Identité nationale (Préférence nationale) (NINP)

Analyse psychométrique détaillée de l’échelle d’Identité nationale (Préférence nationale) (NINP) développée par l’ISSP : fondements théoriques, dimensions du chauvinisme, validité transculturelle et items d’évaluation.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 2, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 2, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

L’échelle d’Identité nationale (Préférence nationale) (couramment désignée sous l’acronyme NINP pour National Identity – National Preference) est un instrument psychométrique développé dans le cadre des travaux transnationaux de l’International Social Survey Programme (ISSP), spécifiquement inauguré au sein du module National Identity I en 1995 (ISSP Research Group, 1998). Cet outil d’évaluation quantitative est composé de six énoncés formulés sous la forme d’items de type Likert à cinq points. Il a été conçu pour mesurer l’intensité de l’adhésion d’un individu à une posture de supériorité, d’allégeance inconditionnelle et de valorisation préférentielle exclusive accordée à sa propre nation par rapport aux autres nations du monde.

Sur le plan structural, l’instrument opérationnalise les distinctions fondamentales établies en psychologie sociale et politique entre le chauvinisme, le nationalisme aveugle et le patriotisme constructif (Blank & Schmidt, 2003 ; Coenders, 2001 ; Kosterman & Feshbach, 1989). Alors que le patriotisme traditionnel renvoie à un attachement affectif positif envers son pays sans dévalorisation d’autrui, la dimension de préférence nationale captée par la NINP reflète une vision hiérarchique et compétitive des relations internationales, caractérisée par une complaisance autocentrée, la minimisation de la critique interne (« mon pays, qu’il ait tort ou raison ») et la croyance en l’exemplarité normative universelle de son propre groupe national.

Les propriétés psychométriques de l’instrument ont été validées à l’échelle mondiale auprès de dizaines de milliers de répondants répartis dans plus de trente pays. Les analyses factorielles confirmatoires multigroupes (MGCFA) démontrent une adéquation satisfaisante du modèle unidimensionnel ou bidimensionnel (selon l’inclusion ou l’exclusion d’items d’auto-critique nationale), tout en établissant une invariance de mesure métrique robuste autorisant des comparaisons internationales légitimes. La cohérence interne est solide, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,83 selon les contextes culturels. L’échelle démontre une validité convergente et prédictive substantielle avec des construits tels que l’ethnocentrisme, la xénophobie, l’orientation à la dominance sociale (SDO) et l’opposition à l’immigration.

2. Mots-clés / Keywords

Identité nationale, Préférence nationale, Chauvinisme, Psychométrie, ISSP, Nationalisme, Patriotisme aveugle, Xénophobie, Ethnocentrisme, Relations intergroupes, Échelle de Likert, Invariance de mesure.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée et standardisée par le consortium international de recherche ISSP Research Group (International Social Survey Programme), sous l’égide du secrétariat méthodologique hébergé notamment par GESIS – Leibniz-Institut für Sozialwissenschaften (Cologne, Allemagne). Parmi les principaux chercheurs et méthodologues ayant contribué à la conception, à la modélisation et aux validations théoriques et psychométriques de ce module d’identité nationale figurent :

  • Marcel Coenders — Department of Sociology, Radboud University Nijmegen, Pays-Bas. Spécialiste des attitudes envers les minorités ethniques et du chauvinisme national.
  • Peer Scheepers — Faculty of Social Sciences, Radboud University Nijmegen, Pays-Bas. Expert en sociologie comparée, autoritarisme et relations intergroupes.
  • Peter Schmidt — Institut für Politikwissenschaft, Justus-Liebig-Universität Giessen, Allemagne. Spécialiste des modèles d’équations structurelles et de l’invariance de mesure transnationale.
  • Thomas Blank — Leibniz-Institut für Sozialwissenschaften (GESIS), Allemagne. Chercheur en psychologie sociale et politique, théoricien de la distinction entre patriotisme et nationalisme.
  • Eldad Davidov — Department of Sociology, University of Zurich, Suisse & University of Cologne, Allemagne. Expert en modélisation multigroupes et analyse comparative des valeurs.

Pour toute correspondance archivistique ou demande de données brutes, les archives GESIS peuvent être contactées via leur portail de données central ([email protected]) en référence à l’étude ZA2880 (ISSP 1995 National Identity I).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’échelle d’Identité nationale (Préférence nationale) (NINP) est de fournir une mesure standardisée, parcimonieuse et scientifiquement reproductible de la tendance d’un citoyen à valoriser son propre pays de manière exclusive, inconditionnelle et supérieure à l’égard des autres nations. Dans le champ de la psychologie politique et de la sociologie quantitative, la conceptualisation de l’attachement national a longtemps souffert de confusions sémantiques et empiriques, amalgamant la simple fierté civique, l’amour du pays, l’agressivité géopolitique et l’intolérance envers les minorités. La NINP a été expressément conçue pour isoler la composante égocentrique et hégémonique du sentiment national, souvent étiquetée sous le terme de chauvinisme ou de nationalisme aveugle (blind patriotism).

Dans le domaine de la recherche fondamentale, cet instrument répond au besoin d’explorer les mécanismes sociopsychologiques sous-tendant la structuration de l’endogroupe national face aux exogroupes étrangers. Plus précisément, la NINP permet de dissocier les individus qui aiment leur pays tout en conservant une pensée critique constructive à l’égard de ses institutions, de ceux qui professent une allégeance aveugle reposant sur le principe moral déviant selon lequel son propre pays doit être soutenu, qu’il ait tort ou raison (« Right or wrong, my country »). Elle cherche à évaluer dans quelle mesure l’adhésion à la communauté nationale se traduit par un sentiment d’exemplarité globale (« le monde se porterait mieux si les autres peuples nous ressemblaient ») et par une préférence systématique pour la citoyenneté locale en exclusion de toute autre alternative terrestre.

Sur le plan des applications empiriques et appliquées, l’échelle est mobilisée dans de vastes enquêtes épidémiologiques et sociologiques pour prédire des attitudes sociopolitiques critiques :

  • Attitudes envers les flux migratoires : Prédicteur puissant de l’hostilité envers l’asile, de la peur de l’immigration économique et de la demande de politiques restrictives de frontières fermées.
  • Ethnocentrisme et préjugés xénophobes : Explication des disparités de stéréotypisation et de discrimination à l’encontre des minorités ethniques et culturelles résidentes.
  • Comportements électoraux : Détection de l’alignement sur les programmes de partis populistes de droite radicale promouvant des politiques de préférence nationale sur le marché de l’emploi et de la protection sociale (welfare chauvinism).
  • Soutien aux politiques étrangères belliqueuses : Corrélation positive avec l’unilatéralisme militaire, le scepticisme envers les institutions multilatérales (comme l’Organisation des Nations Unies ou l’Union Européenne) et le protectionnisme économique isolationniste.

En contexte de recherche institutionnelle ou internationale, l’échelle offre un levier diagnostique permettant de cartographier l’évolution longitudinale des climats nationaux face aux crises économiques, aux tensions géopolitiques mondiales ou aux chocs migratoires, offrant ainsi un éclairage décisif aux décideurs publics et aux sociologues de l’intégration.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par la NINP s’articule autour du concept central de chauvinisme national ou de préférence nationale exclusive. En psychologie différentielle et sociale, ce construit se distingue nettement d’autres modalités de l’identité sociale territoriale, telles que le patriotisme civique, l’internationalisme ou le cosmopolitisme. La modélisation sous-jacente s’articule autour de trois dimensions cognitives et attitudinales interdépendantes :

1. La supériorité nationale comparative (Comparative National Superiority)

Cette dimension renvoie à la croyance explicite selon laquelle son pays d’appartenance possède des qualités intrinsèques, morales, culturelles, politiques ou économiques supérieures à celles de la majorité des autres nations. Elle postule une asymétrie hiérarchique entre l’endogroupe et l’ensemble des exogroupes nationaux. Par exemple, l’assentiment à l’idée que « mon pays est meilleur que la plupart des autres » n’exprime pas seulement une satisfaction personnelle, mais institue un classement interétatique dépréciatif pour les autres peuples. Cette dimension incorpore également une projection normative universelle (impérialisme culturel symbolique) traduite par l’assertion selon laquelle « le monde se porterait beaucoup mieux si les citoyens des autres nations adoptaient nos manières d’être ».

2. L’allégeance inconditionnelle et non-critique (Unconditional Loyalty / Blind Patriotism)

Théorisée par Schatz, Staub et Lavine (1999), cette facette traduit l’incapacité ou le refus d’exercer une réflexivité morale ou critique vis-à-vis des actions étatiques de sa propre nation. L’individu adhère à l’adage historique de Stephen Decatur : « Notre pays, dans ses relations avec les nations étrangères ; puisse-t-il avoir toujours raison ; mais notre pays, qu’il ait raison ou tort ». L’allégeance inconditionnelle valorise la conformité collective, perçoit toute dissidence ou critique politique interne comme un acte de déloyauté ou de trahison, et s’oppose frontalement au patriotisme constructif (dans lequel l’amour du pays incite à dénoncer ses erreurs pour l’améliorer).

3. L’exclusivisme identitaire et territorial (National Exclusivism)

Cette troisième composante opérationnalise l’attachement préférentiel catégorique : l’individu exprime une préférence absolue pour le statut de citoyen de son propre pays au détriment de toute autre option envisageable dans le monde. Cette préférence ne relève pas simplement d’un enracinement géographique affectif spontané, mais de la négation de la valeur d’une citoyenneté alternative, confinant à une fermeture psychologique rigide face aux identités supranationales ou transnationales.

Tableau synoptique des facettes du construit

  • Supériorité relative : Comparaison descendante systématique entre l’endogroupe et les nations étrangères ; auto-attribution d’un statut de supériorité globale.
  • Projection universaliste unilatérale : Idée que le modèle national local constitue la panacée universelle que le reste du monde devrait imiter.
  • Immunité à la culpabilité nationale : Résistance psychologique à éprouver de la honte face aux errements passés ou présents de sa nation (souvent mesurée par un item inversé portant sur le sentiment de honte collective).
  • Fidélité déontique aveugle : Impératif catégorique de soutenir les décisions militaires ou politiques de l’État, même lorsque celles-ci violent les normes éthiques universelles ou le droit international.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’ancrage paradigmatique de l’échelle d’identité et de préférence nationale repose principalement sur trois grands édifices de la psychologie contemporaine : la théorie de l’identité sociale (SIT), la théorie de la dominance sociale (SDO) et les modèles différentiels du nationalisme versus patriotisme.

1. Théorie de l’identité sociale et auto-catégorisation

Formulée originellement par Henri Tajfel et John Turner (1979, 1986), la théorie de l’identité sociale postule que les individus s’efforcent d’acquérir et de maintenir une identité sociale positive afin de préserver leur propre estime de soi. Cette identité sociale dérive directement de l’appartenance à des groupes sociaux signifiants, dont la nation constitue l’une des entités les plus saillantes à l’ère moderne. Pour établir une identité collective valorisante, le groupe s’engage dans des comparaisons sociales intergroupes visant une différenciation positive.

Dans le cas du chauvinisme et de la préférence nationale mesurés par la NINP, cette différenciation cesse d’être une simple quête d’unicité pour devenir une logique d’hégémonie et de dévalorisation de l’exogroupe. L’individu transfère son besoin d’auto-évaluation positive dans une surévaluation fantasmée des accomplissements et de la valeur morale de sa communauté nationale, rendant l’exogroupe étranger structurellement inférieur.

2. Distinction théorique entre Patriotisme et Chauvinisme

Le cadre conceptuel structurant les travaux de l’ISSP provient des clarifications théoriques majeures apportées par Kosterman et Feshbach (1989), puis affinées par Blank et Schmidt (2003) et Coenders (2001) :

  • Le Patriotisme (constructif) : Défini comme un attachement affectif positif, une fierté démocratique et un sentiment d’appartenance à son pays, sans hostilité envers les autres peuples. Le patriote critique constructivement son gouvernement lorsqu’il estime que les valeurs fondamentales de justice ne sont pas respectées.
  • Le Chauvinisme / Préférence Nationale : Défini par l’illusion d’une supériorité nationale, une soumission acritique aux autorités de l’État et une dépréciation des autres peuples. Il s’agit d’une forme d’attachement possessif et défensif qui corrèle fortement avec l’autoritarisme de droite (Right-Wing Authoritarianism, RWA ; Altemeyer, 1998) et la fermeture cognitive.

3. Théorie de la dominance sociale et vision compétitive du monde

Développée par Jim Sidanius et Felicia Pratto (1999), la théorie de la dominance sociale éclaire particulièrement la dimension « mon pays doit dominer et imposer ses vues ». Les individus affichant un score élevé à la NINP adhèrent fréquemment à une vision du monde comme une arène darwinienne à somme nulle où les nations rivalisent pour des ressources matérielles et symboliques limitées. Dans cette perspective, accorder des droits aux étrangers ou reconnaître les torts de son propre pays équivaut à affaiblir son groupe dans la lutte géopolitique globale.

7. Validité / Validity

L’évaluation psychométrique de l’échelle d’identité nationale (préférence nationale) a fait l’objet d’un examen empirique approfondi dans la littérature internationale, confirmant de robustes propriétés de validité de construit, convergente, discriminante et critérielle/prédictive.

1. Validité de construit et invariance de mesure

Dans une étude comparée majeure portant sur plus de 30 pays participants à l’ISSP, Davidov (2009) ainsi que Coenders, Scheepers et Schmidt (2003) ont appliqué la modélisation par équations structurelles multigroupes (MGCFA). Les résultats ont confirmé l’invariance configurale (la même structure factorielle existe dans l’ensemble des nations) et l’invariance métrique (les saturations factorielles sont équivalentes à travers les pays, autorisant les comparaisons de covariances et de régressions avec d’autres variables, avec des indices d’ajustement globaux satisfaisants : RMSEA < 0,05 ; CFI > 0,94 ; SRMR < 0,04).

2. Validité convergente

La validité convergente de la NINP est solidement établie par ses corrélations statistiquement significatives avec des instruments mesurant des construits théoriquement apparentés :

  • Autoritarisme de droite (RWA) : Corrélations positives substantielles (r = 0,42 à 0,56, p < 0,001), corroborant le fait que la déférence aveugle envers l’autorité nationale s’associe à la soumission autoritaire générale.
  • Orientation à la dominance sociale (SDO) : Corrélations positives modérées à fortes (r = 0,35 à 0,48, p < 0,001), attestant la convergence avec le désir de hiérarchie intergroupe.
  • Ethnocentrisme culturel : Corrélations élevées (r = 0,50 à 0,65, p < 0,001) avec les échelles de distance sociale de Bogardus et les inventaires de préjugés flagrants.

3. Validité discriminante

L’un des défis cruciaux de l’instrument résidait dans sa capacité à se distinguer du patriotisme démocratique et de la fierté civique (Blank & Schmidt, 2003). L’analyse factorielle confirmatoire démontre régulièrement que le modèle à deux facteurs séparant (1) le chauvinisme/préférence nationale et (2) le patriotisme/fierté institutionnelle présente un ajustement nettement supérieur au modèle unidimensionnel regroupant l’ensemble des items (Δχ² significatif à p < 0,001). Alors que la fierté civique est souvent corrélée positivement ou non corrélée avec la tolérance démocratique, la préférence nationale NINP corrèle négativement avec les valeurs d’universalisme de Schwartz (r = -0,38 à -0,52).

4. Validité prédictive et critérielle

La NINP prédit avec une grande acuité des variables dépendantes comportementales et sociopolitiques :

  • Attitudes restrictives envers l’immigration : Dans les modèles de régression multivariée contrôlés pour l’âge, le genre, le niveau d’éducation et le revenu, le score de préférence nationale demeure l’un des prédicteurs les plus puissants du refus d’accorder des droits civiques aux immigrés (β oscillant entre 0,30 et 0,45, p < 0,001).
  • Protectionnisme économique : Forte prédiction de la volonté d’imposer des barrières douanières et de réserver les emplois aux citoyens de naissance.

8. Fidélité / Reliability

La consistance interne et la stabilité temporelle de l’échelle d’identité nationale (préférence nationale) ont été documentées empiriquement à travers de multiples vagues d’enquêtes transnationales.

1. Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Fiabilité Composite)

Les estimations de la consistance interne varient légèrement en fonction de la langue et des contextes culturels, mais atteignent des seuils psychométriquement acceptables à excellents pour une échelle brève de six items :

  • Dans l’analyse paneuropéenne menée par Coenders (2001), le coefficient alpha de Cronbach global pour la sous-dimension de chauvinisme/préférence nationale se situe en moyenne à 0,74, oscillant selon les pays entre 0,68 (Grande-Bretagne) et 0,81 (Allemagne, Hongrie).
  • Pour le noyau strict des items de supériorité et d’allégeance aveugle (excluant l’item de honte inversée), la Composite Reliability (CR) calculée via les modèles SEM dépasse fréquemment 0,78, et la variance moyenne extraite (AVE) s’établit au-dessus du seuil standard de 0,50 dans la grande majorité des échantillons occidentaux et d’Europe centrale (Davidov, 2009).
  • Les corrélations inter-items moyennes (mean inter-item correlation) se situent de manière optimale dans l’intervalle recommandé de 0,25 à 0,45, attestant que les items partagent une variance commune suffisante sans être de simples redondances paraphrastiques.

2. Stabilité temporelle (Test-Retest)

Bien que l’ISSP repose principalement sur des panels transversaux répétés indépendants, des sous-études longitudinales menées en Allemagne (SOEP/GESIS Panel) et aux Pays-Bas (LISS Panel) utilisant cette batterie d’items sur des intervalles de 6 à 12 mois ont démontré une remarquable stabilité test-retest, avec des coefficients de corrélation intraclasse (ICC) compris entre 0,72 et 0,79. Cela démontre que l’échelle capture un trait attitudinal et idéologique stable chez l’adulte, plutôt qu’un état émotionnel transitoire ou fluctuant.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle des six items de l’ISSP a fait l’objet de vifs débats et d’analyses statistiques sophistiquées, opposant modèles unidimensionnels et modèles factoriels multidimensionnels.

1. Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)

Dans les premières explorations factorielles (ISSP Research Group, 1998), l’extraction en composantes principales (avec rotation Varimax ou Oblimin) appliquée aux items d’identité nationale révèle l’émergence constante de deux facteurs distincts :

  • Facteur 1 : Chauvinisme / Préférence nationale exclusive, sur lequel saturent fortement les items portant sur le sentiment que le pays est meilleur que les autres, que le monde devrait imiter ses citoyens, et le soutien inconditionnel au pays même s’il a tort (saturations factorielles comprises entre 0,62 et 0,81).
  • Facteur 2 : Distance critique / Conscience républicaine, matérialisé principalement par l’item relatif au sentiment de honte face aux agissements du pays (qui charge soit de manière isolée, soit négativement sur le premier facteur lorsqu’il est inversé).

2. Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)

Les modélisations confirmatoires (Blank & Schmidt, 2003 ; Davidov, 2009) ont testé formellement plusieurs structures concurrentes :

  • Modèle unidimensionnel strict à 6 items : Ce modèle postulant que tous les items reflètent une unique dimension de nationalisme présente généralement des indices d’ajustement insuffisants (χ²/df > 8,5, RMSEA ≈ 0,085, CFI ≈ 0,87), principalement en raison de la complexité psychologique de l’item de « honte » qui mobilise une composante de patriotisme critique.
  • Modèle unidimensionnel épuré (4 à 5 items) : En modélisant la préférence nationale/chauvinisme à l’aide des items de citoyenneté préférentielle, de supériorité mondiale, de supériorité relative et d’allégeance inconditionnelle, l’ajustement devient excellent : RMSEA = 0,038 [IC 90% : 0,028 – 0,049], CFI = 0,982, TLI = 0,974.
  • Modèle bifactoriel ou hiérarchique : Dans ce cadre, un facteur général d’attachement à l’endogroupe coexiste avec deux facteurs spécifiques orthogonaux : la préférence chauvine exclusive et le patriotisme constructif démocratique. Les saturations standardisées sur le facteur spécifique de préférence nationale sont uniformément élevées (λ > 0,60, toutes significatives à p < 0,001).

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument de mesure Identité nationale (Préférence nationale) se présente sous la forme d’un questionnaire standardisé d’auto-évaluation administrable par voie papier, assistée par ordinateur (CAPI/CAWI) ou par entretien direct :

  • Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation / Questionnaire d’attitude sociopolitique.
  • Format d’administration : Individuel ou collectif ; auto-administré en ligne ou sur questionnaire papier, ou hétéro-administré lors d’enquêtes en face-à-face standardisées.
  • Durée de passation : Environ 3 à 5 minutes pour l’ensemble des six items.
  • Nombre d’items : 6 items formulés sous la forme d’affirmations déclaratives.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert en 5 points ordonnés, standardisée comme suit :
    • 1 = Tout à fait d’accord (Strongly agree)
    • 2 = D’accord (Agree)
    • 3 = Ni d’accord ni pas d’accord (Neither agree nor disagree)
    • 4 = Pas d’accord (Disagree)
    • 5 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree)
    • (Une option non ordonnée « Ne sait pas / Sans opinion » est généralement enregistrée séparément lors des enquêtes de terrain).
  • Cotation et scoring :
    • Les items orientés vers la préférence nationale directe (items 1, 3, 4, 5) sont généralement inversés pour la cotation afin qu’un score plus élevé indique un chauvinisme plus fort (ex. : 5 = Tout à fait d’accord à 1 = Pas du tout d’accord).
    • L’item 2 portant sur la honte (« Il y a certaines choses dans mon pays aujourd’hui qui me font éprouver de la honte ») requiert une attention particulière : s’il est intégré dans un score global unidimensionnel de chauvinisme aveugle, il doit être recodé de manière inversée par rapport aux autres, bien que de nombreux méthodologues préconisent de le traiter comme un indicateur distinct de patriotisme critique.
    • Le score global s’obtient soit par la moyenne arithmétique simple des items recodés (score de 1 à 5), soit par la somme brute (score de 6 à 30), soit par l’estimation de scores factoriels issus d’une AFC.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1995 (conception et collecte du module pilote ISSP National Identity I) ; diffusion internationale des jeux de données et documentations en 1998 (ZA2880).
  • Organisme éditeur / Détenteur des droits : International Social Survey Programme (ISSP) et GESIS – Leibniz-Institut für Sozialwissenschaften.
  • Statut des droits et conditions d’utilisation : Domaine public scientifique / Accès libre pour la recherche académique non commerciale (Open Access for Academic Research). Les données, questionnaires et livres de codes sont mis à la disposition gratuite des chercheurs, étudiants et universitaires du monde entier.
  • Tarifs : Gratuit (aucun coût d’acquisition de licence ou de droit d’usage pour la recherche universitaire). Le téléchargement des microdonnées requiert un simple enregistrement académique sur le portail GESIS Data Archive.
  • Obligation de citation : Tout travail scientifique, publication ou communication faisant usage de ces items ou des données associées doit impérativement citer le groupe de recherche ISSP et le numéro d’archivage d’origine (ZA2880).

12. Références / References

Les références suivantes documentent la conception, la modélisation théorique et la validation psychométrique de l’échelle d’identité et de préférence nationale selon les normes APA 7e édition :

  • Altemeyer, B. (1998). The other “authoritarian personality”. In M. P. Zanna (Ed.), Advances in Experimental Social Psychology (Vol. 30, pp. 47–92). Academic Press. https://doi.org/10.1016/S0065-2601(08)60382-2
  • Blank, T., & Schmidt, P. (2003). National identity in a united Germany: Nationalism or patriotism? An empirical test with representative data. Political Psychology, 24(2), 289–312. https://doi.org/10.1111/0162-895X.00329
  • Coenders, M. (2001). Nationalistic attitudes and ethnic exclusionism in a comparative perspective: An empirical study of dissimilarity in the country-specific effect of educational attainment on attitudes towards immigrants and other ethnic minorities [Doctoral dissertation, Radboud University Nijmegen]. ICS dissertation series.
  • Coenders, M., Scheepers, P., & Schmidt, P. (2003). Conceptions of national identity and ethnic exclusionism: An empirical study among national majorities in European countries. In P. Schmidt, J. G. G. Schmeets, & M. L. F. Welkenhuysen-Gybels (Eds.), Methods for Multilevel and Cross-National Research. Universitätsverlag Halle-Wittenberg.
  • Davidov, E. (2009). Measurement equivalence of nationalism and constructive patriotism in the ISSP: 34 countries in a comparative perspective. Political Analysis, 17(1), 64–82. https://doi.org/10.1093/pan/mpn014
  • ISSP Research Group. (1998). International Social Survey Programme: National Identity I (ISSP 1995). GESIS Data Archive, Cologne. ZA2880 Data file Version 1.0.0. https://doi.org/10.4232/1.2880
  • Kosterman, R., & Feshbach, S. (1989). Toward a measure of patriotic and nationalistic attitudes. Political Psychology, 10(2), 257–274. https://doi.org/10.2307/3791647
  • Schatz, R. T., Staub, E., & Lavine, H. (1999). On the varieties of national attachment: Blind versus constructive patriotism. Political Psychology, 20(1), 151–174. https://doi.org/10.1111/0162-895X.00140
  • Sidanius, J., & Pratto, F. (1999). Social dominance: An intergroup theory of social hierarchy and oppression. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9781139175043
  • Tajfel, H., & Turner, J. C. (1979). An integrative theory of intergroup conflict. In W. G. Austin & S. Worchel (Eds.), The social psychology of intergroup relations (pp. 33–47). Brooks/Cole.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Below are the official six survey items from the ISSP 1995 National Identity Module (ZA2880, variables V40 to V45), accompanied by their French translation as administered in French-speaking survey areas.

Response scale:

1 = Strongly agree / Tout à fait d’accord
2 = Agree / D’accord
3 = Neither agree nor disagree / Ni d’accord ni pas d’accord
4 = Disagree / Pas d’accord
5 = Strongly disagree / Pas du tout d’accord
  1. [Item V40 – Citizen Preference]
    English: « I would rather be a citizen of [Country] than of any other country in the world. »
    Français : « J’aimerais mieux être citoyen de [Pays] que de n’importe quel autre pays au monde. »
  2. [Item V41 – National Shame / Reverse Item]
    English: « There are some things about [Country] today that make me feel ashamed of [Country]. »
    Français : « Il y a certaines choses dans [Pays] aujourd’hui qui me font éprouver de la honte pour [Pays]. »
  3. [Item V42 – Global Normative Superiority]
    English: « The world would be a better place if people from other countries were more like the [Country Nationality, e.g., French/Canadians]. »
    Français : « Le monde se porterait mieux si les gens des autres pays ressemblaient davantage aux [Nationalité du pays, ex. Français/Canadiens]. »
  4. [Item V43 – General National Superiority]
    English: « Generally speaking, [Country] is a better country than most other countries. »
    Français : « D’une manière générale, [Pays] est un meilleur pays que la plupart des autres pays. »
  5. [Item V44 – Unconditional Loyalty]
    English: « People should support their country even if the country is in the wrong. »
    Français : « On devrait soutenir son pays même quand ce pays a tort. »
  6. [Item V45 – International Sports Pride]
    English: « When [Country] does well in international sports, it makes me proud to be [Country Nationality]. »
    Français : « Quand [Pays] réussit bien dans les compétitions sportives internationales, cela me rend fier d’être [Nationalité du pays]. »
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Looti, M. (2026, octobre 2). Identité nationale (Préférence nationale) (NINP). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/identite-nationale-preference-nationale-ninp/
Looti, Mohammed. “Identité nationale (Préférence nationale) (NINP).” Base de données de psychologie en français, 2 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/identite-nationale-preference-nationale-ninp/.
Looti, Mohammed. “Identité nationale (Préférence nationale) (NINP).” Base de données de psychologie en français. octobre 2, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/identite-nationale-preference-nationale-ninp/.