Inventaire de l’attachement à Dieu

L’Inventaire de l’attachement à Dieu (AGI), développé par Richard Beck et Angie McDonald en 2004, mesure les dimensions d’anxiété et d’évitement dans la relation avec le divin à travers 28 items validés.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé

L’Inventaire de l’attachement à Dieu (en anglais, Attachment to God Inventory ou AGI), élaboré en 2004 par les psychologues Richard Beck et Angie McDonald, constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et influents dans le domaine de la psychologie de la religion et de la spiritualité. Développé pour opérationnaliser la relation perçue entre l’individu et la figure divine sous le prisme de la théorie de l’attachement de John Bowlby et Mary Ainsworth, cet instrument transpose les conceptualisations contemporaines de l’attachement adulte (notamment les travaux de Brennan, Clark et Shaver, 1998) à la sphère théologique.

L’inventaire est composé de 28 items autorapportés, structurés autour de deux dimensions fondamentales et orthogonales de l’insécurité affective :

  • L’Anxiété liée à l’attachement à Dieu (14 items), qui évalue la peur du rejet divin, la préoccupation constante quant à l’approbation divine, la colère face au silence de Dieu, la jalousie spirituelle et l’instabilité affective perçue dans la relation spirituelle.
  • L’Évitement de l’attachement à Dieu (14 items), qui mesure la répugnance envers l’intimité émotionnelle avec le divin, la préférence pour l’autosuffisance religieuse, la réticence à exprimer ses émotions profondes dans la prière et la tendance à maintenir une distance affective protectrice vis-à-vis de Dieu.

Les participants répondent à chaque énoncé selon une échelle de Likert en 7 points allant de 1 (« Disagree Strongly » / Fortement en désaccord) à 7 (« Agree Strongly » / Fortement d’accord). Sur le plan psychométrique, l’AGI démontre une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant typiquement entre 0,80 et 0,88 pour la sous-échelle d’Anxiété, et entre 0,83 et 0,89 pour la sous-échelle d’Évitement. L’analyse factorielle confirmatoire soutient une structure bidimensionnelle claire, stable à travers divers échantillons confessionnels et transculturels. L’instrument bénéficie d’une solide validité convergente, discriminante et prédictive, corrélant de manière cohérente avec l’estime de soi, la santé mentale, la détresse psychologique, les styles d’attachement interpersonnels adultes et les dynamiques de coping religieux.

2. Mots-clés

Attachement à Dieu, psychologie de la religion, théorie de l’attachement, anxiété d’attachement, évitement de l’attachement, relations d’objet, spiritualité, psychométrie, santé mentale, foi religieuse

3. Auteurs

L’Inventaire de l’attachement à Dieu a été conçu et validé par des chercheurs affiliés au département de psychologie de l’université chrétienne d’Abilene (Abilene Christian University, ACU), située au Texas, États-Unis :

  • Richard Beck, Ph.D. : Professeur et ancien directeur du département de psychologie à l’Abilene Christian University. Ses recherches pionnières explorent l’intersection entre la théologie chrétienne, la psychologie sociale, la théorie de la gestion de la terreur (Terror Management Theory) et la psychologie expérimentale de la religion. Contact institutionnel : Département de psychologie, Abilene Christian University, ACU Box 28011, Abilene, TX 79699, États-Unis. Courriel : [email protected].
  • Angie McDonald, Ph.D. : Psychologue clinicienne et professeure agrégée de psychologie à l’Abilene Christian University, spécialisée dans les processus relationnels, le développement de l’enfant et de l’adulte, les traumatismes complexes et l’intégration de la spiritualité dans la psychothérapie systémique et individuelle.

4. Objectif

L’objectif principal de l’Inventaire de l’attachement à Dieu est de fournir une mesure psychométrique standardisée, dimensionnelle et conceptuellement rigoureuse de la qualité du lien affectif qu’un croyant entretient avec Dieu. Historiquement, l’étude empirique de la religiosité s’est souvent cantonnée à des variables sociologiques ou comportementales externes (fréquentation du culte, fréquence de la prière, adhésion dogmatique) ou à des dimensions globales comme la religiosité intrinsèque versus extrinsèque (Allport & Ross, 1967). Bien que pertinentes, ces métriques échouaient à capturer la nature phénoménologique intime, émotionnelle et dynamique de la foi vécue en tant que relation interpersonnelle internalisée.

S’appuyant sur l’hypothèse fondatrice de Lee A. Kirkpatrick (1992, 1999), selon laquelle Dieu fonctionne psychologiquement comme une figure d’attachement à part entière pour le croyant théiste, Beck et McDonald ont conçu l’AGI pour opérationnaliser cette dynamique affective. Pour des millions de personnes, Dieu est perçu comme une source de réconfort ultime (« havre de sécurité » ou safe haven) et un fondement existentiel permettant d’explorer le monde (« base de sécurité » ou secure base). Dès lors, les perturbations ou insécurités vécues au sein de cette relation s’avèrent déterminantes pour la trajectoire émotionnelle de l’individu.

Sur le plan de la recherche fondamentale, l’AGI permet de tester deux hypothèses majeures relatives au développement des représentations de Dieu :

  • L’hypothèse de correspondance (ou continuité) : stipule que les modèles internes opérants (MIO) élaborés dans l’enfance avec les figures parentales sont projetés de façon isomorphe sur Dieu. Un individu ayant un attachement anxieux envers ses parents développera un attachement anxieux envers Dieu.
  • L’hypothèse de compensation : postule que Dieu peut servir de figure d’attachement substitutive ou réparatrice pour les individus ayant subi des carences affectives ou des ruptures de lien avec leurs figures parentales terrestres.

Sur le plan des applications cliniques et de l’accompagnement pastoral, l’AGI s’avère un outil diagnostique et thérapeutique d’une valeur remarquable. Les professionnels de la santé mentale intégrant la dimension spirituelle (thérapie cognitivo-comportementale sensible à la religion, psychothérapie psychodynamique ou thérapie d’acceptation et d’engagement) peuvent utiliser l’AGI pour :

  • Identifier les conflits spirituels sous-jacents contribuant aux épisodes dépressifs ou aux troubles anxieux généralisés (par exemple, la culpabilité religieuse scrupuleuse liée à une anxiété d’abandon divin élevée).
  • Comprendre les résistances thérapeutiques chez des patients manifestant un évitement rigide de l’intimité émotionnelle, se traduisant par un ritualisme religieux intellectualisé mais affectueusement stérile.
  • Guider l’accompagnement pastoral et le conseil spirituel en distinguant les doutes théologiques intellectuels des blessures d’attachement relationnelles nécessitant une réassurance affective plutôt qu’une argumentation apologétique.

5. Construit psychologique

Le construit mesuré par l’AGI est l’insécurité de l’attachement à Dieu, opérationnalisée sous la forme d’un espace bidimensionnel continu défini par l’intersection de deux facteurs orthogonaux : l’Anxiété et l’Évitement. Cette conceptualisation repose sur le modèle bidimensionnel de l’attachement adulte établi par Bartholomew et Horowitz (1991) et raffiné par Brennan, Clark et Shaver (1998) dans l’inventaire Experiences in Close Relationships (ECR).

1. La dimension d’Anxiété liée à l’attachement à Dieu

L’anxiété reflète le modèle interne de soi (Self-Model) dans la relation avec le divin. Elle correspond au degré auquel une personne perçoit le soi comme indigne d’amour, vulnérable au rejet ou fondamentalement inacceptable aux yeux de Dieu, combiné à une hyperactivation chronique du système d’attachement. Les individus présentant un score élevé sur cette dimension :

  • Ressentent une préoccupation constante quant à l’état de leur relation avec Dieu (« I worry a lot about my relationship with God ») et doutent perpétuellement de Son amour inconditionnel (« I often wonder if I am truly loved by God »).
  • Manifestent une vigilance anxieuse face à la possibilité de la désapprobation ou du châtiment divin en cas d’erreur ou de péché (« Sometimes I feel like God is punishing me for the things I have done wrong »).
  • Éprouvent une détresse aiguë, voire de la colère ou du désespoir, lorsque la présence divine n’est pas ressentie de manière tangible ou immédiate (« If I can’t see God working in my life, I get upset or angry » ; « When God doesn’t seem near, I easily fall into despair »).
  • Font l’expérience d’une jalousie spirituelle marquée envers les coreligionnaires qui semblent jouir d’une plus grande proximité ou faveur divine (« I am jealous when I see other people who seem to have a closer relationship with God than I do »).

2. La dimension d’Évitement de l’attachement à Dieu

L’évitement reflète le modèle interne d’autrui (Other-Model) appliqué à Dieu. Il correspond au degré auquel l’individu désactive son système d’attachement, maintient une distance émotionnelle défensive vis-à-vis du divin et valorise une autosuffisance compulsive. Les personnes affichant un score élevé d’évitement :

  • Nient ou minimisent le besoin fondamental d’une intimité affective avec Dieu (« I just don’t feel a deep need to be close to God »).
  • Ressentent un inconfort profond lors de manifestations émotionnelles ou vulnérables dans la prière et la communication spirituelle (« I am uncomfortable being emotional in my communication with God » ; « I prefer not to be emotionally expressive around God »).
  • Préfèrent garder une distance psychologique protectrice (« I prefer maintaining some emotional distance in my walk with God ») et ont des difficultés à partager leurs secrets ou émotions négatives avec Dieu (« I find it difficult to open up to God when I’m dealing with difficult emotions »).
  • Rejettent la dépendance affective envers la divinité, considérant la relation avec Dieu sous un angle cérébral, moraliste ou formel plutôt que relationnel.

Typologie des quatre styles d’attachement à Dieu

Bien que Beck et McDonald recommandent d’analyser l’AGI de manière continue via des analyses de régression ou de modélisation par équations structurelles, le croisement de ces deux dimensions permet de catégoriser quatre styles d’attachement idéaux-typiques :

  • Attachement Sécurisant (Anxiété basse / Évitement bas) : Le croyant jouit d’une intimité émotionnelle profonde avec Dieu tout en se sentant accepté et valorisé. La prière est honnête et transparente, et les périodes d’aridité spirituelle ou d’épreuve ne détruisent pas la certitude fondamentale de la bienveillance divine.
  • Attachement Préoccupé / Anxieux (Anxiété haute / Évitement bas) : Le croyant recherche désespérément la proximité affective avec Dieu mais demeure rongé par le doute, la peur d’être abandonné ou puni, oscillant entre des supplications ferventes et des sentiments de colère face au silence divin.
  • Attachement Détaché / Évitant (Anxiété basse / Évitement haut) : Le croyant maintient une foi impersonnelle, axée sur les devoirs moraux, la théologie abstraite ou la routine rituelle, tout en refusant toute vulnérabilité affective ou dépendance émotionnelle vis-à-vis de Dieu.
  • Attachement Craintif / Désorganisé (Anxiété haute / Évitement haut) : L’individu désire intensément le secours et l’amour divins mais redoute simultanément Dieu, percevant la divinité comme imprévisible, menaçante ou décevante, ce qui engendre un état de paralysie spirituelle et une détresse existentielle majeure.

6. Cadre théorique

Le socle théorique de l’AGI repose sur la convergence féconde de deux courants majeurs : la théorie de l’attachement d’orientation éthologique et psychodynamique (John Bowlby, Mary Ainsworth) et la psychologie sociale cognitive de l’attachement adulte (Hazan & Shaver, 1987 ; Bartholomew & Horowitz, 1991 ; Brennan et al., 1998).

1. Dieu en tant que figure d’attachement (La perspective de Kirkpatrick)

Pour que Dieu puisse être qualifié théoriquement de figure d’attachement au sens bowlbyen strict, la relation doit remplir quatre critères phénoménologiques indispensables, formalisés par Kirkpatrick (1992, 1999) :

  • La recherche et le maintien de la proximité (Proximity Seeking) : Le croyant cherche à s’approcher de Dieu à travers des médiations spatiales et rituelles (lieux de culte, sanctuaires), temporelles (moments de prière, méditation) et intériorisées (contemplation, sens de la présence divine continue).
  • Le havre de sécurité (Safe Haven) : En situation de détresse psychologique, de maladie, de deuil ou de catastrophe existentielle, l’individu se tourne vers Dieu pour obtenir réconfort, apaisement émotionnel et soulagement de l’angoisse.
  • La base de sécurité (Secure Base) : La certitude de la présence protectrice et bienveillante de Dieu offre à l’individu l’assurance nécessaire pour affronter l’inconnu, explorer son environnement, prendre des risques existentiels et assumer ses responsabilités quotidiennes sans effondrement interne.
  • La protestation lors de la séparation (Separation Protest) : L’éloignement perçu de Dieu, le silence divin ou la « nuit obscure de l’âme » provoquent chez le croyant une angoisse d’abandon intense, des lamentations et des efforts vigoureux de rétablissement du contact spirituel.

2. Transposition de l’inventaire ECR à la psychologie de la religion

Avant l’avènement de l’AGI, les tentatives de mesure de l’attachement religieux utilisaient des échelles typologiques globales dérivées des travaux de Hazan et Shaver (1987) ou des questionnaires d’images parentales réadaptés. Beck et McDonald (2004) ont constaté que ces instruments présentaient de sévères limitations : distributions asymétriques (effets de plafond massifs sur le style sécurisant), incapacité à capturer la variance continue et confusion entre représentations cognitives de Dieu (les attributs doctrinaux) et dynamiques relationnelles affectives.

Pour remédier à cela, Beck et McDonald ont pris pour matrice l’inventaire de référence en psychologie sociale : l’Experiences in Close Relationships (ECR) développé par Brennan, Clark et Shaver (1998). Les auteurs ont systématiquement adapté la syntaxe et les thématiques des items de l’ECR pour refléter l’expérience de la relation avec le Tout-Puissant. Les notions d’intimité avec le partenaire amoureux ont été traduites en termes de communion spirituelle intime, et la peur du rejet amoureux en angoisse de réprobation ou d’abandon divin.

7. Validité

La validité psychométrique de l’Inventaire de l’attachement à Dieu a été rigoureusement démontrée à travers une multitude d’études empiriques incluant des populations universitaires, des communautés religieuses diversifiées et des échantillons cliniques.

Validité de construit et validité convergente

Les études de validation princeps menées par Beck et McDonald (2004) ainsi que les réplications ultérieures ont documenté des corrélations hautement significatives et théoriquement cohérentes :

  • Lien avec l’attachement adulte interpersonnel : L’anxiété mesurée par l’AGI corrèle modérément et positivement avec l’anxiété d’attachement mesurée par l’ECR ($r \approx 0,35$ à $0,45$), et l’évitement de l’AGI corrèle avec l’évitement de l’ECR ($r \approx 0,30$ à $0,40$). Cette intensité modérée confirme que si les modèles relationnels humains influencent la relation à Dieu, l’attachement à Dieu n’est pas un simple décalque redondant de l’attachement interpersonnel, constituant ainsi un construit psychologique autonome.
  • Santé mentale et bien-être : Des scores élevés sur la sous-échelle d’Anxiété de l’AGI sont systématiquement associés à une détresse psychologique accrue, caractérisée par des niveaux élevés de dépression ($r \approx 0,32$ à $0,44$), d’anxiété généralisée ($r \approx 0,36$) et une faible estime de soi ($r \approx -0,38$). À l’inverse, un attachement sécurisant à Dieu est prédictif d’une plus grande satisfaction de vie et d’une résilience accrue face au stress.
  • Coping religieux : L’anxiété de l’AGI présente de fortes corrélations positives avec le coping religieux négatif ($r \approx 0,50$ à $0,62$) mesuré par le RCOPE (Pargament et al., 2000), reflétant des sentiments d’abandon par Dieu ou la peur du châtiment démoniaque/divin. L’évitement est négativement associé aux pratiques religieuses de transformation bienveillante et au coping religieux positif ($r \approx -0,45$).

Validité discriminante

L’AGI démontre une excellente capacité à discriminer l’attachement affectif des construits voisins de religiosité doctrinale ou institutionnelle. Les corrélations entre les deux sous-échelles de l’AGI et l’orientation religieuse intrinsèque ou l’orthodoxie des croyances sont faibles à négligeables ($r < 0,20$), prouvant qu'un individu peut adhérer avec une rigueur absolue aux dogmes religieux tout en présentant un attachement profondément insécurisant (anxieux ou évitant) sur le plan relationnel affectif.

8. Fidélité

La fidélité de l’Inventaire de l’attachement à Dieu a été vérifiée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle.

Cohérence interne

Dans l’échantillon de validation initial ($N = 499$ étudiants universitaires chrétiens ; Beck & McDonald, 2004), les coefficients de cohérence interne se sont révélés particulièrement élevés :

  • Sous-échelle d’Anxiété : $\alpha = 0,87$ (intervalle de confiance standard entre 0,85 et 0,89 dans la littérature).
  • Sous-échelle d’Évitement : $\alpha = 0,86$ (intervalle de confiance standard entre 0,84 et 0,88 dans la littérature).

Ces indices ont été largement reproduits dans des contextes confessionnels variés (protestants évangéliques, catholiques romains, chrétiens orthodoxes) ainsi que dans des adaptations transculturelles (en versions coréenne, espagnole, italienne, portugaise et chinoise), affichant des coefficients alpha de Cronbach systématiquement supérieurs au seuil conventionnel de 0,80, témoignant d’une excellente homogénéité des items au sein de leurs dimensions respectives.

Fidélité test-retest

Les évaluations de la stabilité temporelle sur un intervalle de quatre à six semaines montrent des coefficients de corrélation test-retest solides, généralement compris entre $r = 0,78$ et $r = 0,85$ pour l’anxiété, et entre $r = 0,80$ et $r = 0,86$ pour l’évitement. Ces données attestent que l’AGI capture des traits relationnels relativement stables (styles d’attachement internalisés) plutôt que de simples fluctuations émotionnelles passagères ou des états affectifs transitoires.

9. Analyse factorielle

La mise au point psychométrique de l’AGI s’est appuyée sur une démarche combinant analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC).

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Lors de la phase initiale de conception, Beck et McDonald (2004) ont généré un ensemble plus large d’items inspirés de l’ECR et de la littérature théologique. Soumis à une extraction en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) puis oblique (Promax), les résultats ont révélé sans ambiguïté une solution à deux facteurs principaux expliquant une part prépondérante de la variance totale :

  • Le premier facteur correspondait parfaitement aux manifestations d’Anxiété (préoccupation, doute de l’acceptation divine, jalousie spirituelle).
  • Le second facteur regroupait les manifestations d’Évitement (refus de l’intimité émotionnelle, autosuffisance, gêne face aux émotions spirituelles).

Les saturations factorielles des 28 items retenus étaient toutes supérieures à 0,40 sur leur facteur cible, sans saturation croisée majeure (la majorité des saturations secondaires étant inférieures à 0,20). Conformément aux postulats théoriques de Brennan et al. (1998), la corrélation inter-facteurs entre l’Anxiété et l’Évitement s’est avérée non significative ou très faible ($r = 0,08$ à $0,15$), confirmant l’orthogonalité des deux dimensions.

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les analyses confirmatoires ultérieures conduites sur des échantillons indépendants ont validé l’adéquation du modèle bidimensionnel par rapport à des modèles unifactoriels ou hiérarchiques alternatifs. Les indices d’ajustement couramment rapportés pour la structure à 28 items révèlent des paramètres satisfaisants :

  • Indice de comparabilité de Bentler (Comparative Fit Index, CFI) $ge 0,91$ à $0,94$.
  • Indice de Tucker-Lewis (Tucker-Lewis Index, TLI) $ge 0,90$ à $0,93$.
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (Root Mean Square Error of Approximation, RMSEA) comprise entre $0,045$ et $0,062$.
  • Résidu quadratique moyen standardisé (Standardized Root Mean Square Residual, SRMR) $le 0,06$.

Bien que certains chercheurs aient parfois proposé des versions abrégées (par exemple, 14 ou 16 items) pour des impératifs d’enquêtes épidémiologiques massives, la structure originale à 28 items demeure l’étalon-or pour sa représentativité thématique et sa solidité métrique.

10. Instrument de mesure

  • Nom de l’instrument : Inventaire de l’attachement à Dieu (Attachment to God Inventory, AGI).
  • Type d’évaluation : Questionnaire autorapporté (auto-évaluation psychométrique).
  • Population cible : Adolescents et adultes (à partir de 16 ans) déclarant croire en Dieu ou professant une foi théiste (particulièrement adaptée aux traditions monothéistes : christianisme, judaïsme, islam).
  • Durée de passation : Environ 7 à 10 minutes.
  • Nombre d’items : 28 items.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert authentique en 7 points :
    1 = Disagree Strongly (Fortement en désaccord)
    2 = Disagree (En désaccord)
    3 = Disagree Slightly (Légèrement en désaccord)
    4 = Neutral/Mixed (Neutre / Partagé)
    5 = Agree Slightly (Légèrement d’accord)
    6 = Agree (D’accord)
    7 = Agree Strongly (Fortement d’accord)
  • Composition des sous-échelles :
    • Sous-échelle d’Anxiété : 14 items (Items 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 15, 17, 19, 21, 23, 25, 27).
    • Sous-échelle d’Évitement : 14 items (Items 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24, 26, 28).
  • Cotation et inversion des scores :

    Avant le calcul des moyennes, les items formulés de manière inversée doivent être recodés selon la formule classique : $Score_{inversé} = 8 – Score_{brut}$.

    Selon les spécifications psychométriques de la matrice publiée :

    • Items inversés de la sous-échelle d’Évitement : Items 4, 8, 14, 18, 22, 26, 28 (mesurant une ouverture et une intimité émotionnelle saine avec Dieu).
    • Items inversés de la sous-échelle d’Anxiété : Items 7, 11 (mesurant une assurance fondamentale dans l’acceptation divine malgré l’échec ou la faiblesse). Dans certains protocoles de codage standard dérivés du modèle, les items 11, 15, 19, 23, 27 sont vérifiés selon la formulation d’affirmation positive ou négative.

    Le score de chaque sous-échelle s’obtient en calculant la moyenne arithmétique des 14 items correspondants (après inversion appropriée). Les scores varient donc de 1,00 à 7,00 pour chaque dimension, un score élevé dénotant un degré élevé d’insécurité (soit anxieuse, soit évitante).

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de publication princeps : 2004.
  • Article de référence initial : Journal of Psychology and Theology, vol. 32, n° 2, pp. 92–103.
  • Copyright : © 2004 par la Rosemead School of Psychology, Biola University.
  • Permissions et politique d’utilisation : L’Inventaire de l’attachement à Dieu est considéré comme un instrument ouvert pour la recherche académique, scientifique et clinique non commerciale. Les auteurs, le Dr Richard Beck et la Dre Angie McDonald, autorisent son utilisation par les chercheurs, psychologues et étudiants sans paiement de redevances financières, sous réserve de citer explicitement la publication originale de 2004 dans tous les travaux, mémoires et thèses qui en découlent.
  • Tarif : Gratuit pour la recherche scientifique et l’enseignement universitaire. Les adaptations commerciales ou intégrations logicielles propriétaires requièrent l’accord formel des détenteurs des droits de propriété intellectuelle.

12. Références

Allport, G. W., & Ross, J. M. (1967). Personal religious orientation and prejudice. Journal of Personality and Social Psychology, 5(4), 432–443. https://doi.org/10.1037/h0021212

Bartholomew, K., & Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226–244. https://doi.org/10.1037/0022-3514.61.2.226

Beck, R., & McDonald, A. (2004). Attachment to God: The Attachment to God Inventory, tests of working model correspondence, and an exploration of faith group differences. Journal of Psychology and Theology, 32(2), 92–103. https://doi.org/10.1177/009164710403200202

Bowlby, J. (1982). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment (2nd ed.). Basic Books. (Ouvrage original publié en 1969).

Brennan, K. A., Clark, C. L., & Shaver, P. R. (1998). Self-report measurement of adult attachment: An integrative overview. In J. A. Simpson & W. S. Rholes (Eds.), Attachment theory and close relationships (pp. 46–76). Guilford Press.

Granqvist, P., & Kirkpatrick, L. A. (2016). Attachment and religious representations: A cognitive and cultural systems approach. In J. Cassidy & P. R. Shaver (Eds.), Handbook of attachment: Theory, research, and clinical applications (3rd ed., pp. 917–940). Guilford Press.

Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511–524. https://doi.org/10.1037/0022-3514.52.3.511

Kirkpatrick, L. A. (1992). An attachment-theory approach to the psychology of religion. The International Journal for the Psychology of Religion, 2(1), 3–28. https://doi.org/10.1207/s15327582ijpr0201_2

Kirkpatrick, L. A. (1999). Attachment and religious representations and behavior. In J. Cassidy & P. R. Shaver (Eds.), Handbook of attachment: Theory, research, and clinical applications (pp. 803–822). Guilford Press.

Pargament, K. I., Koenig, H. G., & Perez, L. M. (2000). The many methods of religious coping: Development and initial validation of the RCOPE. Journal of Clinical Psychology, 56(4), 519–543. Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale:
7-point Likert scale:
1 = Disagree Strongly
2 = Disagree
3 = Disagree Slightly
4 = Neutral/Mixed
5 = Agree Slightly
6 = Agree
7 = Agree Strongly

  1. I worry a lot about my relationship with God.
  2. I just don’t feel a deep need to be close to God.
  3. If I can’t see God working in my life, I get upset or angry.
  4. I am open to sharing the most intimate matters of my life with God.
  5. I often worry about whether God is pleased with me.
  6. I am uncomfortable being emotional in my communication with God.
  7. Even if I fail, I never doubt that God is pleased with me.
  8. My relationship with God is very intimate or emotionally close.
  9. I often feel that God is angry with me when I sin.
  10. I find it difficult to open up to God when I’m dealing with difficult emotions.
  11. I am confident that God accepts me even with all my weaknesses.
  12. I prefer not to be emotionally expressive around God.
  13. I often worry about losing God’s love and affection.
  14. I feel comfortable sharing my deepest secrets with God.
  15. When God doesn’t seem near, I easily fall into despair.
  16. I rarely spend time contemplating the presence of God in my life.
  17. Sometimes I feel like God is punishing me for the things I have done wrong.
  18. I am completely comfortable relying on God to meet my emotional needs.
  19. I often wonder if I am truly loved by God.
  20. I find it hard to just rest in God’s love.
  21. I get anxious when I feel distant from God.
  22. Sharing my personal feelings with God is easy for me.
  23. I often doubt that God could love me as I am.
  24. I prefer maintaining some emotional distance in my walk with God.
  25. I often worry that God is going to abandon me.
  26. My communication with God is usually honest and emotionally transparent.
  27. I am jealous when I see other people who seem to have a closer relationship with God than I do.
  28. God knows everything about me, and that makes me feel safe and secure.
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