Évaluation de l’addiction sexuelle

Analyse psychométrique détaillée de l’Évaluation de l’addiction sexuelle (SAST) de Patrick Carnes : validité, fidélité, cadre théorique et items originaux.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Évaluation de l’addiction sexuelle (souvent désignée sous le nom de Sexual Addiction Screening Test ou version abrégée du SAST) développée à l’origine par le psychologue clinicien Patrick Carnes représente l’un des premiers instruments psychométriques standardisés spécifiquement conçus pour repérer les manifestations caractéristiques de la dépendance sexuelle, de l’hypersexualité et du trouble du comportement sexuel compulsif. L’instrument dans sa forme abrégée comprend dix items soigneusement sélectionnés pour évaluer la rupture de l’autorégulation comportementale, l’envahissement cognitif, la persistance des conduites en dépit de conséquences délétères majeures et la détresse psychologique associée. Chaque énoncé adopte un format de réponse dichotomique (Oui / Non), facilitant une administration rapide tant en milieu psychiatrique et addictologique qu’en contexte de dépistage ambulatoire ou de médecine générale.

Sur le plan psychométrique, cette mesure condensée cible les marqueurs cardinaux du modèle de l’addiction comportementale : perte de contrôle, vaines tentatives de modération ou de cessation, répercussions psychosociales, détresse émotionnelle sévère incluant des idéations suicidaires, conflits interpersonnels et répercussions médicolégales. Les études d’évaluation psychométrique indiquent une cohérence interne satisfaisante pour un format bref (coefficients alpha de Cronbach et de Kuder-Richardson oscillant habituellement entre 0,78 et 0,86), une excellente sensibilité diagnostique face aux populations cliniques consultant pour une sexualité compulsive, ainsi qu’une validité convergente robuste avec des mesures contemporaines telles que l’Hypersexual Behavior Inventory (HBI) et les critères diagnostiques du trouble du comportement sexuel compulsif (TCSC) répertorié dans la CIM-11 par l’Organisation mondiale de la santé. Cet outil demeure une référence historique et clinique majeure dans le triage préliminaire des comportements sexuels compulsifs et de leurs comorbidités psychiatriques.

2. Mots-clés / Keywords

Addiction sexuelle, Sexual Addiction Screening Test, SAST, Patrick Carnes, Trouble du comportement sexuel compulsif, Hypersexualité, Évaluation psychométrique, Perte de contrôle, Comportement compulsif, Dépistage addictologique, Impulsivité sexuelle, Santé mentale.

3. Auteurs / Authors

L’instrument a été conçu par le Dr Patrick J. Carnes, chercheur, conférencier et psychologue clinicien américain reconnu internationalement comme le pionnier de l’étude et du traitement des addictions sexuelles. Titulaire d’un doctorat en éducation et psychologie de l’Université du Minnesota, le Dr Carnes a fondé le Gentle Path Programme au sein de plusieurs centres de soins spécialisés, notamment la clinique Pine Grove Behavioral Health and Addiction Services à Hattiesburg, Mississippi, États-Unis. Il est également l’auteur de publications séminales ayant posé les jalons théoriques de la sexologie clinique contemporaine, notamment Out of the Shadows: Understanding Sexual Addiction (1983) et Don’t Call It Love (1991).

Les versions adaptées et disséminées dans les manuels cliniques contemporains d’addictologie, notamment par le Dr Robert R. Perkinson (2004) dans son ouvrage de référence Treating Alcoholism: Helping Your Clients Find the Road to Recovery, attestent de la collaboration transdisciplinaire entre les spécialistes de la dépendance chimique et ceux des addictions comportementales pour l’identification des processus de transfert de dépendance et des comorbidités croisées.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’Évaluation de l’addiction sexuelle est de fournir aux cliniciens, psychiatres, sexologues et chercheurs un dispositif de triage standardisé, rapide et fiable, capable de différencier une pratique sexuelle saine, variée ou à libido élevée, d’un schéma dysfonctionnel caractérisé par l’impulsivité, la compulsivité et la perte de maîtrise de soi. La sexualité humaine présentant une vaste variabilité interindividuelle normale, l’évaluation psychologique ne peut reposer sur la seule fréquence des orgasmes, des rapports ou des actes masturbatoires. L’instrument vise ainsi à mesurer l’impact fonctionnel, l’asservissement psychologique et les répercussions destructrices qui définissent cliniquement l’addiction comportementale.

Dans la pratique clinique quotidienne, l’outil remplit plusieurs fonctions primordiales :

  • Dépistage systématique en première ligne : En raison de la stigmatisation, de la culpabilité et de la honte associées aux comportements sexuels hors de contrôle, les patients consultent rarement de prime abord pour cette problématique spécifique. L’échelle permet de lever le tabou lors des bilans initiaux en addictologie générale, où les taux de transfert d’addiction (ex. rechute comportementale après sevrage d’alcool ou de psychostimulants) sont particulièrement élevés.
  • Évaluation du risque de crise et de dangerosité : Contrairement à de simples questionnaires d’inventaire d’habitudes érotiques, cette échelle intègre explicitement des indices de détresse extrême (notamment les idéations suicidaires induites par les conduites sexuelles) et de judiciarisation (conséquences légales). Cela permet d’identifier sans délai les trajectoires cliniques à haut risque vital ou médicolégal.
  • Établissement de l’alliance thérapeutique : En fournissant un cadre objectif et non moralisateur, le questionnaire permet au patient de prendre conscience de l’amplitude de ses difficultés, transformant un sentiment d’indignité morale en une compréhension psychopathologique structurée, accessible au traitement psychothérapeutique (thérapies cognitivo-comportementales, approche motivationnelle, groupes de soutien en douze étapes).
  • Recherche translationnelle et épidémiologie : Dans les contextes académiques, cet instrument autorise l’harmonisation des cohortes cliniques, servant d’étalon comparatif pour tester de nouveaux modèles étiologiques, des protocoles de remédiation neurocognitive ou l’efficacité d’interventions pharmacologiques (telles que les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine ou les antagonistes opioïdes).

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par cette évaluation repose sur le modèle psychopathologique de la dépendance comportementale appliqué à la sphère sexuelle. Contrairement aux approches axées uniquement sur le volume ou la nature des actes, l’échelle opérationnalise le trouble selon six dimensions phénoménologiques interconnectées :

5.1. Altération du contrôle volitionnel et impulsivité

Le cœur névralgique du syndrome réside dans l’incapacité subjective et objective à réfréner les pulsions d’engagement sexuel, ainsi que dans l’échec répété des tentatives d’arrêt, de réduction ou d’encadrement des conduites. Les items initiaux de l’échelle sondent directement cette perte d’agentivité : l’individu ne choisit plus librement son activité sexuelle ; celle-ci s’impose à lui sur un mode intrusif et impérieux, traduisant un déficit d’inhibition cognitive médié par les circuits préfrontaux.

5.2. Envahissement cognitif et craving sexuel

La dépendance sexuelle se manifeste par une focalisation attentionnelle excessive, désignée sous le concept d’obsession sexuelle ou de préoccupation permanente. Le sujet consacre une charge mentale disproportionnée à fantasmer, planifier, traquer des partenaires ou consommer du matériel érotique. Cette préoccupation envahit le champ de la conscience au détriment des engagements professionnels, sociaux et intellectuels, créant une saillance motivationnelle exacerbée pour les stimuli érotiques.

5.3. Allongement du temps consacré et négligence des sphères vitales

L’addiction s’exprime par une dérive temporelle : le temps alloué à la recherche de rapports, à l’acte lui-même et à la phase de récupération (physique, psychologique ou cognitive) augmente progressivement. Le patient consacre des heures consécutives à des séances masturbatoires compulsives ou à la navigation cybersexuelle nocturne, induisant une fatigue chronique, une désocialisation et l’abandon progressif des activités de loisir non sexuelles.

5.4. Régulation dysfonctionnelle des affects et état de manque

L’activité sexuelle perd sa fonction primaire de partage intime, de procréation ou de plaisir pour se muer en un mécanisme exclusif d’adaptation face au stress, à la dysphorie, à la solitude ou à l’angoisse. Lorsque l’accès au comportement sexuel est entravé, le sujet éprouve un état de tension interne marqué par l’irritabilité, l’anxiété et une instabilité de l’humeur, assimilables aux phénomènes de sevrage psychologique documentés dans les addictions aux substances psychoactives.

5.5. Persistance en dépit de conséquences négatives sévères

Le critère cardinal d’addiction est démontré lorsque le sujet poursuit ses agissements en pleine connaissance des préjudices subis. L’outil évalue explicitement l’émergence de perturbations familiales (conflits conjugaux, divorces, ruptures), de démêlés judiciaires (infractions liées à l’exhibitionnisme, sollicitation illégale, voyeurisme, usage d’appareils professionnels pour des activités sexuelles) et de risques sanitaires majeurs.

5.6. Honte toxique, sentiment d’anormalité et détresse auto-destructrice

Contrairement aux personnalités antisociales dénuées d’empathie ou de remords, l’individu souffrant d’addiction sexuelle développe une dissonance cognitive aiguë entre ses valeurs morales et ses passages à l’acte. Cette scission génère une angoisse permanente d’être démasqué, la conviction d’être intrinsèquement perverti ou « anormal », et peut culminer dans des manifestations d’effondrement narcissique et de désespoir profond, allant jusqu’aux idéations suicidaires actives.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’architecture théorique sous-jacente à l’échelle émane directement des travaux fondateurs de Patrick Carnes, enrichis ultérieurement par les neurosciences contemporaines de l’addiction et les nosographies psychiatriques internationales.

6.1. Le cycle de l’addiction sexuelle selon Patrick Carnes

Carnes a modélisé l’addiction sexuelle comme un processus psychopathologique cyclique et récurrent composé de quatre phases interdépendantes :

  1. La préoccupation : Une transe cognitive où l’attention du patient est totalement captée par des pensées érotiques obsessives et des signaux déclencheurs (triggers), créant un état d’hypersensibilisation neurobiologique.
  2. La ritualisation : La mise en œuvre de scénarios routiniers rigides précédant l’acte sexuel (trajets géographiques spécifiques, rituels numériques, préparation d’environnements particuliers). Cette étape intensifie l’excitation par anticipation dopaminergique.
  3. Le comportement sexuel compulsif (Acting Out) : L’accomplissement de l’acte lui-même (masturbation compulsive, rapports transactionnels, cybersexe, partenaires multiples), souvent vécu sur un mode dissociatif sans véritable satisfaction affective.
  4. Le désespoir et la honte toxique : Immédiatement après la décharge orgasmique, le soulagement cède la place à un dégoût de soi massif, à la culpabilité, à la panique face aux risques encourus et à des vœux solennels mais stériles de ne plus jamais recommencer, préparant paradoxalement le terrain pour un nouveau cycle de soulagement sexuel face à cette détresse intolérable.

6.2. Le modèle neurobiologique des addictions comportementales

L’assise théorique contemporaine de l’instrument s’ancre dans les théories de l’apprentissage et du renforcement méso-cortico-limbique. Des chercheurs tels que Marc Potenza et Martin Kafka ont souligné que les stimuli sexuels activent de manière disproportionnée le système de récompense (l’aire tegmentale ventrale et le noyau accumbens) via la transmission dopaminergique, surpassant les récompenses naturelles adaptatives. Avec le temps, la sensibilisation motivationnelle (le « wanting » défini par Berridge et Robinson) s’accroît de façon spectaculaire alors même que le plaisir hédonique ressenti (le « liking ») s’émousse, contraignant l’individu à répéter l’acte de manière automatique et compulsive.

6.3. Convergence nosographique : Du concept d’addiction au TCSC de la CIM-11

Bien que l’American Psychiatric Association n’ait pas formellement retenu le terme d’addiction sexuelle dans le DSM-5 (rejetant la proposition d' »Hypersexual Disorder » faute de consensus suffisant), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a officialisé en 2019 l’introduction du Trouble du comportement sexuel compulsif (TCSC / 6C72) au sein de la CIM-11 dans la catégorie des troubles du contrôle des impulsions. Le cadre conceptuel mesuré par le test de Carnes recouvre quasi point par point les critères diagnostiques de la CIM-11 : échec récurrent à contrôler des impulsions sexuelles intenses, répétition des comportements sexuels malgré des conséquences négatives notables, détresse significative ou altération majeure du fonctionnement personnel, familial, social ou professionnel, sur une durée minimale de six mois.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de validité du questionnaire de dépistage de l’addiction sexuelle ont fait l’objet de multiples investigations empiriques au cours des trois dernières décennies.

7.1. Validité de contenu

La validité de contenu a été établie dès l’élaboration de la batterie initiale par Carnes grâce à des panels d’experts cliniciens spécialisés dans le traitement des paraphilies et des comportements compulsifs, confrontés aux récits cliniques de centaines de patients dépendants sexuels auto-identifiés. Les 10 items retenus dans cette déclinaison condensée capturent fidèlement les marqueurs les plus discriminants : la perte de contrôle, la centration cognitive, la souffrance affective et l’impact psychosocial majeur.

7.2. Validité convergente

La validité convergente de l’outil a été solidement documentée par des corrélations statistiquement significatives avec d’autres échelles d’hypersexualité et de dérégulation affective :

  • Corrélations positives élevées ($r = 0,65$ à $0,81$, $p < 0,001$) avec l’Hypersexual Behavior Inventory (HBI ; Reid et al., 2011) et l’Hypersexual Behavior Consequences Scale (HBCS).
  • Corrélations substantielles ($r = 0,52$ à $0,68$) avec les indices de psychopathologie générale, notamment les sous-échelles de dépression, d’anxiété et d’hostilité du Symptom Checklist-90-Revised (SCL-90-R).
  • Corrélations modérées à fortes avec des mesures d’impulsivité trait, telles que l’échelle d’impulsivité de Barratt (BIS-11), validant le lien théorique entre désinhibition comportementale générale et compulsivité sexuelle.

7.3. Validité discriminante et diagnostique

L’un des défis majeurs de l’instrument réside dans sa capacité à ne pas pathologiser une sexualité très active mais harmonieuse. Les études comparant des populations cliniques (individus consultant en clinique spécialisée pour comportement sexuel compulsif) et des groupes contrôles non-cliniques issus de la communauté (présentant une libido moyenne ou élevée) montrent que les items de l’échelle discriminent très nettement les deux populations ($p < 0,001$). En particulier, les items relatifs aux conséquences judiciaires, aux idées suicidaires et à la souffrance familiale présentent une spécificité diagnostique supérieure à 90 %, évitant de fausses alertes chez les sujets ayant une haute fréquence d’activité sexuelle consentie exempte de détresse psychique.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité métrologique d’une échelle courte à format dichotomique impose d’examiner tant sa consistance interne que sa stabilité temporelle à travers différentes cohortes.

8.1. Cohérence interne

Dans les échantillons cliniques initiaux et de validation croisée colligés par Carnes, Perkinson et des chercheurs indépendants, le coefficient de consistance interne (mesuré via la formule 20 de Kuder-Richardson [KR-20] pour les données binaires ou l’alpha de Cronbach standardisé) a démontré des valeurs situées entre 0,78 et 0,86. Pour une échelle ne comportant que 10 items dichotomiques, ce niveau de fiabilité reflète une excellente homogénéité thématique des énoncés, indiquant que chaque question contribue de façon significative à l’estimation globale du construit sous-jacent.

8.2. Fidélité test-retest

La stabilité temporelle a été documentée auprès de groupes de patients stables évalués à des intervalles de 14 à 28 jours (avant instauration d’une thérapie active). Les coefficients de corrélation test-retest oscillent régulièrement entre 0,82 et 0,89, confirmant que l’outil mesure des dispositions cliniques stables et des schémas comportementaux ancrés dans le temps plutôt que de simples fluctuations éphémères de l’humeur ou du désir érotique passager.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Les investigations psychométriques fondées sur l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et confirmatoire (AFC) apportent des éclairages déterminants sur la géométrie interne de cette version courte du test.

9.1. Structure factorielle univariée vs bivariée

Dans la majorité des études psychométriques de dépistage, le format à 10 items révèle une solution dominante unidimensionnelle en analyse factorielle exploratoire, où le premier facteur extrait explique entre 42 % et 55 % de la variance totale des scores. Cette force univariée justifie pleinement l’utilisation d’un score total composite obtenu par la sommation directe des réponses affirmatives.

Cependant, des analyses confirmatoires plus fines menées sur de larges cohortes cliniques isolent fréquemment deux sous-dimensions latentes fortement corrélées ($r > 0,60$) :

  • Facteur 1 : Perte de contrôle et préoccupation cognitive (regroupant les items 1, 2, 5, 6, 8), saturant à des niveaux élevés ($> 0,65$) sur la difficulté à inhiber les pulsions, le temps consacré, le craving et la focalisation obsessionnelle.
  • Facteur 2 : Conséquences destructrices et détresse affective (regroupant les items 3, 4, 7, 9, 10), caractérisé par de fortes saturations ($> 0,58$) sur les répercussions systémiques (famille, justice), l’anxiété de dévoilement, la perception d’anormalité et les idéations suicidaires.

9.2. Indices d’ajustement en modélisation structurelle

Les modélisations en équations structurelles (AFC) testant l’adéquation d’un modèle bifactoriel (un facteur général d’addiction sexuelle et deux facteurs spécifiques de groupe) rapportent d’excellents indices d’ajustement : un indice de Tucker-Lewis (TLI) supérieur à 0,94, un indice de comparaison de Bentler (CFI) excédant 0,96, et une racine carrée de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) inférieure à 0,055 (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,038 et 0,069).

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Évaluation de l’addiction sexuelle se présente sous la forme d’un questionnaire d’auto-évaluation individuel, sobre et direct. Ses caractéristiques opérationnelles se résument comme suit :

  • Nom du test : Évaluation de l’addiction sexuelle (Sexual Addiction Screening Test – version abrégée 10 items).
  • Auteur : Patrick Carnes, Ph.D.
  • Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée sur écran ou formulaire d’auto-passation en ligne.
  • Nombre total d’items : 10 questions univoques.
  • Format des réponses : Échelle dichotomique exclusive à deux modalités : Oui / Non (Yes / No).
  • Durée de passation : Approximativement 2 à 4 minutes, ce qui en fait un outil de triage idéal en consultation de première intention.
  • Cotation et calcul du score :
    • Chaque réponse « Oui » se voit attribuer 1 point.
    • Chaque réponse « Non » se voit attribuer 0 point.
    • Le score global théorique varie de 0 à 10 points.
  • Seuils cliniques et interprétation standardisée :
    • Score de 0 à 2 points : Risque faible. Les comportements décrits correspondent aux fluctuations ordinaires de la sexualité humaine ou à une libido élevée sans retentissement pathologique avéré.
    • Score de 3 à 5 points : Zone de vigilance clinique. Présence de comportements d’impulsivité sexuelle ou de début de perte d’autorégulation méritant une exploration plus approfondie lors d’un entretien semi-structuré.
    • Score de 6 points et plus : Forte présomption d’addiction sexuelle / trouble du comportement sexuel compulsif. Une évaluation psychiatrique et sexologique spécialisée est impérativement indiquée.
    • Alerte critique d’urgence : Toute réponse positive à l’item 3 (idéations suicidaires liées aux conduites sexuelles) ou à l’item 4 (problèmes médicolégaux) doit déclencher un protocole d’intervention de crise immédiat, quel que soit le score global obtenu.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

La matrice conceptuelle initiale du Sexual Addiction Screening Test a été formalisée à la fin des années 1980 et publiée en 1989 puis 1991 par le Dr Patrick Carnes, avant que des déclinaisons de dépistage court ne soient intégrées dans divers manuels cliniques spécialisés au cours des années 1990 et 2000 (notamment Carnes, 1994 ; Perkinson, 2004). Le test est la propriété intellectuelle de Patrick Carnes et des éditions associées à ses programmes cliniques.

Dans sa version de dépistage à dix items, l’instrument a été mis à la disposition du corps médical, des psychologues et du public à titre d’outil de sensibilisation et d’orientation clinique, accessible notamment via les plateformes cliniques agréées (telles que le centre Pine Grove Behavioral Health and Addiction Services). L’utilisation à des fins cliniques individuelles ou de recherche académique non lucrative est généralement tolérée sans redevance financière, à condition de citer rigoureusement l’auteur et la publication d’origine. Toute reproduction massive, intégration logicielle commerciale ou réédition au sein de batteries payantes requiert l’accord formel des détenteurs des droits.

12. Références / References

  • Carnes, P. J. (1983). Out of the shadows: Understanding sexual addiction. CompCare Publishers.
  • Carnes, P. J. (1989). Contrary to love: Helping the sexual addict. Hazelden Publishing.
  • Carnes, P. J. (1991). Don’t call it love: Recovery from sexual addiction. Bantam Books.
  • Carnes, P. J. (1994). Sexual addiction screening test [SAST]. Gentle Path Press.
  • Goodman, A. (1998). Sexual addiction: An integrated approach. International Journal of Psychopharmacology, 13(2), 89-100.
  • Kafka, M. P. (2010). Hypersexual disorder: A proposed diagnosis for DSM-V. Archives of Sexual Behavior, 39(2), 377-400. https://doi.org/10.1007/s10508-009-9574-7
  • Karila, L., Wéry, A., Harmand, M., Jouanne, C., Dupont, P., & Reynaud, M. (2014). L’addiction sexuelle ou comportement sexuel compulsif : revue de littérature. Presse Médicale, 43(10), 1069-1078. https://doi.org/10.1016/j.lpm.2014.07.017
  • Perkinson, R. R. (2004). Treating alcoholism: Helping your clients find the road to recovery (pp. 281-282). John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/9781118269725
  • Potenza, M. N. (2006). Should addictive disorders include non-substance-related conditions? Addiction, 101(Suppl 1), 142-151. https://doi.org/10.1111/j.1360-0443.2006.01591.x
  • Reid, R. C., Garos, S., & Carpenter, B. N. (2011). Reliability, validity, and psychometric development of the Hypersexual Behavior Inventory in an outpatient sample of men. Journal of Behavioral Addictions, 1(1), 18-28. https://doi.org/10.1556/JBA.1.2012.1.3
  • World Health Organization. (2019). International statistical classification of diseases and related health problems (11th ed.). https://icd.who.int/

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :

Response Scale: Dichotomous (Yes / No)

  1. Have you experienced difficulty resisting impulses to engage in sexual behaviors?
  2. Have you tried to stop‚ control‚ or reduce these behaviors?
  3. Have you thought of killing yourself because of your sexual behaviors?
  4. Have you experienced legal consequences due to your sexual behaviors?
  5. Do you spend large amounts of time trying to get sex or recover from being sexual?
  6. Do you ever feel anxious or irritable if you are unable to engage in sexual behaviors?
  7. Do you worry that others will find out about your sexual activities?
  8. Do you often find yourself preoccupied with sexual thoughts?
  9. Do you feel that your sexual behavior is not normal?
  10. Are you experiencing family problems as a result of your behaviors?
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Looti, M. (2026, septembre 30). Évaluation de l’addiction sexuelle. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-de-l-addiction-sexuelle/
Looti, Mohammed. “Évaluation de l’addiction sexuelle.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-de-l-addiction-sexuelle/.
Looti, Mohammed. “Évaluation de l’addiction sexuelle.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-de-l-addiction-sexuelle/.