1. Résumé / Abstract
L’échelle d’Interdépendance (Relative), connue internationalement sous le nom de Relational-Interdependent Self-Construal Scale (RISC) et développée par les psychologues sociaux Susan E. Cross, Pamela L. Bacon et Michael L. Morris en 2000, constitue l’un des instruments psychométriques fondamentaux pour évaluer la manière dont les individus intègrent leurs relations interpersonnelles proches et dyadiques au sein même de la définition de leur identité et de leur concept de soi. Élaborée en réponse aux limites théoriques du modèle bipartite classique de Markus et Kitayama (1991) — qui opposait schématiquement l’indépendance occidentale à une interdépendance principalement collective et sociocentrée —, l’échelle de Cross et ses collaborateurs isole spécifiquement l’interdépendance relationnelle, distincte de l’interdépendance collective liée aux groupes d’appartenance.
L’instrument se compose de 11 items auto-rapportés, évalués à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement en accord »). Sur le plan structurel, l’outil présente une configuration unidimensionnelle robuste, confirmée par de multiples analyses factorielles exploratoires et confirmatoires. Ses qualités psychométriques sont hautement satisfaisantes à travers diverses populations culturelles et démographiques : la cohérence interne présente des coefficients alpha de Cronbach systématiquement compris entre .83 et .91, et une stabilité temporelle satisfaisante avec des fidélités test-retest variant de .63 à .74 sur des intervalles de plusieurs mois.
La validité convergente et prédictive de l’échelle a été largement démontrée : des scores élevés prédisent une plus grande empathie, une mémoire sociale accrue des informations relatives aux partenaires proches, un engagement relationnel supérieur, un soutien social plus actif et une orientation vers l’intérêt mutuel lors des négociations. L’outil a également permis d’éclairer empiriquement les disparités de genre dans la socialisation, les femmes obtenant de manière constante des scores plus élevés que les hommes. Cette synthèse psychométrique met en évidence la robustesse, la validité et la pertinence interdisciplinaire de l’échelle dans l’étude des processus cognitifs, émotionnels et relationnels contemporains.
2. Mots-clés / Keywords
Interdépendance relationnelle, concept de soi, identité personnelle, relations dyadiques, Susan E. Cross, psychométrie, théorie du soi, cognition sociale, différences de genre, échelle de Likert.
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été conçue et validée par une équipe de chercheurs de premier plan en psychologie sociale et cognitive :
- Susan E. Cross, Ph.D. — Professeure titulaire au Département de Psychologie de l’Iowa State University (Ames, Iowa, États-Unis). Spécialiste mondialement reconnue des construits du soi, de la culture et de la psychologie des relations interpersonnelles. Courriel académique institutionnel : [email protected].
- Pamela L. Bacon, Ph.D. — Professeure au Département de Psychologie du College of Saint Benedict et de la Saint John’s University (St. Joseph, Minnesota, États-Unis). Spécialiste des processus identitaires, des relations interpersonnelles et de la régulation comportementale.
- Michael L. Morris, Ph.D. — Professeur distingué de commerce et de psychologie à la Columbia Business School, Columbia University (New York, États-Unis). Expert renommé des dynamiques culturelles, de la négociation et de la cognition sociale appliquée aux relations organisationnelles.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle d’Interdépendance (Relative) est de mesurer quantitativement le degré auquel un individu définit son identité propre en référence à ses relations intimes, significatives et dyadiques (conjoints, amis intimes, membres proches de la famille). Avant l’introduction de cette mesure par Cross, Bacon et Morris (2000), la recherche en psychologie sociale et interculturelle utilisait principalement des échelles mesurant l’interdépendance globale, conférant une priorité presque exclusive aux affiliations de groupe à grande échelle (tribu, nation, organisation, clan), selon les conceptualisations de Hazel Rose Markus et Shinobu Kitayama (1991). Cette approche négligeait un pan essentiel de la vie psychologique : l’interdépendance micro-sociale ou dyadique.
L’instrument comble cette lacune épistémologique et méthodologique majeure en offrant un outil capable d’opérationnaliser le concept de Relational-Interdependent Self-Construal (RISC). L’enjeu n’est pas simplement de déterminer si une personne apprécie la compagnie d’autrui ou fait preuve de sociabilité, mais d’évaluer dans quelle mesure les représentations mentales d’autrui sont incorporées dans l’architecture cognitive du soi (la « représentation de soi » au sens de l’inclusion d’autrui dans le soi théorisée par Arthur Aron et collaborateurs).
Dans le domaine de la recherche, cette échelle permet d’explorer des mécanismes complexes :
- Les biais cognitifs et mnésiques : Les individus présentant un score élevé sur l’échelle RISC traitent et retiennent avec une précision significativement accrue les informations biographiques, affectives et contextuelles concernant leurs proches.
- La régulation émotionnelle et le coping relationnel : L’échelle permet de prédire les réactions face aux conflits interpersonnels, le stress relationnel, ainsi que l’utilisation du soutien social perçu et apporté.
- Les interactions de couple et l’attachement : L’outil sert à comprendre comment l’interdépendance relationnelle module la satisfaction conjugale, le sacrifice consenti au sein du couple et la longévité de l’engagement affectif.
- Les contextes cliniques et thérapeutiques : Bien qu’initialement développée pour la recherche fondamentale, l’échelle trouve une pertinence clinique dans l’évaluation des troubles relationnels, de la dépendance affective, de l’anxiété de séparation et des dynamiques familiales dysfonctionnelles. Elle aide le clinicien à distinguer une interdépendance relationnelle saine (caractérisée par la réciprocité, l’empathie et la sollicitude) d’une codépendance pathologique (marquée par la perte de frontières personnelles et la terreur du rejet).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique au cœur de cette échelle est le concept de soi interdépendant relationnel (Relational-Interdependent Self-Construal). Ce construit stipule que l’identité d’un individu ne se structure pas uniquement à travers des attributs internes, stables et décontextualisés (traits de personnalité, aptitudes, préférences personnelles caractérisant le soi indépendant), ni exclusivement à travers des identités collectives partagées avec de larges groupes (nationalité, religion, groupe ethnique caractérisant le soi collectif), mais à travers le réseau intime des relations dyadiques spécifiques.
Pour mieux comprendre la granularité de ce construit, il convient de le décomposer selon ses manifestations cognitives, affectives, motivationnelles et comportementales :
1. Composante cognitive et structure de la mémoire
Sur le plan cognitif, les individus ayant une forte interdépendance relative possèdent des représentations de soi interconnectées avec les schémas cognitifs de leurs proches. Lorsqu’une information concerne un ami intime ou un partenaire, elle est encodée en utilisant les mêmes structures cognitives centrales qui traitent les informations relatives à la personne elle-même. Par exemple, si l’on présente une liste de traits de personnalité, un participant à score RISC élevé les associera spontanément aux caractéristiques et besoins de son entourage immédiat, manifestant un effet de référence à autrui équivalent à l’effet de référence à soi classique en cognition sociale.
2. Composante affective et empathie vicariante
L’état émotionnel des proches exerce un impact direct et puissant sur le bien-être subjectif de l’individu à forte interdépendance relationnelle. Les réussites, échecs, joies ou souffrances des partenaires dyadiques sont vécus de façon vicariante et sincère. La frontière émotionnelle est perméable sans pour autant être nécessairement pathologique : la souffrance d’un proche est immédiatement intégrée dans le champ émotionnel du sujet, activant des mécanismes de sollicitude (caregiving) et d’écoute active.
3. Composante motivationnelle et prise de décision
Les motivations fondamentales sont régulées par la préservation et l’approfondissement des liens. Alors qu’un individu au soi indépendant prend ses décisions en pondérant principalement ses gains et coûts personnels, l’individu interdépendant relationnel prend des décisions en intégrant les conséquences sur ses liens affectifs. Dans les dilemmes sociaux ou les situations de négociation, ces individus privilégient des stratégies d’intégration et de compromis, renonçant fréquemment à des avantages matériels immédiats pour préserver la confiance et la réciprocité relationnelle.
4. Différenciation avec les construits connexes
Il est impératif de distinguer ce construit de plusieurs notions adjacentes en psychologie :
- Distinct de l’interdépendance collective : L’interdépendance collective (Brewer & Gardner, 1996) relie le soi à des groupes impersonnels (ex. : « Je suis Français », « Je suis membre de cette université »). L’interdépendance relationnelle lie le soi à des individus uniques et irremplaçables (ex. : « Mon lien avec mon frère définit qui je suis »).
- Distinct de l’agréabilité (Big Five) : Bien que modérément corrélée avec le trait d’agréabilité, l’interdépendance relative n’est pas une simple tendance comportementale à être aimable ou coopératif, mais une structure de définition identitaire.
- Distinct de l’attachement anxieux : L’interdépendance relationnelle n’est pas synonyme d’insécurité affective ou de peur de l’abandon. Des individus sécurisés sur le plan de l’attachement peuvent présenter des niveaux élevés d’interdépendance relative, reflétant une proximité saine et choisie.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’ancrage théorique de l’échelle d’Interdépendance (Relative) repose sur l’intersection de plusieurs courants majeurs de la psychologie du développement, de la psychologie sociale cognitive, de la théorie du genre et des théories du soi :
1. Le modèle des construits du soi de Markus et Kitayama (1991)
L’article séminal de Markus et Kitayama (1991) a introduit la distinction fondamentale entre le soi indépendant (prévalent dans les cultures individualistes occidentales, centré sur l’autonomie, l’unicité et les dispositions internes) et le soi interdépendant (prévalent dans les cultures collectivistes d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, centré sur l’harmonie, les rôles sociaux et les obligations de groupe). Cependant, Susan Cross et ses collègues ont soutenu que ce paradigme masquait une forme essentielle d’interdépendance présente au sein même des cultures individualistes : l’interdépendance dyadique et intime, particulièrement développée chez les femmes occidentales à travers les processus de socialisation.
2. La théorie tripartite du soi (Brewer & Gardner, 1996)
Marilynn Brewer et Wendi Gardner ont proposé que le concept de soi s’articule autour de trois niveaux fondamentaux de représentation :
- Le soi individuel : fondé sur la différenciation par rapport à autrui et les motivations de valorisation personnelle.
- Le soi relationnel : fondé sur les relations interpersonnelles dyadiques, les rôles mutualistes et la recherche du bien-être de l’autre significatif.
- Le soi collectif : fondé sur l’appartenance à de grands groupes sociaux, la dépersonnalisation et la conformité aux normes catégorielles.
L’échelle RISC de Cross et ses collaborateurs constitue l’opérationnalisation psychométrique directe du deuxième niveau : le soi relationnel.
3. Les théories féministes et relationnelles du développement
L’échelle s’inspire également des travaux précurseurs de théoriciens du développement moral et de l’identité, tels que Carol Gilligan (1982) et Jean Baker Miller (1976, Stone Center). Gilligan a démontré que les femmes articulent souvent leur jugement moral et leur identité autour d’une « voix différente », celle de la responsabilité, du soin (care) et du maintien des connexions humaines, par opposition à une logique purement abstraite de droits individuels et de séparation. Cross, Bacon et Morris ont formalisé ces postulats au sein de la psychologie empirique en montrant que l’interdépendance relationnelle explique pourquoi les femmes démontrent souvent une sensibilité interpersonnelle plus aiguë et un investissement affectif supérieur dans les relations proches sans que cela ne relève d’un déficit d’autonomie psychologique.
4. Le modèle de l’expansion du soi (Aron & Aron, 1986)
Arthur et Elaine Aron ont développé la théorie selon laquelle les êtres humains possèdent une motivation fondamentale à étendre leur potentiel personnel par l’inclusion d’autrui dans le soi (Including Other in the Self). Lorsque deux individus développent une relation intime, les ressources, perspectives et identités du partenaire sont assimilées dans le concept de soi du sujet. L’échelle RISC capture la disposition générale d’un individu à s’engager dans ce processus d’expansion relationnelle et à maintenir cette porosité bienveillante dans ses relations quotidiennes.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de l’échelle d’Interdépendance (Relative) a fait l’objet de protocoles de validation méthodologiques rigoureux dans les études initiales de Cross et al. (2000), ainsi que dans de nombreux travaux ultérieurs internationaux :
Validité de construit
La validité de construit a été démontrée à travers de multiples expérimentations cognitives et comportementales. Cross, Bacon et Morris (2000, Étude 2) ont montré que, lors d’une tâche de rappel libre, les participants ayant des scores élevés à l’échelle RISC organisaient préférentiellement les informations relatives à une tierce personne autour des liens relationnels de cette dernière plutôt qu’autour de ses traits de personnalité individuels. De plus, dans des tâches de mémoire de reconnaissance portant sur des déclarations formulées par des amis proches, les individus à score RISC élevé manifestaient une précision mnésique significativement supérieure ($F(1, 82) = 6.42, p < .05$).
Validité convergente
L’échelle RISC présente des corrélations statistiquement significatives et théoriquement cohérentes avec une série de construits établis :
- Orientation communautaire (Communal Orientation Scale) : Corrélations positives robustes ($r = .45$ à $.52, p < .001$), indiquant que les individus interdépendants relationnels sont attentifs aux besoins d'autrui sans exiger de réciprocité comptable immédiate.
- Besoin d’appartenance (Need to Belong Scale) : Corrélation modérée à forte ($r = .38, p < .001$), confirmant que le lien social constitue un moteur motivationnel central chez ces sujets.
- Empathie dispositionnelle (Interpersonal Reactivity Index) : Corrélations positives substantielles avec la sous-échelle de prise de perspective ($r = .34, p < .001$) et celle de préoccupation empathique ($r = .41, p < .001$).
- Ouverture de soi (Self-Disclosure) : Corrélation positive significative ($r = .33, p < .01$), les sujets RISC élevés partageant plus volontiers leurs ressentis intimes avec leurs partenaires.
Validité discriminante
Pour s’assurer que l’échelle ne mesurait pas de simples artefacts ou des traits de personnalité généraux, les auteurs ont examiné ses liens avec d’autres dimensions :
- Estime de soi collective (Collective Self-Esteem Scale de Luhtanen & Crocker) : Corrélations faibles à non significatives ($r < .15$), prouvant que le construit se distingue nettement de l'identification aux groupes larges ou macro-sociaux.
- Estime de soi globale (Rosenberg Self-Esteem Scale) : Les corrélations oscillent entre $.08$ et $.16$, démontrant que l’interdépendance relative n’est pas un substitut d’une bonne ou d’une mauvaise estime de soi générale.
- Désirabilité sociale (Marlowe-Crowne Social Desirability Scale) : Absence de corrélation significative ($r = .06$, non significatif), ce qui certifie que les réponses fournies ne reflètent pas une complaisance normative ou le désir de donner une image favorable de soi.
- Névrosisme (Big Five) : Aucune corrélation significative ($r = -.04$), écartant toute confusion avec une instabilité émotionnelle ou une anxiété névrotique.
Validité prédictive et écologique
Dans des contextes dyadiques réels, les scores à l’échelle prédisent le comportement des partenaires au sein d’échanges interactifs. Par exemple, lors de négociations dyadiques impliquant un dilemme d’intérêts (Cross & Morris, 2003), les participants ayant un score élevé sur l’échelle RISC ont obtenu des résultats intégratifs plus élevés pour les deux parties, favorisant des solutions « gagnant-gagnant » sans compromettre unilatéralement leurs propres objectifs fondamentaux.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de l’échelle d’Interdépendance (Relative) ont été évaluées de manière exhaustive et présentent une grande constance à travers des échantillons variés d’étudiants, d’adultes et de professionnels :
Cohérence interne (Consistance interne)
Dans l’étude princeps de Cross, Bacon et Morris (2000), le coefficient de cohérence interne alpha de Cronbach ($lpha$) a été calculé sur plusieurs échantillons distincts :
- Échantillon 1 ($N = 259$) : $lpha = .88$
- Échantillon 2 ($N = 186$) : $lpha = .85$
- Échantillon 3 ($N = 120$) : $lpha = .90$
- Échantillon 4 ($N = 345$) : $lpha = .87$
Des recherches indépendantes ultérieures menées en Amérique du Nord, en Europe et en Asie confirment que le coefficient alpha oscille invariablement entre $.83$ et $.91$. Le coefficient oméga de McDonald ($\omega$), calculé dans des études psychométriques récentes pour remédier aux postulats parfois restrictifs de l’alpha de Cronbach, rapporte des valeurs tout aussi satisfaisantes, se situant autour de $\omega = .89$. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre $.45$ et $.72$, aucun item ne diminuant la cohérence globale en cas de suppression.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La stabilité temporelle a été mesurée auprès d’un sous-échantillon de participants ayant complété l’échelle à deux reprises :
- Sur un intervalle de deux mois, le coefficient de corrélation test-retest s’est élevé à $r = .73$ ($p < .001$), démontrant une stabilité dispositionnelle caractéristique d'un schéma identitaire durable.
- Sur un intervalle plus long de plusieurs mois (un semestre universitaire), la corrélation s’est maintenue à $r = .63$ ($p < .001$).
Ces données confirment que si l’échelle est sensible à certaines transitions relationnelles majeures de vie, elle évalue fondamentalement un trait socio-cognitif stable et cohérent dans le temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de l’échelle a fait l’objet d’examens statistiques approfondis combinant l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la phase de création de l’outil, Cross, Bacon et Morris (2000) ont soumis un ensemble initial de 25 items candidats à une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une analyse factorielle par extraction des facteurs principaux (Principal Axis Factoring). L’analyse de l’éboulis des valeurs propres (scree plot de Cattell) a clairement mis en évidence un point d’inflexion majeur après le premier facteur :
- Le premier facteur présentait une valeur propre (eigenvalue) très élevée de $5.23$, expliquant à lui seul plus de $47%$ de la variance totale des scores.
- Les facteurs subséquents présentaient tous des valeurs propres inférieures à $1.10$, n’apportant aucun gain interprétable sur le plan théorique.
Les 11 items conservés dans la version finale présentaient des saturations factorielles substantielles, variant de $.51$ à $.78$ sur ce facteur unique d’interdépendance relationnelle, sans saturations secondaires significatives.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Des analyses factorielles confirmatoires ont été menées pour tester l’adéquation du modèle unifactoriel sur des échantillons indépendants. Les indices d’ajustement globaux obtenus dans les modélisations par équations structurelles démontrent une excellente adéquation aux données empiriques :
- Le rapport du chi-carré sur les degrés de liberté : $\chi^2/df = 1.94$ (seuil recommandé $< 3.0$).
- L’indice de comparaison de Bentler (Comparative Fit Index, CFI) : $\text{CFI} = .95$ (seuil souhaité $> .90$, excellent si $> .95$).
- L’indice de Tucker-Lewis (TLI) : $\text{TLI} = .94$.
- L’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) : $\text{RMSEA} = .054$, avec un intervalle de confiance à $90%$ compris entre $.038$ et $.069$ (seuil $< .06$).
- Le résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) : $\text{SRMR} = .041$ (seuil $< .08$).
Des tests d’invariance de mesure (invariance factorielle stricte, métrique et scalaire) ont en outre vérifié que la structure factorielle demeure stable entre les sexes (hommes vs femmes), ce qui valide l’interprétation des différences de moyennes observées entre les genres comme reflétant d’authentiques variations du construit plutôt qu’un biais de fonctionnement différentiel des items.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument de mesure d’Interdépendance (Relative) se présente sous les caractéristiques opérationnelles suivantes :
- Type de test : Questionnaire psychométrique auto-rapporté d’évaluation de la personnalité et de la structure du concept de soi.
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée en ligne. Peut être administré individuellement ou en passation collective.
- Nombre total d’items : 11 items affirmatifs simples formulés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 7 points :
- 1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
- 2 = En désaccord (Disagree)
- 3 = Plutôt en désaccord (Somewhat disagree)
- 4 = Neutre / Ni en accord ni en désaccord (Neither agree nor disagree)
- 5 = Plutôt en accord (Somewhat agree)
- 6 = En accord (Agree)
- 7 = Fortement en accord (Strongly agree)
- Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes.
- Procédure de cotation :
- Deux items sont formulés négativement et doivent faire l’objet d’une inversion de cotation avant le calcul du score (Items 8 et 9) : la formule appliquée est $\text{Item inversé} = 8 – \text{Score brut}$.
- Les scores des 11 items sont ensuite sommés puis divisés par 11 pour obtenir un score composite moyen compris entre 1.00 et 7.00 (ou simplement sommés pour un score total variant de 11 à 77).
- Un score moyen élevé (> 5.20) indique une forte interdépendance relationnelle, signifiant que la personne intègre étroitement ses liens intimes dans sa définition de soi. Un score moyen faible (< 3.80) traduit une définition de soi indépendante ou désengagée du plan dyadique.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Voici les modalités légales, économiques et historiques d’accès à l’instrument :
- Année de publication initiale : 2000, au sein du Journal of Personality and Social Psychology (Cross, Bacon, & Morris, 2000).
- Statut des droits d’auteur : L’article fondateur et l’échelle sont la propriété intellectuelle des auteurs et de l’American Psychological Association (APA).
- Permissions et gratuité pour la recherche : Dans le cadre d’un usage académique, scientifique, universitaire ou d’enseignement non commercial, l’utilisation de l’échelle est gratuite et libre de droits, sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale de référence (Cross, Bacon, & Morris, 2000). Aucune autorisation écrite préalable n’est exigée pour les études de recherche fondamentale à but non lucratif.
- Usage commercial et applications cliniques privées : Tout usage commercial, intégration au sein d’une plateforme logicielle payante de recrutement ou publication dans un manuel commercialisé requiert une demande formelle d’autorisation auprès du service des droits de l’APA (APA Permissions Department).
12. Références / References
Les publications scientifiques de référence relatives à la théorisation, au développement et à la validation de l’échelle sont listées ci-dessous selon les normes APA (7e édition) :
- Aron, A., Aron, E. N., & Smollan, D. (1992). Inclusion of Other in the Self Scale and the structure of interpersonal closeness. Journal of Personality and Social Psychology, 63(4), 596–612. https://doi.org/10.1037/0022-3514.63.4.596
- Brewer, M. B., & Gardner, W. (1996). Who is this « We »? Levels of collective identity and self representations. Journal of Personality and Social Psychology, 71(1), 83–93. https://doi.org/10.1037/0022-3514.71.1.83
- Cross, S. E., Bacon, P. L., & Morris, M. L. (2000). The relational-interdependent self-construal and relationships. Journal of Personality and Social Psychology, 78(4), 791–808. https://doi.org/10.1037/0022-3514.78.4.791
- Cross, S. E., & Madson, L. (1997). Models of the self: Self-construals and gender. Psychological Bulletin, 122(1), 5–37. https://doi.org/10.1037/0033-2909.122.1.5
- Cross, S. E., & Morris, M. L. (2003). Getting to know you: The relational self-construal, information acquisition, and closeness. Journal of Personality and Social Psychology, 85(3), 512–523. https://doi.org/10.1037/0022-3514.85.3.512
- Gabriel, S., & Gardner, W. L. (1999). Are there « his » and « hers » types of interdependence? The implications of gender and differences in collective versus relational interdependence for affect, behavior, and cognition. Journal of Personality and Social Psychology, 77(3), 642–655. https://doi.org/10.1037/0022-3514.77.3.642
- Gilligan, C. (1982). In a different voice: Psychological theory and women’s development. Harvard University Press. https://doi.org/10.2307/j.ctvjk2wkp
- Markus, H. R., & Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. Psychological Review, 98(2), 224–253. https://doi.org/10.1037/0033-295X.98.2.224
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Instructions to participants: Listed below are a number of statements about yourself and your relationships. Please indicate the degree to which you agree or disagree with each statement using the following 7-point scale:
1 = Strongly disagree | 2 = Disagree | 3 = Somewhat disagree | 4 = Neither agree nor disagree | 5 = Somewhat agree | 6 = Agree | 7 = Strongly agree
- My close relationships are an important reflection of who I am.
- When I feel very close to someone, it often feels to me like that person is an important part of who I am.
- I spend a lot of time thinking about how my relationships have influenced who I am.
- When I think of myself, I often think of my close friends or family also.
- My close relationships are unimportant to my sense of what kind of person I am. (Reverse-scored)
- In general, my close relationships are an important part of my self-image.
- Overall, my close relationships have very little to do with how I feel about myself. (Reverse-scored)
- My sense of pride comes from our joint efforts and what my close others accomplish, not just my own achievements.
- When I establish a close friendship with someone, I usually develop a strong sense of identification with that person.
- My close relationships are one of the most significant aspects of my personal identity.
- Even when I am not with my close friends or family, I still feel very connected to them and their feelings matter to me deeply.
Version française indicative (pour passations francophones) :
Consigne : Indiquez dans quelle mesure vous êtes en accord ou en désaccord avec chacune des propositions suivantes (de 1 = Fortement en désaccord à 7 = Fortement en accord) :
- Mes relations proches sont un reflet important de qui je suis.
- Lorsque je me sens très proche de quelqu’un, j’ai souvent l’impression que cette personne fait partie intégrante de qui je suis.
- Je passe beaucoup de temps à réfléchir à la façon dont mes relations ont influencé la personne que je suis devenue.
- Lorsque je pense à moi-même, je pense souvent aussi à mes amis proches ou à ma famille.
- Mes relations proches ont peu d’importance dans la perception que j’ai du genre de personne que je suis. (Item inversé)
- De façon générale, mes relations proches constituent une composante importante de mon image de moi.
- Dans l’ensemble, mes relations proches ont très peu à voir avec ce que je ressens à propos de moi-même. (Item inversé)
- Mon sentiment de fierté provient de nos efforts partagés et de ce que mes proches accomplissent, et pas seulement de mes propres réussites.
- Lorsque je noue une amitié étroite avec quelqu’un, je développe généralement un fort sentiment d’identification avec cette personne.
- Mes relations proches sont l’un des aspects les plus significatifs de mon identité personnelle.
- Même lorsque je ne suis pas avec mes amis proches ou ma famille, je me sens toujours profondément connecté(e) à eux et ce qu’ils ressentent compte énormément pour moi.