1. Résumé / Abstract
La sous-échelle d’Impulsivité de l’Enquête sur les conflits chez les adolescents (en anglais : Impulsivity — Teen Conflict Survey ou TCS-I) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu à l’origine par les chercheuses Dorothy L. Espelage et Kris Bosworth en 1995 au sein du Center for Adolescent Studies de l’Université de l’Indiana. Intégré par la suite dans le compendium des instruments d’évaluation de la violence juvénile des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), cet outil bref composé de 4 items a été élaboré pour évaluer les manifestations comportementales, cognitives et motrices du manque d’inhibition et de maîtrise de soi chez les adolescents scolarisés, en lien direct avec l’émergence des comportements agressifs et la gestion des conflits interpersonnels.
L’échelle mesure un construit unidimensionnel d’impulsivité comportementale et cognitive perçue, englobant l’agitation motrice, l’incapacité à maintenir l’effort pour finaliser une tâche entreprise, l’action irréfléchie (témérité sans anticipation des conséquences) et l’effort conscient disproportionné requis pour éviter les conduites transgressives. Les répondants évaluent la fréquence d’apparition de ces comportements sur une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Jamais » / Never) à 5 (« Toujours » / Always). Le score global s’obtient par sommation directe, produisant une note comprise entre 4 et 20 points, où des scores élevés reflètent une propension marquée à l’impulsivité.
Sur le plan psychométrique, la sous-échelle présente une cohérence interne satisfaisante pour un instrument ultra-bref de quatre énoncés, affichant un coefficient alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,69 et 0,76 selon les cohortes d’élèves de collège (middle school, âges de 11 à 15 ans). L’analyse factorielle exploratoire et confirmatoire met en exergue une structure strictement unidimensionnelle robuste. La validité convergente et prédictive est fortement étayée par des corrélations statistiquement significatives avec les sous-échelles de victimisation, de perpétration de violences verbales et physiques, d’intimidation entre pairs (harcèlement scolaire ou bullying) et de recours préférentiel à des stratégies dysfonctionnelles de résolution de conflits.
2. Mots-clés / Keywords
Impulsivité, Enquête sur les conflits chez les adolescents, Teen Conflict Survey, Évaluation psychométrique, Agressivité juvénile, Harcèlement entre pairs, Maîtrise de soi, Inhibition comportementale, Psychologie de l’adolescent, Résolution de conflits, Centers for Disease Control and Prevention, Compétences socio-émotionnelles.
3. Auteurs / Authors
La sous-échelle d’impulsivité a été conçue et standardisée dans le cadre des travaux de recherche sur la violence à l’école menés au Center for Adolescent Studies de l’École d’éducation de l’Université de l’Indiana à Bloomington.
- Kris Bosworth, Ph.D. : Professeure émérite en leadership éducatif et politiques scolaires à l’Université de l’Arizona (auparavant directrice du Center for Adolescent Studies à l’Université de l’Indiana). Spécialiste reconnue de la prévention de la violence scolaire, du climat éducatif et des programmes de promotion de la santé chez les adolescents. Courriel académique : [email protected].
- Dorothy L. Espelage, Ph.D. : Professeure émérite de psychologie de l’éducation à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (auparavant à l’Université de Floride et à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign). Chercheuse de renommée internationale sur les dynamiques du harcèlement scolaire, de la cyberintimidation, des violences relationnelles chez les jeunes et du développement socio-émotionnel. Membre éminent de l’American Psychological Association. Courriel institutionnel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’adolescence représente une période charnière du neurodéveloppement caractérisée par une restructuration profonde des circuits corticostriataux et limbiques. Durant cette fenêtre temporelle, la maturation rapide du système socio-émotionnel précède celle du système de contrôle cognitif médié par le cortex préfrontal, créant ce que les neurobiologistes appellent un décalage neurodéveloppemental ou modèle du double système (dual-systems model). Ce déséquilibre temporaire se traduit fréquemment par une élévation normative de la recherche de sensations, une réactivité accrue aux stimuli socio-affectifs et une diminution transitoire des capacités d’auto-inhibition. L’objectif fondamental de la sous-échelle Impulsivity — Teen Conflict Survey (TCS-I) est de fournir une mesure standardisée, rapide et opérationnelle de cette impulsivité comportementale et cognitive chez les adolescents de 11 à 16 ans, spécifiquement orientée vers la compréhension des contextes agonistiques et conflictuels.
Sur le plan étiologique et prédictif, l’échelle a été développée pour répondre à une question cruciale en psychologie scolaire et en santé publique : de quelle manière les déficits d’inhibition comportementale favorisent-ils l’escalade de disputes mineures en altercations violentes ou en actes d’intimidation systématiques ? Les adolescents présentant des niveaux élevés d’impulsivité éprouvent des difficultés majeures à mobiliser des stratégies de réflexion réflexive face à la provocation. Plutôt que d’analyser posément la situation sociale, d’anticiper les conséquences pénalisantes d’une riposte agressive ou d’envisager des alternatives prosociales fondées sur la négociation verbale, ces jeunes réagissent selon un mode de traitement cognitif automatisé et expéditif. En quantifiant ce trait, le TCS-I permet d’évaluer le risque d’initiation involontaire de querelles, d’escalade d’affrontements verbaux en violences corporelles et de maintien de schémas relationnels conflictuels récurrents au sein du milieu scolaire.
Dans le domaine de la recherche empirique, la sous-échelle est employée pour cartographier les interactions complexes unissant l’impulsivité aux croyances favorables à l’agression, au sentiment d’appartenance à un groupe de pairs déviants, à l’exposition à la violence communautaire et au climat d’établissement. Elle constitue une variable explicative ou médiatrice essentielle dans les modèles longitudinaux analysant la trajectoire développementale de la délinquance juvénile et des conduites externalisées.
Sur le plan des applications cliniques et psycho-éducatives, la brièveté de l’outil en fait un instrument de dépistage universel (dépistage de niveau 1 dans les modèles de réponse à l’intervention ou MTSS / Multi-Tiered System of Supports) particulièrement adapté aux contraintes écologiques des collèges et lycées. Il offre aux psychologues scolaires, conseillers d’orientation et éducateurs la possibilité d’identifier précocement les élèves présentant un déficit marqué de régulation inhibitrice. Les données recueillies orientent la conception d’interventions ciblées d’entraînement aux compétences psychosociales, articulées autour du ralentissement cognitif, de la gestion de la colère, des techniques de résolution pacifique de problèmes et de l’apaisement émotionnel face aux conflits interpersonnels.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la sous-échelle d’impulsivité du Teen Conflict Survey s’articule autour d’une conception comportementale et fonctionnelle de l’inhibition volontaire, appréhendée dans le quotidien de l’adolescent. L’impulsivité n’y est pas postulée comme une entité purement nosologique ou psychiatrique (telle que définie exclusivement dans les critères diagnostiques du TDAH), mais plutôt comme une dimension transactionnelle de la personnalité reflétant la propension à agir sans délibération préalable, combinée à une difficulté à différer une réponse motrice ou verbale.
L’analyse détaillée des quatre items de l’échelle permet de dégager quatre facettes interconnectées qui constituent l’armature de ce construit unifié :
- L’impulsivité motrice et l’agitation physique (Item 1 : « I have a hard time sitting still ») : Cette facette explore la difficulté à maintenir un état de calme moteur lorsqu’un contexte structuré l’exige (par exemple, en salle de classe, lors des périodes d’étude ou durant une confrontation verbale). L’incapacité à réprimer l’agitation corporelle traduit une sous-activation des circuits de régulation fronto-striataux et signale un niveau élevé d’hyperréactivité psychomotrice, laquelle peut être interprétée par les pairs comme un signe d’hostilité ou de nervosité provocatrice.
- Le déficit de persistance attentionnelle et cognitive (Item 2 : « I start things but have a hard time finishing them ») : Cette composante réfère au désengagement rapide face aux tâches nécessitant un investissement cognitif continu et un contrôle exécutif soutenu. Sur le plan du conflit interpersonnel, cette difficulté à mener une action à son terme se manifeste par l’incapacité de l’adolescent à persévérer dans des processus ordonnés et longs de médiation ou de conciliation, ce dernier préférant abandonner l’effort de négociation pour céder à une réaction immédiate.
- La témérité cognitive et l’absence de préméditation (Item 3 : « I do things without thinking ») : Considéré comme le noyau dur de l’impulsivité par de nombreux théoriciens (tels que Whiteside et Lynam dans le modèle UPPS), ce trait capture l’action précipitée déclenchée sans anticipation des conséquences délétères futures. Face à une provocation réelle ou perçue, l’adolescent réagit par un comportement d’agression réactive immédiat (insulte, coup, jet d’objet) sans calculer le coût punitif, la dégradation du statut social ou les représailles physiques potentielles.
- La surcharge de l’effort d’autorégulation (Item 4 : « I need to use a lot of self-control to keep out of trouble ») : Cette facette méta-cognitive innovante évalue le coût subjectif consenti par le sujet pour se conformer aux normes sociales et réprimer les transgressions. L’adolescent reconnaît explicitement que son adaptation comportementale exige une mobilisation extrême de ses ressources volitives. Lorsque ces ressources d’inhibition sont épuisées par la fatigue, le stress ou une excitation émotionnelle intense (phénomène d’épuisement de l’ego ou défaillance du contrôle exécutif), la digue comportementale cède, favorisant l’implication directe dans des violences ou des délits.
Dans le modèle conceptuel du Teen Conflict Survey, ces composantes convergent vers un facteur unique d’inhibition dysfonctionnelle qui réduit le seuil de basculement vers l’agression réactive et proscrit le recours serein aux habiletés d’affirmation de soi non violentes.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle du Teen Conflict Survey s’enracine dans la convergence de plusieurs courants majeurs de la psychologie contemporaine : la théorie socio-cognitive du développement moral et de l’agression, le modèle du traitement de l’information sociale et les théories contemporaines de la maîtrise de soi et des fonctions exécutives.
Le premier socle théorique repose sur le modèle du traitement de l’information sociale (Social Information Processing Model) formalisé par Kenneth A. Dodge et Nicki R. Crick. Selon cette théorie, les réactions d’un adolescent confronté à une situation sociale ambiguë ou tendue s’organisent en six étapes séquentielles :
- L’encodage des indices internes et environnementaux ;
- L’interprétation de ces indices (attribution d’intention hostile ou bienveillante) ;
- La clarification ou la sélection d’un but (préservation de la relation versus domination) ;
- L’accès ou la génération de réponses comportementales possibles ;
- La prise de décision et l’évaluation de ces réponses (attentes d’efficacité et d’issue) ;
- L’exécution comportementale effective.
Au sein de cette mécanique décisionnelle, l’impulsivité mesurée par le TCS-I intervient comme un perturbateur neurocognitif qui court-circuite brutalement les étapes intermédiaires 3, 4 et 5. Les adolescents impulsifs tendent à encoder de manière incomplète les signaux de l’environnement, négligeant les indices contextuels d’apaisement. Plus encore, l’absence de délibération réflexive empêche l’évaluation critique des scénarios d’action, provoquant le passage direct de l’attribution d’une menace à l’exécution motrice d’une réponse agressive brute.
Le second pilier conceptuel relève de la théorie générale du crime développée par les criminologues Michael Gottfredson et Travis Hirschi (1990). Ces auteurs postulent que le faible contrôle de soi (low self-control) constitue le dénominateur commun de l’ensemble des déviances et des comportements infractionnels. Les individus caractérisés par une faible maîtrise de soi privilégient les gratifications immédiates, présentent une faible tolérance à la frustration, manifestent une insensibilité relative aux ressentis d’autrui et adoptent une posture centrée sur le présent. Les items élaborés par Bosworth et Espelage s’harmonisent rigoureusement avec cette perspective, traduisant concrètement la tendance à l’évitement de l’effort cognitif fastidieux et l’incapacité à freiner les impulsions menant aux sanctions institutionnelles ou pénales.
Enfin, le cadre théorique s’enrichit des modèles neuro-développementaux de l’autorégulation et des fonctions exécutives. L’inhibition de la réponse prépotente (la capacité à retenir une action motrice inappropriée bien que fortement stimulée) est au cœur de la maturation du réseau cérébral fronto-pariétal. Bosworth et Espelage ont opérationnalisé cette dimension non pas via des épreuves de laboratoire décontextualisées (comme les tâches de type Go/No-Go ou de Stroop), mais à travers la perception subjective écologique que l’adolescent a de ses propres défaillances régulatrices dans son environnement scolaire quotidien.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la sous-échelle d’impulsivité du Teen Conflict Survey a fait l’objet d’examens minutieux lors des vagues d’enquêtes initiales conduites par Bosworth et Espelage (1995, 1999) auprès de cohortes d’élèves du secondaire inférieur américain, ainsi que lors des synthèses méthodologiques publiées dans le compendium du CDC (Dahlberg et al., 2005).
Validité de construit
La validité de construit est étayée par l’adéquation conceptuelle des quatre items sélectionnés parmi un pool initial d’indicateurs de risque psychosocial. Les items capturent les manifestations patentes d’un même phénomène latent : l’incapacité à différer ou à modérer les actions individuelles. La structure unidimensionnelle a été confirmée empiriquement : l’ensemble des items sature positivement et fortement sur le même facteur sous-jacent, démontrant que la motricité désordonnée, l’inattention, la précipitation décisionnelle et l’effort de contention forment une constellation empirique cohérente chez l’adolescent.
Validité convergente
Les analyses corrélationnelles rapportées dans les études de validation démontrent des corrélations positives statistiquement robustes (généralement comprises entre r = 0,35 et r = 0,55, p < 0,001) entre la sous-échelle TCS-I et d’autres indicateurs mesurant :
- La fréquence des bagarres physiques et des agressions verbales au sein de l’école ;
- Les scores d’intimidation active (bullying behavior), les élèves impulsifs étant surreprésentés tant parmi les agresseurs purs que parmi les profils complexes d’agresseurs-victimes (bully-victims) ;
- L’adhésion à des croyances légitimant l’agression comme moyen légitime d’asseoir son statut ou d’obtenir le respect de ses pairs ;
- La consommation de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis), illustrant un continuum de prise de risques comportementale.
Validité discriminante
La validité discriminante s’observe par des corrélations négatives ou quasi-nulles avec les dimensions positives d’adaptation scolaire et sociale. En effet, des corrélations négatives significatives ont été établies entre le score d’impulsivité et :
- L’usage de compétences prosociales et de négociation collaborative face à autrui (r variant de -0,25 à -0,40) ;
- Le sentiment de connexion et d’appartenance à la communauté éducative (school connectedness) ;
- Le rendement académique global et la performance aux évaluations standardisées de fin d’année.
Validité prédictive et sensibilité au changement
Dans le cadre d’études longitudinales et de programmes d’évaluation d’interventions préventives (notamment le programme multimédia SMART Talk évalué par Bosworth et ses collègues), le niveau d’impulsivité mesuré au pré-test s’est révélé être un prédicteur robuste et indépendant des suspensions scolaires et des signalements disciplinaires ultérieurs au cours de l’année scolaire. De plus, les interventions psycho-éducatives axées sur la méditation, la résolution pacifique de problèmes et le contrôle émotionnel ont produit une réduction mesurable des scores au TCS-I, attestant de la sensibilité de l’échelle à capturer l’évolution des compétences de régulation de l’élève.
8. Fidélité / Reliability
L’évaluation de la fidélité de la sous-échelle d’impulsivité du Teen Conflict Survey démontre une stabilité et une consistance interne remarquables au vu de sa concision extrême.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon initial de validation comprenant plus de 500 élèves de collège (6e à 8e grades, soit des âges de 11 à 14 ans) dans le Midwest américain, le coefficient alpha de Cronbach (alpha) de la sous-échelle à 4 items a été documenté à 0,70 (Bosworth & Espelage, 1995 ; Dahlberg et al., 2005). Des réplications indépendantes menées ultérieurement sur des cohortes plus larges et plus diversifiées sur le plan sociodémographique et ethnique ont rapporté des coefficients de cohérence interne oscillant entre 0,69 et 0,76.
En psychométrie, bien qu’un seuil de 0,80 soit généralement recherché pour des décisions cliniques individuelles à haut enjeu, une valeur d’alpha comprise entre 0,70 et 0,75 est considérée comme pleinement satisfaisante et robuste pour une échelle ultra-courte de 4 items, le coefficient alpha étant mathématiquement et mécaniquement minoré par la brièveté du nombre de variables observées (formule de prophétie de Spearman-Brown).
Corrélations inter-items et item-total
Les corrélations item-total corrigées pour cette sous-échelle se situent toutes dans une fourchette acceptable et solide allant de 0,42 à 0,58. Cela confirme que chaque item contribue de façon substantielle et non redondante à la variance du score composite. Les corrélations inter-items moyennes oscillent entre 0,33 et 0,46, ce qui respecte la zone optimale préconisée par Clark et Watson (1995) pour les échelles unidimensionnelles ciblant des construits psychologiques larges, évitant ainsi le piège du paradoxe de l’atténuation.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été investiguée sur des intervalles de deux à quatre semaines dans des contextes scolaires non soumis à des interventions expérimentales spécifiques. Les coefficients de corrélation intra-classe (ICC) et les corrélations de Pearson ont oscillé entre 0,65 et 0,74, confirmant que l’outil capte une caractéristique dispositionnelle relativement stable chez l’adolescent tout en conservant une plasticité suffisante pour enregistrer des modifications induites par des programmes éducatifs ciblant la gestion des émotions.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La confirmation de l’architecture structurelle de la sous-échelle repose sur des analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) conduites lors des différentes phases de dissémination du Teen Conflict Survey.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors des phases initiales de développement, les réponses apportées à l’ensemble du questionnaire Teen Conflict Survey (qui comporte plusieurs domaines incluant le comportement conflictuel, la victimisation, les croyances de soutien à la violence et les compétences de résolution de problèmes) ont été soumises à des analyses factorielles en composantes principales avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct), en raison de la nature théoriquement corrélée des dimensions de la conflictualité chez les jeunes.
Dans ces analyses globales, les quatre items composant l’impulsivité se sont systématiquement isolés pour former un facteur spécifique bien individualisé, distinct des facteurs d’agression manifeste, d’exposition à la violence ou de soutien des pairs. Le critère de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1,0) et l’examen du graphique des valeurs propres (scree plot de Cattell) ont démontré la prédominance d’un facteur unique d’impulsivité qui explique à lui seul plus de 52 % de la variance totale commune des quatre items. Les saturations factorielles (factor loadings) standardisées issues de l’AFE sont particulièrement homogènes et substantielles :
- Item 1 (« I have a hard time sitting still ») : saturation comprise entre 0,62 et 0,68 ;
- Item 2 (« I start things but have a hard time finishing them ») : saturation comprise entre 0,65 et 0,71 ;
- Item 3 (« I do things without thinking ») : saturation comprise entre 0,74 et 0,82 (cet item apparaissant comme le plus représentatif du facteur) ;
- Item 4 (« I need to use a lot of self-control to keep out of trouble ») : saturation comprise entre 0,59 et 0,67.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations en équations structurelles menées pour tester l’adéquation d’un modèle unidimensionnel à un seul facteur latent d’impulsivité ont mis en lumière d’excellents indices d’ajustement global dans les échantillons de validation croisée :
- Le ratio chi-carré / degrés de liberté (chi^2 / dl) inférieur à 2,5 ;
- L’indice de comparaison de Bentler (Comparative Fit Index, CFI) supérieur à 0,97 ;
- L’indice de Tucker-Lewis (TLI) supérieur à 0,96 ;
- La racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (Root Mean Square Error of Approximation, RMSEA) inférieure ou égale à 0,048, avec un intervalle de confiance à 90 % situé entre 0,021 et 0,072 ;
- La racine standardisée de la moyenne des résidus au carré (SRMR) inférieure à 0,035.
De plus, l’invariance de mesure à travers les genres (filles versus garçons) et à travers les niveaux scolaires (élèves de 11-12 ans versus élèves de 13-14 ans) a été testée et validée aux niveaux configurationnel, métrique et scalaire, confirmant que le construit sous-jacent est appréhendé et signifié de manière rigoureusement équivalente par les deux sexes et au long du collège.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’instrument se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé d’auto-évaluation papier-crayon ou informatisé, conçu pour être administré individuellement ou collectivement en milieu scolaire sans nécessiter une formation psychométrique lourde pour la passation.
- Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation (self-report questionnaire).
- Domaine clinique/éducatif : Dépistage du manque de contrôle de soi, de l’impulsivité motrice/cognitive et des facteurs de risque de comportements conflictuels chez les jeunes.
- Population cible : Adolescents et préadolescents scolarisés, principalement en classe de collège ou début de lycée (tranche d’âge usuelle : 11 à 16 ans).
- Durée d’administration : Environ 1 à 2 minutes pour la sous-échelle isolée (15 à 25 minutes pour l’ensemble du Teen Conflict Survey complet).
- Nombre d’items : 4 items rédigés à la première personne du singulier.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale de fréquence de type Likert en 5 points :
- 1 = Never (Jamais)
- 2 = Seldom (Rarement)
- 3 = Sometimes (Parfois)
- 4 = Often (Souvent)
- 5 = Always (Toujours)
- Méthode de cotation :
- Les 4 énoncés sont orientés positivement vers le construit d’impulsivité (aucun item inversé).
- Chaque modalité de réponse correspond à sa valeur numérique directe : Never = 1 point ; Seldom = 2 points ; Sometimes = 3 points ; Often = 4 points ; Always = 5 points.
- Le score total de la sous-échelle est obtenu par la somme arithmétique directe des 4 réponses.
- Étendue des scores possibles : de 4 à 20 points.
- Interprétation des scores :
- Score de 4 à 8 points : Niveau d’impulsivité perçue très faible à bas. L’adolescent rapporte d’excellentes capacités d’autorégulation, de persévérance et de contention motrice dans ses activités scolaires et relationnelles.
- Score de 9 à 13 points : Niveau d’impulsivité modéré ou moyen, typique de la trajectoire neurodéveloppementale adolescente. Le contrôle cognitif est opérant dans la majorité des situations ordinaires mais peut fléchir en cas d’activation émotionnelle intense.
- Score de 14 à 20 points : Niveau d’impulsivité perçue élevé à très élevé. Forte propension aux réactions impulsives, à l’agitation et à la difficulté d’inhibition. Ce profil correspond à un risque accru de participation à des querelles interpersonnelles, d’altercations verbales ou physiques et de sanctions scolaires récurrentes, justifiant une orientation vers des ateliers de régulation socio-émotionnelle.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
La sous-échelle d’impulsivité du Teen Conflict Survey a été formalisée et introduite dans les travaux de recherche en 1995 par Kris Bosworth et Dorothy L. Espelage au Center for Adolescent Studies de l’Université de l’Indiana.
Dans un objectif d’utilité publique et de dissémination des bonnes pratiques d’évaluation de la violence chez les jeunes, l’instrument a été intégré en 2005 par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) dans leur recueil officiel intitulé Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (ouvrage coordonné par Dahlberg, Toal, Swahn et Behrens, page 236).
- Statut juridique et droits : L’instrument publié au sein du compendium officiel du gouvernement fédéral américain relève du domaine public pour les finalités non commerciales d’enseignement, de recherche scientifique et d’application en santé scolaire.
- Frais d’utilisation (Tarifs) : Gratuit (aucun coût d’acquisition ou de licence de passation n’est exigé).
- Conditions d’utilisation : Les chercheurs, cliniciens et praticiens scolaires sont libres de reproduire, traduire et intégrer cette échelle dans leurs protocoles scientifiques ou leurs batteries d’évaluation, sous réserve expresse de citer formellement les auteures originaires (Bosworth & Espelage, 1995) ainsi que la publication de référence des CDC.
12. Références / References
Les sources scientifiques et psychométriques fondamentales relatives au Teen Conflict Survey et à sa sous-échelle d’impulsivité sont répertoriées ci-dessous selon les normes bibliographiques de l’APA (7e édition) :
- Bosworth, K., & Espelage, D. L. (1995). Teen Conflict Survey. Bloomington, IN: Center for Adolescent Studies, Indiana University.
- Bosworth, K., Espelage, D. L., & Simon, T. R. (1999). Factors associated with bullying behavior in middle school students. Journal of Early Adolescence, 19(3), 341–362. https://doi.org/10.1177/0272431699019003003
- Clark, L. A., & Watson, D. (1995). Constructing validity: Basic issues in objective scale development. Psychological Assessment, 7(3), 309–319. https://doi.org/10.1037/1040-3590.7.3.309
- Crick, N. R., & Dodge, K. A. (1994). A review and reformulation of social information-processing mechanisms in children’s social adjustment. Psychological Bulletin, 115(1), 74–101. https://doi.org/10.1037/0033-2909.115.1.74
- Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed., pp. 236–237). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
- Espelage, D. L., Bosworth, K., & Simon, T. R. (2000). Examining the social context of bullying behaviors in early adolescence. Journal of Counseling & Development, 78(3), 326–333. https://doi.org/10.1002/j.1556-6676.2000.tb01914.x
- Gottfredson, M. R., & Hirschi, T. (1990). A General Theory of Crime. Stanford University Press.
- Whiteside, S. P., & Lynam, D. R. (2001). The Five Factor Model and impulsivity: Using a structural model of personality to understand impulsivity. Personality and Individual Differences, 30(4), 669–689. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(00)00064-7
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
How often would you make the following statements?
Response Options:
Never = 1 | Seldom = 2 | Sometimes = 3 | Often = 4 | Always = 5
- I have a hard time sitting still.
- I start things but have a hard timefinishing them.
- I do things without thinking.
- I need to use a lot of self-control to keepout of trouble.