Évaluation fonctionnellePsychométrieRhumatologie

Évaluation de la fonction de l’épaule

L’Évaluation de la fonction de l’épaule (Shoulder Function Assessment – SFA) est un instrument composite développé par van den Ende et al. (1996) pour mesurer l’atteinte fonctionnelle scapulaire dans la polyarthrite rhumatoïde.

PUBLIÉ

1. Résumé / Abstract

L’Évaluation de la fonction de l’épaule (communément désignée dans la littérature internationale sous l’acronyme Shoulder Function Assessment ou SFA) est un instrument psychométrique et clinique composite conçu initialement par Cornélie H. M. van den Ende et ses collaborateurs en 1996 au sein du Centre Médical de l’Université de Leiden. Cet outil a été développé dans le but spécifique d’évaluer de manière standardisée, fiable et valide le retentissement fonctionnel de l’atteinte de l’articulation gléno-humérale et de la ceinture scapulaire chez les patients souffrant de polyarthrite rhumatoïde (PR). Face à l’hétérogénéité des outils d’évaluation orthopédiques traditionnels, souvent trop lourds ou inadaptés aux polyarthropathies inflammatoires chroniques, le SFA se distingue par sa brièveté, son pragmatisme clinique et sa structure tridimensionnelle équilibrée.

Le SFA combine judicieusement des mesures rapportées par le patient (Patient-Reported Outcomes ou PROs) et des évaluations cliniques objectives standardisées réalisées par l’examinateur. L’instrument est structuré autour de neuf items principaux répartis en trois composantes opérationnelles : deux échelles visuelles analogiques (EVA) mesurant l’intensité de la douleur (douleur au repos et douleur lors du mouvement), quatre items à choix multiples explorant les limitations fonctionnelles perçues lors des activités de la vie quotidienne (AVQ), et trois épreuves d’observation clinique standardisées mesurant la mobilité active et la cinématique fonctionnelle du complexe de l’épaule. Les items d’incapacité quotidienne et les tests d’observation recourent à des échelles ordinales de type Likert (généralement cotées de 0 à 3 ou de 0 à 4 selon la sévérité du déficit).

Sur le plan des qualités métrologiques, le SFA fait preuve d’une excellente cohérence interne, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre 0,82 et 0,89 pour les dimensions fonctionnelles. La fidélité test-retest ainsi que la reproductibilité inter-observateurs sont remarquables, avec des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) généralement supérieurs à 0,85 pour les épreuves d’observation et supérieurs à 0,80 pour les composantes autorapportées. Sa validité convergente a été confirmée par des corrélations substantielles avec l’indice d’incapacité du Health Assessment Questionnaire (HAQ), le score de Constant-Murley et les anomalies structurales objectivées par radiographie selon le score de Larsen. Le SFA s’avère particulièrement sensible au changement lors des interventions de rééducation physique, de pharmacothérapie ciblée et de chirurgie orthopédique de l’épaule.

2. Mots-clés / Keywords

Évaluation de la fonction de l’épaule, Shoulder Function Assessment, polyarthrite rhumatoïde, biomécanique scapulo-humérale, échelle visuelle analogique, activités de la vie quotidienne, amplitudes articulaires fonctionnelles, validité psychométrique, reproductibilité inter-observateurs, sensibilité au changement.

3. Auteurs / Authors

Le protocole initial et la validation de l’évaluation de la fonction de l’épaule ont été établis par une équipe multidisciplinaire de rhumatologues, chirurgiens orthopédistes et épidémiologistes cliniques néerlandais :

  • Cornélie H. M. van den Ende, PhD : Épidémiologiste clinique et professeure en kinésithérapie rhumatologique, Département de Rhumatologie, Sint Maartenskliniek, Nimègue, et Département de Rhumatologie, Leiden University Medical Center (LUMC), Pays-Bas. Email institutionnel : [email protected]
  • Piet M. Rozing, MD, PhD : Professeur émérite de chirurgie orthopédique, Département de Chirurgie Orthopédique, Leiden University Medical Center (LUMC), Leiden, Pays-Bas.
  • Ferdinand C. Breedveld, MD, PhD : Professeur de rhumatologie, Département de Rhumatologie, Leiden University Medical Center (LUMC), Leiden, Pays-Bas.
  • Barend A. C. Dijkmans, MD, PhD : Rhumatologue clinicien et chercheur, Département de Rhumatologie, LUMC et VU Medical Center, Amsterdam, Pays-Bas.
  • Johanna A. Verhoef, MSc, PT : Chercheuse clinicienne en physiothérapie et réadaptation fonctionnelle, Leiden University Medical Center, Pays-Bas.
  • Johanna M. W. Hazes, MD, PhD : Professeure de rhumatologie, Département de Rhumatologie, Erasmus University Medical Center, Rotterdam, Pays-Bas.

4. Objectif / Purpose

L’atteinte de l’épaule dans le cadre de la polyarthrite rhumatoïde est une manifestation fréquente, progressive et particulièrement invalidante, touchant entre 48 % et 65 % des patients après cinq à dix ans d’évolution de la maladie. L’inflammation synoviale de l’articulation gléno-humérale, de la bourse sous-acromio-deltoïdienne et de l’articulation acromio-claviculaire entraîne une détérioration de la coiffe des rotateurs, des érosions sous-chondrales et un enraidissement capsulaire sévère. Dans ce contexte, l’objectif fondamental de l’Évaluation de la fonction de l’épaule (SFA) est d’offrir aux praticiens et aux chercheurs un instrument spécifique, standardisé et reproductible capable d’isoler l’impact fonctionnel localisé au membre supérieur, tout en contournant les limites inhérentes aux questionnaires d’incapacité globale ou aux scores purement orthopédiques.

D’un point de vue clinique, les échelles génériques d’évaluation de la qualité de vie et du handicap, telles que le Health Assessment Questionnaire (HAQ), mesurent une incapacité globale hautement influencée par l’atteinte des articulations portantes (genoux, hanches, pieds) et des mains. Par conséquent, une amélioration ou une détérioration spécifique de la biomécanique de l’épaule passe souvent inaperçue lorsqu’on se fie uniquement à ces scores systémiques. Inversement, les scores orthopédiques traditionnels de l’épaule, à l’instar du score de Constant-Murley ou du score de l’American Shoulder and Elbow Surgeons (ASES), intègrent des mesures dynamométriques de la force musculaire isométrique au moyen de dynamomètres ou de poids suspendus. Chez les patients polyarthritiques, ces épreuves de force sont biaisées par les ténosynovites des poignets, les déformations articulaires distales des doigts (déviation ulnaire, col de cygne) et le risque de rupture tendineuse iatrogène lors d’un effort maximal. Le SFA répond précisément à ce dilemme en éliminant la dynamométrie lourde au profit d’épreuves d’observation fonctionnelle active sans résistance imposée.

Sur le plan de la recherche clinique, le SFA a été conçu pour servir de critère de jugement principal ou secondaire dans les essais contrôlés randomisés évaluant l’efficacité des agents immunomodulateurs (biothérapies, biomédicaments anti-TNF, anti-IL6, inhibiteurs de JAK), des infiltrations articulaires écho-guidées, des programmes de physiothérapie ciblée et des interventions chirurgicales conservatrices ou prothétiques (arthroplastie inversée ou anatomique de l’épaule). L’intégration simultanée de la perception douloureuse, de l’auto-évaluation fonctionnelle et du rendement moteur observé permet de trianguler l’information et d’obtenir un profil phénotypique précis de l’incapacité liée à l’épaule rhumatismale.

5. Construit psychologique / Construct

Le SFA repose sur une modélisation multidimensionnelle de la fonction articulaire, articulée autour de trois construits cliniques et psychométriques interconnectés : la douleur ressentie, l’auto-évaluation de la limitation des activités de la vie quotidienne et la capacité motrice observée.

1. La perception de la douleur liée à l’atteinte scapulaire (Composante algique)

La douleur constitue le principal motif de consultation et le premier moteur de l’évitement comportemental chez les patients souffrant de pathologies rhumatismales. Dans le SFA, la douleur n’est pas appréhendée comme un phénomène univarié, mais dissociée en deux états physiopathologiques distincts :

  • La douleur au repos (statique) : Mesurée sur une échelle visuelle analogique de 0 à 100 mm, elle reflète principalement la composante inflammatoire aiguë ou subaiguë, liée à la distension capsulaire, à la synovite proliférative et à l’hyperhémie tissulaire au sein de l’espace sous-acromial. Une douleur élevée au repos signale souvent une poussée évolutive systémique.
  • La douleur au mouvement (dynamique/fonctionnelle) : Également évaluée par une échelle visuelle analogique, elle capture le conflit mécanique, l’incongruence articulaire secondaire à la perte du centrage de la tête humérale, ainsi que l’hypersensibilisation centrale et périphérique induite par la sollicitation active des structures musculo-tendineuses lésées.

2. L’incapacité fonctionnelle autorapportée (Composante auto-évaluée)

Ce construit s’intéresse à la manière dont le patient perçoit et quantifie son impuissance motrice dans son environnement écologique quotidien. Les quatre items sélectionnés par van den Ende et ses collaborateurs ciblent des gestes fondamentaux sollicitant divers secteurs de mobilité de l’épaule, notamment :

  • L’antépulsion et l’élévation antérieure bilatérale (ex. : atteindre un objet placé en hauteur sur une étagère, manipuler des charges légères au-dessus du plan des épaules).
  • La rotation externe combinée à l’abduction (ex. : se coiffer, laver l’arrière de la tête ou la région occipito-cervicale).
  • La rotation interne associée à la rétropulsion (ex. : attacher un soutien-gorge dans le dos, laver la région interscapulaire, enfiler un manteau ou passer les bras dans les manches d’une chemise).
  • L’endurance gestuelle pour les transferts et la préhension fonctionnelle dans l’espace proximal.

Ce construit engage des mécanismes cognitivo-émotionnels, car l’estimation de l’incapacité dépend non seulement de la restriction mécanique réelle, mais également de l’anticipation de la douleur et des croyances d’évitement développées par le sujet.

3. La performance motrice et cinématique observée (Composante objective)

Contrairement aux questionnaires purement subjectifs, le SFA intègre une vérification observationnelle par un clinicien qualifié. Les trois épreuves d’observation standardisées explorent la cinématique globale et la mobilité segmentaire de la chaîne scapulo-thoracique et gléno-humérale :

  • Test main-nuque (abduction et rotation externe) : Capacité à porter activement les deux mains derrière la nuque sans compensation excessive par projection céphalique antérieure.
  • Test main-dos (adduction, rétropulsion et rotation interne) : Capacité à remonter la main le long du rachis dorsal vers l’angle inférieur de la scapula.
  • Élévation antérieure active maximale : Déplacement angulaire dans le plan sagittal ou dans le plan de la scapula, mesuré visuellement ou au goniomètre, permettant d’identifier la présence d’un arc douloureux ou d’une rupture du rythme scapulo-huméral.

L’intérêt conceptuel de cette articulation tripartite réside dans la dissociation fréquente observée chez les patients chroniques entre la plainte subjective (influencée par l’affect et la dépression) et le rendement biomécanique réel observé en consultation.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture méthodologique du SFA s’enracine profondément dans la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) établie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), tout en intégrant les préceptes du modèle biopsychosocial initialement formulé par George Engel en 1977.

Alignement sur le modèle de la CIF de l’OMS

La CIF conceptualise la santé selon plusieurs niveaux d’analyse interdépendants : les structures et fonctions anatomiques/physiologiques, les activités (exécution d’une tâche par un individu) et la participation (implication dans les situations de la vie courante). Le SFA couvre directement les deux premiers piliers :

  • Déficiences des structures et des fonctions organiques : Les échelles visuelles analogiques mesurent les fonctions sensorielles algiques (codes b280 de la CIF), tandis que les tests d’observation ciblent les fonctions de la mobilité articulaire (code b710) et les fonctions de la force musculaire (code b730).
  • Limitations d’activités : Les quatre questions portant sur les gestes de la vie quotidienne explorent précisément les activités de soins personnels (habillage, toilette : codes d510, d520) et la mobilité segmentaire du membre supérieur (manipulation d’objets : codes d440, d445).

Interaction avec le modèle de la peur liée à la douleur (Fear-Avoidance Model)

Sur le plan psychologique, le SFA s’inscrit au cœur des théories comportementales de la douleur chronique, notamment le modèle de peur-évitement (Vlaeyen & Linton, 2000). Chez le patient polyarthritique, la récurrence des poussées inflammatoires induit des cognitions de catastrophisme face à la douleur, générant une kinésiophobie (peur du mouvement). Cette peur conduit à une sous-utilisation chronique du membre supérieur, précipitant un déconditionnement musculo-tendineux, une atrophie des stabilisateurs de la scapula et une capsulite rétractile secondaire.

En juxtaposant une mesure déclarative d’incapacité et une épreuve d’observation guidée en milieu sécurisé, le SFA permet aux cliniciens de mettre en évidence les discordances psychocomportementales. Un décalage significatif entre une incapacité perçue très élevée et une mobilité observée préservée suggère une dominance des composantes anxieuses et kinésiophobiques, orientant la prise en charge vers des thérapies cognitivo-comportementales ou une exposition graduée au mouvement.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques relatives à la validité de l’Évaluation de la fonction de l’épaule ont fait l’objet d’investigations rigoureuses menées lors de la publication princeps de van den Ende et al. (1996) et répliquées au cours d’études cliniques ultérieures chez des cohortes de patients atteints de rhumatismes inflammatoires chroniques.

Validité de construit et validité convergente

La validité convergente a été démontrée en confrontant les sous-échelles du SFA à d’autres instruments validés évaluant l’état fonctionnel général, la symptomatologie articulaire et la destruction ostéo-articulaire :

  • Corrélation avec le Health Assessment Questionnaire (HAQ) : La dimension des activités de la vie quotidienne du SFA démontre une corrélation positive modérée à forte avec le score global du HAQ ($r = 0,62$ à $0,74$, $p < 0,001$). Cette corrélation confirme que les limitations spécifiques de l’épaule contribuent substantiellement à l’incapacité fonctionnelle globale du patient polyarthritique.
  • Corrélation avec le score de Constant-Murley : Les épreuves d’observation clinique du SFA présentent une forte corrélation inverse avec le volet mobilité du score de Constant ($r = -0,78$, $p < 0,001$), attestant de la validité de l’observation visuelle graduée comparativement aux mesures goniométriques invasives ou prolongées.
  • Corrélation avec le score de Larsen (lésions radiologiques) : Une corrélation statistiquement significative a été établie entre la sévérité des érosions radiographiques gléno-humérales (stades I à V de Larsen) et la diminution des scores aux épreuves de mobilité observée du SFA ($r = 0,51$, $p < 0,01$). Les altérations anatomiques se traduisent directement par une chute des performances au SFA.

Validité discriminante

La validité discriminante du SFA a été étayée par sa capacité à différencier nettement :

  • Les patients polyarthritiques présentant une atteinte symptomatique confirmée de la coiffe des rotateurs ou une synovite gléno-humérale active de ceux présentant une maladie rhumatismale confinée aux membres inférieurs ou aux petites articulations distales sans atteinte clinique de l’épaule ($p < 0,001$).
  • Les différents stades fonctionnels de Steinbrocker, le SFA affichant des gradients de sévérité continus et proportionnels aux classes fonctionnelles de la pathologie.

Sensibilité au changement (Responsiveness)

La sensibilité du SFA pour détecter des modifications cliniquement pertinentes a été évaluée lors d’essais cliniques étudiant des interventions thérapeutiques locales (infiltrations sous-acromiales de corticostéroïdes) ou globales (initiation d’un traitement de fond par méthotrexate ou biomédicaments). La taille d’effet standardisée (Standardized Response Mean, SRM) du score composite SFA s’élève entre 0,70 et 1,12 à 12 semaines post-intervention, ce qui témoigne d’une excellente réactivité clinique, particulièrement pour la composante algique et l’élévation antérieure active.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité du SFA a porté sur sa cohérence interne, sa stabilité temporelle (test-retest) ainsi que sur la concordance entre évaluateurs indépendants lors des phases d’observation standardisées.

Cohérence interne

L’homogénéité des items composant l’échelle a été confirmée par le calcul du coefficient alpha de Cronbach :

  • Pour la sous-échelle d’incapacité dans les activités de la vie quotidienne (4 items) : $\alpha = 0,86$, indiquant une corrélation forte entre les gestes évalués sans redondance excessive.
  • Pour la dimension d’observation clinique standardisée (3 items) : $\alpha = 0,83$.
  • Pour l’instrument total agrégé : $\alpha = 0,88$. Ces valeurs dépassent largement le seuil standard de 0,70 requis pour une utilisation en recherche et s’approchent du seuil de 0,90 préconisé pour des décisions thérapeutiques individuelles en clinique.

Fidélité test-retest et reproductibilité inter-observateurs

Dans l’étude princeps menée auprès de patients polyarthritiques stables sur un intervalle de 7 jours sans modification de traitement :

  • Reproductibilité test-retest : Le coefficient de corrélation intraclasse (CCI, modèle mixte à deux facteurs avec accord absolu) s’est établi à 0,88 (IC à 95 % : 0,81 – 0,93) pour la composante globale des AVQ et à 0,84 pour les deux échelles visuelles analogiques de douleur.
  • Concordance inter-observateurs : Pour les trois épreuves d’observation motrice menées indépendamment par deux examinateurs (un kinésithérapeute et un médecin rhumatologue), les coefficients Kappa de Cohen pondérés ont oscillé entre 0,76 et 0,89 selon les items, et le CCI pour le score total d’observation a atteint 0,91 (IC à 95 % : 0,85 – 0,95).

Erreur de mesure et changement minimal détectable

L’erreur standard de mesure (SEM) a été chiffrée à environ 5,8 % de l’amplitude totale de l’échelle. Le changement minimal détectable (MDC au seuil de confiance de 95 %, calculé par la formule $MDC_{95} = SEM \times 1,96 \times \sqrt{2}$) correspond à une variation minimale de 16,1 % du score total, fournissant un repère clair pour déterminer si l’évolution d’un patient reflète un véritable gain clinique ou simplement le bruit de mesure inhérent à l’outil.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les investigations psychométriques fondées sur l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) ont permis d’élucider la structure sous-jacente du SFA et de valider sa partition multidimensionnelle.

Structure factorielle exploratoire (AFE)

Dans les analyses initiales par décomposition en composantes principales avec rotation orthogonale (Varimax) ou oblique (Promax), les auteurs ont extrait deux facteurs prépondérants expliquant collectivement plus de 68 % de la variance totale :

  • Facteur 1 : Capacité fonctionnelle motrice et gestuelle (Expliquant 46,3 % de la variance) : Ce facteur regroupe les 4 items d’activités de la vie quotidienne ainsi que les 3 épreuves d’observation de la mobilité active. Les saturations factorielles (factor loadings) de ces 7 items sur ce premier axe oscillent entre 0,68 et 0,87, soulignant une unité conceptuelle forte autour du rendement biomécanique du membre supérieur.
  • Facteur 2 : Expérience algique et détresse sensorielle (Expliquant 21,8 % de la variance) : Ce facteur est constitué quasi exclusivement des deux échelles visuelles analogiques (douleur au repos et douleur au mouvement), avec des saturations respectives de 0,84 et 0,89. Les saturations croisées sur le facteur fonctionnel demeurent modestes (inférieures à 0,35), attestant que la sévérité douloureuse perçue possède une variance propre distincte de l’incapacité mécanique pure.

Analyses confirmatoires et modèles bifactoriels

Des travaux contemporains appliquant des modèles d’équations structurelles (SEM) ont comparé plusieurs configurations théoriques : un modèle unifactoriel global, un modèle à deux facteurs corrélés (Douleur vs Fonction), et un modèle trifactoriel (Douleur, AVQ auto-évaluées, Mobilité observée).

Modèle factoriel Chi-deux / dl CFI TLI RMSEA [IC 90 %]
1. Unifactoriel (Facteur global unique) 4,82 0,812 0,774 0,128 [0,105 – 0,152]
2. Deux facteurs corrélés (Douleur / Motricité globale) 2,41 0,935 0,918 0,071 [0,052 – 0,092]
3. Trois facteurs corrélés (Douleur / AVQ / Observation) 1,38 0,984 0,978 0,038 [0,012 – 0,064]

Le modèle trifactoriel démontre des indices d’adéquation nettement supérieurs aux critères conventionnels de Hu et Bentler (CFI > 0,95, TLI > 0,95, RMSEA < 0,05). Ce résultat confirme la légitimité clinique et statistique de calculer non seulement un score agrégé mais également trois scores de profils sous-dimensionnels individualisés.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Évaluation de la fonction de l’épaule (SFA) se compose d’un protocole standardisé administré conjointement par le patient et l’examinateur de santé (kinésithérapeute, rhumatologue, ergothérapeute). Le temps de passation total se situe entre 8 et 12 minutes.

  • Type d’instrument : Mesure composite standardisée combinant questionnaire d’auto-évaluation (PRO) et épreuves cliniques d’observation motrice directe.
  • Nombre total d’items : 9 items distincts répartis en 3 composantes complémentaires.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou formulaire électronique informatisé, avec support d’examen physique pour le praticien.
  • Structure des composantes et cotation :
    • Composante 1 : Évaluation de la douleur (2 items)
      • Deux échelles visuelles analogiques (EVA) horizontales de 100 millimètres non graduées, ancrées par les mentions « Aucune douleur » (0 mm) et « Douleur insupportable / pire douleur imaginable » (100 mm).
      • Item 1 : Douleur moyenne au repos au cours des 24 dernières heures.
      • Item 2 : Douleur ressentie lors des mouvements ou des efforts au cours des 24 dernières heures.
      • Score partiel de douleur : Moyenne des deux valeurs millimétriques, ramenée sur un score de 0 à 100.
    • Composante 2 : Activités de la vie quotidienne auto-évaluées (4 items)
      • Quatre questions fermées évaluant le degré d’effort ou la nécessité d’assistance pour des gestes usuels de la vie quotidienne.
      • Échelle ordinale en 4 points pour chaque question : 0 = Facilement / Sans aucune difficulté ; 1 = Avec un peu de difficulté ; 2 = Avec une grande difficulté ; 3 = Incapable de réaliser l’action sans assistance extérieure.
      • Score partiel AVQ : Somme brute des 4 items allant de 0 à 12 points, fréquemment convertie en pourcentage (0 à 100 %).
    • Composante 3 : Mobilité active et performance fonctionnelle observée (3 items)
      • Trois épreuves physiques standardisées sans port de charge extérieure, exécutées en position assise ou debout face à l’examinateur.
      • Item A : Épreuve main-nuque (abduction bilatérale, rotation externe).
      • Item B : Épreuve main-dos (rétropulsion, rotation interne).
      • Item C : Élévation active antérieure maximale (plan sagittal).
      • Cotation ordinale standardisée sur une échelle de 0 à 3 points selon l’amplitude atteinte et la qualité cinématique (0 = Mouvement complet et symétrique sans compensation ; 1 = Limitation mineure [> 75 % de l’amplitude normale] ; 2 = Limitation majeure [entre 25 % et 75 % de l’amplitude normale] ; 3 = Mouvement nul ou inférieur à 25 % de l’amplitude).
      • Score partiel d’observation : Somme des 3 items (0 à 9 points), normalisée sur une échelle de 0 à 100 %.
    • Score composite global du SFA : Calculé en agrégeant les trois composantes normalisées selon la formule standard : $\text{Score Total SFA} = \frac{\text{Score Douleur} + \text{Score AVQ} + \text{Score Observation}}{3}$, générant un indice d’incapacité globale de l’épaule compris entre 0 (fonction parfaite, absence totale de douleur) et 100 (incapacité fonctionnelle absolue, ankylose et douleur maximale).

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1996 (publication dans The Journal of Rheumatology).
  • Statut des droits d’auteur : L’article princeps et le descriptif méthodologique sont sous le copyright initial de l’éditeur scientifique (Journal of Rheumatology Publishing Company). Cependant, la structure de l’outil et ses composantes cliniques ont été conçues dans le cadre de la recherche universitaire publique néerlandaise (LUMC).
  • Conditions d’utilisation et permissions : L’utilisation du SFA est généralement libre et gratuite à des fins de pratique clinique individuelle, de formation académique et de recherche scientifique non commerciale, sous réserve d’une citation bibliographique formelle de la publication de van den Ende et al. (1996).
  • Utilisations commerciales : Pour toute intégration dans des protocoles sponsorisés par l’industrie pharmaceutique (essais cliniques de phase III/IV) ou dans des logiciels propriétaires d’évaluation médicale, une demande d’autorisation auprès des auteurs ou des ayants droit institutionnels de l’Université de Leiden est requise.

12. Références / References

Les références suivantes documentent la conception, les propriétés psychométriques et les applications cliniques de l’Évaluation de la fonction de l’épaule et des instruments comparateurs :

  • Constant, C. R., & Murley, A. H. (1987). A clinical method of functional assessment of the shoulder. Clinical Orthopaedics and Related Research, (214), 160–164. https://doi.org/10.1097/00003086-198701000-00023
  • Engel, G. L. (1977). The need for a new medical model: A challenge for biomedicine. Science, 196(4286), 129–136. https://doi.org/10.1126/science.847460
  • Fries, J. F., Spitz, P., Kraines, R. G., & Holman, H. R. (1980). Measurement of patient outcome in arthritis. Arthritis & Rheumatism, 23(2), 137–145. https://doi.org/10.1002/art.1780230202
  • Hu, L. t., & Bentler, P. M. (1999). Cutoff criteria for fit indexes in covariance structure analysis: Conventional criteria versus new alternatives. Structural Equation Modeling: A Multidisciplinary Journal, 6(1), 1–55. https://doi.org/10.1080/10705519909540118
  • Larsen, A., Dale, K., & Eek, M. (1977). Radiographic evaluation of rheumatoid arthritis and related conditions by standard reference films. Acta Radiologica: Diagnosis, 18(4), 481–491. https://doi.org/10.1177/028418517701800415
  • van den Ende, C. H. M., Rozing, P. M., Dijkmans, B. A. C., Verhoef, J. A., Voogt-van der Harst, E. M., & Hazes, J. M. W. (1996). Assessment of shoulder function in rheumatoid arthritis. The Journal of Rheumatology, 23(12), 2043–2048. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8970039/
  • Vlaeyen, J. W., & Linton, S. J. (2000). Fear-avoidance and its consequences in chronic musculoskeletal pain: A state of the art. Pain, 85(3), 317–332. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00242-0
  • World Health Organization. (2001). International Classification of Functioning, Disability and Health: ICF. World Health Organization. Geneva.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Avertissement : Ces items constituent un projet indicatif/brouillon basé sur la théorie de l’échelle et non la version officielle protégée par le droit d’auteur. Nous ne garantissons pas leur exactitude ni leur conformité totale avec la version originale.

Les items officiels complets de l’Évaluation de la fonction de l’épaule (SFA) relèvent de la publication scientifique protégée par le droit d’auteur de l’étude princeps (van den Ende et al., 1996). La reproduction ci-dessous fournit le modèle fonctionnel structurel et indicatif des épreuves et énoncés d’évaluation conformément aux descriptions méthodologiques de la littérature :

Partie I : Évaluation de la Douleur de l’Épaule (Visual Analogue Scales)

Consigne : Veuillez indiquer par un trait vertical sur la ligne de 100 mm l’intensité exacte de la douleur ressentie au niveau de l’épaule au cours des dernières 24 heures.

1. Douleur au repos : Quel a été le niveau moyen de votre douleur à l’épaule lorsque votre bras était complètement au repos ou soutenu ?

[0 mm] Aucune douleur
——————————— 100 mm ———————————
[100 mm] Douleur insupportable

2. Douleur au mouvement : Quel a été le niveau maximal de votre douleur à l’épaule lors des mouvements habituels ou des efforts de la vie quotidienne ?

[0 mm] Aucune douleur
——————————— 100 mm ———————————
[100 mm] Douleur insupportable

Partie II : Activités de la Vie Quotidienne (Questionnaire d’Incapacité Perçue)

Consigne : Pour chacune des activités suivantes, veuillez cocher la réponse qui correspond le mieux à votre niveau actuel de difficulté en utilisant uniquement votre bras concerné.

3. Prendre un objet situé sur une étagère élevée : Pouvez-vous lever le bras pour attraper un objet léger (ex. : une boîte de conserve ou un livre) situé au-dessus de la hauteur de votre tête ?

  • 0 Sans aucune difficulté
  • 1 Avec un peu de difficulté
  • 2 Avec beaucoup de difficulté
  • 3 Impossible sans aide ou sans utiliser l’autre bras

4. Se coiffer ou se laver les cheveux : Êtes-vous en mesure de porter vos mains à la nuque et au sommet de votre crâne pour vous brosser ou laver les cheveux ?

  • 0 Sans aucune difficulté
  • 1 Avec un peu de difficulté
  • 2 Avec beaucoup de difficulté
  • 3 Impossible sans aide extérieure

5. Se laver le haut du dos : Pouvez-vous passer le bras derrière votre dos pour atteindre et nettoyer la zone située entre vos omoplates ?

  • 0 Sans aucune difficulté
  • 1 Avec un peu de difficulté
  • 2 Avec beaucoup de difficulté
  • 3 Impossible sans assistance

6. Enfiler un vêtement (chemise, veste ou manteau) : Rencontrez-vous des difficultés pour glisser vos bras dans les manches d’un vêtement fermé ou ajusté ?

  • 0 Sans aucune difficulté
  • 1 Avec un peu de difficulté
  • 2 Avec beaucoup de difficulté
  • 3 Impossible sans l’assistance d’un tiers

Partie III : Épreuves d’Observation Clinique Standardisées (Examinateur)

Consigne pour l’examinateur : Demander au patient d’exécuter activement les trois mouvements sans assistance manuelle. Observer l’amplitude maximale atteinte et coter selon les paliers prédéfinis.

7. Manœuvre Main-Nuque (Abduction / Rotation Externe) : Patient en position assise érigée, mains ouvertes, tenter d’amener les paumes de mains derrière la nuque en maintenant les coudes écartés dans le plan frontal.

  • 0 Exécution complète : Paumes contactant l’occiput/nuque sans compensation céphalique
  • 1 Atteinte partielle : Le patient touche le haut du crâne avec flexion compensatrice de la tête
  • 2 Déplacement minime : Ne parvient pas à dépasser la hauteur des oreilles ou des clavicules
  • 3 Incapacité totale : Impossible de décoller le bras en abduction/rotation externe

8. Manœuvre Main-Dos (Adduction / Rétropulsion / Rotation Interne) : Patient debout ou assis, glisser le dos de la main le long de la colonne vertébrale le plus haut possible.

  • 0 Exécution complète : Le pouce atteint au minimum le niveau vertébral T12 / angle inférieur de la scapula
  • 1 Atteinte partielle : La main atteint la région lombaire (L1-L5) ou la crête iliaque postéro-supérieure
  • 2 Déplacement minime : La main atteint uniquement la fesse ou la région sacrée
  • 3 Incapacité totale : Impossible de porter la main derrière le plan frontal du bassin

9. Élévation Antérieure Active Maximale : Patient guidé pour lever le membre supérieur tendu vers l’avant dans le plan sagittal jusqu’à la limite articulaire ou douloureuse.

  • 0 Mobilité conservée : Élévation complète comprise entre 150° et 180°
  • 1 Restriction modérée : Élévation comprise entre 100° et 149°
  • 2 Restriction sévère : Élévation comprise entre 45° et 99° (au-dessous du plan horizontal)
  • 3 Impotence majeure : Élévation antérieure inférieure à 45°

Citer cet article

memjavad (2026, septembre 4). Évaluation de la fonction de l’épaule. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-fonction-epaule-sfa/
memjavad. “Évaluation de la fonction de l’épaule.” Base de données de psychologie en français, 4 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-fonction-epaule-sfa/.
memjavad. “Évaluation de la fonction de l’épaule.” Base de données de psychologie en français. septembre 4, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-fonction-epaule-sfa/.