Échelles d’effort pour éviter l’infériorité

Analyse psychométrique détaillée des Échelles d’effort pour éviter l’infériorité (SAIS) de Paul Gilbert (2007) : fondements théoriques du rang social, structure factorielle, validité, fidélité et questionnaire complet.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 9, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 9, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

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1. Résumé / Abstract

Les Échelles d’effort pour éviter l’infériorité (en anglais, Striving to Avoid Inferiority Scales [SAIS]), développées par le professeur Paul Gilbert et ses collaborateurs en 2007, constituent un instrument psychométrique majeur conçu pour évaluer les motivations sous-jacentes à la compétition sociale et à la quête effrénée de réussite. Ancrée dans la théorie du rang social et l’approche évolutionniste de la psychopathologie, cette échelle explore la manière dont les individus perçoivent la compétition sociale : soit comme une nécessité impérieuse visant à éviter le rejet, la honte et la relégation au bas de la hiérarchie sociale, soit dans un climat de sécurité relationnelle où la valeur personnelle est inconditionnelle.

L’instrument se divise en deux parties distinctes et complémentaires. La Partie 1 (SAIS-P1) comporte 31 items mesurant deux dimensions fondamentales : l’effort insécure (insecure striving, 19 items), caractérisé par la croyance que la valeur personnelle et l’acceptation par autrui doivent être constamment conquises par la surperformance, et le non-effort sécure (secure non-striving, 12 items), reflétant le sentiment que l’acceptation sociale et l’amour d’autrui sont acquis indépendamment des succès ou des échecs. Ces items sont évalués sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (« Jamais ») à 4 (« Toujours »). La Partie 2 (SAIS-P2) explore quant à elle les conséquences redoutées de l’échec compétitif à travers 11 items répartis en trois sous-échelles : la perte d’opportunités (losing out, 3 items), la marginalisation passive ou l’oubli (overlooked, 4 items) et le rejet actif ou la honte (active rejection, 4 items), notés sur une échelle visuelle de 1 (« Pas d’accord ») à 10 (« Tout à fait d’accord »).

Les propriétés psychométriques de l’instrument témoignent d’une excellente consistance interne, avec des coefficients alpha de Cronbach rapportés de 0,84 pour l’effort insécure, 0,69 pour le non-effort sécure, 0,84 pour la perte d’opportunités, 0,80 pour l’oubli et 0,79 pour le rejet actif. Les SAIS présentent une validité convergente et prédictive substantielle avec la dépression, l’anxiété, le stress perçu, la honte externe et le perfectionnisme inadapté, faisant de cet outil un dispositif incontournable tant en recherche clinique qu’en psychothérapie cognitivo-comportementale et en thérapie fondée sur la compassion.

2. Mots-clés / Keywords

Échelles d’effort pour éviter l’infériorité, Striving to Avoid Inferiority Scale, Paul Gilbert, théorie du rang social, compétition sociale, effort insécure, non-effort sécure, honte externe, dépression, psychométrie, statut social, rejet social, thérapie fondée sur la compassion, psychopathologie évolutionniste.

3. Auteurs / Authors

L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs britanniques spécialistes de la psychologie clinique, de la théorie de l’attachement et de l’approche évolutionniste :

  • Paul Gilbert, Ph.D., FBPsS : Professeur de psychologie clinique à la Mental Health Research Unit, Kingsway Hospital, University of Derby (Derby, Royaume-Uni). Fondateur de la thérapie fondée sur la compassion (Compassion Focused Therapy [CFT]) et pionnier de l’application de la théorie évolutionniste du rang social à la dépression et à la honte. (Courriel institutionnel : [email protected]).
  • Carol Broomhead : Chercheuse clinicienne, Mental Health Research Unit, Kingsway Hospital, Derby, Royaume-Uni.
  • Chris Irons, Ph.D. : Psychologue clinicien, University of Derby et Mental Health Research Unit, Kingsway Hospital, Derby, Royaume-Uni. Spécialiste des dynamiques d’attachement et de la compassion.
  • Kirsten McEwan, Ph.D. : Chercheuse en psychologie, University of Derby, spécialisée dans la psychométrie et les corrélats physiologiques des affects affiliatifs.
  • Rebecca Bellew : Chercheuse clinicienne, University of Derby, Kingsway Hospital, Derby, Royaume-Uni.
  • Andy Mills : Psychologue clinicien, Derbyshire Mental Health Services NHS Trust, Derby, Royaume-Uni.
  • Caroline Gale : Chercheuse associée, Mental Health Research Unit, Kingsway Hospital, Derby, Royaume-Uni.
  • Rachel Knibb, Ph.D. : Maître de conférences en psychologie de la santé, School of Health and Life Sciences, Aston University, Birmingham, Royaume-Uni.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental des Striving to Avoid Inferiority Scales est de conceptualiser, mesurer et disséquer les dynamiques motivationnelles régissant la compétition interindividuelle dans les sociétés modernes. Alors que la psychologie différentielle classique et la psychologie organisationnelle ont longtemps appréhendé le besoin d’accomplissement (need for achievement) comme un trait positif favorisant l’adaptation, l’auto-efficacité et l’épanouissement personnel, Paul Gilbert et ses collaborateurs ont postulé l’existence d’une face sombre à la quête de réussite : l’effort motivé par la peur panique de l’infériorité et de la subordination.

Dans de nombreux contextes sociaux, professionnels et académiques, la vie est métaphoriquement vécue comme une « course effrénée » (la rat race). Pour une partie significative de la population, l’engagement dans cette compétition n’est pas guidé par un enthousiasme intrinsèque ou un plaisir de maîtriser des compétences (motivation d’approche), mais par une anxiété aiguë d’évitement : si l’on ne se maintient pas au niveau des autres, si l’on n’accumule pas les signaux de succès ou d’attractivité, on risque d’être perçu comme inférieur, méprisé et marginalisé. L’objectif clinique et théorique du SAIS est donc d’isoler cette composante défensive de l’effort compétitif pour comprendre comment elle fragilise la santé mentale.

En contexte de recherche clinique, les échelles permettent d’investiguer l’étiologie des troubles de l’humeur, du syndrome d’épuisement professionnel (burnout), du perfectionnisme névrotique et des troubles anxieux. En pratique psychothérapeutique, notamment au sein de la thérapie fondée sur la compassion, l’outil offre une grille de lecture phénoménologique d’une précision remarquable. Il permet au praticien d’identifier les croyances conditionnelles du patient (« Si je ne surpasse pas les autres, je ne vaux rien et serai rejeté ») et d’explorer la détresse émotionnelle associée à la perte de rang ou à l’échec perçu. L’instrument permet également de distinguer la compétition sécurisante — où le sujet sait que ses relations d’attachement demeurent intactes quel que soit le résultat — de la compétition insécure, où chaque échec potentiel menace la survie relationnelle et l’appartenance au groupe.

5. Construit psychologique / Construct

Le construit psychologique opérationnalisé par les SAIS repose sur une architecture multidimensionnelle articulée autour de la nature des motivations compétitives et des anticipations de menace sociale. L’outil explore deux grands domaines phénoménologiques à travers ses deux parties constitutives.

Partie 1 : Modes de positionnement face à la compétition sociale

La première partie évalue deux orientations sociocognitives divergentes quant à la valeur de soi et aux relations sociales :

  • L’effort insécure (Insecure Striving – 19 items) : Ce construit mesure l’adhésion à des croyances selon lesquelles l’acceptation sociale, l’estime des pairs et la dignité humaine sont hautement conditionnelles et dépendantes de la performance relative. L’individu estime que le monde social est une arène compétitive impitoyable où les personnes peu performantes sont jugées faibles, méprisées et privées de reconnaissance. Des items tels que « To be valued by others I have to strive to succeed » ou « If I don’t strive to achieve I’ll be seen as inferior to other people » illustrent cette conviction centrale que le statut social n’est jamais définitivement garanti et requiert un combat ininterrompu. L’effort insécure est fortement corrélé à la vulnérabilité dépressive, au perfectionnisme socialement prescrit et à l’autocritique destructive.
  • Le non-effort sécure (Secure Non-Striving – 12 items) : Ce construit capture le sentiment fondamental de sécurité psychologique, d’acceptation inconditionnelle et de réassurance sociale. Les individus obtenant des scores élevés dans cette dimension perçoivent leur environnement relationnel comme bienveillant et solidaire. Ils estiment que leur valeur intrinsèque ne fluctue pas au gré de leurs victoires ou de leurs défaites. Illustrée par des énoncés tels que « Win or lose, people accept me anyway » ou « You are loved for what you are, not for what you achieve », cette dimension représente un facteur protecteur puissant contre le stress perçu, favorisant des affects d’apaisement et une régulation émotionnelle adéquate.

Partie 2 : Les peurs sous-jacentes à l’échec compétitif

La seconde partie examine la typologie des menaces que les individus cherchent à conjurer lorsqu’ils se sentent contraints d’entrer en compétition. Paul Gilbert et ses collègues ont modélisé ces craintes sous la forme d’un tronc commun (« If you don’t compete with others and succeed… ») débouchant sur trois profils de conséquences aversives :

  • La perte d’opportunités (Losing Out – 3 items) : Évalue l’anxiété liée à la régression matérielle, statutaire ou fonctionnelle. L’individu craint de manquer des opportunités cruciales, de ne pas progresser dans l’existence et d’être distancé par ses pairs (« You will fall behind others »). Cette dimension reflète la peur de la perte de ressources instrumentales dans un écosystème compétitif.
  • La marginalisation passive ou l’oubli (Overlooked – 4 items) : Évalue la crainte de l’invisibilisation sociale. Ne pas réussir équivaut à perdre tout pouvoir d’attraction sociale (Social Attention Holding Power), ce qui conduit autrui à ignorer l’individu, à ne plus s’intéresser à lui et à l’oublier (« People will overlook you », « People will forget about you »). Il s’agit d’une forme d’exclusion passive particulièrement anxiogène pour les besoins d’affiliation.
  • Le rejet actif et la honte (Active Rejection – 4 items) : Représente le pôle le plus toxique de la menace sociale. L’absence de réussite compétitive n’entraîne pas seulement l’indifférence, mais une hostilité manifeste du groupe : critique ouverte, blâme, humiliation publique, exclusion active et rejet relationnel explicite (« Others will be critical and shame you », « Others will go out of their way to actively exclude you »). Ce construit touche directement au mécanisme de la honte externe et au sentiment d’indignité sociale.

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

Les échelles SAIS s’enracinent au confluent de la psychologie évolutionniste, de l’éthologie humaine et de la théorie de l’attachement formalisée par John Bowlby, synthétisées par Paul Gilbert dans le modèle du rang social (Social Rank Theory).

Selon l’approche évolutionniste, les animaux sociaux — et en particulier les primates — doivent négocier deux impératifs vitaux au sein de leur groupe : la recherche de statut et de ressources d’une part (système compétitif ou agonique), et l’établissement d’alliances, de soins mutuels et d’attachement d’autre part (système affiliatif ou coopératif). Dans les hiérarchies de dominance animales, les conflits pour le statut reposent sur le Resource Holding Potential (RHP), c’est-à-dire l’évaluation de la force brute et de la capacité de combat d’un individu. Chez l’être humain, en raison de l’émergence du langage, de la culture et de la dépendance accrue envers le groupe, le statut s’est transformé en un mécanisme hautement sophistiqué désigné par Gilbert sous le nom de Social Attention Holding Potential (SAHP) ou pouvoir d’attraction de l’attention sociale.

Le SAHP postule que la valeur et le rang d’un individu ne sont plus principalement déterminés par la menace physique, mais par la mesure dans laquelle autrui lui accorde de la valeur, l’admire, recherche sa compagnie, investit en lui et le respecte pour ses compétences, son attrait physique ou ses succès. En conséquence, se percevoir comme « inférieur » dans une société humaine moderne ne signifie pas seulement occuper un échelon inférieur ; cela signale un danger existentiel d’abandon, de dévalorisation, de rejet ou d’exclusion sociale. L’évolution a ainsi façonné chez l’humain des systèmes d’alarme affective extrêmement sensibles au rang relatif :

  • La stratégie de défaite involontaire (Involuntary Defeat Strategy) : Lorsqu’un animal ou un être humain perçoit qu’il a perdu un combat statutaire ou qu’il est en position de subordination irréversible, le système nerveux déclenche une réponse inhibitrice caractérisée par le retrait, l’abattement, l’inhibition motrice et la baisse de l’affect positif. Dans le modèle de Gilbert, cette réponse ancestrale constitue le substrat biologique de la dépression majeure.
  • La honte externe et interne : La honte externe survient lorsqu’un individu anticipe qu’autrui le perçoit comme inférieur, défectueux ou méprisable. La honte interne représente l’incorporation de ce jugement dans l’auto-évaluation. Pour empêcher cette défaite dévastatrice, l’individu met en œuvre un comportement compensatoire hyperactif : l’effort insécure.

La théorie sous-jacente aux SAIS postule que la société contemporaine exacerbe ces systèmes d’alerte en promouvant une idéologie méritocratique hypercompétitive où la sécurité affective de base est conditionnée aux accomplissements mesurables. Les personnes présentant un attachement insécure (anxieux ou évitant) sont particulièrement susceptibles de développer un effort insécure, car elles n’ont jamais intériorisé de modèle opérant interne (au sens de Bowlby) leur garantissant d’être aimables pour ce qu’elles sont. Elles tentent donc de substituer le statut au sentiment de sécurité relationnelle, transformant leur vie en une lutte incessante contre l’infériorité.

7. Validité / Validity

La validité psychométrique des échelles SAIS a été solidement documentée dans l’étude princeps de Gilbert et al. (2007), menée auprès d’un échantillon de 183 participants, ainsi que dans de multiples réplications internationales ultérieures en psychologie sociale et clinique.

Validité de construit et validité convergente

La validité convergente a été démontrée par des corrélations hautement significatives et conformes aux prédictions théoriques entre les sous-échelles des SAIS et diverses mesures établies du fonctionnement psychopathologique :

  • Symptômes dépressifs, anxieux et stress : Évalués au moyen de l’échelle DASS-21 (Depression Anxiety Stress Scales). L’effort insécure présente une corrélation positive très robuste avec la dépression (r = 0,48, p < 0,001), l’anxiété (r = 0,44, p < 0,001) et le stress (r = 0,55, p < 0,001). À l’inverse, le non-effort sécure présente des corrélations négatives significatives avec ces mêmes dimensions psychopathologiques (dépression : r = -0,40 ; anxiété : r = -0,26 ; stress : r = -0,34, tous p < 0,001).
  • Honte externe : Mesurée par l’échelle Other As Shamer Scale (OAS). L’effort insécure corrèle fortement avec le sentiment que les autres nous jugent négativement (r = 0,58, p < 0,001), confirmant que la pulsion de surperformance est intrinsèquement liée à la gestion de la honte sociale.
  • Comparaison sociale défavorable : Sur la Social Comparison Scale (SCS), les individus ayant des scores élevés d’effort insécure et de peurs de rejet actif se perçoivent systématiquement comme inférieurs, moins attrayants et moins compétents que leurs pairs.
  • Partie 2 des SAIS : Les trois dimensions de menace (perte d’opportunités, oubli, rejet actif) montrent toutes de fortes associations positives avec la dépression et l’anxiété, la dimension de rejet actif montrant la corrélation la plus dévastatrice avec les affects dépressifs (r = 0,49, p < 0,001).

Validité discriminante

Les analyses corrélationnelles indiquent que l’effort insécure et le non-effort sécure ne sont pas de simples inverses parfaits sur un continuum unidimensionnel, mais des dimensions orthogonales partiellement indépendantes (r = -0,39, p < 0,001). Cette corrélation modérée indique qu’une personne peut simultanément ressentir une certaine pression à réussir tout en conservant des îlots de réassurance relationnelle, ou inversement présenter un effondrement complet du sentiment de sécurité sans pour autant parvenir à mobiliser un effort compétitif (situation typique de la dépression majeure sévère avec résignation acquise).

Validité prédictive et incrémentale

Des analyses de régression multiple hiérarchique ont confirmé que l’effort insécure et la peur du rejet actif prédisent de manière incrémentale et unique la variance des scores de dépression et d’anxiété, même après avoir contrôlé les variables sociodémographiques et les scores de comparaison sociale globale. Cela prouve que le SAIS ne mesure pas une simple détresse diffuse, mais bien un processus cognitivo-affectif spécifique lié à la régulation du rang social.

8. Fidélité / Reliability

La fidélité des Échelles d’effort pour éviter l’infériorité a été éprouvée sous l’angle de la cohérence interne et de la stabilité temporelle.

Consistance interne

Dans l’échantillon initial de validation de Gilbert et al. (2007), les coefficients alpha de Cronbach ont démontré une fiabilité adéquate à excellente pour l’ensemble des dimensions de l’instrument :

  • Partie 1 – Effort insécure (19 items) : α = 0,84. Cette valeur démontre une forte homogénéité des items décrivant la pression ressentie pour prouver sa valeur et rivaliser avec autrui.
  • Partie 1 – Non-effort sécure (12 items) : α = 0,69 (arrondi fréquemment à 0,70 dans les études ultérieures). Bien que légèrement plus modeste en raison de la plus grande hétérogénéité des formulations portant sur le soutien inconditionnel et l’acceptation de groupe, ce coefficient demeure acceptable pour une échelle de recherche clinique.
  • Partie 2 – Perte d’opportunités (Losing out, 3 items) : α = 0,84. Un coefficient remarquable pour une sous-échelle très brève de 3 items.
  • Partie 2 – Marginalisation passive / Oubli (Overlooked, 4 items) : α = 0,80.
  • Partie 2 – Rejet actif / Honte (Active rejection, 4 items) : α = 0,79.

Dans les études de réplication ultérieures (notamment les adaptations en contextes cliniques portugais par Pinto-Gouveia et ses collaborateurs, ou australiens), les alphas de Cronbach pour l’effort insécure ont oscillé entre 0,85 et 0,91, et pour le rejet actif entre 0,80 et 0,86, attestant de la solidité structurelle de l’outil à travers divers échantillons linguistiques et démographiques.

Stabilité temporelle (Test-Retest)

Des évaluations test-retest menées sur des intervalles de quatre à six semaines dans des populations étudiantes ont révélé des coefficients de corrélation intraclasse (CCI) supérieurs à 0,78 pour l’effort insécure et à 0,75 pour les sous-échelles de la Partie 2, confirmant que l’orientation compétitive insécure constitue une disposition cognitive relativement stable dans le temps, tout en demeurant sensible aux interventions thérapeutiques axées sur l’autocompassion et le sentiment de sécurité affiliative.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle des SAIS a été explorée lors de la phase de conception par Gilbert et al. (2007) au moyen d’analyses factorielles exploratoires (AFE) utilisant la méthode d’extraction en composantes principales suivie de rotations orthogonales (Varimax) et obliques (Oblimin), afin de respecter l’interdépendance naturelle des construits psychologiques.

Structure factorielle de la Partie 1

L’analyse factorielle initiale sur l’ensemble des items de la Partie 1 a clairement mis en évidence une structure bipolaire dominante, confirmée par le test du coude de Cattell et des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1 :

  • Facteur 1 (Effort insécure) : Ce facteur regroupe les 19 items relatifs à la compétition compulsive, au besoin de surpasser autrui et à la peur d’être considéré comme inférieur ou faible. Les saturations factorielles (factor loadings) pour ces items sont particulièrement élevées, s’échelonnant généralement entre 0,42 et 0,76. Des items comme l’item 20 (« If I don’t strive to achieve I’ll be seen as inferior to other people ») et l’item 7 (« I never feel my place in society is secure but have to strive to prove myself worthy of it ») présentent les saturations les plus massives sur ce facteur.
  • Facteur 2 (Non-effort sécure) : Ce facteur rassemble les 12 items inversés formulant l’acceptation inconditionnelle et le sentiment d’appartenance indépendamment des performances. Les saturations s’échelonnent entre 0,38 et 0,68 (par exemple l’item 6 : « Win or lose, people accept me anyway » et l’item 29 : « You are loved for what you are, not for what you achieve »).

Les analyses factorielles confirmatoires (AFC) menées dans des études subséquentes ont corroboré la supériorité de ce modèle à deux facteurs par rapport à un modèle unidimensionnel, obtenant des indices d’adéquation très satisfaisants (RMSEA < 0,06 ; CFI > 0,92 ; TLI > 0,90).

Structure factorielle de la Partie 2

Pour la Partie 2, l’analyse factorielle exploratoire a mis en exergue trois facteurs distincts expliquant plus de 65 % de la variance totale :

  • Facteur 1 – Perte d’opportunités : Items 1, 2 et 3, avec des saturations supérieures à 0,72. Ces items ciblent spécifiquement le retard dans le développement de carrière ou de statut.
  • Facteur 2 – Marginalisation passive / Oubli : Items 4, 5, 6 et 7, avec des saturations comprises entre 0,60 et 0,79. Ils mesurent la perte de visibilité sociale.
  • Facteur 3 – Rejet actif : Items 8, 9, 10 et 11, avec des saturations comprises entre 0,58 et 0,81. Ils isolent la menace d’agression sociale et de honte infligée par autrui.

Cette distinction empirique entre oubli passif et rejet actif s’avère particulièrement pertinente sur le plan neurobiologique et affectif : l’invisibilisation active des circuits de désespoir et d’isolement, tandis que le rejet actif mobilise les systèmes de panique, de honte et d’alerte défensive face au danger social.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’instrument se présente sous la forme d’un questionnaire auto-administré sur support papier ou électronique, divisé en deux parties autonomes mais généralement administrées conjointement :

  • Nom complet de l’outil : Striving to Avoid Inferiority Scales (SAIS)
  • Partie 1 (SAIS-P1) :
    • Nombre d’items : 31 items.
    • Format de réponse : Échelle de Likert en 5 points : 0 = NEVER (Jamais), 1 = RARELY (Rarement), 2 = SOMETIMES (Parfois), 3 = MOSTLY (La plupart du temps / Fréquemment), 4 = ALWAYS (Toujours).
    • Cotation :
      • Sous-échelle « Effort insécure » (Insecure striving – 19 items) : Somme directe des items 1, 3, 5, 7, 9, 11, 13, 14, 15, 17, 18, 19, 20, 22, 23, 25, 27, 30, 31. Score total variant de 0 à 76. Un score élevé reflète une quête compulsive de statut pour éviter la relégation.
      • Sous-échelle « Non-effort sécure » (Secure non-striving – 12 items) : Somme directe des items 2, 4, 6, 8, 10, 12, 16, 21, 24, 26, 28, 29. Score total variant de 0 à 48. Un score élevé reflète un sentiment solide de sécurité relationnelle inconditionnelle.
  • Partie 2 (SAIS-P2) :
    • Nombre d’items : 11 items structurés autour du radical commun : « If you don’t compete with others and succeed… ».
    • Format de réponse : Échelle visuelle analogique / numérique en 10 points allant de 1 = Don’t agree (Pas d’accord) à 10 = completely Agree (Tout à fait d’accord).
    • Cotation :
      • Perte d’opportunités (Losing out – 3 items) : Somme des 3 énoncés du bloc 1. Score de 3 à 30.
      • Marginalisation passive / Oubli (Overlooked – 4 items) : Somme des 4 énoncés du bloc 2. Score de 4 à 40.
      • Rejet actif / Honte (Active rejection – 4 items) : Somme des 4 énoncés du bloc 3. Score de 4 à 40.
  • Temps de passation : Environ 8 à 12 minutes pour l’ensemble des deux parties.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

  • Année de publication princeps : 2007.
  • Auteurs et copyright : © Paul Gilbert, Carol Broomhead, Chris Irons, Kirsten McEwan, Rebecca Bellew, Andy Mills, Caroline Gale, Rachel Knibb (2007). Publié sous les auspices de la British Psychological Society dans le British Journal of Social Psychology.
  • Conditions d’utilisation et permissions : Les échelles SAIS sont mises gracieusement à la disposition de la communauté scientifique et des professionnels de santé mentale. Elles peuvent être utilisées librement à des fins de recherche académique non commerciale, d’enseignement ou d’évaluation clinique individuelle, sans paiement de droits d’auteur, sous réserve de citer scrupuleusement la publication originale de Gilbert et al. (2007).
  • Tarifs : Gratuit pour la recherche et la pratique clinique non commerciale. Toute intégration dans une plateforme logicielle commerciale ou un produit payant requiert l’autorisation formelle préalable des auteurs ou des ayants droit.

12. Références / References

  • Gilbert, P., Broomhead, C., Irons, C., McEwan, K., Bellew, R., Mills, A., Gale, C., & Knibb, R. (2007). Striving to avoid inferiority: Scale development and its relationship to depression, anxiety and stress. British Journal of Social Psychology, 46(3), 633–648. https://doi.org/10.1348/014466606X157789
  • Gilbert, P. (2000). The relationship of shame, social anxiety and depression: The role of the evaluation of social rank. Clinical Psychology & Psychotherapy, 7(3), 174–189. https://doi.org/10.1016/S0191-8869(99)00230-5
  • Pinto-Gouveia, J., Castilho, P., Galhardo, A., & Cunha, M. (2014). Early maladaptive schemas and striving to avoid inferiority: Two paths to psychopathology. Clinical Psychology & Psychotherapy, 21(5), 444–454. https://doi.org/10.1002/cpp.1849

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

To be valued by others I have to strive to succeed
2

If I make mistakes‚ I know other people will still like me
3

Life is a competition
4

People don't have to succeed to prove themselves to others
5

People judge you by how well you perform in comparison to other
6

Win or lose‚ people accept me anyway
7

I never feel my place in society is secure but have to strive to prove myself worthy of it
8

Others will accept me even if I fail
9

I need to match what other people achieve
10

People are accepting of me without comparing me to others
11

If I don't strive to succeed‚ I'll be left behind everyone else
12

Whether I succeed or fail‚ people value me as a person
13

People compare me to others to see if I match up
14

14 I worry about failure because it means you can't keep up and compete with other people in life
15

I struggle to achieve things so that other people will not look down on me
16

If I fail at something‚ I know others will help me try again
17

Acceptance is something you have to earn and compete with other
18

To get on in the world‚ you have to compete with others
19

If you don't keep up in looks or achievements others won't bother with you
20

If I don't strive to achieve I'll be seen as inferior to other people
21

I don't feel under pressure to prove myself to others
22

People who can't compete are seen as weak
23

Even if I do succeed others will not believe it's enough
24

People accept me whether I'm successful or not
25

Being competitive gives me a right to life
26

I don't have to be the best in life to feel wanted
27

Others have to see me succeed otherwise it's worthless
28

I don't have to prove myself to feel part of a group
29

You are loved for what you are‚ not for what you achieve
30

You earn respect by out-performing others
31

Unless you can compete and keep up you get left behind
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 9). Échelles d’effort pour éviter l’infériorité. Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelles-effort-pour-eviter-inferiorite/
Looti, Mohammed. “Échelles d’effort pour éviter l’infériorité.” Base de données de psychologie en français, 9 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelles-effort-pour-eviter-inferiorite/.
Looti, Mohammed. “Échelles d’effort pour éviter l’infériorité.” Base de données de psychologie en français. octobre 9, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelles-effort-pour-eviter-inferiorite/.