1. Résumé / Abstract
L’Inventaire des rôles sexuels de Bem (Bem Sex-Role Inventory ou BSRI), conçu et validé en 1974 par la psychologue américaine Sandra Lipsitz Bem, constitue une avancée méthodologique et paradigmatique majeure au sein de la psychologie sociale, de la psychologie différentielle et des études de genre. Historiquement, la masculinité et la féminité étaient appréhendées selon une perspective strictement unidimensionnelle et bipolaire, impliquant qu’un individu ne pouvait manifester des caractéristiques masculines sans renoncer corrélativement à ses traits féminins. Sandra Bem a radicalement transformé cette conceptualisation en postulant que la masculinité et la féminité représentent deux dimensions orthogonales, indépendantes et empiriquement dissociables. Cette formulation pionnière a permis l’émergence empirique et théorique du concept d’androgynie psychologique, définie comme la capacité d’une personne à endosser simultanément des attributs instrumentaux (masculins) et expressifs (féminins) en fonction des exigences contextuelles.
L’instrument original est composé de 60 items auto-rapportés répartis de façon égale en trois sous-échelles de 20 items : l’échelle de Masculinité, l’échelle de Féminité et une échelle de Neutralité sociale (souvent désignée comme échelle de contrôle ou de désirabilité sociale). Chaque item consiste en un adjectif ou un descripteur de personnalité qualifiant un trait socialement désirable pour un sexe donné dans la culture américaine des années 1970. Les sujets répondent sur une échelle d’évaluation de type Likert en 7 points allant de 1 (« Jamais ou presque jamais vrai ») à 7 (« Presque toujours vrai »). En croisant les scores médians obtenus sur les échelles de masculinité et de féminité, les répondants sont classifiés selon quatre typologies fondamentales : androgyne (scores élevés sur les deux dimensions), typé masculin (score élevé en masculinité, faible en féminité), typée féminine (score élevé en féminité, faible en masculinité) et indifférencié (scores faibles sur les deux dimensions).
Les études psychométriques initiales et ultérieures confirment une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,75 et 0,87 pour l’échelle de féminité et entre 0,80 et 0,86 pour l’échelle de masculinité, ainsi qu’une fidélité test-retest remarquable à court terme (r > 0,89). Bien que la structure factorielle ait fait l’objet de vifs débats méthodologiques au cours des décennies suivantes — notamment en ce qui concerne l’universalité de la désirabilité des traits et l’équivalence transculturelle —, le BSRI demeure l’outil psychométrique le plus prolifique et le plus cité dans l’évaluation psychologique des rôles de genre, de l’identité de genre et de l’adaptation psychosociale.
2. Mots-clés / Keywords
Inventaire des rôles sexuels de Bem, BSRI, androgynie psychologique, rôles de genre, identité de genre, masculinité, féminité, instrumentalité, expressivité, psychométrie, théorie du schéma de genre, adaptation psychosociale, évaluation de la personnalité.
3. Auteurs / Authors
L’inventaire a été conçu par le Dr Sandra Lipsitz Bem (1944–2014), figure fondatrice de la psychologie féministe contemporaine et professeure émérite de psychologie et d’études féminines à l’Université Cornell (Ithaca, État de New York, États-Unis). Bem a réalisé ses travaux initiaux sur le BSRI durant son professorat à l’Université Stanford et à l’Université Carnegie Mellon. Ses recherches fondamentales ont été soutenues par diverses subventions institutionnelles de recherche en sciences sociales au début des années 1970. Après son décès en 2014, ses travaux continuent d’être gérés académiquement par le biais des archives institutionnelles de l’Université Cornell et de la maison d’édition psychométrique Mind Garden, Inc., détentrice actuelle des droits de publication et de distribution commerciale de l’instrument.
4. Objectif / Purpose
La finalité première de l’élaboration de l’Inventaire des rôles sexuels de Bem était de surmonter les limitations théoriques et méthodologiques intrinsèques aux mesures antérieures de la masculinité-féminité, telles que l’échelle Mf du Minnesota Multiphasic Personality Inventory (MMPI) ou l’échelle de masculinité du California Psychological Inventory (CPI). Dans ces anciens instruments, la masculinité et la féminité étaient conceptualisées comme les pôles mutuellement exclusifs d’un unique continuum bipolaire : tout accroissement de l’un impliquait nécessairement une diminution mathématique et psychologique de l’autre. Sandra Bem visait à démontrer empiriquement que les individus possèdent des répertoires comportementaux et affectifs pouvant intégrer simultanément des prédispositions assertives, instrumentales, autonomes et des prédispositions empathiques, relationnelles, chaleureuses.
Sur le plan fondamental, l’objectif du BSRI est de mesurer l’adhésion cognitive et comportementale d’un individu aux stéréotypes de genre dominants dans sa culture, permettant ainsi d’évaluer la flexibilité psychologique des rôles sexués. Bem soutenait qu’une forte différenciation selon les stéréotypes traditionnels du genre restreint le comportement humain dans une dichotomie comportementale dysfonctionnelle, tandis que l’androgynie psychologique favorise une plus grande liberté d’adaptation face aux contingences de l’environnement social. Par exemple, un individu androgyne peut réagir avec fermeté et indépendance dans un contexte de négociation professionnelle (activation des traits instrumentaux) tout en manifestant une écoute compassionnelle et un soutien affectif auprès d’un enfant en détresse (activation des traits expressifs).
Dans la recherche contemporaine, le BSRI est déployé pour élucider l’impact de l’auto-attribution des traits de genre sur une multitude de variables cliniques, cognitives et sociologiques. En santé mentale, les chercheurs utilisent l’inventaire pour examiner les corrélations entre la typologie de genre et l’estime de soi, l’anxiété, la dépression, ainsi que la résilience face au stress chronique. Les études indiquent régulièrement que les profils androgynes et masculins présentent des niveaux d’estime de soi plus élevés, un phénomène documenté sous l’appellation du « modèle de la masculinité » versus le « modèle de l’androgynie ». En psychologie organisationnelle, le BSRI permet d’étudier les styles de leadership, la perception de l’autorité, les comportements de négociation et la répartition des fonctions managériales, éclairant les biais d’évaluation qui pénalisent souvent les femmes occupant des postes de direction en raison de normes stéréotypiques d’assertivité.
Dans les contextes cliniques et thérapeutiques, le BSRI sert de catalyseur introspectif au cours des thérapies cognitives, humanistes ou systémiques. Il permet aux praticiens d’aider les patients à explorer la rigidité de leurs schémas de genre, à comprendre comment l’internalisation de normes culturelles restrictives contribue à la détresse émotionnelle ou aux conflits conjugaux, et à développer une palette comportementale plus fluide et authentique.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’Inventaire des rôles sexuels de Bem repose sur une structure bidimensionnelle orthogonale, complétée par une dimension de contrôle social. Contrairement aux approches essentialistes ou strictement biologiques, Bem envisage la masculinité et la féminité comme des constellations de traits psychologiques socialement construits et valorisés selon le sexe assigné.
5.1. L’échelle de Masculinité (Instrumentalité)
L’échelle de masculinité regroupe 20 descripteurs de personnalité qui reflètent principalement l’orientation vers la tâche, l’affirmation de soi, la dominance sociale, l’autonomie et l’agentivité, souvent résumées dans la littérature psychologique sous le terme d’instrumentalité. Ces items capturent la volonté et la capacité de l’individu à agir sur son environnement physique et social de manière résolue. Parmi les items emblématiques figurent des traits tels que :
- Self-reliant (qui ne compte que sur soi, autonome) : capacité à agir sans dépendre d’autrui.
- Defends own beliefs (défend ses propres opinions) : fermeté cognitive face à la pression de conformité du groupe.
- Independent (indépendant) : liberté de pensée et d’action vis-à-vis des attentes sociales.
- Assertive (affirmatif, plein d’assurance) : propension à exprimer ses droits et ses besoins de façon claire et directe.
- Willing to take risks (prêt à prendre des risques) : tendance à tolérer l’incertitude dans la prise de décision.
- Leadership ability (aptitude au leadership) : sentiment d’efficacité personnelle dans la direction et l’influence d’un collectif.
5.2. L’échelle de Féminité (Expressivité)
L’échelle de féminité comprend 20 traits qui caractérisent l’orientation relationnelle, la sensibilité interpersonnelle, la sollicitude, la douceur et l’ouverture émotionnelle, désignées conceptuellement sous le terme d’expressivité ou de communalité (selon les formulations de David Bakan). Ces attributs valorisent le maintien de l’harmonie sociale et le soin apporté à autrui. Les descripteurs représentatifs incluent :
- Yielding (conciliant, souple) : propension à céder pour préserver la paix et l’entente relationnelle.
- Affectionate (affectueux) : expression aisée de la tendresse et des marques d’attachement.
- Sympathetic (compatissant, compréhensif) : disposition à ressentir de l’empathie face à la souffrance d’autrui.
- Sensitive to other’s needs (sensible aux besoins des autres) : acuité perceptive et bienveillance envers l’état d’esprit d’autrui.
- Eager to soothe hurt feelings (désireux d’apaiser les peines) : motivation active à réparer les blessures affectives et relationnelles.
- Tender (tendre) et Gentle (doux) : modération comportementale et prévenance affective.
5.3. L’échelle de Neutralité sociale
La troisième composante est constituée de 20 adjectifs socioculturellement neutres, c’est-à-dire jugés par les panels initiaux comme n’étant pas différentiellement plus désirables pour les hommes ou pour les femmes. Cette sous-échelle intègre 10 traits perçus positivement (ex. : helpful [serviable], conscientious [consciencieux], sincere [sincère], adaptable [adaptable]) et 10 traits perçus de façon négative ou modérément neutre (ex. : moody [d’humeur changeante], unpredictable [imprévisible], inefficient [inefficace], jealous [jaloux]). Son rôle psychométrique est double : masquer l’intention manifeste du test pour éviter l’éveil de la réactance ou de biais de réponse univoques, et fournir une évaluation de base de la désirabilité sociale générale de l’individu.
5.4. Le croisement typologique quadripartite
L’analyse conjointe des scores obtenus sur les dimensions masculine et féminine permet d’opérationnaliser quatre catégories psychologiques bien distinctes :
- Androgyne : scores élevés à la fois sur l’échelle de masculinité et sur l’échelle de féminité (au-dessus des médianes respectives de l’échantillon).
- Typé masculin (Sex-typed Masculine) : score élevé en masculinité et score faible en féminité.
- Typée féminine (Sex-typed Feminine) : score élevé en féminité et score faible en masculinité.
- Indifférencié (Undifferentiated) : scores faibles simultanément sur les deux dimensions (en dessous des deux médianes).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement épistémologique du BSRI s’inscrit au carrefour de la psychologie humaniste, de la cognition sociale et de la critique féministe des sciences sociales du XXe siècle. L’élaboration du test a été propulsée par le rejet explicite du paradigme psychanalytique freudien et des théories fonctionnalistes du rôle (telles que celles de Talcott Parsons), qui postulaient qu’une congruence stricte entre le sexe biologique et les comportements typés constituait la pierre angulaire d’un développement psychologique sain et mature.
6.1. La critique du modèle fonctionnaliste de Talcott Parsons
Dans la sociologie structurale-fonctionnaliste de Parsons et Bales (1955), la stabilité du système social et de la cellule familiale reposait sur une division complémentaire et étanche des fonctions : l’homme devait assumer le rôle instrumental (gagne-pain, autorité extérieure), tandis que la femme devait se consacrer au rôle expressif (soin, maintien de la cohésion interne du foyer). Les déviations par rapport à cette norme étaient étiquetées comme des pathologies de l’identité ou des anomalies de socialisation. Sandra Bem a contesté cette vision en arguant que cette dichotomie rigide prive les individus de la moitié de leurs ressources adaptatives et perpétue une hiérarchie patriarcale dans laquelle les compétences instrumentales sont associées au pouvoir économique et politique, tandis que les compétences expressives sont confinées à la sphère privée.
6.2. La théorie du schéma de genre (Gender Schema Theory)
Parallèlement à la création du BSRI, Sandra Bem a formalisé en 1981 sa célèbre Théorie du schéma de genre (Gender Schema Theory). Cette théorie cognitive postule que la socialisation genrée précoce conduit les individus à développer un « schéma cognitif de genre » — un réseau associatif interne qui organise et filtre le traitement de l’information environnementale. Pour un individu fortement typé selon le genre (gender-schematic), le monde est spontanément segmenté en catégories masculines et féminines : les professions, les émotions, les loisirs et les conduites sont constamment analysés à travers ce prisme binaire. Ces personnes assimilent activement les stéréotypes à leur concept de soi tout en rejetant ou en refoulant les traits incompatibles avec leur rôle de genre.
En revanche, les individus androgynes ou indifférenciés sont qualifiés de non-schématiques vis-à-vis du genre (gender-aschematic). Dans leurs processus de traitement de l’information, ils ne mobilisent pas spontanément la lentille du genre pour évaluer leurs comportements ou ceux des autres. Ils sélectionnent leurs conduites en fonction de critères d’efficacité, de moralité, de préférence personnelle ou d’adaptation contextuelle, sans s’interroger sur la conformité de ces actes avec des normes de genre préétablies. Le BSRI constitue ainsi l’opérationnalisation directe de ce niveau de schématisation cognitive du soi.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la validité du BSRI a fait l’objet d’un examen empirique exhaustif depuis sa publication princeps en 1974. Sandra Bem a d’abord établi la validité de contenu à l’aide d’un processus rigoureux d’échantillonnage de juges. Un panel de 100 étudiants de Stanford (50 femmes et 50 hommes) a évalué une liste exhaustive de 400 traits de personnalité en déterminant dans quelle mesure chaque trait était perçu comme plus désirable socialement pour un homme ou pour une femme dans la société contemporaine. Seuls les traits ayant obtenu un écart statistique significatif (p < 0,05) en faveur d’un sexe ont été retenus pour les échelles respectives de masculinité et de féminité, garantissant que les items reflétaient fidèlement les stéréotypes consensuels de l’époque.
7.1. Validité convergente et discriminante
La validité convergente a été établie par la corrélation modérée à forte observée avec d’autres échelles de mesures de l’instrumentalité et de l’expressivité, notamment le Personal Attributes Questionnaire (PAQ) développé par Janet Spence, Robert Helmreich et Joy Stapp. Les corrélations entre l’échelle M du BSRI et l’échelle d’instrumentalité du PAQ dépassent généralement r = 0,70, de même que les corrélations entre l’échelle F du BSRI et l’échelle d’expressivité du PAQ (r > 0,65).
La validité discriminante fondamentale du modèle repose sur l’indépendance statistique entre l’échelle de masculinité et celle de féminité. Dans l’échantillon normatif initial de Bem (1974), la corrélation empirique entre les deux échelles était quasi nulle chez les hommes (r = 0,11) et chez les femmes (r = -0,14), apportant une confirmation éclatante à l’hypothèse d’orthogonalité. De plus, les corrélations avec les échelles de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne sont restées très faibles (r oscillant entre 0,06 et 0,16), démontrant que les réponses aux items ne résultent pas simplement d’une tendance systématique à se présenter sous un jour favorable.
7.2. Validité de construit et validité prédictive
La validité prédictive du BSRI a été documentée dans une multitude d’études comportementales conduites par Bem et ses collaborateurs. Dans des paradigmes expérimentaux d’influence sociale (inspirés des expériences d’Asch sur la conformité), les individus typés masculins et les androgynes faisaient preuve d’une plus grande résistance face à la pression sociale que les individus typés féminins. À l’inverse, dans des situations nécessitant un comportement de soutien et de réconfort empathique (interactions avec un chaton ou un nouveau-né en détresse), les individus androgynes et typés féminins manifestaient significativement plus de comportements nourriciers et d’attention affective que les individus typés masculins. Seuls les sujets androgynes manifestaient une flexibilité comportementale complète en excellant dans les deux contextes expérimentaux.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Inventaire des rôles sexuels de Bem a été minutieusement documentée sur des cohortes diversifiées en milieu universitaire et dans la population générale, attestant d’une grande stabilité métrologique.
8.1. Consistance interne
Dans l’étude normative originelle de Bem (1974), menée auprès de 561 étudiants (448 hommes et 113 femmes) à Stanford, les estimations de la consistance interne via le coefficient alpha de Cronbach se sont avérées hautement satisfaisantes :
- Échelle de Masculinité : α = 0,86 (échantillon masculin) et α = 0,86 (échantillon féminin).
- Échelle de Féminité : α = 0,80 (échantillon masculin) et α = 0,82 (échantillon féminin).
- Échelle de Neutralité sociale : α = 0,75 (échantillon masculin) et α = 0,70 (échantillon féminin).
Ces résultats ont été répliqués dans un second échantillon de 279 étudiants (117 hommes et 162 femmes), avec des coefficients alpha respectifs de 0,86 pour la masculinité, 0,82 pour la féminité et 0,75 pour l’échelle neutre. Les études contemporaines menées avec la version courte du BSRI (30 items) rapportent des alphas de Cronbach encore plus élevés, dépassant souvent 0,85 pour les échelles tronquées de masculinité et de féminité.
8.2. Fidélité test-retest
La stabilité temporelle des scores a été évaluée par Sandra Bem sur un sous-échantillon de 56 étudiants (28 hommes et 28 femmes) réévalués après un intervalle de quatre semaines. Les coefficients de corrélation test-retest ont démontré une constance remarquable des mesures de soi dans le temps :
- Échelle de Masculinité : r = 0,90 (p < 0,001).
- Échelle de Féminité : r = 0,90 (p < 0,001).
- Échelle de Neutralité : r = 0,89 (p < 0,001).
- Score de différence d’androgynie : r = 0,93 (p < 0,001).
Ces coefficients élevés confirment que le BSRI évalue des traits de personnalité stables et des structures de schémas de soi consolidées plutôt que de simples fluctuations d’humeur ou des états émotionnels transitoires.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Dès la fin des années 1970, la structure factorielle du BSRI a été minutieusement décortiquée à l’aide d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC), suscitant d’abondants débats académiques (notamment par Pedhazur & Tetenbaum, 1979 ; Gaudreau, 1977).
9.1. Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Les analyses factorielles exploratoires menées avec extraction en composantes principales et rotation varimax ou oblimin ont généralement révélé l’existence de deux macro-facteurs dominants correspondant étroitement aux construits théoriques attendus d’instrumentalité et d’expressivité. Le premier facteur regroupe les items de leadership, d’autonomie et de combativité (ex. : leadership ability, assertive, strong personality, forceful), avec des saturations factorielles comprises entre 0,45 et 0,72. Le second grand facteur rassemble les items affectifs et empathiques (ex. : tender, affectionate, sympathetic, warm), avec des saturations oscillant entre 0,40 et 0,75.
Cependant, plusieurs investigations ont mis en lumière une multidimensionnalité sous-jacente au sein de chaque échelle. Pour l’échelle de masculinité, certains auteurs isolent deux composantes distinctes : une « dominance/affirmation agressive » (dominant, aggressive, forceful) et une « autonomie/indépendance » (self-reliant, independent). Pour l’échelle de féminité, les analyses séparent fréquemment une dimension de « chaleur interpersonnelle/compassion » (warm, sympathetic, understanding) d’une dimension de « dépendance/vulnérabilité » ou de subordination passive (yielding, shy, gullible).
9.2. Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et version courte
En réponse aux items qui saturaient de façon croisée ou présentaient de faibles corrélations avec le facteur principal (tels que masculine, feminine, athletic ou gullible), Sandra Bem a mené en 1979 une analyse factorielle confirmatoire rigoureuse qui a conduit au développement de la version courte du BSRI (Short BSRI). Cette version purifiée conserve 30 items (10 items de masculinité, 10 items de féminité et 10 items neutres). Les indices d’ajustement en AFC (tels que le RMSEA < 0,06, le CFI > 0,92 et le TLI > 0,90) sont significativement supérieurs pour la version courte, éliminant les items ambigus qui capturaient des stéréotypes passifs ou physiquement marqués plutôt que des attributs psychologiques instrumentaux et expressifs purs.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Inventaire des rôles sexuels de Bem est un instrument psychométrique auto-rapporté dont les paramètres métrologiques et opérationnels sont détaillés ci-dessous :
- Type d’évaluation : Auto-évaluation psychologique par questionnaire papier-crayon ou administration informatisée.
- Nombre total d’items : 60 items dans la version originale complète (20 items de Masculinité, 20 items de Féminité, 20 items Neutres) ; 30 items dans la version abrégée (Short BSRI).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 7 degrés d’accord :
• 1 = Never or almost never true (Jamais ou presque jamais vrai)
• 2 = Usually not true (Généralement faux)
• 3 = Sometimes but infrequently true (Parfois mais rarement vrai)
• 4 = Occasionally true (Occasionnellement vrai)
• 5 = Often true (Souvent vrai)
• 6 = Usually true (Généralement vrai)
• 7 = Almost always true (Presque toujours vrai) - Durée de passation : Environ 10 à 15 minutes pour la version intégrale de 60 items ; 5 à 7 minutes pour la version courte.
- Modalités de cotation :
- Le score brut de Masculinité s’obtient en additionnant les réponses aux 20 items masculins et en divisant la somme par 20 (score moyen variant de 1 à 7).
- Le score brut de Féminité s’obtient en additionnant les réponses aux 20 items féminins et en divisant la somme par 20 (score moyen variant de 1 à 7).
- Le score de Neutralité s’obtient en divisant la somme des 20 items neutres par 20.
- Méthode de classification typologique :
- Méthode de la scission par la médiane (Median Split) : Les participants sont classés selon que leur score se situe au-dessus ou en dessous des médianes de l’échantillon normatif pour les échelles M et F.
- Androgyne : Masculinité ≥ Médiane M ET Féminité ≥ Médiane F.
- Typé masculin : Masculinité ≥ Médiane M ET Féminité < Médiane F.
- Typée féminine : Masculinité < Médiane M ET Féminité ≥ Médiane F.
- Indifférencié : Masculinité < Médiane M ET Féminité < Médiane F.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Inventaire des rôles sexuels de Bem a été initialement publié dans le domaine universitaire en 1974 dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology. À la fin des années 1970, l’instrument a fait l’objet d’un contrat d’édition officiel avec la société de publication psychométrique Mind Garden, Inc. (www.mindgarden.com).
Actuellement, les droits de propriété intellectuelle et les licences commerciales d’utilisation du manuel officiel du BSRI et de ses feuilles de passation appartiennent à Mind Garden, Inc. Pour les utilisations commerciales, cliniques privées ou de conseil en entreprise, l’achat de licences par passation est requis auprès de l’éditeur. Pour la recherche scientifique académique et les thèses universitaires, Mind Garden propose un système de licence académique à tarif réduit ou des autorisations spécifiques permettant aux chercheurs d’administrer l’échelle sous réserve d’acheter une permission de reproduction minimale pour leur échantillon d’étude.
12. Références / References
Voici les références bibliographiques fondamentales encadrant le développement et la validation de l’échelle :
- Bem, S. L. (1974). The measurement of psychological androgyny. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 42(2), 155–162. https://doi.org/10.1037/h0036215
- Bem, S. L. (1977). On the utility of alternative procedures for assessing psychological androgyny. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 45(2), 196–205. https://doi.org/10.1037/0022-006X.45.2.196
- Bem, S. L. (1979). Theory and measurement of androgyny: A reply to the Pedhazur-Tetenbaum and Locksley-Colten critiques. Journal of Personality and Social Psychology, 37(6), 1047–1054. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.6.1047
- Bem, S. L. (1981). Gender schema theory: A cognitive account of sex typing. Psychological Review, 88(4), 354–364. https://doi.org/10.1037/0033-295X.88.4.354
- Gaudreau, P. (1977). Factor analysis of the Bem Sex-Role Inventory. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 45(2), 299–302. https://doi.org/10.1037/0022-006X.45.2.299
- Holt, C. L., & Ellis, J. B. (1998). Assessing the current validity of the Bem Sex-Role Inventory. Sex Roles, 39(11), 929–941. https://doi.org/10.1023/A:1018836923919
- Pedhazur, E. J., & Tetenbaum, T. J. (1979). Bem Sex Role Inventory: A theoretical and methodological critique. Journal of Personality and Social Psychology, 37(6), 996–1016. https://doi.org/10.1037/0022-3514.37.6.996
- Spence, J. T., & Helmreich, R. L. (1980). Masculine instrumentality and feminine expressiveness: Their relationships with sex role attitudes and behaviors. Psychology of Women Quarterly, 5(2), 147–163. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.1980.tb00951.x
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Rate yourself on each item, on a scale from 1 (never or almost never true) to 7 (almost always true).
- self reliant
- yielding
- helpful
- defends own beliefs
- cheerful
- moody
- independent
- shy
- conscientious
- athletic
- affectionate
- theatrical
- assertive
- flatterable
- happy
- strong personality
- loyal
- unpredictable
- forceful
- feminine