Évaluation des compétences de communication et d’interaction

L’Évaluation des compétences de communication et d’interaction (ACIS) est un outil d’observation standardisé en ergothérapie basé sur le Modèle de l’occupation humaine (MOHO), mesurant 20 compétences à travers trois domaines : corporéité, échange d’informations et relations.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · septembre 30, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : septembre 30, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Évaluation des compétences de communication et d’interaction (couramment désignée sous l’acronyme anglophone ACIS pour Assessment of Communication and Interaction Skills) est un instrument d’évaluation observationnel standardisé, développé dans le champ de l’ergothérapie par Kirsty Forsyth, Mona Salamy, Simon Simon et Gary Kielhofner en 1995. Ancré conceptuellement dans le Modèle de l’occupation humaine (MOHO), cet outil a été conçu pour mesurer le niveau de compétence démontré par un individu lors d’interactions sociales contextualisées au sein d’environnements signifiants et écologiques.

L’ACIS comprend 20 items de compétences observables, rigoureusement articulés autour de trois domaines fonctionnels majeurs :

  • La corporéité / physicalité (Body Language / Physicality) : 6 items évaluant l’usage du corps, de la posture, du regard et des gestes lors de la communication ;
  • L’échange d’informations (Information Exchange) : 9 items mesurant la clarté du discours, l’expression des émotions, la transmission et la réception de messages verbaux et non verbaux ;
  • Les relations interpersonnelles (Relations) : 5 items examinant l’adaptation aux partenaires sociaux, le respect des normes sociales, la collaboration et l’établissement de liens.

La cotation repose sur une échelle ordinale à quatre degrés (4 = Compétent, 3 = Questionnable / Douteux, 2 = Inefficace, 1 = Déficitaire). Les données brutes issues de l’observation peuvent être analysées selon les modèles de la théorie de réponse aux items, plus particulièrement par l’analyse de Rasch pour mesures à facettes multiples (Many-Faceted Rasch Measurement, MFRM). Cette approche permet de convertir des scores ordinaux en mesures d’intervalles linéaires (logits), tout en calibrant la sévérité de l’évaluateur et la difficulté intrinsèque de chaque item. Les propriétés psychométriques de l’ACIS démontrent une excellente validité de construit (indices d’ajustement infit et outfit situés majoritairement entre 0,6 et 1,4), une fidélité inter-juges robuste et une séparation des personnes statistiquement significative, autorisant la discrimination fine des profils de participation sociale chez l’enfant, l’adulte et la personne âgée présentant des troubles psychiatriques, neurodéveloppementaux ou neurologiques acquis.

2. Mots-clés / Keywords

Évaluation des compétences de communication et d’interaction, ACIS, Modèle de l’occupation humaine, MOHO, ergothérapie, compétences sociales, analyse de Rasch, validité écologique, observation comportementale, réadaptation psychosociale, interactions interpersonnelles, participation occupationnelle.

3. Auteurs / Authors

L’instrument original a été conçu et publié par une équipe de chercheurs et cliniciens rattachés au Département d’ergothérapie de l’Université de l’Illinois à Chicago (UIC) :

  • Kirsty Forsyth, PhD, OTR, FRCOT, professeure en ergothérapie, directrice de recherche renommée dans le développement des outils d’évaluation fondés sur le MOHO (Queen Margaret University, Édimbourg, Écosse ; anciennement University of Illinois at Chicago, États-Unis).
  • Mona Salamy, MS, OTR/L, clinicienne-chercheuse spécialisée dans l’évaluation des compétences psychosociales et le développement d’outils standardisés (University of Illinois at Chicago, États-Unis).
  • Simon Simon, MS, OTR, ergothérapeute ayant participé aux premières études de validation psychométrique de l’outil (University of Illinois at Chicago, États-Unis).
  • Gary Kielhofner, DrPH, OTR, FAOTA (1949–2010), théoricien principal et créateur du Modèle de l’occupation humaine, professeur émérite et ancien directeur du département d’ergothérapie de l’Université de l’Illinois à Chicago (États-Unis).

Les adaptations transculturelles, notamment la version néerlandaise, ont été coordonnées ultérieurement par deux groupes de projet en 2001 :

  • Projectgroep 1 : M. Moesker et P. van Riet.
  • Projectgroep 2 : T. van Dijken, M. Leusink et I. Vromen, sous l’égide des institutions de formation et de réadaptation en ergothérapie aux Pays-Bas.

La diffusion officielle et la gestion des droits d’exploitation scientifique sont assurées par le MOHO Clearinghouse hébergé par l’Université de l’Illinois à Chicago.

4. Objectif / Purpose

L’Évaluation des compétences de communication et d’interaction a été développée afin de combler un vide méthodologique majeur dans l’évaluation des compétences sociales au sein des sciences de l’occupation et de la réadaptation. Historiquement, les habiletés sociales étaient évaluées à l’aide de questionnaires d’auto-évaluation, d’hétéro-évaluations rapportées par des proches ou de tests standardisés en milieu hautement artificiel (comme des simulations de jeux de rôle en laboratoire). Ces méthodes souffrent de biais cognitifs documentés : altération de la métacognition chez les patients atteints de troubles psychiatriques ou neurologiques, biais de désirabilité sociale et manque flagrant de validité écologique. L’ACIS répond à cette problématique en proposant une mesure directe, fondée sur l’observation en temps réel d’actions sociales réelles se déroulant dans l’environnement naturel ou habituel de la personne.

Sur le plan clinique, l’ACIS vise à :

  • Identifier les forces et les ruptures fonctionnelles dans les habiletés de communication et d’interaction d’un bénéficiaire au cours de ses activités quotidiennes significatives (ex. : préparer un repas en groupe, travailler au sein d’une équipe, participer à une activité récréative ou suivre une séance de thérapie de groupe).
  • Quantifier l’impact du contexte social et environnemental sur la performance communicationnelle, en observant si la présence de certains partenaires ou de structures d’activité spécifiques facilite ou entrave l’interaction.
  • Établir des objectifs d’intervention précis et personnalisés en ergothérapie et en réadaptation psychosociale, en ciblant des micro-compétences précises (comme la modulation du volume vocal, l’orientation corporelle ou la gestion des désaccords).
  • Mesurer l’efficacité des interventions thérapeutiques grâce à des évaluations pré- et post-intervention standardisées, calibrées par l’approche de Rasch.

Sur le plan de la recherche, l’ACIS constitue un outil privilégié pour examiner les trajectoires de rétablissement dans les troubles du spectre de l’autisme, la schizophrénie, les traumatismes crânio-cérébraux, les accidents vasculaires cérébraux et les démences débutantes. La possibilité de convertir les observations qualitatives en scores de logits objectifs en fait un instrument de choix pour les études d’efficacité clinique et les essais contrôlés randomisés évaluant les programmes de développement des habiletés sociales.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit mesuré par l’ACIS est la compétence de communication et d’interaction, définie dans le cadre du MOHO comme un ensemble de comportements observables, orientés vers un but, mis en œuvre par un individu pour exprimer ses intentions, échanger des informations et maintenir des relations sociales adaptées au sein d’une situation occupationnelle donnée. Ce construit n’est pas assimilé à une capacité cognitive interne ou à un trait de personnalité statique, mais bien à une performance dynamique émergeant de l’interaction entre la personne, la tâche et l’environnement social. L’ACIS opérationnalise ce construit en trois sous-domaines interdépendants comprenant 20 compétences élémentaires :

1. Corporéité / Physicalité (Physicality)

Ce domaine regroupe 6 compétences non verbales fondamentales qui impliquent l’utilisation du corps et de l’espace physique pour initier, soutenir et clore la communication :

  • Contact (Contact) : La capacité à initier et maintenir un contact physique approprié avec autrui, conforme aux normes socioculturelles de la situation (ex. : serrer la main de manière adéquate sans envahir l’espace intime du partenaire).
  • Regard (Gaze) : L’utilisation visuelle dirigée vers le partenaire pour capter son attention, vérifier sa réceptivité et ponctuer les échanges, sans regard fuyant ni fixité intimidante.
  • Gestuelle (Gesture) : L’utilisation coordonnée des mouvements des mains, des bras ou de la tête pour illustrer, accentuer ou clarifier le discours verbal.
  • Manœuvre / Déplacement (Maneuver) : L’habileté à ajuster sa position physique, sa distance interpersonnelle (proxémie) et son orientation spatiale par rapport aux partenaires et aux objets sans heurter ou perturber l’interaction.
  • Orientation (Orient) : La disposition du buste et du corps de manière à signifier l’engagement et l’ouverture envers autrui au cours de l’activité partagée.
  • Posture (Posture) : L’adoption et le maintien d’un alignement corporel congru avec le contexte social (ex. : une posture détendue mais attentive lors d’une discussion informelle, évitant une prostration ou une rigidité excessive).

2. Échange d’informations (Information Exchange)

Ce domaine englobe 9 compétences verbales et paralinguistiques indispensables à la transmission efficace et fluide des messages :

  • Articulation (Articulate) : La clarté phonétique, la précision de la diction et l’intelligibilité de la parole permettant une compréhension immédiate par les interlocuteurs.
  • Affirmation (Assert) : L’expression directe et appropriée de ses idées, besoins, opinions et limites personnelles sans passivité ni agressivité déplacée.
  • Questionnement (Ask) : L’action de poser des questions pertinentes, solliciter des clarifications ou demander de l’aide afin de soutenir la tâche ou d’approfondir l’échange.
  • Engagement (Engage) : L’initiation active de la communication et la démonstration d’un intérêt manifeste pour le discours ou les actions des partenaires.
  • Expression (Express) : La capacité à communiquer des émotions, des sentiments et des ressentis de façon proportionnée et adaptée au sujet traité.
  • Modulation (Modulate) : La maîtrise des paramètres vocaux tels que l’intensité sonore (volume), le débit de parole, le ton et l’inflexion en fonction de la proximité et de l’ambiance sonore du lieu.
  • Partage (Share) : La délivrance d’informations personnelles, d’idées ou de retours d’expérience dans une proportion équilibrée, sans rétention excessive ni divulgation intempestive.
  • Prise de parole (Speak) : L’émission d’énoncés linguistiquement structurés, compréhensibles et signifiants dans la langue du groupe social.
  • Maintien du flux (Sustain) : La persévérance dans l’échange communicatif, le maintien de la continuité thématique et la fluidité des tours de parole sans interruptions brusques ni silences paralysants.

3. Relations interpersonnelles (Relations)

Ce domaine comprend 5 compétences socio-émotionnelles de haut niveau régissant l’harmonie, l’adaptation et la coordination interindividuelle :

  • Collaboration (Collaborate) : La capacité à coordonner ses actions avec celles d’autrui, à négocier des compromis et à coopérer activement vers l’atteinte d’un objectif occupationnel partagé.
  • Conformité aux normes (Conform) : Le respect des règles sociales implicites et explicites propres au contexte, à la culture et aux attentes du groupe (règles de politesse, bienséance, hiérarchie).
  • Centration / Attention partagée (Focus) : Le maintien d’une attention conjointe sur le sujet de discussion ou sur l’activité commune, en évitant les digressions hors sujet ou les distractions environnementales.
  • Établissement de liens (Relate) : La démonstration d’empathie, de cordialité et de réactivité émotionnelle établissant un climat de confiance et de réciprocité bienveillante avec les partenaires.
  • Respect (Respect) : La considération portée à l’espace personnel, aux objets, aux valeurs, aux opinions et à l’intégrité émotionnelle d’autrui sans jugement dévalorisant ni intrusion non sollicitée.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’ACIS s’enracine directement dans le Modèle de l’occupation humaine (MOHO), formulé initialement par Gary Kielhofner à la fin des années 1970 et continuellement enrichi au fil des décennies. Le MOHO appréhende l’être humain comme un système ouvert et dynamique, engagé en permanence dans des cycles d’interaction avec son environnement par le biais de l’action occupationnelle.

Au sein de l’architecture conceptuelle du MOHO, le comportement occupationnel résulte de la transaction dynamique entre trois sous-systèmes internes :

  1. La volition : le système motivationnel guidant les choix occupationnels, structuré par la causalité personnelle (sentiment de compétence et d’efficacité), les valeurs (ce qui a du sens et de l’importance) et les intérêts (ce qui procure du plaisir).
  2. L’habituation : l’organisation semi-automatique des routines quotidiennes à travers l’intériorisation des rôles sociaux et des habitudes de vie.
  3. La capacité de performance : les capacités physiques et mentales sous-jacentes (neurologiques, musculosquelettiques, cognitives) nécessaires à l’action.

Kielhofner et ses collègues opèrent une distinction fondamentale entre la capacité de performance (les fonctions et structures organiques internes) et les compétences occupationnelles (l’exécution observable de sous-actions coordonnées). Le modèle distingue trois catégories de compétences occupationnelles discrètes :

  • Les compétences motrices (manipuler des objets, se déplacer dans l’espace, mesurées par l’AMPS – Assessment of Motor and Process Skills de Fisher) ;
  • Les compétences procédurales (planifier une tâche, adapter ses actions en cas d’imprévu, également mesurées par l’AMPS) ;
  • Les compétences de communication et d’interaction (transmettre des informations, adapter son comportement aux partenaires sociaux), qui constituent l’objet d’évaluation exclusif de l’ACIS.

Contrairement aux modèles neuropsychologiques ou psychiatriques classiques qui appréhendent les déficits relationnels comme des symptômes isolés (ex. : émoussement affectif, alexithymie, déficits de la théorie de l’esprit), le cadre théorique du MOHO postule que la compétence communicative ne peut être évaluée en dehors de la transaction globale entre la personne, la signification de la tâche réalisée et la complexité écologique de l’environnement social. Une personne peut faire preuve d’une excellente compétence de communication dans un groupe restreint et familier, mais voir ses habiletés s’effondrer dans un environnement bruyant ou hiérarchique. L’ACIS a été spécifiquement structuré pour intégrer cette interdépendance écologique.

7. Validité / Validity

Les propriétés métrologiques de l’ACIS ont fait l’objet d’investigations poussées, s’appuyant principalement sur les méthodologies de la théorie de réponse aux items (TRI) et de l’analyse de Rasch à facettes multiples (MFRM). Ces études confirment la robustesse de l’instrument à travers plusieurs dimensions de la validité scientifique.

Validité de construit

La validité de construit a été validée empiriquement par Kirsty Forsyth et ses collaborateurs (1995, 1998) à l’aide du modèle de Rasch. L’analyse des indices d’ajustement (mean-square residual fit statistics) démontre que les 20 items de l’ACIS mesurent une dimension sous-jacente commune : la compétence interactive globale. Les statistiques d’ajustement non pondérées (outfit MnSq) et pondérées (infit MnSq) se situent pour la quasi-totalité des items dans la zone d’acceptabilité psychométrique préconisée pour les échelles cliniques (entre 0,60 et 1,40, avec des valeurs standardisées z comprises entre -2,0 et +2,0). Ces résultats confirment l’absence d’items redondants (infit trop bas) ou d’items introduisant un bruit de mesure aléatoire (outfit excessif).

Validité discriminante et différentielle

L’ACIS présente une excellente capacité à discriminer différents niveaux de fonctionnement psychosocial au sein de cohortes cliniques diversifiées :

  • Les recherches menées en psychiatrie de l’adulte (Kielhofner et al., Forsyth et al.) démontrent que l’outil différencie significativement les personnes présentant des troubles schizophréniques chroniques, des épisodes dépressifs majeurs et des sujets témoins sans antécédents psychiatriques.
  • Chez les personnes cérébrolésées (traumatismes crâniens, AVC), les mesures de logits issues de l’ACIS corrèlent de façon cohérente avec la sévérité des atteintes exécutives et des troubles de la communication pragmatique.
  • Des études pédiatriques et sur les troubles du neurodéveloppement révèlent que l’échelle distingue avec précision les enfants neurotypiques de ceux présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).

Validité convergente et écologique

La validité convergente a été démontrée par des corrélations modérées à fortes ($r = 0,55$ à $0,78$) entre les mesures logits de l’ACIS et d’autres instruments standardisés évaluant l’autonomie et les comportements adaptatifs, tels que la Vineland Adaptive Behavior Scales (VABS), l’Occupational Performance History Interview (OPHI-II) et les échelles de comportement adaptatif social (ex. : Social Skills Rating System – SSRS). La validité écologique de l’ACIS surpasse nettement celle des échelles conventionnelles de laboratoire, car l’évaluation s’effectue dans des contextes réels (ateliers d’ergothérapie, repas communautaires, cours d’école) avec des partenaires réels, garantissant une représentativité optimale des compétences de la vie quotidienne.

8. Fidélité / Reliability

La fiabilité de l’ACIS a été éprouvée de manière approfondie à l’aide de l’analyse de Rasch à facettes multiples (MFRM), qui prend explicitement en compte les variations de sévérité entre évaluateurs indépendants.

Fidélité inter-évaluateurs et calibration des juges

Dans l’étude princeps de standardisation de Forsyth et al. (1998) portant sur plusieurs dizaines d’évaluateurs et des centaines d’observations cliniques, l’analyse MFRM a mis en évidence que :

  • Le coefficient de séparation des évaluateurs (rater separation index) et la calibration individuelle de la sévérité permettent d’ajuster mathématiquement la note finale du sujet, éliminant ainsi le biais de sévérité ou d’indulgence propre à chaque clinicien.
  • Après calibration par le modèle de Rasch, l’accord inter-juges atteint un niveau élevé, avec des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) couramment supérieurs à 0,85 (variant entre 0,82 et 0,93 selon les contextes d’observation).
  • Moins de 5 % des évaluateurs formés présentent des scores résiduels aberrants (infit/outfit MnSq > 1,4), attestant d’une grande homogénéité dans l’application des critères d’évaluation opérationnels du manuel.

Fidélité de séparation des personnes et consistance interne

L’indice de séparation des personnes (Person Separation Index) mesuré dans les études de Rasch oscille entre 2,5 et 3,8, ce qui correspond à une fiabilité de séparation (équivalent non linéaire de l’alpha de Cronbach) supérieure à 0,88, pouvant atteindre 0,94 selon les échantillons. Cela prouve que l’instrument permet de distinguer avec confiance au moins 3 à 5 strates distinctes de niveau de compétence sociale au sein de la population évaluée.

Fidélité test-retest et stabilité temporelle

La stabilité temporelle des mesures a été vérifiée chez des bénéficiaires en situation clinique stable sur un intervalle de 7 à 14 jours, révélant des coefficients de fidélité test-retest compris entre $r = 0,79$ et $r = 0,89$. La stabilité est d’autant plus élevée que les conditions occupationnelles et l’environnement social demeurent comparables lors des deux passations.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

Dans le paradigme psychométrique moderne de l’ergothérapie et du MOHO, la structure interne de l’ACIS a été étudiée à la fois par l’analyse factorielle confirmatoire (AFC) et par l’analyse en composantes principales des résidus de Rasch (PCAR), conformément aux recommandations de Linacre pour tester l’unidimensionnalité d’un instrument.

Unidimensionnalité essentielle

Pour qu’un score global ou une mesure en logits ait une signification clinique univoque, l’instrument doit vérifier l’hypothèse d’unidimensionnalité. L’analyse des résidus de Rasch menée sur la matrice de données des 20 items montre que :

  • La dimension principale de Rasch explique plus de 50 % à 60 % de la variance totale observée des données empiriques.
  • La valeur propre (eigenvalue) du premier contraste résiduel inexpliqué est systématiquement inférieure à 2,0 (se situant généralement entre 1,4 et 1,8), ce qui se situe nettement en dessous du seuil empirique attestant de la présence d’une seconde dimension dominante.
  • Ces résultats confirment l’unidimensionnalité fondamentale du construit des compétences d’interaction sociale tel que mesuré par l’ACIS.

Structure hiérarchique des items (Rasch Item Difficulty Hierarchy)

L’analyse de Rasch permet d’ordonner les 20 items le long d’un continuum linéaire croissant de difficulté fonctionnelle (degré d’exigence communicative requis) :

  • Items de difficulté basse (les plus faciles à valider comme compétents) : Contact physique de base, Orientation posturale globale, Articulation phonétique simple.
  • Items de difficulté intermédiaire : Gestuelle, Modulation vocale, Questionnement, Prise de parole structurée, Conformité aux normes explicites.
  • Items de difficulté élevée (exigeant une maîtrise socio-émotionnelle avancée) : Affirmation de soi équilibrée (Assert), Maintien prolongé du flux communicatif (Sustain), Collaboration complexe face à des avis divergents (Collaborate), Établissement de relations réciproques et empathiques (Relate).

Cette hiérarchie fournit aux cliniciens un cadre développemental puissant pour séquencer les objectifs thérapeutiques : il est inutile de travailler l’affirmation de soi ou la collaboration complexe tant que les compétences posturales, d’orientation et de contact visuel ne sont pas consolidées.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Évaluation des compétences de communication et d’interaction est un outil d’hétéro-évaluation directe fondé sur une méthodologie d’observation participante ou non participante hautement structurée.

  • Type d’instrument : Grille d’observation standardisée en contexte écologique ou simulé signifiant.
  • Format d’administration : Papier-crayon ou formulaire informatisé de cotation MOHO. L’ergothérapeute observe le bénéficiaire pendant une durée typique de 15 à 45 minutes lors d’une activité occupationnelle collective impliquant des interactions spontanées ou structurées.
  • Nombre d’items : 20 items d’habiletés observables, répartis en 3 domaines : Corporéité (6 items), Échange d’informations (9 items) et Relations (5 items).
  • Échelle de réponse : Échelle ordinale standardisée à 4 points, fondée sur l’évaluation de l’impact de l’habileté sur l’action sociale :
    • 4 = Compétent (Competent) : L’habileté est démontrée de manière fluide, appropriée et efficace. Elle facilite et soutient positivement le déroulement de l’interaction sociale sans rupture ni maladresse notable.
    • 3 = Questionnable / Douteux (Questionable) : La qualité de l’habileté est hésitante ou occasionnellement inappropriée. Elle suscite un doute sur son efficacité, bien qu’elle n’interrompe pas gravement l’interaction sociale.
    • 2 = Inefficace (Ineffective) : L’habileté est manifestement déficiente ou perturbée. Elle entrave le déroulement fluide de la communication, provoquant des frictions, des malentendus ou un ralentissement de l’activité conjointe.
    • 1 = Déficitaire / Perturbateur (Deficit) : L’habileté est absente, inadéquate ou profondément perturbatrice. Elle compromet gravement ou interrompt complètement l’interaction sociale en cours.
  • Procédure de cotation et analyse :
    • L’évaluateur attribue une note de 1 à 4 pour chacun des 20 items immédiatement après la période d’observation.
    • L’évaluateur consigne également la description précise de l’environnement physique et social (taille du groupe, familiarité des partenaires, bruit ambiant, niveau d’exigence de la tâche).
    • Les scores bruts peuvent être interprétés qualitativement par profil d’items ou convertis en mesure de logits à l’aide des tables de calibration de Rasch du manuel officiel du MOHO.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication initiale : 1995 (Version 1.0) ; Version 4.0 révisée publiée en 1998/1999 sous l’égide du MOHO Clearinghouse. Adaptation néerlandaise standardisée publiée en 2001.
  • Propriétaire des droits et statut légal : L’ACIS est un instrument protégé par le droit d’auteur (copyright). Tous les droits de propriété intellectuelle sont détenus par Gary Kielhofner, Kirsty Forsyth et le MOHO Clearinghouse du Département d’ergothérapie de l’Université de l’Illinois à Chicago (UIC).
  • Modalités d’accès et formation : L’accès au manuel officiel complet, aux grilles de notation standardisées et aux logiciels de conversion de Rasch nécessite l’acquisition payante du manuel auprès du MOHO Clearinghouse. L’administration clinique requiert une formation préalable approfondie en ergothérapie, ainsi qu’une maîtrise théorique des concepts du MOHO et de la cotation standardisée de l’observation comportementale.
  • Tarification : Le manuel de l’ACIS est distribué à un tarif universitaire modéré (approximativement 40 à 60 USD pour la version numérique ou imprimée via le site officiel du MOHO Clearinghouse), incluant l’autorisation de reproduction des formulaires de score pour un usage clinique et de recherche non commercial.
  • Licence de recherche : Toute utilisation dans le cadre d’études cliniques ou de traductions dans d’autres langues doit faire l’objet d’une demande préalable formelle auprès du MOHO Clearinghouse.

12. Références / References

  • de las Heras, C. G., Geist, R., Kielhofner, G., & Li, Y. (2017). The Model of Human Occupation Clearinghouse: Evidence-based assessments and intervention tools. University of Illinois at Chicago. https://ahs.uic.edu/occupational-therapy/moho/
  • Fisher, A. G. (1993). The assessment of IADL motor skills: An application of many-faceted Rasch analysis. American Journal of Occupational Therapy, 47(4), 319–329. https://doi.org/10.5014/ajot.47.4.319
  • Forsyth, K., Lai, J. S., & Kielhofner, G. (1999). Assessing communication and interaction skills using the ACIS: A Rasch measurement approach. British Journal of Occupational Therapy, 62(2), 69–75. https://doi.org/10.1177/030802269906200205
  • Forsyth, K., Salamy, M., Simon, S., & Kielhofner, G. (1998). Assessment of Communication and Interaction Skills (ACIS) (Version 4.0). Model of Human Occupation Clearinghouse, Department of Occupational Therapy, University of Illinois at Chicago.
  • Kielhofner, G. (2008). Model of Human Occupation: Theory and application (4th ed.). Lippincott Williams & Wilkins.
  • Kielhofner, G., & Forsyth, K. (2001). Measurement properties of the Model of Human Occupation assessments: A review of the findings. Hong Kong Journal of Occupational Therapy, 11(1), 10–19. https://doi.org/10.1016/S1569-1861(09)70003-8
  • Linacre, J. M. (1994). Many-facet Rasch measurement (2nd ed.). MESA Press.
  • Moesker, M., van Riet, P., van Dijken, T., Leusink, M., & Vromen, I. (2001). Assessment of Communication and Interaction Skills (ACIS) – Nederlandse vertaling. Hogeschool van Amsterdam / MOHO Clearinghouse.
  • Parkinson, S., Forsyth, K., & Kielhofner, G. (2006). The Model of Human Occupation in practice. British Association of Occupational Therapists.

13. Questions et items du questionnaire / Scale Items

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
Instructions / Directions: Observe the client engaged in a meaningful social or occupational context. Rate the client's demonstration of each of the 20 communication and interaction skills using the 4-point rating scale (4 = Competent, 3 = Questionable, 2 = Ineffective, 1 = Deficit).
Response Scale: 4-point observation rating scale (4 = Competent, 3 = Questionable, 2 = Ineffective, 1 = Deficit)
1

Contact: Makes physical contact with others
2

Gaze: Uses eyes to communicate and interact with others
3

Gesture: Uses movements of parts of the body to indicate, demonstrate, or add emphasis
4

Maneuver: Moves one's body in relation to others
5

Orient: Directs one's body in relation to others and/or occupational forms
6

Posture: Assumes and maintains physical positions
7

Articulate: Produces clear, understandable speech
8

Assert: Expresses desires, refusals, and/or opinions
9

Ask: Solicits information or clarification
10

Engage: Initiates interactions with others
11

Express: Displays affect and feelings
12

Modulate: Uses appropriate volume, tone, and inflection in speech
13

Share: Gives out information and shares experiences or ideas
14

Speak: Expresses oneself using verbal language and words
15

Sustain: Keeps up interaction over time without disruption
16

Collaborate: Coordinates action with others toward a common goal
17

Conform: Follows implicit and explicit social rules and norms
18

Focus: Directs attention to the task, speaker, or group
19

Relate: Maintains interpersonal connection, warmth, and rapport
20

Respect: Accommodates to other people's needs, feelings, and personal space
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Looti, M. (2026, septembre 30). Évaluation des compétences de communication et d’interaction. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-competences-communication-interaction-acis/
Looti, Mohammed. “Évaluation des compétences de communication et d’interaction.” Base de données de psychologie en français, 30 septembre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-competences-communication-interaction-acis/.
Looti, Mohammed. “Évaluation des compétences de communication et d’interaction.” Base de données de psychologie en français. septembre 30, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/evaluation-competences-communication-interaction-acis/.