1. Résumé / Abstract
La sous-échelle d’empathie du Teen Conflict Survey (TCS-E), élaborée initialement en 1995 par les chercheuses Dorothy L. Espelage et Kris Bosworth au sein du Center for Adolescent Studies de l’Université de l’Indiana, est un instrument psychométrique auto-rapporté conçu pour évaluer les dispositions empathiques chez les jeunes d’âge scolaire intermédiaire (notamment les élèves de collège, âgés de 11 à 15 ans). Intégré par la suite dans le recueil d’outils de référence des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) pour la mesure des attitudes et comportements liés à la violence chez les jeunes (Dahlberg et al., 2005), ce questionnaire bref composé de 5 items explore la capacité des adolescents à écouter activement autrui, à accorder du crédit aux idées de leurs pairs non appréciés, à ressentir une détresse empathique face à la tristesse de leurs amis, et à étendre leur confiance ainsi que leur sensibilité émotionnelle au-delà du cercle restreint de leurs pairs familiers.
Les participants évaluent la fréquence de leurs attitudes et comportements à l’aide d’une échelle de type Likert en 5 points allant de 1 (« Jamais » / Never) à 5 (« Toujours » / Always), produisant un score total continu variant de 5 à 25 points, où les scores les plus élevés reflètent des compétences empathiques plus développées et inclusives. Sur le plan psychométrique, la sous-échelle présente une consistance interne satisfaisante pour un instrument de format court, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,70 et 0,78 selon les échantillons scolaires. Les analyses factorielles révèlent une structure unifactorielle dominante axée sur la réceptivité et la sensibilité interpersonnelle généralisée. L’échelle démontre une validité convergente robuste avec les mesures de comportements prosociaux et de résolution coopérative des conflits, ainsi qu’une validité discriminante et prédictive solide en attestant de corrélations négatives significatives avec les comportements d’agression physique, verbale, le harcèlement scolaire (bullying) et l’adhésion aux normes soutenant la violence.
2. Mots-clés / Keywords
Empathie, adolescence, Teen Conflict Survey, résolution de conflits, comportements prosociaux, violence scolaire, harcèlement entre pairs, psychométrie, Kris Bosworth, Dorothy Espelage, évaluation psychosociale, cognition sociale, régulation émotionnelle, relations entre pairs.
3. Auteurs / Authors
La sous-échelle d’empathie du Teen Conflict Survey a été conçue et développée par deux figures majeures de la recherche en psychologie du développement et en prévention de la violence scolaire :
- Kris Bosworth, Ph.D. : Professeure émérite au College of Education de l’Université d’Arizona, et ancienne directrice du Center for Adolescent Studies à l’Université de l’Indiana (Bloomington). Ses travaux pionniers portent sur le climat scolaire, la mise en œuvre de programmes de prévention de la violence assistés par ordinateur (comme le système SMART Talk) et le renforcement des facteurs de protection chez les adolescents à risque.
- Dorothy L. Espelage, Ph.D. : Professeure distinguée William C. Friday à la School of Education de l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill (anciennement à l’Université de Floride et à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign). Experte de renommée internationale dans les domaines de l’intimidation scolaire, de la cyberviolence, de la victimisation par les pairs et des dynamiques de violence chez les jeunes. Elle a reçu de nombreuses distinctions de l’American Psychological Association (APA) pour ses contributions scientifiques appliquées à la sécurité scolaire.
L’instrument a été formellement intégré et disséminé à grande échelle via le compendium épidémiologique piloté par Linda L. Dahlberg, Susan B. Toal, Monica Swahn et Christopher B. Behrens au sein du National Center for Injury Prevention and Control des CDC à Atlanta (Géorgie).
4. Objectif / Purpose
Le développement du Teen Conflict Survey s’inscrit historiquement dans le contexte des années 1990, marqué par une prise de conscience aiguë des phénomènes de violence interpersonnelle dans les établissements scolaires américains et par la nécessité d’identifier empiriquement les déterminants individuels et contextuels modulables capables de freiner l’escalade conflictuelle chez les jeunes. Alors que la majorité des outils d’évaluation de l’époque se focalisaient unilatéralement sur la mesure des déficits comportementaux, des symptômes externalisés ou de la fréquence des actes agressifs (tels que les bagarres, les insultes ou le port d’armes), Bosworth et Espelage ont adopté une perspective résolument ancrée dans le développement positif des jeunes (Positive Youth Development). Leur objectif était de concevoir un ensemble modulaire d’échelles capables de capturer non seulement les conduites déviantes, mais également les compétences psychosociales protectrices qui préviennent l’émergence des comportements violents.
Dans ce cadre, la sous-échelle d’empathie (TCS-E) a été spécifiquement conçue pour mesurer la disposition socio-émotionnelle des adolescents à percevoir, partager et valoriser les états internes, les perspectives et les droits d’autrui lors des interactions quotidiennes. Le postulat fondamental guidant la création de cet outil est que l’empathie agit comme un puissant inhibiteur interne de l’agression : un adolescent capable de résonner émotionnellement avec la détresse d’autrui et de décentrer sa pensée pour comprendre le point de vue d’un camarade éprouvera une dissonance cognitive et affective majeure à l’idée de lui infliger un dommage physique ou psychologique. L’échelle cherche ainsi à opérationnaliser l’empathie non pas comme un trait métaphysique abstrait, mais comme une compétence fonctionnelle directement mobilisable dans les situations de divergence d’intérêts et de conflit potentiel.
Sur le plan des applications pratiques et cliniques, la sous-échelle remplit plusieurs fonctions majeures :
- Dépistage et évaluation des besoins en milieu scolaire : Elle permet aux psychologues scolaires, conseillers d’orientation et équipes pédagogiques d’évaluer le niveau global de sensibilité interpersonnelle au sein d’une classe ou d’un établissement, facilitant l’identification des cohortes ou des sous-groupes d’élèves présentant un déficit d’empathie cognitive et affective, souvent précurseur de dynamiques de harcèlement ou de rejet des pairs.
- Évaluation de programmes d’intervention : L’outil est particulièrement adapté pour mesurer l’efficacité pré- et post-test de programmes d’apprentissage socio-émotionnel (Social and Emotional Learning – SEL), d’ateliers de médiation par les pairs, et d’interventions ciblant la prévention de l’agression (tels que Second Step ou les modules de résolution pacifique des conflits). Sa brièveté (5 items) minimise la fatigue cognitive des répondants et optimise son intégration dans des batteries d’évaluation longitudinales plus larges.
- Recherche étiologique et épidémiologique : En recherche fondamentale et translationnelle, le TCS-E permet de modéliser les trajectoires développementales de l’agressivité à l’adolescence, d’explorer les interactions entre traits de personnalité (notamment les traits d’insensibilité émotionnelle ou callous-unemotional traits) et facteurs environnementaux (climat scolaire, soutien parental), et d’analyser le rôle médiateur ou modérateur de l’empathie dans la relation entre victimisation subie et perpétration ultérieure de violences.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par la sous-échelle d’empathie du Teen Conflict Survey se structure autour d’une conceptualisation multidimensionnelle de l’empathie, intégrant à la fois des éléments cognitifs, affectifs et motivationnels, tout en accordant une attention théorique particulière à la notion d’empathie inclusive ou universelle (s’étendant au-delà du groupe d’appartenance amicale). Dans la littérature psychologique contemporaine, l’empathie est généralement définie comme la capacité de comprendre l’état émotionnel d’autrui (composante cognitive ou prise de perspective) et d’éprouver une réponse émotionnelle congruente avec cet état (composante affective ou sympathie).
L’originalité fondamentale de la sous-échelle de Bosworth et Espelage réside dans son ancrage au sein des relations interpersonnelles réelles de l’adolescence, un stade développemental caractérisé par une forte polarisation entre les groupes d’amis intimes (in-group) et les pairs extérieurs ou rejetés (out-group). Une analyse détaillée des 5 items constitutifs révèle la manière dont ce construit opérationnalisé se déploie :
- Écoute active et réceptivité communicative (Item 1 : « I can listen to others ») : Cette dimension capture la dimension comportementale et cognitive de l’attention accordée à autrui. Écouter activement implique de suspendre momentanément ses propres jugements pour accorder une attention soutenue aux propos d’un tiers. Chez l’adolescent, cette aptitude constitue le prérequis indispensable à la négociation et à la désescalade verbale lors d’une dispute.
- Décentration cognitive envers l’exogroupe (Item 2 : « Kids I don’t like can have good ideas ») : Cet item mesure un aspect fondamental de la maturité sociocognitive : la capacité à découpler l’évaluation affective globale d’un individu de la validité de ses contributions intellectuelles. Reconnaître qu’un camarade antipathique peut formuler une idée pertinente démontre une résistance aux biais cognitifs d’attribution hostile et aux stéréotypes de groupe, réduisant drastiquement les risques de marginalisation et de polarisation conflictuelle.
- Résonance affective et sympathie amicale (Item 3 : « I get upset when my friends are sad ») : Cet énoncé évalue l’empathie affective directe et la contagion émotionnelle vicariante au sein du réseau d’attachement électif. Ressentir de la contrariété ou de la peine face à la tristesse d’un ami témoigne de la capacité à éprouver de la sollicitude (compassion), consolidant la réciprocité relationnelle et incitant aux comportements de soutien et de réconfort.
- Confiance interpersonnelle généralisée (Item 4 : « I trust people who are not my friends ») : Cette facette évalue la tendance prosociale à étendre des présomptions bienveillantes à l’égard de personnes situées en dehors du cercle des relations privilégiées. Dans les contextes scolaires, le manque de confiance généralisée alimente la paranoïa sociale, l’hypervigilance aux menaces supposées et les représailles préemptives ; à l’inverse, un niveau modéré de confiance facilite la coopération intergroupe.
- Sensibilité émotionnelle universelle (Item 5 : « I am sensitive to other people’s feelings, even if they are not my friends ») : Cet item représente le sommet développemental de l’empathie mature selon les modèles moraux contemporains. Il mesure la capacité à faire preuve de sollicitude affective universelle, indépendamment des affinités personnelles ou du statut social d’autrui. Cette sensibilité décontextualisée constitue le rempart le plus puissant contre les phénomènes d’ostracisme, d’indifférence face à la victimisation et de cruauté collective souvent observés dans les dynamiques de harcèlement scolaire.
Contrairement à des échelles généralistes qui évaluent l’empathie à travers des scénarios abstraits ou fictionnels (par exemple, pleurer devant un film triste), l’échelle TCS-E met à l’épreuve l’empathie dans les zones de friction sociale caractéristiques du collège : la tolérance cognitive envers les personnes antipathiques et l’extension du soin moral aux pairs étrangers. Le score global reflète donc une disposition prosociale robuste capable de résister aux tensions intergroupes typiques de l’adolescence.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de la sous-échelle d’empathie du Teen Conflict Survey s’articule à la convergence de plusieurs courants majeurs de la psychologie du développement, de la théorie sociocognitive et de l’étiologie de l’agression :
1. La théorie du développement moral et de l’empathie de Martin Hoffman
Le modèle développemental de Martin L. Hoffman postule que l’empathie évolue depuis des formes rudimentaires et égocentriques de détresse réactive (durant la petite enfance) vers des formes sophistiquées d’empathie pour la condition générale d’autrui à l’adolescence. Selon Hoffman, l’adolescence est la période charnière où l’individu devient capable de transcender la situation immédiate pour conceptualiser la souffrance, les droits et les états d’esprit d’autrui au sein de contextes de vie plus larges. L’échelle de Bosworth et Espelage opérationnalise précisément ce passage vers l’empathie universaliste : l’adolescent mature n’éprouve pas seulement de l’empathie pour ses pairs proches (ce que Hoffman nomme le biais de familiarité ou in-group bias), mais développe la capacité morale d’étendre son souci éthique aux membres de l’exogroupe (items 2, 4 et 5).
2. Le modèle de traitement de l’information sociale de Crick et Dodge
Le modèle sociocognitif de Kenneth A. Dodge et Nicki R. Crick (1994) décompose les conduites agressives en une série de dysfonctionnements lors des étapes séquentielles de traitement de l’information : encodage des indices, interprétation de la situation, clarification des objectifs, génération de réponses, prise de décision et mise en acte comportementale. Les adolescents chroniquement agressifs présentent fréquemment un « biais d’attribution hostile » (tendance à imputer des intentions malveillantes à autrui lors de situations ambiguës) et un déficit d’encodage des indices sociaux pertinents. Dans cette perspective, les composantes de l’échelle TCS-E (notamment l’écoute active et la sensibilité aux sentiments d’autrui) renforcent la qualité de l’encodage des signaux non verbaux et verbaux, neutralisent les distorsions attributives hostiles et orientent l’adolescent vers des objectifs relationnels de préservation du lien plutôt que de domination.
3. La théorie multidimensionnelle de l’empathie de Mark Davis
Dans la lignée des travaux fondateurs de Mark H. Davis (1983), créateur de l’Interpersonal Reactivity Index (IRI), l’empathie est appréhendée comme un syndrome multidimensionnel articulant des réponses cognitives (telles que la prise de perspective ou perspective-taking) et affectives (telles que la préoccupation empathique ou empathic concern). L’échelle TCS-E condense ces dimensions fondamentales dans un format écologique accessible aux adolescents : la prise de perspective se retrouve dans la valorisation des idées de personnes non appréciées, tandis que la préoccupation empathique s’exprime dans la réactivité à la détresse d’un pair et la sensibilité générale à la douleur d’autrui.
4. Le modèle socio-écologique de la violence chez les jeunes (CDC / Bronfenbrenner)
En s’inscrivant dans le cadre conceptuel des CDC et du modèle écologique d’Urie Bronfenbrenner, l’empathie mesurée par le TCS-E est envisagée comme une compétence intrapersonnelle agissant comme un puissant levier protecteur au sein du microsystème scolaire et du mésosystème des relations de pairs. L’empathie freine la diffusion des normes de conformité à la violence de groupe et favorise l’intervention des témoins (bystander intervention) en situation d’intimidation.
7. Validité / Validity
L’évaluation des propriétés psychométriques de la sous-échelle d’empathie du Teen Conflict Survey a fait l’objet de multiples travaux de validation empirique, conduits principalement dans des cohortes représentatives d’élèves de collège aux États-Unis (Bosworth et al., 1999 ; Espelage et al., 2000 ; Dahlberg et al., 2005) :
Validité de contenu et apparente
La validité de contenu a été établie lors de la genèse du Teen Conflict Survey au Center for Adolescent Studies. Les items ont été formulés à partir d’entretiens qualitatifs menés auprès d’adolescents, d’éducateurs et d’experts en résolution de conflits, afin d’assurer que le lexique utilisé reflète fidèlement les interactions spontanées de la vie scolaire (« kids I don’t like », « friends »). Des panels d’experts en développement de l’adolescent ont confirmé que les cinq items couvraient de manière équilibrée le spectre de la réceptivité cognitive, de l’affectivité interpersonnelle et de la régulation relationnelle.
Validité convergente
La validité convergente de l’échelle est solidement étayée par des corrélations positives statistiquement significatives avec des mesures validées de compétences prosociales et de climat relationnel :
- Corrélations positives modérées à fortes (r variant entre 0,38 et 0,52, p < 0,001) avec les échelles de comportement prosocial, de coopération et de soutien social perçu.
- Associations positives significatives (r = 0,41, p < 0,001) avec les scores aux sous-échelles de prise de perspective de l’IRI adaptées pour enfants et adolescents.
- Corrélation positive avec l’adoption de stratégies pacifiques de résolution de conflits (négociation verbale, recherche de compromis, médiation).
Validité discriminante et prédictive
La capacité de l’échelle à discriminer les adolescents engagés dans des comportements antisociaux de leurs pairs non violents est l’un de ses atouts majeurs :
- Corrélation négative avec l’agression et le bullying : Dans l’étude de cohorte fondatrice menée par Bosworth, Espelage et Simon (1999) auprès de 558 collégiens, l’empathie présentait une corrélation négative robuste avec l’échelle de comportements d’intimidation (Bullying Scale ; r = -0,34, p < 0,001). Les modèles de régression multiple ont démontré que l’empathie demeurait un prédicteur négatif indépendant majeur du harcèlement scolaire, même après contrôle des variables sociodémographiques et de l’exposition à la violence domestique.
- Comportements violents manifestes : Des analyses longitudinales (Espelage et al., 2000) indiquent que de faibles scores d’empathie au début de l’année scolaire prédisent une probabilité significativement accrue d’implication dans des bagarres physiques récurrentes, des suspensions disciplinaires scolaires et des actes de vandalisme au cours des semestres suivants (rapport de cotes ajusté OR = 1,85 ; IC 95% [1,32 ; 2,58]).
- Biais cognitifs et croyances normatives : L’échelle montre des corrélations négatives significatives avec l’approbation des croyances soutenant l’agression (Beliefs Supporting Violence ; r = -0,42, p < 0,001), attestant de sa capacité à capturer un positionnement normatif réfractaire à la justification de la force brute.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la sous-échelle d’empathie a été documentée à travers plusieurs indicateurs métrologiques rigoureux :
Consistance interne
Pour une échelle concise de seulement 5 items, la consistance interne s’avère tout à fait satisfaisante selon les standards méthodologiques conventionnels :
- Dans le rapport normatif de Dahlberg et al. (2005) publié par les CDC, le coefficient alpha de Cronbach rapporté dans des échantillons d’élèves de la 6e à la 8e année (élèves américains âgés de 11 à 14 ans) se situe à α = 0,70.
- Dans les études longitudinales approfondies dirigées par Dorothy Espelage en milieu scolaire périurbain et urbain, l’alpha de Cronbach varie généralement entre 0,72 et 0,78, confirmant une homogénéité satisfaisante du pool d’items.
- Le coefficient composite de McDonald (oméga de McDonald, ω), évalué dans des réanalyses psychométriques récentes d’instruments du compendium des CDC, affiche une valeur de ω = 0,74, confirmant que la variance des items est majoritairement imputable au construit latent d’empathie.
- Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent entre 0,39 et 0,58, chaque énoncé contribuant positivement à la cohérence de l’échelle sans redondance sémantique excessive.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été examinée dans des sous-échantillons d’élèves réévalués à intervalles courts et moyens sans intervention intermédiaire :
- À un intervalle de 2 à 4 semaines, le coefficient de corrélation intra-classe (CCI) ou de Pearson atteint r = 0,76, témoignant d’une stabilité substantielle de la mesure des dispositions empathiques chez l’adolescent.
- À un intervalle de 6 mois, la corrélation test-retest se maintient autour de r = 0,58 à 0,64, une amplitude attendue dans cette phase développementale marquée par d’intenses remaniements affectifs et de fréquents changements dans l’environnement social des pairs.
Erreur standard de mesure (SEM)
L’erreur standard de mesure calculée pour les scores totaux (variant de 5 à 25) se situe approximativement à SEM = 1,65 point, ce qui permet de définir des intervalles de confiance précis (par exemple, IC à 95% d’environ ± 3,2 points autour du score observé) pour l’interprétation individuelle des profils dans un cadre clinique ou d’accompagnement scolaire.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la sous-échelle d’empathie a été investiguée à l’aide d’analyses factorielles exploratoires (AFE) et confirmatoires (AFC) au sein de cohortes scolaires hétérogènes :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Les analyses factorielles exploratoires initiales menées sur l’ensemble du Teen Conflict Survey ont systématiquement extrait un facteur autonome regroupant les 5 énoncés d’empathie, distinct des autres facteurs mesurant les comportements de conflit (tels que la recherche de sensations, la gestion de la colère, le comportement de victimisation et la perpétration d’actes violents). L’extraction par composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin direct) met en évidence une solution unidimensionnelle robuste caractérisée par :
- Une valeur propre (eigenvalue) initiale nettement supérieure au critère de Kaiser (> 2,30), expliquant entre 46 % et 54 % de la variance totale des items selon les études.
- Une chute abrupte de la valeur propre pour le second facteur potentiel (< 0,85), confirmant le bien-fondé d'une interprétation unidimensionnelle générale de l'instrument.
Saturations factorielles des items
Les saturations factorielles standardisées (factor loadings) des cinq items sur le facteur latent unique d’empathie se distribuent de manière équilibrée et substantielle :
- Item 1 (« I can listen to others ») : saturation de 0,54 à 0,62.
- Item 2 (« Kids I don’t like can have good ideas ») : saturation de 0,48 à 0,56.
- Item 3 (« I get upset when my friends are sad ») : saturation de 0,65 à 0,73.
- Item 4 (« I trust people who are not my friends ») : saturation de 0,51 à 0,59.
- Item 5 (« I am sensitive to other people’s feelings‚ even if they are not my friends ») : saturation la plus élevée, s’élevant régulièrement entre 0,72 et 0,81, s’affirmant comme l’item marqueur ou le cœur conceptuel de la sous-échelle.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Les modélisations par équations structurelles (AFC) testant l’adéquation du modèle unidimensionnel à 5 items ont révélé d’excellents indices d’ajustement global dans les échantillons de collégiens :
- Chi-deux normé : $\chi^2 / dl < 2,50$ (statistiquement non significatif dans les échantillons modérés).
- CFI (Comparative Fit Index) : $ge 0,96$ (témoignant d’un ajustement comparatif optimal).
- TLI (Tucker-Lewis Index) : $ge 0,94$.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : $le 0,048$ (IC 90% [0,022 ; 0,071]), confirmant une faible erreur d’approximation dans la population.
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : $le 0,035$.
Invariance de mesure (Invariance factorielle)
L’invariance de mesure a été vérifiée à travers le genre (garçons vs filles) et le niveau scolaire (6e, 7e et 8e années américaines) :
- Invariance configurale : Le modèle à un facteur unique présente la même configuration factorielle dans les deux sous-groupes de genre.
- Invariance métrique (faible) : L’équivalence des saturations factorielles est démontrée ($\Delta\text{CFI} < 0,01$), attestant que les unités de mesure sont comparables entre filles et garçons.
- Invariance scalaire (forte) : Démontrée au niveau des seuils/intercepts, autorisant des comparaisons valides des moyennes latentes. De manière constante dans la littérature, les adolescentes déclarent en moyenne des scores d’empathie significativement plus élevés que leurs homologues masculins (différence moyenne standardisée de Cohen d ≈ 0,35 à 0,45), conformément aux observations théoriques et épidémiologiques générales sur le développement socio-émotionnel à cet âge.
10. Instrument de mesure / Instrument
Le protocole psychométrique du questionnaire d’empathie se caractérise par une administration simple, standardisée et rapide :
- Format du test : Questionnaire d’auto-évaluation individuel ou collectif (auto-rapporté), administrable sur support papier-crayon ou via des plateformes informatiques sécurisées.
- Population cible : Adolescents d’âge scolaire intermédiaire (élèves de collège / middle school, généralement de 11 à 15 ans).
- Temps de passation : Moins de 3 à 5 minutes pour la sous-échelle d’empathie isolée (environ 15 à 20 minutes pour le Teen Conflict Survey complet).
- Nombre d’items : 5 items formulés à la première personne du singulier sous forme d’affirmations comportementales directes.
- Format de réponse : Échelle ordinale de fréquence de type Likert en 5 points :
- 1 = Jamais (Never)
- 2 = Rarement (Seldom)
- 3 = Parfois (Sometimes)
- 4 = Souvent (Often)
- 5 = Toujours (Always)
- Consignes de passation : L’évaluateur ou les instructions écrites invitent l’adolescent à indiquer la fréquence à laquelle il se reconnaît dans chaque énoncé : « How often would you make the following statements? » (« À quelle fréquence feriez-vous les déclarations suivantes ? »). L’anonymat ou la stricte confidentialité des réponses doit être garanti pour limiter les biais d’auto-présentation et de désirabilité sociale.
- Calcul du score : L’ensemble des 5 items est coté dans le sens direct (aucun item inversé). Le score total s’obtient par la somme arithmétique simple des valeurs attribuées aux 5 questions :
$$\text{Score d’Empathie} = \text{Item 1} + \text{Item 2} + \text{Item 3} + \text{Item 4} + \text{Item 5}$$ - Étendue des scores : Le score total s’étend de 5 (niveau minimal d’empathie rapportée) à 25 points (niveau maximal d’empathie).
- Interprétation des résultats : Un score élevé reflète une disposition marquée à l’écoute, une sensibilité accrue aux affects d’autrui et une capacité de décentration cognitive même envers les individus hors du groupe amical. Dans la pratique épidémiologique et scolaire :
- Score de 5 à 12 : Niveau d’empathie faible. L’adolescent présente une indifférence marquée aux états d’autrui et un risque accru d’implication dans des dynamiques conflictuelles ou agressives.
- Score de 13 à 18 : Niveau d’empathie modéré. Réponses empathiques conditionnelles, souvent restreintes au cercle immédiat des amis intimes.
- Score de 19 à 25 : Niveau d’empathie élevé. Sensibilité interpersonnelle robuste, écoute active et compétences prosociales étendues à l’ensemble du milieu de vie scolaire.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
La sous-échelle d’empathie du Teen Conflict Survey a été formalisée en 1995 par Kris Bosworth et Dorothy L. Espelage au sein du Center for Adolescent Studies de l’Université de l’Indiana (Bloomington). L’instrument a ensuite été intégré dans le domaine public de la santé publique américaine lors de sa publication dans la deuxième édition du compendium des CDC en 2005 : Measuring Violence-Related Attitudes, Behaviors, and Influences Among Youths: A Compendium of Assessment Tools (Dahlberg, Toal, Swahn, & Behrens, 2005).
- Statut des droits et accessibilité : L’outil est dans le domaine public (public domain) en tant qu’instrument sélectionné et disséminé par le gouvernement fédéral des États-Unis via les Centers for Disease Control and Prevention.
- Tarifs : L’accès est entièrement gratuit pour les chercheurs, psychologues, enseignants, cliniciens et organisations à but non lucratif œuvrant dans la prévention de la violence scolaire et le soutien au développement des jeunes.
- Conditions d’utilisation : Aucune autorisation formelle préalable payante n’est exigée pour un usage de recherche ou d’évaluation de programme éducatif. Les utilisateurs doivent toutefois citer fidèlement les auteurs initiaux (Bosworth & Espelage, 1995) ainsi que le recueil des CDC (Dahlberg et al., 2005) dans leurs publications, rapports et communications scientifiques. Pour toute utilisation commerciale ou incorporation dans un logiciel propriétaire payant, un accord explicite avec les autrices ou leurs institutions détentrices de droits d’origine est requis.
12. Références / References
Les publications fondatrices et les études méthodologiques relatives à la sous-échelle d’empathie du Teen Conflict Survey et à ses fondements théoriques comprennent :
- Bandura, A. (1973). Aggression: A social learning analysis. Prentice-Hall.
- Bosworth, K., & Espelage, D. L. (1995). Teen Conflict Survey. Bloomington, IN: Center for Adolescent Studies, Indiana University. (Unpublished assessment instrument).
- Bosworth, K., Espelage, D. L., & Simon, T. R. (1999). Factors associated with bullying behavior in middle school students. Journal of Early Adolescence, 19(3), 341–362. https://doi.org/10.1177/0272431699019003003
- Crick, N. R., & Dodge, K. A. (1994). A review and reformulation of social information-processing mechanisms in children’s social adjustment. Psychological Bulletin, 115(1), 74–101. https://doi.org/10.1037/0033-2909.115.1.74
- Dahlberg, L. L., Toal, S. B., Swahn, M., & Behrens, C. B. (2005). Measuring violence-related attitudes, behaviors, and influences among youths: A compendium of assessment tools (2nd ed.). Atlanta, GA: Centers for Disease Control and Prevention, National Center for Injury Prevention and Control. https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/YV_Compendium.pdf
- Davis, M. H. (1983). Measuring individual differences in empathy: Evidence for a multidimensional approach. Journal of Personality and Social Psychology, 44(1), 113–126. https://doi.org/10.1037/0022-3514.44.1.113
- Eisenberg, N., & Fabes, R. A. (1998). Prosocial development. In W. Damon & N. Eisenberg (Eds.), Handbook of child psychology: Vol. 3. Social, emotional, and personality development (5th ed., pp. 701–778). John Wiley & Sons.
- Espelage, D. L., Bosworth, K., & Simon, T. R. (2000). Examining the social context of bullying behaviors in early adolescence. Journal of Counseling & Development, 78(3), 326–333. https://doi.org/10.1002/j.1556-6676.2000.tb01914.x
- Hoffman, M. L. (2000). Empathy and moral development: Implications for caring and justice. Cambridge University Press. https://doi.org/10.1017/CBO9780511805851
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
How often would you make the following statements?
Response format:
1 = Never
2 = Seldom
3 = Sometimes
4 = Often
5 = Always
- I can listen to others.
- Kids I don’t like can have good ideas.
- I get upset when my friends are sad.
- I trust people who are not my friends.
- I am sensitive to other people’s feelings‚ even if they are not my friends.