1. Résumé / Abstract
L’Inventaire des Pensées Anxieuses (en anglais, Anxious Thoughts Inventory ou AnTI) est un instrument psychométrique auto-rapporté développé par le psychologue clinicien britannique Adrian Wells en 1994. Conçu initialement pour pallier les limites des échelles d’anxiété unidimensionnelles, l’AnTI évalue de manière différentielle les dimensions de contenu et de processus impliquées dans les pensées anxieuses et le phénomène d’inquiétude (worry). L’instrument se compose de 22 items répartis en trois sous-échelles distinctes : l’inquiétude sociale (Social Worry, 9 items), l’inquiétude liée à la santé physique (Health Worry, 6 items) et la méta-inquiétude (Meta-Worry, 7 items). Chaque item est évalué sur une échelle ordinale de type Likert en 4 points allant de 1 (« Presque jamais » / Almost never) à 4 (« Presque toujours » / Almost always).
Sur le plan métrologique, l’AnTI bénéficie de propriétés psychométriques robustes établies au sein de populations cliniques et non cliniques. La consistance interne s’avère satisfaisante à excellente, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,75 et 0,88 pour les sous-échelles et atteignant environ 0,88 pour le score global. La validité factorielle, confirmée par de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires, corrobore une organisation hiérarchique tripartite. L’innovation majeure de l’AnTI réside dans l’intégration pionnière de la dimension de méta-inquiétude (l’inquiétude portant sur ses propres pensées ou « s’inquiéter de s’inquiéter »), concept cardinal de la thérapie métacognitive (MCT) et du modèle de la fonction exécutive autorégulatrice (Self-Regulatory Executive Function, S-REF). Cette sous-échelle confère à l’AnTI une validité incrémentielle significative dans la prédiction et la discrimination du trouble d’anxiété généralisée (TAG) et des troubles obsessionnels-compulsifs par rapport aux mesures globales comme le Penn State Worry Questionnaire (PSWQ).
2. Mots-clés / Keywords
Inventaire des Pensées Anxieuses, AnTI, Adrian Wells, méta-inquiétude, inquiétude sociale, anxiété liée à la santé, thérapie métacognitive, modèle S-REF, psychométrie, trouble d’anxiété généralisée, évaluation cognitive, rumination
3. Auteurs / Authors
L’inventaire a été conçu et validé par Adrian Wells, Ph.D., professeur émérite de psychologie clinique à la Division de Psychologie et de Santé Mentale de l’Université de Manchester (Royaume-Uni), et professeur clinicien associé à l’hôpital universitaire de Trondheim (Norvège). Le Pr Wells est mondialement reconnu pour avoir fondé la thérapie métacognitive (MCT), une approche psychothérapeutique novatrice ciblant les croyances métacognitives et les styles attentionnels dysfonctionnels plutôt que le contenu sémantique direct des pensées automatiques.
Ses travaux ont été menés en étroite collaboration avec des chercheurs en sciences cognitives, notamment le professeur Gerald Matthews (Université de Floride centrale), co-développeur du modèle théorique de la fonction exécutive autorégulatrice (S-REF). Pour toute correspondance académique concernant les travaux initiaux de l’AnTI, les chercheurs peuvent se référer à la Faculté de Biologie, Médecine et Santé de l’Université de Manchester (Email institutionnel : [email protected]).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Inventaire des Pensées Anxieuses (AnTI) est d’offrir une évaluation multidimensionnelle et raffinée de l’activité cognitive anxieuse, en opérant une distinction cruciale entre les contenus thématiques de l’inquiétude (sphère interpersonnelle et somatique) et la régulation métacognitive (évaluation réflexive de ses propres processus de pensée). Dans la littérature clinique antérieure aux années 1990, l’inquiétude était majoritairement conceptualisée comme une entité diffuse ou homogène, comme en atteste la construction d’échelles globales évaluant l’intensité générale ou l’incontrôlabilité globale de l’inquiétude (par exemple, le PSWQ de Meyer et al., 1990). Bien que ces outils possèdent une grande utilité, ils s’avéraient incapables d’isoler la nature spécifique des déclencheurs cognitifs ou d’identifier la dynamique psychopathologique sous-jacente propre aux croyances métacognitives négatives.
Sur le plan clinique, l’AnTI répond à des finalités diagnostiques, fonctionnelles et d’évaluation thérapeutique :
- Formulation de cas clinique : L’outil permet au clinicien de cartographier avec exactitude les cibles cognitives du patient. Il identifie si la souffrance psychique est prédominée par une phobie sociale masquée (score élevé en inquiétude sociale), par une anxiété pour la santé ou hypocondrie (score élevé en inquiétude de santé), ou par une défaillance de la régulation métacognitive indiquant un trouble d’anxiété généralisée (TAG) sévère (score élevé en méta-inquiétude).
- Différenciation de l’inquiétude normale et pathologique : L’AnTI formalise la distinction opérationnelle entre les inquiétudes de type 1 (portant sur des événements extérieurs ou des symptômes physiques non cognitifs) et les inquiétudes de type 2 (méta-inquiétudes). Les travaux d’Adrian Wells démontrent de manière probante que ce ne sont pas les inquiétudes de type 1 qui transforment une préoccupation ordinaire en pathologie chronique, mais l’émergence de la méta-inquiétude (la croyance que s’inquiéter est incontrôlable, dangereux pour le cerveau ou susceptible de provoquer la folie).
- Mesure de l’efficacité thérapeutique : Utilisé avant, pendant et après une psychothérapie (notamment dans le cadre d’une thérapie comportementale et cognitive classique ou d’une thérapie métacognitive), l’AnTI sert de marqueur sensible du changement thérapeutique. Une baisse sélective de la sous-échelle de méta-inquiétude constitue le prédicteur le plus robuste d’une rémission durable et de la prévention des rechutes dans le TAG.
Dans le domaine de la recherche empirique, l’AnTI a permis d’investiguer expérimentalement les liens causaux entre attention focalisée sur la menace, vulnérabilité cognitive, stress perçu et dérégulation émotionnelle. L’inventaire offre un étalon standardisé permettant de comparer des cohortes saines et des échantillons cliniques à travers divers pays et contextes transculturels.
5. Construit psychologique / Construct
L’AnTI conceptualise l’activité cognitive anxieuse à travers une structure hiérarchique comprenant trois facteurs orthogonaux ou corrélés de premier ordre, tous reliés à un facteur d’ordre supérieur représentant la propension globale à l’anxiété cognitive :
1. L’inquiétude sociale (Social Worry – 9 items)
Cette dimension évalue la fréquence des cognitions relatives aux performances interpersonnelles, à la crainte du jugement négatif, au rejet potentiel, à la compétence sociale et à la faillibilité perçue devant autrui. Les pensées de cette catégorie renvoient au sentiment d’infériorité, à la vulnérabilité au ridicule et à la remémoration intrusive d’expériences perçues comme humiliantes. Par exemple, l’item 1 (« I worry about my appearance »), l’item 2 (« I think I am a failure »), l’item 8 (« I worry about saying or doing the wrong thing when among strangers ») et l’item 20 (« I worry about making a fool of myself ») traduisent une sensibilité accrue à la menace évaluative d’autrui. Ce construit s’articule directement avec les schémas cognitifs observés dans l’anxiété sociale (phobie sociale) et le perfectionnisme inadapté.
2. L’inquiétude de santé (Health Worry – 6 items)
La sous-échelle d’inquiétude de santé quantifie l’attention catastrophiste focalisée sur l’intégrité biologique de l’organisme, les sensations physiologiques inhabituelles, la vulnérabilité à la morbidité létale et la mort. L’individu interprète des manifestations corporelles bénignes ou ambiguës comme des signaux précurseurs d’affections médicales gravissimes. Des items tels que le 4 (« If I experience unexpected physical symptoms I have a tendency to think the worst possible thing is wrong with me »), le 7 (« I worry about having a heart attack or cancer ») et le 15 (« When I suffer from minor illnesses such as a rash I think it is more serious than it really is ») illustrent une hypervigilance somatosensorielle pathologique. Ce construit reflète fidèlement la nosographie de l’anxiété de santé (auparavant qualifiée d’hypocondrie) selon les critères de l’American Psychiatric Association (DSM-5).
3. La méta-inquiétude (Meta-Worry – 7 items)
Sous-échelle la plus novatrice et discriminante de l’AnTI, la méta-inquiétude explore l’évaluation cognitive et le jugement réflexif que l’individu porte sur ses propres flux mentaux. Elle capture deux composantes intrinsèques :
- L’incontrôlabilité perçue : La croyance que les pensées intrusives ou répétitives échappent à toute régulation volitionnelle (ex. item 6 : « I have difficulty clearing my mind of repetitive thoughts » ; item 11 : « I worry that I cannot control my thoughts as well as I would like to »).
- Le danger cognitif et la perte d’efficience : La conviction que la persistance de l’activité anxieuse est nocive pour l’intégrité mentale, qu’elle entrave les opportunités vitales ou qu’elle témoigne d’un dysfonctionnement cérébral (ex. item 16 : « Unpleasant thoughts enter my head against my will » ; item 21 : « I think I am missing out on things in life because I worry too much » ; item 22 : « I have repetitive thoughts such as counting or repeating phrases »).
La méta-inquiétude représente l’épicentre pathologique de l’inquiétude chronique : tandis qu’une personne saine peut s’inquiéter de sa santé puis réorienter son attention, le patient anxieux s’alarme du fait même d’avoir pensé à la maladie, déclenchant une spirale de détresse psychologique récursive.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’AnTI est ancré dans le modèle théorique de la fonction exécutive autorégulatrice (Self-Regulatory Executive Function ou modèle S-REF) et dans la théorie métacognitive de la psychopathologie développés par Adrian Wells et Gerald Matthews (1994, 1996). Ce paradigme opère une rupture épistémologique avec les modèles cognitifs traditionnels de première et deuxième vagues (notamment le modèle cognitiviste d’Aaron T. Beck ou la thérapie rationnelle-émotive d’Albert Ellis).
Dans l’approche cognitive classique de Beck, l’anxiété découle de schémas cognitifs profonds (croyances fondamentales) qui génèrent des pensées automatiques négatives portant sur des événements du monde (par exemple : « Les autres vont me rejeter », « Ce symptôme est une crise cardiaque »). Le modèle S-REF postule quant à lui que la détresse émotionnelle chronique n’est pas causée directement par la distorsion du contenu sémantique, mais par un mode de fonctionnement cognitif inadapté désigné sous le terme de Syndrome Attentionnel Cognitif (CAS – Cognitive Attentional Syndrome).
Le CAS se caractérise par trois manifestations interdépendantes :
- Une persévération cognitive soutenue sous forme d’inquiétudes et de ruminations (« Et si… ? ») ;
- Une surveillance accrue de la menace (hypervigilance attentionnelle dirigée vers l’environnement ou les sensations internes) ;
- L’utilisation de stratégies de régulation contre-productives (évitement comportemental, suppression de pensée, recherche compulsive de réassurance).
Au cœur de cette architecture, Wells établit une distinction formelle entre deux niveaux d’inquiétude :
- Inquiétude de Type 1 : Inquiétudes axées sur des menaces externes ou somatiques non cognitives (par exemple, la santé, le travail, les relations sociales). Ces inquiétudes sont omniprésentes dans la population générale et sont représentées dans l’AnTI par les facteurs Social Worry et Health Worry.
- Inquiétude de Type 2 (Méta-inquiétude) : Inquiétudes portant sur la nature, la signification, le contrôle et les conséquences de l’activité cognitive elle-même. Dès lors qu’un individu active des croyances métacognitives négatives (« Je deviens fou à force de ruminer », « Mes inquiétudes sont incontrôlables et vont abîmer mon cœur »), l’inquiétude de type 1 se transforme en inquiétude de type 2, instaurant le noyau pathologique du TAG.
L’AnTI a été expressément conçu pour opérationnaliser ce distinguo théorique. En isolant la composante de méta-inquiétude au sein d’un instrument psychométrique standardisé, Wells a offert le premier moyen empirique de tester la validité du modèle S-REF et d’objectiver le rôle médiateur de la métacognition dans le maintien des troubles anxieux.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’AnTI a fait l’objet d’investigations approfondies à travers des protocoles étudiant la validité de contenu, la validité de construit convergente et discriminante, ainsi que la validité prédictive et incrémentielle.
Validité convergente
Les études initiales de Wells (1994) et les recherches ultérieures (Wells et Papageorgiou, 1998 ; Spada et al., 2008) démontrent des corrélations positives statistiquement significatives entre les sous-échelles de l’AnTI et plusieurs instruments de référence en psychopathologie :
- Le Penn State Worry Questionnaire (PSWQ) : corrélations modérées à fortes avec le score total de l’AnTI ($r \approx 0{,}60$ à $0{,}72, p < 0{,}001$), attestant que l'outil capte bien le phénomène global de l'inquiétude. Notamment, la sous-échelle Meta-Worry corrèle plus fortement avec le PSWQ ($r \approx 0{,}65$) qu’avec l’inquiétude de santé ($r \approx 0{,}42$).
- L’Inventaire d’Anxiété Trait de Spielberger (STAI-T) : corrélations de l’ordre de $r = 0{,}55$ à $0{,}68$, illustrant la convergence avec le trait général d’anxiété.
- L’Inventaire de Dépression de Beck (BDI) : corrélations modérées ($r = 0{,}40$ à $0{,}54$), traduisant la composante affective négative commune tout en préservant la spécificité de la mesure.
- Le Metacognitions Questionnaire (MCQ / MCQ-30) : fortes corrélations spécifiques entre la sous-échelle Meta-Worry de l’AnTI et les sous-échelles de croyances négatives sur l’incontrôlabilité et le danger des pensées du MCQ ($r > 0{,}65$).
Validité discriminante et différentielle
L’AnTI démontre une excellente capacité à discriminer des groupes cliniques distincts. Dans des études comparant des patients souffrant de trouble d’anxiété généralisée (TAG) à des patients souffrant d’autres troubles anxieux (phobie sociale, trouble panique) et à des témoins sains, le score de Meta-Worry s’est révélé être le prédicteur le plus puissant de l’appartenance au groupe TAG, avec une taille d’effet importante ($d > 1{,}2$). Les patients atteints de phobie sociale présentent des élévations sélectives sur le facteur Social Worry, tandis que ceux souffrant de trouble panique ou d’anxiété de santé obtiennent des scores préférentiellement élevés sur le facteur Health Worry.
Validité incrémentielle
Des analyses de régression multiple hiérarchique ont confirmé que la sous-échelle Meta-Worry de l’AnTI prédit la vulnérabilité au stress pathologique, la détresse émotionnelle et le diagnostic de TAG même après avoir contrôlé statistiquement les scores d’anxiété-trait (STAI-T), de dépression (BDI) et le niveau global d’inquiétude de type 1 mesuré par le PSWQ. Cette validité incrémentielle apporte une confirmation empirique décisive aux hypothèses formulées par le modèle S-REF.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité métrologique de l’AnTI a été vérifiée sous l’angle de la consistance interne (homogénéité des items) et de la stabilité temporelle (fidélité test-retest).
Consistance interne
Dans l’échantillon princeps de validation (Wells, 1994, $N = 252$ adultes), les coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach, $\alpha$) rapportés sont de très bon niveau :
- Score total de l’AnTI (22 items) : $\alpha = 0{,}88$
- Sous-échelle Inquiétude Sociale (9 items) : $\alpha = 0{,}84$
- Sous-échelle Inquiétude de Santé (6 items) : $\alpha = 0{,}81$
- Sous-échelle Méta-inquiétude (7 items) : $\alpha = 0{,}75$
Les études indépendantes de réplication menées en milieu universitaire et clinique dans divers pays (Royaume-Uni, États-Unis, Italie, Turquie, Espagne) ont confirmé ces valeurs, avec des coefficients $\alpha$ variant généralement entre $0{,}74$ et $0{,}86$ pour la méta-inquiétude, entre $0{,}81$ et $0{,}88$ pour l’inquiétude sociale, et entre $0{,}78$ et $0{,}85$ pour l’inquiétude de santé. Les corrélations item-total corrigées dépassent le seuil standard de $0{,}35$ pour l’ensemble des items retenus, attestant de l’absence d’items redondants ou parasites.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’échantillons non cliniques sur des intervalles de quatre à six semaines. Les coefficients de corrélation intraclasse ou de Pearson rapportés dans la littérature sont robustes :
- Score total : $r_{tt} = 0{,}84$ ($p < 0{,}001$)
- Inquiétude sociale : $r_{tt} = 0{,}81$
- Inquiétude de santé : $r_{tt} = 0{,}79$
- Méta-inquiétude : $r_{tt} = 0{,}76$
Ces résultats indiquent que les tendances évaluées par l’AnTI reflètent des dimensions cognitives stables et cohérentes dans le temps en l’absence d’intervention, tout en demeurant sensibles aux modifications thérapeutiques induites lors d’essais cliniques contrôlés.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture interne de l’AnTI a été rigoureusement établie au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) puis validée par des analyses factorielles confirmatoires (AFC).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Dans l’étude originelle d’Adrian Wells (1994), une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation orthogonale Varimax et oblique Oblimin a été réalisée sur un ensemble initial d’items décrivant les cognitions anxieuses. L’analyse du diagramme d’éboulis de Cattell (scree plot) et le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) ont sans équivoque isolé une solution à trois facteurs distincts, expliquant conjointement plus de 47 % de la variance totale de l’instrument :
- Facteur 1 (Social Worry) : Regroupe les items 1, 2, 8, 9, 12, 14, 17, 18 et 20. Les saturations factorielles (factor loadings) s’échelonnent de 0,44 à 0,74 sur ce facteur, avec des saturations croisées minimes sur les autres dimensions.
- Facteur 2 (Health Worry) : Regroupe les items 4, 5, 7, 10, 15 et 19. Les saturations factorielles y sont particulièrement nettes, variant de 0,55 à 0,81.
- Facteur 3 (Meta-Worry) : Regroupe les items 3, 6, 11, 13, 16, 21 et 22. Les saturations factorielles sont comprises entre 0,41 et 0,69, confirmant le regroupement empirique des items reflétant la perte de contrôle mental, les pensées récurrentes et les cognitions sur le caractère envahissant du souci.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Des travaux ultérieurs (notamment Wells, 1997 ; Spada et al., 2008 ; Penney et al., 2013) ont soumis la matrice de données à des modèles de modélisation par équations structurelles (SEM). Les chercheurs ont comparé la structure trifactorielle corrélée originale à des modèles alternatifs (modèle unidimensionnel global, modèle bifactoriel avec facteur général d’inquiétude, modèle à deux facteurs opposant contenu et métacognition).
Les indices d’ajustement soutiennent systématiquement la supériorité du modèle trifactoriel corrélé :
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) $> 0{,}91$
- Indice d’ajustement comparatif (CFI) $> 0{,}93$
- Racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) $< 0{,}055$ (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,042 et 0,064)
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) $< 0{,}058$
Ces paramètres psychométriques attestent que le construit ne peut être réduit à un simple facteur d’anxiété indifférencié, confirmant la pertinence et la robustesse statistique de l’articulation entre inquiétude sociale, inquiétude de santé et méta-inquiétude.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Inventaire des Pensées Anxieuses (AnTI) se présente sous les caractéristiques structurelles et opérationnelles suivantes :
- Type de mesure : Échelle psychométrique auto-rapportée (auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé).
- Nombre d’items : 22 items rédigés sous forme d’affirmations affirmatives directes.
- Temps de passation : Environ 4 à 8 minutes. La consigne incite le participant à répondre spontanément sans passer trop de temps sur chaque énoncé.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 4 points avec les ancrages suivants :
- 1 = Almost never (Presque jamais)
- 2 = Sometimes (Parfois)
- 3 = Often (Souvent)
- 4 = Almost always (Presque toujours)
- Cotation et calcul des scores :
- Tous les items sont cotés de manière directe (aucun item inversé).
- Sous-échelle Inquiétude Sociale (Social Worry) : Somme des items 1, 2, 8, 9, 12, 14, 17, 18, 20. Score compris entre 9 et 36.
- Sous-échelle Inquiétude de Santé (Health Worry) : Somme des items 4, 5, 7, 10, 15, 19. Score compris entre 6 et 24.
- Sous-échelle Méta-inquiétude (Meta-Worry) : Somme des items 3, 6, 11, 13, 16, 21, 22. Score compris entre 7 et 28.
- Score Global (Total AnTI) : Somme des 22 items. Score total compris entre 22 et 88.
- Interprétation clinique :
- Des scores élevés sur une sous-échelle spécifique indiquent une prédominance de ce foyer cognitif.
- Un score élevé sur la sous-échelle Meta-Worry (fréquemment supérieur à 14-16 selon les étalonnages d’Adrian Wells) constitue un indicateur hautement sensible et spécifique de processus métacognitifs dysfonctionnels caractéristiques du trouble d’anxiété généralisée (TAG).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Inventaire des Pensées Anxieuses a été formellement introduit et publié par Adrian Wells en 1994 dans la revue scientifique Behaviour Research and Therapy, puis repris dans son manuel clinique de référence paru en 1997 chez John Wiley & Sons (Cognitive Therapy of Anxiety Disorders: A Practice Manual and Conceptual Guide).
En ce qui concerne les droits d’usage et les permissions :
- Usage académique et recherche clinique : L’AnTI est considéré comme un outil ouvert aux chercheurs et praticiens dans le cadre de la recherche non commerciale et de la pratique clinique directe. Il ne nécessite pas l’acquisition d’une licence commerciale payante auprès d’un éditeur de tests traditionnels, sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale d’Adrian Wells (1994) et son manuel de 1997.
- Usage commercial ou intégration dans des plateformes logicielles propriétaires : Une demande d’autorisation formelle doit être adressée aux titulaires des droits d’auteur (Adrian Wells / John Wiley & Sons Ltd.).
- Tarification : Gratuit pour une utilisation clinique individuelle ou dans le cadre de projets de recherche universitaire à but non lucratif.
12. Références / References
Les travaux scientifiques fondateurs et études de validation psychométrique relatifs à l’AnTI comprennent notamment :
- Meyer, T. J., Miller, M. L., Metzger, R. L., & Borkovec, T. D. (1990). Development and validation of the Penn State Worry Questionnaire. Behaviour Research and Therapy, 28(6), 487-495. https://doi.org/10.1016/0005-7967(90)90135-6
- Penney, A. M., Mazmanian, D., & Rudanycz, C. (2013). Comparing the Penn State Worry Questionnaire and the Anxious Thoughts Inventory in predicting symptoms of generalized anxiety disorder. Cognitive Behaviour Therapy, 42(4), 289-299. https://doi.org/10.1080/16506073.2013.784407
- Spada, M. M., Mohiyeddini, C., & Wells, A. (2008). Measuring metacognitions associated with emotional distress: Factor structure and predictive validity of the Metacognitions Questionnaire 30. Personality and Individual Differences, 45(3), 238-242. https://doi.org/10.1016/j.paid.2008.04.005
- Wells, A. (1994). A multi-dimensional measure of worry: Development and preliminary validation of the Anxious Thoughts Inventory. Anxiety, Stress & Coping, 6(4), 289-299. https://doi.org/10.1080/10615809408248803
- Wells, A. (1997). Cognitive therapy of anxiety disorders: A practice manual and conceptual guide. John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/9780470713662
- Wells, A., & Matthews, G. (1994). Attention and emotion: A clinical perspective. Lawrence Erlbaum Associates.
- Wells, A., & Matthews, G. (1996). Modelling cognition in emotional disorder: The S-REF model. Behaviour Research and Therapy, 34(11-12), 881-888. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(96)00050-2
- Wells, A., & Papageorgiou, C. (1998). Relationships between worry, obsessive-compulsive symptoms and meta-cognitive beliefs. Behaviour Research and Therapy, 36(9), 899-913. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(98)00070-9
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions: A number of statements which people have used to describe their thoughts and worries are given below. Read each statement and put a circle around the most appropriate number to indicate how often you have these thoughts and worries.
Do not spend too much time on each statement. There are no right or wrong answers and the first response to each item is often the most accurate.
Response format: 1=Almost never‚ 2=Sometimes‚ 3= Often‚ 4= Almost always
- I worry about my appearance
- I think I am a failure
- When looking to my future I give more thought to the negative things than the positive things that might happen to me
- If I experience unexpected physical symptoms I have a tendency to think the worst possible thing is wrong with me
- I have thoughts about becoming seriously ill
- I have difficulty clearing my mind of repetitive thoughts
- I worry about having a heart attack or cancer
- I worry about saying or doing the wrong thing when among strangers
- I worry about my abilities not living up to other people’s expectations
- I worry about my physical health
- I worry that I cannot control my thoughts as well as I would like to
- I worry that people don’t like me
- I take disappointments so keenly that I can’t put them out of my mind
- I get embarrassed easily
- When I suffer from minor illnesses such as a rash I think it is more serious than it really is
- Unpleasant thoughts enter my head against my will
- I worry about my failures and my weaknesses
- I worry about not being able to cope in life as adequately as others seem to
- I worry about death
- I worry about making a fool of myself
- I think I am missing out on things in life because I worry too much
- I have repetitive thoughts such as counting or repeating phrases
Please check that you have responded to all of the items. Thank you.