1. Résumé
L’Inventaire d’anxiété de Beck (Beck Anxiety Inventory, BAI), élaboré par Aaron T. Beck, Norman Epstein, Gary Brown et Robert A. Steer en 1988, est un instrument d’auto-évaluation psychométrique conçu pour mesurer l’intensité et la sévérité de l’anxiété clinique chez les adultes et les adolescents. Face aux limites récurrentes des échelles antérieures d’anxiété — qui présentaient souvent un chevauchement conceptuel et symptomatique majeur avec les manifestations de la dépression unipolaire —, le BAI a été spécifiquement développé pour isoler la symptomatologie anxieuse de la détresse dépressive. Composé de 21 items décrivant des symptômes émotionnels, cognitifs, physiologiques et moteurs ressentis au cours de la semaine écoulée (incluant le jour même de la passation), le questionnaire adopte une échelle de réponse ordinale de type Likert en 4 points (allant de 0 « Pas du tout » à 3 « Sévèrement ; cela m’a beaucoup dérangé »). Le score total varie de 0 à 63 points, permettant une stratification clinique normalisée en quatre niveaux de sévérité : anxiété minime (0-7), légère (8-15), modérée (16-25) et sévère (26-63).
Sur le plan métrologique, le BAI présente des qualités psychométriques remarquables et documentées à travers des centaines d’études internationales. Sa cohérence interne s’avère particulièrement robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,90 et 0,94 dans les populations psychiatriques et médicales, et entre 0,85 et 0,91 au sein d’échantillons non cliniques. La fidélité test-retest à une semaine atteint des corrélations de r = 0,75 à 0,83, témoignant d’une stabilité temporelle appropriée pour un état symptomatique sensible au changement thérapeutique. Les analyses factorielles exploratoires et confirmatoires identifient de façon prédominante une solution bifactorielle composée d’une dimension somatique/physiologique (symptômes neurovégétatifs et moteurs) et d’une dimension subjective/cognitive (peur, appréhension et perte de contrôle perçue), bien que certains modèles hiérarchiques suggèrent un facteur général de second ordre capturant la sévérité globale de l’anxiété. Le BAI s’impose ainsi comme l’étalon-or tant dans les protocoles de recherche clinique que dans la pratique psychiatrique et psychothérapeutique quotidienne.
2. Mots-clés
Inventaire d’anxiété de Beck, BAI, psychométrie, évaluation clinique, anxiété somatique, anxiété cognitive, trouble panique, diagnostic différentiel, fidélité test-retest, validité factorielle
3. Auteurs
L’Inventaire d’anxiété de Beck a été conçu et validé par une équipe de chercheurs et cliniciens de premier plan affiliés au Département de psychiatrie de l’Université de Pennsylvanie (University of Pennsylvania School of Medicine, Philadelphie, États-Unis) :
- Aaron T. Beck, M.D. (1921–2021) : Professeur émérite de psychiatrie à l’Université de Pennsylvanie, pionnier mondialement reconnu et fondateur de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Ses travaux novateurs ont révolutionné la conceptualisation et le traitement de la dépression, des troubles anxieux, du suicide et des troubles de la personnalité.
- Norman Epstein, Ph.D. : Professeur au Département d’études familiales et de psychologie à l’Université du Maryland (College Park), spécialiste des dynamiques cognitives, des relations conjugales et des processus psychopathologiques associés aux troubles affectifs.
- Gary Brown, Ph.D. : Chercheur en psychologie clinique associé aux travaux du Center for Cognitive Therapy de l’Université de Pennsylvanie, spécialisé dans la modélisation statistique et psychométrique des symptômes émotionnels.
- Robert A. Steer, Ed.D. : Professeur de psychiatrie à la Rowan University School of Osteopathic Medicine (anciennement UMDNJ), psychométricien prolifique ayant co-développé et standardisé plusieurs instruments fondamentaux de la batterie de Beck, notamment le BDI-II, la BHS et la BSS.
4. Objectif
L’objectif fondamental de l’Inventaire d’anxiété de Beck est de fournir une mesure standardisée, rapide, fiable et valide de l’intensité globale de l’anxiété clinique chez les individus âgés de 17 ans et plus (bien que son utilisation ait été étendue aux adolescents dès l’âge de 13 ans dans de nombreuses études de validation). Au moment de sa création à la fin des années 1980, le paysage psychométrique était dominé par des instruments réputés tels que l’échelle d’anxiété de Hamilton (HAM-A) ou l’inventaire d’anxiété état-trait de Spielberger (STAI). Néanmoins, ces échelles présentaient un problème méthodologique majeur : elles comprenaient de nombreux items relatifs à l’humeur dépressive, à l’anhédonie, à la fatigue et à la détresse générale, ce qui entraînait une corrélation artificielle très élevée (souvent comprise entre 0,70 et 0,85) avec les échelles de dépression telles que l’Inventaire de dépression de Beck (BDI).
Cette redondance conceptuelle compromettait l’évaluation du diagnostic différentiel entre les troubles anxieux et les troubles dépressifs, deux entités cliniques fréquemment comorbides mais distinctes sur les plans phénoménologique, cognitif et neurobiologique. Aaron T. Beck et ses collaborateurs ont donc entrepris de construire un questionnaire dont les items capteraient les aspects centraux et spécifiques de l’anxiété — en particulier les symptômes neurovégétatifs, l’hyperactivation physiologique, les manifestations de panique et les craintes catastrophiques subjectives — tout en minimisant la contamination par des affects généraux de tristesse ou de découragement.
Dans la pratique clinique contemporaine, le BAI remplit plusieurs fonctions critiques :
- Le dépistage initial : En milieu psychiatrique, en médecine générale ou dans les centres de consultation psychologique, il permet de repérer rapidement les personnes présentant un niveau d’activation anxieuse cliniquement significatif nécessitant des investigations approfondies.
- L’évaluation de la sévérité de base : Il offre un profil quantitatif objectif de l’intensité des symptômes avant le début d’une prise en charge pharmacologique ou psychothérapeutique.
- Le suivi thérapeutique et la mesure des résultats (outcome measurement) : Grâce à sa sensibilité éprouvée au changement clinique, le BAI est fréquemment administré de manière répétée (par exemple, toutes les semaines ou toutes les deux semaines) pour quantifier l’efficacité des protocoles thérapeutiques, notamment dans le cadre des thérapies cognitivo-comportementales ou des traitements par inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS).
- La recherche clinique et translationnelle : L’inventaire sert de critère de jugement principal ou secondaire dans les essais cliniques randomisés contrôlés évaluant de nouvelles interventions anxiolytiques, ainsi que dans les protocoles de neuro-imagerie et de psychophysiologie étudiant les corrélats de l’hyperréactivité autonome.
5. Construit psychologique
Le construit mesuré par le BAI est l’anxiété clinique multidimensionnelle, envisagée non pas comme un trait de personnalité stable tout au long de la vie, mais comme un état de détresse psychologique et somatique actuel caractérisé par une activation excessive du système nerveux sympathique et des distorsions cognitives d’anticipation du danger. L’instrument appréhende l’anxiété à travers deux grands piliers phénoménologiques complémentaires :
1. La composante somatique et physiologique
Cette dimension regroupe les manifestations physiques résultant de l’hyperactivation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et du système nerveux autonome sympathique. L’anxiété somatique reflète la perception intéroceptive de l’emballement physiologique déclenché par la réaction de lutte ou de fuite (fight-or-flight response). Dans le BAI, cette dimension est illustrée par des items évaluant :
- L’activation cardiovasculaire et vasomotrice : L’emballement ou l’accélération du rythme cardiaque (item 7 : Heart pounding/racing), les sensations de bouffées de chaleur (item 2 : Feeling hot), le visage empourpré (item 20 : Face flushed) et les sueurs chaudes ou froides (item 21 : Hot/cold sweats).
- L’hyperventilation et la constriction respiratoire : Les difficultés respiratoires (item 15 : Difficulty in breathing) et les sensations d’étouffement ou d’asphyxie (item 11 : Feeling of choking), qui surviennent fréquemment lors d’attaques de panique consécutives à une alcalose respiratoire induite par l’hyperventilation.
- L’instabilité neuromusculaire et motrice : Les tremblements des mains (item 12 : Hands trembling), la sensation de secousses ou d’agitation motrice (item 13 : Shaky / unsteady), la faiblesse ou le fléchissement dans les jambes (item 3 : Wobbliness in legs) et la sensation d’instabilité générale (item 8 : Unsteady).
- Les perturbations sensorielles et vestibulaires : Les engourdissements ou picotements périphériques (item 1 : Numbness or tingling), les vertiges et étourdissements (item 6 : Dizzy or lightheaded) et la sensation d’évanouissement imminent (item 19 : Faint / lightheaded).
- Les manifestations gastro-intestinales : L’indigestion ou l’inconfort abdominal (item 18 : Indigestion), lié au ralentissement de la motilité gastrique sous stress sympathique aigu.
2. La composante subjective et cognitive
Cette dimension renvoie à l’expérience interne de tension psychique, d’appréhension et de catasthrophisation mentale face à une menace perçue. Elle englobe à la fois des états affectifs directs d’effroi et des cognitions relatives à la vulnérabilité personnelle et à l’impuissance. Elle est capturée par des items ciblant :
- L’incapacité de détente et la tension motrice : L’impossibilité de se détendre ou de trouver le repos (item 4 : Unable to relax) et la nervosité générale (item 10 : Nervous).
- Les affects de peur et de terreur : Le fait de se sentir terrifié ou effrayé (item 9 : Terrified or afraid) et la sensation d’être apeuré (item 17 : Scared).
- Les cognitions catastrophiques catastrophisantes : La peur que le pire n’arrive (item 5 : Fear of worst happening), qui reflète la tendance cognitive à anticiper une catastrophe imminente sans fondement factuel proportionné.
- La peur des conséquences de la panique : La peur de perdre le contrôle (item 14 : Fear of losing control) et la peur de mourir (item 16 : Fear of dying). Ces deux items sont directement issus du profil psychopathologique des attaques de panique, où le sujet interprète de façon erronée ses signaux physiologiques comme le signe précurseur d’un effondrement psychiatrique (folie) ou d’une issue médicale fatale (infarctus du myocarde, AVC).
6. Cadre théorique
Le développement du BAI s’enracine profondément dans le modèle cognitif de l’anxiété formulé par Aaron T. Beck et David A. Clark (Beck & Clark, 1988 ; Beck, Emery, & Greenberg, 1985). Selon ce modèle, l’anxiété pathologique n’est pas un simple dérèglement affectif aléatoire, mais le produit d’un dysfonctionnement dans le traitement de l’information, caractérisé par une hyperactivation de schémas cognitifs de vulnérabilité et d’impuissance personnelle face à une menace perçue comme excessive, incontrôlable et imminente.
Dans l’architecture conceptuelle de Beck, l’anxiété procède d’une équation cognitive informelle résumée par le rapport suivant :
Anxiété perçue = (Probabilité estimée du danger × Gravité estimée du danger) / (Capacité perçue à faire face + Secours extérieurs disponibles)
Lorsque le système d’évaluation d’un individu est biaisé, celui-ci surestime systématiquement la probabilité et la gravité des événements négatifs, tout en sous-estimant dramatiquement ses propres ressources d’adaptation (coping). Cela déclenche une cascade physiologique automatique impliquant l’amygdale, l’insula et le tronc cérébral, induisant l’activation neurovégétative que le sujet réinterprète à son tour comme une preuve supplémentaire du péril, créant ainsi une boucle de rétroaction positive anxiogène.
Un autre cadre théorique capital soutenant la structure du BAI est le modèle tripartite de l’anxiété et de la dépression proposé par Clark et Watson (1991). Ce modèle postule l’existence de trois dimensions affectives :
- L’affectivité négative générale (General Distress / Negative Affectivity) : Un facteur commun non spécifique présent tant dans l’anxiété que dans la dépression, englobant la mauvaise humeur, l’irritabilité, l’insomnie et l’instabilité émotionnelle.
- L’hyperactivation physiologique (Physiological Hyperarousal) : Une dimension spécifique et quasi exclusive aux troubles anxieux (en particulier le trouble panique et l’anxiété généralisée), caractérisée par la tachycardie, les tremblements, les vertiges et la détresse respiratoire.
- L’anhédonie / faible affectivité positive (Positive Affectivity / Anhedonia) : Une dimension spécifique à la dépression, caractérisée par l’absence d’intérêt, l’apathie et la perte de plaisir.
L’originalité historique et la puissance psychométrique du BAI reposent sur le choix délibéré de Beck et ses collègues de saturer le questionnaire en items appartenant au deuxième domaine (l’hyperactivation physiologique) et aux cognitions de panique associées, tout en éliminant les items relevant uniquement de l’affectivité négative non spécifique. C’est précisément cette assise conceptuelle qui confère au BAI sa remarquable capacité à discriminer cliniquement l’anxiété de la dépression, comblant ainsi le vide laissé par les outils antérieurs.
7. Validité
L’Inventaire d’anxiété de Beck bénéficie d’une validation empirique approfondie, soutenue par de nombreuses études conduites sur des cohortes psychiatriques, médicales et communautaires à travers le monde.
Validité convergente
La validité convergente du BAI a été démontrée par des corrélations modérées à fortes avec d’autres échelles réputées mesurant l’anxiété. Dans l’étude princeps de Beck et al. (1988) auprès de 160 patients psychiatriques ambulatoires, le BAI présentait une corrélation de r = 0,51 avec l’échelle d’anxiété de Hamilton évaluée par un clinicien (HAM-A) et de r = 0,47 avec l’échelle d’anxiété de l’échelle d’évaluation psychiatrique révisée (SCL-90-R). Des recherches ultérieures menées auprès de populations d’étudiants et d’adultes consultants ont rapporté des corrélations de r = 0,57 à 0,73 avec l’échelle d’état de l’Inventaire d’anxiété de Spielberger (STAI-S), attestant que le BAI reflète fidèlement le phénomène d’activation anxieuse aiguë.
Validité discriminante
C’est au niveau de la validité discriminante que le BAI se distingue le plus nettement de ses homologues. Dans l’échantillon initial de Beck et al. (1988), la corrélation entre le BAI et l’Inventaire de dépression de Beck (BDI) n’était que de r = 0,48, alors que la corrélation entre l’échelle d’anxiété de Hamilton (HAM-A) et l’échelle de dépression de Hamilton (HAM-D) dépasse traditionnellement 0,75 à 0,80. En outre, lorsque l’on compare des sous-groupes diagnostiques (établis par entretiens structurés DSM), les patients souffrant principalement de trouble panique ou de phobie sociale obtiennent des scores significativement plus élevés au BAI que les patients présentant un diagnostic exclusif de trouble dépressif majeur, démontrant une dissociation diagnostique nette.
Validité prédictive et sensibilité au changement
Le BAI démontre une excellente sensibilité aux variations cliniques induites par les thérapies cognitivo-comportementales ou les traitements pharmacologiques. Une diminution significative des scores totaux est systématiquement observée après 8 à 12 semaines de thérapie active, cette réduction étant corrélée à l’amélioration globale notée par les cliniciens sur l’échelle d’impression clinique globale (CGI). De plus, des études longitudinales montrent que des scores résiduels élevés au BAI à la fin d’un protocole thérapeutique constituent un puissant facteur prédictif de rechute symptomatique au cours des 12 mois suivants.
8. Fidélité
La fidélité de l’Inventaire d’anxiété de Beck a été rigoureusement confirmée par de multiples indices métrologiques :
Cohérence interne
La consistance interne du BAI est exceptionnellement élevée. Dans l’étude originale de Beck, Epstein, Brown et Steer (1988), le coefficient alpha de Cronbach atteignait 0,92 auprès d’un échantillon clinique de 160 patients psychiatriques. Dans des réplications ultérieures menées par Fydrich, Dowdall et Chambless (1992) sur 440 patients ambulatoires, le coefficient alpha s’élevait à 0,94. Dans les populations non cliniques (échantillons communautaires et étudiants universitaires), la cohérence interne demeure robuste, avec des valeurs d’alpha variant typiquement entre 0,86 et 0,91. Toutes les corrélations item-total corrigées dépassent généralement 0,40, avec des valeurs culminant à plus de 0,65 pour les items somatiques cardiovasculaires et respiratoires.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été mesurée sur divers intervalles temporels. Dans l’échantillon initial de Beck et al. (1988), un sous-groupe de patients a été réévalué après un intervalle d’une semaine, révélant un coefficient de corrélation test-retest de r = 0,75 (p < 0,001). Dans une étude menée par Hewitt et Norton (1993) sur une période de 7 à 10 jours, le coefficient atteignait r = 0,83. Cette valeur reflète un équilibre psychométrique idéal : elle démontre une stabilité suffisante pour garantir que le test ne fluctue pas sous l’effet du bruit aléatoire de mesure, tout en restant suffisamment modérée pour confirmer que l’instrument capture un état clinique réactif et perméable aux événements de vie et au traitement, plutôt qu’un trait invariant et rigide.
Erreur standard de mesure (SEM) et consistance inter-items
L’erreur standard de mesure (SEM) calculée pour le BAI est approximativement de 3,5 à 4 points. En conséquence, une variation de plus de 7 à 8 points sur le score total entre deux passations peut être interprétée avec un niveau de confiance de 95 % comme un changement clinique fiable (Reliable Change Index, RCI), non attribuable à l’erreur instrumentale.
9. Analyse factorielle
La structure factorielle du BAI a fait l’objet d’intenses débats psychométriques, conduisant à la validation de modèles bifactoriels et quadrifactoriels selon le niveau de granularité retenu.
Modèle initial bifactoriel (Beck et al., 1988)
Lors de la publication inaugurale, une analyse factorielle exploratoire (AFE) avec rotation oblique a mis en évidence deux facteurs primaires corrélés (r ≈ 0,56) :
- Facteur 1 : Symptômes somatiques / physiologiques (expliquant la majeure partie de la variance totale). Il regroupe les items décrivant les manifestations autonomes et motrices telles que les engourdissements, les tremblements, les sueurs, les palpitations et la dyspnée.
- Facteur 2 : Symptômes subjectifs / cognitifs. Il regroupe les items liés à la tension psychologique, aux sentiments de frayeur et aux pensées de catastrophe imminente (peur de perdre le contrôle, peur de mourir, peur du pire).
Modèle quadrifactoriel (Beck & Steer, 1990 ; Steer et al., 1993)
Par la suite, des analyses factorielles confirmatoires (AFC) plus fines menées sur de larges cohortes cliniques de plusieurs milliers de patients ont démontré qu’une structure à quatre facteurs de premier ordre imbriqués sous un facteur général d’anxiété de second ordre offre souvent un ajustement statistique supérieur (TLI > 0,93, CFI > 0,94, RMSEA < 0,06) :
- Facteur neurophysiologique : Items 1 (engourdissements), 2 (bouffées de chaleur), 3 (jambes flageolantes), 6 (vertiges), 8 (instabilité), 12 (tremblement des mains), 13 (secousses), 19 (sensation d’évanouissement), 20 (rougeur faciale), 21 (sueurs).
- Facteur subjectif / émotionnel : Items 4 (incapacité à se détendre), 9 (terreur), 10 (nervosité), 17 (peur).
- Facteur panique / cognitif : Items 5 (peur du pire), 14 (peur de perdre le contrôle), 16 (peur de mourir).
- Facteur autonome / respiratoire : Items 7 (palpitations), 11 (étouffement), 15 (difficulté respiratoire), 18 (indigestion).
Bien que ces sous-dimensions offrent un intérêt diagnostique et heuristique pour explorer les sous-composantes cliniques des troubles anxieux, la quasi-totalité des praticiens et chercheurs utilise le score total univarié, soutenu par des modèles factoriels bifactoriels généraux confirmant que plus de 70 % de la variance commune est attribuable à un macro-construit unifié de sévérité de l’anxiété.
10. Instrument de mesure
L’Inventaire d’anxiété de Beck est un auto-questionnaire standardisé court, administrable sous format papier-crayon ou sur support numérique informatisé.
- Nature de l’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique et psychiatrique.
- Population cible : Adultes et adolescents à partir de 13 ans (normes initiales standardisées pour 17-80 ans).
- Nombre d’items : 21 items formulés sous la forme de descripteurs courts de symptômes.
- Période de référence temporelle : Les participants doivent évaluer à quel point chaque symptôme les a perturbés au cours de la semaine écoulée, y compris le jour même (past week, including today).
- Échelle de réponse : Échelle ordinale en 4 points (0 à 3) :
- 0 : Pas du tout (Not At All)
- 1 : Légèrement ; mais cela ne m’a pas trop dérangé (Mildly; but it didn’t bother me much)
- 2 : Modérément ; ce n’était pas agréable par moments (Moderately; it wasn’t pleasant at times)
- 3 : Sévèrement ; cela m’a beaucoup dérangé (Severely; it bothered me a lot)
- Durée de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Procédure de cotation : Le score global est obtenu par la somme arithmétique simple des 21 items. Le score total oscille entre 0 et 63 points.
- Interprétation des scores (seuils cliniques standardisés) :
- 0 à 7 : Niveau d’anxiété minime (plage considérée comme asymptomatique ou normale au sein de la population générale).
- 8 à 15 : Anxiété légère (symptomatologie débutante, souvent réactionnelle ou adaptative, mais méritant un suivi).
- 16 à 25 : Anxiété modérée (détresse clinique notable, perturbations fonctionnelles fréquentes, indication claire pour une prise en charge psychologique ou psychothérapeutique).
- 26 à 63 : Anxiété sévère (détresse aiguë et handicapante, niveau souvent associé à un trouble panique avec agoraphobie ou un trouble anxieux sévère nécessitant une intervention psychiatrique multidisciplinaire immédiate).
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Le Beck Anxiety Inventory a été initialement publié dans le milieu scientifique en 1988 par Aaron T. Beck et son équipe au sein du Journal of Consulting and Clinical Psychology. Le manuel clinique et psychométrique officiel a été publié en 1990 puis révisé en 1993 par la société Pearson Clinical (historiquement sous la marque The Psychological Corporation / Harcourt Assessment).
- Statut des droits d’auteur : Le BAI est un instrument déposé et protégé par le droit d’auteur (Copyright © 1988, 1990, 1993 by Aaron T. Beck. Marque déposée et distribuée sous licence exclusive par NCS Pearson, Inc.).
- Conditions d’accès et tarifs : L’utilisation clinique commerciale ou institutionnelle de la version officielle nécessite l’achat de protocoles de test auprès de l’éditeur officiel (Pearson Clinical). Les tarifs varient selon les formats (feuilles de passation papier, carnets de réponses, logiciels d’évaluation informatisée Q-global ou passations en ligne télé-santé), avec un coût moyen situé entre 2,50 $ et 4,00 $ par protocole administré.
- Utilisation en recherche académique : Les chercheurs universitaires peuvent solliciter une autorisation gratuite ou à tarif réduit auprès du département des licences de Pearson Clinical (Pearson Assessment Permissions Department) pour des études universitaires à but non lucratif ne disposant pas de financements pharmaceutiques majeurs. Des reproductions partielles d’items à des fins d’analyse psychométrique indépendante existent dans le domaine public académique, mais la reproduction intégrale et la distribution commerciale non autorisée du matériel de test sont strictement interdites par la législation sur la propriété intellectuelle.
12. Références
Les références ci-dessous regroupent les études fondamentales et publications académiques ayant établi et validé les propriétés psychométriques de l’inventaire :
- Beck, A. T., & Clark, D. A. (1988). Anxiety and depression: An information processing perspective. Anxiety Research, 1(1), 23–36. https://doi.org/10.1080/10615808808248218
- Beck, A. T., Emery, G., & Greenberg, R. L. (1985). Anxiety disorders and phobias: A cognitive perspective. Basic Books.
- Beck, A. T., Epstein, N., Brown, G., & Steer, R. A. (1988). An inventory for measuring clinical anxiety: Psychometric properties. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 56(6), 893–897. https://doi.org/10.1037/0022-006X.56.6.893
- Beck, A. T., & Steer, R. A. (1990). Manual for the Beck Anxiety Inventory. Psychological Corporation.
- Beck, A. T., & Steer, R. A. (1993). Beck Anxiety Inventory Manual. Psychological Corporation / Harcourt Brace & Company.
- Clark, L. A., & Watson, D. (1991). Tripartite model of anxiety and depression: Psychometric evidence and taxonomic implications. Journal of Abnormal Psychology, 100(3), 316–336. https://doi.org/10.1037/0021-843X.100.3.316
- Fydrich, T., Dowdall, D., & Chambless, D. L. (1992). Reliability and validity of the Beck Anxiety Inventory. Journal of Anxiety Disorders, 6(1), 55–61. https://doi.org/10.1016/0887-6185(92)90026-4
- Hewitt, P. L., & Norton, G. R. (1993). The Beck Anxiety Inventory: A psychometric evaluation. Psychological Assessment, 5(4), 408–412. https://doi.org/10.1037/1040-3590.5.4.408
- Kohn, P. M., Kantor, L., DeCicco, T. L., & Beck, A. T. (2008). The Beck Anxiety Inventory-Trait (BAIT): A measure of dispositional anxiety not contaminated by dispositional depression. Journal of Personality Assessment, 90(5), 499–506. https://doi.org/10.1080/00223890802248844
- McDowell, I. (2006). Measuring Health: A Guide to Rating Scales and Questionnaires (3rd ed.). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195165678.001.0001
- Muntingh, A. D. T., van der Feltz-Cornelis, C. M., van Marwijk, H. W. J., Spinhoven, P., Penninx, B. W. J. H., & van Balkom, A. J. L. M. (2011). Is the Beck Anxiety Inventory a good tool to assess the severity of anxiety? A primary care study in The Netherlands Study of Depression and Anxiety (NESDA). BMC Family Practice, 12, Article 66. https://doi.org/10.1186/1471-2296-12-66
- Steer, R. A., Ranieri, W. F., Beck, A. T., & Clark, D. A. (1993). Further evidence for the validity of the Beck Anxiety Inventory with psychiatric outpatients. Journal of Anxiety Disorders, 7(3), 195–205. https://doi.org/10.1016/0887-6185(93)90002-3