1. Résumé / Abstract
L’Inventaire d’anxiété sexuelle (connu en anglais sous le nom de Sex Anxiety Inventory, ou SAI) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu initialement par les psychologues Louis H. Janda et Kevin E. O’Grady en 1980. Développé au sein du département de psychologie de l’Université Old Dominion, cet outil vise à mesurer l’anxiété sexuelle conçue comme une disposition générale de la personnalité, c’est-à-dire un trait stable caractérisé par une tendance globale à réagir avec une appréhension émotionnelle, cognitive et physiologique face à une multitude de stimuli, de contextes et de comportements à connotation sexuelle. L’échelle se distingue structurellement de la culpabilité sexuelle ou de la simple peur de la performance en se concentrant spécifiquement sur la composante affective aversive et l’activation anxieuse déclenchée par l’érotisme, la séduction, les relations intimes, la pornographie, les fantasmes et les normes socioculturelles entourant la sexualité.
Le questionnaire comprend 25 items présentés selon un format de choix forcé (forced-choice dyad). Pour chaque proposition, le répondant est confronté à deux assertions alternatives : l’une reflète une attitude détendue, permissive, hédonique ou neutre envers l’activité ou le stimulus sexuel, tandis que l’autre reflète une réaction d’anxiété, de malaise, d’évitement, de nervosité ou d’inquiétude morale. L’évaluation attribue un point pour chaque réponse indiquant une anxiété sexuelle, produisant un score total variant de 0 à 25, les scores plus élevés indiquant une anxiété liée au sexe plus marquée. Bien que conçue initialement comme une mesure unidimensionnelle globale de l’anxiété-trait sexuelle, des analyses factorielles subséquentes ont mis en évidence plusieurs composantes sous-jacentes, notamment l’anxiété liée à l’initiation sexuelle, la peur des conséquences négatives ou du dévoilement social, le malaise face aux comportements sexuels non conventionnels (tels que le sexe de groupe ou l’adultère), et les tensions associées à l’exposition à du matériel érotique ou des blagues grivoises.
Sur le plan des propriétés psychométriques, l’Inventaire d’anxiété sexuelle démontre une excellente consistance interne, attestée par des coefficients alpha de Cronbach se situant de façon constante entre 0,85 et 0,91 selon les échantillons d’hommes et de femmes, ainsi qu’une excellente stabilité temporelle avec un coefficient de fidélité test-retest de 0,85 sur une période de deux semaines. La validité de construit est étayée par des corrélations modérées à fortes avec des mesures de culpabilité sexuelle (comme l’échelle de Mosher), des corrélations négatives avec la variété et la fréquence des expériences sexuelles, ainsi qu’une capacité robuste à prédire l’inconfort rapporté lors de situations de communication intime ou de dysfonctions sexuelles. Cet instrument demeure une référence majeure en psychométrie sexologique, en psychologie clinique et en recherche comportementale.
2. Mots-clés / Keywords
Anxiété sexuelle, inventaire d’anxiété sexuelle, Sex Anxiety Inventory, psychométrie, évaluation sexologique, trait d’anxiété, comportement sexuel, sexualité humaine, Louis H. Janda, fidélité test-retest, choix forcé, échelle d’attitude sexuelle, dysfonction sexuelle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par les chercheurs américains suivants :
- Louis H. Janda, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie à l’Old Dominion University (Norfolk, Virginie, États-Unis). Spécialiste reconnu de l’évaluation de la personnalité, de la psychométrie appliquée et de la psychologie clinique des attitudes intimes. Auteur de nombreux ouvrages sur les tests psychologiques et l’évaluation diagnostique.
- Kevin E. O’Grady, Ph.D. : Professeur au département de psychologie de l’University of Maryland, College Park (Maryland, États-Unis). Expert en méthodologie statistique, modélisation par équations structurelles, psychométrie et évaluation des conduites addictives et des comportements de santé.
Les correspondances académiques historiques relatives à l’élaboration de la mesure étaient adressées au Department of Psychology, Old Dominion University, Norfolk, Virginia 23508, États-Unis.
4. Objectif / Purpose
L’Inventaire d’anxiété sexuelle a été élaboré pour combler une lacune théorique et méthodologique fondamentale au sein de la littérature psychologique des années 1970 et 1980. Jusqu’à sa création, la plupart des instruments s’intéressant aux composantes affectives négatives associées à la sexualité mesuraient presque exclusivement la culpabilité sexuelle (notamment via le Mosher Forced-Choice Guilt Inventory) ou des manifestations spécifiques de dysfonction érectile et d’inhibition orgasmique. Or, la culpabilité et l’anxiété sont deux construits émotionnels conceptuellement distincts : tandis que la culpabilité implique principalement une violation anticipée ou rétrospective de normes éthiques intériorisées, l’anxiété est une réponse aversive multidimensionnelle impliquant de l’appréhension, de la tension psychophysiologique, de l’hyperréactivité autonome et un sentiment d’impuissance face à une menace perçue.
L’objectif premier du SAI est donc d’isoler et de quantifier précisément l’anxiété conditionnée et cognitive suscitée par un large spectre d’activités, de pensées et de stimuli érotiques. Les auteurs ont cherché à bâtir un instrument capable d’appréhender non pas un état anxieux transitoire ponctuel (l’anxiété-état), mais une véritable prédisposition individuelle stable (l’anxiété-trait), qui conditionne la façon dont un individu anticipe, interprète, vit ou évite les scénarios érotiques au cours de son existence.
Sur le plan des applications concrètes, le SAI remplit trois missions majeures :
- Applications en sexothérapie et clinique psychiatrique : L’outil fournit aux thérapeutes une cartographie objective de l’intensité de la détresse affective du patient. Il permet d’identifier si les difficultés sexuelles (telles que le trouble du désir sexuel hypoactif, l’éjaculation prématurée, les troubles érectiles psychogènes, le vaginisme ou la dyspareunie) s’enracinent dans une appréhension phobique généralisée de la sexualité ou dans des facteurs purement relationnels ou biologiques. L’identification de points d’anxiété ciblés (par exemple, la peur d’initier un contact ou l’angoisse d’être découvert) permet d’orienter les protocoles de désensibilisation systématique, d’exposition graduée et de restructuration cognitive en thérapie comportementale et cognitive (TCC).
- Recherche fondamentale et épidémiologique : Le SAI sert de variable médiatrice ou modératrice cruciale dans les études portant sur la prise de risque sexuel, l’utilisation de contraceptifs, la communication intime dans le couple, et la corrélation entre éducation rigoriste/religieuse et épanouissement érotique. Les chercheurs ont fréquemment démontré que les individus présentant des scores élevés d’anxiété sexuelle adoptent paradoxalement des comportements sexuels moins protégés, précisément parce que leur anxiété entrave la planification contraceptive, l’achat de préservatifs ou les échanges verbaux clairs avec le partenaire.
- Évaluation de programmes d’intervention psychoéducatifs : L’inventaire sert de mesure pré- et post-intervention dans le cadre d’ateliers de sexologie éducative, de programmes universitaires d’éducation sexuelle ou de stages thérapeutiques d’affirmation de soi sexuelle, afin d’évaluer scientifiquement l’efficacité de ces approches à réduire l’inhibition phobique de l’érotisme.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’Inventaire d’anxiété sexuelle repose sur une conceptualisation cognitivo-émotionnelle et comportementale de la sexualité humaine. L’anxiété sexuelle y est définie comme la tendance d’un individu à expérimenter un état subjectif de tension, de nervosité, de peur, d’inquiétude ou d’appréhension d’origine autonome lorsqu’il est confronté à des stimuli sexuels réels, symboliques, imaginaires ou interpersonnels. Contrairement à une phobie spécifique, il s’agit d’une constellation étendue de réactions aversives englobant divers domaines de la vie érotique.
Les travaux de Janda et O’Grady (1980), complétés par les modélisations ultérieures de la sexologie contemporaine, révèlent que l’anxiété sexuelle telle que capturée par les 25 items de l’échelle s’articule autour de quatre dimensions fondamentales :
1. L’anxiété liée à l’initiation et à l’assertivité sexuelle
Cette dimension renvoie à la difficulté d’entamer une interaction séduisante ou d’exprimer explicitement ses intentions érotiques. Elle met en scène la vulnérabilité liée au risque de rejet, au jugement d’autrui ou à l’illégitimité perçue de ses propres désirs. Par exemple, l’item relatif à l’initiation d’une relation sexuelle (« Initiating sexual relationships ») force le participant à choisir entre « is a very stressful experience » (expérience très stressante) et « causes me no problem at all » (ne me pose aucun problème). De même, l’attitude face au flirt (« When others flirt with me, I don’t know what to do » versus « I flirt back ») illustre cette inhibition comportementale face à la réciprocité de la séduction.
2. L’anxiété liée aux comportements intimes et aux contacts physiques directs
Ce volet mesure le malaise kinesthésique, sensoriel et physiologique déclenché par les activités sexuelles physiques, allant des caresses préliminaires au coït et au sexe oral. L’anxiété s’exprime ici sous la forme d’une appréhension corporelle paralysante. L’item abordant les préliminaires (« When I engage in petting… I feel scared at first ») ou celui évaluant la réaction face au sexe oral (« Oral sex… would terrify me » versus « would arouse me ») capturent directement l’activation aversive qui contrecarre l’excitation érotique normale.
3. L’anxiété liée aux stimuli érotiques, aux fantasmes et à la sexualité solitaire
Cette dimension s’attache à la régulation cognitive et affective des désirs internes, des songes érotiques et de la pornographie. Pour les individus hautement anxieux, la simple prise de conscience de pulsions érotiques ou le visionnage de matériel explicite déclenche une activation de détresse plutôt qu’un plaisir hédonique. Des items évaluant le ressenti au réveil après un rêve érotique (« When I awake from sex dreams… I feel tense »), les pensées sexuelles (« After having sexual thoughts… I feel jittery »), la masturbation (« causes me to worry ») ou l’achat d’un livre pornographique (« would make me nervous ») illustrent comment le traitement cognitif de l’érotisme est altéré par une réponse d’alarme interne.
4. L’anxiété morale, sociale et la peur des conséquences négatives
Le quatrième axe concerne l’anticipation de la transgression sociale, de la rupture conjugale, du déshonneur ou du jugement d’autrui. Les individus à haut score anticipent de manière disproportionnée les scénarios catastrophiques associés aux transgressions sexuelles (telles que le sexe occasionnel, le sexe de groupe ou l’adultère). Les items confrontent le participant à des notions telles que la peur d’être surpris pendant l’acte sexuel (« worry about being discovered »), les conséquences des relations extraconjugales sur la famille (« can break up families ») ou la carrière (« can damage one’s career »), et la peur d’être démasqué (« I would probably get caught »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique sous-tendant l’Inventaire d’anxiété sexuelle prend racine à la croisée de la théorie de l’apprentissage social, du conditionnement classique pavlovien et du paradigme cognitif de l’évaluation du danger de Aaron T. Beck. Il s’inscrit également dans le prolongement direct des travaux pionniers de William Masters et Virginia Johnson (1970) sur le rôle inhibiteur central de l’anxiété dans la réponse sexuelle humaine.
Le modèle du conditionnement aversif et de l’apprentissage opérant
Dans la perspective béhavioriste adoptée par Janda et O’Grady, les réponses anxieuses face à la sexualité ne sont pas innées mais résultent de processus d’apprentissage au cours de la socialisation, de l’enfance et de l’adolescence. Selon ce modèle, les stimuli sexuels (qui devraient constituer biologiquement des stimuli inconditionnels d’excitation et de plaisir) sont fréquemment associés, au sein de familles autoritaires, d’institutions religieuses fondamentalistes ou de contextes répressifs, à des sanctions punitives, des réprimandes verbales, de la honte ou de la peur. Par conditionnement classique, ces stimuli érotiques deviennent des stimuli conditionnés capables de déclencher automatiquement une réponse sympathique aversive (accélération cardiaque, vasoconstriction périphérique, tension musculaire). Par la suite, l’évitement comportemental de la sexualité (évitement des discussions intimes, évitement des préliminaires, refus de l’engagement) est renforcé négativement par la réduction immédiate de cette tension anxieuse, pérennisant ainsi le trouble.
La théorie cognitivo-comportementale et le « rôle de spectateur »
Sur le plan cognitif, le cadre s’appuie sur la notion d’évaluation cognitive de Richard Lazarus et sur les concepts de Masters et Johnson concernant l’anxiété de performance et le mécanisme d’auto-observation (« spectatoring »). Lorsqu’un individu aborde une situation intime avec un trait d’anxiété sexuelle élevé, son système d’attention se focalise de façon sélective sur les signaux de danger potentiel (la peur d’échouer, la peur de paraître ridicule, l’angoisse du jugement du partenaire). Au lieu de traiter les indices sensoriels érotogènes indispensables à l’excitation physiologique, l’individu adopte une posture d’auto-évaluation critique externe permanente. L’activation accrue du système nerveux sympathique inhibe alors le système parasympathique (pourtant nécessaire à l’érection masculine et à la lubrification vaginale), provoquant une défaillance sexuelle qui vient en retour confirmer les schémas cognitifs négatifs initiaux.
Différenciation théorique : Anxiété-trait vs Culpabilité morale
Janda et O’Grady se sont fortement inspirés de la distinction formulée par Charles Spielberger entre état et trait d’anxiété (State-Trait Anxiety Inventory, STAI). Ils ont postulé que les individus diffèrent fondamentalement dans leur propension stable à percevoir les situations sexuelles comme menaçantes. En concevant le SAI sous forme de choix forcé, les auteurs ont cherché à neutraliser le biais de désirabilité sociale tout en se démarquant de la théorie psychanalytique du Surmoi et de la culpabilité sexuelle formalisée par Donald Mosher. Tandis que la culpabilité chez Mosher découle d’un remords intériorisé face à un idéal moral bafoué, l’anxiété chez Janda et O’Grady représente une réaction de détresse émotionnelle et d’insécurité psychique vécue dans le présent ou projetée dans l’avenir.
7. Validité / Validity
L’Inventaire d’anxiété sexuelle a fait l’objet de rigoureuses démarches de validation psychométrique lors de sa publication originale par Janda et O’Grady (1980), confirmées et enrichies par des investigations empiriques indépendantes menées au cours des décennies suivantes.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente a été démontrée en corrélant le SAI avec des instruments standardisés mesurant des construits psychologiquement apparentés :
- Corrélation avec la culpabilité sexuelle : Dans l’étude princeps de Janda et O’Grady (1980), le SAI a présenté des corrélations positives statistiquement très significatives avec le Mosher Forced-Choice Guilt Inventory (mesure de culpabilité sexuelle), avec un coefficient de $r = 0,66$ chez les hommes ($p < 0,001$) et de$r = 0,64$ chez les femmes ($p < 0,001$). Ces corrélations substantielles confirment que les deux construits partagent une variance commune liée à la négativité affective entourant le sexe. Néanmoins, le fait que ces coefficients ne dépassent pas 0,70 démontre qu'environ 55 à 60 % de la variance n'est pas partagée, prouvant empiriquement que l'anxiété sexuelle et la culpabilité sexuelle ne sont pas redondantes mais mesurent des facettes distinctes.
- Corrélation avec l’anxiété générale : Le SAI a été confronté au State-Trait Anxiety Inventory (STAI – forme Trait) de Spielberger. Les corrélations obtenues étaient modérées mais significatives (comprises entre $r = 0,25$ et $r = 0,38$), ce qui atteste que l’anxiété sexuelle est une composante contextualisée et non la simple réplication d’une névrose ou d’une anxiété généralisée non spécifique.
Validité discriminante
La validité discriminante a été examinée en comparant le SAI avec des construits théoriquement non corrélés, tels que l’intelligence verbale, les capacités de raisonnement abstrait ou les traits de personnalité généraux non liés à l’affectivité (comme l’agréabilité ou l’ouverture d’esprit dans le modèle du Big Five). De plus, des analyses ont démontré que le format de choix forcé réduisait significativement la corrélation avec l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne ($r < -0,15$, non significatif dans la plupart des sous-groupes), indiquant que les scores ne sont pas massivement biaisés par la volonté d'offrir une image vertueuse de soi.
Validité prédictive et critériée
Le SAI démontre une validité prédictive particulièrement robuste quant aux comportements réels des sujets :
- Expérience et répertoire sexuels : Les individus obtenant des scores élevés au SAI rapportent un début plus tardif des relations coïtales, un nombre significativement plus faible de partenaires au cours de la vie ($r = -0,42$ chez les hommes, $r = -0,39$ chez les femmes), une fréquence moindre des rapports intimes et une diversité moindre des pratiques érotiques (masturbation, sexe oral, positions variées).
- Exposition aux stimuli érotiques en laboratoire : Lors d’études expérimentales exposant des sujets à des diapositives, films ou textes érotiques, les scores au SAI se sont avérés corrélés positivement avec l’inconfort auto-rapporté, le dégoût subjectif et l’augmentation anormale de la fréquence cardiaque, et corrélés négativement avec l’excitation génitale objective mesurée par photopléthysmographie vaginale ou pléthysmographie pénienne.
- Communication sexuelle : Dans des échantillons de couples, un score élevé au SAI chez l’un des partenaires prédit de manière fiable des difficultés à communiquer ses préférences et fantasmes, ainsi qu’un niveau inférieur de satisfaction maritale globale.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation des propriétés de fidélité de l’Inventaire d’anxiété sexuelle a fourni des preuves empiriques répétées de sa grande précision de mesure et de sa reproductibilité temporelle.
Consistance interne
Lors de l’étude princeps de standardisation menée par Louis H. Janda et Kevin E. O’Grady (1980) auprès d’un échantillon normatif composé de 100 étudiants de sexe masculin et 100 étudiantes de l’enseignement supérieur :
- Le coefficient de cohérence interne mesuré par la formule 20 de Kuder-Richardson (KR-20, équivalent de l’alpha de Cronbach pour les items dichotomiques) s’élevait à 0,86 pour l’échantillon masculin et à 0,85 pour l’échantillon féminin.
- L’ensemble de l’échantillon combiné a révélé un indice de cohérence global de 0,86.
- Dans des réplications ultérieures colligées dans le Handbook of Sexuality-Related Measures (Fisher et al., 2010), l’alpha de Cronbach oscillait généralement entre 0,84 et 0,91 à travers divers contextes démographiques, culturels et cliniques, témoignant d’une très forte homogénéité des items de l’échelle.
- Les corrélations item-total corrigées se situaient toutes entre 0,32 et 0,68, indiquant que chaque proposition contribue de manière substantielle et positive à la mesure du score total sans qu’aucun item ne vienne affaiblir la consistance de l’ensemble.
Stabilité temporelle (Fidélité Test-Retest)
La fidélité test-retest a été rigoureusement documentée par les concepteurs :
- Sur un sous-échantillon de participants réévalués après un intervalle temporel de deux semaines, le coefficient de corrélation de Pearson test-retest s’est établi à $r = 0,85$ ($p < 0,001$).
- Cette stabilité élevée confirme empiriquement la prémisse théorique fondamentale des auteurs : l’anxiété sexuelle évaluée par le SAI fonctionne véritablement comme un trait de personnalité durable et résistant au temps, et non comme une fluctuation d’humeur dépendante du contexte immédiat.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Dans l’article original de 1980, Janda et O’Grady ont soumis la matrice de corrélations tétrachoriques des 25 items à une analyse factorielle exploratoire (AFE) par factorisation en composantes principales, suivie d’une rotation orthogonale Varimax.
Résultats de l’analyse factorielle exploratoire princeps
L’examen du graphique des valeurs propres (critère d’éboulis de Cattell) et la règle de Kaiser (valeurs propres supérieures à 1,0) ont initialement suggéré la présence d’un facteur général dominant expliquant une part importante de la variance totale commune (plus de 35 %). Cette prédominance d’un facteur général a justifié la recommandation pratique des auteurs d’agréger les réponses sous un score global composite unique.
Néanmoins, la décomposition fine des saturations factorielles a identifié quatre facteurs multidimensionnels distincts et interprétables sur le plan théorique :
- Facteur 1 : Initiation et interactions hétérosociales/érotiques (environ 15 % de la variance expliquée). Ce facteur regroupe des saturations élevées sur les items évaluant le stress lors de la prise de contact, le comportement face au flirt et la nervosité à aborder le sexe opposé (par ex. l’item 3 : « Initiating sexual relationships is a very stressful experience », saturation = 0,71 ; item 11 : « I feel nervous about initiating sexual relations », saturation = 0,68 ; item 12 : « When others flirt with me, I don’t know what to do », saturation = 0,59).
- Facteur 2 : Craintes morales et conséquences relationnelles néfastes (environ 10 % de la variance expliquée). Ce facteur rassemble les items concernant la transgression, l’adultère et la peur d’être démasqué (par ex. l’item 2 : « Extramarital sex can break up families », saturation = 0,64 ; item 14 : « If in the future I committed adultery, I would probably get caught », saturation = 0,61 ; item 19 : « worry about my spouse’s finding out », saturation = 0,66).
- Facteur 3 : Aversion envers l’intimité physique et les comportements érotiques directs (environ 7 % de la variance). Ce facteur comprend des saturations fortes pour les contacts physiques poussés (item 4 : « Oral sex would terrify me », saturation = 0,62 ; item 7 : « When I engage in petting, I feel scared at first », saturation = 0,58 ; item 13 : « Group sex would scare me to death », saturation = 0,55).
- Facteur 4 : Gêne face aux stimuli érotiques publics ou tabous (environ 5 % de la variance). Ce facteur s’articule autour des réactions aux blagues graveleuses, à la pornographie et à la verbalisation du sexe en société (item 1 : « Buying a pornographic book would make me nervous », saturation = 0,53 ; item 15 : « feel too nervous to tell a dirty joke in mixed company », saturation = 0,65 ; item 24 : « When talking about sex in mixed company, I feel nervous », saturation = 0,63).
Validations factorielles confirmatoires ultérieures
Des recherches contemporaines appliquant l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) ont comparé le modèle unidimensionnel à un modèle hiérarchique (un facteur d’ordre supérieur coiffant quatre facteurs de premier ordre). Les indices d’ajustement soutiennent généralement le modèle hiérarchique avec un RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) inférieur à 0,06, un CFI (Comparative Fit Index) supérieur à 0,92 et un TLI supérieur à 0,90, confirmant que si l’anxiété sexuelle peut être opérationnalisée de manière unitaire dans les études cliniques globales, ses sous-composantes conservent une pertinence descriptive spécifique en clinique fine.
10. Instrument de mesure / Instrument
Les caractéristiques techniques et opérationnelles de l’instrument sont résumées ci-dessous :
- Nom complet de l’instrument : Sex Anxiety Inventory (SAI)
- Traduction française usuelle : Inventaire d’anxiété sexuelle
- Nature de l’évaluation : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation (auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé).
- Nombre total d’items : 25 items dyadiques.
- Format des réponses : Format de choix forcé (forced-choice paired statements). Chaque item se compose de deux options distinctes (« a » et « b »). Le participant est dans l’obligation de choisir l’affirmation qui correspond le mieux à sa position ou à son ressenti personnel, même si aucune des deux n’exprime parfaitement son opinion.
- Procédure de cotation (Scoring) :
- Pour chaque paire d’énoncés, une option prédéfinie reflète une attitude d’anxiété sexuelle (notée 1 point), tandis que l’autre option reflète une attitude détendue, indifférente ou permissive (notée 0 point).
- Le positionnement de l’affirmation anxieuse varie de façon aléatoire entre l’option « a » et l’option « b » au sein du test afin de contrecarrer les biais de positionnement systématique.
- Le score global s’obtient par la somme arithmétique simple de toutes les réponses anxieuses choisies : $\text{Score total} = \sum_{i=1}^{25} X_i$, où $X_i in {0, 1}$.
- Étendue des scores : De 0 à 25 points.
- Scores faibles (0 à 8) : Faible niveau d’anxiété sexuelle ; grande permissivité, aisance émotionnelle face aux stimuli et initiatives intimes.
- Scores modérés (9 à 16) : Niveau moyen d’anxiété sexuelle ; réactions émotionnelles typiques au sein de la population générale, avec des appréhensions limitées à certaines situations spécifiques (ex. adultère, prise de parole en groupe).
- Scores élevés (17 à 25) : Anxiété sexuelle sévère ; présence d’inhibitions marquées, détresse émotionnelle face aux sollicitations érotiques, risque important d’évitement sexuel ou de dysfonctions associées.
- Temps de passation estimé : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Inventaire d’anxiété sexuelle a été publié pour la première fois en 1980 dans la revue scientifique de référence Journal of Consulting and Clinical Psychology par l’American Psychological Association (APA).
- Année de publication princeps : 1980.
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’article fondateur et l’échelle sont protégés par le droit d’auteur de l’American Psychological Association. Toutefois, selon les conventions académiques en vigueur et les déclarations des auteurs dans le recueil de référence de Fisher et al. (2010), l’instrument est accessible à des fins de recherche scientifique non commerciale, d’enseignement universitaire et de pratique clinique individuelle sans versement de redevances, à condition de citer exhaustivement la source originale (Janda & O’Grady, 1980).
- Tarifs : Aucun coût d’acquisition ou licence payante n’est exigé pour une utilisation académique standard. Les praticiens ou chercheurs peuvent reproduire les items figurant dans la littérature scientifique publiée.
- Utilisations commerciales : Toute inclusion de l’inventaire au sein d’une plateforme numérique payante, d’une application commerciale, d’un manuel édité à but lucratif ou d’un essai clinique sponsorisé par l’industrie pharmaceutique nécessite l’obtention préalable d’une autorisation formelle auprès du service des droits de l’American Psychological Association (APA Permissions).
12. Références / References
Les sources bibliographiques suivantes constituent les références clés relatives à la conception, la validation et l’utilisation de l’échelle :
- Fisher, T. D., Davis, C. M., Yarber, W. L., & Davis, S. L. (Eds.). (2010). Handbook of Sexuality-Related Measures (3rd ed.). Routledge. https://doi.org/10.4324/9780203844335
- Janda, L. H., & O’Grady, E. E. (1980). Development of a sex anxiety inventory. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 48(2), 169–175. https://doi.org/10.1037/0022-006X.48.2.169
- Masters, W. H., & Johnson, V. E. (1970). Human sexual inadequacy. Little, Brown and Company.
- Mosher, D. L. (1966). The development and multitrait-multimethod matrix analysis of three measures of three aspects of guilt. Journal of Consulting Psychology, 30(1), 25–29. https://doi.org/10.1037/h0023136
- Mosher, D. L. (1968). Measurement of guilt on the basis of a reinvestigation of the Mosher Guilt Scale. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 32(6), 722–732. https://doi.org/10.1037/h0026604
- Spielberger, C. D., Gorsuch, R. L., & Lushene, R. E. (1970). Manual for the State-Trait Anxiety Inventory. Consulting Psychologists Press.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Voici les 25 items originaux constituant le Sex Anxiety Inventory (SAI). Chaque numéro présente une dyade de deux propositions (« a » et « b »). L’option marquée d’un astérisque (*) correspond à l’alternative codée comme indicatrice d’anxiété sexuelle (valeur = 1 point).
-
Buying a pornographic book
- wouldn’t bother me
- would make me nervous*
-
Extramarital sex
- is O.K. if everyone agrees
- can break up families*
-
Initiating sexual relationships
- is a very stressful experience*
- causes me no problem at all
-
Oral sex
- would arouse me
- would terrify me*
-
When I meet someone I’m attracted to…
- I get to know him or her
- I feel nervous*
-
When I was younger…
- I was looking forward to having sex
- the thought of sex scared me*
-
When I engage in petting…
- I feel scared at first*
- I thoroughly enjoy it
-
After having sexual thoughts…
- I feel aroused
- I feel jittery*
-
Masturbation
- causes me to worry*
- can be a useful substitute
-
Sex…
- can cause as much anxiety as pleasure*
- on the whole is good and enjoyable
-
I feel nervous…
- about initiating sexual relations*
- about nothing, when it comes to members of the opposite sex
-
When others flirt with me…
- I don’t know what to do*
- I flirt back
-
Group sex…
- would scare me to death*
- might be interesting
-
If in the future I committed adultery…
- I would probably get caught*
- I wouldn’t feel bad about it
-
I would…
- feel too nervous to tell a dirty joke in mixed company*
- tell a dirty joke if it were funny
-
Dirty jokes…
- make me feel uncomfortable*
- often make me laugh
-
When I awake from sex dreams…
- I feel pleasant and relaxed
- I feel tense*
-
When I have sexual desires
- I worry about what I should do*
- I do something to satisfy them
-
If in the future I committed adultery
- it would be nobody’s business but my own
- I would worry about my spouse’s finding out*
-
Casual sex…
- is better than no sex at all
- can hurt many people*
-
Extramarital sex…
- is sometimes necessary
- can damage one’s career*
-
Sexual advances…
- leave me feeling tense*
- are welcomed
-
When I have sexual relations…
- I feel satisfied
- I worry about being discovered*
-
When talking about sex in mixed company
- I feel nervous*
- I sometimes get excited
-
If I were to flirt with someone
- I would worry about his or her reaction*
- I would enjoy it