1. Résumé / Abstract
L’Inventaire de nomination par les pairs modifié (Modified Peer Nomination Inventory, MPNI) est un instrument sociométrique de référence développé par David G. Perry, Sally J. Kusel et Louise C. Perry en 1988, à partir des travaux sociométriques séminaux de Jerry S. Wiggins et C. L. Winder (1961). Cet instrument a été conçu pour évaluer de manière robuste, écologique et objective les dynamiques interpersonnelles au sein des groupes d’enfants et d’adolescents en contexte scolaire. Contrairement aux mesures auto-rapportées couramment sujettes aux biais de désirabilité sociale ou aux erreurs de perception de soi, le MPNI s’appuie sur la méthode du jugement par les pairs (peer nomination), qui capitalise sur l’agrégation de multiples observateurs quotidiens issus du même groupe de référence (la classe).
Le questionnaire comprend 25 items évaluant les comportements d’agression, les expériences de victimisation ainsi que des compétences sociales et physiques servant d’items distracteurs et positifs. Les deux dimensions psychométriques centrales sont l’échelle de victimisation (7 items ciblant les agressions physiques, verbales et relationnelles subies) et l’échelle d’agression (7 items évaluant l’agressivité proactive, réactive, physique et verbale). Le format de passation requiert que chaque élève parcoure la liste de ses pairs de classe et appose une marque sous les noms des camarades correspondant au comportement énoncé dans chaque item, en s’excluant obligatoirement lui-même.
D’un point de vue psychométrique, le MPNI affiche une consistance interne exceptionnelle, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant régulièrement entre 0,85 et 0,95 selon les échantillons d’âge scolaire élémentaire et secondaire. La fidélité test-retest à plusieurs mois d’intervalle démontre une remarquable stabilité temporelle des statuts de victime et d’agresseur (r compris entre 0,65 et 0,85). Les analyses factorielles confirmatoires corroborent une distinction nette entre l’agression et la victimisation, tout en permettant d’identifier une sous-population clinique hautement vulnérable : les victimes agressives (ou agresseurs-victimes). L’instrument est largement utilisé en psychologie du développement, en victimologie scolaire et dans l’évaluation des programmes de prévention du harcèlement.
2. Mots-clés / Keywords
Inventaire de nomination par les pairs modifié, sociométrie, victimisation par les pairs, agression entre pairs, harcèlement scolaire, évaluation par les pairs, psychométrie développementale, relations entre pairs, statut sociométrique, psychologie de l’enfant, comportement prosocial, intimidation en milieu scolaire.
3. Auteurs / Authors
L’adaptation et la validation psychométrique contemporaine de l’instrument ont été conduites par l’équipe de recherche de la Florida Atlantic University :
- David G. Perry, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie, Département de psychologie, Florida Atlantic University, Boca Raton, Floride, États-Unis. Spécialiste international du développement social de l’enfant, des dynamiques d’agression et de la victimisation entre pairs. Courriel : [email protected].
- Sally J. Kusel — Chercheuse au Département de psychologie, Florida Atlantic University, Boca Raton, Floride, États-Unis.
- Louise C. Perry — Chercheuse et collaboratrice scientifique, Département de psychologie, Florida Atlantic University, Boca Raton, Floride, États-Unis.
L’instrument historique dont dérive le MPNI, le Peer Nomination Inventory (PNI), a été initialement conceptualisé et validé par :
- Jerry S. Wiggins, Ph.D. & C. L. Winder, Ph.D. (1961) — Université Stanford, pionniers de la mesure sociométrique du comportement et de la personnalité chez les garçons préadolescents.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Inventaire de nomination par les pairs modifié est de fournir une mesure standardisée, valide et écologiquement représentative des rôles sociaux et des conduites interpersonnelles au sein des groupes de pairs naturels, en particulier le milieu de la classe d’école primaire et de collège. Dans les contextes scolaires, les relations d’agression et de victimisation sont fréquemment clandestines ou dissimulées aux adultes, ce qui rend les évaluations menées par les enseignants ou les éducateurs partielles et dépendantes d’observations fragmentaires. Parallèlement, les mesures auto-rapportées présentent des failles méthodologiques documentées : sous-déclaration de l’agression par crainte de sanctions ou désirabilité sociale, et déformation des taux de victimisation en raison d’attributions projectives ou d’une détresse internalisée.
Le MPNI a été développé pour surmonter ces écueils en exploitant le principe de la consensus sociométrique. Dans une cohorte de classe, chaque élève observe quotidiennement ses pairs dans une multitude de micro-contextes inaccessibles aux observateurs extérieurs (cours de récréation, couloirs, réfectoire, vestiaires, trajets scolaires). En agrégeant les votes de l’ensemble des camarades de classe, le MPNI produit un score d’une robustesse statistique inégalée, où les biais perceptifs individuels d’un répondant particulier sont neutralisés par la convergence des nominations issues de l’ensemble du groupe.
Sur le plan des applications empiriques et appliquées, le MPNI remplit plusieurs fonctions majeures :
- Identification diagnostique précoce : Il permet de repérer précisément les élèves chroniquement ciblés par la violence de leurs pairs (victimes passives ou soumises), les élèves adoptant des conduites hostiles répétées (agresseurs purs), ainsi que le groupe particulièrement instable des victimes provocatrices ou agresseurs-victimes.
- Évaluation de programmes d’intervention : L’outil sert de critère d’efficacité primaire lors du déploiement de protocoles anti-harcèlement (tels que le programme Olweus ou le programme KiVa), permettant de mesurer si les interventions réduisent concrètement les désignations d’agression et de victimisation au sein du réseau social de l’école.
- Recherche fondamentale sur l’ajustement socio-émotionnel : Le MPNI permet d’investiguer les trajectoires longitudinales associées au statut de victime, démontrant les liens étroits entre la victimisation précoce par les pairs et l’émergence ultérieure de troubles anxio-dépressifs, d’une altération de l’estime de soi, du décrochage scolaire ou de l’isolement social prolongé.
5. Construit psychologique / Construct
Le MPNI opérationnalise les relations sociales de l’enfant à travers deux dimensions centrales de comportements dysfonctionnels — l’agression et la victimisation — tout en incorporant des dimensions positives et neutres servant de variables tampons méthodologiques.
1. La victimisation par les pairs (Peer Victimization)
Ce construit renvoie au degré auquel un individu est l’objet répété d’actes négatifs, hostiles ou dégradants commis par un ou plusieurs membres de son groupe de pairs. Dans le MPNI, la victimisation n’est pas appréhendée comme un simple conflit symétrique, mais comme une situation asymétrique d’oppression subie. Les items de cette dimension explorent plusieurs facettes de la violence interpersonnelle :
- Victimisation physique directe : Le fait de subir des coups, d’être bousculé ou agressé physiquement (ex. Item 5 : « S/He gets beat up » ; Item 21 : « S/He gets hit and pushed by other kids »).
- Victimisation verbale et moqueries : L’exposition aux insultes, au dénigrement et aux surnoms blessants (ex. Item 2 : « Kids make fun of her/him » ; Item 9 : « S/He gets called names by other kids »).
- Victimisation relationnelle et rejet affectif : Les conduites visant à blesser moralement la cible, à l’humilier ou à lui nuire intentionnellement (ex. Item 14 : « Kids do mean things to her/him » ; Item 19 : « S/He gets picked on by other kids » ; Item 24 : « Kids try to hurt her/his feelings »).
Ce construit capture le statut de cible systématique, traduisant une vulnérabilité sociale qui empêche l’enfant de mobiliser des défenses adaptées face à l’hostilité collective ou ciblée du groupe.
2. L’agression entre pairs (Peer Aggression)
L’échelle d’agression évalue la propension d’un élève à manifester des conduites directes ou indirectes destinées à infliger un dommage, une intimidation ou une contrainte physique et psychologique à autrui. Le construit couvre différentes formes d’agressivité :
- Agressivité physique et coercitive : Comportements physiques manifestes visant à dominer ou blesser (ex. Item 17 : « S/He hits and pushes others around » ; Item 23 : « S/He tries to pick fights with people »).
- Agressivité verbale et dévaluation : Moqueries directes et sarcasmes hostiles dirigés vers autrui (ex. Item 11 : « S/He makes fun of people »).
- Agressivité réactive et impulsivité émotionnelle : Intolérance à la frustration et crises de colère agressives lors de contrariétés (ex. Item 4 : « When s/he doesn’t get her/his way s/he gets real mad »).
- Intimidation verbale et recherche de dominance : Vantardise menaçante et affirmation de supériorité martiale (ex. Item 12 : « S/He says s/he can beat everybody up »).
- Machiavélisme et manipulation relationnelle : Tentatives délibérées de mettre les pairs dans des situations punitives ou conflictuelles (ex. Item 15 : « S/He tries to get other people in trouble »).
- Méchanceté perçue : Disposition hostile générale reconnue par les pairs (ex. Item 7 : « S/He’s just plain mean »).
3. Compétences positives, prosocialité et items distracteurs
Afin de préserver l’intégrité déontologique de la passation et d’éviter que le test ne se focalise exclusivement sur des dimensions dépréciatives, le MPNI intègre des items mesurant des attributs valorisés socialement :
- Compétence physique et sportive : Rapidité et adresse (ex. Item 1 : « S/He’s a fast runner » ; Item 20 : « S/He’s good at sports »).
- Popularité et attachement social : Degré de sympathie et sociabilité générale (ex. Item 3 : « S/He is the kind of kid I like » ; Item 6 : « S/He has lots of friends » ; Item 16 : « S/He’s a good friend of mine » ; Item 22 : « All the kids like her/him » ; Item 25 : « S/He’s a real nice kid »).
- Prosocialité et coopération : Partage spontané et assistance aux figures d’autorité (ex. Item 8 : « S/He shares her/his things with others » ; Item 18 : « S/He likes to help the teacher »).
- Compétence cognitive et apparence physique : Intelligence et attrait physique perçus (ex. Item 10 : « S/He’s a real smart kid » ; Item 13 : « S/He’s a good looking kid »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique du MPNI s’enracine au confluent de la sociométrie classique de Jacob L. Moreno et des modèles modernes du développement socio-cognitif de l’agression, incarnés par les travaux de Kenneth A. Dodge, Dan Olweus et David G. Perry.
L’approche sociométrique et l’agrégation des pairs
La théorie sociométrique postule que la position occupée par un individu au sein de sa structure de groupe est un déterminant premier de son bien-être psychologique et de son adaptation sociale. Les perceptions individuelles d’un enfant sont souvent teintées de subjectivité émotionnelle ; en revanche, le consensus émanant d’un collège de pairs qui interagissent quotidiennement possède une validité écologique supérieure à celle de toute source isolée. Selon Perry et al. (1988), la nomination par les pairs permet de capturer les réputations comportementales consolidées qui structurent les échanges au fil des mois.
Le modèle du traitement de l’information sociale (SIP)
Le cadre théorique de l’agression chez l’enfant repose largement sur le modèle de traitement de l’information sociale de Crick et Dodge (1994). Selon cette perspective, les enfants agressifs manifestent des biais d’attribution d’hostilité, interprétant des signaux sociaux ambigus comme intentionnellement menaçants, ce qui déclenche des réponses d’agression réactive. À l’inverse, l’agression proactive est sous-tendue par des attentes d’efficacité positive concernant l’utilité de la violence pour obtenir des gratifications matérielles ou statutaires. Le MPNI mesure précisément ces manifestations comportementales observables qui découlent de ces dysfonctionnements cognitifs.
La théorie transactionnelle de la victimisation
Dans leurs travaux fondateurs, Perry, Kusel et Perry (1988) ainsi que Hodges et Perry (1999) ont théorisé la victimisation comme un processus transactionnel récursif. La vulnérabilité d’un enfant (par exemple, des déficits d’affirmation de soi, une réactivité émotionnelle anxieuse ou un isolement physique) attire les attaques des pairs dominants ou déviants. Lorsque l’enfant répond par la soumission, l’impuissance acquise ou, au contraire, une riposte inefficace et colérique (victimes provocatrices), le comportement d’agression du groupe est renforcé de manière opérante. L’enfant s’ancre alors dans un statut de victime chronique.
Le MPNI a précisément été conçu pour tester ces interactions complexes au sein de modèles écologiques (Bronfenbrenner, 1979), en examinant comment le statut de victime modère ou médie les relations entre les traits de personnalité précoces et l’émergence de désordres internalisés majeurs (dépression, anxiété sociale, idéations suicidaires).
7. Validité / Validity
L’Inventaire de nomination par les pairs modifié bénéficie d’une solide documentation empirique confirmant ses différentes formes de validité psychométrique.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente du MPNI a été corroborée par des corrélations statistiquement significatives et substantielles avec des indicateurs issus de sources d’évaluation alternatives :
- Convergence avec les auto-évaluations : Les scores de victimisation du MPNI corrèlent de façon hautement significative avec les échelles d’auto-évaluation de la victimisation (comme la Victimization Scale de Neary et Joseph, ou le Self-Report Victim Scale), avec des coefficients de corrélation de Pearson variant généralement de r = 0,45 à r = 0,68 (p < 0,001). Bien que modérés à forts, ces coefficients confirment que le MPNI mesure bien le phénomène visé tout en apportant une variance incrémentielle non contaminée par les biais individuels d’auto-évaluation.
- Convergence avec les évaluations des enseignants : Les nominations de victimisation et d’agression par les pairs montrent une forte convergence avec les rapports complétés par les maîtres d’école et enseignants (r = 0,55 à 0,72 pour l’agression ; r = 0,40 à 0,60 pour la victimisation), soulignant que les conduites relevées par les camarades s’alignent avec les observations des professionnels de l’éducation.
- Observations naturalistes directes : Dans des études combinant sociométrie et observations comportementales directes durant la récréation, les enfants identifiés comme agressifs ou victimisés par le MPNI ont présenté des taux significativement plus élevés d’interactions coercitives et de détresse affective observées in situ.
Validité discriminante
La structure interne de l’outil montre une séparation empirique nette entre l’agression pure et la victimisation pure. Dans la plupart des cohortes normatives scolaires étudiées par Perry et ses collègues (1988), la corrélation globale entre les scores d’agression et de victimisation est modeste ou proche de zéro (r variant entre -0,05 et 0,25), ce qui prouve que l’instrument distingue rigoureusement le fait d’infliger de la violence du fait d’en être la cible.
De surcroît, les profils de corrélation externe divergent nettement :
- Les scores de victimisation sont spécifiquement corrélés à des troubles internalisés : détresse émotionnelle, retrait social, faible estime de soi sociale et symptômes anxieux.
- Les scores d’agression sont quant à eux associés à des troubles externalisés : trouble oppositionnel avec provocation, impulsivité, recherche de dominance et rejet sociométrique global.
Validité prédictive et longitudinale
Les études longitudinales démontrent la puissance prédictive du MPNI : les scores de victimisation obtenus à l’école élémentaire prédisent significativement, sur des intervalles allant de 1 à 4 ans, le développement ultérieur d’épisodes dépressifs majeurs, l’augmentation du sentiment de solitude et la chute des performances scolaires, même après contrôle des niveaux initiaux de détresse psychologique.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’Inventaire de nomination par les pairs modifié a été démontrée à la fois en termes de cohérence interne, d’accord inter-juges et de stabilité temporelle (test-retest).
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Grâce au grand nombre de juges virtuels que constitue une classe d’élèves, les scores agrégés du MPNI atteignent des niveaux de cohérence interne exceptionnellement élevés, bien supérieurs à la plupart des questionnaires individuels usuels :
- Échelle de victimisation (7 items) : Les coefficients alpha de Cronbach se situent continuellement entre 0,88 et 0,95 dans les études de validation initiales (Perry, Kusel, & Perry, 1988) ainsi que dans les réplications ultérieures menées auprès de milliers d’enfants américains, canadiens et européens.
- Échelle d’agression (7 items) : Les coefficients alpha de Cronbach oscillent généralement entre 0,90 et 0,96, attestant d’une homogénéité exemplaire des indicateurs comportementaux de nuisance et de violence envers autrui.
Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)
La fidélité test-retest du MPNI reflète la stabilité des statuts sociométriques au sein du microcosme de la classe :
- Sur un intervalle court à moyen terme (3 à 6 mois au cours de la même année scolaire), les coefficients de corrélation test-retest varient de r = 0,70 à r = 0,85 pour l’agression comme pour la victimisation.
- D’une année scolaire à la suivante (changement de classe partiel ou total), la stabilité reste remarquable (r = 0,50 à 0,65), illustrant la tendance des réputations et des dynamiques interactives à se reproduire dans de nouveaux environnements de pairs.
Accord inter-juges et fidélité de consensus
La méthode de nomination sociométrique bénéficie de la loi statistique des grands nombres. L’accord entre les différents répondants d’une même classe est évalué par des coefficients intraclasse (ICC) ou la formule de prophétie de Spearman-Brown appliquée à l’agrégation de 15 à 30 répondants par classe. Les indices de fidélité de l’agrégat du groupe dépassent fréquemment 0,90, démontrant que la mesure obtenue ne dépend pas des idiosyncrasies d’un évaluateur unique.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La composition dimensionnelle du MPNI a été validée par de multiples analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) sur des cohortes d’élèves du primaire et du collège.
Structure factorielle exploratoire
Dans l’étude princeps de Perry, Kusel et Perry (1988), l’analyse factorielle en composantes principales avec rotation varimax appliquée aux items a révélé une solution claire et parcimonieuse à facteurs multiples :
- Facteur 1 : Agression par les pairs. Les 7 items d’agression (items 4, 7, 11, 12, 15, 17, 23 dans l’ordonnancement de l’instrument) saturent massivement sur ce facteur, avec des saturations factorielles comprises entre 0,68 et 0,87. Les saturations croisées sur le facteur de victimisation demeurent très faibles (< 0,20).
- Facteur 2 : Victimisation par les pairs. Les 7 items de victimisation (items 2, 5, 9, 14, 19, 21, 24) présentent des saturations très élevées sur ce deuxième axe, comprises entre 0,71 et 0,89, sans saturation substantielle sur le facteur d’agression.
- Facteurs secondaires : Compétences prosociales et acceptation. Les items distracteurs et positifs se regroupent sur des facteurs distincts représentant l’amabilité, la popularité perçue et la compétence sportive, prouvant que les dimensions de maltraitance et de violence ne sont pas simplement l’inverse de la popularité, mais constituent des entités cliniques indépendantes.
Analyses factorielles confirmatoires (AFC) et invariance de mesure
Les modélisations par équations structurelles (SEM) et les AFC confirment que le modèle bifactoriel oblique (séparant l’agression et la victimisation) présente des indices d’adéquation statistiques excellents :
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,95
- Indice d’ajustement comparatif (CFI) > 0,96
- Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) < 0,05 (IC à 90 % [0,038 ; 0,058])
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) < 0,04
Les tests d’invariance de mesure ont également confirmé l’invariance factorielle stricte (invariance configurationnelle, métrique et scalaire) à travers les sexes (garçons vs filles) et à travers les degrés scolaires (du CE2 à la classe de 4e). Cela signifie que le MPNI mesure rigoureusement les mêmes construits psychologiques indépendamment du sexe de l’enfant et de son niveau de scolarisation.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’administration, le format et la cotation de l’Inventaire de nomination par les pairs modifié répondent à un protocole standardisé strict garantissant l’anonymat et la fiabilité des données collectées.
- Type de test : Instrument sociométrique d’évaluation par les pairs (peer nomination measure) en passation collective standardisée.
- Population cible : Enfants et adolescents d’âge scolaire, principalement de 8 à 14 ans (de l’école élémentaire au collège).
- Nombre total d’items : 25 items dans la version de recherche authentique (dont 7 items d’agression, 7 items de victimisation, et 11 items distracteurs évaluant les compétences athlétiques, cognitives et relationnelles).
- Format de passation :
- Chaque élève reçoit un livret ou une matrice où figurent, en en-tête de colonnes, les noms de tous les camarades de la classe (généralement du même sexe dans les versions par sexe séparé, ou de la classe entière dans les versions mixtes).
- L’administrateur lit chaque énoncé à voix haute (pour s’affranchir d’éventuelles difficultés de lecture chez les jeunes élèves).
- Pour chaque énoncé, l’élève coche ou appose un « X » dans la colonne sous le nom de chaque camarade correspondant à la description.
- Règle d’auto-exclusion : L’élève raye son propre nom sur sa feuille avant de commencer la passation ; il est formellement interdit de s’auto-nommer.
- Le nombre de nominations possibles par item est non restreint (unlimited nomination procedure), ce qui permet d’éviter les biais de troncature statistique inhérents aux procédures limitées (ex. nommer uniquement 3 camarades).
- Procédure de cotation et de standardisation :
- Pour chaque élève cible, on calcule le nombre brut de nominations reçues sur chacun des items de l’échelle.
- Le score brut d’un item est divisé par le nombre total d’élèves de la classe ayant rempli le questionnaire moins un (N – 1, pour tenir compte de l’auto-exclusion), ce qui produit une proportion de nominations reçues :
Score proportionnel = Nominations reçues / (N - 1). - Les scores proportionnels des 7 items d’agression sont moyennés ou sommés pour constituer le score d’agression global. Il en va de même pour les 7 items de victimisation pour former le score de victimisation global.
- Afin de neutraliser les variations de climat scolaire et d’effectif d’une classe à l’autre, les scores sont couramment standardisés en scores Z (moyenne = 0, écart-type = 1) au sein de chaque classe (et souvent au sein de chaque groupe de même sexe dans la classe).
- Constitution des sous-échelles :
- Sous-échelle de victimisation (7 items) : Items 2, 5, 9, 14, 19, 21, 24.
- Sous-échelle d’agression (7 items) : Items 4, 7, 11, 12, 15, 17, 23.
- Items distracteurs et compétences (11 items) : Items 1, 3, 6, 8, 10, 13, 16, 18, 20, 22, 25.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Inventaire de nomination par les pairs modifié a été publié dans sa forme contemporaine en 1988 par David G. Perry, Sally J. Kusel et Louise C. Perry dans la revue Developmental Psychology (Copyright © 1988 American Psychological Association). L’inventaire d’origine (Peer Nomination Inventory) dont il est issu a été publié en 1961 par Jerry S. Wiggins et C. L. Winder dans la revue Psychological Reports (Copyright © 1961 Southern Universities Press).
- Statut d’utilisation et gratuité : L’instrument est un outil du domaine public académique destiné à la recherche scientifique et aux évaluations éducatives sans but lucratif. L’accès au questionnaire et à son protocole de cotation est gratuit pour les chercheurs, psychologues scolaires et étudiants menant des travaux de recherche universitaire.
- Inclusion dans les recueils institutionnels : Le MPNI a été inclus en tant qu’outil d’évaluation sociométrique de référence par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) dans leur recueil méthodologique officiel : Measuring Bullying Victimization, Perpetration, and Bystander Experiences: A Compendium of Assessment Tools (Hamburger, Basile, & Vivolo, 2011, p. 52).
- Conditions d’autorisation : L’utilisation dans le cadre d’études publiées nécessite la citation formelle de l’article princeps de Perry et al. (1988). Toute exploitation commerciale, intégration dans un logiciel payant ou distribution commerciale de masse requiert l’autorisation expresse des détenteurs de droits d’auteur (l’American Psychological Association) et du concepteur principal, David G. Perry, Ph.D.
12. Références / References
Les travaux scientifiques suivants constituent les fondements théoriques, méthodologiques et psychométriques de l’instrument :
- Crick, N. R., & Dodge, K. A. (1994). A review and reformulation of social information-processing mechanisms in children’s social adjustment. Psychological Bulletin, 115(1), 74–101. https://doi.org/10.1037/0033-2909.115.1.74
- Hamburger, M. E., Basile, K. C., & Vivolo, A. M. (2011). Measuring Bullying Victimization, Perpetration, and Bystander Experiences: A Compendium of Assessment Tools. Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/bullycompendiumbk-a.pdf
- Hodges, E. V., Boivin, M., Vitaro, F., & Bukowski, W. M. (1999). The power of friendship: Protection against an escalating cycle of peer victimization. Developmental Psychology, 35(1), 94–101. https://doi.org/10.1037/0012-1649.35.1.94
- Hodges, E. V. E., & Perry, D. G. (1999). Personal and interpersonal antecedents and consequences of victimization by peers. Journal of Personality and Social Psychology, 76(4), 677–685. https://doi.org/10.1037/0022-3514.76.4.677
- Kochenderfer, B. J., & Ladd, G. W. (1996). Peer victimization: Cause or consequence of school maladjustment? Child Development, 67(4), 1305–1317. https://doi.org/10.2307/1131707
- Moreno, J. L. (1934). Who shall survive? A new approach to the problem of human interrelations. Nervous and Mental Disease Publishing Co.
- Olweus, D. (1993). Bullying at school: What we know and what we can do. Blackwell Publishers.
- Perry, D. G., Kusel, S. J., & Perry, L. C. (1988). Victims of peer aggression. Developmental Psychology, 24(6), 807–814. https://doi.org/10.1037/0012-1649.24.6.807
- Perry, D. G., Williard, J. C., & Perry, L. C. (1990). Peers’ perceptions of the consequences that result from aggressive behavior. Child Development, 61(5), 1312–1325. https://doi.org/10.2307/1130744
- Wiggins, J. S., & Winder, C. L. (1961). The Peer Nomination Inventory: An empirically derived sociometric measure of adjustment in preadolescent boys. Psychological Reports, 9(3_suppl), 643–677. https://doi.org/10.2466/pr0.1961.9.3.643
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions for administration: The names of all classmates are presented along the top of the survey form. Respondents are asked to place an X under the name of each classmate who fits the behavior described in each item. Respondents cross their own name off the list so they cannot nominate themselves.
- S/He’s a fast runner.
- Kids make fun of her/him.
- S/He is the kind of kid I like.
- When s/he doesn’t get her/his way s/he gets real mad.
- S/He gets beat up.
- S/He has lots of friends.
- S/He’s just plain mean.
- S/He shares her/his things with others.
- S/He gets called names by other kids.
- S/He’s a real smart kid.
- S/He makes fun of people.
- S/He says s/he can beat everybody up.
- S/He’s a good looking kid.
- Kids do mean things to her/him.
- S/He tries to get other people in trouble.
- S/He’s a good friend of mine.
- S/He hits and pushes others around.
- S/He likes to help the teacher.
- S/He gets picked on by other kids
- S/He’s good at sports.
- S/He gets hit and pushed by other kids.
- All the kids like her/him.
- S/He tries to pick fights with people.
- Kids try to hurt her/his feelings.
- S/He’s a real nice kid.