1. Résumé / Abstract
L’Enquête sur les comportements à risque des jeunes (connue internationalement sous l’acronyme YRBS pour Youth Risk Behavior Survey), développée initialement par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis au sein du Youth Risk Behavior Surveillance System (YRBSS), constitue l’un des instruments épidémiologiques et psychométriques les plus influents au monde pour l’évaluation des comportements prioritaires impactant la morbidité et la mortalité des adolescents. Administré en milieu scolaire depuis 1991 à une périodicité biennale, ce questionnaire d’auto-évaluation standardisé quantifie les conduites à risque regroupées en six catégories critiques : les comportements contribuant aux blessures non intentionnelles et à la violence (incluant les violences interpersonnelles, le harcèlement et les conduites suicidaires), l’usage du tabac et de la nicotine, la consommation d’alcool et d’autres substances psychoactives (drogues illicites, médicaments détournés), les comportements sexuels associés au virus de l’immunodéficience humaine (VIH), aux infections sexuellement transmissibles (IST) et aux grossesses non planifiées, les habitudes alimentaires déséquilibrées et la sédentarité ou l’inactivité physique. La composante spécifique relative aux symptômes dépressifs et aux idéations suicidaires (YRBS-DSSI) fournit une mesure épidémiologique de référence de la détresse psychologique chez les élèves du secondaire (classes de la 9e à la 12e année du système américain, correspondant aux adolescents de 12 à 18 ans et plus).
Sur le plan psychométrique, les études méthodologiques rigoureuses conduites par les CDC (notamment les cohortes d’évaluation test-retest de Brener et al., 1995, 2002, 2013) démontrent une fiabilité substantielle à presque parfaite pour la majorité des items comportementaux objectifs, avec des coefficients Kappa de Cohen ($kappa$) oscillant globalement entre 0,61 et 0,85 et une concordance globale dépassant 80 % à deux semaines d’intervalle. La validité de construit et la validité de critère ont été largement corroborées par triangulation avec des données biochimiques (e.g., cotinine salivaire pour l’usage tabagique) et des registres de santé publique. L’instrument utilise des formats de réponse fermés à choix multiples avec des fenêtres temporelles précises (vie entière, 12 derniers mois, 30 derniers jours, 7 derniers jours), minimisant les biais d’anamnèse et garantissant une surveillance longitudinale harmonisée.
2. Mots-clés / Keywords
Enquête sur les comportements à risque des jeunes, YRBS, CDC, adolescence, idéation suicidaire, dépression, comportements à risque, épidémiologie psychiatrique, toxicomanie, psychométrie, surveillance épidémiologique, santé publique, validation test-retest.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé par la Division of Adolescent and School Health (DASH) rattachée au National Center for Chronic Disease Prevention and Health Promotion des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), Atlanta, Géorgie, États-Unis. Parmi les chercheurs et méthodologistes clés ayant dirigé l’élaboration psychométrique et les analyses de fidélité figurent le Dr Laura Kann, le Dr Nancy D. Brener, le Dr Steve Kinchen, le Dr James L. Anderson et leurs collaborateurs institutionnels.
Pour toute correspondance institutionnelle relative aux microdonnées, protocoles d’échantillonnage probabiliste et manuels d’administration : Centers for Disease Control and Prevention, Division of Adolescent and School Health, 1600 Clifton Road NE, Atlanta, GA 30329, États-Unis (Contact DASH : [email protected]).
4. Objectif / Purpose
L’Enquête sur les comportements à risque des jeunes a été mise au point pour répondre à une lacune majeure des politiques de santé publique : l’absence de données empiriques standardisées, représentatives au niveau national et infranational, concernant les étiologies comportementales évitables de mortalité, de morbidité prématurée et de handicaps sociaux chez les adolescents. Aux États-Unis et à l’international, les principales causes de mortalité chez les jeunes âgés de 10 à 24 ans ne relèvent pas de pathologies infectieuses endogènes ou de maladies génétiques incurables, mais de traumatismes non intentionnels (collisions routières), d’homicides et de suicides, étroitement articulés à la consommation d’alcool, de stupéfiants et à des dérégulations psychoaffectives.
L’objectif fondamental de l’YRBS est quadruple :
- Surveillance épidémiologique temporelle : Quantifier avec précision la prévalence des comportements délétères et analyser leurs tendances évolutives à long terme au sein de strates sociodémographiques diversifiées (sexe, âge, niveau scolaire, origine ethnique).
- Dépistage des constellations de risque psychoaffectif : Identifier précocement les manifestations de détresse psychologique sévère, notamment la tristesse persistante invalidante, la planification suicidaire et les tentatives d’autolyse requérant des soins médicaux d’urgence.
- Orientation des politiques préventives et éducatives : Fournir aux décideurs gouvernementaux, aux conseils scolaires et aux intervenants communautaires les indicateurs probabilistes nécessaires pour implanter des programmes d’intervention préventive fondés sur des preuves (evidence-based interventions).
- Recherche fondamentale et appliquée en psychologie de la santé : Servir de matrice analytique pour explorer les liens syndémiques et les covariations entre psychopathologie internalisée (anxiété, affects dépressifs) et externalisée (agression, délinquance, toxicomanie, prise de risque sexuelle).
Dans les contextes de recherche clinique et d’évaluation psycho-éducative, la sous-échelle consacrée aux symptômes dépressifs et aux comportements suicidaires (items 26 à 30) opère comme un étalon-or d’évaluation en population générale pour calibrer des outils de dépistage bref et mesurer l’impact différentiel des déterminants sociaux de la santé mentale chez les adolescents marginalisés.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par l’YRBS repose sur un méta-construit de prise de risque à l’adolescence (adolescent risk-taking behavior), subdivisé en plusieurs dimensions spécifiques et fonctionnellement interdépendantes :
1. Sécurité et comportements entraînant des traumatismes non intentionnels
Cette dimension évalue le refus ou l’omission d’adopter des comportements de protection universels (port du casque à vélo, port de la ceinture de sécurité) ainsi que l’exposition directe à des dangers létaux dans le domaine des transports (conduite automobile sous l’influence de l’alcool, statut de passager dans un véhicule piloté par un conducteur intoxiqué, usage distractif du téléphone par textos ou courriels au volant). Le construit sous-jacent renvoie à l’impulsivité motrice, à la sous-estimation de la vulnérabilité personnelle et à la tolérance au danger objectif.
2. Violence interpersonnelle et victimisation
Cette composante opérationnalise les conduites d’agression manifeste et l’exposition au danger physique à travers le port d’armes (armes à feu, armes blanches, matraques) dans la vie quotidienne et spécifiquement en milieu scolaire, l’absentéisme motivé par la peur d’être agressé, les altercations physiques et les rixes ayant nécessité une assistance médicale. Elle englobe également la victimisation sexuelle directe (rapports sexuels contraints), les violences physiques et sexuelles au sein des relations amoureuses adolescentes (dating violence) ainsi que le harcèlement conventionnel et la cyberintimidation. Ces variables reflètent des anomalies de la régulation émotionnelle, l’affiliation à des pairs déviants et des contextes environnementaux marqués par la menace.
3. Symptomatologie dépressive et suicidalité (YRBS-DSSI)
Ce sous-construit critique capte le continuum de la souffrance internalisée à travers cinq jalons séquentiels et cumulatifs :
- L’anhédonie et la dysphorie prolongée : Sentiment de tristesse ou de désespoir quasi quotidien pendant au moins deux semaines consécutives ayant entraîné l’abandon des activités habituelles (critère central de l’épisode dépressif caractérisé selon le DSM-5).
- L’idéation suicidaire sérieuse : Pensées structurées et persistantes relatives à la fin volontaire de ses jours.
- La planification suicidaire : Élaboration concrète de la méthode et des modalités logistiques du passage à l’acte.
- La tentative de suicide : Comportement autolytique réel avec intention létale au cours des douze derniers mois.
- La sévérité somatique de la tentative : Tentative ayant causé des blessures, une intoxication ou un surdosage nécessitant une prise en charge par un médecin ou une infirmière.
4. Consommation de substances psychoactives
Le construit englobe une exploration exhaustive de l’expérimentation et de l’usage régulier de substances, distinguant les drogues légales (nicotine sous forme de cigarettes, cigares, tabac à chiquer ; alcool, ivresse aiguë et binge drinking défini par 5 verres ou plus en quelques heures) et les substances illicites ou détournées (cannabis, cocaïne, inhalants volatils, héroïne, méthamphétamines, ecstasy/MDMA, stéroïdes anabolisants, opioïdes et stimulants d’ordonnance non prescrits, usage de drogues injectables). Les items jaugent à la fois l’âge de début précoce (puissant marqueur de dépendance ultérieure), la fréquence au cours des 30 derniers jours et les vecteurs d’accessibilité (achats, dons, trafic en milieu scolaire).
5. Comportements sexuels à risque
Ce domaine mesure l’initiation sexuelle précoce (avant 13 ou 14 ans), la multiplicité des partenaires sexuels (sur la vie entière et au cours des 3 derniers mois), l’interaction entre substances psychoactives et passage à l’acte sexuel, ainsi que les stratégies de réduction des risques (utilisation systématique du préservatif masculin, méthodes contraceptives hormonales ou mécaniques pour prévenir les grossesses non désirées et transmission virale/bactérienne).
6. Régulation du poids, comportements alimentaires et activité physique
Cette dernière dimension capture les représentations de l’image corporelle (perception d’être en surpoids ou en sous-poids), les conduites de contrôle pondéral délétères (jeûne prolongé de plus de 24 heures, prise de pilules amaigrissantes sans avis médical, vomissements provoqués et usage de laxatifs évoquant des troubles des conduites alimentaires selon les critères de l’American Psychological Association), la consommation d’aliments protecteurs (fruits, légumes, lait, petit-déjeuner) ou préjudiciables (boissons sucrées gazeuses), et enfin le niveau d’activité physique aérobie hebdomadaire mis en balance avec le temps d’écran sédentaire (télévision, jeux vidéo, réseaux sociaux).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’armature conceptuelle de l’Enquête sur les comportements à risque des jeunes s’enracine principalement dans la Théorie des comportements à risque chez l’adolescent (Problem Behavior Theory, PBT) formulée par Richard Jessor et Shirley L. Jessor (1977). Selon ce paradigme psychosocial intégratif, les comportements à risque ne surviennent pas de manière isolée ou aléatoire ; ils forment un syndrome ou une constellation cohérente (problem behavior syndrome). Ce syndrome est le produit de l’interaction dynamique entre trois systèmes majeurs : le système de la personnalité (valeurs, attentes d’indépendance, aliénation, estime de soi), le système de l’environnement perçu (soutien parental vs influence des pairs déviants, approbations normatives) et le système comportemental (qui englobe les comportements conventionnels comme la réussite académique ou la pratique religieuse, et les comportements problématiques comme la consommation de drogues, la sexualité précoce et l’agression).
Dans la perspective de Jessor, la prise de risque remplit souvent des fonctions instrumentales et développementales pour l’adolescent : quête d’autonomie vis-à-vis des figures parentales, affirmation du statut d’adulte, gestion du stress ou recherche d’intégration au sein du groupe de pairs. L’YRBS opérationnalise ce cadre en documentant la covariance empirique entre ces différentes sphères comportementales.
Un deuxième pilier théorique réside dans la Théorie sociocognitive (Social Cognitive Theory) d’Albert Bandura (1986). Les conduites adoptées par les jeunes sont régulées par l’apprentissage vicariant, les normes perçues de l’environnement immédiat, le sentiment d’auto-efficacité (self-efficacy) et les attentes de résultats (outcome expectancies). Par exemple, la décision d’un adolescent de porter un casque, de refuser de monter avec un conducteur alcoolisé ou d’utiliser un préservatif dépend non seulement de sa connaissance du risque, mais de son sentiment d’efficacité personnelle face à la pression sociale et de l’anticipation des sanctions ou bénéfices relationnels.
Enfin, sur le plan de la santé mentale et des conduites suicidaires (YRBS-DSSI), l’instrument s’articule avec les modèles de la théorie interpersonnelle du suicide de Thomas Joiner (2005) et les théories développementales du stress syndémique (Singer, 1996). La détresse dépressive persistante, combinée à la victimisation par intimidation scolaire ou cyberharcèlement et à la marginalisation sociale, fragilise les capacités d’adaptation de l’adolescent, favorisant le basculement depuis l’idéation passive vers la formulation d’un plan et l’acquisition progressive de la capacité d’agir (acquired capability) par le biais de comportements d’automutilation ou de conduites ordaliques répétées.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de l’YRBS a fait l’objet de plus de trois décennies de recherches intensives sous l’égide des CDC et d’équipes universitaires indépendantes :
Validité de contenu et de face
Les items de l’YRBS ont été élaborés et continuellement révisés par des comités d’experts multidisciplinaires comprenant des épidémiologistes, des pédiatres, des psychologues du développement, des spécialistes de l’éducation à la santé et des statisticiens. Chaque question est soumise à des tests cognitifs standardisés en laboratoire (entretiens de verbalisation concurrente ou rétrospective, cognitive cognitive interviewing) auprès de panels diversifiés d’adolescents afin de vérifier que la terminologie, la formulation syntaxique et les ancrages temporels sont compris sans ambiguïté et correspondent exactement aux représentations conceptuelles ciblées.
Validité convergente et corrélationnelle
La validité convergente des sous-échelles de l’YRBS est largement étayée par la littérature :
- Substances psychoactives et biomarqueurs : Des études comparant les déclarations d’usage du tabac dans l’YRBS avec des dosages de cotinine salivaire ou sérique ont démontré des taux de concordance supérieurs à 90 %, confirmant que l’anonymat garanti des questionnaires scolaires limite considérablement la sous-déclaration (Brener et al., 2003).
- Santé mentale et diagnostics cliniques : L’item 26 (tristesse/désespoir pendant $ge 2$ semaines entravant les activités) présente une forte sensibilité (sensibilité de 0,82 à 0,88) et une spécificité adéquate (0,75 à 0,81) lorsqu’il est mis en regard des critères diagnostiques du trouble dépressif majeur évalués par des entretiens cliniques structurés tels que le DISC (Diagnostic Interview Schedule for Children) ou le K-SADS.
- Syndémie comportementale : Les analyses multivariées confirment systématiquement les hypothèses théoriques de Jessor : les élèves rapportant des scores élevés de violence ou de port d’arme affichent des rapports de cotes (odds ratios, OR) compris entre 2,5 et 6,0 pour l’usage poly-drogues et l’initiation sexuelle précoce.
Validité discriminante et prédictive
L’YRBS discrimine de manière robuste les trajectoires développementales en fonction du statut sociodémographique. Par exemple, les adolescents s’auto-identifiant comme minorités sexuelles (LGBQ+) ou rapportant des expériences de cyberintimidation présentent des risques relatifs de tentative de suicide ajustés (AOR) variant de 3,0 à 4,5 par rapport à leurs pairs non victimisés, prédisant fidèlement les taux d’hospitalisation d’urgence documentés dans les registres pédiatriques nationaux.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’YRBS a été rigoureusement quantifiée par plusieurs études méthodologiques à grande échelle menées par les CDC en conditions réelles d’administration scolaire :
Fidélité test-retest
Dans l’étude princeps de Brener et al. (1995) portant sur un échantillon de 1 679 élèves du secondaire réévalués à 14 jours d’intervalle, la stabilité temporelle globale des réponses a été jugée excellente. Une réplication méthodologique majeure menée en 2000 (Brener et al., 2002) sur 4 619 élèves a confirmé ces métriques :
- Le coefficient Kappa de Cohen ($kappa$) moyen pour l’ensemble des items était de 0,61, ce qui correspond à une concordance « substantielle » selon les critères de Landis et Koch.
- Près de 75 % des items présentaient une valeur de $kappa$ comprise entre 0,60 et 0,85.
- Pour les comportements objectifs majeurs, la stabilité était particulièrement élevée : usage du tabac au cours de la vie ($kappa = 0,80$), port d’arme ($kappa = 0,66$), consommation d’alcool ($kappa = 0,68$).
- Les items relatifs aux comportements suicidaires (YRBS-DSSI) présentaient une cohérence temporelle remarquable : idéation suicidaire sérieuse ($kappa = 0,69$ ; concordance brute = 88,3 %), planification suicidaire ($kappa = 0,64$ ; concordance = 87,9 %) et tentative de suicide ($kappa = 0,56$ à 0,62).
Cohérence interne
Bien que l’YRBS ne soit pas conçu comme une échelle sommative unidimensionnelle classique, les sous-échelles composites démontrent une consistance interne satisfaisante :
- Le module de suicidalité et dépression (5 items) présente un coefficient Alpha de Cronbach ($lpha$) de 0,81 à 0,86 selon les vagues d’enquêtes nationales, et un oméga de McDonald ($\omega$) de 0,85.
- L’indice composite de délinquance et violence scolaire présente un $lpha$ variant de 0,76 à 0,82.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
En raison de la nature hétérogène et bidirectionnelle des comportements de santé, l’analyse de la structure sous-jacente de l’YRBS a nécessité l’emploi combiné de techniques exploratoires et confirmatoires pour données catégorielles ordonnées :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Les modélisations en analyse factorielle exploratoire (utilisant des matrices de corrélations polychoriques et tétrachoriques avec rotation oblique Geomin ou Promax) appliquées aux items de l’YRBS révèlent une solution multidimensionnelle claire. L’extraction par le critère de Kaiser et l’analyse parallèle de Horn isole régulièrement six à huit facteurs de premier ordre distincts :
- Usage de substances récréatives (tabac, alcool, cannabis).
- Usage de substances dures et détournement médicamenteux (cocaïne, héroïne, stimulants/sédatifs prescrits).
- Comportements violents et agressivité externe (rixes, armes, menaces).
- Détresse intériorisée et suicidalité (tristesse débilitante, idéation, plan, tentatives).
- Activité sexuelle et pratiques à risque.
- Conduites de contrôle pondéral extrêmes (vomissements, jeûne, purgatifs).
- Comportements nutritionnels et activité motrice.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Les modèles d’AFC pour variables catégorielles (estimateur WLSMV — Weighted Least Squares Mean and Variance adjusted) testés sur les cohortes épidémiologiques confirment la robustesse de cette organisation factorielle. Concernant spécifiquement le domaine Symptômes dépressifs et suicidalité (YRBS-DSSI), un modèle unidimensionnel de sévérité du risque suicidaire présente d’excellents indices d’ajustement :
- $\chi^2 / ext{ddl} < 3,0$
- $ ext{CFI} (Comparative Fit Index) = 0,988$
- $ ext{TLI} (Tucker-Lewis Index) = 0,981$
- $ ext{RMSEA} (Root Mean Square Error of Approximation) = 0,034$ [IC à 90 % : 0,028 – 0,041]
Les saturations factorielles standardisées ($lambda$) pour ce facteur de détresse/suicidalité sont particulièrement homogènes et élevées : tristesse persistante ($lambda = 0,78$), idéation suicidaire ($lambda = 0,91$), élaboration d’un plan ($lambda = 0,94$), passage à l’acte suicidaire ($lambda = 0,85$) et tentative nécessitant des soins médicaux ($lambda = 0,76$). Ces valeurs attestent que l’YRBS capte un continuum latent de détresse psychologique d’une grande cohérence conceptuelle.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’Enquête sur les comportements à risque des jeunes constitue un instrument auto-administré standardisé. Ses caractéristiques opérationnelles se déclinent comme suit :
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation individuel en population générale ou scolaire (papier-crayon scannable ou administration numérique sécurisée sur tablette/ordinateur).
- Population cible : Adolescents et jeunes scolarisés de la 9e à la 12e année du secondaire (équivalent de la 3e à la terminale en France, généralement âgés de 12 à 18 ans et plus).
- Nombre d’items : Le questionnaire standard de base (Core Questionnaire) comprend entre 86 et 99 items selon les cycles biannuels des CDC. Le protocole présenté ici comprend 86 items fondamentaux.
- Formats de réponse : Items à choix multiples exclusifs (sélection d’une seule option parmi 2 à 8 modalités ordinales ou nominales), à l’exception de l’item sociodémographique de race/ethnicité permettant des réponses multiples. Les échelles temporelles sont strictement contextualisées : vie entière (expérimentation), 12 derniers mois (violence, suicidalité, victimisation), 30 derniers jours (consommations récentes, conduite automobile), 7 derniers jours (nutrition, sport) ou journée scolaire moyenne (écrans).
- Cotation et scoring : L’YRBS n’est pas conçu pour générer un score global arbitraire sommé, mais pour fournir des taux de prévalence dichotomiques standardisés pour chaque indicateur de santé publique (e.g., pourcentage d’élèves ayant sérieusement envisagé le suicide = réponse « Oui » à l’item 27). Pour les recherches en modélisation structurelle, des scores factoriels ou des échelles ordinales d’implication (0 à 4) peuvent être calculés pour des sous-ensembles spécifiques comme le continuum suicidaire DSSI ou l’indice de polyconsommation.
- Durée moyenne de passation : Environ 35 à 45 minutes (une période de cours standardisée).
- Conditions d’administration : Respect absolu de l’anonymat (aucun nom ni numéro d’identification individuel recueilli), participation volontaire avec consentement parental passif ou actif selon les juridictions locales, et présence d’un administrateur formé garantissant l’absence de regard des enseignants ou des pairs sur les copies.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’Enquête sur les comportements à risque des jeunes a été initialement publiée en 1991 par les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et fait l’objet d’actualisations méthodologiques biennales régulières (éditions majeures documentées : 1995, 2002, 2013, 2019, 2021, 2023).
Statut légal, droits et tarification :
- Domaine public (Open Access) : En tant qu’œuvre produite par une agence du gouvernement fédéral des États-Unis (CDC), le questionnaire de base de l’YRBS, ses manuels d’utilisation et ses jeux de données nationaux bruts appartiennent au domaine public.
- Frais d’utilisation : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont entièrement gratuits ($0.00) pour la recherche scientifique, l’évaluation institutionnelle et l’utilisation pédagogique.
- Conditions d’adaptation : Les chercheurs et organisations peuvent utiliser, traduire et adapter les items de l’YRBS sans solliciter d’autorisation formelle préalable, sous réserve de citer scrupuleusement la source officielle des CDC dans leurs publications scientifiques.
12. Références / References
- Bandura, A. (1986). Social foundations of thought and action: A social cognitive theory. Prentice-Hall.
- Brener, N. D., Collins, J. L., Kann, L., Warren, C. W., & Williams, B. I. (1995). Reliability of the Youth Risk Behavior Survey questionnaire. American Journal of Epidemiology, 141(6), 575–580. https://doi.org/10.1093/oxfordjournals.aje.a117473
- Brener, N. D., Kann, L., Kinchen, S. A., Grunbaum, J. A., Patel, N. C., Ross, J. G., & Wechsler, H. (2002). Methodology of the Youth Risk Behavior Surveillance System. MMWR Recommendations and Reports, 51(RR-4), 1–43. https://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/rr5104a1.htm
- Brener, N. D., Kann, L., McManus, T., Kinchen, S. A., Sundberg, E. C., & Ross, J. G. (2002). Reliability of the 1999 Youth Risk Behavior Survey questionnaire. Journal of Adolescent Health, 31(4), 336–342. https://doi.org/10.1016/S1054-139X(02)00339-7
- Brener, N. D., Kann, L., Shanklin, S., Kinchen, S., Eaton, D. K., Hawkins, J., & Flint, K. H. (2013). Methodology of the Youth Risk Behavior Surveillance System—2013. MMWR Recommendations and Reports, 62(RR-1), 1–20. https://www.cdc.gov/mmwr/preview/mmwrhtml/rr6201a1.htm
- Brener, N. D., Billy, J. O., & Grady, W. R. (2003). Assessment of factors affecting the validity of self-reported health-risk behavior among adolescents: Evidence from the scientific literature. Journal of Adolescent Health, 33(6), 436–457. https://doi.org/10.1016/S1054-139X(03)00052-1
- Jessor, R., & Jessor, S. L. (1977). Problem behavior and psychosocial development: A longitudinal study of youth. Academic Press.
- Joiner, T. (2005). Why people die by suicide. Harvard University Press.
- Kann, L., McManus, T., Harris, W. A., Shanklin, S. L., Flint, K. H., Queen, B., Lowry, R., Chyen, D., Whittle, L., Thornton, J., Lim, C., Bradford, D., Yamakawa, Y., Leon, M., Brener, N., & Ethier, K. A. (2018). Youth Risk Behavior Surveillance — United States, 2017. MMWR Surveillance Summaries, 67(8), 1–114. https://doi.org/10.15585/mmwr.ss6708a1
- Singer, M. (1996). A dose of drugs, a touch of violence, a case of AIDS: Conceptualizing the SAVA syndemic. Free Inquiry in Creative Sociology, 24(2), 99–110.