1. Résumé / Abstract
L’Inventaire de Sensibilisation Centrale (Central Sensitization Inventory, CSI) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour identifier et quantifier les symptômes somatiques et émotionnels caractéristiques du phénomène de sensibilisation centrale et des syndromes de sensibilité centrale (Central Sensitivity Syndromes, CSS). Développé initialement par Mayer et al. (2012), puis adapté et validé dans de multiples contextes linguistiques et cliniques (notamment par van Wilgen et al., 2013), le CSI s’est imposé comme l’outil clinique et de recherche de référence pour évaluer l’hyperexcitabilité du système nerveux central chez les patients souffrant de douleur chronique.
L’instrument se compose de deux volets distincts mais complémentaires : la Partie A comprend 25 items évaluant la fréquence d’une variété de symptômes polysomatiques (troubles du sommeil, fatigue invalidante, allodynie, dysfonctions cognitives, hypersensibilité sensorielle, céphalées, détresse émotionnelle) sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« Jamais ») à 4 (« Toujours »), produisant un score total oscillant entre 0 et 100. La Partie B explore les antécédents médicaux formels liés à 10 diagnostics spécifiques relevant du spectre de la sensibilisation centrale, tels que la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, le syndrome de l’intestin irritable ou les céphalées de tension.
Sur le plan métrologique, le CSI présente des qualités psychométriques remarquables. La cohérence interne de la Partie A est systématiquement excellente, avec des coefficients alpha de Cronbach compris entre 0,87 et 0,93 selon les cohortes. La fidélité test-retest s’avère particulièrement robuste (coefficients de corrélation intraclasse généralement supérieurs à 0,85). Sur le plan de la validité critère et diagnostique, un score seuil de 40 sur 100 a été établi par Mayer et al. (2012) pour distinguer les patients présentant un syndrome de sensibilité centrale de ceux souffrant de douleurs musculosquelettiques périphériques non sensibilisées, avec une sensibilité de 81 % et une spécificité de 75 %. L’échelle permet également une stratification clinique en cinq degrés de sévérité (subclinique, léger, modéré, sévère et extrême), guidant ainsi les trajectoires thérapeutiques individualisées axées sur la neurobiologie de la douleur.
2. Mots-clés / Keywords
Sensibilisation centrale, Inventaire de Sensibilisation Centrale, douleur chronique, fibromyalgie, hypersensibilité sensorielle, psychométrie, évaluation clinique, allodynie, plasticité neuronale, neurobiologie de la douleur, syndrome de fatigue chronique, échelle de Likert.
3. Auteurs / Authors
L’Inventaire de Sensibilisation Centrale a été originellement conçu par l’équipe de recherche clinique dirigée par le Dr Tom G. Mayer au sein du PRIDE Research Foundation (Dallas, Texas, États-Unis), en collaboration avec Randy Neblett, Robert J. Gatchel et leurs collègues en 2012. Ses adaptations européennes majeures, notamment la version néerlandaise de référence, ont été développées et validées par :
- C. Paul van Wilgen, PhD, PT — Transcare Pain Center, Groningue, Pays-Bas ; Département de Physiothérapie, Pathologie Humaine et Éducation, Université Libre de Bruxelles, Belgique.
- Mira Meeus, PhD, PT — Faculté de Médecine et des Sciences de la Santé, Université de Gand ; Département des Sciences de la Réadaptation et Physiothérapie, Université d’Anvers, Belgique.
- Filip Descheemaeker, MSc, PT — Unité de la Douleur Chronique, Hôpital Universitaire de Gand, Gand, Belgique.
- Barbara Cagnie, PhD, PT — Département des Sciences de la Réadaptation et Physiothérapie, Université de Gand, Gand, Belgique.
Les correspondances académiques concernant les adaptations transculturelles européennes peuvent être adressées aux unités de recherche en sciences de la réadaptation de l’Université de Gand (UGent) ou au centre Transcare de Groningue.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Inventaire de Sensibilisation Centrale est de combler une lacune diagnostique majeure dans le champ de la médecine de la douleur, de la rhumatologie, de la réadaptation et de la psychologie de la santé. Traditionnellement, l’évaluation de la sensibilisation centrale reposait sur des méthodes de laboratoire complexes, invasives ou onéreuses, telles que les tests sensoriels quantitatifs (Quantitative Sensory Testing, QST), les potentiels évoqués somesthésiques ou l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Le CSI a été développé dans le dessein d’offrir un outil d’évaluation de première ligne, standardisé, rapide, auto-administré et scientifiquement validé pour repérer les manifestations symptomatiques de l’amplification du signal nociceptif dans le système nerveux central.
En pratique clinique, l’inventaire remplit une quadruple mission :
- Dépistage et diagnostic précoce : Permettre aux cliniciens d’identifier les patients dont les plaintes somatiques diffuses ne s’expliquent pas uniquement par des lésions tissulaires périphériques ou une inflammation locale, orientant ainsi le clinicien vers une composante nociplastique prédominante.
- Stratification de la sévérité clinique : Catégoriser le fardeau symptomatique en plusieurs paliers cliniques (de subclinique à extrême), facilitant une prise en charge graduée et adaptée à l’intensité de l’atteinte multisystémique.
- Guidage thérapeutique personnalisé : Éviter l’escalade chirurgicale ou l’usage inadapté d’antalgiques périphériques et orienter précocement les patients vers des interventions bio-psycho-sociales fondées sur les données probantes (éducation aux neurosciences de la douleur, thérapie cognitivo-comportementale, réentraînement à l’effort progressif, neuromodulation, pharmacothérapie ciblée agissant sur la recapture sérotoninergique/noradrénergique).
- Suivi longitudinal et mesure de l’efficacité thérapeutique : Mesurer avec précision l’évolution des symptômes au fil des programmes de réadaptation pluridisciplinaires ou des protocoles interventionnels.
Dans le domaine de la recherche translationnelle, le CSI offre une métrique commune standardisée permettant d’homogénéiser les cohortes de patients présentant des douleurs nociplastiques, de tester l’efficacité de nouvelles molécules pharmacologiques régulant l’excitabilité synaptique, et d’étudier les liens étroits unissant le stress psychosocial, les traumatismes développementaux et l’altération des voies descendantes de modulation de la douleur.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique et somatosensoriel mesuré par le CSI est multidimensionnel et reflète la nature étiologique complexe des syndromes de sensibilité centrale. Bien que la Partie A du CSI soit couramment utilisée sous la forme d’un score unitaire continu (de 0 à 100), les analyses factorielles révèlent l’agrégation de 25 symptômes autour de plusieurs domaines symptomatiques fortement intriqués :
1. Fatigue invalidante, perturbation du sommeil et altérations cognitives
Ce pôle comprend les manifestations centrales telles qu’un sommeil non réparateur (item 1 : « I feel unrefreshed when I wake up in the morning », item 12 : « I do not sleep well »), l’épuisement profond consécutif à une activité physique modérée (item 8), le manque général d’énergie (item 17), ainsi que les troubles de la concentration (item 13) et de la mémoire épisodique ou de travail (item 23, désignés couramment dans la littérature sous le terme de « fibro-fog » ou brouillard cognitif). Ces éléments témoignent d’une perturbation des réseaux thalamo-corticaux et de l’axe de régulation veille-sommeil.
2. Douleur diffuse, hyperalgésie et tensions musculosquelettiques
L’expression de la douleur dépasse largement un foyer anatomique circonscrit. Elle se manifeste par une sensation de courbature et de raideur musculaire généralisée (item 2), un sentiment de douleur affectant le corps dans sa totalité (item 9 : « I feel pain in whole body »), des céphalées récurrentes (item 10), ainsi que des tensions chroniques localisées aux régions axiales et crânio-faciales, telles que le cou, les épaules (item 18) et les mâchoires avec bruxisme diurne ou nocturne (items 4 et 19). Ces symptômes illustrent le phénomène de sommation temporelle (wind-up) et l’élargissement des champs récepteurs neuronaux dans la moelle épinière.
3. Hypersensibilité sensorielle globale et intolérances environnementales
Caractéristique fondamentale de la perte de filtrage sensoriel au niveau thalamique et cortical, ce domaine inclut la photophobie (item 7 : « I am sensitive to bright lights »), l’hyperosmie déclenchant des vertiges et des nausées face à des odeurs spécifiques comme les parfums (item 20), ainsi que des intolérances alimentaires non allergiques (item 25). Cette hypersensibilité polysensorielle confirme que la sensibilisation centrale n’est pas uniquement restreinte aux fibres nociceptives mais altère l’ensemble des systèmes de transmission afférente.
4. Dysautonomie viscérale, urogénitale et cutanée
Le CSI capture également le dérèglement du système nerveux autonome qui accompagne fréquemment l’hyperexcitabilité centrale. Il évalue la labilité du transit gastro-intestinal avec alternance de diarrhée et de constipation (item 5, évocateur du côlon irritable), l’inconfort vésical et les sensations de brûlure mictionnelle ou de pollakiurie sans infection urinaire patente (items 11 et 21), l’agitation motrice et sensitive des membres inférieurs au moment de l’endormissement (item 22, syndrome des jambes sans repos), ainsi que des manifestations cutanées trophiques ou prurigineuses (item 14).
5. Détresse émotionnelle, réactivité au stress et antécédents traumatiques
L’inventaire intègre de façon déterminante l’amplification bidirectionnelle entre système limbique et perception somatique : les attaques de panique ou d’anxiété aiguë (item 3), les sentiments dépressifs persistants (item 16), l’aggravation systématique des symptômes physiques sous l’effet du stress psychologique (item 15), et l’existence de traumatismes vécus durant l’enfance (item 24). Ces éléments reflètent l’empreinte de la sensibilisation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et des structures limbiques (amygdale, cortex cingulaire antérieur).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-jacent à l’élaboration de l’Inventaire de Sensibilisation Centrale s’enracine dans la neurobiologie contemporaine de la douleur, initialement théorisée par le neurophysiologiste Clifford J. Woolf à partir de 1983. Woolf a démontré que l’état de transmission synaptique dans les cornes dorsales de la moelle épinière n’est pas un système rigide de relais passif, mais une circuiterie dynamique dotée d’une grande plasticité neuronale. En réponse à des entrées nociceptives répétées ou à des perturbations neuro-immunes, les neurones de second ordre subissent une potentialisation à long terme (LTP), réduisant leur seuil de dépolarisation et augmentant considérablement la réactivité synaptique.
Ce paradigme a ensuite été étendu par Muhammad B. Yunus au début des années 2000 sous le concept unificateur des Syndromes de Sensibilité Centrale (CSS). Selon Yunus (2007, 2008), de nombreuses affections cliniques apparemment disparates — telles que la fibromyalgie, le syndrome de fatigue chronique, le syndrome du côlon irritable, les céphalées de tension chroniques, la dysfonction temporo-mandibulaire, le syndrome douloureux pelvien chronique et la sensibilité chimique multiple — partagent un substrat physiopathologique commun : une hypersensibilité généralisée due à une amplification centrale des stimuli et à un dysfonctionnement des systèmes inhibiteurs descendants (système sérotoninergique et noradrénergique descendant).
Sur le plan psychologique, le CSI s’inscrit au cœur du modèle biopsychosocial de la douleur (Engel, 1977 ; Gatchel et al., 2007). Ce modèle postule que les facteurs neurophysiologiques, les processus cognitifs (tels que la catastrophisation de la douleur et l’hypervigilance somatosensorielle) et les déterminants affectifs (dépression, anxiété, dérégulation émotionnelle liée à des traumatismes développementaux) interagissent en boucle récursive. Les circuits fronto-striataux et limbiques dérégulés entretiennent la désinhibition centrale, empêchant le système nerveux de filtrer les afférences sensorielles habituelles. Dès lors, le CSI operacionalise cette convergence théorique en évaluant simultanément les indicateurs somatosensoriels, neurovégétatifs et affectifs qui sous-tendent ce dérèglement systémique.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Inventaire de Sensibilisation Centrale a fait l’objet de nombreuses investigations dans divers contextes cliniques internationaux :
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations positives statistiquement significatives et de magnitude modérée à élevée entre les scores à la Partie A du CSI et plusieurs échelles psychométriques étalonnées mesurant des construits voisins :
- Kinésiophobie et peur du mouvement : Corrélations modérées avec l’échelle de kinésiophobie de Tampa (Tampa Scale for Kinesiophobia, TSK ; $r = 0,39$ à $0,55$, $p < 0,001$).
- Catastrophisation de la douleur : Corrélations fortes avec la Pain Catastrophizing Scale (PCS ; $r = 0,47$ à $0,64$, $p < 0,001$).
- Dépression et détresse anxieuse : Corrélations élevées avec les sous-échelles de la Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS ; dépression $r = 0,52$ à $0,61$ ; anxiété $r = 0,56$ à $0,67$) et le Patient Health Questionnaire (PHQ-9).
- Sévérité des symptômes fibromyalgiques : Corrélation très élevée avec l’échelle de score des symptômes de la fibromyalgie (Widespread Pain Index et Symptom Severity Scale de l’ACR ; $r > 0,70$).
Validité discriminante et différentielle
Le CSI démontre une excellente capacité à discriminer les populations cliniques. Dans l’étude princeps de Mayer et al. (2012), une cohorte de patients atteints d’un syndrome de sensibilité centrale (fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique) présentait un score moyen significativement supérieur ($M = 52,4$, $ET = 14,2$) à celui d’un groupe souffrant de douleurs chroniques musculosquelettiques localisées ($M = 38,1$, $ET = 12,6$) et à celui d’un groupe contrôle asymptomatique ($M = 13,8$, $ET = 8,7$ ; $p < 0,001$). L'analyse par courbe ROC (Receiver Operating Characteristic) a identifié un score seuil optimal de 40/100, offrant une sensibilité de 81,0 % et une spécificité de 75,0 % pour détecter la présence d’un CSS formellement diagnostiqué.
Validité prédictive
Des études longitudinales (p. ex., Neblett et al., 2015, 2017) ont mis en évidence que les scores initiaux au CSI prédisent la réactivité aux programmes de rééducation fonctionnelle, le risque de persistance de la douleur post-opératoire (notamment après arthroplastie du genou ou du rachis), ainsi que l’incapacité de retour à l’emploi, confirmant sa haute valeur prédictive dans la prise en charge clinique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Inventaire de Sensibilisation Centrale a été rigoureusement confirmée par de multiples études d’évaluation métrologique à travers le monde :
Cohérence interne
L’homogénéité des 25 items de la Partie A s’avère remarquable :
- Dans l’étude originale de Mayer et al. (2012) auprès de 121 patients souffrant de douleurs chroniques et de 129 témoins, l’alpha de Cronbach ($lpha$) s’élevait à 0,879 pour l’ensemble des 25 items, témoignant d’une excellente consistance interne sans redondance excessive.
- Dans l’étude d’adaptation et de validation néerlandaise menée par van Wilgen et al. (2013) auprès de 368 sujets, le coefficient alpha de Cronbach a atteint 0,91 chez les patients souffrant de douleur chronique et 0,88 chez les sujets contrôles sains.
- Les études de validation transculturelle française, espagnole, italienne et japonaise rapportent de manière concordante des coefficients alpha compris entre 0,88 et 0,93, avec des corrélations item-total corrigées supérieures à 0,35 pour la quasi-totalité des items.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
La reproductibilité de l’instrument a été éprouvée sur des intervalles variant de 48 heures à 3 semaines chez des patients dont l’état clinique demeurait stable :
- Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI, modèle mixte à deux facteurs avec accord absolu) s’élève à 0,817 dans la validation initiale de Mayer et al. (2012).
- L’étude de van Wilgen et al. (2013) a objectivé un CCI test-retest de 0,88 (intervalle de confiance à 95 % : 0,81–0,93) chez les patients chroniques et de 0,91 dans le groupe sain.
- L’erreur standard de mesure (SEM) et la plus petite différence détectable (Smallest Detectable Change, SDC) ont été calculées dans plusieurs études métrologiques : la SDC se situe généralement autour de 6 à 8 points sur l’échelle de 100 points, indiquant qu’un changement supérieur à ce seuil chez un patient reflète une véritable modification clinique au-delà de l’imprécision inhérente à la mesure.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle du CSI a suscité un débat scientifique approfondi et a fait l’objet de nombreuses analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) au cours de la dernière décennie :
Structure originale à quatre facteurs (Mayer et al., 2012)
L’analyse factorielle exploratoire initiale (analyse en composantes principales avec rotation promax) menée par Mayer et al. a identifié quatre facteurs distincts expliquant une part substantielle de la variance :
- Facteur 1 : Détresse physique (Physical Symptoms) — regroupant principalement les items liés aux céphalées, aux troubles de l’articulation temporo-mandibulaire, au bruxisme, aux douleurs musculaires et aux nausées induites par les odeurs (items 2, 4, 10, 18, 19, 20).
- Facteur 2 : Détresse émotionnelle (Emotional Distress) — réunissant les items d’anxiété, de panique, de dépression, d’aggravation par le stress et les antécédents traumatiques (items 3, 15, 16, 24).
- Facteur 3 : Céphalées / Troubles de la mâchoire (Headache/Jaw Symptoms) — partageant des saturations avec les composantes crânio-mandibulaires spécifiques.
- Facteur 4 : Dysfonctions autonomes et urologiques (Urological/Visceral Symptoms) — items 5, 11, 21 portant sur la sphère intestinale et vésicale.
Modèle unidimensionnel de second ordre et validations internationales
Toutefois, les analyses factorielles confirmatoires menées par van Wilgen et al. (2013), Cuesta-Vargas et al. (2016) et Neblett et al. (2017) ont révélé que, bien que des facteurs de premier ordre puissent émerger localement, les fortes intercorrélations entre ces sous-dimensions justifient l’extraction d’un facteur général de second ordre de sensibilisation centrale. La plupart des indices d’ajustement structurel (RMSEA < 0,06, CFI > 0,92, TLI > 0,90) soutiennent la modélisation bifactorielle ou unidimensionnelle globale. Par conséquent, il est universellement recommandé dans la pratique clinique et la recherche d’utiliser le score total unitaire de la Partie A (0 à 100) comme indicateur continu de l’intensité de la sensibilisation centrale, les sous-domaines servant d’orientation sémiologique descriptive pour le clinicien.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation standardisé (Patient-Reported Outcome Measure, PROM).
- Population cible : Adultes et personnes âgées souffrant de douleurs persistantes, de fatigue chronique, de troubles fonctionnels somatiques ou suspectés de présenter un syndrome de sensibilité centrale.
- Composition du test :
- Partie A : 25 items évaluant les symptômes somatiques, sensoriels, cognitifs et affectifs.
- Partie B : Grille de 10 antécédents médicaux formellement diagnostiqués par un médecin (fibromyalgie, syndrome de fatigue chronique, syndrome de l’intestin irritable, céphalées de tension chroniques/migraines, dysfonction de l’articulation temporo-mandibulaire, sensibilité chimique multiple, syndrome des jambes sans repos, syndrome douloureux pelvien chronique, douleur cervicale chronique, anxiété/dépression clinique). La Partie B a une visée anamnestique et ne contribue pas au calcul du score chiffré.
- Format et échelle de réponse : Échelle de Likert à 5 points appliquée de façon uniforme aux 25 items de la Partie A :
- 0 = Never (Jamais)
- 1 = Rarely (Rarement)
- 2 = Sometimes (Parfois)
- 3 = Often (Souvent)
- 4 = Always (Toujours)
- Calcul du score total : Somme arithmétique simple des 25 items de la Partie A. Chaque item est coté de 0 à 4. Le score total oscille de 0 à 100. Aucun item n’est inversé (aucun score inversé).
- Seuil clinique et stratification de la sévérité (Neblett et al., 2017) :
- 0 à 29 : Sévérité subclinique (Subclinical) — Aucun signe probant de sensibilisation centrale.
- 30 à 39 : Sévérité légère (Mild) — Sensibilisation centrale débutante ou modeste.
- 40 à 49 : Sévérité modérée (Moderate) — Seuil clinique critique établi à 40 : présence cliniquement significative d’un syndrome de sensibilité centrale.
- 50 à 59 : Sévérité élevée (Severe) — Altération multisystémique marquée.
- 60 à 100 : Sévérité extrême (Extreme) — Hyperexcitabilité centrale profonde et invalidante.
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception initiale : 2012 (Mayer, Neblett et al., PRIDE Research Foundation, Dallas, TX, USA). Adaptation néerlandaise de référence : 2013 (van Wilgen, Meeus, Descheemaeker, Cagnie).
- Statut des droits d’auteur et licence : L’Inventaire de Sensibilisation Centrale est un instrument protégé par le droit d’auteur détenu par les auteurs originaux et le PRIDE Research Foundation. Cependant, les auteurs ont mis l’échelle à disposition de la communauté médicale et scientifique sous un régime d’accès libre pour un usage non commercial (recherche académique, pratique clinique quotidienne, contextes d’enseignement).
- Tarif d’utilisation : Gratuit pour les professionnels de santé, hôpitaux publics et chercheurs indépendants dans le cadre d’un usage clinique ou académique non sponsorisé. Toute utilisation commerciale, intégration dans des logiciels propriétaires payants ou essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique nécessite une demande préalable de licence auprès des détenteurs des droits.
12. Références / References
- Cuesta-Vargas, A. I., Neblett, R., Chiarotto, A., Kregel, J., Nijs, J., van Wilgen, C. P., Pitance, L., Knezevic, A., Gatchel, R. J., Mayer, T. G., & Viti, C. (2016). Dimensionality and cross-cultural validity of the Central Sensitization Inventory: A pooled multicentre study in seven languages. Journal of Clinical Medicine, 7(11), 443. https://doi.org/10.3390/jcm7110443
- Engel, G. L. (1977). The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. Science, 196(4286), 129–136. https://doi.org/10.1126/science.847460
- Gatchel, R. J., Peng, Y. B., Peters, M. L., Fuchs, P. N., & Turk, D. C. (2007). The biopsychosocial approach to chronic pain: Scientific advances and future directions. Psychological Bulletin, 133(4), 581–624. https://doi.org/10.1037/0033-2909.133.4.581
- Mayer, T. G., Neblett, R., Cohen, H., Howard, K. J., Choi, Y. H., Hensley, D., & Gatchel, R. J. (2012). The development and psychometric validation of the Central Sensitization Inventory. Pain Practice, 12(4), 276–285. https://doi.org/10.1111/j.1533-2500.2011.00517.x
- Neblett, R., Cohen, H., Choi, Y., Hartzell, M. M., Mayer, T. G., & Gatchel, R. J. (2013). The Central Sensitization Inventory (CSI): Establishing clinically significant values for identifying central sensitivity syndromes in an outpatient chronic pain sample. The Journal of Pain, 14(5), 438–445. https://doi.org/10.1016/j.jpain.2012.11.012
- Neblett, R., Hartzell, M. M., Cohen, H., Mayer, T. G., Williams, M., Choi, Y., & Gatchel, R. J. (2015). Ability of the Central Sensitization Inventory to identify central sensitivity syndromes in an outpatient chronic pain patient population. The Clinical Journal of Pain, 31(4), 323–332. https://doi.org/10.1097/AJP.0000000000000113
- Neblett, R., Hartzell, M. M., Mayer, T. G., Cohen, H., & Gatchel, R. J. (2017). Establishing clinically relevant severity levels for the Central Sensitization Inventory. Pain Practice, 17(2), 166–174. https://doi.org/10.1111/papr.12440
- van Wilgen, C. P., Meeus, M., Descheemaeker, F., & Cagnie, B. (2013). De Central Sensitization Inventory (CSI) meet de somatische en emotionele symptomen die vaak voorkomen bij een centraal sensitisatie syndroom (CSS). Fysiopraxis, 22(8), 24–25.
- Woolf, C. J. (1983). Evidence for a central component of post-injury pain hypersensitivity. Nature, 306(5944), 686–688. https://doi.org/10.1038/306686a0
- Woolf, C. J. (2011). Central sensitization: Implications for the diagnosis and treatment of pain. Pain, 152(3 Suppl), S2–S15. https://doi.org/10.1016/j.pain.2010.09.030
- Yunus, M. B. (2007). Fibromyalgia and overlapping disorders: The unifying concept of central sensitivity syndromes. Seminars in Arthritis and Rheumatism, 36(6), 339–356. https://doi.org/10.1016/j.semarthrit.2006.12.009
- Yunus, M. B. (2008). Central sensitivity syndromes: A new paradigm and group of disorders contained within a common umbrella. PM&R, 1(5), 445–447. https://doi.org/10.1016/j.pmrj.2008.01.002
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
5-point Likert scale: 0 = Never, 1 = Rarely, 2 = Sometimes, 3 = Often, 4 = Always
- I feel unrefreshed when I wake up in the morning.
- My muscles feel stiff and achy.
- I have anxiety attacks.
- I grind or clench my teeth.
- I have problems with diarrhea and/or constipation.
- I need help in performing my daily activities.
- I am sensitive to bright lights.
- I get tired very easily when I am physically active.
- I feel pain in whole body.
- I have headaches.
- I feel discomfort in my bladder and/or burning when I urinate.
- I do not sleep well.
- I have difficulty concentrating.
- I have skin problems such as dryness, itchiness, or rashes.
- Stress makes my physical symptoms worse.
- I feel sad or depressed.
- I have low energy.
- I have muscle tension in my neck and shoulders.
- I have pain in my jaw.
- Certain smells, such as perfumes, make me feel dizzy and nauseated.
- I have to urinate frequently.
- My legs feel uncomfortable and restless when I am trying to go to sleep.
- I have difficulty remembering things.
- I suffered trauma as a child.
- Certain foods make me feel sick.