1. Résumé / Abstract
L’Échelle des visages de la douleur – révisée (Faces Pain Scale-Revised, FPS-R) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour quantifier l’intensité de la douleur chez les populations pédiatriques (dès l’âge de 4 à 5 ans), les adultes et les personnes âgées, notamment celles présentant des altérations cognitives ou des barrières linguistiques. Développée à l’origine sous une forme à sept visages par Bieri et collaborateurs en 1990, l’échelle a été révisée et optimisée par Hicks et ses collègues en 2001 afin d’adopter un format standardisé à six visages horizontaux. Cette révision majeure a permis d’aligner directement la cotation sur la métrique conventionnelle de 0 à 10 (avec un pas de deux unités : 0, 2, 4, 6, 8, 10), garantissant ainsi une parfaite comparabilité avec l’échelle numérique verbale (Numerical Rating Scale, NRS) et l’Échelle Visuelle Analogique (EVA).
Sur le plan structural, la FPS-R est un instrument strictement unidimensionnel centré sur la composante sensorielle et discriminative de l’expérience douloureuse. Contrairement à d’autres outils picturaux tels que l’échelle des visages de Wong-Baker, la FPS-R a été rigoureusement dessinée pour exclure tout sourire sur le visage neutre d’ancrage zéro et toute larme sur le visage de douleur extrême. Cette caractéristique méthodologique élimine le biais de confusion fréquent entre la détresse affective (tristesse, anxiété, pleurs) et la magnitude perçue de la douleur physique.
Les propriétés métrologiques de la FPS-R ont été validées dans des dizaines d’études internationales portant sur des milliers de participants soumis à des douleurs aiguës (postopératoires, actes invasifs, traumatismes), procédurales ou chroniques. L’instrument démontre une excellente validité convergente avec les autres échelles d’intensité douloureuse (coefficients de corrélation de Pearson et Spearman généralement compris entre r = 0,82 et 0,93), une fidélité test-retest remarquable lors d’épisodes stables (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,85) et une grande sensibilité au changement thérapeutique après administration d’antalgiques. L’adaptation transculturelle supervisée par l’International Association for the Study of Pain (IASP) et Mapi Research Trust a permis de diffuser la FPS-R dans plus de 60 langues, en faisant la référence mondiale des échelles faciales d’auto-évaluation.
2. Mots-clés / Keywords
Échelle des visages de la douleur révisée, FPS-R, intensité de la douleur, auto-évaluation de la douleur, psychométrie pédiatrique, algologie, évaluation de la douleur chez l’enfant, gériatrie, échelle picturale, validité convergente, fidélité test-retest, IASP.
3. Auteurs / Authors
La genèse et l’optimisation métrologique de la FPS-R reposent sur les travaux pionniers de deux collectifs de recherche majeurs :
- Donna Bieri, M.A. : Psychologue clinicienne et chercheuse ayant initié la version originale à sept visages (Faces Pain Scale, FPS) au Children’s Hospital of Eastern Ontario (CHEO) et à l’Université de Carleton (Ottawa, Ontario, Canada).
- Carl L. von Baeyer, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie clinique et d’anesthésiologie à l’Université de la Saskatchewan (Saskatoon, Canada) et chercheur senior à l’Université de Victoria et au SickKids Hospital de Toronto. Figure de proue mondiale de l’évaluation pédiatrique de la douleur.
- Patricia A. McGrath, Ph.D. : Directrice de recherche émérite en algologie pédiatrique, Pain Research Unit, Hospital for Sick Children (SickKids), Toronto, Canada.
- Sandra J. Champion, B.A. & G. David Champion, M.B., B.S., FRACP : Chercheurs au Centre for Children’s Pain Research, Sydney Children’s Hospital, Randwick, et School of Women’s and Children’s Health, University of New South Wales, Sydney, Australie.
- C. Lindsay Hicks, Ph.D. : Première auteure de l’étude princeps de révision de 2001, chercheuse au Department of Psychology, University of Saskatchewan, Saskatoon, Canada.
- Mapi Research Trust : Institut de recherche international (Lyon, France) assurant la conservation méthodologique, la validation linguistique et les processus de traduction certifiée de la version révisée en collaboration avec l’IASP.
4. Objectif / Purpose
L’évaluation rigoureuse de la douleur chez les sujets qui ne maîtrisent pas encore le raisonnement numérique abstrait ou dont les capacités de communication verbale sont compromises constitue l’un des défis les plus redoutables de la pratique médicale et de la recherche psychométrique. L’objectif fondamental de la Faces Pain Scale-Revised (FPS-R) est de fournir un instrument d’auto-évaluation (self-report) direct, non invasif, rapide et universellement compréhensible pour quantifier l’intensité de la douleur ressentie, sans exiger de compétences arithmétiques, verbales ou cognitives complexes.
Historiquement, les cliniciens étaient contraints de s’appuyer soit sur l’hétéro-évaluation comportementale (qui reflète davantage la détresse visible que la sensation nociceptive interne), soit sur l’échelle numérique (NRS) qui présuppose la compréhension de concepts de proportionnalité et d’étalonnage mathématique (0 à 10). Or, selon les postulats de la psychologie du développement, les enfants âgés de 4 à 7 ans se situent dans le stade préopératoire ou au tout début du stade des opérations concrètes, rendant la conversion d’une douleur physique en un chiffre abstrait hautement sujette à des erreurs cognitives. De même, chez les patients gériatriques présentant un déclin cognitif léger à modéré, les personnes aphasiques ou les individus analphabètes, les outils métriques textuels ou numériques classiques échouent fréquemment.
La FPS-R comble cette lacune en transposant l’intensité sensorielle de la douleur sur une séquence ordonnée d’expressions faciales universellement décodables. En recherche clinique, son intégration permet :
- D’évaluer avec une grande précision l’efficacité analgésique de protocoles pharmacologiques (anti-inflammatoires, opioïdes, anesthésiques locaux) ou non pharmacologiques (distraction cognitive, hypnose, réalité virtuelle).
- D’harmoniser les critères de jugement clinique dans les essais randomisés contrôlés multicentriques internationaux, la FPS-R étant disponible dans plus de 60 langues standardisées.
- De mesurer l’évolution de la douleur aiguë induite par des actes invasifs (ponction veineuse, suture, soins de brûlures, post-amygdalectomie) et de monitorer les épisodes douloureux dans les pathologies chroniques infantiles (drépanocytose, arthrite juvénile idiopathique, oncologie).
- De standardiser le dossier patient informatisé hospitalier grâce à sa cotation linéaire de 0 à 10 compatible avec les directives internationales de surveillance de la douleur comme cinquième signe vital.
5. Construit psychologique / Construct
L’Échelle des visages de la douleur révisée opérationnalise un construit psychologique précis et délimité : l’intensité de la douleur (pain intensity). L’intensité de la douleur se définit comme la magnitude ressentie de la sensation nociceptive ou désagréable perçue par l’individu. Ce construit se distingue explicitement de la détresse émotionnelle liée à la douleur (peur, tristesse, catastrophisme, anxiété situationnelle) et du retentissement fonctionnel de celle-ci.
La majorité des échelles faciales concurrentes créées dans les années 1980 et 1990 (notamment l’échelle de Wong-Baker ou l’échelle faciale d’Oucher) souffraient d’un défaut psychométrique majeur : la contamination du construit sensoriel par des marqueurs émotionnels extrinsèques. L’ancrage zéro de Wong-Baker présente un visage souriant avec de grands yeux joyeux, tandis que son ancrage maximal présente un visage en larmes avec les yeux fermés. Les études développementales ont démontré que de jeunes enfants sans douleur physique, mais tristes ou intimidés par le milieu hospitalier, choisissaient systématiquement le visage en pleurs en raison de sa charge affective, faussant ainsi l’estimation nociceptive.
Les concepteurs de la FPS-R ont résolu ce problème par une construction graphique rigoureuse basée sur les travaux anatomiques et expressifs de la morphologie faciale. L’échelle isole l’intensité comme une variable continue latente représentée par six items picturaux discrets disposés de gauche à droite sur un continuum équidistant :
- Visage 0 (Valeur 0) : Neutre. Absence totale de douleur physique (« Pas de douleur du tout »). Les yeux sont ouverts et détendus, la bouche est fermée de manière rectiligne horizontale, sans commissures relevées (aucun sourire) ni affaissées.
- Visage 1 (Valeur 2) : Amorçage de la douleur (« Un tout petit peu de douleur »). Légère tension des sourcils et très légère modification de la ligne de la bouche, traduisant la détection d’un stimulus nociceptif minime.
- Visage 2 (Valeur 4) : Douleur modérée (« Un peu plus de douleur »). Abaissement plus prononcé de la glabelle (rapprochement des sourcils), fente palpébrale légèrement rétrécie, commissures labiales modérément abaissées.
- Visage 3 (Valeur 6) : Douleur sévère (« Encore plus de douleur »). Contraction accentuée des muscles péri-orbitaires, bouche entrouverte ou plissée avec tension musculaire évidente.
- Visage 4 (Valeur 8) : Douleur très sévère (« Beaucoup de douleur »). Plissement nasal prononcé, fermeture partielle des paupières, ouverture asymétrique ou crispée de la bouche.
- Visage 5 (Valeur 10) : Douleur maximale concevable (« La pire douleur que vous puissiez imaginer »). Fermeture serrée ou déformation maximale des yeux, bouche largement ouverte ou grimace d’agonie sensorielle maximale, mais strictement sans aucune larme dessinée.
Ce construit repose sur l’hypothèse psychophysique d’un isomorphisme entre le gradient d’expression faciale observée et la quantification interne de la sensation nociceptive. Le continuum de la FPS-R traite la perception douloureuse comme un trait latent unidimensionnel monotone croissant, satisfaisant aux critères des échelles de mesure à intervalles quasi-égaux.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le fondement épistémologique et théorique de la FPS-R s’articule à la croisée de trois courants majeurs de la science psychologique : la théorie dimensionnelle de la douleur de Melzack et Casey, la psychophysique des échelles de jugement (Thurstone et Stevens), et la psychologie développementale piagétienne.
1. Le modèle multidimensionnel de Melzack et Casey (1968)
Selon Ronald Melzack et Kenneth Casey, la douleur n’est pas un simple signal sensoriel linéaire mais une expérience tripartite intégrant :
- La dimension sensorielle-discriminative (localisation, durée, intensité et nature physique du stimulus).
- La dimension motivationnelle-affective (désagrément, tension émotionnelle, pulsion d’échappement, peur).
- La dimension cognitive-évaluative (signification attribuée à la douleur, attention, croyances et attentes culturelles).
La FPS-R a été intentionnellement calibrée pour capter exclusivement la dimension sensorielle-discriminative. Les expressions faciales ont été purifiées de leurs composantes affectives afin d’empêcher que des états de détresse psychologique générale ou d’anxiété de séparation n’induisent un biais de mesure.
2. La psychophysique et la loi du jugement comparatif de Thurstone
La création de la version princeps (Bieri et al., 1990) s’est appuyée directement sur la loi du jugement comparatif de Louis Leon Thurstone et sur les méthodes de mise à l’échelle psychophysique développées par S. S. Stevens. Des enfants ont été sollicités pour classer et échelonner par paires une vaste bibliothèque de dessins de visages exprimant divers degrés de souffrance. En utilisant des techniques de mise à l’échelle par intervalles successifs (successive intervals scaling), les chercheurs ont pu déterminer la position relative de chaque dessin sur un axe psychophysique unidimensionnel latent, sélectionnant les visages dont les écarts perçus étaient statistiquement équidistants.
3. La neurobiologie de l’expression faciale (Ekman & Prkachin)
Le cadre théorique s’appuie également sur les systèmes de codage facial anatomique (FACS, Facial Action Coding System) développés par Paul Ekman et adaptés à la douleur par Kenneth Craig et Kenneth Prkachin. Ces auteurs ont démontré qu’à travers toutes les cultures humaines et dès la petite enfance, la réponse nociceptive active un faisceau hautement invariant d’unités d’action faciale (Action Units, AU) :
- Abaissement des sourcils (AU 4 : Brow Lowerer) ;
- Élévation des joues et rétrécissement palpébral (AU 6/7 : Cheek Raiser / Lid Tightener) ;
- Plissement nasal et élévation de la lèvre supérieure (AU 9/10 : Nose Wrinkler / Upper Lip Raiser) ;
- Ouverture de la bouche ou étirement labial horizontal (AU 25/26/27 : Lips Part / Jaw Drop).
Les illustrations de la FPS-R reproduisent fidèlement ces unités d’action biomécaniques, permettant au sujet une reconnaissance quasi réflexe par miroir empathique et introspection somatosensorielle.
7. Validité / Validity
L’Échelle des visages de la douleur révisée a fait l’objet d’un programme de validation clinique et psychométrique parmi les plus extensifs de l’histoire de l’algologie. Sa validité se décline sur plusieurs plans complémentaires :
Validité de construit et étalonnage métrique
Dans l’étude fondamentale de Hicks et al. (2001), menée auprès d’une cohorte d’enfants âgés de 5 à 12 ans hospitalisés ou consultants, les auteurs ont comparé la version originale à sept visages avec la nouvelle version à six visages. Les analyses ont démontré que la suppression du deuxième visage de la version originale de Bieri (qui créait un tassement métrique à l’extrémité inférieure) permettait d’obtenir un continuum à six visages dont les intervalles subjectifs sont parfaitement égaux. L’analyse des distances psychométriques a confirmé que les 6 visages s’alignent de manière hautement linéaire avec les intervalles numériques 0, 2, 4, 6, 8, 10 d’une échelle métrique de 0 à 10.
Validité convergente
La validité convergente de la FPS-R a été établie par de multiples corrélations croisées avec les étalons-or de la mesure de la douleur :
- Corrélation avec l’Échelle Visuelle Analogique (EVA) : Des corrélations de Pearson oscillant entre r = 0,84 et r = 0,93 ont été observées chez les enfants de plus de 6 ans et les adultes (Stinson et al., 2006).
- Corrélation avec l’Échelle Numérique (NRS 0-10) : Les coefficients de corrélation de Spearman varient de $rho$ = 0,82 à 0,91 chez les enfants de 7 ans et plus, confirmant que la FPS-R mesure le même construit latent d’intensité sensorielle.
- Corrélation avec le Poker Chip Tool / Échelle des jetons : Chez les très jeunes enfants (4-5 ans), la corrélation avec l’échelle de pièces de McGrath atteint r = 0,78 à 0,86.
Validité discriminante et différentielle
La validité discriminante a été confirmée en confrontant la FPS-R à des échelles d’anxiété et de peur situationnelle (par exemple, le Children’s Fear Scale ou le STAI pédiatrique). Alors que l’échelle de Wong-Baker montre des corrélations modérées à élevées indésirables avec l’anxiété (r > 0,55), la FPS-R démontre des corrélations significativement plus faibles avec la détresse émotionnelle (r < 0,30), prouvant qu’elle ne confond pas la peur de l’hôpital ou de l’aiguille avec l’intensité physique de la douleur.
Sensibilité au changement thérapeutique (Validité prédictive / réactivité)
La FPS-R possède une excellente réactivité clinique (responsiveness). Lors d’essais cliniques évaluant des interventions analgésiques (administration d’ibuprofène, d’acétaminophène, infiltration peropératoire de bupivacaïne ou administration de fentanyl), la FPS-R a enregistré des baisses statistiquement significatives ($p < 0,001$) des scores d’intensité entre les phases pré-interventionnelles et post-interventionnelles. La taille d’effet moyenne (d de Cohen) observée lors de soulagements cliniquement efficaces dépasse fréquemment 0,80.
8. Fidélité / Reliability
En tant qu’instrument composé d’un item unique (single-item indicator) administré sous forme de choix forcé parmi six modalités graphiques ordonnées, les métriques classiques de cohérence interne basées sur la covariation d’items multiples (comme le coefficient Alpha de Cronbach ou l’Oméga de McDonald) ne s’appliquent pas directement à une administration isolée. La fidélité de la FPS-R a donc été rigoureusement démontrée par l’analyse de la stabilité temporelle (test-retest), l’accord inter-juges lors de protocoles guidés et l’estimation de l’erreur standard de mesure (SEM).
Fidélité test-retest
Dans des contextes où la condition clinique de la douleur est réputée physiologiquement stable (par exemple, chez des enfants souffrant de douleurs postopératoires stabilisées ou lors de protocoles de stimulation expérimentale thermique ou mécanique contrôlée) :
- À un intervalle de 15 à 30 minutes, le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) chez les enfants de 5 à 12 ans est compris entre 0,82 et 0,89.
- Chez les adultes et les personnes âgées, des coefficients de concordance kappa pondérés de 0,79 à 0,88 ont été rapportés.
- Les études comparant des auto-évaluations répétées lors d’épisodes sans intervention démontrent une stabilité remarquable des choix d’ancrage, confirmant que les visages ne sont pas choisis de manière aléatoire ou ludique.
Erreur standard de mesure (SEM) et Changement Minimal Cliniquement Pertinent (MCID)
L’erreur standard de mesure rapportée dans les méta-analyses d’algologie pédiatrique pour la FPS-R se situe entre 0,75 et 1,12 point sur l’échelle de 0 à 10. Le changement minimal cliniquement pertinent (Minimal Clinically Important Difference, MCID) — c’est-à-dire la diminution minimale du score traduisant un soulagement significatif pour le patient — a été déterminé empiriquement :
- Une réduction de 2 points sur 10 (soit le déplacement d’un visage complet vers la gauche) correspond au seuil universellement reconnu de soulagement cliniquement perceptible.
- Une diminution de 4 points ou plus (déplacement de deux visages ou plus) représente une analgésie majeure et optimale.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que la FPS-R ne comporte pas une batterie d’items multiples destinés à former des sous-échelles distinctes, sa structure métrologique sous-jacente a fait l’objet d’investigations statistiques approfondies mobilisant l’analyse factorielle confirmatoire (AFC), les modèles d’équations structurelles et la théorie de réponse aux items (TRI / Item Response Theory) :
Unidimensionnalité et saturation du facteur de douleur
Dans les études psychométriques où la FPS-R a été intégrée dans des batteries d’évaluation composite de la douleur incluant des échelles comportementales (ex. FLACC, CHEOPS), des échelles analogiques (EVA, CAS) et des questionnaires verbaux, l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) a systématiquement extrait un facteur unique dominant d’« intensité aiguë de la douleur » qui explique plus de 72 % à 84 % de la variance totale. Les saturations factorielles de la FPS-R sur ce facteur primaire oscillent uniformément entre 0,85 et 0,94, confirmant que l’outil est un estimateur presque pur du trait latent cible.
Modélisation de Rasch et théorie des réponses aux items
Des analyses basées sur le modèle de notation par paliers de Rasch (Rasch Rating Scale Model) ont été conduites par Miró et Huguet (2004) ainsi que par d’autres équipes de recherche indépendantes pour vérifier les propriétés ordinales des six figures :
- Ordre des seuils (Threshold Ordering) : Les seuils de transition entre chaque visage successif (de 0 vers 2, de 2 vers 4, etc.) augmentent de manière strictement monotone le long du continuum de la variable latente $\theta$. Aucun phénomène d’inversion de seuil (disordered thresholds) n’a été détecté, attestant que chaque visage représente un niveau d’intensité statistiquement supérieur au précédent.
- Indices d’ajustement (Infit / Outfit) : Les valeurs de mean square (MNSQ) d’Infit et Outfit pour les six visages se situent rigoureusement à l’intérieur de l’intervalle d’acceptabilité psychométrique optimal [0,70 ; 1,30], démontrant une concordance étroite entre les prédictions du modèle mathématique et les choix réels des patients.
Invariance de mesure (Équivalence de mesure intergroupes)
Les tests d’invariance factorielle multigroupes ont établi que la structure de l’échelle est invariante selon le sexe (garçons vs filles) et selon les tranches d’âge pédiatriques (4-7 ans vs 8-12 ans). Aucune manifestation de fonctionnement différentiel de l’item (Differential Item Functioning, DIF) n’a été mise en évidence en fonction de l’origine ethnique ou de la langue maternelle des participants lors des études transnationales de standardisation.
10. Instrument de mesure / Instrument
La Faces Pain Scale-Revised (FPS-R) se présente sous un format graphique horizontal épuré et standardisé :
- Type d’évaluation : Auto-évaluation (self-report) par choix pictural direct. L’évaluation par tiers (hétéro-évaluation par les soignants ou les parents) est formellement proscrite si le patient a la capacité cognitive d’indiquer lui-même son ressenti.
- Format physique : Bande horizontale comportant six dessins au trait représentant des visages d’expression neutre à extrêmement douloureuse, sans distinction de genre, d’ethnie ni d’âge.
- Nombre d’items : 1 item pictural synthétique composé de 6 ancres visuelles ordonnées de gauche à droite.
- Échelle de réponse et cotation métrique :
- Format conventionnel de l’IASP : 0, 2, 4, 6, 8, 10.
- Le premier visage (gauche) est coté 0 (« Pas de douleur »).
- Le deuxième visage est coté 2 (« Un tout petit peu de douleur »).
- Le troisième visage est coté 4 (« Un peu plus de douleur »).
- Le quatrième visage est coté 6 (« Encore plus de douleur »).
- Le cinquième visage est coté 8 (« Beaucoup de douleur »).
- Le sixième visage (droite) est coté 10 (« La pire douleur possible »).
- Option métrique alternative : L’échelle peut être cotée linéairement de 0 à 5 (0, 1, 2, 3, 4, 5). La conversion sur l’échelle 0-10 s’obtient alors par une simple multiplication par deux.
- Durée d’administration : Moins de 60 secondes (généralement 10 à 20 secondes une fois les consignes assimilées).
- Population cible : Enfants dès l’âge de 4 à 5 ans, adolescents, adultes, personnes âgées, patients en phase post-chirurgicale immédiate, personnes en situation d’analphabétisme ou présentant des troubles cognitifs légers à modérés.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps (FPS originale) : 1990 (Bieri, Reeve, Champion, Addicoat, & Ziegler).
- Année de publication de la version révisée (FPS-R) : 2001 (Hicks, von Baeyer, Spafford, van Korlaar, & Goodenough).
- Droits d’auteur et Copyright : L’Échelle des visages de la douleur – révisée est protégée par le droit d’auteur. La propriété intellectuelle est détenue par l’International Association for the Study of Pain (IASP) et les auteurs originaux.
- Conditions d’utilisation et Tarification :
- Pratique clinique et recherche académique non commerciale : L’utilisation de la FPS-R est gratuite. L’échelle peut être téléchargée librement sur le site officiel de l’IASP sous réserve du respect strict de la mise en page originale, de l’absence de toute modification graphique et de la mention appropriée du copyright.
- Essais cliniques sponsorisés par l’industrie pharmaceutique ou commerciale : Une demande de licence préalable et le versement de redevances sont requis auprès du distributeur officiel des licences cliniques (géré historiquement via Mapi Research Trust / PROQOLID / ICON Language Services).
- Traductions disponibles : Plus de 60 versions linguistiques certifiées ont été élaborées selon les normes méthodologiques internationales de traduction-rétrotraduction (incluant le français, l’anglais, l’espagnol, le mandarin, l’arabe, le portugais, le néerlandais, etc.).
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations métrologiques majeures relatives à la FPS-R comprennent les références académiques suivantes :
- Bieri, D., Reeve, R. A., Champion, G. D., Addicoat, L., & Ziegler, J. B. (1990). The Faces Pain Scale for the self-assessment of the severity of pain experienced by children: Development, initial validation, and preliminary investigation for ratio scale properties. Pain, 41(2), 139–150. https://doi.org/10.1016/0304-3959(90)90018-9
- Chambers, C. T., Giesbrecht, K., Craig, K. D., Bennett, S. M., & Huntsman, E. (1999). A comparison of faces scales for the measurement of pediatric pain: Children’s and parents’ ratings. Pain, 83(1), 25–35. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00086-X
- Hicks, C. L., von Baeyer, C. L., Spafford, P. A., van Korlaar, I., & Goodenough, B. (2001). The Faces Pain Scale-Revised: Toward a common metric in pediatric pain measurement. Pain, 93(2), 173–182. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(01)00314-1
- Melzack, R., & Casey, K. L. (1968). Sensory, motivational, and central control determinants of pain: A new conceptual model. In D. Kenshalo (Ed.), The Skin Senses (pp. 423–443). Charles C Thomas.
- Miró, J., & Huguet, A. (2004). Evaluation of reliability and validity of the Faces Pain Scale-Revised in Catalan children. Revista de la Sociedad Española del Dolor, 11(7), 421–428.
- Miró, J., Huguet, A., Nieto, R., Paredes, S., & Baos, J. (2005). Evaluation of the reliability and validity of the Faces Pain Scale-Revised in a sample of Spanish children. Pain Medicine, 6(6), 407–415. https://doi.org/10.1111/j.1526-4637.2005.00078.x
- Prkachin, K. M. (1992). The consistency of facial expressions of pain: A comparison across modalities. Pain, 51(3), 297–306. https://doi.org/10.1016/0304-3959(92)90213-U
- Stinson, J. N., Kavanagh, T., Yamada, J., Gill, N., & Stevens, B. (2006). Systematic review of the psychometric properties, interpretability and feasibility of self-report pain intensity measures for use in clinical trials in children and adolescents. Pain, 125(1-2), 143–157. https://doi.org/10.1016/j.pain.2006.05.006
- von Baeyer, C. L. (2006). Children’s self-reports of pain intensity: The basics, numeric ratings, and faces scales. Pain Research and Management, 11(1), 17–20. https://doi.org/10.1155/2006/619890
- von Baeyer, C. L., Marche, T. A., Rocha, E. M., & Salmon, K. (2011). Children’s memory for pain: Overview and implications for clinical practice. The Journal of Pain, 12(9), 929–936. https://doi.org/10.1016/j.jpain.2011.02.355