1. Résumé / Abstract
L’Inventaire des motifs et des bénéfices de l’exercice physique (Exercise Motives and Gains Inventory [EMGI]), issu des travaux fondamentaux menés sur l’Exercise Motivations Inventory (EMI ; Markland & Hardy, 1993) et sa version révisée (EMI-2 ; Markland & Ingledew, 1997), prolongés par Ingledew, Markland et Strömmer (2013), constitue l’un des dispositifs d’évaluation psychométrique les plus aboutis pour appréhender la complexité des déterminants de la participation à l’exercice physique. Cet instrument multidimensionnel a été conçu pour mesurer à la fois les motifs d’engagement (les raisons initiales ou anticipatoires qui incitent une personne à faire du sport ou à pratiquer une activité physique) et les bénéfices perçus ou « gains » réels découlant de cette pratique régulière.
L’EMGI se structure en deux volets parallèles de 51 items chacun, couvrant 14 sous-échelles factorielles distinctes : la gestion du stress (Stress management), la revitalisation (Revitalization), le plaisir intrinsèque (Enjoyment), le défi personnel (Challenge), la reconnaissance sociale (Social recognition), l’affiliation (Affiliation), la compétition (Competition), les pressions relatives à la santé (Health pressures), l’évitement de la maladie (Ill-health avoidance), la santé positive (Positive health), la gestion du poids (Weight management), l’apparence physique (Appearance), le développement de la force (Strength) et l’agilité ou souplesse (Nimbleness). Les participants répondent à l’aide d’une échelle ordinale de type Likert en 5 points allant de 0 (« Not at all true for me » / Pas du tout vrai pour moi) à 4 (« Very true for me » / Tout à fait vrai pour moi).
Sur le plan psychométrique, l’instrument démontre une cohérence interne exemplaire, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,69 et 0,95 selon les dimensions. Les analyses factorielles confirmatoires appuient une structure sous-jacente de second ordre regroupant des facteurs d’ordre psychologique, interpersonnel, de santé, de condition physique et d’image corporelle. L’EMGI s’appuie solidement sur la théorie de l’autodétermination (Deci & Ryan, 1985, 2000) et le modèle transthéorique du changement (Prochaska & DiClemente, 1983). En dissociant formellement ce qui pousse à agir de ce qui est concrètement retiré de l’expérience, l’EMGI offre aux chercheurs et aux cliniciens un cadre diagnostique et prédictif de premier plan pour modéliser le maintien comportemental et prévenir l’abandon de l’activité physique.
2. Mots-clés / Keywords
psychométrie, motivation à l’exercice, bénéfices perçus, théorie de l’autodétermination, activité physique, santé préventive, régulation comportementale, gestion du stress, image corporelle, adhésion thérapeutique, EMI-2, EMGI, analyse factorielle confirmatoire
3. Auteurs / Authors
L’architecture conceptuelle et psychométrique de l’inventaire est le fruit de plusieurs décennies de recherche collaborative menée principalement au sein de l’École des sciences du sport, de la santé et de l’exercice de l’Université de Bangor (Galles, Royaume-Uni) :
- David A. Markland, Ph.D. : Professeur émérite en psychologie de l’exercice, School of Sport, Health and Exercise Sciences, Bangor University, Gwynedd, Royaume-Uni. Courriel institutionnel : [email protected]. Spécialiste reconnu internationalement des applications de la théorie de l’autodétermination aux contextes de l’exercice et des comportements de santé.
- David K. Ingledew, Ph.D. : Chercheur et maître de conférences en psychologie de la santé, School of Psychology, Bangor University, Royaume-Uni. Ses recherches pionnières portent sur l’interface entre traits de personnalité, motivations individuelles et étapes de changement comportemental.
- Lew Hardy, Ph.D. : Professeur émérite en psychologie du sport, Bangor University, co-créateur de la version initiale (EMI) en 1993, pionnier des modèles de performance motrice et d’anxiété compétitive.
- Sofia S. Strömmer, Ph.D. : Chercheuse en sciences comportementales et psychologie de la santé, associée aux travaux longitudinaux sur l’évaluation conjointe des motifs et des gains de l’exercice (Ingledew, Markland & Strömmer, 2013).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Exercise Motives and Gains Inventory (EMGI) est de combler une lacune théorique et empirique majeure dans la psychologie de la santé : la distinction fonctionnelle entre les raisons déclarées pour faire de l’exercice (les motifs, ou incitations téléologiques) et les conséquences expérientielles positives réellement retirées de l’exercice (les gains perçus). Alors que la plupart des instruments classiques se limitent à interroger les motivations initiales, l’EMGI postule que l’adoption d’un comportement d’exercice et son maintien pérenne relèvent de dynamiques psychologiques différentes mais interdépendantes.
Dans les contextes de recherche fondamentale et épidémiologique, l’outil permet d’analyser comment les motifs initiaux prédisent l’engagement, et comment la réalisation effective des gains escomptés module le sentiment de compétence, d’autonomie et de bien-être psychologique. À titre d’exemple, un individu peut entreprendre un programme d’entraînement pour des motifs purement extrinsèques (tels que la gestion du poids ou les pressions médicales), mais développer à long terme une adhésion solide grâce à l’émergence de gains intrinsèques imprévus, tels que la revitalisation, le plaisir sensori-moteur ou la gestion de l’anxiété. L’EMGI capture précisément cette trajectoire adaptative.
Sur le plan des applications cliniques et de la santé publique, l’EMGI est particulièrement précieux pour :
- Le conseil en activité physique adaptée (APA) : Identifier le profil motivationnel précis d’un patient permet de co-construire un programme sur mesure. Prescrire des exercices répétitifs et isolés à un individu motivé par l’affiliation et la compétition mène inévitablement à l’échec ; l’EMGI offre une cartographie fine pour cibler les activités en adéquation avec les dispositions de la personne.
- La réhabilitation cardiaque et métabolique : Mesurer les scores sur les dimensions « Pressions de santé » versus « Santé positive » permet d’évaluer si le patient perçoit son protocole comme une contrainte culpabilisante ou comme une opportunité d’autonomisation et de vitalité.
- La prévention des rechutes et de l’abandon : En administrant périodiquement le volet « Gains », les professionnels peuvent détecter un décalage précoce entre les attentes du sujet et ses bénéfices perçus, permettant d’ajuster les charges d’entraînement, le cadre social ou la rétroaction avant que ne survienne le désengagement.
5. Construit psychologique / Construct
Le modèle sous-jacent à l’EMGI articule 14 dimensions distinctes, organisées de manière rigoureuse autour de motifs d’action et de bénéfices fonctionnels correspondants. Chaque facette représente un aspect unique du fonctionnement psychologique, physiologique ou relationnel de l’individu :
1. Gestion du stress (Stress Management – Items 6, 20, 34, 46)
Cette échelle évalue l’utilisation de l’activité physique comme mécanisme de régulation émotionnelle, de détente neurovégétative et de catharsis psychologique. Elle capte la capacité de l’exercice à libérer les tensions accumulées, à apaiser l’agitation mentale et à procurer un espace de réflexion serein face aux stresseurs quotidiens.
2. Revitalisation (Revitalization – Items 3, 17, 31)
Cette dimension mesure l’impact énergisant de l’exercice physique, le sentiment de recharger ses batteries psychologiques et physiologiques, ainsi que l’expérience d’une vivacité revigorée à l’issue de l’effort, contrastant avec l’épuisement passif.
3. Plaisir intrinsèque (Enjoyment – Items 9, 23, 37, 48)
Pilier central de la motivation autodéterminée, cette composante évalue la jouissance immédiate procurée par le mouvement, la satisfaction inhérente au déploiement de l’effort corporel et le sentiment d’être à son niveau optimal de fonctionnement psychophysique lors de l’action.
4. Défi personnel (Challenge – Items 14, 28, 42, 51)
Cette facette appréhende la quête de dépassement de soi, l’établissement d’objectifs stimulants, le développement d’habiletés motrices complexes et l’auto-évaluation par rapport à des standards d’excellence internes.
5. Reconnaissance sociale (Social Recognition – Items 5, 19, 33, 45)
Reflet d’une régulation plus externe ou introjectée, cette échelle mesure le désir de prouver sa valeur aux yeux d’autrui, d’obtenir des louanges, de comparer ses compétences à celles des pairs et de réaliser des prouesses que d’autres jugent inaccessibles.
6. Affiliation (Affiliation – Items 10, 24, 38, 49)
Cette dimension explore le besoin psychologique fondamental de reliance sociale : nouer de nouvelles amitiés, partager des moments conviviaux et apprécier la camaraderie inhérente aux pratiques collectives ou en groupe.
7. Compétition (Competition – Items 12, 26, 40, 50)
Cette composante sonde l’attrait pour la confrontation sportive directe, le désir de remporter des victoires et la recherche de situations compétitives stimulantes où se mesurent les habiletés motrices.
8. Pressions de santé (Health Pressures – Items 11, 25, 39)
Cette échelle capture des motifs extrinsèques coercitifs, tels que l’injonction formelle d’un médecin de pratiquer une activité, le rétablissement prescrit après une pathologie ou la tentative anxiogène d’enrayer une maladie génétique familiale identifiée.
9. Évitement de la maladie (Ill-health Avoidance – Items 2, 16, 30)
Complémentaire mais conceptuellement distincte de la pression médicale directe, cette facette quantifie l’effort proactif anticipatoire visant à prévenir l’apparition de troubles pathologiques chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires.
10. Santé positive (Positive Health – Items 7, 21, 35)
Loin de la simple absence de maladie, cette dimension cible l’aspiration à un état optimal de vitalité, d’homéostasie robuste et de sensation globale de santé physique florissante.
11. Gestion du poids (Weight Management – Items 1, 15, 29, 43)
Cette échelle mesure les incitations instrumentales relatives au bilan énergétique : perdre du poids corporel, brûler des calories, maintenir la minceur et contrôler sa masse grasse.
12. Apparence physique (Appearance – Items 4, 18, 32, 44)
Cette facette évalue la préoccupation portée à l’attractivité corporelle externe, au remodelage de la silhouette, à l’amélioration esthétique et au maintien d’une apparence perçue comme plus jeune et désirable.
13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)
14. Agilité et souplesse (Nimbleness – Items 13, 27, 41)
Cette composante mesure le souci de préserver ou d’accroître l’amplitude articulaire, la flexibilité musculaire et l’agilité globale du corps dans les mouvements fonctionnels du quotidien.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de l’EMGI est ancrée à la confluence de la théorie de l’autodétermination (TAD) développée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan (1985, 2000) et des théories du changement de comportement en santé, notamment le modèle transthéorique (Prochaska & DiClemente, 1983).
Au sein de la TAD, la motivation n’est pas considérée comme une quantité unitaire mais comme un continuum d’autodétermination s’étendant de l’amotivation à la motivation intrinsèque, en passant par plusieurs formes de régulations extrinsèques :
- Régulation externe : Comportements exécutés sous la contrainte d’exigences externes ou pour obtenir des récompenses. Dans l’EMGI, cela correspond typiquement aux « Pressions de santé » (avis médical péremptoire).
- Régulation introjectée : Comportements sous-tendus par des pressions internes d’évitement de la culpabilité ou de rehaussement de l’estime de soi. Les sous-échelles « Reconnaissance sociale », « Apparence » et, dans une certaine mesure, « Gestion du poids » reflètent fréquemment ces motivations où l’ego est fortement impliqué.
- Régulation identifiée : L’activité est valorisée consciemment et jugée personnellement importante par l’individu, même si elle n’est pas plaisante en soi. Les dimensions « Santé positive », « Évitement de la maladie », « Force » et « Agilité » incarnent typiquement cette régulation autonome.
- Motivation intrinsèque : Comportements accomplis pour le plaisir, l’intérêt et la satisfaction inhérents à l’action. Les sous-échelles « Plaisir », « Revitalisation » et « Défi » constituent le noyau dur de cette forme de motivation hautement protectrice de l’adhésion à long terme.
L’apport novateur des travaux d’Ingledew, Markland et Strömmer (2013) a consisté à intégrer une perspective transactionnelle issue de la psychologie cognitive : la boucle de renforcement motifs-expériences-gains. Selon cette perspective, les motifs agissent comme des schémas d’anticipation ou des attentes de résultats (outcome expectations au sens de Bandura, 1986). Cependant, le comportement réel produit un flux continu de conséquences perceptibles (les gains). Lorsque les gains perçus correspondent aux motifs d’origine ou ouvrent l’accès à des satisfactions intrinsèques supérieures, ils nourrissent les trois besoins psychologiques fondamentaux définis par Deci et Ryan : le besoin d’autonomie (se sentir à l’origine de ses choix), le besoin de compétence (se sentir efficace et capable de maîtriser les défis) et le besoin d’appartenance sociale (se sentir connecté aux autres). La conversion d’un motif initialement extrinsèque (ex. perdre du poids) en gains intrinsèques durables (ex. plaisir sensori-moteur, sentiment d’énergie) constitue le levier par excellence de l’internalisation comportementale.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques de l’instrument ont fait l’objet d’investigations empiriques approfondies, garantissant une validité de construit, une validité convergente et une validité discriminante remarquables :
Validité de construit et structure factorielle
Dans l’étude séminale de Markland et Ingledew (1997) portant sur un échantillon hétérogène d’adultes pratiquants et non-pratiquants, l’analyse factorielle confirmatoire a démontré l’adéquation d’un modèle corrélé à 14 facteurs. Les indices d’ajustement globaux se sont avérés excellents, avec un ratio khi-deux/degrés de liberté () modéré, un Comparative Fit Index (CFI) et un Tucker-Lewis Index (TLI) régulièrement supérieurs aux seuils conventionnels de 0,90 et 0,95, ainsi qu’un Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) inférieur à 0,05, indiquant une absence de redondance inutile et une spécificité factorielle élevée.
Invariance selon le genre
Une étape déterminante du développement de l’EMI-2 / EMGI a été l’établissement de l’invariance de mesure à travers les genres (Markland & Ingledew, 1997). L’invariance configurationnelle, métrique et scalaire a été démontrée entre hommes et femmes, attestant que les 51 items mesurent rigoureusement les mêmes construits psychologiques indépendamment du sexe des répondants. Les différences observées dans la littérature (les hommes rapportant généralement des scores plus élevés en Compétition et Défi, et les femmes en Gestion du poids et Apparence) reflètent donc de véritables divergences psychologiques de cohorte et non un biais de mesure de l’instrument.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente a été démontrée par des associations cohérentes avec d’autres échelles standardisées :
- Les sous-échelles de Plaisir, Revitalisation et Défi corrèlent positivement et fortement ( à ) avec les scores de régulation intrinsèque du Behavioural Regulation in Exercise Questionnaire (BREQ-2 et BREQ-3).
- Les dimensions Gestion du poids et Apparence corrèlent significativement avec les mesures de mécontentement corporel (Body Shape Dissatisfaction ; Ingledew, Hardy & de Sousa, 1995 ; Ingledew & Sullivan, 2002) et d’anxiété du physique social (Social Physique Anxiety Scale).
- La validité discriminante est étayée par de faibles corrélations entre les facteurs interpersonnels (ex. Compétition) et les facteurs d’intégrité biologique (ex. Évitement de la maladie), prouvant que l’instrument ne souffre pas d’une contamination par un facteur général de désirabilité sociale.
Validité prédictive
Sur le plan prédictif, les études longitudinales (Ingledew & Markland, 2008 ; Ingledew, Markland & Strömmer, 2013) indiquent que les motifs intrinsèques et autonomes prédisent significativement la fréquence, l’intensité et la persistance de l’activité physique à 6 et 12 mois d’intervalle, alors que les motifs contrôlés (apparence, pressions médicales) prédisent l’initiation à court terme mais sont prédictifs d’un abandon précoce en l’absence de gains perçus associés.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de l’EMGI a été établie au moyen de multiples indices de consistance interne et d’évaluations de la stabilité temporelle :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Les données psychométriques issues des larges cohortes de validation (Markland & Ingledew, 1997 ; Ingledew, Markland & Strömmer, 2013) démontrent une fiabilité interne très élevée pour la quasi-totalité des 14 sous-échelles de l’instrument :
- Compétition :
- Gestion du stress :
- Gestion du poids :
- Affiliation :
- Évitement de la maladie :
- Plaisir intrinsèque :
- Agilité / Souplesse :
- Social recognition (Reconnaissance) :
- Santé positive :
- Force corporelle :
- Apparence physique :
- Défi personnel :
- Revitalisation :
- Pressions de santé :
Toutes les dimensions affichent des coefficients largement supérieurs au seuil standard de 0,70 ou 0,80, à l’exception de la sous-échelle « Pressions de santé » qui se situe à 0,686. Cette valeur légèrement plus basse s’explique par l’hétérogénéité intrinsèque de ses trois items constitutifs (injonction médicale, antécédents génétiques familiaux et réhabilitation après blessure/maladie), qui représentent des sources d’incitation médicales distinctes mais cliniquement cohérentes.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et les corrélations test-retest à des intervalles de 2 à 4 semaines démontrent une grande stabilité des motifs chez les populations adultes stabilisées ( oscillant entre 0,78 et 0,91). Dans le volet « Gains », la sensibilité au changement est également remarquable : les scores augmentent de manière significative et prévisible à la suite de programmes d’entraînement structurés d’une durée de 8 à 12 semaines, confirmant la réactivité de l’instrument aux progrès expérientiels réels.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’évolution structurale de l’instrument, depuis l’EMI original à 44 items (Markland & Hardy, 1993) jusqu’à la version perfectionnée à 51 items (EMI-2 / EMGI), repose sur une démarche psychométrique rigoureuse combinant analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).
De l’EMI à l’EMI-2 / EMGI
La première version de l’EMI présentait une limitation psychométrique substantielle : plusieurs formulations d’items présupposaient que le sujet était déjà un pratiquant régulier et engagé, rendant le questionnaire inapproprié pour les personnes sédentaires ou contemplatives. De surcroît, certaines dimensions de santé étaient confondues. Markland et Ingledew (1997) ont donc refondu l’inventaire en introduisant l’amorce conditionnelle unifiée (« Personally, I exercise [or might exercise]… »), permettant une passation universelle tant chez les personnes inactives que chez les athlètes chevronnés, tout en ajoutant des dimensions cruciales pour atteindre 14 facteurs bien différenciés.
Modélisation confirmatoire de premier ordre
Lors des tests par modélisation d’équations structurelles (SEM), chaque item s’est vu assigné exclusivement à son facteur latent théorique, sans saturation croisée libre. Les résultats ont révélé :
- Des saturations factorielles standardisées () robustes, oscillant presque systématiquement entre 0,65 et 0,92 pour la totalité des items.
- Des variances d’erreur résiduelles faibles et statistiquement indépendantes.
- Des corrélations inter-facteurs modérées à fortes au sein des mêmes domaines conceptuels (par exemple entre « Plaisir » et « Revitalisation », ou entre « Gestion du poids » et « Apparence »), tout en maintenant une différenciation discriminante nette (), rejetant l’hypothèse d’une multicolinéarité excessive.
Structure hiérarchique de second ordre
Bien que l’EMGI soit généralement interprété au niveau de ses 14 sous-échelles indépendantes pour maximiser la finesse clinique, plusieurs analyses factorielles de second ordre soutiennent le regroupement de ces dimensions en 5 macro-facteurs d’ordre supérieur :
- Facteurs psychologiques : Gestion du stress, Revitalisation, Plaisir, Défi personnel.
- Facteurs interpersonnels : Reconnaissance sociale, Affiliation, Compétition.
- Facteurs de santé : Pressions de santé, Évitement de la maladie, Santé positive.
- Facteurs liés au corps et à l’apparence : Gestion du poids, Apparence physique.
- Facteurs de condition physique : Force musculaire, Agilité / Souplesse.
Cette organisation hiérarchique offre aux chercheurs la souplesse méthodologique nécessaire pour tester des modèles théoriques macroscopiques tout en préservant l’accès à une granularité fine au niveau des facteurs élémentaires.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’EMGI se compose techniquement de deux volets complémentaires, conçus pour être administrés conjointement ou séparément selon les besoins du clinicien ou du chercheur :
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé sur support papier-crayon ou informatisé.
- Population cible : Adolescents (dès 14-15 ans) et adultes de tous âges, qu’ils soient totalement sédentaires, occasionnellement actifs ou athlètes réguliers.
- Nombre d’items : 102 items au total pour l’inventaire complet (51 items pour la section « Motives », 51 items pour la section « Gains »).
- Temps de passation : Environ 10 à 15 minutes pour l’ensemble des deux sections (5 à 8 minutes par section).
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points, ancrée de la manière suivante :
- 0 = Not at all true for me (Pas du tout vrai pour moi)
- 1 = A little true for me (Un peu vrai pour moi)
- 2 = Moderately true for me (Moyennement vrai pour moi)
- 3 = Quite true for me (Assez vrai pour moi)
- 4 = Very true for me (Tout à fait vrai pour moi)
- Cotation et calcul des scores :
- Le score pour chaque sous-échelle est obtenu en calculant la moyenne arithmétique des items qui la composent (somme des points divisée par le nombre d’items de la sous-échelle), produisant un score variant de 0,00 à 4,00.
- Cette méthode par score moyen préserve l’interprétabilité métrique directe en neutralisant l’effet du nombre inégal d’items par sous-échelle (3 ou 4 items).
- Aucun item n’est inversé.
- Clé d’attribution des items (Section Motives) :
- Stress management (Gestion du stress) : Items 6, 20, 34, 46
- Revitalization (Revitalisation) : Items 3, 17, 31
- Enjoyment (Plaisir) : Items 9, 23, 37, 48
- Challenge (Défi) : Items 14, 28, 42, 51
- Social recognition (Reconnaissance sociale) : Items 5, 19, 33, 45
- Affiliation (Affiliation) : Items 10, 24, 38, 49
- Competition (Compétition) : Items 12, 26, 40, 50
- Health pressures (Pressions de santé) : Items 11, 25, 39
- Ill-health avoidance (Évitement de la maladie) : Items 2, 16, 30
- Positive health (Santé positive) : Items 7, 21, 35
- Weight management (Gestion du poids) : Items 1, 15, 29, 43
- Appearance (Apparence) : Items 4, 18, 32, 44
- Strength (Force corporelle) : Items 8, 22, 36, 47
- Nimbleness (Agilité / Souplesse) : Items 13, 27, 41
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial (EMI) : 1993 (Markland & Hardy).
- Année de révision majeure (EMI-2) : 1997 (Markland & Ingledew).
- Année de validation du modèle conjointe Motifs et Gains (EMGI) : 2013 (Ingledew, Markland & Strömmer).
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les auteurs ont placé l’inventaire sous un régime d’accès libre pour l’usage académique, clinique et non commercial. L’instrument peut être reproduit et utilisé sans frais de licence, sous réserve de citer scrupuleusement les publications originales de référence.
- Contact et documentation officielle : Le professeur David A. Markland a mis à disposition les manuels d’utilisation, les clés de cotation et les versions informatisées via son portail universitaire à l’Université de Bangor ([email protected]).
12. Références / References
- Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (1985). Intrinsic motivation and self-determination in human behavior. Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4899-2271-7
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227-268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- Ingledew, D. K., Hardy, L., & de Sousa, K. (1995). Body shape dissatisfaction and exercise motivations. Journal of Sports Sciences, 13(1), 60.
- Ingledew, D. K., & Markland, D. (2008). The role of motives in exercise participation. Psychology & Health, 23(7), 807-828. https://doi.org/10.1080/08870440701405704
- Ingledew, D. K., Markland, D., & Ferguson, E. (2009). Three levels of exercise motivation. Applied Psychology: Health and Well-Being, 1(3), 336-355. https://doi.org/10.1111/j.1758-0854.2009.01015.x
- Ingledew, D. K., Markland, D., & Medley, A. (1998). Exercise motives and Stages of Change. Journal of Health Psychology, 3(4), 477-489. https://doi.org/10.1177/135910539800300403
- Ingledew, D. K., Markland, D., & Strömmer, S. S. (2013). Elucidating the roles of motives and gains in exercise participation. Sport, Exercise, and Performance Psychology, 3(2), 116-131. https://doi.org/10.1037/spy0000004
- Ingledew, D. K., & Sullivan, G. (2002). Effects of body mass and body image on exercise motives in adolescence. Psychology of Sport and Exercise, 3(4), 323-338. https://doi.org/10.1016/S1469-0292(01)00037-3
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- Markland, D., & Hardy, L. (1993). The Exercise Motivations Inventory: Preliminary development and validity of a measure of individuals’ reasons for participation in regular physical exercise. Personality and Individual Differences, 15(3), 289-296. https://doi.org/10.1016/0191-8869(93)90221-3
- Markland, D., & Ingledew, D. K. (1997). The measurement of exercise motives: Factorial validity and invariance across gender of a revised Exercise Motivations Inventory. British Journal of Health Psychology, 2(4), 361-376. https://doi.org/10.1111/j.2044-8287.1997.tb00547.x
- Markland, D., Ingledew, D. K., Hardy, L., & Grant, L. (1992). A comparison of the exercise motivations of aerobics participants and weight-watcher exercisers. Journal of Sports Sciences, 10(6), 609-610.
- Prochaska, J. O., & DiClemente, C. C. (1983). Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 390-395. https://doi.org/10.1037/0022-006X.51.3.390
- Vallerand, R. J. (1997). Toward a hierarchical model of intrinsic and extrinsic motivation. In M. P. Zanna (Ed.), Advances in Experimental Social Psychology (Vol. 29, pp. 271-360). Academic Press. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60019-2
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
0 = Not at all true for me
1 = A little true for me
2 = Moderately true for me
3 = Quite true for me
4 = Very true for me
Motives Section
Personally, I exercise (or might exercise)…
- To stay slim
- To avoid ill-health
- Because it makes me feel good
- To help me look younger
- To show my worth to others
- To give me space to think
- To have a healthy body
- To build up my strength
- Because I enjoy the feeling of exerting myself
- To spend time with friends
- Because my doctor advised me to exercise
- Because I like trying to win in physical activities
- To stay/become more agile
- To give me goals to work towards
- To lose weight
- To prevent health problems
- Because I find exercise invigorating
- To have a good body
- To compare my abilities with other peoples’
- Because it helps to reduce tension
- Because I want to maintain good health
- To increase my endurance
- Because I find exercising satisfying in and of itself
- To enjoy the social aspects of exercising
- To help prevent an illness that runs in my family
- Because I enjoy competing
- To maintain flexibility
- To give me personal challenges to face
- To help control my weight
- To avoid heart disease
- To recharge my batteries
- To improve my appearance
- To gain recognition for my accomplishments
- To help manage stress
- To feel more healthy
- To get stronger
- For enjoyment of the experience of exercising
- To have fun being active with other people
- To help recover from an illness/injury
- Because I enjoy physical competition
- To stay/become flexible
- To develop personal skills
- Because exercise helps me to burn calories
- To look more attractive
- To accomplish things that others are incapable of
- To release tension
- To develop my muscles
- Because I feel at my best when exercising
- To make new friends
- Because I find physical activities fun, especially when competition is involved
- To measure myself against personal standards
Gains Section
My personal experience of exercise has been that…
- I have lost weight through exercising
- I have found the experience of exercising enjoyable
- I have been able to develop personal skills
- I have found exercising satisfying in and of itself
- I have stayed/become more agile through exercise
- It has allowed me to accomplish things that others are incapable of
- It has helped me to maintain flexibility
- I have found physical activities fun, especially when competition was involved
- I have made new friends through exercise
- It has helped me to have a better body
- It has helped me to get stronger
- It has enabled me to stay slim
- It has given me personal challenges to face
- I have felt at my best when exercising
- It has reduced my risk of heart disease
- It has helped me to reduce tension
- I have followed my doctor’s advice by exercising
- I have been able to enjoy competing
- It has helped me to have a healthy body
- I have been able to develop my muscles
- I have been able to manage stress through exercising
- I have increased my endurance
- I have been able to stay/become flexible
- I have been able to avoid ill-health
- It has allowed me to compare my abilities with other peoples’
- It has given me space to think
- It has allowed me to spend time with friends
- It has helped me to look more attractive
- It has given me goals to work towards
- I have built up my strength through exercising
- It has allowed me to measure myself against personal standards
- I have been able to enjoy physical competition
- It has helped me to maintain good health
- I have been able to prevent health problems
- I have liked trying to win in physical activities
- It has helped control my weight
- It has helped me to recharge my batteries
- It has helped me to recover from an illness/injury
- I have felt more healthy
- I have had fun being active with other people
- I have gained recognition for my accomplishments
- I have been able to improve my appearance
- I have been able to show my worth to others
- I have released tension by exercising
- I have felt good through exercising
- It has helped me to burn calories
- I have enjoyed the feeling of exerting myself
- It has helped me to look younger
- It has helped reduce the risk of an illness that runs in my family
- I have found exercise invigorating
- I have enjoyed the social aspects of exercising