1. Résumé
L’Enquête auprès des élèves sur les facteurs de risque (connue dans le monde académique anglophone sous le nom de Communities That Care Youth Survey ou CTC-YS, développée sous le titre de Student Survey of Risk and Protective Factors and Prevalence of Alcohol, Tobacco, & Other Drug Use) est un instrument psychométrique et épidémiologique d’auto-évaluation conçu à l’intention des adolescents et jeunes scolarisés, principalement du niveau d’études secondaires (élèves du collège et du lycée, équivalents aux 6th-12th grades américains). Élaboré par les professeurs Michael W. Arthur, J. David Hawkins et Richard F. Catalano au sein du Social Development Research Group (SDRG) de l’École de travail social de l’Université de Washington, cet outil standardisé a été financé par le National Institute on Drug Abuse (NIDA), le Center for Substance Abuse Prevention (CSAP) et l’Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention (OJJDP).
L’instrument quantifie de manière exhaustive les prédicteurs étiologiques identifiés dans la littérature criminologique et psychopathologique développementale, en articulant son architecture autour de quatre domaines écologiques majeurs : la communauté/le quartier, la famille, l’école, et le domaine des pairs et des caractéristiques individuelles. En parallèle de la mesure des facteurs de risque et des facteurs de protection, le questionnaire recueille avec une granularité épidémiologique précise la prévalence de l’usage de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis, stimulants, hallucinogènes, solvants et drogues illicites) ainsi que la fréquence des conduites antisociales, violentes et délinquantes.
Le questionnaire comprend 126 sections et items principaux, dont plusieurs blocs multi-items explorant l’âge de début, les attitudes normatives, les perceptions de désapprobation parentale et communautaire, ainsi que des vignettes situationnelles de résolution de problèmes sociaux. Les formats de réponse combinent une échelle distinctive de désaccord/accord à quatre ancres asymétriques (« NO! », « no », « yes », « YES! »), des échelles d’évaluation de la réprobation morale, des estimations de fréquence catégorielle temporelle (au cours de la vie, des 12 derniers mois et des 30 derniers jours), et des indices de validité interne incluant un item de drogue fictive (« derbisol ») et une évaluation explicite de la sincérité. Les études psychométriques de référence rapportent une excellente fidélité de cohérence interne (coefficients alpha de Cronbach variant typiquement entre 0,70 et 0,90 selon les sous-échelles), une structure factorielle stable et invariante selon le genre et l’origine ethnoculturelle, ainsi qu’une validité prédictive robuste quant aux trajectoires de toxicomanie et de délinquance juvénile.
2. Mots-clés
Évaluation des risques chez l’adolescent, facteurs de protection, Communities That Care, modèle de développement social, consommation de substances, délinquance juvénile, psychométrie scolaire, épidémiologie comportementale, résilience psychosociale, prévention communautaire.
3. Auteurs
L’instrument a été conçu, standardisé et validé par une équipe de chercheurs de premier plan rattachés au Social Development Research Group (SDRG), School of Social Work, University of Washington, Seattle, Washington, États-Unis :
- Michael W. Arthur, Ph.D. : Professeur émérite et chercheur principal spécialisé dans la méthodologie de l’évaluation préventive, l’épidémiologie développementale et l’implantation communautaire des systèmes préventifs fondés sur des données probantes.
- J. David Hawkins, Ph.D. : Professeur émérite en travail social, codéveloppeur du Social Development Model (SDM), membre honoraire de l’American Academy of Social Work and Social Welfare et pionnier international de la criminologie développementale et de la science de la prévention.
- Richard F. Catalano, Ph.D. : Professeur émérite, cofondateur du SDRG, co-auteur du modèle de développement social et expert mondialement reconnu de la promotion de la santé positive chez les jeunes et de la prévention de la violence juvénile.
Le développement de l’outil a bénéficié du soutien continu d’organismes fédéraux étasuniens majeurs : le National Institute on Drug Abuse (NIDA), le Center for Substance Abuse Prevention (CSAP, SAMHSA), le département de l’Éducation des États-Unis et l’Office of Juvenile Justice and Delinquency Prevention (OJJDP).
4. Objectif
L’Enquête auprès des élèves sur les facteurs de risque a été spécifiquement conçue pour répondre à un défi central de la santé publique et des sciences de l’intervention : permettre aux communautés locales, aux districts scolaires et aux décideurs politiques d’évaluer de manière rigoureuse, objective et standardisée le profil écologique des besoins de leurs adolescents, afin de guider la sélection et l’allocation de programmes de prévention fondés sur des preuves empiriques (evidence-based prevention programs).
Applications épidémiologiques et de planification communautaire
Dans le cadre du dispositif d’ingénierie sociale Communities That Care (CTC), le sondage ne sert pas de simple thermomètre descriptif des comportements déviants. Sa vocation première est de mesurer les déterminants distaux et proximaux (facteurs de risque) qui augmentent la probabilité d’apparition de cinq grands problèmes comportementaux de l’adolescence :
- L’usage problématique d’alcool et de substances psychoactives illicites ;
- La délinquance, la criminalité et l’affiliation à des bandes armées ;
- Le décrochage scolaire et l’échec académique ;
- La grossesse précoce à l’adolescence ;
- Les symptômes dépressifs, l’anxiété et les idéations suicidaires.
En identifiant avec exactitude quels facteurs de risque sont surreprésentés et quels facteurs de protection sont affaiblis au sein d’une cohorte scolaire ou d’un bassin géographique particulier, les conseils communautaires et les équipes éducatives peuvent prioriser des actions ciblées, évitant ainsi le saupoudrage inefficace d’initiatives non validées.
Applications en recherche clinique et développementale
Sur le plan de la recherche fondamentale et clinique, l’instrument fournit une matrice longitudinale permettant de tester des modèles d’équations structurelles complexes sur les trajectoires d’initiation et de maintien de l’usage de drogues. Il permet d’étudier l’interaction entre les vulnérabilités individuelles (par exemple l’impulsivité, la recherche de sensations, les attitudes favorables à la déviance) et les micro-environnements régulateurs ou délétères (supervision parentale incohérente, désorganisation sociale du quartier, rejet par les pairs ou fréquentation de pairs antisociaux). En milieu scolaire, le CTC-YS sert également de moniteur d’évaluation d’impact pré- et post-intervention pour mesurer l’efficacité concrète des politiques éducatives, des programmes de renforcement des compétences psychosociales et des médiations parentales.
5. Construit psychologique
Le construit opérationnalisé par l’instrument repose sur une modélisation multidimensionnelle intégrant à la fois des déterminants étiologiques (facteurs de risque et de protection) et des variables de résultats comportementaux. Ces facteurs sont répartis à travers quatre grands domaines écologiques, conformément à la perspective systémique.
1. Le domaine communautaire (Community Domain)
Ce domaine évalue les paramètres macro-environnementaux du lieu de résidence de l’élève. Il englobe :
- La disponibilité perçue des drogues et des armes à feu : Mesure la facilité perçue avec laquelle un jeune peut acquérir de l’alcool, du tabac, des drogues illicites ou une arme de poing dans son quartier (ex. items 70, 71, 73, 76).
- Les normes communautaires favorables à l’usage de drogues et au crime : Évaluation de la tolérance perçue des adultes environnants face aux transgressions juvéniles et de la certitude perçue de sanctions policières (ex. items 72, 74, 75, 77).
- La désorganisation du quartier et l’insécurité perçue : Indicateurs de criminalité visible, bagarres de rue, bâtiments abandonnés, présence de graffitis et sentiment de vulnérabilité (ex. items 84, 89, 91).
- Les transitions et la mobilité résidentielle : Fréquence des déménagements et des changements d’établissements scolaires (items 85, 88, 90, 92).
- Les facteurs de protection communautaires : Opportunités d’engagement prosocial offertes par le quartier (clubs, sports, scoutisme), reconnaissance et encouragements fournis par des adultes référents autres que les parents (items 80-83, 86, 87, 93).
2. Le domaine familial (Family Domain)
Le milieu familial est analysé sous l’angle des processus de socialisation et de contrôle social :
- L’historique familial de comportements antisociaux et d’addictions : Problèmes sévères d’alcoolisme, de toxicomanie ou de délinquance chez les parents ou la fratrie (items 95, 97).
- Les pratiques parentales de gestion et de discipline : Clarté des règles familiales, cohérence de la supervision, probabilité d’être découvert en cas d’infraction, connaissance par les parents des fréquentations de l’adolescent (items 96, 99, 101-104, 118).
- Les conflits intrafamiliaux : Fréquence des disputes graves, des insultes et du climat de hostilité au foyer (items 98, 100, 117).
- Les attitudes parentales envers l’usage de substances et la déviance : Niveau de réprobation morale attribué aux parents concernant les conduites de l’adolescent (item 94).
- L’attachement et la reconnaissance prosociale : Proximité affective avec la mère et le père, partage des émotions, opportunités d’activités partagées et renforcement positif des efforts accomplis (items 105-116).
3. Le domaine scolaire (School Domain)
Ce volet ausculte le vécu académique et le lien institutionnel :
- L’échec académique et la faible performance : Auto-évaluation des notes obtenues l’année précédente et comparaison avec les pairs (items 8, 18).
- Le désengagement et le faible attachement à l’école : Absentéisme volontaire (école buissonnière, item 9), sentiment de futilité des apprentissages, ennui et manque d’intérêt intellectuel (items 20, 21, 22, 23a, 23b).
- Les facteurs de protection scolaires : Opportunités perçues de participation active (prises de décision sur les règles de classe, projets spéciaux, discussions, activités parascolaires) et reconnaissance/félicitations accordées par les enseignants pour le travail et le mérite (items 10-14, 16, 17, 19, 23c).
4. Le domaine individuel et des pairs (Peer and Individual Domain)
Cette dimension capture les prédispositions psychologiques, les compétences socio-émotionnelles et l’environnement relationnel immédiat :
- L’influence des pairs déviants : Comportements des quatre meilleurs amis au cours des 12 derniers mois (consommation de substances, suspension scolaire, arrestations, port d’arme, appartenance à un gang ; item 24).
- La précocité d’initiation (âge de début) : Âge auquel l’adolescent a pour la première fois expérimenté l’alcool, le tabac, le cannabis, une arme, ou a été suspendu/arrêté (item 25).
- Les attitudes individuelles favorables au comportement antisocial et à l’usage de drogues : Justification de l’agression physique, rejet des règles, tricherie scolaire, croyances sur la légitimité du vol (items 26, 27, 28, 30, 31, 41, 79).
- L’impulsivité et la recherche de sensations : Tendance à accomplir des actes dangereux par défi ou pour la recherche immédiate de plaisir sans égard aux conséquences (item 32, 43).
- Les compétences sociales et la résolution de conflits : Réponses comportementales simulées face à la pression des pairs dans des situations standardisées (vols à l’étalage, alcool en soirée, altercation dans la rue, désaccord parental ; items 37-40).
- La détresse psychologique et l’aliénation : Symptômes dépressifs persistants, sentiment d’inutilité, faible estime de soi et idéations morbides (items 44, 45, 46, 47).
- L’engagement religieux et prosocial : Fréquence de la fréquentation d’activités cultuelles ou spirituelles (item 42).
6. Cadre théorique
L’assise conceptuelle du questionnaire est directement ancrée dans le Modèle de développement social (Social Development Model – SDM), formalisé par J. David Hawkins et Richard F. Catalano à la fin du XXe siècle. Le SDM constitue une synthèse théorique intégrative de trois grands courants majeurs de la sociologie et de la criminologie :
- La théorie du contrôle social de Travis Hirschi (1969), selon laquelle les individus s’abstiennent de commettre des actes déviants lorsqu’ils sont solidement rattachés à la société conventionnelle par quatre composantes du lien social : l’attachement affectif (attachment), l’engagement dans les buts légitimes (commitment), la participation aux activités conformes (involvement) et l’adhésion aux valeurs morales (belief).
- La théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura (1977) et de Ronald Akers (1973), qui stipule que les comportements, qu’ils soient prosociaux ou délinquants, s’acquièrent à travers le modelage par observation, les renforcements différentiels (récompenses et sanctions) et l’intériorisation de définitions normatives partagées au sein du groupe de référence.
- La théorie de l’association différentielle d’Edwin Sutherland, postulant que la délinquance résulte d’un excès de contacts avec des modèles valorisant la transgression par rapport aux modèles conformistes.
Le mécanisme développemental du SDM
Le modèle postule que, dès la petite enfance et tout au long de l’adolescence, les jeunes interagissent au sein de multiples contextes de socialisation (la famille d’abord, puis l’école, la communauté et enfin le groupe de pairs). Pour qu’un lien d’attachement prosocial durable se consolide, quatre conditions séquentielles doivent être réunies :
- L’accès à des opportunités d’implication significatives au sein de la structure sociale (par exemple des rôles actifs en classe, des responsabilités au foyer) ;
- La possession de compétences et habiletés requises (cognitives, émotionnelles et relationnelles) pour réussir ces interactions ;
- L’obtention d’une reconnaissance et de renforcements positifs explicites, réguliers et valorisants en retour de leurs efforts.
Lorsque cette triade opportunités-compétences-renforcements fonctionne, le jeune développe un attachement émotionnel profond envers les figures conventionnelles (parents, professeurs, adultes bienveillants). Cet attachement génère un engagement soutenu envers les normes établies. Si, à l’inverse, les opportunités et les renforcements sont absents, ou s’ils proviennent d’acteurs antisociaux (pairs consommateurs de drogues, familles dysfonctionnelles), le jeune s’affilie à des trajectoires déviantes.
En parallèle, l’instrument s’adosse à la théorie écologique du développement humain d’Urie Bronfenbrenner, qui démontre que l’adaptation de l’adolescent dépend de l’articulation dynamique entre son ontosystème (traits individuels, neurodéveloppement), ses microsystèmes (famille, classe scolaire, cercle d’amis), ses mésosystèmes (relations école-famille) et son exosystème (sécurité du quartier, accessibilité des substances).
7. Validité
Les propriétés métrologiques du CTC-YS ont été établies au moyen d’études d’envergure nationale et étatique aux États-Unis, totalisant des échantillons de plusieurs centaines de milliers d’élèves (notamment dans les États de Washington, de l’Oregon, de l’Utah, du Kansas et de la Pennsylvanie).
Validité de construit
La validité de construit a été documentée par des analyses factorielles confirmatoires rigoureuses et des corrélations inter-échelles systématiques (Arthur et al., 2002 ; Glaser et al., 2005). Les résultats démontrent que les échelles de facteurs de risque corrèlent positivement entre elles et avec les indicateurs de consommation de substances et de délinquance, avec des coefficients de corrélation modérés à élevés (typiquement compris entre r = 0,35 et r = 0,68, p < 0,001). Inversement, les échelles de facteurs de protection (reconnaissance scolaire, attachement familial, opportunités communautaires) affichent des corrélations négatives robustes avec les comportements à risque (r variant de -0,25 à -0,52), attestant que les dimensions mesurent des pôles conceptuellement opposés et cohérents du fonctionnement psychosocial.
Validité convergente et discriminante
La validité convergente de l’outil a été établie en comparant ses résultats avec des instruments de référence internationalement reconnus dans la surveillance des conduites de l’adolescent, tels que le Monitoring the Future (MTF) de l’Université du Michigan et le Youth Risk Behavior Surveillance System (YRBSS) des Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Les prévalences d’usage à 30 jours pour l’alcool, le tabac et le cannabis mesurées par le CTC-YS affichent une concordance quasi parfaite avec les taux nationaux observés par le MTF pour les mêmes tranches d’âge. La validité discriminante est prouvée par la capacité des échelles individuelles (par exemple la recherche de sensations ou les attitudes dépressives) à se dissocier nettement des facteurs contextuels (comme la désorganisation du quartier ou la mobilité résidentielle), confirmant la spécificité des construits au sein de l’ontologie écologique.
Validité prédictive et longitudinale
Dans l’essai randomisé communautaire contrôlé longitudinal à grande échelle mené sur 24 communautés (Hawkins et al., 2008, 2012), les scores obtenus aux échelles de facteurs de risque lors de la 6e année scolaire (élèves âgés de 11-12 ans) ont prédit de manière significative l’initiation à l’alcool et au tabac en 8e année, ainsi que les comportements délinquants violents et les arrestations policières en 10e et 12e années, même après contrôle des variables sociodémographiques et du statut socioéconomique de la famille. De surcroît, les communautés ayant implanté le système CTC ont montré une réduction statistiquement significative et durable des taux de facteurs de risque ciblés, entraînant une diminution de 25 à 32 % de l’incidence des comportements délinquants par rapport aux communautés témoins.
8. Fidélité
La consistance interne de l’instrument a fait l’objet d’évaluations exhaustives sur des cohortes stratifiées par niveau scolaire, genre, ethnicité et milieu urbain/rural.
Consistance interne (Alpha de Cronbach)
Les études psychométriques publiées par Arthur et al. (2002, 2007) rapportent que la majorité écrasante des sous-échelles de facteurs de risque et de protection présente des indices de cohérence interne supérieurs aux seuils psychométriques recommandés pour les enquêtes en population générale :
- Domaine communautaire : L’alpha de Cronbach varie de 0,74 (Attachement au quartier) à 0,84 (Désorganisation du quartier) et 0,81 (Disponibilité perçue des drogues).
- Domaine familial : Les échelles d’attachement à la mère et au père obtiennent des alphas très élevés (variant de 0,82 à 0,89). La gestion parentale (supervision et discipline) affiche un coefficient moyen de 0,78, et les conflits familiaux présentent un alpha de 0,81.
- Domaine scolaire : L’opportunité de participation prosociale à l’école présente un alpha de 0,71, la reconnaissance des performances académiques atteint 0,77, et l’engagement scolaire se situe entre 0,73 et 0,80.
- Domaine individuel et des pairs : L’échelle de fréquentation d’amis délinquants présente une excellente consistance interne (alpha = 0,87). Les attitudes favorables à la déviance et aux drogues affichent des coefficients compris entre 0,79 et 0,85. Les symptômes dépressifs / alienation obtiennent un alpha de 0,76.
Fidélité test-retest et stabilité temporelle
Des sous-études menées sur des intervalles temporels courts (2 à 4 semaines) ont révélé des coefficients de corrélation test-retest oscillant entre 0,72 et 0,88 pour les attitudes, et supérieurs à 0,90 pour les indicateurs factuels de fréquence d’usage de substances au cours de la vie, attestant de la remarquable stabilité temporelle du signal recueilli.
9. Analyse factorielle
L’architecture dimensionnelle du CTC-YS a été calibrée par des approches successives d’analyse factorielle exploratoire (AFE) puis validée de manière stricte par analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Structure factorielle et indices d’ajustement
Dans l’étude fondatrice d’Arthur, Hawkins, Catalano et Pollard (2002), conduite sur un échantillon normatif de plus de 72 000 élèves scolarisés, l’AFC a testé des modèles de mesure séparés pour chacun des quatre domaines écologiques afin de respecter la structure gigogne des construits :
- Pour le modèle familial, un modèle à 6 facteurs corrélés (attachement parental, opportunités familiales, récompenses familiales, supervision parentale, conflits familiaux, attitudes parentales favorables à la déviance) a produit un ajustement satisfaisant : Comparative Fit Index (CFI) > 0,93, Tucker-Lewis Index (TLI) > 0,92, et Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) < 0,05.
- Pour le modèle scolaire, la structure à 4 facteurs (opportunités prosociales, récompenses pour l’effort, engagement scolaire, échec académique) a démontré un CFI de 0,94 et un RMSEA de 0,048.
- Pour le domaine des pairs et caractéristiques individuelles, la modélisation a confirmé la distinction nette entre les attitudes individuelles normatives, la recherche de sensations, les compétences sociales résolutives et la déviance perçue des pairs (CFI > 0,91, RMSEA = 0,051).
Saturations factorielles et invariance de mesure
Les saturations factorielles standardisées (factor loadings) des items sur leurs facteurs respectifs sont solides, la majorité se situant entre λ = 0,55 et λ = 0,88, sans cross-loadings pathologiques. Des analyses d’invariance de mesure multigroupes (invariance configurale, métrique et scalaire) ont confirmé que l’instrument conserve la même signification psychométrique à travers les groupes d’âge (élèves de 6e, 8e, 10e et 12e années scolaires), entre les filles et les garçons, ainsi qu’à travers les principaux sous-groupes ethniques représentés aux États-Unis (élèves caucasiens, afro-américains, hispaniques/latinos, amérindiens et d’origine asiatique).
10. Instrument de mesure
L’Enquête auprès des élèves sur les facteurs de risque est un instrument papier-crayon auto-administré à lecture optique (ou administré sous format informatique sécurisé en ligne).
- Type d’instrument : Questionnaire auto-rapporté en population scolaire générale ;
- Population cible : Adolescents et jeunes âgés de 10 à 19 ans scolarisés du collège au lycée (grades 6, 8, 10 et 12) ;
- Durée de passation : Environ 45 à 55 minutes (une période de cours standard de classe) ;
- Structure globale : 126 questions principales structurées en sous-questions thématiques, réparties en sections démographiques, scolaires, individuelles/pairs, de consommation de substances psychoactives, d’environnement de quartier, de climat familial et d’intégrité du protocole ;
- Formats de réponse :
- Échelle d’accord en 4 points asymétrique :
NO!(absolument faux pour moi),no(plutôt faux pour moi),yes(plutôt vrai pour moi),YES!(absolument vrai pour moi) ; - Échelle de jugement moral / désapprobation :
Very Wrong(Très mal),Wrong(Mal),A Little Bit Wrong(Un peu mal),Not Wrong at All(Pas mal du tout) ; - Échelle de fréquence temporelle (consommation de drogues et actes antisociaux) : Catégories ordonnées (ex.
0 Occasions,1-2 Occasions,3-5 Occasions,6-9 Occasions,10-19 Occasions,20-39 Occasions,40 or More Occasions) ; - Échelle de perception du risque :
No Risk,Slight Risk,Moderate Risk,Great Risk; - Échelle d’âge de première initiation :
Never Have,10 or Younger,11, …,17 or Older; - Questions à choix multiples et vignettes situationnelles : Résolution de scénarios sociaux spécifiques (vols, alcool, conflits).
- Échelle d’accord en 4 points asymétrique :
- Système de contrôle de la validité et filtrage de la sincérité :
- Item de drogue fictive : L’item évaluant l’usage d’une substance inventée (« derbisol », items 66 et 67) permet d’identifier et d’exclure les élèves affirmant de manière affabulatoire avoir consommé une substance inexistante ;
- Auto-évaluation de la franchise : L’item 126 demande explicitement le niveau de sincérité lors de la complétion du questionnaire (
I was very honestjusqu’àI was not honest at all) ; - Filtres d’incohérence logique : Des algorithmes vérifient l’absence d’incohérences manifestes (par exemple déclarer une consommation de drogue au cours des 30 derniers jours tout en affirmant ne l’avoir jamais essayée au cours de la vie).
- Cotation et étalonnage : Les items sont inversés si nécessaire afin qu’un score élevé reflète un niveau élevé du facteur considéré. Les scores sont standardisés en scores normalisés ou seuils de risque basés sur une médiane d’échantillons de référence normatifs étatiques.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
L’instrument a été développé et affiné tout au long des années 1990 et formalisé pour la diffusion publique sous sa forme standardisée au début des années 2000 (Arthur et al., 2002). Financé par des fonds publics octroyés par le gouvernement fédéral des États-Unis (notamment via le NIDA et le CSAP), l’instrument relève du domaine public pour les applications à visée éducative, scientifique, épidémiologique et d’évaluation préventive communautaire non commerciale.
L’utilisation de la version papier ou électronique ne nécessite aucun paiement de redevance ou de droits d’auteur sous réserve que les formulations originales ne soient pas altérées et que la source académique officielle du Social Development Research Group de l’Université de Washington soit expressément créditée. Cependant, des entreprises de logistique d’évaluation éducative (telles que RMC Research Corporation ou Bach Harrison LLC) proposent des services payants d’impression scannable, de traitement par lecture optique automatisée, d’analyse statistique et de génération de profils de rapports communautaires personnalisés pour les districts scolaires.
12. Références
Les publications fondatrices et études psychométriques de référence relatives à cet instrument sont les suivantes :
- Akers, R. L. (1973). Deviant behavior: A social learning approach. Wadsworth Publishing Company.
- Arthur, M. W., Hawkins, J. D., Catalano, R. F., & Pollard, J. A. (2002). Evaluation of the Communities That Care Youth Survey: A valid and reliable measure of risk and protective factors for substance use and delinquency. Evaluation Review, 26(6), 575–601. https://doi.org/10.1177/0193841X0202600601
- Arthur, M. W., Briney, J. S., Hawkins, J. D., Abbott, R. D., Brooke-Weiss, B. L., & Catalano, R. F. (2007). Measuring risk and protection in communities using the Communities That Care Youth Survey. Evaluation and Program Planning, 30(2), 197–211. https://doi.org/10.1016/j.evalprogplan.2007.01.009
- Bandura, A. (1977). Social learning theory. Prentice-Hall.
- Bronfenbrenner, U. (1979). The ecology of human development: Experiments by nature and design. Harvard University Press.
- Catalano, R. F., & Hawkins, J. D. (1996). The social development model: A theory of antisocial behavior. In J. D. Hawkins (Ed.), Delinquency and crime: Current theories (pp. 149–197). Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511527623.007
- Glaser, R. R., Van Horn, M. L., Arthur, M. W., Hawkins, J. D., & Catalano, R. F. (2005). Measurement properties of the Communities That Care Youth Survey across demographic groups. Journal of Quantitative Criminology, 21(1), 73–102. https://doi.org/10.1007/s10940-004-1788-1
- Hawkins, J. D., Catalano, R. F., & Miller, J. Y. (1992). Risk and protective factors for alcohol and other drug problems in adolescence and early adulthood: Implications for substance abuse prevention. Psychological Bulletin, 112(1), 64–105. https://doi.org/10.1037/0033-2909.112.1.64
- Hawkins, J. D., Catalano, R. F., Arthur, M. W., Egan, E., Brown, E. C., Abbott, R. D., & Murray, D. M. (2008). Testing Communities That Care: The trial, Delaware County, PA, and general design. American Journal of Public Health, 98(9), 1666–1675. https://doi.org/10.2105/AJPH.2007.129759
- Hawkins, J. D., Oesterle, S., Brown, E. C., Arthur, M. W., Abbott, R. D., Fagan, A. A., & Catalano, R. F. (2012). Results of a 12-year longitudinal study of the Communities That Care system: Reductions in adolescent substance use and delinquency. JAMA Pediatrics, 166(9), 815–822. https://doi.org/10.1001/archpediatrics.2012.672
- Hirschi, T. (1969). Causes of delinquency. University of California Press.