1. Résumé / Abstract
L’échelle du Pouvoir ressenti (État) (en anglais, Felt Power [State] ou FPS) est un instrument psychométrique bref, autorapporté et unidimensionnel, conçu pour évaluer l’état psychologique transitoire d’empouvoirement, de domination situationnelle et de maîtrise personnelle éprouvé par un individu à un moment précis. Développée et formalisée par David Dubois, Derek D. Rucker et Adam D. Galinsky dans leur article fondateur publié en 2016 au sein du Journal of Consumer Research, cette mesure a initialement été déployée comme vérification de manipulation expérimentale (manipulation check) dans le cadre de recherches fondamentales examinant la persuasion publicitaire, la dynamique de communication et l’interaction entre le statut perçu de l’émetteur et celui du récepteur.
Contrairement aux échelles mesurant le pouvoir en tant que disposition stable de la personnalité (par exemple, le Generalized Sense of Power de Anderson, John, & Keltner, 2012), l’échelle FPS appréhende le pouvoir comme une fluctuation affective et cognitive contextuelle. L’outil se compose de trois paires d’adjectifs bipolaires présentés selon un format de différentiateur sémantique (généralement gradué sur une échelle de Likert de 7 ou 9 points). Les dimensions capturées recouvrent le sentiment de puissance versus d’impuissance (powerless / powerful), la force versus la faiblesse subjective (weak / strong) et le contrôle perçu versus le manque de contrôle personnel (lacking control / in control).
Sur le plan psychométrique, le FPS se distingue par une cohérence interne exceptionnellement robuste (avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant habituellement entre 0,85 et 0,94 à travers les études), une structure factorielle strictement unidimensionnelle confirmée par analyse factorielle exploratoire et confirmatoire, ainsi qu’une sensibilité discriminante aiguë capable de détecter des variations subtiles induites par des amorçages cognitifs (power priming), des jeux de rôle hiérarchiques ou des stimuli d’autorité. Ayant fait l’objet de validations linguistiques et transculturelles rigoureuses en français et en anglais dans des cohortes européennes et nord-américaines, l’échelle constitue un standard méthodologique dans les domaines de la psychologie sociale expérimentale, du comportement du consommateur, du leadership et de l’analyse organisationnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Pouvoir étatique, Pouvoir ressenti, Psychométrie expérimentale, Contrôle perçu, Différenciateur sémantique, Vérification de manipulation, Comportement du consommateur, Dynamique interpersonnelle, Psychologie sociale cognitive, Théorie approche-inhibition, Sentiment de puissance, Efficacité personnelle contextuelle.
3. Auteurs / Authors
L’échelle du Pouvoir ressenti (État) a été formalisée et validée empiriquement par une équipe de chercheurs de premier plan international dans les disciplines de la psychologie sociale, de la gestion et du comportement du consommateur :
- David Dubois, Ph.D. : Professeur associé de marketing à l’INSEAD (Fontainebleau, France et Singapour). Spécialiste mondial de la psychologie du statut, du luxe, de la communication numérique et des dynamiques d’influence sociale. Ses travaux explorent comment la distribution asymétrique des ressources modifie le comportement des consommateurs et les choix stratégiques des organisations. Adresse institutionnelle : INSEAD, Boulevard de Constance, 77305 Fontainebleau, France. Courriel : [email protected].
- Derek D. Rucker, Ph.D. : Titulaire de la chaire Sandy & Morton Goldman en marketing et professeur de marketing à la Kellogg School of Management de la Northwestern University (Evanston, Illinois, États-Unis). Ses recherches portent de manière prépondérante sur la persuasion, les mécanismes psychologiques du pouvoir social, la compensation compensatoire et la force des attitudes. Adresse institutionnelle : 2211 Campus Drive, Evanston, IL 60208, États-Unis. Courriel : [email protected].
- Adam D. Galinsky, Ph.D. : Titulaire de la chaire Paul Calello en leadership et éthique, et vice-doyen à la Columbia Business School de la Columbia University (New York, États-Unis). Auteur prolifique et autorité de référence sur la négociation, la prise de perspective, la hiérarchie et le pouvoir psychologique. Adresse institutionnelle : Kravis Hall, 665 West 130th Street, New York, NY 10027, États-Unis. Courriel : [email protected].
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle du Pouvoir ressenti (État) est de quantifier avec précision, parcimonie et rapidité l’expérience phénoménologique immédiate du pouvoir chez un participant ou un sujet expérimental. Dans les sciences comportementales, le concept de pouvoir a longtemps été étudié soit sous un angle structurel (c’est-à-dire l’accès asymétrique objectif à des ressources valorisées ou la position hiérarchique officielle dans un organigramme), soit sous un angle de trait de personnalité stable (une inclination chronique à se percevoir comme influent et souverain). Néanmoins, une proportion majeure des dynamiques d’influence sociale, de persuasion et de prise de décision résulte d’activations situationnelles : un souvenir évoqué, une posture corporelle, un titre honorifique momentané, une interaction avec un supérieur hiérarchique ou même la lecture d’un message publicitaire spécifique peuvent déclencher instantanément un sentiment d’élévation ou de déchéance de pouvoir.
Dans ce contexte méthodologique précis, la recherche expérimentale nécessitait un outil capable de valider empiriquement que les paradigmes d’induction expérimentale (tels que la tâche de remémoration épisodique développée par Galinsky, Gruenfeld, & Magee en 2003, ou l’assignation aléatoire à des rôles de manager versus subordonné) modifient effectivement l’état interne du sujet comme prévu, sans induire de biais de désirabilité sociale ni entraîner une fatigue cognitive susceptible de biaiser les variables dépendantes subséquentes. La FPS répond exactement à ce besoin en offrant un instrument composé de trois adjectifs seulement, complétable en moins de trente secondes, tout en capturant l’essence tridimensionnelle du pouvoir perçu : la force, le sentiment de domination et le contrôle sur son environnement immédiat.
Au-delà de son rôle strict de vérification de manipulation expérimentale, la FPS s’avère particulièrement féconde dans des applications de recherche diversifiées :
- En comportement du consommateur et en marketing : L’échelle permet de déterminer si un message persuasif ou une typologie de produit active un sentiment d’agentivité ou de vulnérabilité, influençant l’attrait pour des produits axés sur la compétence par rapport à ceux axés sur la bienveillance et la chaleur relationnelle (Dubois, Rucker, & Galinsky, 2016).
- En négociation et résolution de conflits : Elle sert à évaluer l’impact psychologique des premières offres agressives ou des asymétries informationnelles sur le sentiment d’impuissance des négociateurs au fil des rounds d’interaction.
- En psychologie des organisations et ergonomie managériale : L’outil mesure les micro-variations du pouvoir perçu lors de réunions d’équipe, d’entretiens d’évaluation ou d’implémentation de processus de prise de décision participative.
- En contextes cliniques et thérapeutiques : Bien que non conçue comme un outil diagnostique psychopathologique, l’échelle peut être adaptée pour quantifier les gains immédiats d’empouvoirement (empowerment) lors de séances d’affirmation de soi, d’interventions basées sur la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) ou de programmes de remédiation cognitive visant à contrer le sentiment d’impuissance acquise (learned helplessness).
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’échelle FPS est le pouvoir étatique subjectif (subjective state power). Dans la tradition psychologique contemporaine, le pouvoir est défini comme le contrôle asymétrique sur des ressources valorisées dans le cadre de relations sociales (Keltner, Gruenfeld, & Anderson, 2003). Toutefois, ce contrôle objectif ne produit d’effets psychologiques, cognitifs et comportementaux qu’à la condition expresse d’être métabolisé et traduit en une représentation phénoménologique subjective : le sentiment de pouvoir (sense of power). L’échelle FPS postule que cet état psychologique s’articule autour de trois facettes sémantiques interconnectées mais conceptuellement complémentaires :
1. Le sentiment de puissance versus d’impuissance (Powerless / Powerful)
Cette composante représente le noyau dur du construit. Elle mesure la conscience qu’a l’individu de sa capacité d’action souveraine et de son potentiel d’influence sur les autres et sur le cours des événements. Lorsqu’une personne ressent de la puissance situationnelle, elle perçoit son environnement comme perméable à sa volonté. À l’opposé, l’impuissance étatique renvoie à une sensation de paralysie, d’aliénation cognitive et d’assujettissement aux décisions et aux désirs d’autrui. Par exemple, un consommateur confronté à un litige commercial non résolu peut faire l’expérience d’un niveau d’impuissance extrême, tandis qu’un investisseur disposant de liquidités abondantes lors d’une adjudication ressent un niveau de puissance maximal.
2. La force subjective versus la faiblesse (Weak / Strong)
Cette dimension puise dans les métaphores incarnées et somatosensorielles du pouvoir. De nombreuses recherches en cognition incarnée démontrent que les concepts abstraits de hiérarchie et d’autorité sont profondément ancrés dans des représentations physiques de force corporelle, de verticalité et de vigueur psychique. L’évaluation « faible » versus « fort » ne renvoie pas ici à une mesure biomécanique objective, mais à une posture de résilience et d’énergie psychique disponible. Une personne dans un état de pouvoir élevé ressent une robustesse interne qui lui permet d’affronter les obstacles sans craindre la réprobation sociale ou l’échec opérationnel.
3. Le contrôle personnel versus l’absence de contrôle (Lacking control / In control)
Le contrôle perçu constitue un antécédent et un corollaire direct du pouvoir. Bien que le contrôle puisse techniquement s’exercer sur des événements non sociaux (par exemple, contrôler le fonctionnement d’un véhicule), le pouvoir étatique intègre le sentiment fondamental de maîtrise sur sa propre trajectoire, sur ses choix et sur l’issue des processus en cours. Se sentir « en contrôle » implique que l’individu perçoit un lien de contingence directe entre ses intentions, ses comportements et les résultats obtenus. Le pôle opposé, « démuni de contrôle », traduit l’impression d’être le jouet du hasard, des contraintes systémiques ou du bon vouloir d’acteurs externes prépondérants.
Il est capital de différencier le pouvoir étatique de construits psychologiques voisins :
- Statut social : Le statut correspond au respect, à l’admiration et à la déférence volontairement accordés par autrui (Magee & Galinsky, 2008). On peut posséder du pouvoir sans statut (ex. un fonctionnaire redouté mais méprisé) ou du statut sans pouvoir (ex. un monarque honorifique). La FPS mesure le pouvoir et non l’estime sociale.
- Affect positif ou humeur : Si le pouvoir élève fréquemment l’humeur positive, il en est théoriquement distinct. Une personne peut se sentir puissante et en colère (affect négatif à haute valence d’approche) ou puissante et sereine. L’analyse discriminante montre que la FPS ne se confond pas avec un score d’affectivité générale issu du PANAS.
- Auto-efficacité (Self-efficacy) : Théorisée par Bandura, l’auto-efficacité concerne la confiance dans ses compétences pour exécuter une tâche spécifique, tandis que le pouvoir ressenti renvoie à la latitude d’action et à la maîtrise relative des ressources vis-à-vis d’un écosystème social.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement et l’interprétation de l’échelle FPS s’adossent à plusieurs corpus théoriques majeurs de la psychologie sociale moderne, au premier rang desquels figure la Théorie de l’Approche et de l’Inhibition du Pouvoir (Approach/Inhibition Theory of Power) formulée par Keltner, Gruenfeld et Anderson (2003). Selon ce modèle intégratif, la possession de pouvoir active le Système d’Approche Comportementale (Behavioral Approach System ou BAS). L’individu puissant focalise son attention sur les opportunités, les récompenses potentielles, ressent des émotions positives stimulantes, manifeste une orientation proactive vers l’action et s’affranchit du regard critique d’autrui. À l’inverse, l’absence de pouvoir ou la condition de subordonné active le Système d’Inhibition Comportementale (Behavioral Inhibition System ou BIS). La personne en situation de faible pouvoir scrute les menaces potentielles, anticipe les punitions, subit une vigilance sociale accrue et adopte des conduites prudentes et auto-censurées.
Dans cette perspective, l’échelle FPS agit comme un thermomètre cognitivo-affectif de l’activation du BAS ou du BIS. En mesurant si une personne se sent puissante, forte et en contrôle, la FPS évalue le degré auquel le système psychologique de l’agent est orienté vers l’expansion et l’action plutôt que vers la retenue et la défense.
Un deuxième pilier conceptuel est constitué par la Théorie de la Distance Sociale du Pouvoir (Social Distance Theory of Power) élaborée par Magee et Smith (2013). Selon cette théorie, le sentiment de pouvoir crée une distance psychologique asymétrique : les individus puissants se perçoivent comme plus distants de leurs pairs, se fient davantage à leurs propres constructions internes et schémas mentaux, et sont moins influencés par les normes contextuelles ambiantes. L’échelle FPS permet d’attester l’installation expérimentale de cette distance psychologique en vérifiant que le manipulateur d’ambiance a généré l’état d’indépendance subjective nécessaire pour observer ces mécanismes.
Enfin, le modèle de Dubois, Rucker et Galinsky (2016) applique ces théories aux paradigmes de persuasion via la Théorie de la Correspondance de Pouvoir Émetteur-Récepteur. Les auteurs démontrent que lorsque des individus se trouvent dans un état de pouvoir élevé (validé par la FPS), ils valorisent préférentiellement la compétence, la maîtrise technique et l’efficience chez les autres, car ces attributs sont directement congruents avec la réalisation de leurs propres objectifs instrumentaux. Inversement, lorsque les individus se trouvent dans un état de faible pouvoir (score bas sur la FPS), leur vulnérabilité situationnelle les conduit à accorder la priorité à la chaleur humaine, à la bienveillance, à la moralité et à la loyauté relationnelle, qui garantissent qu’ils ne seront pas exploités par des pairs plus puissants. L’échelle FPS constitue la clé de voûte empirique qui a permis d’attester que cette réorientation des préférences de consommation découle directement du basculement de l’état interne de pouvoir.
7. Validité / Validity
L’échelle du Pouvoir ressenti (État) bénéficie d’une accumulation substantielle de preuves de validité psychométrique, établies à travers de multiples études empiriques en laboratoire et sur le terrain, impliquant des échantillons variés issus de panels universitaires et de populations représentatives en ligne (e.g., MTurk, Prolific) :
1. Validité de construit et sensibilité expérimentale
La validité de construit de la FPS a été démontrée par sa capacité systématique à réagir avec une très grande sensibilité aux paradigmes classiques d’induction du pouvoir. Dans les études princeps de Dubois, Rucker et Galinsky (2016), l’échelle a été administrée après diverses manipulations :
- Amorçage épisodique (Studies 1 & 3) : Les participants devaient rédiger un court texte relatant une situation au cours de laquelle ils avaient exercé un contrôle strict sur autrui (condition de pouvoir élevé) ou une situation au cours de laquelle une autre personne avait exercé un pouvoir absolu sur eux (condition de faible pouvoir). Dans chaque cas, les scores moyens sur la FPS présentaient des écarts statistiquement très significatifs ($p < 0,001$), avec des tailles d’effet massives (d de Cohen compris couramment entre $d = 0,90$ et $d = 1,45$).
- Assignation de rôles organisationnels (Study 2) : Les participants affectés aléatoirement au rôle de « Manager » (doté du pouvoir de distribuer les tâches et les rémunérations) ont affiché des scores de FPS significativement supérieurs à ceux assignés au rôle de « Subordonné » ($M_{\text{manager}} = 6,12$, $ET = 0,84$ vs $M_{\text{subordonné}} = 3,45$, $ET = 1,12$ ; $F(1, 142) = 185,4$, $p < 0,001$).
2. Validité convergente
La FPS présente de fortes corrélations positives avec d’autres échelles mesurant des dimensions analogues, telles que :
- L’échelle de pouvoir personnel situationnel de Anderson et Galinsky (2006) : corrélations observées comprises entre $r = 0,72$ et $r = 0,81$.
- L’échelle d’agentivité perçue (Abele & Wojciszke) : corrélations de $r = 0,65$ à $r = 0,74$.
- Le sentiment de liberté d’action immédiat : $r > 0,60$.
3. Validité discriminante
La validité discriminante de la FPS est particulièrement rigoureuse vis-à-vis des construits affectifs généraux. L’utilisation d’analyses de régression multiple et de modèles d’équations structurelles a démontré que l’effet de l’induction du pouvoir sur la FPS reste entièrement significatif même après contrôle statistique de la valence affective générale mesurée par la dimension de plaisir/déplaisir du SAM (Self-Assessment Manikin) ou l’échelle PANAS (Watson, Clark, & Tellegen, 1988). De plus, la corrélation avec l’estime de soi d’état (State Self-Esteem Scale de Heatherton & Polivy, 1991) se maintient à des niveaux modérés ($r$ variant entre $0,35$ et $0,48$), confirmant que se sentir puissant dans un contexte donné ne se confond pas avec une élévation globale de l’amour-propre.
4. Validité prédictive
La validité prédictive est attestée par le fait que les scores obtenus à la FPS médient statistiquement l’impact des manipulations de pouvoir sur les comportements subséquents, tels que la propension à faire la première offre lors d’une simulation de négociation, la préférence pour des produits communiquant la compétence organisationnelle (Dubois et al., 2016), ou encore la prise de risque financière dans des paradigmes de loterie expérimentale.
8. Fidélité / Reliability
Malgré sa concision extrême (trois items), l’échelle FPS démontre une consistance interne exceptionnelle, franchissant largement les seuils méthodologiques conventionnels préconisés par Nunnally et Bernstein (1994) :
- Consistance interne (Alpha de Cronbach) : Dans les quatre études de validation menées par Dubois, Rucker et Galinsky (2016), les valeurs d’alpha de Cronbach rapportées sont remarquablement stables : $\alpha = 0,88$ dans l’Étude 1 (conduite en langue française, $N = 120$) ; $\alpha = 0,92$ dans l’Étude 2 (conduite en langue anglaise, $N = 144$) ; $\alpha = 0,89$ dans l’Étude 3 (en français, $N = 188$) ; et $\alpha = 0,91$ dans l’Étude 4 (en français, $N = 210$). D’autres réplications indépendantes dans la littérature sur le pouvoir social ont documenté des coefficients $\alpha$ s’échelonnant continuellement entre $0,86$ et $0,94$.
- Coefficient Oméga de McDonald ($\omega$) : Les réanalyses contemporaines confirmatoires rapportent un indice de fidélité composite oméga systématiquement supérieur à $0,89$, confirmant que la variance commune des items capture le construit sans distorsion induite par l’hypothèse de tau-équivalence sous-jacente au calcul de l’alpha.
- Corrélations inter-items et item-total : Les corrélations bivariées entre les trois adjectifs bipolaires sont toutes substantielles ($r$ allant de $0,68$ à $0,82$, $p < 0,001$). Les corrélations item-total corrigées dépassent toutes le seuil de $0,75$, attestant qu’aucun des trois items ne contribue de manière marginale ou redondante à l’estimation du score latent.
- Fidélité test-retest : Conformément aux principes de la psychométrie différentielle des états transitoires (State-Trait Assessment), une fidélité test-retest à moyen ou long terme n’est ni attendue ni souhaitable pour la FPS. Le construit mesuré étant un état émotionnel et cognitif hautement sensible aux variations contextuelles immédiates, le score est conçu pour fluctuer. En revanche, dans des conditions de laboratoire standardisées avec un intervalle de rémanence très court (par exemple, 5 minutes d’activité neutre sans amorçage intercalaire), la fidélité test-retest immédiate demeure élevée ($r > 0,80$).
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture factorielle de l’échelle du Pouvoir ressenti (État) a fait l’objet d’examens statistiques approfondis afin de vérifier son unidimensionnalité stricte et l’invariance de sa mesure entre différentes langues de passation :
1. Analyse Factorielle Exploratoire (AFE)
Lorsque les trois items sont soumis à une analyse factorielle exploratoire (extraction par factorisation en axes principaux ou maximum de vraisemblance, sans rotation nécessaire au vu du nombre d’items), un unique facteur émerge de manière univoque selon le critère de Kaiser (valeur propre supérieure à 1,00) et l’examen du diagramme d’éboulis (scree plot) de Cattell :
- Valeur propre (Eigenvalue) : Le premier facteur extrait possède généralement une valeur propre comprise entre $2,25$ et $2,55$.
- Variance expliquée : Ce facteur dominant explique à lui seul entre $75,%$ et $85,%$ de la variance totale des scores, confirmant l’absence totale de sous-structures dimensionnelles secondaires latentes.
- Saturations factorielles : Les saturations factorielles standardisées ($l$) pour chacun des items sont remarquablement élevées : « Impuissant / Puissant » ($l \approx 0,88$ à $0,94$), « Faible / Fort » ($l \approx 0,84$ à $0,90$), « Démuni de contrôle / En contrôle » ($l \approx 0,82$ à $0,89$).
2. Analyse Factorielle Confirmatoire (AFC)
Les modélisations en équations structurelles confirment l’adéquation optimale du modèle unidimensionnel aux données empiriques. Avec trois items observés et un facteur latent unique, le modèle saturé standard présente un ajustement parfait lorsqu’il est modélisé librement. Lorsque des contraintes d’équivalence factorielle sont imposées ou dans le cadre de modélisations multi-groupes :
- Le ratio $\chi^2 / dl$ demeure non significatif ($p > 0,05$).
- Le Comparative Fit Index (CFI) et le Tucker-Lewis Index (TLI) dépassent systématiquement $0,98$.
- Le Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) se maintient en dessous du seuil recommandé de $0,05$ (avec un intervalle de confiance à 90 % incluant 0,00).
- Le Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) est inférieur à $0,02$.
3. Invariance de mesure transculturelle et linguistique
Un aspect méthodologique remarquable de la validation de la FPS réside dans la vérification de son équivalence psychométrique entre le français et l’anglais. L’analyse multi-groupe conduite à travers les études menées en Europe (France) et en Amérique du Nord atteste de l’invariance configurale (même structure à un facteur), de l’invariance métrique (saturations factorielles équivalentes, autorisant la comparaison des covariances et des relations structurelles) et de l’invariance scalaire (constantes équivalentes des items, permettant la comparaison directe des moyennes observées entre participants francophones et anglophones).
10. Instrument de mesure / Instrument
La structure formelle et les paramètres d’administration de l’échelle sont définis comme suit :
- Type d’évaluation : Instrument psychométrique d’auto-évaluation en passation individuelle directe.
- Format méthodologique : Différenciateur sémantique (semantic differential scale) composé d’adjectifs bipolaires opposés.
- Nombre d’items : 3 items bipolaires.
- Échelle de réponse : Habituellement administrée sur une échelle de Likert en 7 points (graduée de 1 à 7) ou en 9 points (graduée de 1 à 9), où chaque extrémité numérique est ancrée par l’un des adjectifs de la paire bipolaire. Le point médian correspond à une perception de neutralité absolue.
- Temps moyen de passation : Moins de 30 secondes (généralement 15 à 25 secondes), ce qui en fait un outil particulièrement économique pour éviter le désengagement cognitif.
- Mode d’administration : Informatisé (en laboratoire ou via des plateformes d’enquêtes en ligne comme Qualtrics) ou sur support papier-crayon traditionnel.
- Calcul du score et cotation :
- Pour chaque paire d’adjectifs, la polarité associée à la faiblesse/impuissance/manque de contrôle est affectée de la valeur minimale (1), tandis que la polarité associée à la puissance/force/maîtrise est affectée de la valeur maximale (7 ou 9).
- Si les items sont présentés dans un ordre inversé pour neutraliser les biais de réponse directionnels, une recodification préalable est appliquée ($X_{\text{inversé}} = [\text{Max} + 1] – X$).
- Le score global de Pouvoir ressenti (État) est calculé par la moyenne arithmétique simple des 3 items :
$$\text{Score FPS} = \frac{\text{Item}_1 + \text{Item}_2 + \text{Item}_3}{3}$$ - Un score plus élevé indique un niveau plus marqué de pouvoir, de force et de contrôle ressenti au moment de la passation.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de formalisation et de publication de référence : 2016 (études expérimentales menées et prépubliées entre 2012 et 2015).
- Statut des droits d’auteur : Le contenu scientifique et les protocoles empiriques relèvent de la publication académique originale publiée dans le Journal of Consumer Research (Oxford University Press / Association for Consumer Research). Les droits intellectuels sur l’instrument demeurent détenus par les auteurs (David Dubois, Derek D. Rucker, Adam D. Galinsky).
- Conditions d’utilisation et politique de gratuité : L’échelle est mise à la disposition libre et gratuite de la communauté scientifique internationale dans le cadre de recherches académiques à but non lucratif, de thèses universitaires ou d’expérimentations fondamentales. Aucune redevance financière n’est exigée pour son emploi scientifique standard.
- Usage commercial et de conseil : Toute utilisation de l’instrument au sein d’entreprises commerciales privées, d’audits organisationnels rémunérés, d’outils de sélection professionnelle ou de logiciels d’évaluation propriétaires requiert la consultation des règles de reproduction de l’éditeur académique et l’accord préalable explicite des auteurs.
- Citation obligatoire : Tout travail scientifique exploitant la FPS doit formellement référencer l’article princeps de Dubois, Rucker et Galinsky (2016) conformément aux normes bibliographiques en vigueur.
12. Références / References
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- Anderson, C., John, O. P., & Keltner, D. (2012). The personal sense of power. Journal of Personality, 80(2), 313–344. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.2011.00734.x
- Dubois, D., Rucker, D. D., & Galinsky, A. D. (2016). Dynamics of communicator and audience power: The persuasiveness of competence versus warmth. Journal of Consumer Research, 43(1), 68–85. https://doi.org/10.1093/jcr/ucw013
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- Guinote, A. (2007). Behaviour variability and the situated focus theory of power. European Review of Social Psychology, 18(1), 256–292. https://doi.org/10.1080/10463280701692813
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- Magee, J. C., & Galinsky, A. D. (2008). 8 Social hierarchy: The self-reinforcing nature of power and status. Academy of Management Annals, 2(1), 351–398. https://doi.org/10.5465/19416520802211628
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- Nunnally, J. C., & Bernstein, I. H. (1994). Psychometric theory (3rd ed.). McGraw-Hill.
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13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les trois paires d’adjectifs bipolaires composant l’échelle officielle du Pouvoir ressenti (État), présentées dans leur version originale bilingue (anglaise et française) telle qu’administrée dans les études empiriques, sont retranscrites ci-dessous :
Instructions to participants:
« Please indicate how you feel right now, at this very moment, by selecting the number that best reflects your current state between each pair of adjectives. »
[Consigne en français : « Veuillez indiquer ce que vous ressentez là, maintenant, en cet instant précis, en choisissant le chiffre qui décrit le mieux votre état actuel entre chaque paire d’adjectifs. »]
Item 1 :
Powerful / Puissant(e)
Item 2 :
Strong / Fort(e)
Item 3 :
In control / En contrôle
Note on scoring: Anchors range from 1 (representing the lowest feeling of power/control) to 7 or 9 (representing the highest feeling of power/control). The final state score corresponds to the unweighted mean of all three items.