1. Résumé / Abstract
L’Inventaire d’Incapacité Fonctionnelle (en anglais, Functional Disability Inventory ou FDI), élaboré initialement en 1991 par la Dre Lynn S. Walker et le Dr John W. Greene à l’Université Vanderbilt, représente la mesure auto-rapportée de référence internationale pour quantifier les limitations fonctionnelles induites par des affections médicales aiguës et chroniques chez les enfants et les adolescents. Cet instrument psychométrique évalue l’impact perçu des symptômes physiques (notamment la douleur chronique, les céphalées, les douleurs abdominales récurrentes ou les troubles musculosquelettiques) sur la réalisation des activités quotidiennes dans les domaines physique, scolaire, social et récréatif.
Le FDI comprend 15 items rédigés dans un langage accessible, adaptés aux populations pédiatriques âgées de 8 à 18 ans, et existe sous deux déclinaisons parallèles : une version auto-rapportée destinée à l’enfant/adolescent (Child and Adolescent Form) et une version hétéro-rapportée remplie par les parents (Parent Form). Les participants cotent chaque item à l’aide d’une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« No trouble » / Aucune difficulté) à 4 (« Impossible » / Impossible). Le score global s’échelonne ainsi de 0 à 60, les scores élevés reflétant une invalidité fonctionnelle plus sévère.
Sur le plan psychométrique, le FDI présente d’excellentes qualités documentées à travers des décennies de recherche clinique : une consistance interne robuste (alpha de Cronbach variant typiquement entre 0,85 et 0,92), une fidélité test-retest adéquate (coefficients de corrélation intraclasse entre 0,74 et 0,83 sur des intervalles de deux à trois semaines), et une structure factorielle stable, majoritairement unifactorielle ou bifactorielle selon les populations étudiées. Des seuils cliniques validés (Kashikar-Zuck et al., 2011) catégorisent l’incapacité en quatre niveaux de sévérité (nulle/minimale : 0-12, légère : 13-29, modérée : 30-44, et sévère : 45-60), facilitant la prise de décision thérapeutique, le suivi longitudinal et l’inclusion dans les essais cliniques randomisés contrôlés.
2. Mots-clés / Keywords
Inventaire d’Incapacité Fonctionnelle, FDI, douleur chronique pédiatrique, évaluation fonctionnelle, psychométrie pédiatrique, invalidité physique, qualité de vie liée à la santé, absentéisme scolaire, douleurs abdominales fonctionnelles, psychologie pédiatrique.
3. Auteurs / Authors
L’Inventaire d’Incapacité Fonctionnelle a été conçu et validé par une équipe pionnière en psychologie pédiatrique et médecine de l’adolescence au sein du Vanderbilt University Medical Center (Nashville, Tennessee, États-Unis) :
- Lynn S. Walker, Ph.D. : Professeure émérite de pédiatrie, professeure de psychologie et de développement humain, directrice de la Division de psychologie comportementale et pédiatrique à la faculté de médecine de l’Université Vanderbilt. Courriel institutionnel :
[email protected]. Pionnière des modèles biopsychosociaux de la douleur abdominale fonctionnelle chez l’enfant. - John W. Greene, M.D. : Professeur de pédiatrie, chef de la Division de médecine de l’adolescence et de la santé des jeunes adultes à l’Université Vanderbilt. Ses recherches cliniques portent sur les plaintes somatiques inexpliquées, l’adolescence et les facteurs d’invalidité chez les jeunes souffrant de maladies chroniques.
Des contributions psychométriques majeures et des validations multicentriques subséquentes ont été menées par des collaboratrices éminentes telles que Robyn Lewis Claar, Ph.D. (Duke University Medical Center) et Susmita Kashikar-Zuck, Ph.D. (Cincinnati Children’s Hospital Medical Center), consolidant l’étalonnage et la portée clinique de l’outil à l’échelle internationale.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du Functional Disability Inventory est d’isoler, de mesurer et de quantifier le retentissement comportemental et physique d’une condition médicale ou douloureuse sur le fonctionnement quotidien des enfants et adolescents. Historiquement, l’évaluation de la santé pédiatrique reposait presque exclusivement sur l’évaluation des symptômes bruts : l’intensité de la douleur mesurée par des échelles visuelles analogiques (EVA), la fréquence des crises douloureuses, la présence de signes biologiques d’inflammation ou des critères diagnostiques nosologiques stricts. Or, comme l’ont démontré Walker et Greene (1991), l’intensité du symptôme physique n’est que modérément corrélée avec la capacité réelle de l’enfant à maintenir ses rôles sociaux, scolaires et physiques fondamentaux.
Le FDI a été conçu pour combler un vide méthodologique criant : l’absence d’une mesure standardisée, brève, psychométriquement robuste et sensible au changement, capable d’enregistrer l’invalidité fonctionnelle indépendamment du diagnostic médical spécifique. Cet instrument s’applique à un spectre étendu de pathologies pédiatriques, parmi lesquelles :
- Les douleurs abdominales fonctionnelles et le syndrome de l’intestin irritable pédiatrique.
- Les céphalées chroniques et migraines de l’enfant et de l’adolescent.
- Les affections rhumatologiques telles que la polyarthrite idiopathique juvénile et le syndrome de fibromyalgie juvénile.
- Les douleurs musculosquelettiques diffuses et les syndromes douloureux régionaux complexes (SDRC).
- Les maladies somatiques chroniques générales (asthme sévère, drépanocytose, suites opératoires complexes).
Sur le plan clinique, le FDI répond à une double nécessité. Premièrement, il permet d’identifier précocement les enfants présentant une dissociation entre la sévérité somatique objective et le niveau d’entrave comportementale. Un adolescent manifestant une pathologie organique modérée mais affichant un score FDI supérieur à 30 signale une détresse fonctionnelle disproportionnée, souvent sous-tendue par des processus de catastrophisation de la douleur, d’anxiété de santé ou de renforcement familial inadapté. Deuxièmement, le FDI sert de critère de jugement principal (primary outcome) dans les programmes interdisciplinaires de gestion de la douleur : en thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ou en rééducation physique, l’objectif thérapeutique premier n’est pas nécessairement l’élimination totale et immédiate de la douleur, mais la restauration fonctionnelle complète (reprise de l’école, resocialisation, reprise des activités physiques).
Dans le domaine de la recherche, le FDI a permis de standardiser la comparaison entre différentes cohortes cliniques au niveau mondial. Il facilite l’évaluation quantitative des interventions pharmacologiques, kinésithérapiques et psychothérapeutiques en mesurant l’efficacité des soins à l’aune de ce qui compte le plus pour les familles : le retour à une trajectoire de développement pédiatrique normale.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le Functional Disability Inventory est l’incapacité fonctionnelle perçue (perceived functional disability), définie sur le plan opérationnel comme le degré d’entrave ou de limitation ressenti par l’enfant dans l’accomplissement des activités adaptatives attendues pour son stade de développement. Ce construit s’ancre dans la conception de l’incapacité promue par l’Organisation mondiale de la santé au sein de la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF), distinguant la déficience corporelle (l’atteinte organique ou la douleur), la limitation d’activité (difficulté à exécuter une tâche) et la restriction de participation (problème d’implication dans les situations de vie réelle).
Le FDI opérationnalise ce construit à travers 15 items couvrant les facettes essentielles de la vie quotidienne de l’enfant et de l’adolescent. Bien que le score total soit généralement utilisé de manière unidimensionnelle en pratique clinique, le construit sous-jacent englobe plusieurs domaines fonctionnels interdépendants :
1. Motricité globale et efforts physiques soutenus
Ces items ciblent les capacités physiques fondamentales et la tolérance à l’effort : marcher jusqu’aux toilettes (item 1), monter les escaliers (item 2), marcher sur la longueur d’un terrain de football (item 12) et courir sur cette même distance (item 13). Ces activités exigent une dépense énergétique, une intégrité biomécanique et une confrontation directe avec les sensations proprioceptives ou nociceptives. Une altération marquée dans cette dimension indique une kinésiophobie ou un déconditionnement physique significatif.
2. Participation scolaire et activités cognitives
Ce pôle comprend le fait d’être à l’école toute la journée (item 8), de participer aux cours d’éducation physique et sportive ou de faire du sport (item 9), et de lire ou faire ses devoirs (item 10). L’école représentant le « travail » principal de l’enfant, l’incapacité dans ce domaine a des répercussions désastreuses sur l’apprentissage, l’auto-efficacité académique et le développement cognitif.
3. Fonctionnement social et récréatif
Le développement psychologique des pairs est évalué par la capacité à faire une activité avec un ami, par exemple jouer à un jeu (item 3), et aller faire des courses ou du shopping (item 14). L’incapacité à s’engager avec les pairs engendre rapidement un isolement social, une exacerbation des affects dépressifs et une rupture des liens d’appartenance.
4. Autonomie domestique et activités sédentaires
Cette composante explore les responsabilités au foyer et les loisirs passifs : effectuer des corvées ménagères (item 4) et regarder la télévision (item 11). L’item 11 revêt une importance sémiologique critique : si un adolescent rapporte éprouver des difficultés majeures même pour regarder la télévision, cela témoigne généralement d’une détresse cognitive, d’un épuisement sévère ou d’une somatisation diffuse surpassant l’entrave motrice simple.
5. Fonctions végétatives et endurance physiologique
Ce domaine englobe la capacité à manger des repas réguliers (item 5), à rester éveillé toute la journée sans faire de sieste ni se reposer (item 6), à utiliser les transports scolaires ou la voiture (item 7), et à s’endormir le soir et maintenir le sommeil (item 15). Le sommeil et la régulation alimentaire sont des baromètres physiologiques fondamentaux ; leur perturbation chronifie l’hypersensibilité centrale à la douleur.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le Functional Disability Inventory s’articule autour de plusieurs paradigmes théoriques intégrateurs en psychologie de la santé, principalement le modèle biopsychosocial (Engel, 1977), le modèle d’évitement de la douleur basé sur la peur (Fear-Avoidance Model of Chronic Pain) et les théories transactionnelles du stress et de l’adaptation (Lazarus & Folkman, 1984).
Le modèle biopsychosocial et la dissociation symptôme-incapacité
Le modèle biomédical classique postule une relation linéaire et directe entre la pathologie tissulaire, la sensation douloureuse et le niveau d’incapacité. Walker et ses collègues ont contesté ce réductionnisme en montrant que l’invalidité pédiatrique est co-construite par des interactions dynamiques entre facteurs biologiques (altérations nociceptives, inflammation, hypersensibilité viscérale), psychologiques (croyances d’impuissance, anxiété, stratégies de coping) et sociaux (réponses parentales, exigences scolaires). Le FDI s’inscrit au cœur de ce modèle en quantifiant l’aboutissement comportemental final de ces interactions plutôt que l’influx nociceptif isolé.
Le modèle d’évitement lié à la peur (Fear-Avoidance Model)
Adapté à la pédiatrie par Asmundson, Vlaeyen et leurs successeurs, ce modèle théorique explique comment une expérience douloureuse aiguë peut bifurquer vers une invalidité chronique invalidante. Lorsque la douleur est interprétée de manière catastrophique (« Si j’ai mal en montant les escaliers, c’est que j’endommage mon corps »), elle suscite de la peur liée à la douleur (pain-related fear) et de la kinésiophobie. Cette peur motive des comportements d’évitement systématiques : l’enfant cesse d’aller en cours de gym, refuse d’aller à l’école, s’alite en journée et délègue ses corvées ménagères. À long terme, cet évitement conduit à un déconditionnement musculosquelettique, une amplification de la réactivité au stress, une hypervigilance somatosensorielle et, en fin de compte, une élévation drastique de l’incapacité fonctionnelle mesurée par le FDI.
L’évaluation cognitive, le coping et la dynamique familiale
Dans leurs travaux fondateurs, Walker, Garber, Smith et Claar (2005) ont élaboré un modèle structural d’évaluation cognitive et d’adaptation face aux douleurs récurrentes. Selon cette théorie, l’impact de la douleur sur le score du FDI est médié par :
- L’évaluation primaire de la menace : l’estimation par l’enfant de la gravité et du caractère ingérable de son symptôme.
- L’évaluation secondaire des ressources : le sentiment d’efficacité personnelle (self-efficacy) quant à sa capacité à mener ses activités malgré la gêne physique.
- Les comportements parentaux de sollicitude : le renforcement social involontaire de l’invalidité. Lorsque les parents réagissent aux plaintes par une surprotection excessive, des dispenses scolaires immédiates et une infantilisation, ils augmentent directement les scores du FDI en limitant les opportunités d’affranchissement comportemental de l’enfant.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique du FDI a fait l’objet d’investigations exhaustives dans diverses cohortes cliniques et épidémiologiques au cours des trois dernières décennies.
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente du FDI est attestée par des corrélations statistiquement significatives et de magnitude théoriquement attendue avec des construits psychologiques et physiques connexes :
- Intensité de la douleur : Des corrélations modérées à fortes (généralement comprises entre $r = 0,35$ et $r = 0,55$, $p < 0,001$) ont été systématiquement établies entre les scores au FDI et les échelles visuelles analogiques ou numériques de douleur journalière (Walker & Greene, 1991 ; Claar & Walker, 2006). Cette intensité modérée confirme que le FDI n’est pas une simple redondance de la douleur ressentie, mais mesure une composante fonctionnelle distincte.
- Symptômes dépressifs et anxieux : Le FDI corrèle positivement avec le Children’s Depression Inventory (CDI) ($r = 0,45$ à $0,58$) et avec l’anxiété évaluée par la Revised Children’s Manifest Anxiety Scale (RCMAS) ou la RCADS ($r = 0,40$ à $0,52$), reflétant le lien étroit entre limitation des activités, anédonie et détresse émotionnelle.
- Somatisation : Des corrélations solides ($r > 0,50$) sont rapportées avec la sous-échelle de somatisation du Children’s Somatization Inventory (CSI).
- Qualité de vie liée à la santé (QdVLS) : Des corrélations inverses substantielles ($r = -0,60$ à $-0,75$) sont relevées avec les scores globaux et les domaines physiques du Pediatric Quality of Life Inventory (PedsQL), confirmant qu’une incapacité accrue se traduit par un effondrement de la qualité de vie perçue.
Validité discriminante et différentielle
Le FDI démontre une excellente capacité à discriminer des groupes cliniques distincts :
- Dans l’étude princeps de Walker et Greene (1991), les enfants souffrant de douleurs abdominales récurrentes ou d’affections médicales organiques actives obtenaient des scores significativement plus élevés au FDI que des pairs sains issus d’écoles générales ($M = 12,8$ vs $M = 3,2$, $p < 0,001$).
- L’instrument différencie nettement les enfants atteints de douleurs chroniques complexes orientés vers des cliniques spécialisées tertiaires de prise en charge de la douleur ($M = 22,5$ à $28,0$) de ceux pris en charge en médecine générale ambulatoire ($M = 9,0$ à $14,0$).
Validité prédictive et validité de critère
Sur le plan prédictif, les scores du FDI constituent l’un des prédicteurs les plus puissants de l’absentéisme scolaire futur et du recours aux soins médicaux. Les adolescents présentant des scores initiaux élevés au FDI manquent significativement plus de journées de scolarité sur l’année scolaire suivante ($r = 0,40$ à $0,62$) et sont plus susceptibles d’être hospitalisés ou de consulter aux urgences, indépendamment de la gravité objective de leur pathologie médicale sous-jacente.
Dans l’étude multicentrique d’envergure menée par Kashikar-Zuck et al. (2011) auprès de 360 jeunes souffrant de douleurs chroniques (troubles musculosquelettiques, céphalées, douleurs abdominales), la validité clinique de seuils de sévérité a été rigoureusement démontrée : les adolescents classés dans la catégorie « incapacité modérée à sévère » ($FDI ge 30$) présentaient un risque 4 fois supérieur de déscolarisation partielle ou totale comparativement à ceux présentant une incapacité légère ou minime.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques du FDI relatives à la fidélité et à la cohérence de mesure ont été reproduites dans de multiples contextes transculturels.
Consistance interne
Les indices de cohérence interne mesurés par le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) témoignent d’une homogénéité élevée des items sans redondance excessive :
- Dans la cohorte originelle de Walker et Greene (1991), l’alpha s’établissait à 0,86 chez les enfants présentant des douleurs abdominales récurrentes et à 0,91 dans un groupe d’élèves sains tout-venant.
- Dans l’analyse approfondie de Claar et Walker (2006) portant sur 504 patients de pédiatrie spécialisée, l’alpha de Cronbach atteignait 0,88 pour la version auto-rapportée des enfants et 0,90 pour la version rapportée par les parents.
- L’investigation multicentrique de Kashikar-Zuck et al. (2011) a mesuré des coefficients alpha compris entre 0,89 et 0,92 selon les sous-groupes cliniques. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent de 0,42 à 0,74, aucun item ne dégradant la fiabilité globale en cas de suppression.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
La stabilité temporelle a été documentée sur différents intervalles :
- Sur un intervalle court de deux à trois semaines chez des patients en condition médicale stable, le coefficient de corrélation test-retest ($r$) se situe entre 0,74 et 0,83 ($p < 0,001$), indiquant une excellente fidélité relative.
- Sur un intervalle de trois mois, dans des populations non soumises à une intervention ciblée, la stabilité reste robuste ($r = 0,64$ à $0,70$), ce qui illustre le caractère chronique et structuré de l’incapacité en l’absence de réhabilitation active.
Erreur standard de mesure et changement minimal détectable
L’erreur standard de mesure (Standard Error of Measurement, SEM) a été évaluée à environ 3,2 points sur l’échelle globale de 0 à 60. Le changement minimal cliniquement important (Minimal Clinically Important Difference, MCID) ou changement fiable a été modélisé dans les protocoles de Kashikar-Zuck et al. : une réduction de 5 à 7 points du score global au FDI après traitement traduit une amélioration fonctionnelle tangible et cliniquement significative pour le patient et sa famille.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle du Functional Disability Inventory a fait l’objet d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC), éclairant la façon dont les items s’articulent conceptuellement.
Structure unifactorielle princeps
Lors du développement initial, Walker et Greene (1991) ont réalisé une analyse factorielle en composantes principales avec rotation orthogonale. Les résultats ont mis en évidence un facteur dominant unique expliquant une part prépondérante de la variance totale, caractérisé par des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 5,0, les facteurs secondaires affichant des valeurs propres nettement inférieures au seuil de Kaiser (< 1,2). Tous les items présentaient des saturations factorielles satisfaisantes (> 0,40) sur ce grand facteur général d’« Incapacité Fonctionnelle Globale », justifiant ainsi le calcul d’un score composite unique obtenu par simple sommation arithmétique.
Émergence d’une solution bifactorielle
Dans une réévaluation psychométrique approfondie menée auprès d’une cohorte clinique élargie de 504 patients pédiatriques, Claar et Walker (2006) ont exploré des modèles factoriels alternatifs. L’analyse factorielle confirmatoire a révélé qu’une solution à deux facteurs corrélés présentait un ajustement aux données légèrement supérieur ou complémentaire par rapport au modèle unifactoriel strict :
- Facteur 1 : Activités physiques et motrices exigeantes (Physical / Vigorous Activity) : Regroupant les items sollicitant fortement l’effort corporel, notamment la marche prolongée (item 12 : terrain de football, saturation $lambda = 0,81$), la course (item 13, $lambda = 0,84$), la participation aux cours d’éducation physique / sports (item 9, $lambda = 0,72$) et monter les escaliers (item 2, $lambda = 0,66$).
- Facteur 2 : Activités de la vie quotidienne, sociales et académiques (Daily Living / Social / School Activity) : Comprenant la fréquentation scolaire continue (item 8, $lambda = 0,74$), la réalisation des devoirs scolaires (item 10, $lambda = 0,65$), la participation à des activités entre pairs (item 3, $lambda = 0,68$), les tâches domestiques (item 4, $lambda = 0,62$) et la présence soutenue en journée sans repos (item 6, $lambda = 0,59$).
Dans ce modèle bifactoriel, la corrélation inter-facteurs est élevée ($r = 0,65$ à $0,72$), ce qui reflète l’existence d’un construit de second ordre général d’invalidité. Les indices d’adéquation du modèle confirmatoire à deux facteurs démontraient un ajustement satisfaisant : le ratio $\chi^2/ddl < 2,5$, l’indice comparatif d’ajustement (CFI) $ge 0,94$, et l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) $= 0,052$ (IC 90% [0,043 – 0,061]).
La communauté scientifique et clinique s’accorde sur le fait que, bien que ces deux sous-dimensions apportent des informations diagnostiques ciblées (différenciant par exemple une incapacité principalement motrice d’un retrait psychosocial prédominant), le recours au score unifactoriel global total (0-60) conserve la meilleure parcimonie, la plus grande validité prédictive et la comparabilité méthodologique la plus robuste.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le Functional Disability Inventory (FDI) se caractérise par une administration simple, directe et standardisée :
- Type de mesure : Auto-questionnaire destiné à l’enfant ou l’adolescent (avec une version parallèle pour le parent ou tuteur légal).
- Population cible : Enfants et adolescents âgés de 8 à 18 ans présentant des symptômes somatiques, des affections médicales chroniques ou des douleurs récurrentes.
- Nombre total d’items : 15 items standardisés.
- Période de rappel temporel : Les items évaluent les difficultés éprouvées « au cours des derniers jours » ou « au cours des deux dernières semaines » selon les protocoles de recherche (la consigne standard originale de Walker et Greene stipule d’évaluer la difficulté éprouvée au quotidien lors des derniers jours).
- Format des réponses : Échelle ordinale de Likert à 5 échelons :
- 0 = No trouble (Aucune difficulté)
- 1 = A little trouble (Un peu de difficulté)
- 2 = Some trouble (Quelques difficultés)
- 3 = A lot of trouble (Beaucoup de difficulté)
- 4 = Impossible (Impossible)
- Méthode de cotation : Le score total est calculé par la somme arithmétique directe des points attribués à chaque item (valeurs de 0 à 4). Le score global est compris entre 0 et 60. Aucun item n’est inversé.
- Gestion des données manquantes : Si 1 ou 2 items au maximum sont omis, il est d’usage d’imputer la moyenne des items répondus. Si plus de 2 items (soit > 15% des données) manquent, le protocole recommande d’invalider le score total.
- Temps d’administration : Environ 5 minutes pour l’adolescent ou le parent.
- Interprétation et seuils cliniques de sévérité (Kashikar-Zuck et al., 2011) :
- 0 à 12 : Incapacité nulle à minimale (No/Minimal disability). Fonctionnement quotidien préservé, scolarisation régulière.
- 13 à 29 : Incapacité légère (Mild disability). Légères adaptations nécessaires, participation aux activités physiques parfois restreinte mais vie scolaire globalement maintenue.
- 30 à 44 : Incapacité modérée (Moderate disability). Retentissement notable sur l’assiduité scolaire, évitement fréquent des sorties sociales et sportives, impact sur la sphère familiale.
- 45 à 60 : Incapacité sévère (Severe disability). Déscolarisation massive, alitement fréquent, dépendance marquée envers les tiers, détresse fonctionnelle globale nécessitant une prise en charge interdisciplinaire intensive.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de conception et publication princeps : 1991 (Walker & Greene, 1991).
- Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits d’auteur appartiennent aux auteurs initiaux (Lynn S. Walker et John W. Greene, Université Vanderbilt). L’instrument est documenté dans le manuel clinique accessible via le Vanderbilt Children’s Hospital.
- Tarification et accès académique : Le FDI est mis à disposition gratuitement pour la recherche scientifique non commerciale et l’exercice clinique individuel, sous réserve de citer scrupuleusement les publications de référence de Walker et Greene (1991) ainsi que Claar et Walker (2006).
- Utilisation commerciale et essais industriels : Toute intégration dans le cadre d’essais cliniques parrainés par des firmes pharmaceutiques ou toute reproduction dans des plateformes logicielles commerciales requiert l’autorisation explicite de la Dre Lynn S. Walker (
[email protected]) et du service de transfert de technologie de l’Université Vanderbilt.
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations métrologiques majeures du Functional Disability Inventory incluent les travaux suivants :
- Claar, R. L., & Walker, L. S. (2006). Functional assessment of pediatric pain patients: Psychometric properties of the Functional Disability Inventory. Pain, 121(1-2), 77–84. https://doi.org/10.1016/j.pain.2005.12.002
- Engel, G. L. (1977). The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. Science, 196(4286), 129–136. https://doi.org/10.1126/science.847460
- Kashikar-Zuck, S., Flowers, S. R., Claar, R. L., Guite, J. W., Logan, D. E., Lynch-Jordan, A. M., Palermo, T. M., & Wilson, V. V. (2011). Clinical utility and validity of the Functional Disability Inventory among a multicenter sample of youth with chronic pain. Pain, 152(7), 1600–1607. https://doi.org/10.1016/j.pain.2011.02.050
- Lazarus, R. S., & Folkman, S. (1984). Stress, appraisal, and coping. Springer Publishing Company.
- Vlaeyen, J. W., & Linton, S. J. (2000). Fear-avoidance and its consequences in chronic musculoskeletal pain: A state of the art. Pain, 85(3), 317–332. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00242-0
- Walker, L. S., Garber, J., Smith, C. A., & Claar, R. L. (2005). Testing a model of pain appraisal and coping in children with chronic abdominal pain. Health Psychology, 24(4), 364–374. https://doi.org/10.1037/0278-6133.24.4.364
- Walker, L. S., & Greene, J. W. (1991). The Functional Disability Inventory: Measuring a neglected dimension of child health status. Journal of Pediatric Psychology, 16(1), 39–58. https://doi.org/10.1093/jpepsy/16.1.39
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale:
0 = No trouble
1 = A little trouble
2 = Some trouble
3 = A lot of trouble
4 = Impossible
Child and Adolescent Form:
- Walking to the bathroom.
- Walking up stairs.
- Doing something with a friend. (For example, playing a game.)
- Doing chores at home.
- Eating regular meals.
- Being up all day without a nap or rest.
- Riding the school bus or traveling in the car.
- Being at school all day.
- Doing the activities in gym class (or playing sports).
- Reading or doing homework.
- Watching TV.
- Walking the length of a football field.
- Running the length of a football field.
- Going shopping.
- Getting to sleep at night and staying asleep.