitaire caractéristiques de l’organisation borderline (Borderline Personality Disorder), permettant de différencier les troubles névrotiques consolidés des pathologies structurelles plus instables.
- Diagnostic différentiel des angoisses relationnelles : Il permet d’objectiver la tension conflictuelle entre le désir d’intimité et la terreur d’être submergé ou détruit par autrui (angoisse d’engloutissement ou de fusion) face à l’horreur de l’isolement (angoisse d’anéantissement ou d’abandon).
- Planification et suivi psychothérapeutique : En identifiant les zones de blocage (par exemple, la dépendance maternelle absolue, l’incapacité à tolérer l’ambivalence ou l’usage systématique de la scission), le clinicien peut calibrer le cadre thérapeutique, anticiper les mouvements de transfert et de contre-transfert agressifs ou régressifs, et mesurer quantitativement l’évolution de la cohésion du soi au fil de la prise en charge.
Applications en recherche
Dans le domaine scientifique, le S-IPI constitue un vecteur essentiel pour :
- Examiner les corrélats longitudinaux entre traumatismes infantiles, négligences précoces et altérations du sentiment d’autonomie à l’âge adulte.
- Articuler les modèles de la théorie de l’attachement (modèles internes opérants d’attachement sécure, anxieux ou évitant) avec les conceptualisations structurales psychanalytiques.
- Évaluer l’efficacité thérapeutique d’interventions ciblées sur l’autonomie et la régulation affective (telles que la thérapie basée sur la mentalisation ou la psychothérapie focalisée sur le transfert).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit ciblé par le S-IPI est la pathologie du processus de séparation-individuation. Ce concept englobe un ensemble de failles intrapsychiques et interpersonnelles découlant de l’échec à établir une identité individuelle autonome et stable, tout en maintenant des liens affectifs sécurisants et réciproques avec les figures d’attachement significatives. Ce macro-construit se décline à travers plusieurs facettes interdépendantes :
1. Le clivage des représentations de soi et de l’objet (Splitting)
Le clivage constitue une opération défensive primaire par laquelle les aspects contradictoires (« entièrement bon » ou « entièrement mauvais ») de soi-même et d’autrui sont maintenus séparés pour éviter que l’angoisse et la pulsion agressive ne détruisent les composantes gratifiantes. Dans le S-IPI, cette dimension se manifeste par une alternance drastique entre l’idéalisation et la dévalorisation d’autrui (ex. : item 20, « I find that either I really like someone or I can’t stand them ») et par une instabilité radicale de l’image de soi (ex. : item 10, « I find that I really vacillate between really liking myself and really disliking myself »). L’individu éprouve une incapacité chronique à concevoir la nuance et la coexistence des qualités et des défauts (ex. : item 7, item 30).
2. La perméabilité et la confusion des frontières du soi (Ego Boundary Disturbances)
Une individuation mature exige une démarcation nette entre le monde interne de l’individu et l’expérience d’autrui. En cas de pathologie, le rapprochement relationnel s’accompagne d’une sensation de dissolution des contours de l’identité, où l’individu craint de perdre sa singularité en entrant en accord avec un pair (ex. : item 13, « I sometimes feel that part of me is lost whenever I agree with someone else » ; item 29, « Often, when I am in a close relationship, I find that my sense of who I am gets lost » ; item 32). Le sujet oscille entre une fusion aliénante et une différenciation réactionnelle défensive (ex. : item 31).
3. L’angoisse d’abandon et le manque de constance objectale
La constance d’objet représente la capacité interne à maintenir un attachement affectif positif envers une personne significative, même en son absence physique, lors de séparations temporaires ou au cœur d’expériences de frustration. Les individus présentant un déficit à ce niveau ressentent un vide abyssal dès qu’ils se retrouvent seuls (ex. : item 11, item 12, « I need other people around me to not feel empty ») et éprouvent une difficulté fondamentale à conserver des représentations internes vivantes et réconfortantes de leurs proches (ex. : item 22, « I find it difficult to form mental pictures of people significant to me »).
4. Les angoisses de vulnérabilité et de fusion/destruction
La proximité affective est vécue comme intrinsèquement dangereuse, génératrice d’humiliation, de honte ou d’agressivité désorganisatrice. Le lien intime s’accompagne d’impulsions autodestructrices ou hétéro-agressives réactives destinées à rétablir une distance protectrice (ex. : item 19, « I find that when I get emotionally close to someone, I occasionally feel like hurting myself » ; item 39, « I must admit that whenever I get emotionally close to someone, I sometimes want to hurt them ») et d’un besoin coercitif de contrôler l’autre pour conjurer la menace (ex. : item 5, item 38).
5. L’indifférenciation filiale et la dépendance fusionnelle aux figures parentales
L’échec à s’autonomiser des imagos parentales engendre une angoisse aiguë lors de la prise de conscience de la dissemblance avec les géniteurs (ex. : item 16, « Whenever I realize how different I am from my parents I feel very uneasy ») ou, symétriquement, de leur similarité (ex. : item 28). L’individu demeure assujetti à la validation maternelle pour réguler son propre fonctionnement exécutif et son sentiment de sécurité de base (ex. : item 17, item 36).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le modèle développemental de Margaret Mahler
Le socle théorique central du S-IPI repose sur les travaux séminaux de Margaret Mahler, Fred Pine et Anni Bergman, formalisés dans leur ouvrage classique de 1975, The Psychological Birth of the Human Infant. Mahler a postulé que la naissance biologique du nourrisson ne coïncide pas avec sa naissance psychologique. Cette dernière résulte d’un processus continu et progressif de séparation-individuation s’étendant approximativement du cinquième au trente-sixième mois de vie, structuré en quatre sous-phases distinctes :
- La différenciation (5 à 9 mois) : Le nourrisson commence à porter son attention au-delà de l’orbite symbiotique unissant la dyade mère-enfant, explorant tactilement et visuellement le corps maternel et l’environnement immédiat.
- L’expérimentation (9 à 15-18 mois) : Favorisée par l’accès à la motricité autonome (marche), cette phase voit l’enfant s’aventurer dans l’espace avec une euphorie exploratoire, tout en revenant périodiquement auprès de la figure maternelle pour un « réapprovisionnement émotionnel » (emotional refueling).
- Le rapprochement (15-18 à 24 mois) : Phase critique et conflictuelle. L’enfant, prenant conscience de sa vulnérabilité et de son existence séparée du parent tout-puissant, fait face à une crise d’angoisse aiguë. Il est tiraillé entre un désir régressif de fusion rassurante et une peur intense de perdre son autonomie naissante par engloutissement maternel. C’est à ce stade que se manifestent les comportements d’agrippement, d’opposition forcenée et le recours au clivage affectif.
- La consolidation de l’individualité et la constance objectale émotionnelle (24 à 36 mois et au-delà) : L’enfant intègre les images maternelles bonnes et mauvaises en une représentation unifiée et stable, tolère l’ambivalence et intériorise la capacité de s’auto-apaiser en l’absence de l’objet physique.
L’apport des théories des relations d’objet (Kernberg et Masterson)
Christenson et Wilson se sont également inspirés des théorisations d’Otto Kernberg et de James F. Masterson. Pour ces auteurs, les pathologies états-limites et les troubles sévères de la personnalité résultent d’une fixation ou d’une régression traumatique à la sous-phase du rapprochement. Incapable de tolérer le conflit entre le besoin d’autonomie et l’angoisse d’abandon, le patient utilise massivement le clivage comme mécanisme de survie psychique. Il échoue à édifier des frontières solides entre le « soi » et le « non-soi », oscillant indéfiniment entre la terreur d’être abandonné dans le vide et l’effroi d’être dévoré ou contrôlé par autrui dans l’intimité.
7. Validité / Validity
Les qualités psychométriques du S-IPI ont été rigoureusement analysées lors de sa publication initiale (Christenson & Wilson, 1985) et confirmées par des investigations psychométriques indépendantes subséquentes (notamment Dolan, Evans, & Norton, 1993 ; Coombs et al., 2002).
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives entre le score total au S-IPI et de multiples instruments mesurant des dimensions psychopathologiques et développementales analogues :
- Trouble de la personnalité borderline : Des corrélations très élevées ont été rapportées entre le S-IPI et les critères diagnostiques du trouble borderline, notamment via le Diagnostic Interview for Borderlines (DIB, r = 0,65 à 0,74) et la sous-échelle Borderline du MMPI (r > 0,60). Ces résultats confirment que les scores élevés au S-IPI capturent fidèlement l’instabilité affective, relationnelle et identitaire typique de ces patients.
- Dimensions d’attachement insécure : Les recherches administrant le S-IPI conjointement avec l’Experiences in Close Relationships (ECR) ont mis en évidence des corrélations substantielles avec l’anxiété d’abandon (r = 0,55 à 0,68) et l’évitement de l’intimité (r = 0,42 à 0,51).
- Pathologie de l’identité et de l’estime de soi : Le S-IPI corrèle négativement de manière forte avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (r = -0,48 à -0,62) et positivement avec les échelles de diffusion de l’identité et de sentiment de vide chronique.
Validité discriminante
Le S-IPI a prouvé sa capacité à discriminer de manière fine différents groupes cliniques et non cliniques :
- Les patients hospitalisés diagnostiqués avec un trouble de la personnalité borderline obtiennent des scores moyens considérablement plus élevés (moyennes typiques supérieures à 200-220 sur 390) que les patients ambulatoires présentant des troubles anxieux ou dépressifs d’organisation névrotique (moyennes autour de 130-150) et que les témoins non cliniques sains (moyennes généralement inférieures à 110-120), avec des tailles d’effet massives (d de Cohen > 1,20).
- L’inventaire permet de distinguer les difficultés normales d’indépendance chez les jeunes adultes (qui touchent aux choix de carrière ou au départ du domicile familial) des ruptures pathologiques profondes de la frontière du soi (perte du sentiment d’exister lors d’une relation intime).
8. Fidélité / Reliability
Consistance interne
La consistance interne du S-IPI s’est avérée particulièrement robuste à travers de multiples contextes de recherche :
- Dans l’étude princeps de Christenson et Wilson (1985), le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 39 items atteignait 0,92 auprès d’un échantillon mixte de sujets cliniques et non cliniques.
- Les réplications indépendantes menées ultérieurement (p. ex., Dolan et al., 1993 auprès de populations universitaires et cliniques canadiennes ; Allen et al., 1996) ont documenté des coefficients alpha de Cronbach globaux oscillant de manière stable entre 0,89 et 0,93.
- Les corrélations item-total corrigées se situent pour l’immense majorité des items entre 0,35 et 0,68, confirmant que chaque énoncé participe de façon cohérente à la mesure du construit global de dysfonctionnement du processus de séparation-individuation.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a fait l’objet d’évaluations longitudinales confirmant la stabilité du construit en tant que trait structurel de personnalité plutôt qu’état symptomatique passager :
- Sur un intervalle de deux à trois semaines, le coefficient de corrélation de Pearson test-retest s’est élevé à r = 0,86 (p < 0,001) au sein d’une cohorte non clinique d’étudiants.
- Sur un intervalle plus long de six à huit semaines, les indices de stabilité demeurent élevés, avec un coefficient de corrélation avoisinant r = 0,81, démontrant que l’outil capte des structures de personnalité pérennes peu sensibles aux seules fluctuations de l’humeur contextuelle.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que Christenson et Wilson (1985) aient initialement envisagé le S-IPI comme fournissant avant tout un score composite unique représentatif de la pathologie globale du processus de séparation-individuation, les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) publiées dans la littérature psychométrique ont mis au jour une structure multidimensionnelle riche.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
L’extraction factorielle par composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin) met régulièrement en relief une organisation articulée autour de trois à quatre dimensions principales, rendant compte d’environ 38 % à 46 % de la variance totale :
- Facteur 1 : Perturbation des frontières du soi et angoisse de fusion / engloutissement (Borderline / Boundary Disturbance) : Ce facteur regroupe les items décrivant la dissolution de l’identité lors du rapprochement émotionnel et la peur de se perdre dans l’autre (notamment les items 2, 13, 29, 32). Il présente les plus fortes saturations factorielles (fréquemment supérieures à 0,60).
- Facteur 2 : Clivage et intolérance à l’ambivalence (Splitting / Ambivalence Intolerance) : Ce facteur agrège les items reflétant une perception dichotomique et manichéenne de soi et des autres (items 8, 10, 20, 30), avec des saturations oscillant entre 0,48 et 0,72.
- Facteur 3 : Intolérance à la solitude et angoisse de vide / abandon (Separation Anxiety / Engulfment Defense) : Ce facteur intègre les items liés au sentiment de néant existentiel en l’absence d’autrui, à l’incapacité d’auto-apaisement et aux conduites de compensation (items 11, 12, 22, 24, 26).
- Facteur 4 : Dépendance symbiotique familiale et anxiété d’individuation : Présent dans certaines analyses à quatre facteurs (Dolan et al., 1993), ce regroupement capture spécifiquement l’incapacité à se détacher de l’approbation maternelle et la culpabilité liée à la différenciation (items 16, 17, 28, 36).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations en équations structurelles indiquent qu’un modèle hiérarchique de second ordre — intégrant un facteur général de « Pathologie de Séparation-Individuation » gouvernant les facteurs primaires — offre un ajustement très satisfaisant aux données empiriques (RMSEA < 0,06, CFI > 0,90, TLI > 0,89). Cette architecture justifie pleinement l’utilisation clinique conjointe du score total (pour évaluer la sévérité globale de l’atteinte structurelle) et des scores dimensionnels (pour orienter finement le travail interprétatif en thérapie).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Separation-Individuation Process Inventory (S-IPI) / Inventaire du processus de séparation-individuation.
- Auteurs : Richard M. Christenson, M.D. & William P. Wilson, M.D. (1985).
- Type d’outil : Questionnaire psychométrique auto-rapporté (auto-évaluation clinique).
- Population cible : Adolescents tardifs (dès 16-17 ans) et adultes de tous âges.
- Nombre d’items : 39 items formulés sous la forme d’affirmations portant sur les relations intimes, la perception de soi et la dynamique familiale.
- Format et échelle de réponse : Échelle de type Likert en 10 points graduée de :
• 1 = « Not characteristic » (Non caractéristique)
• à 10 = « Very characteristic » (Très caractéristique). - Codage et calcul des scores :
- Items inversés : Trois items sont formulés dans le sens d’un fonctionnement adaptatif mature et doivent être inversés avant le calcul du total : Item 7, Item 15 et Item 18. Pour ces items, la cotation s’opère selon la formule : Score révisé = 11 – Note brute (ex. : une note de 1 devient 10, une note de 10 devient 1).
- Score total global : Obtenu par la somme arithmétique des notes des 39 items (après inversion des trois items susmentionnés). L’intervalle théorique s’étend de 39 à 390 points.
- Interprétation générale : Un score total bas (ex. : < 120) traduit un processus de séparation-individuation bien consolidé avec une identité stable et des capacités de relation d’objet matures. Un score intermédiaire (120-180) suggère des vulnérabilités névrotiques ou des tensions d’autonomie circonstancielles. Un score élevé (> 190-200) signale des perturbations psychopathologiques profondes, typiques d’une organisation limite de la personnalité ou de troubles sévères du self.
- Temps moyen de passation : Environ 10 à 15 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication initiale : 1985.
- Référence d’origine : Article paru dans la revue scientifique à comité de lecture The Journal of Nervous and Mental Disease (Vol. 173, n° 9, pp. 561-565).
- Statut du copyright et droits d’auteur : L’article original est sous copyright de l’éditeur scientifique Williams & Wilkins (aujourd’hui Wolters Kluwer Health / Lippincott Williams & Wilkins). L’inventaire a été publié intégralement dans le corps de l’article scientifique princeps à des fins de recherche clinique et académique.
- Tarifs d’utilisation : L’instrument est généralement accessible sans frais d’acquisition de licence commerciale pour les chercheurs, les universitaires et les cliniciens réalisant des travaux non commerciaux, sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale des auteurs. Toute reproduction industrielle, distribution sous forme de logiciel commercial ou incorporation dans des plateformes payantes requiert l’autorisation préalable expresse de l’éditeur détenteur des droits.
12. Références / References
- Allen, J. G., Coyne, L., & Huntoon, J. (1996). Complexities in identifying attachment styles: Natural groupings versus dimensional models. Bulletin of the Menninger Clinic, 60(3), 362–380.
- Christenson, R. M., & Wilson, W. P. (1985). Assessing pathology in the separation individuation process by an inventory. The Journal of Nervous and Mental Disease, 173(9), 561–565. https://doi.org/10.1097/00005053-198509000-00007
- Coombs, M. M., Paris, J., & Zweig-Frank, H. (2002). Separation-individuation pathology in male and female patients with borderline personality disorder. Journal of Personality Disorders, 16(3), 253–264. https://doi.org/10.1521/pedi.16.3.253.22538
- Dolan, B. M., Evans, C., & Norton, K. (1993). Multiple axis-II diagnoses of personality disorder: An empirical test of the separation-individuation process inventory. The Journal of Nervous and Mental Disease, 181(8), 498–502. https://doi.org/10.1097/00005053-199308000-00005
- Kernberg, O. F. (1975). Borderline conditions and pathological narcissism. Jason Aronson.
- Mahler, M. S., Pine, F., & Bergman, A. (1975). The psychological birth of the human infant: Symbiosis and individuation. Basic Books.
- Masterson, J. F. (1976). Psychotherapy of the borderline adult: A developmental approach. Brunner/Mazel.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response format: “1 = Not characteristic” to “10 = Very characteristic”
(Note: Three items are reversed scored: Items 7, 15, and 18)
- When people really care for someone, they often feel worse about themselves.
- When someone gets too emotionally close to another person, he/she often feels lost.
- When people really get angry at someone, they often feel worthless.
- It is when people start getting emotionally close to someone that they are most likely to get hurt.
- People need to maintain control over others to keep from being harmed.
- I find that people seem to change whenever I get to know them.
- It is easy for me to see both good and bad qualities that I have at the same time. [Reversed item]
- I find that people either really like me or they hate me.
- I find that others often treat me as if I am just there to meet their every wish.
- I find that I really vacillate between really liking myself and really disliking myself.
- When I am by myself, I feel that something is missing.
- I need other people around me to not feel empty.
- I sometimes feel that part of me is lost whenever I agree with someone else.
- Like others, whenever I see someone I really respect and to whom I look up, I often feel worse about把自己 (myself).
- I find it easy to see myself as a distinct individual. [Reversed item]
- Whenever I realize how different I am from my parents I feel very uneasy.
- In my experience, I almost always consult my mother before making an important decision.
- I find it relatively easy to make and keep commitments to other people. [Reversed item]
- I find that when I get emotionally close to someone, I occasionally feel like hurting myself.
- I find that either I really like someone or I can’t stand them.
- I often have dreams about falling that make me feel anxious.
- I find it difficult to form mental pictures of people significant to me.
- I have on more than one occasion seemed to wake up and find myself in a relationship with someone, and not be sure of how or why I am in the relationship.
- I must admit that when I feel lonely, I often feel like getting intoxicated.
- Whenever I am angry with someone, I feel worthless.
- If I were to tell my deepest thoughts, I would feel empty.
- In my experience, people always seem to hate me.
- Whenever I realize how similar I am to my parents, I feel very uneasy.
- Often, when I am in a close relationship, I find that my sense of who I am gets lost.
- I find it difficult for me to see others as having both good and bad qualities at the same time.
- I find that the only way I can be me is to be different from other people.
- I find that when I get emotionally too close to someone, I sometimes feel that I have lost part of who I am.
- Whenever I am away from family, I feel very uneasy.
- Getting physical affection itself seems more important to me that who gives it to me.
- I find it difficult to really know another person well.
- I find that it is important for me to have my mother’s approval before making a decision.
- I must admit that whenever I see someone else’s faults, I feel better.
- I am tempted to try to control other people in order to keep them close to me.
- I must admit that whenever I get emotionally close to someone, I sometimes want to hurt them.