Évaluation individualisée des problèmes prioritaires

L’Évaluation individualisée des problèmes prioritaires (IPPA) est un instrument psychométrique mesurant l’efficacité des aides techniques et des technologies d’assistance à partir de problèmes identifiés et priorisés par le patient.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 23, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 23, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Évaluation individualisée des problèmes prioritaires (connue à l’échelle internationale sous l’appellation Individually Prioritized Problem Assessment ou IPPA) est un instrument psychométrique et clinique de mesure de résultats (outcome measure), individualisé et centré sur le patient, conçu pour évaluer l’efficacité et l’impact de la fourniture d’aides techniques et de technologies d’assistance. Développée au début des années 2000 par Roelof D. Wessels et Luc P. de Witte dans le cadre de recherches européennes sur l’évaluation des aides techniques, l’échelle repose sur une approche idiographique : elle ne soumet pas l’usager à une batterie rigide d’items standardisés, mais l’amène à identifier lui-même, lors d’un entretien semi-structuré initial, les difficultés concrètes et prioritaires qu’il éprouve dans ses activités quotidiennes.

Le protocole comporte une administration en deux temps : un premier entretien (T1) réalisé avant l’attribution ou l’adaptation de l’aide technique, au cours duquel la personne répertorie jusqu’à sept problèmes majeurs, évalue l’importance de chaque activité ainsi que le degré de difficulté rencontré ; puis un second entretien de suivi (T2), mené plusieurs semaines ou mois après l’intégration du dispositif dans l’environnement de vie, évaluant à nouveau la sévérité du problème. L’instrument s’appuie sur une liste de contrôle (checklist) structurée couvrant sept domaines cardinaux (dans la version d’origine néerlandaise) ou neuf domaines (dans les versions internationales anglophones), incluant les soins personnels, la mobilité, les transports, les travaux ménagers, la sécurité, la communication, les loisirs et les rôles sociaux. Les propriétés psychométriques de l’IPPA révèlent une excellente sensibilité au changement (taille d’effet et réponse standardisée moyennes supérieures aux échelles génériques), une fidélité test-retest substantielle (coefficients de corrélation intraclasse généralement compris entre 0,75 et 0,90) ainsi qu’une validité de construit convergente démontrée en corrélation avec des échelles homologues telles que la Mesure canadienne du rendement occupationnel (MCRO/COPM) et l’Évaluation de la satisfaction des usagers envers l’aide technique de Québec (QUEST).

2. Mots-clés / Keywords

Évaluation individualisée des problèmes prioritaires, IPPA, aides techniques, technologies d’assistance, ergothérapie, mesure de résultats, approche centrée sur le patient, réadaptation fonctionnelle, limitation d’activité, participation sociale, psychométrie, sensibilité au changement.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu et validé par une équipe de chercheurs spécialisés dans les technologies de réadaptation et la santé publique aux Pays-Bas et au sein de consortiums de recherche européens :

  • Dr. Roelof D. Wessels : Chercheur à l’Institut de recherche sur la réadaptation (Institute for Rehabilitation Research – iRv), Hoensbroek, Pays-Bas. Spécialiste de l’évaluation des technologies d’assistance et de la méthodologie des mesures individualisées.
  • Prof. Dr. Luc P. de Witte : Professeur de technologie et de soins de santé à l’Université de Maastricht et directeur de recherche à l’iRv (Hoensbroek, Pays-Bas) ; ultérieurement affilié à l’Université de Sheffield (Royaume-Uni) et à l’Université de La Haye. Leader scientifique international dans le domaine des technologies pour le vieillissement et l’autonomie.
  • Collaborateurs du consortium EATS (European Assistive Technology Outcomes and Cost-Effectiveness Study) : Chercheurs multidisciplinaires en ergonomie, ergothérapie, économie de la santé et bio-ingénierie ayant participé à l’harmonisation transnationale de l’outil à travers plusieurs pays de l’Union européenne (Pays-Bas, Royaume-Uni, Italie, Danemark, Finlande).

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Évaluation individualisée des problèmes prioritaires est de mesurer l’efficacité clinique, fonctionnelle et écologique de l’attribution d’une aide technique du point de vue exclusif de l’utilisateur final. Dans les approches traditionnelles de rééducation, l’efficacité des dispositifs d’assistance (fauteuils roulants, prothèses, aides à la communication, logiciels adaptés, aménagements du domicile) est couramment mesurée par des échelles génériques ou normatives de statut fonctionnel, telles que la Mesure d’indépendance fonctionnelle (MIF) ou l’Index de Barthel. Or, ces instruments génériques présentent des limites méthodologiques majeures : ils sont fréquemment sujets à des effets de plancher ou de plafond et, surtout, ils évaluent des tâches prédéfinies qui peuvent s’avérer totalement dénuées de pertinence pour un individu donné.

Face à cet écueil, l’IPPA propose une rupture épistémologique et clinique. L’instrument vise à :

  • Capturer les priorités subjectives de la personne : Deux individus présentant le même déficit neuromusculaire peuvent avoir des aspirations diamétralement opposées. L’un priorisera l’accès autonome à son poste de travail informatique, tandis que l’autre ciblera la capacité à cuisiner ou à monter dans un véhicule. L’IPPA permet à l’usager de sélectionner les activités qui comptent réellement pour lui.
  • Quantifier la résolution de problèmes spécifiques : L’outil ne cherche pas à mesurer une amélioration globale de la santé générale, mais évalue précisément dans quelle mesure les limitations éprouvées lors d’activités précises ont été atténuées ou résolues par l’intégration de l’aide technique.
  • Optimiser l’allocation des ressources et la pratique factuelle (Evidence-Based Practice) : Dans les contextes médico-économiques contemporains, les organismes payeurs, les services de santé nationaux et les assurances exigent des preuves tangibles quantifiant le rapport bénéfice/coût des aides attribuées. L’IPPA fournit un indice numérique standardisé d’efficacité du service fourni, tout en respectant l’hétérogénéité des profils d’usagers.
  • Favoriser l’alliance thérapeutique : En plaçant le bénéficiaire au cœur du processus de fixation des objectifs, l’IPPA renforce l’autonomisation (empowerment) et l’adhésion au port ou à l’utilisation durable du matériel prescrit, prévenant ainsi les taux élevés d’abandon des aides techniques constatés dans la littérature (pouvant atteindre 30 à 50 % des attributions).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par l’IPPA est la gravité perçue des problèmes d’activité pondérée par leur importance subjective, appréhendée à travers la trajectoire d’intervention en aides techniques. L’IPPA conceptualise le handicap non pas comme une propriété intrinsèque de la personne, mais comme une discordance dynamique entre les capacités individuelles, les exigences de l’environnement physique et social, et la tâche à accomplir.

Le modèle sous-jacent repose sur l’interaction de deux dimensions cognitives et évaluatives :

  • L’importance de l’activité (Pondération subjective) : La personne attribue une valeur relative à chaque tâche compromise. Cette dimension reflète l’ancrage identitaire, les rôles sociaux et les valeurs personnelles. Une limitation fonctionnelle minime dans une activité considérée comme vitale par le sujet peut susciter une détresse psychologique bien plus intense qu’une incapacité sévère dans une tâche qu’il délègue volontiers.
  • La difficulté / sévérité du problème (Gravité perçue) : Il s’agit du degré d’entrave, d’effort, de douleur, de lenteur ou de dépendance éprouvé lors de l’exécution de l’activité cible.

Pour guider le patient sans restreindre son expression libre, l’instrument utilise une taxonomie organisée en domaines de vie. Dans sa version standard complète, l’IPPA explore les dimensions suivantes :

  • Soins personnels (Personal Care) : Activités fondamentales de la vie quotidienne comprenant la toilette, l’habillage, l’alimentation, l’hygiène post-défécation ou la prise autonome de médicaments. Exemple : Un usager tétraplégique identifie comme problème majeur la manipulation autonome d’une brosse à dents ou le boutonnage de chemises.
  • Mobilité (Mobility) : Déplacements à l’intérieur et à proximité immédiate du lieu de vie, transferts posturaux (lit-fauteuil, assis-debout), franchissement de seuils ou d’escaliers. Exemple : L’incapacité d’effectuer un transfert autonome vers les toilettes en raison d’une faiblesse musculaire des membres inférieurs.
  • Transports et déplacements extérieurs (Transport) : Utilisation des transports en commun, conduite automobile, accès aux commerces de proximité ou manipulation d’un véhicule adapté. Exemple : La difficulté à charger un fauteuil roulant pliant dans le coffre d’une voiture.
  • Tâches domestiques (Housework / Domestic Life) : Préparation des repas, entretien du linge, nettoyage des sols, courses d’alimentation ou gestion du budget domestique. Exemple : L’impossibilité de porter une casserole d’eau chaude de l’évier à la plaque de cuisson en toute sécurité.
  • Sécurité (Safety) : Prévention des chutes, déclenchement d’alarmes en cas d’urgence, perception des signaux de danger sensoriels (fumée, sonneries). Exemple : L’anxiété liée à l’impossibilité de se relever seul après une chute à domicile ou de manipuler le téléphone d’urgence.
  • Communication (Communication) : Échanges verbaux et écrits, conversation téléphonique, utilisation d’ordinateurs, de tablettes tactiles, lecture de courriers administratifs. Exemple : L’épuisement vocal ou moteur lors de la saisie d’un texte chez un patient atteint de sclérose latérale amyotrophique.
  • Loisirs et détente (Recreation / Leisure) : Pratique d’activités artistiques, horticoles, sportives, lecture ou jeux vidéo. Exemple : L’abandon de la lecture d’ouvrages imprimés suite à une dégénérescence maculaire liée à l’âge.
  • Activités de rôle et participation sociale (Role Activities) : Maintien de l’emploi rémunéré, bénévolat, parentalité, scolarisation ou poursuite d’études supérieures. Exemple : L’incapacité à rester assis à un bureau ergonomique durant quatre heures consécutives sans ressentir de douleurs lombaires intraitables.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture conceptuelle de l’IPPA s’inscrit au croisement de la théorie de la pratique centrée sur la personne en ergothérapie et des modèles biopsychosociaux contemporains du handicap.

Le premier socle théorique fondamental émane du Modèle canadien du rendement et de l’engagement occupationnels (MCREO / CMOP-E) formalisé par Mary Law et ses collègues. Selon ce modèle, l’occupation humaine émerge de la transaction constante entre la personne (composantes physique, affective, cognitive et spirituelle), son environnement (physique, culturel, institutionnel, social) et les occupations signifiantes (soins personnels, loisirs, productivité). Lorsque cette harmonie transactionnelle est rompue par une lésion, une maladie chronique ou le vieillissement, l’ergothérapeute n’intervient pas uniquement pour réparer des fonctions corporelles intrinsèques défaillantes, mais pour adapter l’environnement physique via des aides techniques afin de rétablir le rendement occupationnel. L’IPPA operationalise précisément cette vision : l’intervention n’est couronnée de succès que si la personne expérimente une reprise de contrôle effective sur ses occupations signifiantes.

Le second pilier théorique est la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) adoptée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La CIF distingue rigoureusement les fonctions organiques et structures anatomiques (déficiences), l’exécution de tâches (activités) et l’implication dans des situations de vie réelle (participation), le tout moduler par des facteurs contextuels (environnementaux et personnels). L’IPPA se focalise spécifiquement sur l’intersection des limitations d’activités et des restrictions de participation en présence ou en l’absence de facteurs environnementaux facilitateurs (les technologies d’assistance). En mesurant le delta d’entrave avant et après l’introduction du facteur environnemental, l’IPPA quantifie empiriquement le pouvoir modérateur de l’aide technique sur le schéma conceptuel de la CIF.

Enfin, l’IPPA s’articule avec le Modèle MPT (Matching Person & Technology) développé par Marcia Scherer. Scherer a démontré empiriquement que l’acceptation et l’efficacité d’une aide technique ne dépendent pas prioritairement de ses prouesses d’ingénierie, mais de la congruence entre les attentes de l’usager, son style de vie, ses représentations identitaires et les fonctionnalités du matériel. L’IPPA applique ce paradigme en transformant le patient en co-évaluateur de la réponse technologique apportée à ses besoins singuliers.

7. Validité / Validity

La validation psychométrique de l’IPPA a fait l’objet de plusieurs investigations approfondies au sein de cohortes néerlandaises et de protocoles multicentriques européens coordonnés par l’équipe de Wessels, de Witte, ainsi que par d’autres groupes indépendants spécialisés en réadaptation (ex. Dijcks et al., 2006 ; Pettersson et al., 2012).

Validité de contenu et d’apparence

La validité de contenu repose sur l’exhaustivité de la liste de contrôle des domaines de vie soumise à l’usager. Lors des études initiales de développement, des panels d’experts (ergothérapeutes, conseillers en aides techniques, représentants d’associations de personnes handicapées) ont examiné si l’ensemble des sphères du quotidien susceptibles d’être modifiées par une technologie d’assistance étaient couvertes. L’analyse des journaux de bord des entretiens a confirmé que plus de 95 % des problèmes formulés spontanément par les bénéficiaires trouvaient une correspondance directe dans l’un des domaines de l’instrument.

Validité convergente et discriminante

La validité de construit a été analysée en confrontant les scores de changement de l’IPPA avec ceux d’autres échelles standardisées :

  • Corrélation avec la MCRO (COPM) : Les corrélations entre le score de changement moyen à l’IPPA et les scores de rendement et de satisfaction de la MCRO atteignent des valeurs statistiquement significatives et modérées à élevées, avec des coefficients de corrélation de Pearson ou de Spearman oscillant entre $r = -0,52$ et $r = -0,68$ ($p < 0,001$ ; le signe négatif traduisant le fait qu’une diminution du score IPPA correspond à une résolution du problème, tandis qu’une augmentation du score MCRO reflète une amélioration).
  • Corrélation avec la QUEST 2.0 (Quebec User Evaluation of Satisfaction with Assistive Technology) : Des corrélations positives modérées ($r = 0,35$ à $0,48$) ont été rapportées entre la satisfaction vis-à-vis du dispositif mesurée par la QUEST et la réduction des scores de problèmes de l’IPPA, attestant que la résolution effective des difficultés quotidiennes contribue notablement à la satisfaction globale envers l’aide technique sans s’y substituer totalement (validité divergente préservée).
  • Divergence avec les mesures de santé globale : Les corrélations avec des instruments génériques tels que l’EuroQol-5D (EQ-5D) ou le SF-36 sont faibles ($r < 0,30$), ce qui démontre la validité discriminante de l’outil : l’IPPA capte les bénéfices locaux et spécifiques de l’aide technique sans être parasité par l’état morbide global du sujet.

Sensibilité au changement (Réactivité / Responsiveness)

La supériorité de l’IPPA par rapport aux mesures nomothétiques conventionnelles réside dans sa réactivité métrologique. Les études cliniques documentent des tailles d’effet (Effect Size de Cohen) très élevées, s’échelonnant typiquement de $d = 1,10$ à $1,80$, et des ratios de réponse standardisés (Standardized Response Mean – SRM) supérieurs à $1,20$. Ces indicateurs surpassent systématiquement les indices de réactivité observés sur l’Index de Barthel ($SRM < 0,40$) ou l’échelle de handicap de Rankin pour les mêmes cohortes recevant des fauteuils roulants ou des aides de bain.

8. Fidélité / Reliability

En raison de sa nature individualisée, la fidélité de l’IPPA ne peut être appréhendée selon les postulats classiques de la théorie des tests réservés aux batteries statiques (où tous les répondants répondent aux mêmes items).

Fidélité test-retest

La fidélité temporelle a été vérifiée en administrant l’entretien T1 à deux reprises à court intervalle (généralement 1 à 2 semaines d’écart, avant que l’aide technique ne soit livrée ou mise en service), afin de vérifier la stabilité des problèmes identifiés et des cotations numériques en l’absence d’intervention :

  • Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score total pondéré de l’IPPA varie entre $0,77$ et $0,91$, attestant d’une excellente stabilité temporelle de la mesure.
  • La concordance dans la hiérarchisation des problèmes (coefficient de concordance de Kendall ou rho de Spearman) démontre que les usagers réitèrent les mêmes priorités dans plus de 80 % des cas.

Fidélité inter-évaluateurs

Lors d’entretiens conduits par différents évaluateurs (ergothérapeutes ou assistants de recherche formés) ou réévalués à partir d’enregistrements audio, les coefficients de corrélation intraclasse se sont maintenus au-delà de $CCI = 0,80$. Ces résultats confirment que le manuel de cotation et les consignes d’ancrage verbal fournissent un cadre suffisamment standardisé pour limiter la subjectivité de l’intervieweur.

Cohérence interne

Le calcul du coefficient alpha de Cronbach global n’est pas conceptuellement approprié pour une échelle individualisée où chaque sujet sélectionne un ensemble distinct d’activités non corrélées a priori (ex. un usager peut avoir un problème sévère d’écriture sans avoir aucun problème d’habillage). Néanmoins, lorsque des analyses de cohérence interne sont appliquées au niveau de la matrice de sévérité intra-individuelle des problèmes prioritaires retenus, les indices rapportés dans la littérature oscillent autour de $0,70$, illustrant une perception cohérente de la sévérité du handicap fonctionnel chez le répondant.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Dans le domaine de la psychométrie, les instruments idiographiques comme l’IPPA, la MCRO ou la technique de l’évaluation de l’atteinte des objectifs (Goal Attainment Scaling – GAS) posent un défi unique à l’analyse factorielle exploratoire (AFE) ou confirmatoire (AFC) conventionnelle.

Dans un questionnaire nomothétique fermé, une matrice de corrélation inter-items (ex. item 1 à item 20) est soumise à factorisation pour dégager des dimensions latentes communes. À l’inverse, dans l’IPPA, les « items » sont générés par le participant lui-même et varient d’un individu à l’autre. Par conséquent, il n’existe pas de matrice fixe de variables observables commune à l’ensemble de l’échantillon clinique.

Cependant, les méthodologistes ont exploré la structure factorielle et la dimensionnalité de l’IPPA selon deux approches complémentaires :

  • Analyse de la structure des domaines de la Checklist : Des analyses factorielles appliquées à la fréquence de sélection des domaines ont révélé que les problèmes rapportés s’articulent principalement autour de deux méta-facteurs latents : un facteur « Activités physiques et motrices fondamentales » (englobant mobilité, soins personnels et transferts) et un facteur « Participation sociorésidentielle et communication » (englobant loisirs, relations, tâches administratives et tâches ménagères complexes).
  • Unidimensionnalité du score de changement : Des modélisations de la théorie de réponse aux items (IRT / Modèle de Rasch) appliquées aux scores de différence ($T1 – T2$) ont examiné si la réduction des difficultés fonctionnelles pouvait être traitée comme une variable latente unidimensionnelle. Les indices d’ajustement (Infit et Outfit moyens compris entre 0,85 et 1,15) ont confirmé que, malgré la disparité des activités rapportées, le degré de résolution des problèmes prioritaires fonctionne bien comme un construit unifié mesurable de manière quantitative continue.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Évaluation individualisée des problèmes prioritaires s’administre sous forme d’entretien semi-structuré en face-à-face ou à distance. Le clinicien dispose d’un formulaire de cotation standardisé et d’un guide de passation.

  • Format d’administration : Entretien individuel semi-structuré mené par un professionnel de santé formé (ergothérapeute, kinésithérapeute, conseiller technique en réadaptation).
  • Temps de passation : Environ 20 à 30 minutes pour l’évaluation initiale (T1) ; 10 à 15 minutes pour l’évaluation de suivi post-intervention (T2).
  • Procédure séquentielle :
    • Étape 1 (Identification des problèmes – T1) : Le professionnel invite la personne à décrire les entraves vécues dans son quotidien. Pour stimuler la remémoration sans influencer les choix, l’évaluateur s’appuie sur la liste de contrôle des domaines de vie (soins corporels, mobilité, etc.). L’usager retient au maximum sept problèmes jugés capitaux (la moyenne observée se situe entre 3 et 5 activités).
    • Étape 2 (Pondération de l’importance – T1) : Pour chaque problème identifié, l’usager évalue l’importance de l’activité sur une échelle ordinale de Likert en 5 points (de 1 = « Pas très important » à 5 = « De la plus haute importance »).
    • Étape 3 (Évaluation de la sévérité initiale – T1) : L’usager évalue la difficulté ressentie pour accomplir l’activité sur une échelle de Likert en 5 points (de 1 = « Aucun problème du tout » à 5 = « Problème totalement insurmontable / impossible à réaliser »).
    • Étape 4 (Fourniture et apprentissage de l’aide technique) : Le dispositif d’assistance est prescrit, ajusté et intégré au quotidien du patient. Une période d’utilisation minimale de 4 à 12 semaines est généralement respectée afin d’assurer l’habituation motrice et environnementale.
    • Étape 5 (Évaluation de suivi – T2) : Lors du second entretien, les mêmes activités formulées en T1 sont représentées à l’usager. Il réévalue uniquement la difficulté ressentie (de 1 à 5) en utilisant désormais l’aide technique. La pondération de l’importance initiale reste inchangée afin de garantir la cohérence mathématique du modèle.
  • Calcul des scores et cotation :
    • Pour chaque problème $i$, le score individuel au temps T1 est calculé en multipliant l’importance par la difficulté :

      Score_Problème (T1) = Importance (T1) × Difficulté (T1)

      (Chaque problème varie ainsi d’un minimum de 1 [$1 \times 1$] à un maximum de 25 [$5 \times 5$]).

    • Le score global IPPA au temps T1 est la moyenne des scores de tous les problèmes identifiés :

      Score Total IPPA (T1) = [ Σ (Importance_i × Difficulté_i T1) ] / N_problèmes

    • Au temps T2, le calcul est réitéré en conservant l’importance initiale :

      Score_Problème (T2) = Importance (T1) × Difficulté (T2)

      Score Total IPPA (T2) = [ Σ (Importance_i × Difficulté_i T2) ] / N_problèmes

    • Le score de changement ou d’efficacité de l’aide technique ($\Delta IPPA$) correspond à la différence :

      Score de Changement = Score Total IPPA (T1) – Score Total IPPA (T2)

      Une valeur positive traduit une amélioration fonctionnelle (diminution du fardeau du problème). Une valeur nulle dénote une inefficacité de l’aide technique. Une valeur négative signale une dégradation (ex. aide trop lourde, inadaptée ou majorant les douleurs).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 2000 (premières publications cliniques et formalisation du manuel néerlandais et européen).
  • Propriété intellectuelle et droits d’auteur : Les droits moraux et de méthodologie appartiennent à Roelof D. Wessels, Luc P. de Witte et au consortium de recherche ayant participé au projet européen EATS (financé par la Commission européenne dans le cadre des programmes de télématique et réadaptation).
  • Conditions d’accès et tarifs : L’IPPA a été conçu initialement comme un instrument ouvert au bénéfice de la communauté scientifique et clinique internationale des technologies d’assistance. Les formulaires de cotation, le guide de l’intervieweur et les checklists ont été diffusés sans royalties d’acquisition dans des rapports universitaires et des thèses de doctorat. Cependant, la reproduction intégrale du manuel opérationnel original reste protégée par le droit d’auteur. Les chercheurs et cliniciens sont invités à se référer aux publications princeps ou à contacter les auteurs institutionnels pour obtenir les livrets de cotation standardisés officiels.

12. Références / References

  • de Witte, L. P., & Wessels, R. D. (2000). The Individually Prioritized Problem Assessment (IPPA): User Manual and Instrument Development. Institute for Rehabilitation Research (iRv), Hoensbroek.
  • Dijcks, B. P., de Witte, L. P., Gelderblom, G. J., Wessels, R. D., & Soede, M. (2006). Non-use of assistive technology in the Netherlands: A non-issue? Disability and Rehabilitation: Assistive Technology, 1(1-2), 97–102. https://doi.org/10.1080/09638280500167384
  • Law, M., Baptiste, S., Carswell, A., McColl, M. A., Polatajko, H., & Pollock, N. (1998). Canadian Occupational Performance Measure (COPM) (3rd ed.). CAOT Publications ACE.
  • Pettersson, I., Törnquist, K., & Ahlström, G. (2006). The Individually Prioritized Problem Assessment: Reliability and validity of the Swedish version. Technology and Disability, 18(4), 167–175. https://doi.org/10.3233/TAD-2006-18403
  • Scherer, M. J. (2002). Assistive Technology: Matching Device and Consumer for Successful Rehabilitation. American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10437-000
  • Wessels, R. D., & de Witte, L. P. (2003). Reliability and validity of the Individually Prioritized Problem Assessment (IPPA): Evaluating assistive technology outcomes. International Journal of Rehabilitation Research, 26(4), 273–282. https://doi.org/10.1097/00004356-200312000-00004
  • Wessels, R. D., de Witte, L. P., & van den Heuvel, W. J. (2004). Measuring the outcomes of assistive technology: A review of the literature. Technology and Disability, 16(2), 83–94. https://doi.org/10.3233/TAD-2004-16203
  • World Health Organization. (2001). International Classification of Functioning, Disability and Health (ICF). World Health Organization. https://apps.who.int/iris/handle/10665/42407

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Les éléments d’évaluation officiels de l’IPPA sont protégés par le droit d’auteur et s’articulent autour d’un protocole d’entretien clinique semi-structuré individualisé. Dans cette méthodologie idiographique, les items du questionnaire ne sont pas une liste pré-écrite de questions identiques imposées à tous, mais des énoncés de problèmes formulés par l’usager lui-même, guidé par la grille de repérage des domaines d’activités.

Avertissement : Ces items constituent un projet indicatif/brouillon basé sur la théorie de l’échelle et non la version officielle protégée par le droit d’auteur. Nous ne garantissons pas leur exactitude ni leur conformité totale avec la version originale.

Structure du protocole d’administration et échelles d’évaluation :

Domaines de repérage (Checklist Domains)

Au cours de l’entretien initial, le praticien invite le participant à identifier les activités problématiques au sein des domaines suivants :

  • Domaine 1 : Soins personnels (ex. toilette, habillage, hygiène, alimentation)
  • Domaine 2 : Mobilité à l’intérieur du logement (ex. transferts lit-fauteuil, marche, franchissement d’obstacles intérieurs)
  • Domaine 3 : Transports et déplacements extérieurs (ex. marche extérieure, utilisation du véhicule, transports en commun)
  • Domaine 4 : Tâches ménagères et vie domestique (ex. cuisiner, nettoyer, faire les courses, laver le linge)
  • Domaine 5 : Sécurité (ex. prévenir les chutes, appeler à l’aide en urgence, se déplacer de nuit)
  • Domaine 6 : Communication et gestion de l’information (ex. téléphoner, utiliser un ordinateur, écrire, lire)
  • Domaine 7 : Loisirs et détente (ex. activités de plein air, travaux manuels, lecture, sports)
  • Domaine 8 : Activités de rôle et vie professionnelle / éducative (ex. exercer son métier, étudier, rôle familial)

Échelle d’évaluation de l’importance (Cotée à T1 uniquement)

Pour chaque problème individualisé retenu (Problème 1 à 7 maximum), le répondant indique l’importance de pouvoir accomplir l’activité :

  1. 1 = Pas très important (Not very important)
  2. 2 = Plutôt important (Rather important)
  3. 3 = Important (Important)
  4. 4 = Très important (Very important)
  5. 5 = De la plus haute importance (Of the utmost importance)

Échelle d’évaluation de la difficulté du problème (Cotée à T1 et à T2)

Le répondant indique l’ampleur de la difficulté ou du problème rencontré dans l’exécution de l’activité (à T1 sans l’aide technique / à T2 avec l’aide technique fournie) :

  1. 1 = Aucun problème du tout / Résolu avec succès (No problem at all)
  2. 2 = Problème léger (A slight problem)
  3. 3 = Problème modéré (A moderate problem)
  4. 4 = Problème sévère (A severe problem)
  5. 5 = Problème insurmontable / Impossible à réaliser (Cannot be performed at all)

Modèle de fiche d’enregistrement des problèmes individualisés

  • Problème n° 1 : [Description formulée par le patient] — Domaine : _________ | Importance (1-5) : ___ | Difficulté T1 (1-5) : ___ | Difficulté T2 (1-5) : ___
  • Problème n° 2 : [Description formulée par le patient] — Domaine : _________ | Importance (1-5) : ___ | Difficulté T1 (1-5) : ___ | Difficulté T2 (1-5) : ___
  • Problème n° 3 : [Description formulée par le patient] — Domaine : _________ | Importance (1-5) : ___ | Difficulté T1 (1-5) : ___ | Difficulté T2 (1-5) : ___
  • Problème n° 4 : [Description formulée par le patient] — Domaine : _________ | Importance (1-5) : ___ | Difficulté T1 (1-5) : ___ | Difficulté T2 (1-5) : ___
  • Problème n° 5 : [Description formulée par le patient] — Domaine : _________ | Importance (1-5) : ___ | Difficulté T1 (1-5) : ___ | Difficulté T2 (1-5) : ___
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Looti, M. (2026, septembre 23). Évaluation individualisée des problèmes prioritaires. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-individualisee-des-problemes-prioritaires-ippa/
Looti, Mohammed. “Évaluation individualisée des problèmes prioritaires.” Base de données de psychologie en français, 23 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-individualisee-des-problemes-prioritaires-ippa/.
Looti, Mohammed. “Évaluation individualisée des problèmes prioritaires.” Base de données de psychologie en français. septembre 23, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-individualisee-des-problemes-prioritaires-ippa/.