Inventaire d’anxiété liée à la santé – hypocondrie

Guide académique complet sur l’Inventaire d’anxiété liée à la santé (Health Anxiety Inventory / HABQ) : modèle cognitif de Salkovskis, propriétés psychométriques, validité et cotation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’Inventaire d’anxiété liée à la santé – hypocondrie (couramment désigné sous le sigle HAI pour Health Anxiety Inventory, ainsi que ses déclinaisons telles que le Short Health Anxiety Inventory [SHAI] et le Health Anxiety Beliefs Questionnaire [HABQ]) constitue un instrument psychométrique de référence international conçu pour évaluer la sévérité de l’anxiété liée à la santé, les attitudes hypocondriaques et les croyances cognitives sous-jacentes. Développé initialement par Paul M. Salkovskis, Katharine A. Rimes, Hilary M. C. Warwick et David M. Clark en 2002 au sein du Département de psychiatrie de l’Université d’Oxford et du King’s College de Londres, cet outil s’enracine directement dans le modèle cognitivo-comportemental de l’hypocondrie.

L’instrument a été élaboré pour pallier les limites majeures des échelles historiques antérieures (telles que l’Illness Attitudes Scale ou le Whiteley Index), notamment leur incapacité à discriminer l’anxiété pathologique relative à la santé chez des individus souffrant de véritables pathologies somatiques avérées. Le HAI se décline principalement en deux versions temporelles : la version « semaine » (orientée sur les manifestations des sept derniers jours, particulièrement sensible aux changements thérapeutiques) et la version « mois / six mois » (conçue pour le dépistage clinique et alignée sur le critère de durée de six mois du DSM-IV et du DSM-5 pour l’anxiété liée à la maladie). Structurellement, l’outil complet comporte une section principale mesurant les symptômes d’anxiété de santé (probabilité perçue de contracter une maladie, vigilance corporelle), une section évaluant la gravité ou le caractère catastrophique attribué à la survenue potentielle d’une maladie (mesure de processus thérapeutique), ainsi que des évaluations portant sur la recherche de réassurance et les conduites d’évitement.

Sur le plan psychométrique, le HAI présente une cohérence interne exceptionnelle (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,89 et 0,95 pour l’échelle globale), une fidélité test-retest remarquable (r > 0,85) et une validité discriminante prouvée, parvenant à distinguer nettement les patients souffrant d’hypocondrie clinique de ceux atteints de troubles anxieux généralisés ou de maladies physiques chroniques non anxieuses. Le questionnaire complémentaire des croyances (HABQ) affine cette analyse en évaluant séparément la fréquence d’apparition et le degré de conviction associé aux pensées automatiques dysfonctionnelles relatives à la consultation médicale et au développement d’affections graves.

2. Mots-clés / Keywords

Anxiété liée à la santé, hypocondrie, Health Anxiety Inventory, HAI, SHAI, thérapie cognitivo-comportementale, évaluation psychométrique, croyances dysfonctionnelles, interprétation catastrophique, nosophobie, réassurance médicale, évitement comportemental, vigilance somatosensorielle, psychopathologie cognitive.

3. Auteurs / Authors

L’Inventaire d’anxiété liée à la santé a été conçu par une équipe de chercheurs et cliniciens éminents dans le domaine de la psychologie clinique et des thérapies cognitives :

  • Paul M. Salkovskis, Ph.D. : Professeur de psychologie clinique et des sciences appliquées, Université d’Oxford et King’s College London (Institute of Psychiatry, Psychology and Neuroscience – IoPPN), Royaume-Uni. Pionnier des modèles cognitifs du trouble obsessionnel-compulsif et de l’anxiété liée à la santé. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Katharine A. Rimes, Ph.D. : Professeure de psychologie clinique, Department of Psychology, Institute of Psychiatry, Psychology and Neuroscience, King’s College London, Londres, Royaume-Uni. Spécialiste des processus émotionnels, de l’anxiété et du perfectionnisme clinique.
  • Hilary M. C. Warwick, BM, BCh, MRCPsych : Psychiatre clinicienne et chercheuse honoraire, Department of Psychiatry, University of Oxford, Warneford Hospital, Oxford, Royaume-Uni. Collaboratrice historique sur le développement des protocoles cognitifs pour l’hypocondrie.
  • David M. Clark, D.Phil. : Professeur émérite de psychologie expérimentale, Department of Experimental Psychology, University of Oxford, Oxford, Royaume-Uni. Concepteur de modèles cognitifs reconnus mondialement pour le trouble panique et la phobie sociale.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Inventaire d’anxiété liée à la santé est d’offrir une évaluation rigoureuse, standardisée et théoriquement cohérente de la sévérité de l’anxiété liée à la santé et de l’hypocondrie, tant en contexte de recherche expérimentale qu’en pratique clinique hospitalière ou libérale. Historiquement, l’évaluation de l’hypocondrie posait un défi méthodologique majeur : la plupart des instruments psychométriques confondaient la présence de symptômes physiques réels avec la détresse psychologique générée par la peur d’être malade. Par conséquent, un patient atteint d’une affection organique authentique (telle qu’une polyarthrite rhumatoïde, une maladie cardiovasculaire ou un diabète) obtenait des scores faussement élevés sur les échelles d’hypocondrie traditionnelles, simplement parce qu’il déclarait ressentir de la douleur, de la fatigue ou des sensations corporelles atypiques.

Le HAI a été spécifiquement conçu pour surmonter ce biais systématique en dissociant la perception des sensations physiques de l’angoisse cognitive et comportementale associée à la santé. L’instrument permet d’explorer la tendance systématique de l’individu à interpréter des signes somatiques bénins ou ambigus comme les manifestations catastrophiques d’une pathologie létale ou invalidante. Il permet aux praticiens de répondre à trois questions cliniques fondamentales :

  1. L’anxiété éprouvée par le patient face à sa santé est-elle disproportionnée par rapport à son état médical réel ?
  2. Dans quelle mesure les croyances concernant la vulnérabilité corporelle et la gravité supposée d’une maladie future altèrent-elles son fonctionnement quotidien ?
  3. Quels sont les comportements de maintien actifs, tels que l’hypervigilance somatosensorielle, les requêtes répétitives de réassurance médicale, la consultation compulsive de documentation ou, à l’inverse, l’évitement phobique des services de soins ?

Sur le plan des applications cliniques, l’inventaire sert à la fois d’outil de dépistage diagnostique initial (repérage du trouble anxiété de maladie selon le DSM-5 ou de l’hypocondrie selon la CIM-11), de guide pour la conceptualisation cognitive de cas et de mesure d’efficacité thérapeutique. La version « semaine » (HAI Week) présente une sensibilité thermique remarquable pour monitorer les fluctuations d’une séance à l’autre au cours d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC). La version « mois » (HAI Month), standardisée sur une période de rétrospection de six mois, offre une stabilité idéale pour les essais cliniques randomisés contrôlés et les protocoles de validation pharmacologique.

Par ailleurs, la version spécifique dédiée aux croyances (le Health Anxiety Beliefs Questionnaire – HABQ) remplit un rôle diagnostique fin en dissociant la fréquence d’intrusion des pensées d’alarme de l’adhésion convictionnelle (la croyance réelle en leur véracité). Cette distinction est capitale : un patient peut éprouver de multiples pensées intrusives relatives au cancer sans pour autant y adhérer pleinement lorsqu’il est apaisé, tandis qu’un autre manifestera une conviction quasi-inébranlable même si l’idée ne surgit que de manière épisodique.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par l’Inventaire d’anxiété liée à la santé repose sur une approche dimensionnelle de l’angoisse somatique, appréhendée non pas comme un trait de personnalité immuable ou un délire somatique figé, mais comme un ensemble interconnecté de biais cognitifs, de réactions affectives et de stratégies comportementales dysfonctionnelles.

5.1. L’estimation subjective de la probabilité de maladie (Probability)

Cette dimension capture la propension du sujet à surestimer massivement la probabilité qu’il soit ou devienne gravement malade. Face à une sensation physiologique courante (ex. céphalée de tension, fasciculation musculaire, extrasystole bénigne), le patient non anxieux envisage des explications contextuelles (stress, fatigue, déshydratation). À l’inverse, l’individu souffrant d’anxiété de santé active immédiatement un schéma de vulnérabilité corporelle et attribue à cet événement une probabilité critique d’origine maligne (ex. tumeur cérébrale, sclérose latérale amyotrophique, infarctus imminent).

5.2. L’évaluation de la gravité et du caractère catastrophique (Awfulness / Negative Consequences)

Cette composante, isolée distinctement dans la seconde section du HAI, évalue la croyance selon laquelle développer une maladie équivaudrait à une catastrophe absolue et insurmontable. Les items de cette sous-échelle postulent une situation hypothétique (« Si l’on vous diagnostiquait une maladie grave… ») et mesurent dans quelle mesure la personne estime qu’elle serait incapable d’y faire face psychologiquement, que sa vie serait instantanément détruite ou que les soins médicaux seraient d’une inefficacité totale. Ce facteur reflète la défaillance perçue des mécanismes d’adaptation (coping strategies).

5.3. L’hypervigilance somatique et le monitorage corporel

Le construit englobe la focalisation attentionnelle sélective sur le corps. Le sujet s’engage dans une surveillance continue de ses paramètres physiologiques (palpation des ganglions lymphatiques, observation des grains de beauté, vérification du pouls). Ce monitorage accru amplifie artificiellement la perception des bruits de fond physiologiques normaux, créant une boucle de rétroaction positive : plus l’attention est focalisée sur une zone, plus des sensations y sont perçues, validant la crainte initiale d’anomalie structurelle.

5.4. La recherche de réassurance et l’évitement comportemental

Sur le plan comportemental, le construit identifie deux mécanismes de régulation émotionnelle à court terme qui entretiennent le trouble sur le long terme :

  • La recherche compulsive de réassurance : Consultations médicales répétées, multiplication des examens paracliniques (IRM, bilans sanguins), sollicitation permanente des proches ou recherches effrénées sur Internet (« cyberchondrie »). Cette réassurance n’apporte qu’un soulagement transitoire avant que le doute n’émerge à nouveau (« Et si le médecin était passé à côté d’un détail ? »).
  • L’évitement phobique : Fuite des hôpitaux, refus de lire des articles médicaux, refus d’écouter des témoignages sur la maladie, ou même évitement de l’effort physique par peur de déclencher une défaillance organique. Dans le HABQ, ce pattern est illustré par des pensées telles que « Je ne devrais pas aller chez le médecin, car il vaudrait mieux ne pas savoir si je suis gravement malade ».

5.5. Le sentiment de responsabilité personnelle excessive

Spécifiquement mis en lumière dans le Health Anxiety Beliefs Questionnaire, ce construit implique l’idée que le patient a l’obligation morale et absolue de surveiller le moindre signe corporel et d’informer le praticien de chaque nuance sensitive. Si une maladie venait à être diagnostiquée à un stade trop avancé, le patient s’en tiendrait pour unique responsable moral (« Si je n’explique pas chaque symptôme en détail, ce sera de ma faute si je développe une maladie incurable »).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Le socle conceptuel de l’inventaire repose intégralement sur le modèle cognitivo-comportemental de l’hypocondrie formulé par Paul Salkovskis (1989, 1996) et développé en collaboration avec Hilary Warwick (Warwick & Salkovskis, 1990). Ce modèle adapte la théorie cognitive générale des troubles émotionnels développée par Aaron T. Beck au domaine spécifique de la santé somatique.

Dans la perspective beckienne, l’anxiété pathologique n’est pas engendrée par les événements externes eux-mêmes, mais par la structure des schémas cognitifs préexistants et par la nature des interprétations que l’individu élabore face aux stimuli environnementaux ou intéroceptifs. Salkovskis a formalisé cette dynamique à travers une équation mathématique cognitive régissant l’intensité de l’anxiété perçue :

Anxiété Ressentie = (Probabilité Perçue du Danger × Gravité Perçue du Danger) / (Capacités d’Adaptation Perçues + Facteurs de Secours Externes)

Dans le contexte de l’anxiété liée à la santé :

  • Le numérateur est massivement surévalué : le sujet estime que la probabilité d’avoir une pathologie létale est quasi-certaine (surestimation de la menace) et que les conséquences de cette maladie représenteraient l’horreur absolue, une agonie intolérable ou l’anéantissement de son existence (catastrophisation).
  • Le dénominateur est dramatiquement sous-évalué : l’individu doute totalement de ses ressources psychologiques internes pour supporter l’épreuve de la maladie et pose l’hypothèse que la médecine, les médecins ou les traitements seront incompétents, inopérants ou appliqués trop tardivement.

Le cadre théorique postule l’existence d’une boucle de maintien circulaire auto-validante :

  1. Stimulus déclencheur : Une sensation corporelle anodine (battement de cœur irrégulier), une information externe (annonce médiatique d’un décès par cancer) ou une pensée intrusive spontanée.
  2. Interprétation erronée : Activation immédiate de croyances conditionnelles (« Si mon cœur accélère, cela signifie que je fais une crise cardiaque »).
  3. Réponse émotionnelle et physiologique : Montée d’angoisse aiguë entraînant une décharge du système nerveux autonome sympathique (tachycardie, sueurs, vertiges, hyperventilation).
  4. Confirmation du biais : Ces sensations physiologiques générées par l’anxiété elle-même sont réinterprétées à tort comme des preuves supplémentaires irréfutables que la maladie organique s’aggrave.
  5. Comportements de sécurité : Mise en place de vérifications compulsives, évitements ou quêtes de réassurance. Bien qu’ils procurent un soulagement immédiat éphémère, ces comportements empêchent la falsification cognitive des croyances erronées et amplifient la vulnérabilité globale à long terme.

Le HAI et le HABQ ont été méticuleusement structurés pour quantifier chaque composante spécifique de ce cycle cognitif systémique.

7. Validité / Validity

Les propriétés de validité de l’Inventaire d’anxiété liée à la santé ont fait l’objet de nombreuses investigations empiriques rigoureuses menées sur des populations cliniques psychiatriques, des cohortes médicales hospitalières et des échantillons non cliniques de la population générale.

7.1. Validité de construit

Dans l’étude princeps de Salkovskis et al. (2002), la validité de construit a été démontrée par la capacité de l’outil à discriminer sans ambiguïté des groupes cliniques distincts. Les patients répondant aux critères diagnostiques de l’hypocondrie selon le DSM-IV ont obtenu des scores significativement plus élevés au HAI que les patients souffrant d’autres troubles anxieux (notamment le trouble panique et le trouble obsessionnel-compulsif), les patients souffrant de maladies physiques chroniques avérées et les témoins sains appariés (p < 0,001). Fait remarquable, les patients atteints de véritables maladies médicales chroniques (sans trouble anxieux comorbide) n’ont pas obtenu de scores significativement supérieurs aux témoins sains sur la section principale, confirmant que le HAI mesure l’anxiété relative à la santé et non la simple présence de symptômes physiques.

7.2. Validité convergente

La validité convergente du HAI est hautement satisfaisante. Des corrélations positives fortes ont été documentées entre le HAI et d’autres échelles mesurant l’hypocondrie :

  • Corrélation avec l’Illness Attitudes Scale (IAS) : r = 0,71 à 0,83.
  • Corrélation avec le Whiteley Index (WI) : r = 0,65 à 0,78.
  • Corrélation avec l’échelle de somatisation du SCL-90-R : r = 0,45 à 0,58 (indiquant un chevauchement conceptuel modéré mais non redondant).

7.3. Validité discriminante et différentielle

La validité discriminante vis-à-vis de l’anxiété générale et de la dépression a été établie en comparant le HAI au Beck Depression Inventory (BDI) et au Beck Anxiety Inventory (BAI). Bien que des corrélations modérées soient observées (r oscillant entre 0,35 et 0,52, ce qui est attendu compte tenu de la comorbidité affective fréquente), des analyses de régression multiple ont démontré que le HAI conserve une variance prédictive propre et unique pour prédire les comportements d’évitement médical et de réassurance après contrôle strict des scores de dépression et d’anxiété généralisée.

7.4. Sensibilité au changement thérapeutique

La validité prédictive et la sensibilité au changement du HAI ont été validées dans le cadre de multiples essais cliniques contrôlés randomisés évaluant la TCC (Clark et al., 1998 ; Salkovskis et al., 2003 ; Hedman et al., 2011). Les scores totaux au HAI chutent de manière spectaculaire et cliniquement significative chez les patients recevant une intervention cognitive active, avec des tailles d’effet élevées (d de Cohen > 1,20), tandis que les scores demeurent stables chez les sujets en liste d’attente ou recevant un suivi médical standard.

8. Fidélité / Reliability

L’inventaire présente des qualités métrologiques remarquables en matière de consistance interne et de reproductibilité temporelle, corroborées par des réplications indépendantes à l’échelle internationale.

8.1. Cohérence interne (Internal Consistency)

Dans la publication originale de Salkovskis et ses collaborateurs (2002), les coefficients de consistance interne se sont révélés particulièrement élevés :

  • Version longue (HAI Long – 64 items) : L’échelle totale affiche un coefficient alpha de Cronbach de α = 0,95 dans les échantillons cliniques d’hypocondrie et de α = 0,93 au sein de la population générale.
  • Version courte (SHAI – 18 items) : La section principale de 14 items présente un alpha de Cronbach compris entre α = 0,89 et α = 0,92. La sous-échelle de 4 items mesurant la sévérité perçue des conséquences négatives présente un alpha acceptable variant de α = 0,70 à α = 0,82 selon les cohortes.
  • Health Anxiety Beliefs Questionnaire (HABQ) : Les sous-échelles de Fréquence et de Croyance (Belief) rapportent des indices de fidélité composite et des alphas de Cronbach régulièrement supérieurs à 0,88 pour les deux sections.

8.2. Fidélité test-retest (Test-Retest Reliability)

La stabilité temporelle de la version « mois » a été évaluée sur des intervalles de deux à douze semaines auprès de cohortes d’individus non soumis à des interventions thérapeutiques. Les coefficients de corrélation intraclasse (CCI) et de corrélation de Pearson sont systématiquement élevés :

  • À 2 semaines d’intervalle : r = 0,90 (p < 0,001).
  • À 4 semaines d’intervalle : r = 0,87.
  • À 12 semaines d’intervalle : r = 0,82, attestant d’une robustesse temporelle solide pour l’évaluation des traits anxieux chroniques.

À l’opposé, la version « semaine » (HAI Week) affiche une corrélation test-retest intentionnellement plus modérée lorsque des fluctuations symptomatiques réelles ou des interventions de restructuration cognitive interviennent, confirmant sa fidélité d’état (sensibilité aux variations cliniques à court terme).

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’architecture interne du Health Anxiety Inventory a été minutieusement disséquée par le biais d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) à travers diverses cultures linguistiques (notamment en versions anglaise, espagnole, allemande, française et suédoise).

9.1. Structure originale et modèles à deux facteurs

Dans l’analyse factorielle princeps menée par Salkovskis et al. (2002) sur la version brève (SHAI – 18 items), une solution bi-factorielle orthogonale puis oblique est apparue comme la plus robuste :

  • Facteur 1 : Estimation de la probabilité de maladie et préoccupation somatique (14 items) : Ce facteur regroupe les items explorant la crainte de développer une maladie, l’attention focalisée sur le corps et la difficulté à écarter les pensées de morbidité. Les saturations factorielles de ces items s’échelonnent de 0,48 à 0,81.
  • Facteur 2 : Conséquences négatives anticipées d’une maladie (4 items) : Ce facteur distinct isole les items conditionnels interrogeant la capacité à vivre avec une maladie grave (« Si l’on me disait que je suis malade… »). Les saturations de ces quatre items oscillent entre 0,55 et 0,79.

9.2. Débats méthodologiques et modèle tri-factoriel d’Abramowitz

Une étude psychométrique d’envergure menée par Abramowitz, Deacon et Valentiner (2007) via une analyse factorielle confirmatoire a proposé un raffinement de la structure du SHAI en trois facteurs latents :

  1. Préoccupation relative à la maladie (Illness Preoccupation) : Focalisation cognitive sur la présence supposée d’une maladie.
  2. Conséquences redoutées de la maladie (Feared Consequences) : Représentation de l’issue fatale, des souffrances et de la perte d’autonomie.
  3. Sensibilité à l’apparition des symptômes (Awareness of Bodily Sensations) : Hypervigilance corporelle et incapacité à ignorer les modifications somatiques mineures.

Les indices d’ajustement du modèle d’Abramowitz ont montré une excellente adéquation dans des échantillons universitaires et cliniques (CFI = 0,96, TLI = 0,95, RMSEA = 0,048). Néanmoins, pour des raisons de parsimonie et d’alignement avec les modèles thérapeutiques originels de Salkovskis, la structuration en deux composantes fondamentales (Probabilité / Conséquences) demeure la plus communément exploitée dans les essais cliniques internationaux.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrumentation regroupée sous l’appellation générique de la batterie HAI comprend plusieurs déclinaisons structurées :

  • Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique standardisé (Patient-Reported Outcome Measure – PROM).
  • Formats disponibles :
    • Short Health Anxiety Inventory (SHAI) : 18 items au total (14 items pour la section principale + 4 items pour les conséquences négatives).
    • Long Health Anxiety Inventory (LHAI) : 64 items offrant un profil approfondi incluant des sous-échelles spécifiques de réassurance et d’évitement.
    • Health Anxiety Beliefs Questionnaire (HABQ) : Questionnaire complémentaire spécifique mesurant les pensées automatiques liées à la consultation médicale (Partie 1, 21 énoncés) et à la peur de développer une maladie grave (Partie 2, 11 énoncés).
  • Périodes de référence temporelle :
    • Version « Semaine » (Week version) : Évalue l’état symptomatique sur les 7 derniers jours (idéal pour le suivi thérapeutique TCC).
    • Version « Mois / 6 mois » (Month version) : Évalue l’état symptomatique sur une période rétrospective de 6 mois (conforme aux critères diagnostiques du DSM-IV / DSM-5).
  • Modalités de passation et échelle de cotation :
    • Items du HAI (Sections principales) : Chaque item est coté sur une échelle ordinale de 0 à 3 points. Pour la version classique de Salkovskis, chaque item propose quatre affirmations graduées (ex. 0 = « Je ne m’inquiète pas pour ma santé », 1 = « Je m’inquiète occasionnellement… », 2 = « Je passe beaucoup de temps à m’inquiéter… », 3 = « Je passe la majeure partie de mon temps à m’inquiéter… »).
    • Items du HABQ (Frequency Scale) : Échelle ordinale en 5 points allant de 0 (« L’idée ne survient jamais ») à 4 (« L’idée survient toujours »).
    • Items du HABQ (Belief Scale) : Échelle visuelle analogique numérique graduée de 0 (« Je ne crois pas du tout en cette idée ») à 100 (« Je suis totalement convaincu que cette idée est vraie ») par pas de 10 points.
  • Calcul des scores et seuils d’interprétation (SHAI) :
    • Score de la section principale (items 1 à 14) : Somme brute allant de 0 à 42 points.
    • Score des conséquences négatives (items 15 à 18) : Somme brute allant de 0 à 12 points.
    • Score total du SHAI : Somme globale allant de 0 à 54 points.
    • Seuils cliniques indicatifs : Un score total ≥ 15 à 18 points au SHAI (ou ≥ 12 sur les 14 premiers items) indique une probabilité élevée de trouble anxiété de maladie / hypocondrie clinique méritant une prise en charge spécialisée.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2002 (dans la revue Psychological Medicine).
  • Auteurs et détenteurs des droits moraux : Paul M. Salkovskis, Katharine A. Rimes, Hilary M. C. Warwick et David M. Clark.
  • Statut d’accès et droits d’utilisation : L’échelle et ses déclinaisons ont été mises à la disposition de la communauté clinique et académique internationale par les auteurs dans un esprit de diffusion de la recherche en santé mentale. L’utilisation à des fins cliniques non commerciales, d’enseignement et de recherche scientifique académique est autorisée à titre gratuit, sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale princeps (Salkovskis et al., 2002).
  • Tarification : Accès libre (aucun coût par passation ou licence payante pour les cliniciens individuels et chercheurs universitaires). Pour toute utilisation commerciale ou intégration dans des logiciels propriétaires à but lucratif, une autorisation explicite doit être demandée aux auteurs ou à l’éditeur (Cambridge University Press).

12. Références / References

  • Abramowitz, J. S., Deacon, B. J., & Valentiner, D. P. (2007). The Short Health Anxiety Inventory: psychometric properties and construct validity in a non-clinical sample. Cognitive Therapy and Research, 31(6), 871-883. https://doi.org/10.1007/s10608-006-9058-1
  • Alberts, N. M., Hadjistavropoulos, H. D., Jones, S. L., & Sharpe, D. (2013). The Short Health Anxiety Inventory: a systematic review and meta-analysis. Journal of Anxiety Disorders, 27(1), 68-78. https://doi.org/10.1016/j.janxdis.2012.10.009
  • Beck, A. T., Emery, G., & Greenberg, R. L. (1985). Anxiety disorders and phobias: A cognitive perspective. Basic Books.
  • Clark, D. M., Salkovskis, P. M., Hackmann, A., Wells, A., Fennell, M., Ludgate, J., Ahmad, S., Richards, H. C., & Gelder, M. (1998). Two psychological treatments for hypochondriasis: A randomised controlled trial. The British Journal of Psychiatry, 173(3), 218-225. https://doi.org/10.1192/bjp.173.3.218
  • Hedman, E., Ljótsson, B., Andersson, E., Andersson, G., Lindefors, N., Rück, C., & Lekander, M. (2011). Internet-based cognitive behaviour therapy for severe health anxiety: randomised controlled trial. The British Journal of Psychiatry, 198(3), 230-236. https://doi.org/10.1192/bjp.bp.110.082040
  • Salkovskis, P. M. (1989). Somatic problems. In K. Hawton, P. M. Salkovskis, J. Kirk, & D. M. Clark (Eds.), Cognitive behaviour therapy for psychiatric problems: A practical guide (pp. 235-276). Oxford University Press.
  • Salkovskis, P. M., Rimes, K. A., Warwick, H. M. C., & Clark, D. M. (2002). The Health Anxiety Inventory: development and validation of scales for the measurement of health anxiety and hypochondriasis. Psychological Medicine, 32(5), 843-853. https://doi.org/10.1017/s0033291702005822
  • Warwick, H. M., & Salkovskis, P. M. (1990). Hypochondriasis. Behaviour Research and Therapy, 28(2), 105-117. https://doi.org/10.1016/0005-7967(90)90023-C

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Les items ci-dessous proviennent du Health Anxiety Beliefs Questionnaire (HABQ) associé à l’Inventaire d’anxiété liée à la santé, évaluant la fréquence (Frequency : échelle de 0 à 4) et le degré de conviction (Belief : échelle de 0 à 100 %) des pensées cognitives relatives aux consultations et à la crainte de développer une maladie grave.

SECTION 1: Thoughts When You Have Symptoms (Visiting the Doctor)

Instructions for Frequency (1.A): Rate how often you have the following ideas when you have symptoms about which you think you may need to see a doctor (from the time you first thought of seeing a doctor until you went):
0 = Idea never occurs | 1 = Idea rarely occurs | 2 = Idea occurs about half the time | 3 = Idea usually occurs | 4 = Idea always occurs

Instructions for Belief (1.B): Rate how much you believe each idea to be true when you have it, on a scale from 0 (I do not believe this idea at all) to 100 (I am completely convinced that this idea is true).

  1. I must tell the doctor in detail every aspect of how I feel.
  2. If I don’t pay a lot of attention to all my symptoms, I may be seriously ill without knowing it.
  3. If I am not fully aware of my symptoms and the doctor tells me I am well when I am not, then it is my fault.
  4. I must go to the doctor just in case I am seriously ill.
  5. If I don’t keep a close watch on my symptoms all the time, then I may miss an important one.
  6. If I fail to explain every symptom in detail, then it would be my fault if I developed a serious illness to a stage too late for treatment.
  7. It would be wrong not to mention every symptom, even the most minor symptoms in case they are important.
  8. The doctor may fail to realize that I am seriously ill if I miss out any details about my symptoms.
  9. I’ll only worry if I haven’t told the doctor exactly what my symptoms are and how I feel.
  10. I need to be sure that I get the right diagnosis.
  11. If I don’t go to the doctor about these symptoms, then it would be my fault if it got too late to do anything about a serious illness.
  12. I shouldn’t go to the doctors as it would be better not to know if I am seriously ill.
  13. If I don’t pay attention to my symptoms I may not be able to tell the doctor everything he/she needs to know.
  14. I need to be certain that my symptoms don’t mean that I am seriously ill.
  15. It is enough just to tell the doctor of the symptoms that I happen to have noticed.
  16. It is the responsibility of the doctor to ask anything extra he/she needs to know.
  17. I need only tell the doctor the most obvious symptoms.
  18. There’s no point in focussing on my symptoms all the time as I am aware of the most important ones anyway.
  19. The doctor will ask whatever extra he/she needs to know to give me the correct diagnosis.
  20. I will wait and see if I continue to have these symptoms before deciding to go to the doctor.
  21. These symptoms probably don’t mean anything so I don’t need to go to the doctor.

SECTION 2: Thoughts of Developing a Serious Illness

Instructions for Frequency (2.A): Think of the last time that you had thoughts of yourself developing a serious illness. Rate how often you had these ideas using the 0 to 4 frequency scale.

Instructions for Belief (2.B): Rate how much you believed these ideas to be true when you had them, from 0 (Not believed at all) to 100 (Completely convinced).

  1. It’s wrong to ignore these thoughts of a serious illness.
  2. Thinking about this illness could make me get it.
  3. If I am too confident about my health then it is tempting fate and I may get ill.
  4. If I don’t worry about my health I could get sick.
  5. Worrying about your health doesn’t do any good.
  6. Having these thoughts about myself developing a serious illness is an indication that I really might get seriously ill.
  7. This is just a thought so I don’t need to do anything about it.
  8. There must be a reason for having these thoughts of myself developing a serious illness.
  9. Just having these thoughts will not make me get the illness.
  10. Since I have thought that I might be developing this illness I must make every effort to do something about it.
  11. Having these thoughts doesn’t mean that I will get seriously ill.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Inventaire d’anxiété liée à la santé – hypocondrie. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-anxiete-sante-hypocondrie/
Looti, Mohammed. “Inventaire d’anxiété liée à la santé – hypocondrie.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-anxiete-sante-hypocondrie/.
Looti, Mohammed. “Inventaire d’anxiété liée à la santé – hypocondrie.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/inventaire-anxiete-sante-hypocondrie/.