Estime de soi — Étude sur le développement des jeunes de Rochester

Guide psychométrique complet de l’échelle d’estime de soi de la Rochester Youth Development Study (RYDS-SE) : structure, validité, cotation et items.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 7, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 7, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé

L’échelle d’estime de soi issue de l’Étude sur le développement des jeunes de Rochester (en anglais, Rochester Youth Development Study – Self-Esteem Scale, RYDS-SE) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour mesurer l’évaluation globale qu’un adolescent ou un jeune adulte porte sur sa propre valeur. Développée dans le cadre d’un vaste projet longitudinal initié en 1988 par Terence P. Thornberry et ses collaborateurs à l’Université d’Albany (State University of New York), cette échelle est une adaptation ciblée de la célèbre échelle d’estime de soi de Rosenberg (Rosenberg Self-Esteem Scale, RSES), ajustée afin de saisir avec précision les dynamiques socio-émotionnelles associées aux comportements à risque, à la délinquance juvénile et au développement psychosocial.

L’instrument se compose de 9 items formulés à la deuxième personne du singulier (« you ») ou sous forme d’affirmations directes, évaluant le sentiment général de compétence, la satisfaction de soi et l’absence de dévalorisation. Les participants répondent sur une échelle de type Likert en 4 points, allant de 1 (« Strongly disagree » / Fortement en désaccord) à 4 (« Strongly agree » / Fortement d’accord). Le protocole comprend 5 items inversés (items 2, 5, 6, 8 et 9) afin de neutraliser les biais d’acquiescement. Le score final est calculé en effectuant la moyenne arithmétique de l’ensemble des items cotés, un score plus élevé reflétant un niveau supérieur d’estime de soi globale.

Sur le plan psychométrique, le RYDS-SE présente une excellente cohérence interne, attestée par des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,78 et 0,86 à travers les différentes vagues longitudinales de collecte de données. Les analyses factorielles confirmatoires appuient majoritairement une structure unidimensionnelle dominante, bien qu’une subdivision méthodologique entre valence positive et valence négative ait été documentée. L’outil a fait l’objet d’une validation rigoureuse au sein de cohortes urbaines diversifiées et figure dans le recueil d’évaluation du Centers for Disease Control and Prevention (CDC) consacré à la prévention de la violence juvénile.

2. Mots-clés

Estime de soi, Rochester Youth Development Study, adolescence, psychométrie, évaluation psychosociale, développement juvénile, délinquance, compétence perçue, échelle de Rosenberg, recherche longitudinale.

3. Auteurs

L’instrument a été élaboré par l’équipe de recherche principale de la Rochester Youth Development Study (RYDS) au sein de la School of Criminal Justice de l’Université d’Albany, State University of New York (SUNY) :

  • Terence P. Thornberry, Ph.D. – Professeur émérite en criminologie, School of Criminal Justice, University at Albany, SUNY ; Directeur fondateur de la RYDS. Courriel académique : [email protected].
  • Alan J. Lizotte, Ph.D. – Professeur émérite et ancien doyen, School of Criminal Justice, University at Albany, SUNY. Courriel académique : [email protected].
  • Marvin D. Krohn, Ph.D. – Professeur titulaire, Department of Sociology and Criminology & Law, University of Florida (anciennement à SUNY Albany). Courriel académique : [email protected].
  • Pamela K. Porter, M.A. – Coordonnatrice de recherche et analyste de données, Rochester Youth Development Study, Hindelang Criminal Justice Research Center, Albany, NY.

4. Objectif

L’objectif fondamental de l’échelle d’estime de soi de la RYDS est de fournir une mesure standardisée, brève et développementalement appropriée du sentiment de valeur personnelle chez les adolescents scolarisés, particulièrement dans les contextes urbains marqués par une vulnérabilité socio-économique et une prévalence accrue de conduites antisociales.

Dans la recherche étiologique sur les trajectoires de vie, l’estime de soi est tour à tour conceptualisée comme une variable antécédente, un facteur médiateur ou un mécanisme de protection modérateur. Lors du lancement de l’étude en 1988, les chercheurs cherchaient à tester les théories criminologiques contemporaines – notamment la théorie interactionnelle de Thornberry – qui postulent que l’affaiblissement du lien social à la famille, à l’école et aux pairs conventionnels entraîne une détérioration de l’image de soi, favorisant l’adhésion à des réseaux de pairs déviants où le jeune cherche une reconnaissance substitutive.

En pratique clinique et préventive, l’échelle permet de :

  • Dépister les adolescents à risque : Identifier les profils présentant une dépréciation de soi sévère, corrélée à l’idéation suicidaire, aux troubles internalisés (dépression, anxiété) et aux conduites à risque (consommation de substances psychoactives).
  • Évaluer les interventions psychosociales : Mesurer l’efficacité de programmes de tutorat, d’ateliers d’affirmation de soi ou de programmes de développement des compétences émotionnelles en milieu scolaire ou judiciaire.
  • Suivre l’évolution développementale : Analyser la stabilité temporelle de l’estime de soi depuis le début de l’adolescence (classes de 7e et 8e degrés aux États-Unis, équivalant aux classes de 5e et 4e en France) jusqu’à la transition vers l’âge adulte.

5. Construit psychologique

Le construit psychologique ciblé par l’échelle RYDS-SE est l’estime de soi globale (global self-esteem), définie comme l’attitude affective globale, positive ou négative, qu’un individu entretient envers lui-même en tant qu’entité complète, par opposition aux auto-évaluations spécifiques à un domaine (comme le sentiment d’efficacité académique, l’apparence physique ou les compétences athlétiques). Bien que traitée comme une échelle unidimensionnelle dans le calcul des scores, la formulation des items s’articule autour de deux facettes psychologiques complémentaires :

5.1. L’auto-approbation et le sentiment de compétence positive

Cette composante regroupe les affirmations formulées positivement qui mesurent la reconnaissance de ses propres qualités et la perception d’égalité fondamentale avec autrui. Les énoncés tels que « In general, you are satisfied with yourself » (item 1) ou « You feel that you have a number of good qualities » (item 3) capturent un sentiment stable d’acceptation inconditionnelle de sa personne. L’item 7 (« You feel that you are at least as good as other people ») et l’item 4 (« You can do things as well as most other people ») évaluent le sentiment de compétence relative et de non-infériorité sociale, indispensable à l’affirmation identitaire durant la puberté.

5.2. L’absence de dépréciation et de rejet de soi

Cette composante examine les cognitions négatives auto-dirigées, les sentiments d’inutilité et les jugements moraux défavorables portés sur sa propre identité. Les items comme « At times you think you are no good at all » (item 2), « You feel useless at times » (item 6) et « Sometimes you think of yourself as a bad person » (item 9) saisissent des états d’auto-critique aiguë. L’item 9 présente un intérêt criminologique particulier, car l’intériorisation du label « mauvaise personne » reflète les processus d’étiquetage social décrits par la théorie de l’étiquetage (labeling theory), où l’adolescent marginalisé finit par adopter une identité négative conforme aux attentes de son environnement.

6. Cadre théorique

L’échelle s’inscrit au carrefour de la théorie humaniste et sociologique du soi de Morris Rosenberg (1965) et de la théorie interactionnelle de la délinquance formulée par Terence P. Thornberry (1987).

6.1. La perspective rosenbergienne du soi

Rosenberg conçoit l’estime de soi comme le reflet du regard que le sujet porte sur lui-même après confrontation entre son soi perçu et son soi idéal. Selon ce modèle, une estime de soi saine ne requiert pas un sentiment de supériorité narcissique ou d’omnipotence, mais plutôt la conviction tranquille d’être « assez bien » (« good enough ») et de posséder une dignité intrinsèque égale à celle d’autrui. La modification opérée dans la RYDS – en retenant 9 items et en adaptant le phrasé – a conservé l’essence de cette phénoménologie tout en rendant le lexique plus immédiatement intelligible pour des adolescents issus de quartiers défavorisés.

6.2. La théorie interactionnelle de Thornberry

Dans la théorie interactionnelle, le comportement humain résulte de processus dynamiques et réciproques se déployant dans le temps. Contrairement aux théories statiques du contrôle social (ex. Hirschi, 1969), Thornberry postule que l’attachement aux institutions prosociales (famille, école) et les représentations psychologiques de soi sont en interaction constante :

  • Une faible estime de soi peut découler d’échecs scolaires répétés et d’un climat familial conflictuel ;
  • En retour, cette perception dégradée de soi diminue l’engagement dans les activités conventionnelles et pousse l’adolescent à rechercher l’affiliation auprès de pairs délinquants pour restaurer son statut social ;
  • L’implication délinquante qui s’ensuit peut paradoxalement rehausser temporairement l’estime de soi au sein du groupe marginal, avant de la détériorer à long terme par l’exclusion sociétale et les sanctions pénales.

7. Validité

Les études méthodologiques menées sur les vagues successives de la Rochester Youth Development Study (échantillon initial de N = 1 000 jeunes suivis longitudinalement) ont documenté des indices solides de validité psychométrique :

7.1. Validité de construit et validité convergente

L’échelle RYDS-SE corrèle de manière positive et significative avec d’autres dimensions de l’adaptation psychosociale, notamment le sentiment d’auto-efficacité générale (r = 0,52 à 0,61, p < 0,001), l’attachement parental (r = 0,34 à 0,42, p < 0,001) et l’engagement scolaire (r = 0,38, p < 0,001). Inversement, elle présente des corrélations négatives robustes avec les scores de détresse psychologique, d’anxiété et de symptômes dépressifs mesurés par le Center for Epidemiologic Studies Depression Scale (CES-D), avec des coefficients variant entre -0,45 et -0,58.

7.2. Validité discriminante et prédictive

L’instrument démontre une excellente capacité à discriminer les adolescents engagés dans des trajectoires de délinquance persistante de ceux suivant un parcours conventionnel. Les analyses de régression logistique longitudinale ont montré qu’une faible estime de soi en classe de 8e grade prédisait significativement l’expérimentation de drogues illicites (odds ratio [OR] = 1,45, p < 0,01) et la fugue (OR = 1,62, p < 0,005) deux ans plus tard, même après contrôle du statut socio-économique et des infractions antérieures.

8. Fidélité

La fidélité de l’instrument a été évaluée sous l’angle de la consistance interne et de la stabilité temporelle :

  • Consistance interne : Le coefficient alpha de Cronbach rapporté dans le recueil officiel du CDC (Dahlberg et al., 2005) s’établit à α = 0,81 pour la cohorte générale lors de la première vague d’administration (vague 1). Au fil des vagues ultérieures (vagues 2 à 9), les estimations de cohérence interne se maintiennent de façon stable entre 0,78 et 0,85.
  • Fidélité test-retest : Les corrélations test-retest sur un intervalle de six mois s’élèvent en moyenne à r = 0,68 (p < 0,001), ce qui reflète une stabilité adéquate pour un construit développemental sujet à des fluctuations physiologiques et contextuelles notables au cours de la puberté.
  • Corrélations inter-items : Les corrélations moyennes inter-items se situent dans la fourchette recommandée de 0,30 à 0,45, démontrant une bonne homogénéité sans redondance sémantique excessive.

9. Analyse factorielle

Les analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) conduites sur les données de la RYDS révèlent des caractéristiques structurelles bien documentées dans la littérature sur les échelles d’estime de soi :

9.1. Modèle unidimensionnel vs modèle bifactoriel

Une analyse en composantes principales (ACP) non rotationnée met systématiquement en évidence un facteur principal dominant expliquant plus de 42 % de la variance totale des scores, justifiant l’usage d’un score composite global. Tous les items présentent des saturations factorielles supérieures à 0,45 sur ce facteur général.

Cependant, en analyse factorielle confirmatoire (AFC), un modèle à deux facteurs corrélés – séparant les items formulés positivement (items 1, 3, 4, 7) des items inversés formulés négativement (items 2, 5, 6, 8, 9) – offre des indices d’ajustement supérieurs (CFI = 0,96, TLI = 0,95, RMSEA = 0,048) par rapport au modèle unidimensionnel strict (CFI = 0,89, RMSEA = 0,078). Les spécialistes en méthodologie s’accordent toutefois pour considérer cette bipartition comme un artéfact de méthode (biais d’inversion d’items) plutôt que comme une dualité conceptuelle substantielle, validant ainsi l’utilisation unifiée du score total.

10. Instrument de mesure

  • Nom complet de l’instrument : Rochester Youth Development Study – Self-Esteem Scale (RYDS-SE).
  • Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (self-report inventory).
  • Population cible : Adolescents et jeunes adultes (initialement élèves de 7e et 8e degrés, âgés de 12 à 15 ans au départ, suivis longitudinalement jusqu’à l’âge adulte).
  • Nombre d’items : 9 items.
  • Échelle de réponse : Échelle de Likert à 4 points :
    1 = Fortement en désaccord (Strongly disagree)
    2 = En désaccord (Disagree)
    3 = D’accord (Agree)
    4 = Fortement d’accord (Strongly agree)
  • Cotation et calcul des scores :
    • Inverser le score des items négatifs : items 2, 5, 6, 8 et 9 (transformation : 1 → 4, 2 → 3, 3 → 2, 4 → 1).
    • Sommer les scores des 9 items (après inversion).
    • Diviser la somme obtenue par le nombre total d’items (9) pour obtenir un score moyen variant de 1,00 à 4,00.
    • Un score plus élevé traduit un niveau plus élevé d’estime de soi globale.
  • Temps de passation : Environ 3 à 5 minutes.

11. Permissions, Tarifs et Année du test

  • Année de conception initiale : 1988 (début de la cohorte RYDS) ; publié dans le compendium du CDC en 2005.
  • Droits d’utilisation et permissions : L’instrument relève du domaine public institutionnel aux États-Unis, ayant été financé par des fonds fédéraux de recherche (notamment l’Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention – OJJDP, le National Institute on Drug Abuse – NIDA, et le Centers for Disease Control and Prevention – CDC). Il est accessible librement pour tout usage clinique ou de recherche académique.
  • Tarif : Gratuit (aucun coût de licence ni redevance).
  • Source institutionnelle : Disponible dans le manuel public du CDC : Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (page 150).

12. Références

Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (2nd ed.). Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf

Rosenberg, M. (1965). Society and the adolescent self-image. Princeton University Press. https://doi.org/10.1515/9781400876136

Thornberry, T. P. (1987). Toward an interactional theory of delinquency. Criminology, 25(4), 863–892. https://doi.org/10.1111/j.1745-9125.1987.tb00823.x

Thornberry, T. P., Lizotte, A. J., Krohn, M. D., Farnworth, M., & Jang, S. J. (1991). Testing interactional theory: An examination of reciprocal causal relationships among family, school, and delinquency. The Journal of Criminal Law and Criminology, 82(1), 3–35. https://doi.org/10.2307/1143828

Thornberry, T. P., Lizotte, A. J., Krohn, M. D., Smith, C. A., & Porter, P. K. (2003). Causes and consequences of delinquency: Findings from the Rochester Youth Development Study. In T. P. Thornberry & M. D. Krohn (Eds.), Taking Stock of Delinquency: An Overview of Findings from Contemporary Longitudinal Studies (pp. 11–46). Kluwer Academic/Plenum Publishers. https://doi.org/10.1007/0-306-47945-1_2

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

In general‚ you are satisfied with yourself.
2

At times you think you are no good at all.
3

You feel that you have a number of good qualities.
4

You can do things as well as most other people.
5

You feel you do not have much to be proud of.
6

You feel useless at times.
7

You feel that you are at least as good as other people.
8

You wish you could have more respect for yourself.
9

Sometimes you think of yourself as a bad person.
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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 7). Estime de soi — Étude sur le développement des jeunes de Rochester. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/estime-de-soi-rochester-youth-development-study/
Looti, Mohammed. “Estime de soi — Étude sur le développement des jeunes de Rochester.” Base de données de psychologie en français, 7 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/estime-de-soi-rochester-youth-development-study/.
Looti, Mohammed. “Estime de soi — Étude sur le développement des jeunes de Rochester.” Base de données de psychologie en français. octobre 7, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/estime-de-soi-rochester-youth-development-study/.