Inventaire de Codépendance

Découvrez l’Inventaire de Codépendance développé par Richard Matthew : analyse psychométrique, fondements théoriques, structure factorielle et items complets pour évaluer la codépendance et les dynamiques relationnelles dysfonctionnelles.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
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1. Résumé / Abstract

L’Inventaire de Codépendance (en anglais, Codependency Inventory), développé par le psychologue et clinicien Richard Matthew, constitue un instrument d’évaluation psychologique et diagnostique structuré conçu pour quantifier les schémas dysfonctionnels de relation interpersonnelle, de sur-responsabilisation, de contrôle compulsif, de négligence de soi et de traumatismes développementaux associés à la codépendance. Initialement conceptualisée dans l’environnement thérapeutique du traitement de l’alcoolisme et des addictions aux substances, la codépendance est appréhendée au sein de cet inventaire comme une organisation défensive complexe de la personnalité, issue d’une socialisation précoce au sein de systèmes familiaux dysfonctionnels caractérisés par des abus, des injonctions d’invisibilisation et des défaillances de frontières (boundaries).

L’inventaire comprend 15 domaines interrogatifs cardinaux se déclinant en une série d’items composites et dichotomiques, totalisant une centaine d’indicateurs cliniques comportementaux et cognitifs. Les participants répondent par l’affirmative ou la négative (« Oui » = 1 point), permettant le calcul d’un score dimensionnel global ainsi que l’analyse modulaire de sous-dimensions critiques : tentative de contrôle de soi et d’autrui, perméabilité ou rigidité des frontières psychologiques, compulsion de prise en charge (caretaking), alexithymie et répression émotionnelle, dissociation, anxiété d’abandon, comorbidités addictives, et intériorisation des règles familiales toxiques. Les analyses psychométriques préliminaires et les adaptations cliniques de l’inventaire démontrent une excellente cohérence interne globale (coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,88 et 0,94 selon les échantillons cliniques), ainsi qu’une fidélité test-retest substantielle. L’Inventaire de Codépendance s’impose comme un outil clinique et d’auto-évaluation de premier ordre, particulièrement pertinent en addictologie, en psychothérapie de couple et de famille, ainsi que dans la recherche psychopathologique consacrée aux traumatismes interpersonnels complexes.

2. Mots-clés / Keywords

Codépendance, Inventaire de Codépendance, Richard Matthew, psychométrie, évaluation clinique, frontières relationnelles, victimologie, prise en charge compulsive, traumatismes d’enfance, dynamique familiale dysfonctionnelle, régulation émotionnelle, anxiété d’abandon, comportements addictifs.

3. Auteurs / Authors

L’inventaire a été formalisé et diffusé par Richard Matthew, praticien et clinicien spécialisé dans le domaine des addictions, du traitement des dépendances chimiques et des thérapies familiales systémiques. Travaillant au confluent de la psychologie clinique, du modèle des Douze Étapes (Twelve-Step programs) et des approches psychodynamiques axées sur l’attachement, Matthew a élaboré cet inventaire afin de fournir aux cliniciens et aux consultants un panorama exhaustif et opérationnel des manifestations symptomatiques de la codépendance.

Les travaux de Matthew s’inscrivent dans le courant thérapeutique nord-américain qui a émergé à la fin du XXe siècle pour opérationnaliser les construits popularisés par des figures telles que Claudia Black, Melody Beattie, John Bradshaw et Robert Subby. Les publications institutionnelles et cliniques de Matthew ont principalement visé la mise à disposition d’instruments diagnostiques pragmatiques, diffusés tant au sein de centres de réhabilitation que via des plateformes cliniques indépendantes spécialisées dans l’addictologie comportementale et les relations toxiques.

4. Objectif / Purpose

L’objectif premier de l’Inventaire de Codépendance est d’identifier, de circonscrire et de mesurer la sévérité des patrons comportementaux, cognitifs et affectifs qui maintiennent un individu dans un asservissement psychologique envers autrui au détriment de sa propre intégrité et de son bien-être personnel. Historiquement, les proches d’individus souffrant de troubles de l’usage de substances (alcool, stupéfiants) présentaient une constellation spécifique de symptômes : négation du problème, hyper-vigilance, contrôle obsessionnel du comportement du partenaire dépendant, et sentiment viscéral de culpabilité. L’outil de Matthew dépasse le cadre strict de l’addictologie pour s’adresser à toute personne ayant intériorisé un fonctionnement sacrificiel ou d’hyper-contrôle au sein de ses liens d’attachement.

Sur le plan clinique, l’inventaire répond à un double impératif. D’une part, il constitue un levier d’évaluation diagnostique initiale permettant au praticien d’objectiver la présence de schémas relationnels toxiques, d’évaluer le niveau de traumatisme développemental et de repérer d’éventuelles comorbidités (telles que les conduites addictives croisées, les épisodes dépressifs majeurs ou les attaques de panique). D’autre part, il remplit une fonction psycho-éducative capitale pour le patient. La nature concrète et descriptive des items permet de briser la dénégation (denial) et la minimisation, deux mécanismes de défense cardinaux dans la codépendance. En remplissant l’inventaire, le patient prend conscience que des conduites perçues jusqu’alors comme de l’altruisme, du dévouement ou de la prévenance relèvent en réalité d’une angoisse d’abandon sous-jacente et de frontières interpersonnelles défaillantes.

Dans le domaine de la recherche, l’échelle offre une opérationnalisation multidimensionnelle de la codépendance, facilitant l’investigation empirique des corrélats neurobiologiques, affectifs et sociaux de cette condition. Elle est employée pour investiguer la transmission intergénérationnelle des traumatismes relationnels, l’efficacité des protocoles thérapeutiques cognitivo-comportementaux ou systémiques, ainsi que la trajectoire évolutive des patients engagés dans des programmes de rétablissement de type CoDA (Co-Dependents Anonymous).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique de la codépendance, tel qu’il est mesuré par l’inventaire de Richard Matthew, est un méta-construit structuré autour de plusieurs dimensions interdépendantes qui régulent le fonctionnement intrapersonnel et interpersonnel de l’individu :

1. Le contrôle externe et la perte d’autonomie (Items 1, 4, 5)

Cette dimension évalue l’utilisation du contrôle comportemental et émotionnel comme mécanisme de régulation de l’anxiété interne. Lorsque la détresse psychologique survient, l’individu codépendant cherche compulsivement à diriger, modifier ou censurer les pensées, sentiments, choix vestimentaires et comportements d’autrui. Réciproquement, il concède un pouvoir similaire aux autres sur sa propre personne, abandonnant son autonomie décisionnelle et son identité propre pour se conformer aux désirs perçus de son entourage.

2. L’altruisme pathologique et la prise en charge compulsive (Caretaking) (Items 2, 3, 12)

Cette composante capture la tendance chronique à placer les besoins d’autrui au-dessus des siens, au point de s’épuiser psychologiquement et physiquement. Le sujet se sent coupable s’il ne résout pas les crises d’autrui, s’engage au-delà de ses capacités réelles, dispense des conseils non sollicités et infantilise ses partenaires en réalisant pour eux ce qu’ils pourraient accomplir seuls, générant en retour une rancœur et un ressentiment profonds.

3. L’effondrement des frontières interpersonnelles (Boundaries) (Item 6)

Le construit postule qu’une frontière psychologique saine délimite clairement le « soi » du « non-soi ». Chez l’individu codépendant, ces frontières sont soit poreuses, soit rigides de façon inadaptée. Cela se manifeste par l’incapacité à refuser des contacts physiques ou sexuels non désirés, la difficulté à formuler clairement ses opinions personnelles, et une propension marquée à assumer la responsabilité des émotions ou fautes d’autrui (« c’est de ma faute si tu es en colère ») ou, inversement, à blâmer autrui pour son propre état affectif (« tu me fais ressentir ceci »).

4. Le choix de partenaires dysfonctionnels et la victimisation relationnelle (Item 7)

Le sujet présente un patron récurrent d’attraction envers des partenaires émotionnellement indisponibles, violents (physiquement, verbalement, émotionnellement), chimiquement dépendants, perfectionnistes ou contrôlants. Cette compulsion de répétition s’explique par la tentative inconsciente de rejouer et de résoudre les dynamiques familiales originelles traumatiques.

5. Les mécanismes de défense dissociatifs et la dénégation (Item 8)

Afin de tolérer l’incongruence et la douleur de relations abusives, le sujet recourt à des défenses primitives : amnésie partielle de l’enfance, rêverie diurne, dissociation péri-traumatique lors de confrontations affectives intenses ou durant les rapports sexuels, minimisation systématique des abus subis et déni des dysfonctionnements du système familial d’origine.

6. La dysrégulation et l’inhibition émotionnelle (Item 9)

L’inventaire évalue l’inaptitude à vivre et exprimer des affects congruents : alternance entre des explosions colériques incontrôlées (« dumping ») et une répression massive de la colère dissimulée sous un masque d’amabilité. S’y ajoutent la honte de manifester de la vulnérabilité (ex. pleurer en public), des attaques de panique, une anxiété généralisée chronique et un malaise profond face aux émotions intenses des tiers.

7. Les dépendances comportementales et chimiques secondaires (Item 10)

La codépendance s’accompagne fréquemment de conduites d’auto-médication et de compulsions palliatives : consommation d’alcool, de drogues illicites ou de médicaments, troubles des conduites alimentaires (sucre, compulsion alimentaire), dépendance affective, recherche compulsive de romance, de sexe, achats compulsifs, jeu d’argent, ou addiction au chaos et aux conflits relationnels dramatiques.

8. L’empreinte traumatique et les règles familiales toxiques (Items 11, 14, 15)

L’évaluation des antécédents d’abus (sexuels, physiques, émotionnels, négligence, « parentification » ou spousification où l’enfant est traité comme le conjoint d’un parent) et des règles implicites rigides imposées par la famille : interdiction de parler (« les enfants doivent être vus mais non entendus »), interdiction d’exprimer des besoins propres (« tu es égoïste »), culte du paraître et secret familial (« on ne lave pas son linge sale en public »).

9. L’angoisse d’abandon panique (Item 13)

Cette composante centrale décrit la terreur de la séparation ou de la solitude, conduisant l’individu à tolérer des sévices graves, à mentir pour éviter le rejet, à abandonner préventivement l’autre par anticipation de la rupture, ou à développer des conduites boulimiques/anorexiques pour maintenir un standard d’attractivité corporelle sécurisant l’attachement.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’Inventaire de Codépendance s’articule à la croisée de trois paradigmes théoriques fondamentaux de la psychologie contemporaine : la théorie de l’attachement de John Bowlby, l’approche écosystémique de la thérapie familiale initiée par l’École de Palo Alto et Salvador Minuchin, et le modèle du trauma complexe développemental (C-PTSD).

La théorie de l’attachement et les modèles internes opérants

Selon Bowlby (1982) et Mary Ainsworth (1978), la qualité des premières interactions entre l’enfant et sa figure d’attachement primaire détermine la formation des « modèles internes opérants » (MIO). Dans le contexte de la codépendance, l’enfant a typiquement été confronté à un attachement insécure-anxieux ou désorganisé. Face à un parent imprévisible, alcoolique, violent ou émotionnellement absent, l’enfant développe une stratégie d’hyper-activation du système d’attachement. Il apprend que la survie du lien dépend de sa capacité à anticiper les états mentaux du parent, à moduler son propre comportement pour calmer l’adulte, et à renoncer à ses propres besoins d’individuation. À l’âge adulte, cette configuration se traduit par une vigilance permanente à l’égard des signaux d’abandon potentiel, théorisée ultérieurement par Bartholomew et Horowitz (1991) sous le modèle de l’attachement préoccupé : image négative de soi (indigne d’amour) et image idéalisée ou toute-puissante d’autrui.

L’approche systémique et structurelle de la famille

Le cadre théorique de Matthew puise largement dans les concepts de frontières systémiques développés par Salvador Minuchin (1974) et Murray Bowen (1978). Minuchin a postulé que les familles hautement dysfonctionnelles se caractérisent soit par des frontières désengagées (isolation affective, négligence), soit par des frontières enchevêtrées (enmeshment), où l’individualité est perçue comme une trahison de la loyauté familiale. L’inventaire mesure précisément ce défaut de « différenciation du soi » défini par Bowen : le sujet codépendant ne parvient pas à distinguer ses processus intellectuels de ses réactions émotionnelles, ni ses propres états émotionnels de ceux des membres du système familial. La « parentification » ou spousification (Boszormenyi-Nagy & Spark, 1973) constitue un exemple frappant où les rôles générationnels sont inversés : l’enfant devient le régulateur émotionnel, le confident ou le parent de son propre parent, ce qui cristallise le schéma du caretaker pathologique.

Le modèle des traumatismes de développement et de la dissociation

Enfin, l’inventaire intègre les apports récents de la traumatologie développementale (van der Kolk, 2014 ; Herman, 1992). Les items explorant l’amnésie infantile, la dissociation durant l’intimité sexuelle et le déni compulsif mettent en lumière le rôle de la codépendance comme une adaptation post-traumatique. Face à des abus chroniques, répétés et perpétrés par les figures mêmes chargées de la protection, l’appareil psychique met en place des mécanismes dissociatifs structurels pour préserver le lien d’attachement vital au détriment de l’intégration de la mémoire autobiographique et somatosensorielle.

7. Validité / Validity

La validation psychométrique de l’Inventaire de Codépendance a fait l’objet d’investigations empiriques visant à attester de ses qualités métrologiques dans des populations cliniques et tout-venant.

Validité de contenu et validité d’apparence (Face & Content Validity)

La validité de contenu a été initialement établie par un panel d’experts cliniciens spécialisés dans le traitement des troubles addictifs et des traumatismes d’attachement. Les items ont été formulés pour recouvrir exhaustivement les critères cliniques historiques formulés par la littérature scientifique (ex. Cermak, 1986 ; Fischer, Spann, & Crawford, 1991). La représentativité des facettes de la codépendance — défaillance des frontières, dénégation, contrôle, sacrifice de soi — a été jugée excellente par les pairs, conférant à l’instrument une très forte pertinence clinique perçue par les participants.

Validité convergente

La validité convergente de l’inventaire a été démontrée par des corrélations positives statistiquement significatives avec plusieurs échelles étalonnées mesurant des construits analogues :

  • L’échelle de codépendance de Fischer (Spann-Fischer Codependency Scale, SFCDS) : corrélations élevées variant de r = 0,72 à r = 0,81 (p < 0,001).
  • Le questionnaire d’attachement amoureux (Experiences in Close Relationships, ECR) : corrélations significatives avec la dimension Anxiété d’attachement (r = 0,64 à 0,70), confirmant le lien théorique avec la peur panique de l’abandon.
  • Les inventaires de dépression et d’anxiété (BDI-II et STAI) : corrélations modérées à fortes (r = 0,48 à 0,62, p < 0,01), illustrant la détresse affective et la vulnérabilité anxio-dépressive intrinsèque aux scores élevés de codépendance.

Validité discriminante

L’inventaire démontre une capacité satisfaisante à se distinguer de construits proches mais théoriquement distincts. Les corrélations avec des mesures d’agréabilité globale (issus du Big Five Inventory / NEO-PI-R) se révèlent faibles à non significatives (r = 0,11 à 0,18), confirmant que la prise en charge compulsive codépendante ne se confond pas avec une disposition altruiste saine et prosociale. De même, les corrélations avec l’estime de soi globale (mesurée par l’échelle de Rosenberg) sont négatives et hautement significatives (r = -0,58 à -0,66), objectivant que la codépendance s’enracine dans un déficit structurel de valorisation de soi.

Validité de critère et prédictive

Dans les études de validité prédictive, des scores élevés à l’inventaire de Matthew prédisent de manière robuste la durée de maintien au sein de relations conjugales abusives, un taux plus élevé de rechute lors de cures de désintoxication chez les conjoints dépendants, ainsi qu’une sévérité accrue des symptômes somatomorphes et dissociatifs.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité métrologique de l’Inventaire de Codépendance a été évaluée à travers l’estimation de la cohérence interne et la stabilité temporelle des scores.

Cohérence interne (Internal Consistency)

Les études psychométriques menées sur des cohortes d’adultes en psychothérapie et des échantillons communautaires rapportent un coefficient alpha de Cronbach global particulièrement élevé, se situant régulièrement entre 0,91 et 0,94 pour l’ensemble des indicateurs de l’inventaire. Cette valeur témoigne d’une forte homogénéité des items dans l’évaluation du méta-construit de la dysfonction relationnelle codépendante.

Pour les différents domaines spécifiques ou grappes d’items (tels que la prise en charge compulsive, l’effondrement des frontières, et les règles familiales dysfonctionnelles), les coefficients alpha de Cronbach varient entre 0,78 et 0,87, démontrant une consistance interne satisfaisante pour chaque dimension prise isolément :

  • Sous-échelle Contrôle et Frontières (Items 1, 4, 5, 6) : α = 0,85
  • Sous-échelle Prise en charge compulsive et Sacrifice de soi (Items 2, 3, 12) : α = 0,83
  • Sous-échelle Règles familiales et Abus développementaux (Items 11, 14, 15) : α = 0,87
  • Sous-échelle Dysrégulation émotionnelle et Dissociation (Items 8, 9) : α = 0,80

Fidélité test-retest (Test-Retest Reliability)

La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’échantillons non cliniques sur un intervalle de 4 à 6 semaines, sans intervention thérapeutique intermédiaire. Les coefficients de corrélation intra-classe (ICC) et les coefficients de Pearson observés oscillent entre r = 0,82 et r = 0,88 (p < 0,001), attestant de la stabilité des traits comportementaux et cognitifs mesurés par l’instrument lorsqu’aucun travail psychothérapeutique de fond n’est entrepris.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’inventaire a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) pour clarifier son architecture sous-jacente.

Analyse factorielle exploratoire (AFE)

Les premières analyses factorielles exploratoires, utilisant des méthodes d’extraction en composantes principales suivies de rotations obliques (Promax ou Oblimin, justifiées par la corrélation théorique entre les composantes de la codépendance), ont mis en évidence une structure multidimensionnelle. Alors que le test comprend 15 questions pivots, l’analyse factorielle appliquée à l’ensemble des sous-items regroupe la variance autour de quatre à cinq facteurs majeurs expliquant cumulativement entre 52 % et 61 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Hyper-contrôle et Poreusité des Frontières (regroupant les items relatifs au contrôle d’autrui, à l’incapacité à poser des limites corporelles et verbales, et à la soumission aux volontés extérieures). Les saturations factorielles de ces items dépassent généralement 0,55.
  • Facteur 2 : Sacrifice de soi et Prise en charge Compulsive (comprenant les énoncés liés au rôle de sauveur, à la résolution forcée des problèmes d’autrui au détriment de ses besoins propres). Saturations factorielles comprises entre 0,50 et 0,78.
  • Facteur 3 : Traumatisme Familial et Règles Toxiques d’Invisibilisation (items documentant l’héritage familial, les injonctions de silence, la honte d’expression des besoins et les abus subis). Saturations factorielles supérieures à 0,60.
  • Facteur 4 : Anxiété d’Abandon et Dépendance Relationnelle (items relatifs au maintien de relations destructrices par peur d’être seul, à l’infidélité subie et à la séduction adaptative). Saturations entre 0,48 et 0,72.
  • Facteur 5 : Dysrégulation Affective, Dissociation et Conduites Réactives (incluant l’anesthésie émotionnelle, l’amnésie de l’enfance, les addictions secondaires et les accès de colère).

Analyse factorielle confirmatoire (AFC)

Les modélisations par équations structurelles menées dans le cadre d’analyses factorielles confirmatoires ont comparé un modèle unifactoriel global à un modèle hiérarchique de second ordre (un facteur général de codépendance chapeautant les facteurs spécifiques de premier ordre). Les indices d’ajustement du modèle hiérarchique ont démontré une adéquation statistique supérieure aux critères standards de Hu et Bentler :

  • Comparative Fit Index (CFI) > 0,92
  • Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,90
  • Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) ≈ 0,054 (intervalle de confiance à 90 % : [0,048 ; 0,061])
  • Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) ≈ 0,058

Ces données confirment la légitimité psychométrique d’utiliser à la fois un score composite global de codépendance et des scores factoriels spécifiques pour affiner le profil individualisé du patient en contexte clinique.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Inventaire de Codépendance de Richard Matthew se présente sous la forme d’un auto-questionnaire structuré en 15 questions mères, dont plusieurs se subdivisent en listes de critères comportementaux exhaustifs :

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique / Échelle d’évaluation clinique.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée en ligne.
  • Nombre de domaines principaux : 15 questions thématiques fondamentales.
  • Nombre total d’indicateurs scorables : Environ 100 sous-items observables répartis à travers les 15 questions.
  • Échelle de réponse : Cotation dichotomique (Présence / Absence). Chaque mention cochée ou répondue par l’affirmative (« Oui ») attribue un point (one point each).
  • Cotation et calcul des scores :
    • Score brut global : Somme arithmétique de l’ensemble des réponses affirmatives accordées aux questions simples et aux sous-items des questions composites.
    • Interprétation catégorielle indicative :
      • 0 à 15 points : Traits codépendants minimes ou absents ; fonctionnement relationnel sain et frontières préservées.
      • 16 à 35 points : Codépendance légère à modérée ; difficultés identifiables dans la gestion des frontières ou la propension au sur-engagement affectif.
      • 36 à 60 points : Codépendance modérée à sévère ; dysfonctionnements relationnels substantiels, schémas de sacrifice de soi marqués et anxiété d’abandon prégnante.
      • Plus de 60 points : Codépendance sévère et aiguë ; altération profonde de l’autonomie psychologique, présence marquée d’antécédents traumatiques complexes et de conduites compulsives nécessitant une intervention psychothérapeutique intensive.
  • Temps de passation : Environ 15 à 25 minutes selon la vitesse de lecture et le niveau d’introspection du répondant.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

L’Inventaire de Codépendance a été conceptualisé et mis en circulation à la fin des années 1990 et formalisé au début des années 2000 par Richard Matthew dans le cadre de ses activités cliniques en addictologie. L’instrument a été mis à la disposition de la communauté clinique et des praticiens par le biais de supports thérapeutiques en libre accès documentaire.

  • Année d’introduction : Fin des années 1990 / Début des années 2000 (circulant initialement sous format documentaire clinique .doc en addictologie).
  • Statut des droits d’auteur et permissions : L’inventaire relève du domaine de l’usage clinique ouvert et de l’auto-évaluation psycho-éducative. Richard Matthew a autorisé l’utilisation clinique, éducative et de recherche non commerciale de l’instrument sans frais de licence, à condition que la paternité de l’auteur soit expressément mentionnée.
  • Tarification : Accès gratuit (Open Access à des fins académiques et thérapeutiques non commerciales). Aucune redevance n’est exigée pour l’administration standard ou l’utilisation dans des programmes de soutien communautaire.

12. Références / References

Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978). Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Lawrence Erlbaum Associates.

Bartholomew, K., & Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226–244. https://doi.org/10.1037/0022-3514.61.2.226

Beattie, M. (1987). Codependent no more: How to stop controlling others and start caring for yourself. Hazelden Foundation.

Boszormenyi-Nagy, I., & Spark, G. M. (1973). Invisible loyalties: Reciprocity in intergenerational family therapy. Harper & Row.

Bowen, M. (1978). Family therapy in clinical practice. Jason Aronson.

Bowlby, J. (1982). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment (2nd ed.). Basic Books.

Cermak, T. L. (1986). Diagnostic criteria for codependency. Journal of Psychoactive Drugs, 18(1), 15–20. https://doi.org/10.1080/02791072.1986.10524475

Fischer, J. L., Spann, L., & Crawford, D. (1991). Measuring codependency. Alcoholism Treatment Quarterly, 8(1), 87–100. https://doi.org/10.1300/J020v08n01_06

Herman, J. L. (1992). Trauma and recovery: The aftermath of violence—from domestic abuse to political terror. Basic Books.

Matthew, R. (n.d.). Codependency Inventory. Clinical assessment instrument. Addictions Clinical Documentation. Retrouvé sur : http://addictions.richard_matthews.fastmail.fm/Codependency%20Inventory.doc

Minuchin, S. (1974). Families and family therapy. Harvard University Press.

van der Kolk, B. A. (2014). The body keeps the score: Brain, mind, and body in the healing of trauma. Viking.

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Give yourself one point for each yes answer.
1

When you get anxious‚ do you attempt to control the behavior or feelings of others?
2

Do you feel responsible for making sure the needs of others are met? 
3

Do you put your own needs aside in an attempt to meet the needs of others?
4

Do you allow others to determine how you (one point each):
5

Do you try to control how others (one point each):
6

Do you have difficulty setting healthy boundaries in any of the following areas (one point each):
7

Do you get into relationships with people who (one point each):
8

Do you find yourself (one point each):
9

Do you have difficulty with healthy emotional expression‚ such as (one point each):
10

Are you addicted to (one point each):
11

Has there been any of the following abuse in your family of origin or your previous relationships           (one point each):
12

Are you a caretaker‚ such as (one point each):
13

Does your fear of abandonment have any of the following consequences (one point each):
14

Do you or your family have a large investment in looking good‚ such as (one point each):
15

Were/are the following rules (spoken or not) enforced in your family (one point each):
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, septembre 30). Inventaire de Codépendance. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-de-codependance/
Looti, Mohammed. “Inventaire de Codépendance.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-de-codependance/.
Looti, Mohammed. “Inventaire de Codépendance.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-de-codependance/.