1. Résumé / Abstract
L’Inventaire des Comportements de Coping (Coping Behaviours Inventory [CBI]), développé par Gloria K. Litman, John Stapleton, Abraham N. Oppenheim et Michal Peleg en 1983, est un instrument d’évaluation psychométrique conçu pour mesurer la nature, la fréquence et la typologie des stratégies d’adaptation (cognitives et comportementales) mobilisées par les personnes souffrant de troubles de l’usage de l’alcool pour prévenir, éviter ou contrôler la reprise d’une consommation excessive. Composé initialement de 36 items, l’inventaire se structure autour de 14 options cognitives et de 22 options comportementales, explorant les mécanismes d’ajustement face aux situations à haut risque de rechute.
Les items sont évalués au moyen d’une échelle ordinale en 4 points (0 = Habituellement / Usually, 1 = Souvent / Often, 2 = Parfois / Sometimes, 3 = Jamais / Never), bien que les protocoles de cotation clinique inversent fréquemment ces valeurs afin d’obtenir un score direct proportionnel à l’intensité du répertoire d’adaptation. Les analyses factorielles révèlent généralement quatre dimensions majeures : les stratégies cognitives positives (pensée positive et anticipation des bénéfices de l’abstinence), les stratégies cognitives négatives (évocation des conséquences néfastes et de la culpabilité), l’évitement comportemental et la distraction, ainsi que la mobilisation du soutien social et des comportements alternatifs.
Sur le plan psychométrique, le CBI présente une consistance interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach variant usuellement entre 0,81 et 0,91 pour les différentes sous-échelles et l’échelle globale. Sa fidélité test-retest est satisfaisante dans les contextes de suivi clinique. Sa validité prédictive est particulièrement documentée dans la littérature addictologique : l’étendue et l’efficacité perçue du répertoire de coping mesuré par le CBI constituent des prédicteurs significatifs du maintien de l’abstinence à moyen et long terme (6 à 12 mois post-sevrage). Utilisé à l’échelle internationale dans des protocoles de recherche et de prévention des rechutes, le CBI demeure une référence pour concevoir des interventions cognitivo-comportementales personnalisées.
2. Mots-clés / Keywords
Inventaire des comportements de coping, Coping Behaviours Inventory, CBI, dépendance à l’alcool, prévention de la rechute, stratégies d’adaptation, coping cognitif, coping comportemental, psychométrie, maintien de l’abstinence, addictologie, modèle cognitivo-comportemental, auto-efficacité.
3. Auteurs / Authors
L’inventaire a été formalisé et validé au Royaume-Uni par une équipe multidisciplinaire de l’Unité de recherche sur les addictions (Addiction Research Unit) de l’Institut de psychiatrie du Maudsley Hospital et du King’s College de Londres, en collaboration avec la London School of Economics :
- Gloria K. Litman, Ph.D. : Psychologue clinicienne et chercheuse principale à l’Addiction Research Unit, Institute of Psychiatry, University of London. Ses travaux pionniers ont porté sur l’identification des facteurs pronostiques et des réponses d’ajustement chez les patients alcoolodépendants.
- John Stapleton, M.Sc. : Statisticien et biostatisticien à l’Institute of Psychiatry, spécialisé dans l’analyse quantitative des comportements de santé et l’évaluation des interventions thérapeutiques en toxicomanie et tabacologie.
- Abraham N. Oppenheim, Ph.D. : Professeur de psychologie sociale et méthodologie des questionnaires à la London School of Economics and Political Science (LSE), auteur d’ouvrages de référence en psychométrie et conception d’enquêtes.
- Michal Peleg, B.A. : Assistante de recherche à l’Addiction Research Unit, ayant contribué au recueil des données cliniques et à la codification des comportements de coping auprès des cohortes hospitalisées.
Correspondance historique : Addiction Research Unit, Institute of Psychiatry, De Crespigny Park, Denmark Hill, London SE5 8AF, United Kingdom.
4. Objectif / Purpose
Le Coping Behaviours Inventory (CBI) a été conçu pour répondre à un besoin clinique et empirique fondamental dans le champ des addictions : évaluer de manière standardisée et systématique les comportements spécifiques et les processus de pensée qu’un individu alcoolodépendant met en œuvre pour résister à l’envie irrépressible de boire (craving) et neutraliser le risque de rechute. Avant le développement de cet outil, l’évaluation du pronostic post-cure reposait principalement sur des variables démographiques, la sévérité initiale de la dépendance ou des traits de personnalité globaux, lesquels montraient une faible valeur prédictive quant aux mécanismes proximaux régissant le succès ou l’échec de l’abstinence.
Applications cliniques
Dans la pratique clinique quotidienne, le CBI remplit plusieurs fonctions thérapeutiques déterminantes :
- Diagnostic fonctionnel des déficits d’adaptation : L’outil permet au clinicien de cartographier avec précision les ressources que le patient mobilise spontanément. Il révèle si le patient s’appuie exclusivement sur des stratégies d’évitement passif (ex. s’enfermer chez soi, dormir) ou s’il sait engager des restructurations cognitives actives et solliciter un réseau de soutien.
- Personnalisation des programmes de prévention de la rechute : En identifiant les répertoires comportementaux sous-développés, les thérapeutes d’orientation cognitivo-comportementale (TCC) peuvent cibler les séances sur l’apprentissage et le renforcement d’habiletés adaptatives déficitaires (entraînement aux compétences sociales, résolution de problèmes, gestion des émotions négatives).
- Surveillance longitudinale et psychoéducation : La passation répétée au fil des étapes de soins (sevrage hospitalier, post-cure, suivi ambulatoire) mesure l’enrichissement du répertoire de coping du patient, servant de support pédagogique pour renforcer le sentiment d’efficacité personnelle.
Applications en recherche
Dans le domaine de la recherche translationnelle et clinique, le CBI constitue une mesure de référence pour étudier les mécanismes médiateurs du changement thérapeutique. Il permet d’évaluer l’efficacité des protocoles d’intervention cognitivo-comportementale (tels que le programme de prévention des rechutes de Marlatt et Gordon) en quantifiant les variations des stratégies adaptatives. En outre, le CBI sert à explorer les profils de trajectoire clinique, en mettant en corrélation la diversité et la flexibilité du coping avec le délai de survie sans rechute (survival analysis), la quantité d’alcool consommée en cas de faux-pas (lapse) et l’adhésion thérapeutique globale.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par le CBI s’ancre dans la conceptualisation du coping défini comme l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux constamment changeants déployés par un individu pour maîtriser, réduire ou tolérer des demandes internes ou externes perçues comme menaçantes ou excédant ses ressources. Dans le contexte de l’alcoolodépendance, la menace principale est le désir impérieux de consommer et la pression des situations à risque.
Le CBI opérationnalise ce construit à travers 36 items se distribuant entre 14 stratégies cognitives et 22 stratégies comportementales. L’analyse structurale a permis d’isoler quatre dimensions fondamentales :
1. Stratégies cognitives positives (Positive Cognitive Coping)
Cette dimension regroupe les processus de pensée orientés vers l’optimisme, l’auto-renforcement et l’anticipation lucide des bénéfices psychologiques, physiques et relationnels procurés par l’abstinence. L’individu s’engage dans un dialogue intérieur constructif pour contrecarrer les rationalisations qui incitent à boire. Exemples emblématiques :
- Penser au fait qu’on se porte bien mieux sans alcool (Item 1 : Thinking about how much better off I am without drink).
- Adopter un mode de pensée positif (Item 4 : Thinking positively).
- Se rappeler la vie épanouissante qu’il est possible de mener sans alcool (Item 26 : Reminding myself of the good life I can have without drink).
- Savoir qu’en ne buvant pas, on peut affronter le regard des autres sans honte (Item 13).
2. Stratégies cognitives négatives (Negative Cognitive Coping)
Contrairement aux stratégies positives, cette dimension repose sur l’évocation délibérée des conséquences désastreuses associées aux épisodes de consommation passés, de la honte ressentie, de la culpabilité envers les proches et des dégradations sanitaires. Cette forme d’ajustement utilise le rappel de la souffrance antérieure comme un levier aversif pour bloquer l’impulsion de consommation :
- Penser aux ennuis et au chaos générés par l’alcool (Item 5 : Thinking of the mess I’ve got myself into through drinking).
- Se remémorer la façon dont on a déçu sa famille et ses amis dans le passé (Item 19 : Remembering how I’ve let my friends and family down in the past).
- Prendre conscience des impacts délétères sur sa propre santé (Item 23 : Realizing it’s affecting my health).
- Réfléchir à l’ensemble du cycle destructeur de l’alcool (Item 9).
3. Évitement comportemental et distraction (Behavioral Avoidance and Distraction)
Cette facette reflète les modifications actives de l’environnement physique et des activités de la personne visant à interrompre la chaîne comportementale menant à l’alcool. Elle inclut l’éloignement physique des stimuli déclencheurs et l’engagement dans des activités alternatives distractives pour détourner l’attention du craving :
- Éviter les lieux où l’on avait l’habitude de consommer (Item 30 : Avoiding places where I drank).
- Laisser son argent à la maison pour s’empêcher d’acheter de l’alcool (Item 10 : Leaving my money at home).
- Aller se promener ou faire du ménage/bricolage à la maison (Item 21 : Going for a walk ; Item 24 : Start doing something in the house).
- Attendre passivement que les débits de boisson et magasins soient fermés (Item 18 : Waiting it out until everything is shut).
4. Recherche de soutien social et comportements alternatifs (Social Coping and Alternative Behaviors)
Cette dimension évalue la capacité active de l’individu à briser l’isolement psychosocial caractéristique de l’assuétude, en s’appuyant sur des réseaux d’aide formels ou informels et en s’entourant de pairs soutenant l’abstinence :
- Fréquenter des groupes d’entraide comme les Alcooliques Anonymes (Item 12 : Going to an A.A. meeting).
- Téléphoner à un ami en situation de vulnérabilité (Item 2 : Telephoning a friend).
- Rechercher exclusivement la compagnie de personnes non consommatrices (Item 3 : Keeping in the company of non-drinkers).
- Renouer contact avec d’anciens compagnons de boisson désormais rétablis (Item 27 : Getting in touch with old drinking friends who are better now).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement du CBI s’inscrit au carrefour de deux courants majeurs de la psychologie contemporaine : la théorie transactionnelle du stress et du coping formulée par Richard Lazarus et Susan Folkman, et le modèle cognitivo-comportemental de la prévention de la rechute théorisé par G. Alan Marlatt et Judith Gordon.
Le modèle transactionnel du coping (Lazarus & Folkman)
Selon Lazarus et Folkman (1984), le coping n’est pas un trait de personnalité immuable, mais un processus dynamique qui résulte d’une évaluation cognitive en deux temps :
- L’évaluation primaire : le sujet apprécie la situation (ici, la survenue d’un état de manque, une dispute conjugale ou la présence dans un bar) comme bénigne, positive ou menaçante pour son abstinence.
- L’évaluation secondaire : le sujet jauge ses ressources disponibles pour neutraliser la menace (« Suis-je capable de refuser un verre ? », « Quelles tactiques puis-je employer ? »).
Le CBI mesure précisément les réponses issues de cette évaluation secondaire, en opérant la distinction cardinale entre les stratégies centrées sur le problème (agir sur l’environnement : fuir les lieux, ne pas prendre d’argent) et les stratégies centrées sur l’émotion ou les cognitions (reformuler la situation, penser positivement, affronter ses affects négatifs).
Le modèle de prévention de la rechute (Marlatt & Gordon)
Publié dans sa forme princeps au début des années 1980, le modèle de Marlatt postule qu’en présence d’une « situation à haut risque » (états émotionnels désagréables, conflits interpersonnels, pression sociale), l’issue dépend de la réponse d’ajustement du sujet :
- Si le patient dispose d’une réponse de coping adaptée, son sentiment d’auto-efficacité (Bandura) s’accroît, réduisant drastiquement la probabilité de consommer.
- Si le patient manque de réponses de coping ou utilise des stratégies inadaptées, son auto-efficacité chute, les attentes d’effets positifs liés à l’alcool augmentent, conduisant au premier verre (lapse), lequel risque d’évoluer en rechute massive (relapse) via l’effet de violation de l’abstinence (EVA).
Gloria Litman et ses collègues ont enrichi cette perspective en démontrant dès leurs publications de 1977 et 1979 que les buveurs qui réussissent à préserver leur sobriété ne sont pas nécessairement ceux qui éprouvent moins de tentations, mais ceux qui possèdent un répertoire de coping plus diversifié, plus flexible et plus résistant à l’épuisement. Le CBI a été conçu pour formaliser et quantifier empiriquement cette armature adaptative.
7. Validité / Validity
Les qualités psychométriques du CBI ont été éprouvées au sein de nombreuses recherches cliniques, démontrant une excellente solidité métrologique.
Validité de contenu et apparente
La validité de contenu a été établie par une démarche inductive rigoureuse lors des travaux préliminaires de Litman (1979). Les 36 items ont été extraits d’entretiens qualitatifs approfondis menés auprès de patients alcoolodépendants hospitalisés et abstinents, invités à décrire verbatim les comportements, astuces et pensées concrètes qu’ils avaient effectivement mis en œuvre pour surmonter des envies critiques de boire. Un panel d’experts en addictologie et psychométrie a ensuite filtré, classé et épuré ces formulations afin de garantir leur clarté, leur représentativité clinique et leur absence d’ambiguïté.
Validité prédictive et de critère
La validité prédictive du CBI représente son atout méthodologique le plus saillant :
- Dans l’étude princeps de Litman et al. (1983), les scores obtenus au CBI lors de la sortie d’hospitalisation prédisaient significativement le statut de consommation à 6 mois et 12 mois. Les patients parvenant à maintenir l’abstinence ou une consommation contrôlée présentaient un répertoire moyen de comportements de coping significativement plus étendu et utilisaient plus fréquemment des stratégies cognitives positives que les rechuteurs.
- Les patients qui s’appuyaient de manière prédominante sur des stratégies d’évitement passif (ex. rester au lit, se cacher) présentaient un risque accru de rechute rapide par rapport à ceux mobilisant des stratégies cognitives actives et du soutien social structuré.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente du CBI est démontrée par ses corrélations positives et statistiquement significatives avec d’autres échelles validées évaluant les ressources d’adaptation et le sentiment d’efficacité personnelle face à l’alcool :
- Corrélations positives modérées à fortes (r = 0,45 à 0,68, p < 0,001) avec l’échelle d’auto-efficacité pour l’abstinence alcoolique (Alcohol Abstinence Self-Efficacy Scale [AASE] de DiClemente et al.).
- Corrélations convergentes avec le Situational Confidence Questionnaire (SCQ-39) d’Annis : les sujets présentant un répertoire riche au CBI expriment une confiance supérieure dans leur capacité à refuser de boire lors de situations de détresse psychologique.
- La validité discriminante est attestée par de faibles corrélations avec des mesures de traits de personnalité non spécifiques (comme le névrosisme de l’EPQ d’Eysenck), confirmant que l’instrument capte des réponses adaptatives situationnelles mobilisables et non une réactivité émotionnelle passive.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité du CBI indique une précision de mesure remarquable à travers divers échantillons cliniques de patients alcoolodépendants (ambulatoires, hospitalisés en unité de désintoxication ou membres de groupes d’entraide).
Cohérence interne (Consistance interne)
Les estimations de la consistance interne au moyen de l’indice Alpha de Cronbach mettent en évidence une grande homogénéité des items :
- Échelle totale (36 items) : les coefficients alpha se situent régulièrement entre 0,88 et 0,93, attestant d’une excellente cohésion d’ensemble de l’inventaire.
- Sous-échelle Cognitive Positive : coefficients alpha compris entre 0,82 et 0,87.
- Sous-échelle Cognitive Négative : coefficients alpha compris entre 0,79 et 0,84.
- Sous-échelle Évitement / Distraction : coefficients alpha compris entre 0,76 et 0,82.
- Sous-échelle Soutien Social : coefficients alpha compris entre 0,78 et 0,85.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été examinée sur des intervalles de deux à quatre semaines chez des sujets stables en phase de maintien de l’abstinence sans modification substantielle de traitement. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de Pearson se situent entre r = 0,74 et r = 0,86 pour l’ensemble des sous-échelles. Cette stabilité est jugée optimale : elle démontre une constance suffisante pour assurer la fiabilité de la mesure, tout en conservant la sensibilité au changement clinique requise pour évaluer le gain thérapeutique suite à un programme d’apprentissage du coping.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La configuration factorielle du Coping Behaviours Inventory a fait l’objet d’explorations initiales par analyse factorielle exploratoire (AFE), puis de confirmations par modélisation en équations structurales (AFC).
Analyse factorielle exploratoire princeps (Litman et al., 1983)
Dans l’échantillon initial composé de patients hospitalisés pour dépendance à l’alcool, les réponses aux 36 items ont été soumises à une extraction en composantes principales suivie d’une rotation varimax orthogonale et oblimin oblique. Les critères de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0) et l’examen du diagramme d’éboulis de Cattell ont mis en lumière une organisation claire en quatre facteurs prépondérants expliquant une proportion substantielle de la variance totale :
- Facteur 1 : Pensée positive et valorisation de soi (Positive Cognitive Coping) — regroupe les items liés à la lucidité sur le mieux-être acquis, la fierté retrouvée et l’espoir d’avenir (poids factoriels variant de 0,48 à 0,76).
- Facteur 2 : Évocation négative des conséquences et auto-reproches (Negative Cognitive Coping) — rassemble les items axés sur la mémoire des dommages sanitaires, familiaux et sociaux causés par les ivresses antérieures (saturations factorielles entre 0,44 et 0,72).
- Facteur 3 : Restructuration comportementale et diversion (Distraction and Behavioral Diversion) — s’articule autour des actions concrètes de substitution immédiate : marche, travaux ménagers, repas copieux, évitement physique des débits de boisson (saturations entre 0,41 et 0,69).
- Facteur 4 : Recherche active d’aide sociale et affiliation (Social Support Coping) — isole les conduites d’appel à l’aide, réunions d’entraide (Alcooliques Anonymes), prise de contact avec des personnes abstinentes (saturations entre 0,52 et 0,78).
Analyses factorielles confirmatoires ultérieures
Les études de réplication menées dans différents pays (notamment les adaptations américaine et européenne) ont testé l’adéquation de modèles concurrents. Les résultats confirment la supériorité statistique d’un modèle hiérarchique à 4 facteurs corrélés ou d’un modèle bifactoriel (un facteur général d’effort d’ajustement global combiné aux quatre facteurs spécifiques), avec des indices d’adéquation robustes : Comparative Fit Index (CFI) > 0,91, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,90 et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,06.
10. Instrument de mesure / Instrument
Les caractéristiques matérielles et techniques du CBI se déclinent comme suit :
- Nature de l’épreuve : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (hétéro-évaluation possible sous forme d’entretien semi-structuré pour les patients présentant des difficultés de lecture).
- Nombre d’items : 36 items explorant 14 options cognitives et 22 options comportementales.
- Durée d’administration : Environ 10 à 15 minutes.
- Public cible : Adultes et adolescents présentant un trouble de l’usage de l’alcool (léger, modéré ou sévère), en cours de sevrage, en cure de réhabilitation ou engagés dans un suivi post-cure.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale originale en 4 points :
• 0 = Habituellement (Usually)
• 1 = Souvent (Often)
• 2 = Parfois (Sometimes)
• 3 = Jamais (Never) - Cotation et calcul des scores :
Dans l’article original de Litman et al. (1983), les réponses sont codées de 0 à 3 comme indiqué ci-dessus. Toutefois, pour faciliter la compréhension clinique intuitive (où un score plus élevé reflète une plus grande fréquence d’utilisation des stratégies de coping), de nombreuses études contemporaines procèdent à l’inversion du codage : 0 = Jamais, 1 = Parfois, 2 = Souvent, 3 = Habituellement.
Les cliniciens peuvent calculer :- Un score global de coping par sommation des 36 items (allant de 0 à 108 en cotation inversée).
- Des scores dimensionnels correspondant à chacune des 4 sous-échelles factorielles.
- Un score de diversité du répertoire, en comptabilisant le nombre total de stratégies distinctes utilisées au moins « Souvent » ou « Habituellement ».
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 1983.
- Droit d’auteur / Copyright : Détenu originellement par les auteurs (Gloria K. Litman, John Stapleton, Abraham N. Oppenheim, Michal Peleg) et la Society for the Study of Addiction (publié dans le British Journal of Addiction, actuellement Addiction, édité par John Wiley & Sons).
- Statut d’accès et tarif : Le questionnaire relève du domaine de la recherche biomédicale ouverte. Il est accessible sans frais de redevance (royalty-free) à des fins de recherche académique, de travaux doctoraux et de pratique clinique non commerciale. L’instrument est également archivé et accessible sur le portail de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (EUDA / ancien EMCDDA).
- Conditions d’utilisation : Citation formelle de l’article princeps de 1983 dans toute publication scientifique, mémoire ou protocole d’étude clinique faisant usage des items ou de la méthodologie de l’échelle.
12. Références / References
Les travaux scientifiques fondateurs et études de référence associées au CBI sont les suivants :
- Bandura, A. (1977). Self-efficacy: Toward a unifying theory of behavioral change. Psychological Review, 84(2), 191–215. https://doi.org/10.1037/0033-295X.84.2.191
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Litman, G. K., Eiser, J. R., Rawson, N. S., & Oppenheim, A. N. (1977). Towards a typology of relapse: A factor-analytic study of whether, when and why alcoholics relapse. British Journal of Addiction to Alcohol & Other Drugs, 72(2), 157–168. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.1977.tb00673.x
- Litman, G. K., Eiser, J. R., Rawson, N. S., & Oppenheim, A. N. (1979). Differences in relapse precipitants and coping behaviour between alcohol relapsers and survivors. Behaviour Research and Therapy, 17(2), 89–94. https://doi.org/10.1016/0005-7967(79)90018-9
- Litman, G. K., Stapleton, J., Oppenheim, A. N., & Peleg, M. (1983). An instrument for measuring coping behaviours in hospitalized alcoholics: Implications for relapse prevention treatment. British Journal of Addiction, 78(3), 269–276. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.1983.tb02511.x
- Marlatt, G. A., & Gordon, J. R. (Eds.). (1985). Relapse prevention: Maintenance strategies in the treatment of addictive behaviors. Guilford Press.
- Moser, A. E., & Annis, H. M. (1996). The role of coping in relapse crisis outcome among substance abusers. Addiction Research, 4(3), 241–254. https://doi.org/10.3109/16066359609005574
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
0 = Usually
1 = Often
2 = Sometimes
3 = Never
- Thinking about how much better off I am without drink .
- Telephoning a friend
- Keeping in the company of non-drinkers
- Thinking positively
- Thinking of the mess I’ve got myself into through drinking
- Stopping to examine my motives and eliminating the false ones
- Thinking of the promises I’ve made to others
- Staying indoors – hiding
- Pausing and really thinking the whole alcoholic cycle through
- Leaving my money at home
- Recognizing that life is no bed of roses but drink is not the answer
- Going to an A.A. meeting
- Knowing that by not drinking I can show my face again without fear of what others will think
- Cheering myself up by buying myself something special instead
- Facing up to my bad feelings instead of trying to drown them .
- Working harder
- Realizing it’s just not worth it
- Waiting it out until everything is shut
- Remembering how I’ve let my friends and family down in the past.
- Keeping away from people who drink
- Going for a walk
- Looking on the bright side and trying to stop making excuses for myself
- Realizing it’s affecting my health
- Start doing something in the house
- Considering the effect it will have on my family
- Reminding myself of the good life I can have without drink
- Getting in touch with old drinking friends who are better now
- Making up my mind that I’m going to stop playing games with myself
- Eating a good meal
- Avoiding places where I drank
- Thinking about all the people who have helped me 3
- Saying I am well and wish to stay so
- Going to sleep
- Remembering how it has affected my family
- Forcing myself to go to work
- Trying to face life instead of avoiding it.