1. Résumé / Abstract
Le Questionnaire d’autorégulation de l’exercice (Exercise Self-Regulation Questionnaire, SRQ-E) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer la nature et les motivations sous-tendant l’engagement des individus dans l’activité physique et l’exercice régulier. Ancré dans le cadre conceptuel de la théorie de l’autodétermination (TAD ; Deci & Ryan, 1985, 2000), le SRQ-E évalue les différentes formes de régulation comportementale réparties le long du continuum de l’autonomie relative. L’instrument analyse quatre styles de régulation motivationnelle majeurs : la régulation externe (exercice motivé par des pressions sociales ou l’obtention de récompenses externes), la régulation introjectée (guidée par l’évitement de la culpabilité, la protection de l’estime de soi ou l’anxiété liée à l’image corporelle), la régulation identifiée (conduite par la reconnaissance consciente de la valeur personnelle et des bénéfices de l’activité pour la santé), et la motivation intrinsèque (engagement fondé sur le plaisir inhérent, l’intérêt et la satisfaction procurés par l’activité elle-même).
Dans sa structure psychométrique, le SRQ-E comprend des variantes contextuelles adaptées à l’entraînement général (working out), à l’exercice régulier (exercising regularly) ou à des disciplines ciblées comme la gymnastique. Les items sont évalués à l’aide d’une échelle de réponse de type Likert en sept points, allant de 1 (« pas du tout vrai » / not at all true) à 7 (« tout à fait vrai » / very true). Les scores obtenus permettent de calculer soit des moyennes distinctes par sous-échelle, soit un score synthétique composite désigné sous le terme d’Indice d’Autonomie Relative (Relative Autonomy Index, RAI). Les analyses psychométriques attestent d’une cohérence interne robuste (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,72 et 0,89 selon les sous-échelles) et d’une structure quasi-simplex confirmant la validité théorique du continuum d’autodétermination. Le SRQ-E constitue un outil clinique et scientifique incontournable pour prédire l’adhésion à long terme aux programmes d’activité physique, diagnostiquer l’abandon sportif et concevoir des interventions motivationnelles efficaces en santé publique.
2. Mots-clés / Keywords
Théorie de l’autodétermination, autorégulation, motivation intrinsèque, régulation identifiée, régulation introjectée, régulation externe, indice d’autonomie relative, activité physique, adhésion à l’exercice, psychométrie.
3. Auteurs / Authors
Le SRQ-E a été développé au sein du réseau de recherche fondé autour de la théorie de l’autodétermination par le Dr Edward L. Deci et le Dr Richard M. Ryan, professeurs émérites de psychologie à l’University of Rochester (Rochester, New York, États-Unis), en collaboration avec plusieurs chercheurs affiliés au Center for Self-Determination Theory (CSDT) et à l’Institute for Positive Psychology & Education (Australian Catholic University, Sydney, Australie). Le questionnaire s’inscrit dans la famille élargie des questionnaires d’autorégulation (Self-Regulation Questionnaires, SRQ) initiée par Richard M. Ryan et James P. Connell (1989), adaptée ultérieurement aux domaines de la santé, des apprentissages scolaires et de l’exercice physique.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental du SRQ-E est d’évaluer quantitativement les raisons spécifiques guidant la pratique régulière d’activités physiques et d’exercice. Contrairement aux outils traditionnels évaluant uniquement l’intensité ou la quantité globale de motivation, le SRQ-E s’intéresse à la qualité de la motivation et au degré d’autonomie perçue qui soutient le comportement. L’enjeu central est de déterminer si un individu s’exerce sous la contrainte de forces intériorisées ou extérieures (formes de motivation contrôlée) ou s’il s’engage de façon pleinement volontaire et alignée avec ses valeurs identitaires (formes de motivation autonome).
Sur le plan de la recherche fondamentale et appliquée, le questionnaire permet d’examiner les processus psychologiques qui sous-tendent le maintien à long terme de l’exercice physique par opposition aux comportements d’abandon ou d’évitement. La littérature en psychologie de la santé démontre de manière récurrente que l’adhésion initiale à un programme d’exercice peut être déclenchée par des motivations contrôlées (telles que le désir d’améliorer son apparence physique ou les injonctions du corps médical), mais que seule une motivation autonome permet de maintenir l’activité au-delà de six mois. Le SRQ-E sert ainsi de variable prédictive centrale dans les études évaluant l’efficacité des programmes de promotion de la santé, d’éducation physique et de réadaptation.
Sur le plan des applications cliniques et préventives, le SRQ-E est utilisé pour établir des profils motivationnels individualisés chez des patients atteints de pathologies chroniques (diabète de type 2, obésité, affections cardiovasculaires, dépression). L’identification précise des freins et leviers d’autorégulation guide les cliniciens et les préparateurs physiques dans l’adoption d’un style d’intervention soutenant l’autonomie, évitant le recours aux pressions moralisatrices contre-productives et favorisant la transition vers une régulation identifiée ou intrinsèque du comportement moteur.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le SRQ-E repose sur le continuum d’autodétermination, lequel postule que les régulations comportementales ne s’opposent pas de façon binaire (intrinsèque versus extrinsèque), mais s’étendent le long d’un axe caractérisé par le degré d’intériorisation et d’intégration personnelle des raisons d’agir. L’instrument opérationnalise quatre sous-échelles principales :
Régulation externe (External Regulation)
La régulation externe représente la forme la plus contrôlée de motivation extrinsèque. Le comportement est initié et maintenu pour satisfaire une demande extérieure, obtenir une récompense contingente ou éviter une punition, une réprimande ou un jugement défavorable d’autrui. L’individu ressent une pression externe et perçoit un locus de causalité externe. Dans le SRQ-E, cela s’illustre par l’exercice pratiqué pour que les autres le trouvent en bonne condition physique, parce que l’entourage impose cette pratique ou pour préserver son image sociale aux yeux d’autrui.
Régulation introjectée (Introjected Regulation)
La régulation introjectée constitue une forme d’intériorisation partielle dans laquelle les régulations externes ont été adoptées par l’individu sans être véritablement assimilées à son identité. Le locus de causalité demeure perçu comme interne au corps, mais externe au soi authentique. Le comportement est guidé par des impératifs internes rigides (« je devrais », « il faut que »), la peur du déclin physique, la culpabilité, la honte anticipée en cas d’inactivité ou la recherche d’une valorisation égotique conditionnelle (fierté, amélioration de l’image de soi). Dans le SRQ-E, elle se manifeste par des formulations telles que le sentiment de culpabilité ou le fait de se sentir dévalorisé si l’on ne s’exerce pas.
Régulation identifiée (Identified Regulation)
La régulation identifiée est une forme de motivation autonome extrinsèque où l’individu reconnaît consciemment la valeur instrumentale, la pertinence et les bénéfices de l’activité pour sa santé et son mode de vie. L’exercice est jugé personnellement important, même si l’activité n’est pas nécessairement agréable en elle-même. Le locus de causalité perçu est interne. Dans le questionnaire, les items mesurent l’importance accordée à une bonne condition physique, la conscience de l’utilité de l’exercice pour le bien-être général et l’alignement avec les valeurs personnelles fondamentales de l’individu.
Motivation intrinsèque (Intrinsic Motivation)
La motivation intrinsèque représente le pôle le plus autonome du continuum. L’exercice est pratiqué pour l’intérêt direct, le plaisir inhérent, la découverte de nouvelles sensations motrices et la satisfaction issue de la maîtrise de compétences motrices. L’individu est absorbé par la tâche sans attendre de bénéfice différé ou de récompense externe. Les items du SRQ-E captent le plaisir pur de bouger, la joie d’explorer de nouvelles techniques d’entraînement et le caractère ludique de la pratique.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le SRQ-E est directement issu de la Théorie de l’intégration organismique (Organismic Integration Theory, OIT), l’une des six mini-théories composant la théorie de l’autodétermination formalisée par Edward L. Deci et Richard M. Ryan (1985, 2000). Selon l’OIT, l’être humain possède une propension naturelle à assimiler, intérioriser et intégrer les valeurs, régulations et pratiques sociales initialement perçues comme extérieures.
Ce processus d’intériorisation dépend crucialement de la satisfaction de trois besoins psychologiques fondamentaux universels :
- Le besoin d’autonomie : le sentiment d’être à l’origine de ses propres choix et de ses actions.
- Le besoin de compétence : le sentiment d’efficacité, de maîtrise de son environnement et d’accomplissement des défis moteurs.
- Le besoin d’appartenance sociale (relatedness) : le sentiment de connexion, de sécurité et d’affiliation avec autrui.
Lorsque les environnements d’exercice (cadres d’entraînement, conseils médicaux, climat familial) soutiennent l’autonomie et valorisent les progrès sans contrôle coercitif, l’individu intériorise les régulations comportementales, transitant de la contrainte externe à la régulation identifiée puis intégrée. À l’inverse, un climat contrôlant, axé sur les sanctions, les injonctions esthétiques ou les comparaisons normatives, fige la motivation dans des registres de régulation externe ou introjectée, rendant l’engagement fragile et vulnérable à l’abandon précoce.
7. Validité / Validity
Les propriétés métrologiques du SRQ-E et de ses instruments dérivés (notamment la Behavioral Regulation in Exercise Questionnaire, BREQ ; Mullan et al., 1997) ont fait l’objet de nombreuses vérifications empiriques dans le domaine de la psychologie du sport et de l’exercice :
- Validité de construit : Les matrices de corrélations inter-échelles corroborent la présence d’une structure simplex. Les corrélations entre sous-échelles contiguës sur le continuum (par exemple, régulation externe et régulation introjectée, ou régulation identifiée et motivation intrinsèque) sont systématiquement positives et élevées, tandis que les corrélations entre sous-échelles situées aux extrémités opposées (régulation externe et motivation intrinsèque) sont négatives ou nulles.
- Validité convergente : Les scores de motivation autonome (régulation identifiée et intrinsèque) ainsi que l’Indice d’Autonomie Relative (RAI) sont positivement corrélés aux mesures d’engagement physique objectif (accélérométrie, temps hebdomadaire d’activité modérée à vigoureuse), au bien-être psychologique perçu et à l’auto-efficacité pour l’exercice physique.
- Validité discriminante : Le SRQ-E distingue nettement les régulations intrinsèques et identifiées des conduites d’exercice compulsif ou d’anxiété liée au corps, ces dernières corrélant spécifiquement avec les scores élevés de régulation introjectée.
- Validité prédictive : Les modèles de régression et d’équations structurelles démontrent que la motivation autonome prédit de manière statistiquement significative la persistance de l’activité physique à 6, 12 et 24 mois, alors que les sous-échelles de motivation contrôlée échouent à prédire le maintien dans le temps.
8. Fidélité / Reliability
Les études examinant la fidélité des différentes versions du SRQ-E rapportent des indices métrologiques satisfaisants à excellents :
- Cohérence interne : Les coefficients alpha de Cronbach (α) pour les sous-échelles se situent généralement dans les intervalles suivants : motivation intrinsèque (α = 0,80 à 0,89), régulation identifiée (α = 0,74 à 0,84), régulation introjectée (α = 0,72 à 0,81) et régulation externe (α = 0,70 à 0,79). Ces valeurs dépassent le seuil conventionnel de 0,70 requis pour les outils psychométriques en sciences sociales.
- Fidélité test-retest : Les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) calculés sur des intervalles temporels de deux à quatre semaines oscillent entre 0,75 et 0,86, indiquant une excellente stabilité temporelle des profils motivationnels chez les populations stables sans intervention spécifique.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) conduites sur les items du SRQ-E soutiennent fermement une solution multifactorielle correspondant aux construits théoriques de l’autodétermination :
- Structure factorielle confirmatoire : Le modèle à quatre facteurs corrélés (régulation externe, régulation introjectée, régulation identifiée, motivation intrinsèque) présente une adéquation adéquate aux données empiriques. Les indices d’ajustement couramment rapportés incluent un Comparative Fit Index (CFI) > 0,92, un Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,90 et un Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,06.
- Saturations factorielles : Les items présentent des saturations primaires significatives et élevées sur leurs facteurs respectifs (généralement comprises entre 0,55 et 0,85) avec de faibles saturations croisées (cross-loadings < 0,25).
- Modélisation hiérarchique et bi-factorielle : Certaines analyses structurelles ont également validé des modèles hiérarchiques de second ordre ou des modèles bi-factoriels intégrant un facteur général d’autonomie comportementale combiné aux spécificités de chaque niveau de régulation.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nature de l’outil : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation standardisé.
- Nombre d’items : Le corpus central s’appuie sur une banque de 16 items déclinés selon le contexte spécifique d’activité (entraînement physique, exercice régulier, pratique gymnique).
- Échelle de réponse : Échelle de Likert en 7 points graduée de 1 (« pas du tout vrai » / not at all true) à 7 (« tout à fait vrai » / very true), le point 4 représentant une adhésion intermédiaire (« modérément vrai » / somewhat true).
- Procédure de cotation :
- Scores par sous-échelle : Calcul de la moyenne arithmétique des items assignés à chaque dimension (régulation externe, régulation introjectée, régulation identifiée, motivation intrinsèque).
- Indice d’Autonomie Relative (RAI) : Calcul d’un score composite pondéré reflétant l’équilibre net de l’autodétermination de l’individu. La formule standard pondère les sous-échelles en fonction de leur position sur le continuum :
RAI = (2 × Motivation Intrinsèque) + (1 × Régulation Identifiée) - (1 × Régulation Introjectée) - (2 × Régulation Externe).
Un score RAI fortement positif traduit une autorégulation hautement autonome, tandis qu’un score négatif dénote une motivation prédominante contrôlée par les contraintes externes et internes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année d’origine : Développé et affiné au cours des années 1990 et 2000 par les chercheurs de l’Université de Rochester.
- Statut des droits d’auteur : Le questionnaire est placé dans le domaine public à des fins de recherche scientifique académique, d’enseignement et d’évaluation clinique non commerciale.
- Frais d’utilisation : Gratuit pour une utilisation académique et non commerciale. Les questionnaires officiels sont hébergés et diffusés par le Center for Self-Determination Theory sur leur portail officiel (selfdeterminationtheory.org).
- Obligation éthique : Les utilisateurs sont tenus de citer les sources et auteurs originaux dans toute communication ou publication scientifique découlant de l’utilisation de l’instrument.
12. Références / References
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (1985). Intrinsic motivation and self-determination in human behavior. Plenum Publishing. https://doi.org/10.1007/978-1-4899-2271-7
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The « what » and « why » of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- Markland, D., & Tobin, V. (2004). A modification to the Behavioural Regulation in Exercise Questionnaire to include an assessment of amotivation. Journal of Sport and Exercise Psychology, 26(2), 191–196. https://doi.org/10.1123/jsep.26.2.191
- Mullan, E., Markland, D., & Ingledew, D. K. (1997). A graded conceptualisation of self-determination in the regulation of exercise behaviour: Development of a measure using confirmatory factor analytic procedures. Personality and Individual Differences, 23(5), 745–752. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(97)00107-4
- Ryan, R. M., & Connell, J. P. (1989). Perceived locus of causality and internalization: Examining reasons for acting in two domains. Journal of Personality and Social Psychology, 57(5), 749–761. https://doi.org/10.1037/0022-3514.57.5.749
- Teixeira, P. J., Carraça, E. V., Markland, D., Silva, M. N., & Ryan, R. M. (2012). Exercise, physical activity, and self-determination theory: A systematic review. International Journal of Behavioral Nutrition and Physical Activity, 9, Article 78. https://doi.org/10.1186/1479-5868-9-78
- Wilson, P. M., Rodgers, W. M., Loitz, C. C., & Scime, G. (2006). « It’s Who I Am … Really! »: The importance of integrated regulation in exercise contexts. Journal of Applied Biobehavioral Research, 11(2), 79–104. https://doi.org/10.1111/j.1751-9861.2006.tb00021.x