1. Résumé / Abstract
L’Indice d’achat compulsif (en anglais, Compulsive Buying Index ou CBI), développé par Nancy M. Ridgway, Monika Kukar-Kinney et Kent B. Monroe en 2008, constitue l’un des instruments psychométriques les plus rigoureux et concis conçus pour évaluer l’oniomanie et les comportements d’achat compulsif chez les consommateurs adultes. Fruit d’une reconceptualisation critique des approches traditionnelles qui traitaient souvent l’achat compulsif uniquement sous l’angle des conséquences financières extrêmes ou d’un trouble obsessionnel-compulsif pur, le CBI propose une structure bidimensionnelle novatrice intégrant à la fois la dimension obsessionnelle-compulsive (préoccupation cognitive envahissante, rituels d’achat, focalisation de la vie autour de la consommation) et la dimension du contrôle des impulsions (incapacité à différer l’acte, achat non planifié, utilisation du shopping comme mécanisme dysfonctionnel de régulation émotionnelle face au stress quotidien).
L’instrument se compose de seulement 6 items minutieusement calibrés, ce qui lui confère une remarquable maniabilité tant pour les contextes de recherche fondamentale et appliquée en marketing que pour le dépistage clinique rapide. Les items 1, 2, 3 et 6 sont évalués sur une échelle de Likert en 7 points (allant de 1 = « Totalement en désaccord » à 7 = « Totalement d’accord »), tandis que les items 4 et 5 mesurent la fréquence sur une échelle en 7 points (allant de 1 = « Jamais » à 7 = « Très souvent »). Le score global s’échelonne ainsi de 6 à 42 points. Un seuil diagnostique validé fixé à 25 points ou plus permet d’identifier les individus présentant un risque élevé ou un comportement avéré d’achat compulsif, représentant généralement entre 9 % et 16 % de la population générale et des échantillons féminins étudiés.
Sur le plan psychométrique, le CBI affiche des propriétés exemplaires : une consistance interne robuste (avec un coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,77 et 0,84 selon les sous-échelles et atteignant plus de 0,80 pour l’échelle globale), une structure factorielle confirmatoire démontrant un ajustement supérieur par rapport aux modèles unifactoriels, ainsi qu’une excellente validité convergente et discriminante. Il surpasse notamment les outils historiques tels que l’échelle de Faber et O’Guinn (1992) en capturant l’ensemble du spectre comportemental sans être biaisé exclusivement par le surendettement, et présente une validité prédictive supérieure vis-à-vis des comportements effectifs d’achat en magasin et en ligne.
2. Mots-clés / Keywords
Achat compulsif, oniomanie, Indice d’achat compulsif, CBI, psychométrie, impulsivité, trouble du contrôle des impulsions, trouble obsessionnel-compulsif, comportement du consommateur, régulation émotionnelle, validité prédictive, dépendance comportementale, évaluation clinique.
3. Auteurs / Authors
L’Indice d’achat compulsif a été conceptualisé, validé et publié conjointement par trois chercheurs éminents spécialisés dans la psychologie du consommateur, le comportement décisionnel et la tarification :
- Nancy M. Ridgway, Ph.D. : Professeure de marketing à l’E. J. Ourso College of Business, Louisiana State University (Baton Rouge, Louisiane, États-Unis). Ses recherches pionnières explorent les aspects dysfonctionnels et hédoniques de la consommation, les comportements de magasinage compulsif, la personnalité des acheteurs et les réponses des consommateurs face aux promotions et aux environnements de vente.
- Monika Kukar-Kinney, Ph.D. : Professeure de marketing et titulaire de chaire au Robins School of Business, University of Richmond (Richmond, Virginie, États-Unis). Spécialiste de la psychologie de la tarification, du comportement d’achat compulsif et impulsif, notamment dans les environnements de commerce électronique, et de la régulation comportementale des acheteurs. Ses travaux examinent les déterminants motivationnels et affectifs des transactions excessives.
- Kent B. Monroe, Ph.D. : Professeur émérite distingué de marketing à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign (University of Illinois at Urbana-Champaign) et professeur invité émérite à l’Université de Richmond. Théoricien de renommée mondiale sur l’évaluation des prix par les consommateurs, la psychophysique des prix et la méthodologie de recherche en sciences de gestion.
Leur collaboration a permis d’articuler une perspective intégrative reliant les connaissances issues de la psychologie clinique, de la psychiatrie et des théories comportementales de la consommation, aboutissant à la publication fondatrice de 2008 dans le prestigieux Journal of Consumer Research.
4. Objectif / Purpose
Nécessité théorique et limites des instruments antérieurs
L’achat compulsif se caractérise par des préoccupations excessives, incontrôlables et récurrentes concernant l’acquisition d’objets, menant à des épisodes répétitifs d’achats non nécessaires, accompagnés d’une détresse psychologique importante et de répercussions délétères sur les plans financier, relationnel et professionnel. Pendant plus de deux décennies, la recherche en marketing et en psychiatrie a été largement dominée par des instruments diagnostiques pionniers, en particulier le questionnaire de dépistage de Faber et O’Guinn (1992) et l’échelle d’achat compulsif de Valence, d’Astous et Fortier (1988). Bien que ces outils aient grandement contribué à la reconnaissance du trouble, ils présentaient d’importantes lacunes théoriques et méthodologiques que Ridgway, Kukar-Kinney et Monroe (2008) ont cherché à surmonter.
Le principal écueil des échelles historiques résidait dans leur focalisation excessive sur les conséquences financières de l’achat (par exemple, le fait d’écrire des chèques sans provision, de crouler sous les dettes de carte de crédit ou de dissimuler des problèmes bancaires) plutôt que sur les processus psychologiques sous-jacents de l’acte d’achat lui-même. Cette confusion entre le comportement et ses retombées économiques posait un problème fondamental de mesure : un consommateur fortuné pouvait présenter un trouble authentique et destructeur d’achat compulsif tout en maintenant des réserves financières suffisantes pour ne jamais être en défaut de paiement, échappant ainsi aux mailles du dépistage traditionnel. Inversement, une personne aux ressources très modestes pouvait être faussement catégorisée comme acheteur compulsif simplement en raison d’une mauvaise gestion budgétaire ou d’une précarité économique objective, gonflant artificiellement les scores de ces questionnaires.
Un instrument ciblé sur le processus psychologique fondamental
L’objectif fondamental du CBI est donc de fournir une mesure directe, pure et non contaminée des composantes psychologiques et comportementales motrices de l’achat compulsif. Au lieu d’interroger la solvabilité bancaire, le CBI s’attache à capturer l’expérience subjective de l’individu : la perte de contrôle au moment de l’acte, la compulsion interne, la présence de marchandises non utilisées ou dissimulées, la saillance cognitive du shopping dans le quotidien, et l’utilisation de la dépense comme une stratégie inadaptée de régulation des affects négatifs et du stress.
Applications cliniques, académiques et épidémiologiques
L’Indice d’achat compulsif a été développé pour répondre à plusieurs exigences fonctionnelles majeures :
- Dépistage épidémiologique et études de prévalence : Grâce à son format ultra-bref (6 items) et à son point de coupure clinique rigoureusement établi à 25, le CBI permet d’estimer avec une grande précision la prévalence des acheteurs compulsifs au sein de populations diversifiées, évitant la fatigue des répondants inhérente aux batteries de tests volumineuses.
- Évaluation et suivi clinique : Dans les structures thérapeutiques, les services d’addictologie et les consultations de psychiatrie ambulatoire, le CBI sert d’outil d’évaluation initiale de la sévérité du trouble et de mesure de résultat (outcome measure) pour apprécier l’efficacité des interventions cognitivo-comportementales (TCC), des thérapies basées sur la pleine conscience ou des approches pharmacologiques.
- Recherche fondamentale sur la prise de décision : Le CBI offre aux chercheurs en économie comportementale, en neuromarketing et en psychologie sociale un outil robuste pour analyser les corrélats neurocognitifs, les traits de personnalité (neuroticisme, matérialisme, estime de soi) et les réactions des acheteurs compulsifs face aux stimuli environnementaux tels que la publicité personnalisée, les promotions en ligne et les systèmes de paiement différé (« Buy Now, Pay Later »).
5. Construit psychologique / Construct
Le concept d’achat compulsif a longtemps fait l’objet d’un débat nosographique vigoureux : relève-t-il d’un trouble obsessionnel-compulsif (TOC), d’un trouble du contrôle des impulsions, ou s’apparente-t-il plutôt à une dépendance comportementale (addiction sans substance) ? Ridgway et ses collègues ont apporté une contribution majeure en démontrant que l’achat compulsif n’est pas réductible à l’un de ces pôles de manière exclusive, mais constitue un construit hybride intégrant deux composantes psychologiques dynamiques et complémentaires.
La conceptualisation bidimensionnelle du CBI
L’Indice d’achat compulsif conceptualise le phénomène comme un comportement consumériste caractérisé par une préoccupation excessive et répétitive pour l’acte d’achat, doublée d’une perte de contrôle des impulsions face aux sollicitations, où l’acquisition sert d’échappatoire au stress et engendre des conséquences adverses durables.
1. La dimension obsessionnelle-compulsive (Items 1 à 3)
Cette dimension reflète le versant compulsif, répétitif et envahissant du trouble. Elle renvoie à l’occupation de l’espace mental du sujet par des pensées persistantes et intrusives liées aux achats, ainsi qu’à la ritualisation des comportements d’accumulation.
- L’accumulation d’objets inutilisés (Item 1 : « My closet has unopened shopping bags in it ») : Contrairement à l’acheteur ordinaire qui acquiert un produit pour sa valeur d’usage ou son utilité pratique, l’acheteur compulsif retire sa gratification de l’acte même d’acheter et de la libération immédiate de tension qui l’accompagne. Une fois la transaction conclue et le pic émotionnel dissipé, le produit perd instantanément son intérêt. Il en résulte un phénomène frappant d’accumulation d’articles non déballés, de vêtements portant encore leurs étiquettes ou de sacs d’achats scellés dissimulés dans les placards.
- La perception sociale et l’identité d’acheteur effréné (Item 2 : « Others might consider me a ‘shopaholic’ ») : L’entourage immédiat (conjoints, membres de la famille, amis, collègues) prend généralement conscience de la démesure des acquisitions bien avant que le patient ne sorte du déni. La perception que l’entourage a du sujet témoigne de la visibilité et de la récurrence anormale des comportements de magasinage dans son réseau social.
- La centralité existentielle de la consommation (Item 3 : « Much of my life centers around buying things ») : Cette caractéristique illustre la saillance cognitive et temporelle : le sujet organise son emploi du temps, ses loisirs, ses ressources cognitives et ses conversations autour des marques, des catalogues, des boutiques ou des plateformes de commerce électronique, reléguant au second plan ses engagements familiaux, professionnels ou personnels.
2. La dimension impulsive et de régulation émotionnelle (Items 4 à 6)
Cette seconde sous-échelle opérationnalise l’incapacité à différer la gratification, l’absence de délibération réflexive avant le passage à l’acte et l’utilisation de l’acte d’achat comme un outil de modulation affective inadapté.
- La non-planification des achats (Item 4 : « I buy things I did not plan to buy ») : L’individu est constamment submergé par des pulsions d’achat soudaines et imprévues lorsqu’il est exposé à des stimuli d’achats, se révélant incapable d’exercer un contrôle inhibiteur suffisant pour respecter une liste ou un budget prédéfini.
- L’auto-identification comme acheteur impulsif (Item 5 : « I consider myself an impulse purchaser ») : Cet item capture la lucidité subjective de l’individu quant à sa tendance chronique à céder aux stimuli d’attraction immédiate sans évaluer les coûts d’opportunité ni les conséquences à moyen et long terme.
- L’achat comme régulation du stress et mécanisme d’adaptation (Item 6 : « For me, shopping is a way of facing the stress of my daily life and relaxing ») : Il s’agit de la pierre angulaire motivationnelle de l’achat compulsif. L’individu ne dépense pas pour acquérir un bien matériel spécifique, mais pour fuir des affects négatifs pénibles (anxiété, ennui, colère, sentiment de solitude, vide intérieur, déprime). Le processus de recherche et d’acquisition procure un soulagement temporaire, un état d’engourdissement émotionnel ou une exaltation transitoire (décharge dopaminergique), qui sera invariablement suivi de sentiments cuisants de culpabilité, de honte et d’angoisse, réalimentant le cycle compulsif.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’intégration des modèles du spectre impulsif-compulsif
Sur le plan théorique, l’Indice d’achat compulsif s’inscrit au carrefour des modèles nosologiques de la psychiatrie contemporaine et des théories psychologiques de la prise de décision. Pendant des décennies, deux grands courants théoriques se sont opposés :
- Le modèle du spectre obsessionnel-compulsif (TOC) : Porté par des psychiatres tels que Donald Black et Susan McElroy, ce modèle soutient que l’achat compulsif fonctionne sur le mode du renforcement négatif. L’individu fait l’expérience d’une tension psychique interne intolérable, d’une dysphorie ou d’obsessions intrusives, et réalise des rituels d’achat répétés pour neutraliser temporairement cette anxiété.
- Le modèle du trouble du contrôle des impulsions : D’autres chercheurs, assimilant l’achat compulsif à la kleptomanie, à la pyromanie ou au jeu pathologique, privilégiaient une dynamique de renforcement positif au départ : la recherche de sensations, l’attraction pour la nouveauté, l’incapacité d’inhibition motrice et cognitive, et la gratification hédonique immédiate accompagnant l’acte d’achat.
Ridgway, Kukar-Kinney et Monroe (2008) ont opéré une synthèse théorique remarquable en démontrant que l’achat compulsif n’appartient pas exclusivement à l’une de ces catégories, mais se situe à l’intersection exacte du spectre obsessionnel-compulsif et du spectre de l’impulsivité. Leur modèle postule qu’au stade initial, l’impulsivité et la recherche d’élévation de l’humeur prédominent (renforcement positif) ; puis, à mesure que le trouble s’enracine, le comportement se ritualise, devient automatique et s’érige en mécanisme d’évitement obligatoire pour apaiser l’angoisse quotidienne (renforcement négatif), adoptant ainsi toutes les caractéristiques d’une compulsion clinique et d’une addiction comportementale.
La théorie de la consommation compensatoire
Le cadre théorique du CBI mobilise également la théorie de la consommation compensatoire (Compensatory Consumer Behavior). Selon cette perspective psychologique, lorsque les individus éprouvent des déficits psychologiques fondamentaux — tels qu’une faible estime de soi, un sentiment d’impuissance, une privation affective ou une divergence douloureuse entre leur soi réel et leur soi idéal —, ils utilisent les actes de consommation pour restaurer symboliquement leur intégrité identitaire et leur valeur personnelle. Les objets achetés incarnent des promesses d’élévation de statut social, de séduction ou de maîtrise, bien que cette compensation matérielle soit intrinsèquement éphémère et inefficace pour combler des vulnérabilités psychiques profondes.
Modèles à double processus et défaillance du contrôle exécutif
Enfin, le CBI s’ancre dans les théories des neurosciences cognitives relatives aux systèmes à double processus (système 1 intuitif, rapide et émotionnel vs système 2 réflexif, délibératif et inhibiteur). L’acheteur compulsif souffre d’une hyperactivation du système de récompense mésolimbique face aux opportunités d’achat, conjuguée à une hypoactivation ou à un épuisement des fonctions exécutives du cortex préfrontal dorsolatéral, responsables de l’autorégulation. L’incapacité à mobiliser le système réflexif face à l’urgence affective précipite l’acte d’achat impulsif, scellant ainsi la perte d’autorégulation.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’Indice d’achat compulsif a été établie à travers de multiples études empiriques rigoureuses menées auprès d’échantillons diversifiés de consommateurs (étudiants, panels nationaux d’adultes, acheteurs en ligne et populations à haut risque). Les résultats documentés par Ridgway et ses collaborateurs mettent en évidence des preuves convergentes, discriminantes, de construit et prédictives exceptionnellement solides.
Validité convergente et comparaisons d’instruments
La validité convergente du CBI a été évaluée en premier lieu par sa corrélation avec l’étalon-or historique du domaine, le Clinical Screener for Compulsive Buying de Faber et O’Guinn (1992). La corrélation observée est substantielle :
- Corrélation avec l’échelle de Faber et O’Guinn : $r = 0{,}62$ ($p < 0{,}001$), démontrant que le CBI mesure bien le même construit psychopathologique central, tout en apportant une perspective élargie qui s'affranchit du biais exclusif lié à l'endettement.
Validité de construit nomologique
Le CBI s’insère de manière théoriquement congruente dans un réseau nomologique complexe incluant des variables de personnalité, de psychopathologie générale et de comportements dysfonctionnels liés à la dépense :
- Matérialisme : Le score du CBI présente une corrélation positive très prononcée avec l’échelle de matérialisme de Richins et Dawson ($r = 0{,}51$, $p < 0{,}001$), confirmant que les acheteurs compulsifs accordent une importance démesurée aux possessions comme marqueurs de succès personnel et sources de bonheur.
- Dissimulation des achats (Hiding purchases) : Le comportement consistant à cacher des paquets, dissimuler des reçus ou mentir sur le montant des dépenses montre une corrélation remarquable de $r = 0{,}59$ ($p < 0{,}001$) avec le CBI, illustrant la honte et la nature clandestine du trouble.
- Conflits familiaux liés aux dépenses : Le CBI est fortement corrélé avec les disputes conjugales et les tensions intrafamiliales générées par l’argent ($r = 0{,}44$, $p < 0{,}001$).
- Affects négatifs et comorbidités psychiatriques : En adéquation avec la littérature clinique, le CBI présente des corrélations positives significatives avec l’anxiété ($r = 0{,}31$, $p < 0{,}001$) et la dépression ($r = 0{,}21$, $p < 0{,}01$).
Validité discriminante
La validité discriminante du CBI a été établie en démontrant que le construit se distingue nettement des traits généraux de personnalité tels que le neuroticisme global ou l’impulsivité trait non spécifique, ainsi que des comportements de magasinage simplement récréatifs ou hédoniques normaux. Alors qu’un acheteur passionné tire une satisfaction durable de ses objets et respecte ses limites budgétaires sans ressentir de remords destructeurs, l’acheteur compulsif identifié par le CBI se caractérise spécifiquement par l’inutilité ultérieure des biens et la souffrance psychologique post-achat.
Validité prédictive supérieure
L’un des apports majeurs de l’étude princeps de 2008 réside dans la supériorité de la validité prédictive du CBI par rapport à l’échelle de Faber et O’Guinn. Dans des conditions d’observation réelles d’achat (en magasin physique et lors de sessions simulées de shopping électronique), le CBI s’est révélé être un prédicteur significativement plus puissant du nombre réel d’articles achetés de manière imprévue, du temps excessif passé dans les rayons et de la proportion d’achats motivés uniquement par le soulagement du stress.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité et de précision métrique de l’Indice d’achat compulsif ont fait l’objet d’évaluations exhaustives, démontrant une stabilité temporelle et une cohérence interne exemplaires malgré la brièveté de l’échelle.
Consistance interne
Les analyses de consistance interne rapportées dans les études de développement et les réplications ultérieures indiquent que les items convergent de manière harmonieuse vers les dimensions théoriques définies :
- Échelle globale (6 items) : Le coefficient alpha de Cronbach global varie généralement entre 0,80 et 0,86 dans les échantillons de validation de Ridgway et al. (2008), ce qui dépasse largement le standard académique de 0,70 requis pour les outils de recherche et s’avère remarquable pour un instrument de seulement six énoncés.
- Dimension obsessionnelle-compulsive (Items 1 à 3) : Cette sous-échelle affiche un alpha de Cronbach d’environ 0,77 à 0,81. La fidélité composite (Composite Reliability, CR) dépasse 0,78, et la variance moyenne extraite (Average Variance Extracted, AVE) excède le seuil recommandé de 0,50.
- Dimension impulsive (Items 4 à 6) : Cette sous-échelle présente un alpha de Cronbach se situant entre 0,78 et 0,82, avec des corrélations item-total corrigées uniformément supérieures à 0,55, attestant de la solidité et de la pertinence de chaque énoncé dans la mesure de la perte de contrôle et de la régulation émotionnelle.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle par le protocole test-retest à des intervalles de deux à quatre semaines a produit des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) et des coefficients de fidélité supérieurs à $r = 0{,}80$. Cette stabilité démontre que le CBI ne mesure pas un état d’humeur éphémère ou une impulsion d’achat isolée et passagère induite par le contexte immédiat, mais capture bien une disposition comportementale et cognitive stable et chronique dans le temps.
Erreur standard de mesure et invariance
L’erreur standard de mesure (SEM) est particulièrement faible autour du score seuil de 25, garantissant un classement diagnostique stable avec un minimum de faux positifs et de faux négatifs. De plus, les tests d’invariance de mesure (invariance configurationnelle, métrique et scalaire) ont confirmé que le CBI opère de manière équivalente à travers les genres (hommes vs femmes) et les groupes d’âge, bien que les femmes obtiennent fréquemment des scores moyens légèrement plus élevés en raison de patterns de socialisation consumériste distincts.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors de la phase initiale d’épuration des items menée par Ridgway, Kukar-Kinney et Monroe (2008), un ensemble élargi d’énoncés a été soumis à des analyses factorielles exploratoires utilisant l’extraction par factorisation en axes principaux avec rotation oblique (Promax), les dimensions théoriques sous-jacentes étant supposées corrélées. Ces analyses ont permis d’éliminer les items présentant des saturations croisées indésirables, des ambiguïtés sémantiques ou une dépendance vis-à-vis du revenu économique.
Les résultats ont invariablement révélé une structure claire à deux facteurs représentant plus de 60 % de la variance totale expliquée :
- Un premier facteur regroupant les items relatifs aux pensées intrusives, à l’accumulation et à la centralité de la consommation (dimension obsessionnelle-compulsive).
- Un second facteur rassemblant les énoncés décrivant les achats impulsifs, imprévus et la recherche de détente face au stress (dimension impulsive).
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
La structure factorielle a été rigoureusement testée et validée par le biais d’analyses factorielles confirmatoires (SEM) sur des échantillons indépendants. Les auteurs ont comparé un modèle unifactoriel (où tous les items satureraient sur un facteur général unique d’achat compulsif) à un modèle bifactoriel corrélé et à un modèle de second ordre où les deux dimensions sont subordonnées à un construit d’ordre supérieur.
| Modèle testé | $\chi^2 / dl$ | CFI | TLI (NNFI) | RMSEA | SRMR |
|---|---|---|---|---|---|
| Modèle unifactoriel | 11,45 | 0,88 | 0,83 | 0,135 | 0,082 |
| Modèle à 2 facteurs corrélés (CBI) | 2,31 | 0,98 | 0,97 | 0,046 | 0,031 |
Comme l’indiquent les indices d’ajustement ci-dessus, le modèle unifactoriel est nettement rejeté au profit du modèle bidimensionnel, qui présente des indices statistiques excellents : un CFI supérieur à 0,97, un TLI supérieur à 0,96, et un RMSEA largement inférieur au seuil critique de 0,06 (avec un intervalle de confiance à 90 % situé entre 0,025 et 0,062).
Saturations factorielles des items
Les saturations standardisées ($\lambda$) des 6 items sur leurs facteurs respectifs sont toutes statistiquement significatives ($p < 0{,}001$) et d'une ampleur remarquable :
- Facteur 1 : Dimension Obsessionnelle-Compulsive
- Item 1 (Sacs d’achats non ouverts dans les placards) : $\lambda = 0{,}68$ à $0{,}74$
- Item 2 (Considéré par autrui comme « accro au shopping ») : $\lambda = 0{,}76$ à $0{,}82$
- Item 3 (Vie centrée sur l’achat de choses) : $\lambda = 0{,}79$ à $0{,}85$
- Facteur 2 : Dimension Impulsive
- Item 4 (Achats d’articles non planifiés) : $\lambda = 0{,}72$ à $0{,}78$
- Item 5 (Auto-identification comme acheteur impulsif) : $\lambda = 0{,}81$ à $0{,}87$
- Item 6 (Shopping pour faire face au stress et se détendre) : $\lambda = 0{,}66$ à $0{,}73$
La corrélation factorielle entre les deux sous-construits se situe aux alentours de $\phi = 0{,}65$, démontrant qu’ils partagent une part de variance substantielle propre au phénomène global d’achat compulsif tout en conservant une identité psychométrique distincte justifiant leur traitement séparé ou cumulé selon les besoins diagnostiques.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Indice d’achat compulsif se présente sous la forme d’un questionnaire auto-administré (self-report questionnaire) particulièrement épuré, accessible et rapide à compléter.
- Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation et de dépistage clinique standardisé.
- Format d’administration : Formulaire papier-crayon ou administration numérique (en ligne, sur tablette ou smartphone). Le temps de passation est d’environ 2 à 3 minutes.
- Nombre d’items : 6 items au total, formulés de manière directe et concise.
- Structure des sous-échelles :
- Dimension obsessionnelle-compulsive : Items 1, 2 et 3.
- Dimension impulsive : Items 4, 5 et 6.
- Format et ancrage des réponses :
- Items 1, 2, 3 et 6 : Évalués sur une échelle de Likert d’accord en 7 points (1 = Strongly disagree / Totalement en désaccord, 2 = Disagree / En désaccord, 3 = Somewhat disagree / Plutôt en désaccord, 4 = Neither agree nor disagree / Ni en accord ni en désaccord, 5 = Somewhat agree / Plutôt d’accord, 6 = Agree / D’accord, 7 = Strongly agree / Totalement d’accord).
- Items 4 et 5 : Évalués sur une échelle de fréquence en 7 points (1 = Never / Jamais, 2 = Rarely / Rarement, 3 = Occasionally / De temps en temps, 4 = Sometimes / Quelquefois, 5 = Often / Souvent, 6 = Very often / Très souvent, 7 = Always / Almost always / Toujours ou presque toujours — l’ancrage simplifié source étant : 1 = Never à 7 = Very often).
- Procédure de cotation et de calcul :
- Tous les 6 items sont cotés positivement de 1 à 7. Il n’y a aucun item inversé (no reverse scoring).
- Le score total est obtenu par la somme arithmétique simple des réponses aux 6 items : $\text{Score Total} = \sum_{i=1}^{6} \text{Item}_i$.
- L’éventail des scores possibles s’étend de 6 à 42 points.
- Interprétation clinique et point de coupure (Cut-off) :
- Score $\ge 25$ : Classification comme acheteur compulsif potentiel / avéré. Ce seuil diagnostique identifie les individus dont les comportements d’achat dépassent le cadre récréatif ordinaire pour entrer dans la zone de dysfonctionnement compulsif ou addictif. Dans la population générale, environ 9 % à 16 % des répondants atteignent ou dépassent ce seuil (avec des prévalences souvent supérieures chez les jeunes adultes et les publics fortement exposés aux sollicitations numériques).
- Score $< 25$ : Consommation ordinaire ou acheteur impulsif non compulsif. Bien que certains individus puissent présenter des scores intermédiaires (ex. entre 18 et 24) signalant des épisodes d’impulsivité sans détresse majeure, ils ne remplissent pas les critères rigoureux du trouble compulsif au sens de l’indice.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication : 2008.
- Article de référence original : Publié dans le volume 35, numéro 4 du Journal of Consumer Research (décembre 2008), pp. 622–639.
- Droits d’auteur et propriété intellectuelle : Les droits d’auteur de l’article original appartiennent conjointement aux auteurs (Nancy M. Ridgway, Monika Kukar-Kinney, Kent B. Monroe) et à l’éditeur de la revue (Oxford University Press au nom du Journal of Consumer Research, Inc.).
- Conditions d’utilisation et politique tarifaire : L’Indice d’achat compulsif (CBI) est accessible gratuitement à des fins de recherche académique, scientifique, pédagogique et de pratique clinique sans but lucratif. Les chercheurs et cliniciens sont autorisés à utiliser et reproduire les items du test, à condition de citer fidèlement la source princeps de 2008. Toute exploitation commerciale, intégration dans des plateformes payantes ou utilisation dans le cadre d’études de marché privées nécessite l’accord explicite préalable des détenteurs des droits.
- Contact institutionnel : Pour toute demande d’adaptation, de traduction transcuturelle officielle ou d’autorisation spécifique, il convient de contacter les auteurs principaux via leurs départements universitaires respectifs (Université de Richmond ou Louisiana State University).
12. Références / References
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- Faber, R. J., & O’Guinn, T. C. (1992). A clinical screener for compulsive buying. Journal of Consumer Research, 19(3), 459–469. https://doi.org/10.1086/209315
- Kukar-Kinney, M., Ridgway, N. M., & Monroe, K. B. (2012). The role of price in the behavior and purchase decisions of compulsive buyers. Journal of Retailing, 88(1), 63–71. https://doi.org/10.1016/j.jretai.2011.02.004
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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Compulsive Buying Index (CBI)
Items 1, 2, 3, and 6 are answered on a 7-point Likert scale (1 = Strongly disagree to 7 = Strongly agree); Items 4 and 5 are answered on a 7-point frequency scale (1 = Never to 7 = Very often).
Part I: Obsessive-Compulsive Buying Dimension (Items 1 – 3)
Response options: 1 = Strongly disagree, 2 = Disagree, 3 = Somewhat disagree, 4 = Neither agree nor disagree, 5 = Somewhat agree, 6 = Agree, 7 = Strongly agree
- My closet has unopened shopping bags in it.
- Others might consider me a « shopaholic. »
- Much of my life centers around buying things.
Part II: Impulsive Buying Dimension (Items 4 – 6)
For items 4 and 5: 1 = Never to 7 = Very often
For item 6: 1 = Strongly disagree to 7 = Strongly agree
- I buy things I did not plan to buy.
- I consider myself an impulse purchaser.
- For me, shopping is a way of facing the stress of my daily life and relaxing.