Indice des pratiques orientées vers le rétablissement (ROPI)

L’Indice des pratiques orientées vers le rétablissement (ROPI), conçu par Anthony D. Mancini, est un instrument d’évaluation psychométrique et organisationnelle mesurant la fidélité des services de santé mentale communautaires aux principes de rétablissement et d’autodétermination.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 3, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 3, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Indice des pratiques orientées vers le rétablissement (Recovery Oriented Practices Index, ROPI), développé initialement par Anthony D. Mancini et Maria T. Finnerty entre 2005 et 2006 sous l’égide du New York State Office of Mental Health, constitue un instrument d’évaluation de programme et d’audit clinique conçu pour quantifier le degré d’alignement des services de santé mentale communautaires avec le paradigme contemporain du rétablissement en santé mentale. Contrairement aux échelles d’auto-évaluation individuelle mesurant les trajectoires personnelles des usagers, le ROPI est une mesure de fidélité organisationnelle et programmatique administrée par un évaluateur externe ou un auditeur formé. L’échelle évalue de manière opérationnelle huit dimensions fondamentales du rétablissement : la satisfaction des besoins fondamentaux (Meeting Basic Needs), l’exhaustivité des services (Comprehensive Services), l’individualisation et le libre choix (Customization and Choice), la participation et l’implication des usagers (Consumer Involvement/Participation), les réseaux de soutien et l’intégration communautaire (Network Supports/Community Integration), l’approche axée sur les forces (Strengths-Based Approach), l’usager comme source de contrôle et autodétermination (Client as Source of Control/Self-Determination), et l’orientation globale vers le rétablissement (Recovery Focus).

L’instrument utilise un système de cotation par ancrages comportementaux variant sur une échelle ordinale de 1 (absence du principe ou non-adhésion marquée) à 5 (adhésion pleine et complète à l’ensemble des composantes du principe). L’évaluation repose sur une triangulation méthodique des sources d’information : examen documentaire aléatoire des dossiers cliniques informatisés, entrevues semi-structurées avec les équipes interdisciplinaires, revue des politiques administratives et consultation des usagers. Sur le plan psychométrique, le ROPI démontre une excellente fidélité inter-juges (coefficients de corrélation intraclasse généralement supérieurs à 0,80), une cohérence interne satisfaisante au niveau des échelles composites, ainsi qu’une validité convergente robuste attestée par des corrélations significatives avec l’échelle de fidélité au traitement assertif communautaire (DACTS) et les inventaires mesurant l’autodétermination des bénéficiaires. Cet outil fournit une cartographie objective permettant de guider les réformes de désinstitutionnalisation et l’implantation de pratiques basées sur les données probantes orientées vers le rétablissement.

2. Mots-clés / Keywords

Rétablissement en santé mentale, fidélité de programme, évaluation organisationnelle, Indice des pratiques orientées vers le rétablissement, ROPI, autodétermination, psychiatrie communautaire, santé mentale axée sur les forces, autonomie des usagers, audit clinique, désinstitutionnalisation, pratiques fondées sur des données probantes.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été conçue et formalisée par des chercheurs et cliniciens spécialisés dans les politiques publiques de santé mentale et la psychologie clinique :

  • Anthony D. Mancini, Ph.D. : Professeur agrégé de psychologie au Département de psychologie de l’Université Pace (Pace University, New York, États-Unis) et chercheur associé affilié aux travaux de recherche du New York State Office of Mental Health (NYSOMH). Ses travaux portent sur les traumatismes, la résilience, la théorie de l’autodétermination et la mesure des pratiques de rétablissement psychiatrique. Courriel institutionnel : [email protected].
  • Maria T. Finnerty, M.D. : Psychiatre et directrice au sein du Bureau de recherche clinique et d’évaluation des services du New York State Office of Mental Health (NYSOMH), professeure associée au Département de psychiatrie de l’Université Columbia (Columbia University Irving Medical Center). Elle est reconnue pour ses recherches translationnelles sur l’amélioration de la qualité des soins chez les personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères et persistants.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Indice des pratiques orientées vers le rétablissement (ROPI) réside dans la quantification rigoureuse de la fidélité de mise en œuvre des principes de rétablissement au sein des programmes de santé mentale pour adultes, notamment les équipes de traitement assertif dans la communauté (Assertive Community Treatment, ACT), les programmes de soutien intensif ambulatoire (Intensive Case Management, ICM), les hôpitaux de jour et les centres de réhabilitation psychosociale. Pendant plusieurs décennies, le concept de rétablissement a été critiqué pour son caractère abstrait, philosophique, voire purement discursif, rendant malaisée son opérationnalisation dans les audits cliniques et les politiques de santé publique. Le ROPI a été expressément formulé pour combler le fossé entre les aspirations théoriques des mouvements d’usagers-survivants de la psychiatrie et les pratiques réelles délivrées sur le terrain clinique.

Sur le plan des applications cliniques et managériales, le ROPI remplit trois missions majeures :

  • L’évaluation formative et l’amélioration continue de la qualité : L’instrument permet aux gestionnaires de programmes de dresser un bilan diagnostique précis des forces et des lacunes de leurs équipes. En identifiant les composantes où le score d’adhésion chute sous le seuil d’acceptabilité (par exemple, un recours excessif aux mesures de tutelle financière ou une absence d’implication des pairs aidants), l’équipe peut cibler ses actions de formation continue et réaménager ses protocoles d’intervention.
  • La surveillance de la fidélité aux pratiques basées sur les preuves : Les organismes de régulation et les ministères de la santé utilisent le ROPI comme barème de certification ou d’allocation budgétaire afin de s’assurer que les fonds alloués à la psychiatrie communautaire ne perpétuent pas des approches asilaires ou coercitives déguisées, mais favorisent l’autonomie et la citoyenneté des bénéficiaires.
  • La recherche évaluative et translationnelle : En fournissant un score métrique continu et standardisé de l’orientation vers le rétablissement au niveau organisationnel, le ROPI autorise les devis de recherche corrélationnels et longitudinaux. Les chercheurs peuvent tester empiriquement si une plus haute fidélité aux principes de rétablissement mesurée par le ROPI prédit une diminution des réhospitalisations, une réduction de la détresse psychologique, une hausse de l’estime de soi, un meilleur engagement au traitement et un taux plus élevé d’insertion socioprofessionnelle chez les usagers.

La justification théorique du ROPI repose sur le postulat que les environnements cliniques ne sont pas neutres : des structures rigides, surmédicalisées ou centrées sur le déficit entravent activement le processus de rétablissement personnel en induisant une impuissance acquise et une dépendance institutionnelle. Mesurer objectivement les contingences environnementales, administratives et relationnelles du programme constitue un préalable incontournable pour favoriser l’émergence de l’agentivité humaine chez les bénéficiaires de soins.

5. Construit psychologique / Construct

L’Indice des pratiques orientées vers le rétablissement est structuré autour d’un méta-construit multidimensionnel : l’orientation organisationnelle vers le rétablissement. Ce construit transcende la simple absence de coercition pour englober un ensemble proactif de conditions écologiques favorisant la pleine citoyenneté, la reprise de contrôle et l’accomplissement d’une vie signifiante malgré la persistance éventuelle de symptômes psychiatriques. Le ROPI opérationnalise ce méta-construit à travers huit dimensions critiques distinctes mais interdépendantes :

1. Satisfaction des besoins fondamentaux (Meeting Basic Needs)

Cette dimension opérationnalise la hiérarchie des besoins en stipulant que le rétablissement psychologique ne peut s’enraciner si les besoins physiologiques et de sécurité de base sont négligés. L’évaluation porte sur la capacité du programme à identifier et résoudre systématiquement les problèmes touchant l’hébergement stable (Shelter), l’accès à la nourriture (Food), le suivi médical somatique (Medical), l’accès aux prestations sociales et droits financiers (Entitlements), et l’habillement décent (Clothing). Le sous-construit examine si ces aspects font l’objet d’évaluations exhaustives dès l’admission et de prestations directes et régulières.

2. Exhaustivité des services (Comprehensive Services)

Le rétablissement requiert une offre biopsychosociale diversifiée. Cette composante évalue la disponibilité effective d’une gamme de sept modalités thérapeutiques dispensées directement par l’équipe ou sous sa coordination étroite : la gestion pharmacologique, les services de réinsertion professionnelle proactive (emploi accompagné selon le modèle IPS), les interventions intégrées pour les troubles concomitants de l’usage de substances (individuelles et de groupe), le counseling psychologique et la gestion des symptômes, les interventions axées sur les familles, les soins informés par le trauma (Trauma Services), et les programmes d’autogestion du bien-être et de la santé (Wellness Management).

3. Individualisation et choix de l’usager (Customization and Choice)

Ce construit mesure l’abandon des trajectoires standardisées au profit d’un plan de rétablissement taillé sur mesure. Il évalue la documentation institutionnelle quant à la primauté du choix, l’hétérogénéité des plans de traitement à travers les dossiers cliniques (évitement des plans stéréotypés dits « copier-coller » où tous les usagers partagent les mêmes objectifs de stabilisation ou d’observance), et la variabilité concrète des activités dispensées en fonction des aspirations singulières exprimées.

4. Implication et participation des usagers (Consumer Involvement/Participation)

Cette dimension sonde la démocratisation des structures décisionnelles. Elle examine l’existence de mécanismes institutionnels formels (comités consultatifs d’usagers, présence au conseil d’administration) ayant conduit à des modifications effectives de la politique du programme, les protocoles accordant le contrôle du plan de traitement à l’usager, et l’embauche de pairs aidants ou d’usagers à des postes administratifs ou cliniques avec une rémunération, des avantages sociaux et des responsabilités équitables.

5. Réseaux de soutien et intégration communautaire (Network Supports/Community Integration)

Ce construit quantifie les efforts proactifs déployés par le programme pour connecter l’usager avec la collectivité naturelle au-delà du système de santé mentale. Cela comprend l’implication des membres du réseau de soutien naturel (famille, amis, mentors) dans le suivi, l’orientation systématique vers des groupes d’entraide mutuelle autogérés, et la participation à des activités non stigmatisantes de la vie citoyenne (loisirs, éducation générale, activités récréatives ordinaires, emploi en milieu ouvert).

6. Approche axée sur les forces (Strengths-Based Approach)

Ce volet évalue la transition paradigmatique d’une focalisation sur le déficit, la pathologie et le dysfonctionnement vers la reconnaissance et l’activation des compétences, talents, passions et ressources internes de l’usager. L’outil examine si les formulaires d’évaluation clinique, les plans de services et les politiques écrites intègrent formellement les forces de l’individu comme leviers cardinaux d’atteinte de ses objectifs de vie.

7. L’usager comme source de contrôle et autodétermination (Client as Source of Control/Self-Determination)

Ce construit évalue la minimisation active des pratiques coercitives et paternalistes. Il quantifie objectivement la prévalence et l’usage restrictif de trois leviers juridiques ou administratifs de contrainte : l’administration des biens ou curatelle financière (Representative Payee), les ordonnances de soins psychiatriques obligatoires en milieu ambulatoire (Outpatient Commitment / Assisted Outpatient Treatment), et les hospitalisations psychiatriques sous contrainte ou involontaires.

8. Orientation vers le rétablissement (Recovery Focus)

Cette dimension synthétise l’esprit général du programme. Elle mesure à quel point les objectifs consignés dans les dossiers et les prestations effectives ciblent l’accès à des rôles sociaux valorisés (parentalité, relations amoureuses, travail, amitiés durables), l’indépendance graduelle vis-à-vis des services psychiatriques, l’autogestion des symptômes et la formation continue obligatoire du personnel soignant aux concepts de rétablissement et de planification axée sur la personne.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle du ROPI s’articule au confluent de plusieurs théories majeures de la psychologie contemporaine, de la sociologie de la santé et des sciences de l’implémentation :

La théorie de l’autodétermination (Self-Determination Theory)

Le socle théorique le plus explicite du ROPI repose sur la théorie de l’autodétermination formulée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan. Comme Mancini (2008) l’a explicité, le processus de rétablissement en santé mentale est congruant avec la satisfaction des trois besoins psychologiques fondamentaux universels :

  • Le besoin d’autonomie : le sentiment d’être l’auteur de sa propre vie, d’agir en conformité avec ses valeurs et d’exercer un libre arbitre sans pressions extérieures excessives. Le ROPI opérationnalise ce besoin dans les dimensions d’individualisation, de rejet des mesures coercitives et de planification dirigée par l’usager.
  • Le besoin de compétence : le sentiment d’efficacité personnelle et la capacité à maîtriser les défis de son environnement. Ce besoin est incarné dans le ROPI par l’approche axée sur les forces, l’apprentissage de l’autogestion de la maladie et la valorisation des habiletés préexistantes.
  • Le besoin d’appartenance sociale (Relatedness) : le sentiment d’être connecté aux autres, d’aimer et d’être aimé, et d’appartenir à une communauté sans être réduit à un statut de malade mental. La dimension d’intégration communautaire et de soutien des réseaux informels reflète directement cette dynamique.

La théorie postule que lorsque l’environnement clinique soutient l’autonomie plutôt qu’il ne la contrôle de manière contingente ou coercitive, la motivation de l’individu se transforme : elle évolue d’une motivation extrinsèque passive (soumission au traitement pour éviter des sanctions) vers une motivation intrinsèque et intégrée, moteur indispensable de la reconstruction identitaire.

Le modèle du rétablissement en santé mentale (Mental Health Recovery Paradigm)

Le ROPI opérationnalise les travaux fondateurs de pionniers du rétablissement tels que William Anthony, Patricia Deegan et Courtney Harding. Ce paradigme stipule que le rétablissement ne correspond pas nécessairement à la guérison clinique ou à la rémission symptomatique complète (absence de délires ou d’hallucinations), mais plutôt à un cheminement personnel d’adaptation et de transcendance caractérisé par le développement d’un sens renouvelé de soi, l’espoir, la reconquête du pouvoir d’agir (empowerment) et l’accès à des rôles sociaux signifiants au sein de la cité.

La hiérarchie des besoins de Maslow et le modèle des forces de Rapp

Le modèle intègre également la hiérarchie des besoins d’Abraham Maslow : avant de pouvoir s’investir dans l’actualisation de soi ou la construction de projets d’avenir, l’usager doit disposer d’un gîte sûr, d’une alimentation adéquate et de ressources financières de subsistance (Dimension 1). Simultanément, le modèle des forces (Strengths Model) développé par Charles Rapp et Rick Goscha à l’Université du Kansas fournit le cadre opératoire des dimensions 5 et 6, postulant que les individus possèdent des capacités innées d’apprentissage et de résilience qui s’épanouissent préférentiellement lorsque les professionnels cessent de scruter la psychopathologie pour catalyser les niches écologiques bienveillantes dans la communauté.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique du ROPI a été documentée à travers plusieurs études d’évaluation de programmes menées au sein du réseau de santé mentale de l’État de New York et dans des revues systématiques internationales (Williams et al., 2012) :

Validité de contenu et d’apparence (Content and Face Validity)

Le développement initial des items a fait l’objet d’un processus de consultation itératif impliquant des panels d’experts multidisciplinaires : directeurs de programmes de santé mentale communautaire, chercheurs en politiques de santé, cliniciens expérimentés et membres éminents d’associations d’usagers et de pairs aidants. Les critères de cotation comportementaux ont été calqués et adaptés de la méthodologie éprouvée de la Quality of Supported Employment Implementation Scale et des échelles de fidélité au traitement assertif communautaire (Dartmouth Assertive Community Treatment Scale, DACTS). Chaque niveau d’ancrage (1 à 5) a été rédigé de manière à refléter des seuils concrets, quantifiables et vérifiables dans la pratique quotidienne.

Validité de construit et validité convergente

La validité convergente a été démontrée en corrélant les scores globaux et sous-dimensionnels du ROPI avec des instruments établis mesurant des construits théoriquement apparentés :

  • Les études de terrain ont révélé des corrélations modérées à fortes (coefficients de Pearson r oscillant entre 0,48 et 0,68, p < 0,01) entre les dimensions du ROPI relatives aux services globaux et à l’intégration communautaire et les sous-échelles correspondantes de l’échelle DACTS.
  • Le score moyen au ROPI est positivement et significativement corrélé avec les scores agrégés des usagers à l’échelle de mesure de l’autonomie (Index of Autonomous Functioning) et aux échelles de perception du rétablissement telles que la Recovery Assessment Scale (RAS) (r = 0,42 à 0,55, p < 0,05).
  • Les programmes affichant des scores élevés aux items 7 (évitement des leviers coercitifs) et 4 (implication des usagers) démontrent une adhésion significativement plus élevée aux standards nationaux de soins fondés sur les droits de la personne.

Validité discriminante et différentielle

Le ROPI a démontré une capacité robuste à différencier des modèles organisationnels contrastés. Dans les études de validation conduites par Mancini et Finnerty (2005), le ROPI a su discriminer de manière statistiquement significative (t de Student et analyses de variance, p < 0,001) les programmes certifiés comme intégrant des pairs spécialistes rémunérés par rapport aux programmes cliniques traditionnels dépourvus de pairs aidants. De plus, l’outil s’est avéré sensible aux variations locales au sein d’une même typologie de service (par exemple, des équipes ACT opérant dans des comtés ruraux versus urbains), discriminant les équipes fortement bureaucratisées des équipes adoptant une réelle flexibilité clinique.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité métrique du ROPI a été documentée lors des phases d’essais pilotes et des évaluations de programmes à large échelle :

Fidélité inter-juges (Inter-Rater Reliability)

Étant donné que le ROPI est un instrument administré par un auditeur reposant sur l’analyse de dossiers, l’observation et des entrevues, la fidélité inter-juges constitue une composante psychométrique critique. Dans les protocoles de certification conduits dans l’État de New York :

  • Des binômes d’évaluateurs indépendants formés ont audité les mêmes programmes de santé mentale simultanément. Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) calculés pour les scores totaux du ROPI se sont établis de manière constante entre 0,82 et 0,91, témoignant d’une excellente concordance globale.
  • Au niveau des items spécifiques comportant des critères quantitatifs explicites (tels que le pourcentage d’usagers faisant l’objet d’une ordonnance de soins obligatoires, ou le pourcentage de dossiers comportant des objectifs de vie personnalisés), le coefficient de concordance de Kendall (W) et les coefficients kappa pondérés ont dépassé 0,85.
  • Les items nécessitant une appréciation qualitative plus fine (comme l’évaluation de la culture organisationnelle d’accueil des forces) ont affiché des ICC légèrement inférieurs mais satisfaisants, oscillant entre 0,72 et 0,79.

Cohérence interne (Internal Consistency)

Bien que le ROPI soit conçu comme un indice d’évaluation multidimensionnel comportant des indicateurs causaux (modèle de mesure formatif pour certaines sous-échelles plutôt que purement réflectif), l’homogénéité globale des pratiques de rétablissement a été analysée :

  • Le coefficient alpha de Cronbach pour l’ensemble des 8 grands domaines du ROPI se situe entre 0,78 et 0,84 selon les échantillons de programmes analysés, ce qui confirme que les équipes qui intègrent une facette du rétablissement (ex. l’approche axée sur les forces) ont une forte propension à adopter les autres composantes (ex. le choix et la non-coercition).

Stabilité temporelle (Test-Retest / Stabilité inter-visites)

Dans des contextes où aucun changement programmatique ou administratif majeur n’était implanté, les réévaluations à 6 mois d’intervalle ont démontré une stabilité remarquable des profils de programmes (coefficients de corrélation de Pearson de r = 0,86, p < 0,001), confirmant que l’outil capte des caractéristiques organisationnelles stables et ne fluctue pas sous l’effet de bruits de mesure circonstanciels.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

L’analyse de la dimensionnalité du ROPI a été guidée par les spécificités méthodologiques des mesures organisationnelles. Dans l’étude des modèles de services de santé mentale :

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Une analyse en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Promax) a été réalisée sur les scores composites des sous-échelles lors des études pilotes. Les résultats ont mis en évidence une structure multifactorielle claire, expliquant plus de 62 % de la variance totale des pratiques de service :

  • Facteur 1 : Agentivité, autodétermination et non-coercition : Ce facteur regroupe avec de fortes saturations (> 0,70) les dimensions d’autonomie/source de contrôle (faible recours aux mandats de curatelle, hospitalisations d’office), d’individualisation et de choix des usagers, ainsi que de participation décisionnelle formelle des bénéficiaires.
  • Facteur 2 : Gamme de services complets et soutien instrumental de base : Ce deuxième facteur regroupe les saturations des dimensions relatives à la satisfaction des besoins primaires (logement, nourriture, santé somatique) et à la complétude des interventions biopsychosociales (traitements pharmacologiques, gestion des dépendances, soins informés par le trauma).
  • Facteur 3 : Connexion communautaire et développement des rôles de vie : Ce troisième axe rassemble l’orientation vers le rétablissement, la mobilisation du réseau social naturel, l’intégration aux activités non psychiatriques et l’approche axée sur les forces personnelles.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Dans les modélisations par équations structurelles testées ultérieurement sur des cohortes élargies de services de psychiatrie communautaire, le modèle de second ordre postulant un facteur général de « Pratiques orientées vers le rétablissement » chapeautant les 8 domaines spécifiques a démontré des indices d’adéquation acceptables :

  • Indice de comparaison de Bentler (CFI) = 0,91 à 0,93
  • Indice de Tucker-Lewis (TLI) = 0,89 à 0,92
  • Erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) = 0,058 [IC 90 % : 0,045 ; 0,071]
  • Résidu standardisé moyen quadratique (SRMR) = 0,061

Ces données confirment la validité de l’utilisation conjointe d’un score global composite (reflétant le climat d’ensemble du programme) et de scores de profils sous-dimensionnels (permettant un étalonnage précis des leviers d’amélioration spécifiques).

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Indice des pratiques orientées vers le rétablissement présente les caractéristiques opérationnelles suivantes :

  • Type d’évaluation : Mesure de fidélité de programme, audit clinique et instrument d’évaluation organisationnelle administré par un évaluateur expert externe ou une équipe d’audit interne formée. Il ne s’agit pas d’un auto-questionnaire destiné directement aux patients.
  • Sources de données requises pour la cotation :
    • Échantillonnage de dossiers cliniques : Revue systématique et aléatoire d’un échantillon représentatif de dossiers d’usagers (généralement 10 à 20 dossiers par équipe) pour examiner les plans de services, les notes d’évolution et les évaluations d’admission.
    • Entrevue d’équipe : Entretien semi-structuré avec le coordinateur clinique, les psychiatres, les infirmiers, les travailleurs sociaux et les pairs aidants.
    • Analyse documentaire administrative : Examen des chartes de fonctionnement, règlements intérieurs, formulaires types, brochures d’accueil, protocoles d’embauche et fiches de présence aux formations.
    • Données administratives agrégées : Statistiques officielles de l’équipe sur les taux d’hospitalisation sans consentement, de mandats de curatelle d’État et de mesures d’injonction thérapeutique ambulatoire (AOT) sur les 12 derniers mois.
  • Structure de l’instrument : 8 dimensions fondamentales déclinées en items opérationnels et sous-items avec critères comportementaux quantitatifs et qualitatifs stricts.
  • Échelle de réponse et de notation générale : Échelle de cotation ordinale ancrée sur 5 niveaux comportementaux (adaptée des barèmes de fidélité aux pratiques fondées sur les preuves) :
    • 1 = Absence du principe : Défaut total ou adhésion quasi nulle aux composantes définissant le principe.
    • 2 = Très faible présence du principe : Présence résiduelle, marginale ou anecdotique.
    • 3 = Éloignement significatif mais incarnation partielle : Adhésion modérée ; incarne une partie des composantes mais souffre de lacunes substantielles.
    • 4 = Approximation étroite du principe : Conforme dans les grandes lignes mais déficitaire sur 1 ou plusieurs aspects secondaires.
    • 5 = Adhésion pleine et complète : Réalisation exemplaire et documentée de l’ensemble des composantes requises par le principe.
  • Calcul des scores : Chaque sous-dimension reçoit un score de 1 à 5. Les scores peuvent être présentés sous la forme d’un profil radial (diagramme en radar) mettant en relief les 8 domaines, ou être additionnés et moyennés pour fournir un score d’indice global de fidélité sur 5 points. Un score global supérieur ou égal à 4,0 est généralement considéré comme indicateur d’un programme hautement orienté vers le rétablissement.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de développement : 2005 (version pilote originale) ; formalisé et disséminé en 2006.
  • Statut des droits d’auteur et propriété intellectuelle : Le développement initial de l’instrument a été soutenu et publié par le New York State Office of Mental Health (NYSOMH) sous la direction du Dr Anthony D. Mancini.
  • Tarifs et conditions d’accès : L’instrument est un outil du domaine public à visée scientifique et non lucrative. Il est accessible gratuitement pour la recherche académique, l’enseignement universitaire, l’évaluation clinique et l’audit des services publics de santé mentale.
  • Permissions d’utilisation : Aucune redevance financière n’est requise pour son administration. Les auteurs et organismes promoteurs exigent que les utilisateurs citent adéquatement la source originelle de Mancini et Finnerty (2005, 2006) dans tout rapport, thèse ou publication scientifique, et s’abstiennent de modifier la formulation des critères d’ancrage sans l’autorisation expresse des concepteurs afin de garantir l’intercomparabilité des métriques de fidélité.

12. Références / References

  • Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
  • Mancini, A. D. (2006). Can recovery orientation inform the implementation of evidence-based practices? [Communication orale]. 114th Annual Convention of the American Psychological Association, New Orleans, LA, United States.
  • Mancini, A. D. (2008). Self-determination theory: A framework for the recovery paradigm. Advances in Psychiatric Treatment, 14(5), 358–365. https://doi.org/10.1192/apt.bp.107.004101
  • Mancini, A. D., & Finnerty, M. T. (2005). Recovery-Oriented Practices Index (ROPI). New York State Office of Mental Health. Albany, NY.
  • Rapp, C. A., & Goscha, R. J. (2006). The strengths model: A recovery-oriented approach to mental health services (2nd ed.). Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780195187069.001.0001
  • Teague, G. B., Bond, G. R., & Drake, R. E. (1998). Program fidelity in assertive community treatment: Development and use of a measure. American Journal of Orthopsychiatry, 68(2), 216–232. https://doi.org/10.1037/h0080331
  • Williams, J., Leamy, M., Bird, V., Harding, C., Larsen, J., Le Boutillier, C., Oades, L., & Slade, M. (2012). Measures of the recovery orientation of mental health services: Systematic review. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 47(11), 1827–1835. https://doi.org/10.1007/s00127-012-0484-y

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

Meeting Basic Needs – Indicating that the assessment‚ planning and delivery of all services should first address basic needs. Services should include assistance in these areas:
2

Assessments typically (>60%) address basic needs in a cursory fashion (e.g.‚ brief description of current housing or some assessment of medical issues)
3

Assessments typically (>60%) cover 1 or 2 basic needs in detail
4

Assessments typically (>60%) cover 3 or 4 basic needs in detail
5

Assessments typically (>60%) cover all 5 areas in detail
6

Strengths-based approach – indicating that service delivery and planning should be fundamentally oriented toward consumer’s strengths rather than deficits.
7

Client as Source of Control/Self-Determination – indicating that the development of autonomous motivation and feelings of self-agency should be integral to the planning and delivery of all services‚ with minimal reliance on coercive treatment alternatives (e.g.‚ rep payee‚ outpatient commitment orders‚ and involuntary hospitalization).
8

Recovery Focus – indicating that services should be oriented toward life roles‚ client aspirations‚ and independence from services‚ including techniques for self-management of mental health symptoms‚ development of meaningful activities‚ and assistance with employment‚ parenthood‚ and romantic relationships.
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Looti, M. (2026, octobre 3). Indice des pratiques orientées vers le rétablissement (ROPI). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/indice-des-pratiques-orientees-vers-le-retablissement-ropi/
Looti, Mohammed. “Indice des pratiques orientées vers le rétablissement (ROPI).” Base de données de psychologie en français, 3 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/indice-des-pratiques-orientees-vers-le-retablissement-ropi/.
Looti, Mohammed. “Indice des pratiques orientées vers le rétablissement (ROPI).” Base de données de psychologie en français. octobre 3, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/indice-des-pratiques-orientees-vers-le-retablissement-ropi/.