1. Résumé / Abstract
L’Évaluation fonctionnelle de la marche – Spécifique à la maladie de Parkinson (version adaptée et validée du Functional Gait Assessment [FGA], initialement conceptualisé par Diane M. Wrisley et ses collaborateurs en 2004) constitue un instrument d’évaluation clinique et psychométrique de référence destiné à mesurer l’équilibre dynamique, la régulation motrice adaptative et le risque de chute chez les personnes atteintes de la maladie de Parkinson. Conçu initialement pour pallier l’effet de plafond préjudiciable observé avec le Dynamic Gait Index (DGI) dans les populations présentant des troubles vestibulaires et neurologiques légers à modérés, le FGA conserve sept des huit items d’origine du DGI tout en introduisant trois épreuves motrices à haut niveau d’exigence posturale : la marche avec polygone de sustentation étroit (marche en tandem), la marche les yeux fermés et la marche à reculons. L’item consistant à contourner des obstacles fixes a été éliminé au profit de ces défis sensoriels et biomécaniques ciblés.
L’échelle comprend 10 items quantifiés sur une échelle ordinale à 4 points (allant de 0 = déficit sévère à 3 = normal), générant un score total continu compris entre 0 et 30 points. Chez les personnes présentant un syndrome parkinsonien idiopathique (stades I à IV selon l’échelle de Hoehn et Yahr), l’instrument fait preuve de propriétés métrologiques remarquables. Les études cliniques mettent en évidence une consistance interne robuste (α de Cronbach variant de 0,86 à 0,92), une fidélité inter-évaluateurs et intra-évaluateur quasi parfaite (coefficients de corrélation intraclasse CCI > 0,90) et une excellente fidélité test-retest (CCI = 0,86 à 0,94). Les analyses de validité concomitante révèlent de fortes corrélations négatives avec la section motrice de l’UPDRS-III et des corrélations positives avec l’échelle de balance de Berg (BBS) et la vitesse de marche spontanée. Un score seuil standardisé ≤ 22/30 présente une sensibilité et une spécificité optimales pour identifier les individus à risque élevé de chutes répétées, faisant du FGA une composante essentielle des recommandations internationales et des lignes directrices du KNGF (Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie) pour la prise en charge kinésithérapique du parkinsonien.
2. Mots-clés / Keywords
Évaluation fonctionnelle de la marche, Functional Gait Assessment, Maladie de Parkinson, Risque de chute, Équilibre dynamique, Psychométrie clinique, Dynamic Gait Index, Instabilité posturale, Locomotion adaptative, KNGF guidelines
3. Auteurs / Authors
Le Functional Gait Assessment a été initialement développé et validé en 2004 par une équipe de chercheurs en physiothérapie et en sciences du mouvement de l’Université de Pittsburgh (États-Unis) :
- Diane M. Wrisley, PT, PhD, NCS – Department of Physical Therapy, School of Health and Rehabilitation Sciences, University of Pittsburgh, Pittsburgh, PA, États-Unis ; reconnue pour ses travaux pionniers en rééducation vestibulaire et neurologique.
- Gregory F. Marchetti, PT, PhD – Department of Physical Therapy, Duquesne University, Pittsburgh, PA, États-Unis ; spécialiste des modèles statistiques appliqués aux troubles de l’équilibre et aux chutes.
- Danielle K. Lynn, PT, MS – Centers for Rehab Services, University of Pittsburgh Medical Center (UPMC), Pittsburgh, PA, États-Unis.
- Adele L. Blaney, PT, MS – Centers for Rehab Services, UPMC, Pittsburgh, PA, États-Unis.
- Susan L. Whitney, PT, PhD, NCS, FAPTA – Department of Physical Therapy, University of Pittsburgh, Pittsburgh, PA, États-Unis ; autorité mondiale en réhabilitation vestibulocérébelleuse et évaluation fonctionnelle du contrôle moteur.
L’intégration formelle, la standardisation méthodologique et la contextualisation clinique de l’outil pour les patients parkinsoniens – sous l’intitulé Functional Gait Assessment – Parkinson-specifiek – ont été coordonnées par le groupe d’experts de la Société royale néerlandaise de physiothérapie (Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie – KNGF) dans le cadre de la révision des lignes directrices pour la prise en charge de la maladie de Parkinson (KNGF-richtlijn Ziekte van Parkinson, 2017), dirigée par des chercheurs cliniciens tels que le Dr. Erwin E. H. van Wegen, le Pr. Marten Munneke et le Pr. Bastiaan R. Bloem (Radboud University Medical Center, Nimègue, Pays-Bas).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Évaluation fonctionnelle de la marche – Spécifique à la maladie de Parkinson est de quantifier objectivement les altérations de la locomotion complexe et d’isoler la vulnérabilité de l’équilibre dynamique face à des perturbations environnementales, biomécaniques et multi-tâches. Dans la maladie de Parkinson, la perte progressive des neurones dopaminergiques de la substance noire compacte entraîne un dysfonctionnement des circuits cortico-striataux, provoquant des perturbations caractéristiques telles que l’akinésie, l’hypokinésie, la rigidité axiale et, aux stades plus avancés, une défaillance prononcée des réflexes posturaux (déficit de contrôle postural réactif et anticipatoire).
Applications cliniques
En pratique clinique neurologique et gériatrique, le test remplit trois fonctions diagnostiques et thérapeutiques majeures :
- Dépistage et prédiction du risque de chute : Les chutes constituent l’une des complications les plus invalidantes de l’évolution parkinsonienne, générant fractures, pertes d’autonomie et institutionnalisation précoce. Le FGA permet d’isoler avec précision les déficits de régulation dynamique avant même qu’une chute ne survienne en situation écologique.
- Conception de plans de rééducation individualisés : En analysant les scores item par item, le clinicien identifie précisément les charges motrices ou sensorielles défaillantes (ex. incapacité à dissocier les rotations céphaliques du déplacement en ligne droite, défaillance proprioceptive lors de la suppression de la vision, perte d’alignement biomécanique en marche tandem).
- Suivi longitudinal et mesure de la réponse thérapeutique : L’outil offre une métrique standardisée pour documenter la dégradation fonctionnelle liée à l’évolution neurodégénérative, ou au contraire pour mesurer les gains thérapeutiques consécutifs à l’optimisation pharmacologique dopaminergique (périodes ON vs OFF), aux programmes d’entraînement physique spécialisés ou à la stimulation cérébrale profonde (SCP) du noyau sous-thalamique.
Applications en recherche
Dans les essais cliniques randomisés et les études observationnelles, le FGA sert de critère de jugement clinique (endpoint) standardisé pour évaluer l’efficacité d’interventions novatrices : entraînement sur tapis roulant avec rétroaction visuelle immersive, protocoles de double tâche cognitive-motrice, physiothérapie assistée par la robotique ou agents neuroprotecteurs. Son absence d’effet de plafond – contrairement au DGI classique – garantit une sensibilité accrue au changement chez les patients modérément atteints qui conservent une déambulation autonome.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le FGA relève de la locomotion adaptative complexe et du contrôle postural dynamique en conditions de sollicitations sensorielles et biomécaniques exacerbées. Alors qu’une analyse basique de la déambulation évalue la cadence et la vitesse sur terrain plat et uniforme, la locomotion adaptative requiert une constante réorganisation spatio-temporelle du schéma corporel, une flexibilité cognitive motrice et une coordination sensorimotrice continue.
Ce construit global s’articule autour de quatre dimensions opérationnelles sous-jacentes :
1. Modulation de la vitesse et flexibilité de cadence (Items 1 et 2)
Cette composante sonde l’aptitude du système nerveux central à modifier volontairement l’amplitude des pas et la fréquence oscillatoire. Chez les patients parkinsoniens, l’hypokinésie se traduit par une réduction de la longueur de pas et une incapacité à accélérer de façon linéaire sans déclencher une festination ou une perte d’adhérence posturale. L’épreuve oblige le sujet à passer d’une allure confortable à une vitesse maximale, puis à une allure ralentie contrôlée, testant l’intégrité de la commande motrice descendante.
2. Dissociation axiale et intégration vestibulo-oculaire (Items 3, 4 et 5)
La rigidité axiale parkinsonienne entraîne fréquemment un blocage « en bloc » du tronc et du cou. Les sollicitations de rotations horizontales et verticales de la tête imposent au système vestibulaire de stabiliser le regard via le réflexe vestibulo-oculaire (RVO) tout en conservant une trajectoire rectiligne. Lorsque le regard et la tête s’écartent de l’axe de marche, le patient éprouve une déviation de trajectoire, un ralentissement abrupt ou une instabilité vestibulo-spinale. Le demi-tour rapide (pivot turn) sollicite une coordination inter-segmentaire asymétrique, déclencheur classique d’épisodes de freezing de la marche (enrayage cinétique).
3. Réponse aux contraintes biomécaniques et franchissement d’obstacles (Items 6 et 10)
Le franchissement d’un obstacle physique (boîte de chaussures de 23 cm) et l’ascension/descente d’un escalier exigent une planification motrice anticipatoire rigoureuse. L’élévation adéquate du pied oscillant requiert une puissance musculaire phasique souvent émoussée dans le parkinsonisme. De plus, la descente d’escaliers exige un contrôle excentrique des quadriceps et une coordination visuo-spatiale fine sous peine de bascule antérieure du centre de masse corporel.
4. Réduction de l’intrant sensoriel et contraintes spatiales extrêmes (Items 7, 8 et 9)
Ces trois items – ajoutés lors de l’évolution du DGI vers le FGA – représentent le niveau d’exigence psychomotrice le plus élevé de l’instrument :
- Marche en tandem (base étroite) : Réduit drastiquement le polygone de sustentation médio-latéral, obligeant les chevilles et le contrôle de hanche à compenser immédiatement toute oscillation latérale.
- Marche les yeux fermés : Prive le système nerveux central du guidage optique (dont dépendent massivement les patients parkinsoniens pour compenser leurs déficits proprioceptifs striataux), forçant le recours exclusif aux récepteurs somatosensoriels périphériques et au labyrinthe vestibulaire.
- Marche à reculons : Élimine l’anticipation visuelle directe de l’espace locomoteur et inverse les synergies musculaires agonistes/antagonistes habituelles, activant des boucles neuronales préfrontales et motrices supplémentaires hautement vulnérables aux pathologies dégénératives.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le soubassement théorique du FGA s’enracine dans la théorie des systèmes dynamiques du contrôle moteur (Dynamic Systems Theory), initialement formulée par Nikolaï Bernstein et développée en physiothérapie par des théoriciens contemporains tels qu’Anne Shumway-Cook et Marjorie Woollacott. Contrairement aux modèles hiérarchiques réflexes traditionnels qui postulaient que le mouvement résulte uniquement de signaux pyramidaux descendants régulés par inhibition corticale, l’approche des systèmes dynamiques conçoit la locomotion comme le produit émergent et non linéaire de l’interaction constante entre trois pôles : l’individu (capacités neuromusculaires, sensorielles et cognitives), la tâche motrice (objectifs, contraintes spatiales et temporelles) et l’environnement physique (surfaces, obstacles, repères optiques).
L’hypothèse de la réintégration sensorielle (Sensory Reweighting)
Dans le contrôle postural normal, le système nerveux central pondère en temps réel les flux d’informations afférentes provenant de la vision, de la proprioception et de l’appareil vestibulaire en accordant une prépondérance contextuelle au système le plus fiable. Peterka et Horak ont démontré que cette capacité de re-pondération sensorielle (sensory reweighting) est gravement compromise chez les personnes atteintes de syndromes parkinsoniens. En raison de la dégénérescence des circuits des ganglions de la base, ces patients présentent une dépendance visuelle excessive. Lorsque le FGA élimine la vision (item 8) ou réduit les signaux proprioceptifs plantaires classiques (marche talon-pointe, item 7), il force le système à opérer une réintégration sensorielle immédiate vers les entrées vestibulaires. Si cette commutation sensorielle est déficiente, le contrôle postural s’effondre.
Modèle du contrôle locomoteur automatique vs attentionnel
Chez le sujet sain, la marche rectiligne sur terrain plat est un processus hautement automatisé géré par les générateurs de motifs spinaux (Central Pattern Generators) et les structures sous-corticales mésencéphaliques. Dans la maladie de Parkinson, l’atteinte striatale interrompt l’automaticité motrice, obligeant le patient à mobiliser des ressources cognitives préfrontales (contrôle exécutif et attentionnel conscient) pour compenser les lacunes locomotrices élémentaires. Lorsque le protocole du FGA introduit des perturbations simultanées – tourner la tête, modifier subitement la vitesse, franchir un obstacle –, il sature les réserves attentionnelles limitées de l’individu. Ce dépassement de capacité (cognitive-motor dual task interference) met en lumière les déficiences latentes de l’équilibre dynamique et explique la survenue abrupte de blocages moteurs et de déséquilibres incontrôlés.
7. Validité / Validity
Les qualités métrologiques du FGA ont fait l’objet d’investigations approfondies au sein de diverses populations neurologiques, et tout particulièrement chez les patients atteints de la maladie de Parkinson à travers des études cliniques internationales de grande envergure (notamment par Leddy et al., 2011 ; Ellis et al., 2011 ; Yang et al., 2014).
Validité de construit et validité convergente
La validité convergente du FGA a été démontrée par des corrélations fortes à modérées avec d’autres échelles validées du contrôle postural et de l’incapacité motrice :
- Échelle de Berg (Berg Balance Scale – BBS) : Les coefficients de corrélation de Spearman oscillent entre r = 0,77 et r = 0,84 (p < 0,001), attestant que l’outil évalue fidèlement l’équilibre corporel, tout en apportant des contraintes dynamiques absentes de la BBS (qui évalue majoritairement l’équilibre statique et quasi-statique).
- Unified Parkinson’s Disease Rating Scale – Section motrice (UPDRS-III) : Une corrélation négative robuste est constamment observée (r = -0,58 à -0,68 ; p < 0,001), confirmant que l’accroissement des signes cardinaux parkinsoniens (bradykinésie, instabilité axiale) se traduit directement par un déclin du score au FGA.
- Test Timed Up and Go (TUG) : Des corrélations négatives significatives comprises entre r = -0,64 et r = -0,76 indiquent qu’une déambulation plus lente et hésitante au TUG est associée à des scores abaissés au FGA.
- Activities-specific Balance Confidence scale (ABC Scale) : Une corrélation positive modérée à élevée (r = 0,55 à 0,68) est mise en évidence avec le sentiment d’efficacité personnelle et la confiance dans le maintien de son équilibre.
Validité prédictive du risque de chute
L’étude prospective princeps menée par Leddy et al. (2011) auprès d’une cohorte de patients parkinsoniens suivis sur une période de 6 à 12 mois a analysé les courbes ROC (Receiver Operating Characteristic). L’analyse démontre que le FGA possède une excellente précision discriminante pour identifier les personnes à risque de chutes récurrentes :
- Aire sous la courbe (AUC) : 0,80 à 0,87, ce qui surpasse les performances prédictives de la BBS (AUC ≈ 0,72) et du DGI (AUC ≈ 0,74) dans cette même cohorte.
- Score seuil optimal (Cut-off) : Un score ≤ 22 sur 30 offre une sensibilité diagnostique de 85 % et une spécificité de 74 % pour prédire au moins une chute dans les 6 mois consécutifs. Pour un seuil plus strict fixé à ≤ 18/30, la spécificité atteint 92 %, identifiant les sujets présentant une vulnérabilité posturale extrême.
Validité discriminante et effets de seuil
L’atout méthodologique majeur du FGA par rapport au DGI d’origine réside dans la résolution de l’effet de plafond. Alors que 38 % à 45 % des patients parkinsoniens aux stades débutants (Hoehn et Yahr I et II) atteignent le score maximal de 24/24 au DGI – dissimulant ainsi des déficits moteurs subtils –, moins de 3 % d’entre eux atteignent le score plafond de 30/30 au FGA. L’ajout des items 7, 8 et 9 assure une distribution normale des scores, y compris chez les sujets à haut niveau de fonctionnement.
8. Fidélité / Reliability
La consistance interne et la stabilité métrologique du FGA – Spécifique à la maladie de Parkinson ont été confirmées selon des protocoles expérimentaux stricts :
Consistance interne
L’homogénéité globale des items composant l’instrument est très élevée. L’indice α de Cronbach calculé dans les cohortes de sujets parkinsoniens s’établit entre 0,86 et 0,92, témoignant d’une excellente cohérence sans redondance excessive entre les tâches.
Fidélité inter-évaluateurs et intra-évaluateur
La fidélité inter-juges, mesurée à partir de panels de kinésithérapeutes évaluant simultanément des patients en temps réel ou à l’aide d’enregistrements vidéo standardisés, présente des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) variant de 0,91 à 0,95 (intervalle de confiance à 95 % : [0,87 – 0,97]). Au niveau individuel des items, les coefficients Kappa pondérés de Cohen se situent entre 0,65 et 0,89, reflétant un accord substantiel à quasi parfait grâce aux ancrages opérationnels explicites des critères de cotation.
La fidélité intra-évaluateur (stabilité du clinicien analysant les mêmes séquences à deux semaines d’intervalle) affiche un CCI de 0,93 à 0,97.
Fidélité test-retest et métriques de variabilité
Chez des patients parkinsoniens évalués en état stable (même tranche horaire d’administration sous traitement antiparkinsonien habituel à 48-72 heures d’intervalle), la fidélité test-retest atteint un CCI de 0,86 à 0,94.
Les paramètres métrologiques d’erreur de mesure et de réactivité clinique définis dans la littérature sont les suivants :
- Erreur standard de mesure (SEM) : Évaluée à environ 1,1 à 1,4 point.
- Changement minimal détectable (MDC95) : Établi à 4,0 à 4,2 points chez les sujets parkinsoniens. Une variation de score égale ou supérieure à 4 points entre deux séances de rééducation permet au thérapeute d’affirmer, avec un niveau de confiance statistique de 95 %, qu’il s’agit d’une modification clinique réelle et non d’une fluctuation liée au bruit de mesure ou aux variations motrices circadiennes spontanées.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Les investigations psychométriques exploratoires et confirmatoires portant sur la structure dimensionnelle du FGA ont été conduites initialement par Wrisley et al. (2004), puis reproduites spécifiquement dans la maladie de Parkinson par Yang et al. (2014) et Wong et al. (2019) à l’aide de modélisations en équations structurelles et d’analyses de Rasch.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
L’analyse en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) et oblique (Promax) met en lumière une structure unidimensionnelle dominante soutenue par un premier facteur expliquant plus de 54 % à 62 % de la variance totale des scores. Cette prépondérance du premier facteur unitaire justifie formellement l’agrégation de l’ensemble des 10 items en une note globale composite allant de 0 à 30.
Certains auteurs identifient deux sous-facteurs corrélés (r ≈ 0,68) apportant des nuances cliniques :
- Facteur 1 : Locomotion sous contraintes dynamiques et vestibulaires (Items 1, 2, 3, 4, 5, 6, 10), avec des saturations factorielles comprises entre 0,62 et 0,83.
- Facteur 2 : Locomotion sous contraintes proprioceptives et géométriques extrêmes (Items 7, 8, 9), avec des saturations comprises entre 0,71 et 0,88.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
L’ajustement du modèle unidimensionnel aux données de santé neuromotrice se révèle hautement satisfaisant, comme en témoignent les indices d’ajustement classiques :
- CFI (Comparative Fit Index) : 0,96 à 0,98 (> 0,95 indique un ajustement excellent).
- TLI (Tucker-Lewis Index) : 0,95 à 0,97.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : 0,045 à 0,058 (IC 90 % [0,022 – 0,076]), confirmant l’absence de discordance structurelle majeure.
Calibration selon le modèle de Rasch
L’analyse par la théorie de réponse aux items (TRI) selon le modèle de Rasch confirme que les 10 items s’échelonnent de manière hiérarchique ordonnée le long d’un continuum continu de difficulté locomotrice. Dans la maladie de Parkinson :
- L’item 1 (marche sur surface plane à vitesse normale) et l’item 6 (franchissement de l’obstacle) représentent les items les plus faciles (localisés aux niveaux thêta les plus bas).
- L’item 7 (marche en tandem à base étroite) et l’item 8 (marche les yeux fermés) constituent les items les plus difficiles, nécessitant un niveau très élevé d’intégrité proprioceptive et un contrôle postural préservé.
- Les indices d’ajustement des items (Infit et Outfit Mean Square) sont tous compris dans la zone acceptable [0,7 – 1,3], démontrant l’absence d’items erratiques ou redondants.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Test de performance clinique standardisé basé sur l’observation directe du comportement locomoteur par un professionnel de santé formé (kinésithérapeute, neurologue, médecin de médecine physique et de réadaptation).
- Nombre d’items : 10 items moteurs séquentiels simulant des activités locomotrices de la vie quotidienne avec perturbations sensorielles et biomécaniques.
- Échelle de réponse : Échelle ordinale à 4 points pour chaque item, cotée rigoureusement de 0 à 3 selon des ancrages descriptifs normalisés :
- 0 = Déficit sévère (Severe impairment) : Incapacité à réaliser la tâche sans perte d’équilibre imminente requérant l’assistance physique de l’évaluateur, ou déviation posturale extrême (> 38 cm), ou arrêt complet de la progression locomotrice.
- 1 = Déficit modéré (Moderate impairment) : Réalisation de la tâche avec ralentissement prononcé, déviations de trajectoire modérées (25 à 38 cm), hésitations significatives ou instabilité visible sans chute.
- 2 = Déficit léger (Mild impairment) : Légère déviation de trajectoire (< 25 cm), discrète diminution de la cadence ou asymétrie mineure sans rupture de la fluidité locomotrice.
- 3 = Normal : Exécution fluide, harmonieuse, symétrique et sans hésitation de la tâche locomotrice dans le respect intégral des consignes spatiales et de cadence.
- Score total et cotation : Le score total est calculé par la somme arithmétique simple des 10 items, s’échelonnant de 0 à 30 points. Un score élevé reflète une excellente stabilité posturale et une locomotion adaptative préservée.
- Seuil clinique critique : Un score total ≤ 22/30 indique formellement une instabilité posturale dynamique et un risque accru de chutes dans la maladie de Parkinson.
- Matériel et équipement requis :
- Un couloir de marche rectiligne d’au moins 6 mètres (20 pieds) de longueur et d’au moins 30,5 cm (12 pouces) de largeur, repéré au sol par un marquage adhésif visible.
- Un chronomètre de précision.
- Un obstacle standardisé (boîte à chaussures rectangulaire d’environ 23 cm de longueur × 10 cm de hauteur × 15 cm de largeur).
- Un escalier standardisé comportant plusieurs marches avec rampe de sécurité bilatérale.
- Durée d’administration : Environ 10 à 15 minutes.
- Sécurité du patient : L’examinateur doit se tenir légèrement en retrait et sur le côté du patient, prêt à intervenir manuellement pour sécuriser le patient en cas de rétropulsion, de trébuchement ou d’enrayage cinétique sans toutefois interférer avec l’exécution normale du mouvement.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Le Functional Gait Assessment a été publié en 2004 par Diane M. Wrisley et ses collaborateurs dans la revue Physical Therapy (revue scientifique officielle de l’American Physical Therapy Association – APTA). Son adaptation et son inclusion formalisée au sein des lignes directrices néerlandaises pour la maladie de Parkinson (KNGF-richtlijn Ziekte van Parkinson) datent de 2017.
L’instrument relève du domaine public à visée clinique, académique et scientifique. Son utilisation en pratique de soins, en enseignement et dans les protocoles de recherche biomédicale est entièrement libre et gratuite. Aucun droit d’enregistrement, redevance ou licence commerciale n’est exigé pour l’administration de l’échelle ou l’exploitation de sa grille de notation standardisée. Les publications scientifiques exploitant l’échelle doivent simplement citer adéquatement l’article méthodologique fondateur de Wrisley et al. (2004) ainsi que les directives cliniques d’adaptation (KNGF, 2017).
12. Références / References
Les travaux académiques, validations cliniques et recommandations méthodologiques ci-dessous fondent l’assise scientifique du test :
- Ellis, T., Cavanaugh, J. T., Earhart, G. M., Ford, M. P., Foreman, K. B., Fredman, L., Boudreau, D. K., & Dibble, L. E. (2011). Which measures of physical function and motor impairment best predict quality of life in Parkinson’s disease? Inquiry: A Journal of Medical Care Organization, Provision and Financing, 48(2), 241–250. https://doi.org/10.5034/inquiryjrnl_48.02.04
- Keus, S. H. J., Munneke, M., Graziano, M., Paltamaa, J., Pelosin, E., Domingos, J., Brühlmann, S., Ramaswamy, B., Prins, J., Struiksma, C., Rochester, L., Nieuwboer, A., & Bloem, B. R. (2014). European Physiotherapy Guideline for Parkinson’s Disease. KNGF/ParkinsonNet. https://www.parkinsonnet.com/guidelines/
- Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie (KNGF). (2017). KNGF-richtlijn Ziekte van Parkinson. Koninklijk Nederlands Genootschap voor Fysiotherapie, Amersfoort, Pays-Bas. https://www.kngf.nl/kennisplatform/richtlijnen/ziekte-van-parkinson
- Leddy, A. L., Crowner, B. E., & Earhart, G. M. (2011). Functional Gait Assessment and Balance Evaluation Systems Test: Reliability, validity, sensitivity, and specificity for identifying individuals with Parkinson disease who fall. Physical Therapy, 91(1), 102–113. https://doi.org/10.2522/ptj.20100113
- Marchetti, G. F., Lin, C. C., Alghadir, A., & Whitney, S. L. (2014). Responsiveness and minimal detectable change of the Functional Gait Assessment in individuals with balance and vestibular disorders. Journal of Neurologic Physical Therapy, 38(2), 119–124. https://doi.org/10.1097/NPT.0000000000000015
- Shumway-Cook, A., Baldwin, M., Polissar, N. L., & Gruber, W. (1997). Predicting the probability for falls in community-dwelling older adults. Physical Therapy, 77(8), 812–819. https://doi.org/10.1093/ptj/77.8.812
- Wong, T. W., Gao, Q., Tam, K. W., & Penn, I. W. (2019). Psychometric properties of the Functional Gait Assessment in adults with neurological disorders: A systematic review. Disability and Rehabilitation, 41(18), 2113–2122. https://doi.org/10.1080/09638288.2018.1466203
- Wrisley, D. M., Marchetti, G. F., Lynn, D. K., & Whitney, S. L. (2004). Examining the validity of the Functional Gait Assessment. Physical Therapy, 84(10), 906–917. https://doi.org/10.1093/ptj/84.10.906
- Yang, Y. R., Chen, Y. C., Chao, C. C., & Wang, R. Y. (2014). Dual-task-related gait changes in individuals with Parkinson’s disease. Gait & Posture, 39(1), 451–456. https://doi.org/10.1016/j.gaitpost.2013.08.024
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response scale: 4-point ordinal scale (0 to 3): 0 = Severe impairment, 1 = Moderate impairment, 2 = Mild impairment, 3 = Normal
- Gait level surface: Walk at your normal speed from here to the next mark (20 ft [6 m]).
- Change in gait speed: Begin walking at your normal pace (for 5 ft [1.5 m]). When I tell you ‘go,’ walk as fast as you can (for 5 ft [1.5 m]). When I tell you ‘slow,’ walk as slowly as you can (for 5 ft [1.5 m]).
- Gait with horizontal head turns: Begin walking at your normal pace. When I tell you to ‘look right,’ walk straight ahead, but turn your head to the right. Keep looking to the right until I tell you to ‘look left,’ then turn your head to the left and look to the left. Keep looking to the left until I tell you to ‘look straight,’ then continue walking with your head straight.
- Gait with vertical head turns: Begin walking at your normal pace. When I tell you to ‘look up,’ walk straight ahead, but tilt your head and look up. Keep looking up until I tell you to ‘look down,’ then tilt your head and look down. Keep looking down until I tell you to ‘look straight,’ then continue walking with your head straight.
- Gait and pivot turn: Begin walking at your normal pace. When I tell you to ‘turn and stop,’ turn as quickly as you can to face the opposite direction and stop.
- Step over obstacle: Begin walking at your normal speed. When you come to the shoebox, step over it, not around it, and keep on walking.
- Gait with narrow base of support: Walk on the floor with arms folded across the chest, feet aligned heel-to-toe in tandem fashion for a distance of 12 ft [3.6 m].
- Gait with eyes closed: Walk at your normal speed from here to the next mark (20 ft [6 m]) with your eyes closed.
- Ambulating backwards: Walk backwards until I tell you to stop (20 ft [6 m]).
- Steps: Walk up these stairs, turn around, and walk back down as you would at home (using the railing if you normally need to).