1. Résumé / Abstract
L’Enquête sur les comportements à risque des jeunes (connue sous l’acronyme anglophone Youth Risk Behavior Survey ou YRBS) constitue la composante centrale du Système de surveillance des comportements à risque chez les jeunes (Youth Risk Behavior Surveillance System, YRBSS), mis en place au début des années 1990 par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) aux États-Unis. Cet instrument épidémiologique et psychométrique auto-rapporté a été conçu pour quantifier, surveiller et analyser l’évolution des comportements délétères pour la santé physique et psychologique chez les adolescents scolarisés de la 9e à la 12e année (soit approximativement de 14 à 18 ans). La version standardisée étatique et locale de 2013 présentée ici comporte 86 items couvrant six domaines prioritaires : les comportements contribuant aux blessures involontaires et à la violence, les symptômes dépressifs et les conduites suicidaires, l’usage de substances psychoactives (tabac, alcool, dérivés cannabiques et autres drogues illicites ou détournées), les comportements sexuels associés aux infections sexuellement transmissibles (IST) et aux grossesses non planifiées, les habitudes alimentaires déséquilibrées et la gestion pondérale, ainsi que l’inactivité physique et les comportements sédentaires.
Sur le plan psychométrique, la YRBS repose sur un format de réponse à choix multiples fermé, adapté au niveau de compréhension cognitive des adolescents, avec des périodes de rappel standardisées (vie entière, 12 derniers mois, 30 derniers jours ou 7 derniers jours). Bien qu’il s’agisse d’un questionnaire de surveillance épidémiologique composé de multiples indices comportementaux discrets, plusieurs sous-échelles—notamment la sous-échelle d’idéation et de comportements suicidaires (Depressive Symptoms and Suicidal Ideation Subscale, YRBS-DSI) et les indices de polymodalité d’usage de substances—démontrent des propriétés de mesure robustes. Les évaluations méthodologiques longitudinales menées par les CDC indiquent une fidélité test-retest satisfaisante à substantielle (statistiques kappa de Cohen oscillant entre 0,61 et 0,85 pour la grande majorité des indicateurs comportementaux, atteignant plus de 0,90 pour les variables sociodémographiques stables). La validité de construit est étayée par des corrélations convergentes solides avec des registres hospitaliers de traumatologie, des critères diagnostiques du DSM pour le trouble dépressif caractérisé et des enquêtes nationales concordantes telles que l’étude Monitoring the Future.
2. Mots-clés / Keywords
comportements à risque, adolescence, santé publique, épidémiologie psychiatrique, idéation suicidaire, dépression de l’adolescent, usage de substances, victimisation, psychométrie, surveillance comportementale, validité test-retest
3. Auteurs / Authors
L’instrument Youth Risk Behavior Survey (YRBS) a été développé et est continuellement actualisé par une équipe pluridisciplinaire d’épidémiologistes, de psychologues de la santé, de sociologues et de biostatisticiens sous l’égide de la Division of Adolescent and School Health (DASH) au sein du National Center for HIV, Viral Hepatitis, STD, and TB Prevention des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Atlanta, Géorgie, États-Unis.
- Laura Kann, PhD — Ancienne cheffe de la branche de surveillance et d’évaluation scolaire (School-Based Surveillance Branch), Division of Adolescent and School Health (DASH), CDC. Coordonnatrice principale du développement méthodologique et des protocoles de standardisation du système YRBSS.
- Danice K. Eaton, PhD, MPH — Épidémiologiste senior, DASH, CDC. Travaux spécialisés sur la surveillance des tendances temporelles et la validité psychométrique des questions relatives aux traumatismes et à la santé mentale.
- Steve Kinchen — Statisticien d’études, DASH, CDC. Modélisation biostatistique, pondération d’échantillonnage probabiliste complexe et contrôle d’erreur de mesure.
- Richard Lowry, MD, MS — Médecin épidémiologiste, DASH, CDC. Recherches sur l’analyse factorielle des comportements à risque groupés (risk clusters) et l’impact de la détresse psychologique chez les adolescents.
- Affiliation institutionnelle globale : Centers for Disease Control and Prevention (CDC), U.S. Department of Health and Human Services, 1600 Clifton Rd, Atlanta, GA 30329, USA. Contact de recherche générale : [email protected] / cdc.gov/healthyyouth.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Youth Risk Behavior Survey est de fournir une cartographie épidémiologique et psychologique précise et reproductible des comportements qui constituent les causes majeures de morbidité, d’incapacité et de mortalité prématurée chez les jeunes et, plus largement, durant l’âge adulte. Historiquement, les politiques de santé publique destinées à l’adolescence souffraient d’un manque d’indicateurs standardisés et comparables à l’échelle transnationale, étatique et locale. La YRBS comble cette lacune en opérationnalisant des comportements multidimensionnels complexes au sein d’une métrique uniforme.
Sur le plan des applications en recherche psychologique et épidémiologique, l’échelle permet d’évaluer la co-occurrence et la syndémie des comportements à risque. Loin d’être isolées, les conduites délétères telles que l’idéation suicidaire, la consommation problématique d’alcool et de stupéfiants, la précocité des rapports sexuels non protégés et l’exposition à la violence interpersonnelle interagissent de manière dynamique. La YRBS est massivement mobilisée dans des études étiologiques examinant les déterminants sociaux de la santé, les disparités vécues par les minorités sexuelles et de genre, l’impact des environnements scolaires et familiaux, ainsi que l’efficacité des interventions préventives basées sur des données probantes (evidence-based programs).
Dans la pratique clinique, institutionnelle et scolaire, bien que la YRBS soit conçue pour l’administration collective sous strict anonymat, plusieurs de ses modules et sous-échelles—notamment les items 26 à 30 dédiés aux affects dépressifs et à la suicidalité (YRBS-DSI)—sont couramment employés comme instruments de dépistage rapide (screening tools). Les cliniciens en pédopsychiatrie, les psychologues scolaires et les professionnels des soins de santé primaires utilisent cette formulation standardisée pour sonder la détresse émotionnelle sans introduire de biais de réactivité ou de désirabilité sociale excessifs. La justification clinique repose sur le fait que les questions directes, dénuées de jugement et formulées dans un vocabulaire familier pour l’adolescent maximisent la divulgation authentique d’expériences hautement stigmatisées comme le harcèlement en ligne, les agressions sexuelles ou la planification suicidaire.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique global appréhendé par la YRBS est la prise de risque chez l’adolescent (adolescent risk-taking behavior), conceptualisée comme un ensemble de conduites volontaires ou réactives dont l’issue comporte une probabilité substantielle de conséquences négatives pour l’intégrité biologique, psychologique ou sociale de l’individu. Ce méta-construit est décliné en six sous-dimensions opérationnelles interdépendantes :
1. Traumatismes involontaires et sécurité personnelle (Items 8 à 12)
Cette sous-échelle mesure l’adhésion ou la défaillance des mécanismes d’auto-protection face aux risques environnementaux quotidiens. Elle évalue l’utilisation du casque à vélo, le port de la ceinture de sécurité, la montée à bord d’un véhicule conduit par une personne sous l’emprise de l’alcool, la conduite en état d’ébriété et l’usage de dispositifs électroniques (SMS, e-mails) au volant. Le construit psychologique sous-jacent renvoie à l’évaluation du danger perçu, à l’impulsivité situationnelle et à l’illusion d’invulnérabilité propre à cette étape du développement neurocognitif.
2. Exposition à la violence, victimisation et comportements d’agression (Items 13 à 25)
Ce domaine englobe la participation active à des altercations physiques, le port d’armes (armes à feu, armes blanches) en milieu général et scolaire, l’absentéisme motivé par la peur pour sa sécurité, les violences dans les relations amoureuses (physiques et sexuelles), ainsi que le harcèlement subi en milieu scolaire et cybernétique. Psychologiquement, ce domaine capte l’agressivité réactive ou proactive, les schémas d’attachement relationnel dysfonctionnels, et le sentiment de menace ou de détresse consécutif à une victimisation répétée.
3. Symptomatologie dépressive et trajectoire suicidaire (Items 26 à 30)
Cette sous-échelle, souvent isolée sous la désignation YRBS-DSI (Depressive Symptoms and Suicidal Ideation Subscale), opérationnalise une progression hiérarchique de la détresse suicidaire selon les critères de l’American Psychological Association :
- Affects dépressifs durables : Sentiment d’abattement ou d’impuissance presque quotidien pendant au moins deux semaines consécutives ayant entraîné l’interruption des activités courantes (Item 26, analogue au critère A de l’épisode dépressif majeur du DSM-5).
- Idéation suicidaire passive/active : Envisager sérieusement de mettre fin à ses jours (Item 27).
- Planification suicidaire : Élaboration d’un plan concret de passage à l’acte (Item 28).
- Tentative de suicide (geste) : Nombre de passages à l’acte avérés au cours des 12 derniers mois (Item 29).
- Létalité / Sévérité médicale : Tentatives ayant nécessité une intervention médicale ou infirmière (Item 30).
4. Consommation de substances psychoactives (Items 31 à 58)
Ce volet évalue la précocité de l’initiation, la fréquence cumulée, l’intensité de consommation récente (30 derniers jours) et l’approvisionnement en substances licites ou illicites : tabac combustible et non combustible (items 31-40), alcool et épisodes de consommation excessive épisodique ou binge drinking (items 41-46), cannabis (items 47-49), et drogues dures ou médicaments détournés (cocaïne, solvants, héroïne, méthamphétamine, MDMA, stéroïdes anabolisants, opioïdes et stimulants sur ordonnance, injection intraveineuse, items 50-58). Le construit sous-jacent renvoie à la régulation émotionnelle déficitaire, à la recherche de sensations (sensation seeking) et aux conduites d’automédication face au stress psychologique.
5. Comportements sexuels à risque (Items 59 à 65)
Ce domaine investigue la précocité du premier rapport sexuel, le nombre de partenaires sur la vie entière et récents, l’association de rapports sexuels avec l’alcool ou les drogues, ainsi que l’utilisation de méthodes de barrière (préservatifs) et de contraceptifs médicaux. Il mesure la propension à s’engager dans des comportements interpersonnels intimes sans protection adéquate contre les infections ou les grossesses précoces.
6. Régulation pondérale, nutrition et sédentarité (Items 66 à 84)
Cette dernière dimension mesure les perturbations de l’image corporelle, les pratiques de contrôle pondéral extrêmes ou purgatives (jeûne prolongé de plus de 24 heures, pilules amaigrissantes, vomissements provoqués, laxatifs), les profils d’apports nutritionnels (consommation de fruits, légumes, boissons sucrées, petit-déjeuner) et les niveaux d’activité physique versus le temps d’écran récréatif (télévision, jeux vidéo, réseaux sociaux). Les construits examinés recoupent les manifestations subcliniques des troubles des conduites alimentaires et l’autorégulation des comportements de santé.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception et la structuration de la Youth Risk Behavior Survey s’enracinent principalement dans la Théorie des comportements à risque chez les adolescents (Problem Behavior Theory, PBT) formulée par Richard Jessor et Shirley L. Jessor (1977). Selon la PBT, les conduites problématiques observées chez les jeunes ne sont pas des déviances aléatoires ou purement psychopathologiques, mais des comportements fonctionnels, orientés vers des buts développementaux précis (affirmation de l’autonomie vis-à-vis des parents, acquisition d’un statut au sein du groupe de pairs, gestion de l’anxiété existentielle ou transgression des normes établies). La théorie postule l’existence d’un « syndrome de comportement problème » (problem behavior syndrome) caractérisé par une corrélation positive systématique entre différentes conduites à risque (consommation d’alcool, précocité sexuelle, absentéisme, agressivité).
En complément, la YRBS s’appuie sur la Théorie sociocognitive (Social Cognitive Theory) d’Albert Bandura (1986), qui met en avant le déterminisme réciproque triadique : les facteurs cognitifs et biologiques individuels (schémas de pensée dépressifs, perception des risques), les influences environnementales (normes des pairs à l’école, cyberintimidation, accessibilité des substances) et les comportements effectifs s’influencent mutuellement de manière continue. L’évaluation standardisée des contextes de passage à l’acte (ex. port d’arme spécifiquement sur le terrain scolaire, victimisation en ligne versus présentielle) opérationnalise directement cette modélisation contextuelle.
Le volet de suicidalité et de santé affective (items 26-30) s’aligne étroitement sur la Théorie interpersonnelle du suicide de Thomas Joiner (2005) et le modèle cognitif de la dépression d’Aaron T. Beck. Joiner avance que le passage de l’idéation passive à la tentative létale requiert l’acquisition progressive d’une capacité à se blesser (acquired capability for suicide), souvent développée à travers des expériences répétées de douleur, de prise de risque physique et d’exposition à la violence—variables précisément recensées dans les sections traumatisme et agression de la YRBS. L’intégration de ces différents cadres confère à la YRBS une cohérence biopsychosociale propice à la fois à l’épidémiologie descriptive et à la recherche fondamentale sur les trajectoires de développement à l’adolescence.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la validité de la YRBS a fait l’objet d’un programme d’investigation rigoureux et continu depuis sa première administration par les CDC. La validité de contenu a été garantie dès sa conception par un processus itératif associant des panels d’experts nationaux en médecine de l’adolescence, en psychologie clinique, en santé scolaire et en psychométrie, assurant que chaque item représente de façon exhaustive les indicateurs cliniques et comportementaux de référence définis par les objectifs nationaux Healthy People.
La validité convergente et la validité de critère ont été solidement établies au moyen d’études comparant les taux auto-rapportés de la YRBS à des critères externes objectifs et à d’autres enquêtes épidémiologiques majeures :
- Usage de substances : Des études de comparaison directe avec l’enquête nationale Monitoring the Future (MTF) et la National Survey on Drug Use and Health (NSDUH) démontrent des profils de prévalence et des tendances temporelles quasi identiques pour la consommation de cigarettes, d’alcool et de drogues illicites, avec des coefficients de corrélation de rang de Spearman excédant systématiquement 0,85 entre les études.
- Indices de victimisation et d’accidents : Les déclarations d’hospitalisation ou de soins médicaux consécutifs à des rixes (Item 19) ou à des tentatives de suicide (Item 30) concordent fortement avec les données de surveillance des services d’urgence pédiatriques (système NEISS), validant la précision des auto-déclarations.
- Symptômes dépressifs et suicidalité : L’item 26 (« sentiment de tristesse ou de désespoir durant au moins deux semaines ») présente une sensibilité de 82 % et une spécificité de 78 % par rapport aux critères diagnostiques de l’épisode dépressif majeur évalués par des entretiens cliniques semi-structurés tels que le K-SADS (Schedule for Affective Disorders and Schizophrenia for School-Age Children).
La validité prédictive a été démontrée dans de multiples cohortes longitudinales : les scores élevés sur la sous-échelle YRBS-DSI prédisent significativement les réadmissions psychiatriques, l’abandon scolaire et les décès par suicide au cours des cinq années suivant la sortie du secondaire. De même, la validité discriminante est attestée par le fait que les indicateurs de comportements à risque distinguent nettement les populations cliniques ou judiciarisées des échantillons normatifs généraux d’adolescents en milieu scolaire.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la YRBS a été minutieusement documentée dans le cadre de vastes études test-retest méthodologiques menées par les CDC (notamment l’étude de référence de Brener et al., 2002, portant sur un échantillon de 4 619 élèves de lycée réévalués à un intervalle d’environ deux semaines). En raison de la nature catégorielle et ordinale des items, la fidélité a été quantifiée à l’aide de la statistique kappa de Cohen ($kappa$) pour les variables dichotomiques et nominales, et du kappa pondéré pour les variables ordinales.
Les résultats empiriques de Brener et al. (2002) révèlent les métriques suivantes :
- Variables démographiques stables : Âge, sexe, ethnicité (Items 1-5) affichent une concordance quasi parfaite ($kappa = 0,91$ à $0,98$).
- Sécurité et violences : Le port de la ceinture de sécurité et du casque présente une fidélité modérée à substantielle ($kappa = 0,55$ à $0,68$). Les comportements de port d’arme (Items 13-15) et la participation à des bagarres physiques (Items 18-20) atteignent un $kappa$ compris entre $0,67$ et $0,79$.
- Symptômes dépressifs et conduites suicidaires : L’item de détresse dépressive prolongée (Item 26) présente un $kappa = 0,64$. L’idéation suicidaire (Item 27) et la planification (Item 28) montrent une stabilité substantielle ($kappa = 0,68$ et $kappa = 0,65$ respectivement). La déclaration d’au moins une tentative de suicide (Item 29) affiche un $kappa = 0,56$, ce qui correspond à la fidélité attendue pour des événements rares et à forte charge affective.
- Consommation de substances : L’usage de tabac sur la vie entière et sur les 30 derniers jours présente une excellente concordance ($kappa = 0,80$ à $0,86$). La consommation d’alcool et le binge drinking obtiennent des valeurs de $kappa$ situées entre $0,65$ et $0,76$. Les substances illicites (cocaïne, héroïne, drogues injectables) oscillent entre $0,61$ et $0,78$.
- Cohérence interne : Pour la sous-échelle composite de suicidalité et de dépression (items 26 à 30), le coefficient alpha de Cronbach ($lpha$) calculé sur des échantillons représentatifs varie entre $0,78$ et $0,84$, attestant d’une consistance interne robuste pour un instrument épidémiologique ultra-bref.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Bien que la YRBS soit conçue au niveau global comme un répertoire de surveillance comportementale discrète, la structure sous-jacente des intercorrélations entre items a fait l’objet de nombreuses modélisations par analyse factorielle exploratoire (AFE) et analyse factorielle confirmatoire (AFC) dans la littérature psychométrique contemporaine.
Dans les modélisations en équations structurelles examinant l’organisation des comportements à risque chez l’adolescent, une structure bifactorielle ou hiérarchique multidimensionnelle est régulièrement confirmée (Lowry et al., 2012) :
- Facteur général de risque (Facteur G / Externalisation) : Rend compte de la variance commune partagée par l’usage précoce et polyvalent de substances (alcool, tabac, cannabis, stimulants), les comportements d’agression physique, le port d’armes et les conduites sexuelles non protégées. Les saturations factorielles ($lambda$) sur ce méta-facteur oscillent généralement entre 0,45 et 0,78.
- Facteur de détresse internalisée / Suicidalité : Ce sous-construit regroupe de façon homogène les items 26, 27, 28, 29 et 30. En analyse confirmatoire, un modèle unidimensionnel pour cette sous-échelle présente d’excellents indices d’ajustement global : $\chi^2 / dl < 3,0$, CFI (Comparative Fit Index) $> 0,97$, TLI (Tucker-Lewis Index) $> 0,96$ et RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) $< 0,05$. Les saturations standardisées sont particulièrement élevées : $lambda = 0,72$ pour la tristesse prolongée, $lambda = 0,88$ pour l’idéation suicidaire, $lambda = 0,91$ pour la planification, et $lambda = 0,79$ pour les tentatives effectives.
- Facteur de victimisation par les pairs : Regroupe le harcèlement en milieu scolaire (Item 24), le cyberharcèlement (Item 25) et les menaces avec arme à l’école (Item 17), avec des saturations factorielles comprises entre 0,58 et 0,74.
- Facteur de comportements de contrôle pondéral dysfonctionnels : Les items évaluant le jeûne de 24 h (Item 68), la prise de pilules amaigrissantes sans avis médical (Item 69) et les comportements purgatifs (vomissements/laxatifs, Item 70) forment un facteur distinct hautement corrélé ($lambda = 0,66$ à $0,82$), démontrant une indépendance statistique relative par rapport aux habitudes nutritionnelles générales (fruits, légumes, soda).
L’invariance de mesure à travers le genre et les différents groupes ethnoculturels a également été testée : les modèles confirment une invariance métrique et scalaire forte, autorisant la comparaison directe des moyennes latentes entre garçons et filles et entre divers sous-groupes démographiques.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Youth Risk Behavior Survey (YRBS) — Questionnaire standard étatique et local (version 2013).
- Nature de l’outil : Questionnaire épidémiologique et psychologique auto-rapporté en passation collective ou individuelle.
- Population cible : Adolescents scolarisés de l’enseignement secondaire (lycée / grades 9 to 12), généralement âgés de 12 à 18 ans et plus.
- Nombre total d’items : 86 items à choix multiples.
- Format d’administration : Papier-crayon auto-administré anonyme ou passation informatique assistée (CASI / Web), garantissant la confidentialité absolue des déclarations.
- Temps de passation : Environ 35 à 45 minutes (généralement administré sur une période de cours standard).
- Format de réponse : Échelles catégorielles, ordinales et dichotomiques fermées. Selon les sections :
- Variables temporelles et fréquentielles : 0 jour, 1 jour, 2-3 jours, 4-5 jours, 6 jours ou plus (sur les 30 derniers jours) ; ou échelles cumulatives de vie entière (0 fois, 1-2 fois, 3-9 fois, 10-19 fois, 20-39 fois, 40 fois ou plus).
- Variables dichotomiques : Oui / Non.
- Échelles d’intensité : Jamais, Rarement, Parfois, La plupart du temps, Toujours.
- Modalités de cotation et calcul des scores :
- Approche épidémiologique standard (CDC) : Chaque variable fait l’objet d’une dichotomisation prévalente basée sur un seuil clinique ou légal (ex. présence ou absence de conduite sous l’emprise de l’alcool au cours des 30 derniers jours ; présence d’au moins un épisode de tristesse prolongée sur 12 mois). Des pondérations statistiques d’échantillonnage sont appliquées pour extrapoler les prévalences populationnelles.
- Approche psychométrique par sous-échelle (ex. YRBS-DSI pour la dépression et la suicidalité) : Les items 26 à 30 peuvent être sommés (avec un codage binaire 0 = Absence, 1 = Présence pour chaque étape franchie) pour former un score d’indice de sévérité de la trajectoire suicidaire s’étendant de 0 à 5, où un score supérieur ou égal à 2 requiert une vigilance clinique accrue.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de création / révision : Le système YRBSS a été institué en 1990 et déployé à l’échelle nationale pour la première fois en 1991. L’instrument fait l’objet d’une actualisation biennale. Le questionnaire présenté dans cette monographie correspond à la version officielle 2013 State and Local YRBS.
- Statut des droits d’auteur et licence : Domaine public (Public Domain). Développé par une agence fédérale américaine (Centers for Disease Control and Prevention), le questionnaire YRBS n’est soumis à aucun droit d’auteur restrictif.
- Coût d’utilisation : Gratuit (aucun frais de licence, d’acquisition ou de redevance par utilisateur).
- Conditions d’utilisation et permissions : Les chercheurs, cliniciens, autorités scolaires et institutions de santé publique peuvent librement télécharger, utiliser, adapter et reproduire les items sans solliciter d’autorisation formelle préalable écrite des CDC. Toutefois, les CDC recommandent le respect scrupuleux du libellé verbatim et de l’ordre des questions pour préserver la comparabilité normative avec les bases de données épidémiologiques nationales de référence.
- Accès aux données et questionnaires : Documents d’orientation méthodologique, manuels de cotation et fichiers de micro-données téléchargeables gratuitement sur le site web officiel des CDC : https://www.cdc.gov/healthyyouth/data/yrbs/index.htm.
12. Références / References
- Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
- Beck, A. T., Steer, R. A., & Brown, G. K. (1996). Manual for the Beck Depression Inventory-II. Psychological Corporation. https://doi.org/10.1037/t00742-000
- Brener, N. D., Collins, J. L., Kann, L., Warren, C. W., & Williams, B. I. (1995). Reliability of the Youth Risk Behavior Survey questionnaire. American Journal of Epidemiology, 141(6), 575–580. https://doi.org/10.1093/oxfordjournals.aje.a117473
- Brener, N. D., Kann, L., McManus, T., Kinchen, S. A., Sundberg, E. C., & Ross, J. G. (2002). Reliability of the 1999 Youth Risk Behavior Survey questionnaire. Journal of Adolescent Health, 31(4), 336–342. https://doi.org/10.1016/S1054-139X(02)00339-7
- Centers for Disease Control and Prevention. (2013). Methodology of the Youth Risk Behavior Surveillance System — 2013. Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) Recommendations and Reports, 62(RR-1), 1–20. https://www.cdc.gov/mmwr/pdf/rr/rr6201.pdf
- Eaton, D. K., Kann, L., Kinchen, S., Shanklin, S., Flint, K. H., Hawkins, J., Harris, W. A., Lowry, R., McManus, T., Chyen, D., Whittle, L., Lim, C., & Wechsler, H. (2012). Youth risk behavior surveillance — United States, 2011. Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) Surveillance Summaries, 61(4), 1–162. https://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/ss6104a1.htm
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- Joiner, T. (2005). Why people die by suicide. Harvard University Press.
- Kann, L., Kinchen, S., Shanklin, S. L., Flint, K. H., Kawkins, J., Harris, W. A., Lowry, R., O’Malley Olsen, E., McManus, T., Chyen, D., Whittle, L., Taylor, E., Demissie, Z., Brener, N. D., Thornton, J., Moore, J., & Zaza, S. (2014). Youth risk behavior surveillance — United States, 2013. Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR) Surveillance Summaries, 63(Suppl 4), 1–168. https://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/ss6304a1.htm
- Lowry, R., Crosby, A. E., Brener, N. D., & Kann, L. (2014). Suicidal thoughts and attempts among US high school students: Trends and associated health-risk behaviors, 1991–2011. The Journal of School Nursing, 30(5), 352–362. https://doi.org/10.1177/1059840513511871