1. Résumé / Abstract
Les Échelles de dépression, d’anxiété et de stress à 42 items (DASS-42) constituent l’un des instruments psychométriques d’auto-évaluation les plus validés et les plus largement employés à l’échelle internationale pour mesurer les états émotionnels négatifs. Développée originellement par Peter F. Lovibond et Syd H. Lovibond en 1995 à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW, Australie), la DASS-42 a été conçue pour répondre à un défi nosologique et psychométrique majeur : la différenciation clinique et empirique entre la dépression, l’anxiété et un état d’activation émotionnelle non spécifique souvent qualifié de tension ou de stress chronique.
L’instrument se compose de 42 énoncés répartis équitablement en trois sous-échelles orthogonales mais corrélées de 14 items chacune : la Dépression (DASS-D), l’Anxiété (DASS-A) et le Stress (DASS-S). Chaque item est évalué sur une échelle de réponse ordinale de type Likert en 4 points, graduée de 0 (« Ne s’appliquait pas du tout à moi ») à 3 (« S’appliquait à moi presque entièrement ou la plupart du temps »), se rapportant à l’état vécu par le sujet au cours de la semaine écoulée. La sous-échelle de dépression évalue principalement la dysphorie, le désespoir, l’autodépréciation, le manque d’intérêt ou d’anhedonie et l’inertie motivationnelle. La sous-échelle d’anxiété appréhende l’hyperactivité du système nerveux autonome, les manifestations somatiques et musculo-squelettiques, l’anxiété situationnelle et l’expérience subjective d’affolement ou de panique. Enfin, la sous-échelle de stress capture l’irritabilité, la difficulté à se détendre, l’impatience, la tension nerveuse persistante et la réactivité excessive aux stresseurs du quotidien.
Sur le plan psychométrique, la DASS-42 bénéficie d’une fidélité exceptionnelle, avec des coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach et oméga de McDonald) oscillant de façon constante entre 0,88 et 0,97 dans des populations tant cliniques que non cliniques. Les analyses factorielles confirmatoires appuient majoritairement un modèle tripartite à trois facteurs corrélés ou un modèle bifactoriel avec un facteur général de détresse psychologique (affectivité négative). L’instrument montre une excellente validité convergente avec les inventaires de référence tels que le Beck Depression Inventory (BDI) et le Beck Anxiety Inventory (BAI), tout en offrant une validité discriminante supérieure, notamment grâce à la présence distincte de la dimension de stress.
2. Mots-clés / Keywords
DASS-42, dépression, anxiété, stress psychologique, psychométrie, évaluation clinique, modèle tripartite, affect affectivité négative, fidélité test-retest, validité de construit, analyse factorielle confirmatoire, échelle d’auto-évaluation.
3. Auteurs / Authors
Les créateurs et développeurs principaux des Depression Anxiety Stress Scales sont :
- Sydney Harold Lovibond, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie clinique, School of Psychology, University of New South Wales (UNSW Sydney), Kensington, NSW, Australie. Le Pr S. H. Lovibond a consacré une large part de sa carrière aux théories comportementales du conditionnement, à la psychopathologie expérimentale et au perfectionnement des outils d’évaluation en psychothérapie comportementale.
- Peter F. Lovibond, Ph.D. : Professeur de psychologie, School of Psychology, University of New South Wales (UNSW Sydney), Kensington, NSW, Australie. Spécialiste international de l’apprentissage associatif, de l’extinction de la peur et des mécanismes cognitivo-affectifs sous-tendant les troubles anxieux et de l’humeur. Courriel de correspondance institutionnelle :
[email protected].
L’instrument a été officialisé et diffusé par la Psychology Foundation of Australia, établie au sein de l’École de psychologie de l’UNSW, garantissant la distribution des manuels normatifs et des adaptations linguistiques homologuées.
4. Objectif / Purpose
Contexte et lacunes méthodologiques des années 1980-1990
Avant le développement de la DASS-42, l’évaluation psychologique des troubles affectifs souffrait d’un problème récurrent de chevauchement conceptuel et de contamination des items. Les instruments les plus célèbres de l’époque, tels que l’inventaire de dépression de Beck (BDI) et l’inventaire d’anxiété de Beck (BAI), ou encore l’échelle d’anxiété manifeste de Taylor (TMAS) et l’échelle d’auto-évaluation de la dépression de Zung (SDS), présentaient des corrélations empiriques très élevées entre eux (fréquemment supérieures à 0,70 ou 0,80). En pratique clinique comme en recherche, un patient obtenant un score élevé sur une échelle de dépression obtenait presque systématiquement un score élevé sur une échelle d’anxiété, rendant difficile la discrimination diagnostique fine.
Ce phénomène découlait en partie de la présence massive d’items évaluant une détresse émotionnelle diffuse ou une « affectivité négative » commune (fatigue, troubles du sommeil, irritabilité, plaintes somatiques vagues). En outre, aucun outil standardisé n’offrait une mesure distincte et systématique du « stress » ou de la tension nerveuse chronique en tant qu’état affectif autonome, ce dernier étant arbitrairement morcelé ou subsumé sous l’étiquette de l’anxiété généralisée.
Finalités cliniques et objectifs diagnostiques
L’objectif fondamental de la DASS-42 est de fournir un instrument psychométrique dimensional permettant de :
- Démêler la symptomatologie centrale de la dépression et de l’anxiété : La DASS a été construite pour isoler les aspects cardinaux et uniques de la dépression (l’anhédonie, l’absence d’affect positif, la perte de motivation, le sentiment d’effondrement de la valeur de soi) des aspects cardinaux de l’anxiété (l’hyperactivité neurovégétative, les réponses de peur aiguë, les tensions somatiques paroxystiques).
- Isoler la dimension du stress chronique : L’échelle propose une quantification directe de l’état de tension continue, de la difficulté à relâcher l’effort mental, de l’intolérance aux retards ou interruptions, et de l’irritabilité, un syndrome fréquemment observé en contexte professionnel ou médical mais non couvert de manière satisfaisante par les critères stricts du DSM pour la dépression majeure ou le trouble panique.
- Suivre l’efficacité des interventions psychothérapeutiques et pharmacologiques : Grâce à une fenêtre temporelle circonscrite (« au cours de la semaine écoulée »), la DASS-42 s’avère particulièrement sensible aux variations cliniques induites par les thérapies cognitivo-comportementales (TCC), les approches basées sur la pleine conscience et les traitements pharmacothérapeutiques.
- Servir de criblage (screening) en population générale et médicale : La DASS-42 permet d’identifier précocement les profils de vulnérabilité émotionnelle chez des populations universitaires, professionnelles ou chez des patients souffrant de maladies chroniques (douleurs chroniques, troubles cardiovasculaires, oncologie).
5. Construit psychologique / Construct
La DASS-42 repose sur une modélisation tri-dimensionnelle rigoureuse des états émotionnels négatifs. Contrairement aux approches catégorielles traditionnelles, la DASS appréhende ces construits comme des dimensions continues présentes à des degrés variables chez tout individu.
1. La sous-échelle de Dépression (DASS-Depression)
La dimension dépressive de la DASS-42 a été délibérément purifiée des symptômes somatiques non spécifiques (comme les céphalées ou les troubles de l’appétit) pour se concentrer sur le noyau psychologique de l’état dépressif. Elle comprend 14 items évaluant spécifiquement :
- L’anhédonie et la perte d’affect positif : L’incapacité fondamentale à ressentir du plaisir, de l’enthousiasme ou de l’intérêt pour les activités habituelles (ex. item 3 : « I couldn’t seem to experience any positive feeling at all » ; item 24 : « I couldn’t seem to get any enjoyment out of the things I did »).
- La dysphorie et l’humeur dépressive : Sentiments profonds de tristesse, de mélancolie et de découragement (ex. item 13 : « I felt sad and depressed » ; item 26 : « I felt down hearted and blue »).
- Le désespoir et la vision négative du futur : Conviction qu’il n’y a plus d’espoir ou de perspectives heureuses (ex. item 10 : « I felt that I had nothing to look forward to » ; item 37 : « I could see nothing in the future to be hopeful about »).
- L’autodépréciation et la perte de valeur personnelle : Sentiment d’inutilité, perte de l’estime de soi et absence de sens existentiel (ex. item 17 : « I felt I wasn’t worth much as a person » ; item 38 : « I felt that life was meaningless »).
- L’aboulie et le manque d’initiative : Ralentissement psychomoteur perçu, difficulté à amorcer l’action (ex. item 5 : « I just couldn’t seem to get going » ; item 42 : « I found it difficult to work up the initiative to do things »).
2. La sous-échelle d’Anxiété (DASS-Anxiety)
La sous-échelle d’anxiété cible de manière prépondérante la réponse physiologique et psychologique de menace immédiate et d’activation autonome (système sympathique). Les 14 items mesurent :
- L’activation neurovégétative autonome : Sécheresse buccale, transpiration profuse non liée à l’effort, palpitations cardiaques, dyspnée et sensation d’étouffement (ex. item 2 : « I was aware of dryness of my mouth » ; item 4 : « I experience breathing difficulty » ; item 19 : « I perspired noticeably » ; item 25 : « I was aware of the action of my heart »).
- Les manifestations neuromusculaires : Tremblements, sensations de faiblesse dans les jambes, difficultés de déglutition (ex. item 7 : « I had a feeling of shakiness » ; item 23 : « I had difficulty in swallowing » ; item 41 : « I experienced trembling »).
- L’anxiété situationnelle et l’appréhension sociale : Peur d’être submergé ou de paniquer publiquement (ex. item 9 : « I found myself in situations that made me so anxious I was most relieved when they ended » ; item 40 : « I was worried about situations in which I might panic and make a fool of myself »).
- L’affect de panique subjective et la terreur : Sentiment soudain de peur sans fondement objectif, impression d’évanouissement imminent (ex. item 15 : « I had a feeling of faintness » ; item 20 : « I felt scared without any good reason » ; item 28 : « I felt I was close to panic » ; item 36 : « I felt terrified »).
3. La sous-échelle de Stress (DASS-Stress)
La sous-échelle de stress représente l’apport le plus novateur des travaux de Lovibond. Elle ne correspond ni à une anxiété autonome aiguë ni à une dépression caractérisée, mais plutôt à un état d’alerte tonique, de tension chronique et d’épuisement des ressources adaptatives. Ses 14 items évaluent :
- La difficulté à décompresser et à se relaxer : Incapacité prolongée à relâcher l’état d’éveil, tension motrice et mentale (ex. item 8 : « I found it difficult to relax » ; item 22 : « I found it hard to ‘wind down’ » ; item 29 : « I found it hard to calm down after something upset me »).
- L’excitation nerveuse persistante : Sentiment de consommer une grande énergie nerveuse, agitation (ex. item 12 : « I felt that I was using a lot of nervous energy » ; item 33 : « I was in a state of nervous tension » ; item 39 : « I found myself getting agitated »).
- L’irritabilité et la réactivité émotionnelle disproportionnée : Tendance à monter rapidement en colère, à dramatiser des incidents mineurs (ex. item 1 : « I found myself getting upset by quite trivial things » ; item 6 : « I tended to over-react to situations » ; item 18 : « I felt that I was rather touchy » ; item 27 : « I found that I was very irritable »).
- L’impatience et l’intolérance aux retards ou interruptions : Frustration aiguë face aux obstacles environnementaux (ex. item 14 : « I found myself getting impatient when I was delayed in any way » ; item 32 : « I found it difficult to tolerate interruptions to what I was doing » ; item 35 : « I was intolerant of anything that kept me from getting on with what I was doing »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le modèle tripartite de Clark et Watson
Le développement conceptuel de la DASS s’ancre profondément dans les débats théoriques sur la taxonomie des troubles affectifs, dominés au début des années 1990 par le modèle tripartite proposé par Lee Anna Clark et David Watson (1991). Ce modèle postule que la dépression et l’anxiété partagent une composante d’ordre supérieur commune mais comportent également des caractéristiques spécifiques :
- L’affectivité négative générale (Negative Affectivity – NA) : Un facteur général de détresse psychologique, commun aux deux syndromes, caractérisé par l’inquiétude, l’irritabilité, le sentiment de culpabilité et le mal-être global.
- L’hyperactivation physiologique (Physiological Hyperarousal – PH) : La dimension spécifique à l’anxiété, caractérisée par une activation du système nerveux autonome (tachycardie, tremblements, vertiges, sudation).
- Le faible affect positif ou anhédonie (Low Positive Affectivity – PA) : La dimension spécifique à la dépression, définie par un déficit de vitalité, de joie, d’enthousiasme, de plaisir et d’énergie dirigée vers un but.
L’extension par Lovibond : l’intégration de la tension-stress
Les frères Lovibond ont mené une vaste série de collectes de données empiriques pour tester la validité écologique de cette structure. Au cours de leurs analyses factorielles exploratoires itératives, un résultat frappant s’est constamment manifesté : les items conçus pour évaluer la tension, l’agitation, l’irritabilité et la dépense excessive d’énergie nerveuse ne se regroupaient ni avec le facteur de faible affect positif (dépression), ni avec le facteur d’activation somatique autonome (anxiété).
Au lieu d’être un simple bruit de mesure ou un reflet passif de l’affectivité négative générale, ce groupe d’items formait un facteur robuste, stable et hautement reproductible, baptisé Stress. Lovibond et Lovibond (1995) ont ainsi proposé que le domaine affectif se structure plus exactement autour de trois pôles phénoménologiques :
- Dépression : Liée à la perte d’espoir, à l’absence de récompense et à l’évaluation cognitive de l’impossibilité d’atteindre des buts personnels importants.
- Anxiété : Réponse immédiate face à une menace perçue physique ou psychologique imminente, mobilisant les circuits de survie physiologique (système de fuite ou de combat).
- Stress : Réponse adaptative tonique face à des exigences environnementales continues dépassant les capacités de contrôle de l’individu, maintenant le sujet dans un état d’alerte et d’irritabilité sans pour autant déclencher une panique végétative paroxystique.
Ce cadre théorique réconcilie la psychologie cognitive (notamment les schémas de vulnérabilité décrits par Aaron T. Beck) et la psychobiologie du stress (les modèles de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien et du système nerveux sympathique de Hans Selye et Bruce McEwen).
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la DASS-42 a été documentée à travers des centaines d’études empiriques internationales portant sur des échantillons cliniques (patients hospitalisés, consultations externes en psychiatrie, cliniques de la douleur) et non cliniques (étudiants, population générale active).
Validité convergente
La validité convergente de la DASS-42 a été établie en corrélant ses sous-échelles avec des mesures préexistantes réputées dans le champ psychologique :
- Sous-échelle Dépression (DASS-D) : Présente des corrélations très fortes avec le Beck Depression Inventory (BDI et BDI-II), avec des coefficients $r$ s’échelonnant typiquement entre 0,74 et 0,85 (Antony et al., 1998 ; Lovibond & Lovibond, 1995). Elle corrèle également fortement avec l’échelle de dépression du CES-D ($r = 0,78$).
- Sous-échelle Anxiété (DASS-A) : Montre une forte corrélation avec le Beck Anxiety Inventory (BAI), avec des valeurs de $r$ comprises entre 0,81 et 0,84 (Brown et al., 1997). Cela confirme que la DASS-A capture avec précision les composantes d’hyperactivation autonome et somatique que le BAI mesure préférentiellement.
- Sous-échelle Stress (DASS-S) : Corrèle modérément à fortement avec l’échelle de stress perçu de Cohen (Perceived Stress Scale – PSS, $r \approx 0,65 – 0,72$) ainsi qu’avec les mesures d’anxiété-trait du STAI de Spielberger (STAI-T, $r \approx 0,68 – 0,75$), confirmant que le stress évalué par la DASS correspond à une tension psychologique durable.
Validité discriminante
C’est au niveau de la validité discriminante que la DASS-42 surpasse nettement les outils concurrents de sa génération :
- Dans l’étude séminale de Brown, Chorpita, Korotitsch et Barlow (1997), menée auprès de 437 patients souffrant de troubles anxieux et de l’humeur, la corrélation entre la DASS-D et le BAI n’était que de 0,58, alors que la corrélation entre le BDI et le BAI dépassait 0,70. De manière symétrique, la DASS-A corrélait nettement moins avec le BDI ($r = 0,59$) qu’avec le BAI ($r = 0,81$).
- Dans les études cliniques différentielles, les patients répondant aux critères diagnostiques de trouble dépressif majeur selon le DSM obtiennent des scores significativement plus élevés sur la DASS-D que sur la DASS-A, tandis que les patients diagnostiqués avec un trouble panique obtiennent des scores culminant sur la DASS-A, confirmant le pouvoir de discrimination nosologique de l’instrument.
Validité de construit et prédictive
La validité de construit est également soutenue par des corrélations théoriquement attendues avec des dimensions de la personnalité : la DASS présente des corrélations positives fortes avec le Névrosisme (Neuroticism du NEO-PI ou de l’EPQ) et des corrélations négatives significatives entre la DASS-D et l’Extraversion, conformément aux prédictions du modèle de Clark et Watson. En termes de validité prédictive, les scores à la DASS-42 prédisent de manière robuste l’absentéisme au travail, la consommation de soins de santé mentale et la dégradation de la qualité de vie liée à la santé (SF-36).
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la DASS-42 a été rigoureusement confirmée par de multiples métriques de consistance interne et de stabilité temporelle à travers différentes cultures et langues.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Oméga de McDonald)
Dans l’échantillon normatif initial de Lovibond et Lovibond (1995), comprenant 2 914 volontaires non cliniques :
- DASS-Dépression : $\alpha = 0,91$
- DASS-Anxiété : $\alpha = 0,84$
- DASS-Stress : $\alpha = 0,90$
Dans l’étude clinique de référence menée par Antony et ses collaborateurs (1998) sur un échantillon de patients psychiatriques externes :
- DASS-Dépression : $\alpha = 0,96$
- DASS-Anxiété : $\alpha = 0,89$
- DASS-Stress : $\alpha = 0,93$
Dans l’étude normative britannique de grande envergure conduite par Crawford et Henry (2003) sur 1 794 participants de la population générale, les coefficients alpha se sont établis à 0,95 pour la dépression, 0,90 pour l’anxiété et 0,93 pour le stress, avec un coefficient alpha pour l’échelle totale atteignant 0,97. Les analyses modernes appliquant le coefficient oméga hiérarchique ($\omega_h$) et oméga total confirment que la variance attribuable à chaque sous-échelle demeure substantielle même après contrôle de la variance commune.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été documentée sur divers intervalles :
- Sur un intervalle de deux semaines en population étudiante, Lovibond et Lovibond rapportent des coefficients de corrélation test-retest de $r = 0,71$ pour la dépression, $r = 0,79$ pour l’anxiété et $r = 0,81$ pour le stress.
- Ces valeurs modérées à élevées reflètent fidèlement la nature de l’instrument : la DASS évalue des « états » affectifs récents plutôt que des « traits » de personnalité immuables, de sorte qu’une stabilité absolue sur le long terme n’est ni attendue ni souhaitable compte tenu des fluctuations naturelles de l’humeur et du stress.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la DASS-42 a fait l’objet de vérifications approfondies au moyen de l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et de l’analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE) initiales
Lors de la phase de création de l’outil, Lovibond et Lovibond ont soumis un pool initial de plusieurs dizaines d’items à des analyses en composantes principales avec rotation oblique (Oblimin). Les résultats ont révélé une émergence systématique de trois facteurs distincts. Les critères stricts de sélection des items imposaient qu’un énoncé ne soit retenu que s’il présentait une saturation (factor loading) supérieure à 0,40 sur son facteur cible et une saturation inférieure à 0,25 sur les deux autres facteurs non cibles. Ce filtrage empirique rigoureux a permis de préserver 14 items par facteur, assurant la pureté dimensionnelle des sous-échelles.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
De nombreuses études internationales ont comparé plusieurs modèles concurrents par équations structurelles :
- Modèle unidimensionnel : Tous les 42 items saturent sur un unique facteur de détresse générale. Ce modèle est systématiquement rejeté par les données avec des indices d’ajustement inacceptables (ex. CFI < 0,75, RMSEA > 0,10).
- Modèle à deux facteurs : Dépression vs Anxiété/Stress combinés. Ce modèle montre une amélioration mais reste insuffisant.
- Modèle à trois facteurs corrélés : Ce modèle tripartite théorique (Dépression, Anxiété, Stress) montre un excellent ajustement aux données empiriques dans la quasi-totalité des études (Brown et al., 1997 ; Crawford & Henry, 2003) avec des indices de conformité remarquables (CFI > 0,93, TLI > 0,92, RMSEA < 0,05, SRMR < 0,04).
- Modèle bifactoriel (Bifactor Model) : Des recherches plus récentes (Henry & Crawford, 2005) suggèrent qu’un modèle bifactoriel — comprenant un facteur général d’affectivité négative (« General Distress ») et trois facteurs spécifiques résiduels indépendants correspondant aux sous-échelles — présente un ajustement statistique encore plus optimal. Cela confirme que la DASS mesure simultanément une détresse globale et trois expressions spécifiques distinctes de la psychopathologie affective.
Saturations factorielles des items
Dans les modèles de mesure calibrés, les saturations factorielles standardisées des items sur leurs facteurs respectifs sont très élevées :
- Pour le facteur Dépression, la plupart des saturations oscillent entre 0,60 et 0,84 (notamment l’item 13 « I felt sad and depressed » et l’item 16 « I felt that I had lost interest in just about everything »).
- Pour le facteur Anxiété, les saturations varient généralement de 0,50 à 0,78 (les items somatiques comme l’item 7 et l’item 41 montrant de fortes saturations).
- Pour le facteur Stress, les saturations se situent entre 0,55 et 0,81 (les items 8 « I found it difficult to relax » et 22 « I found it hard to wind down » figurant parmi les meilleurs indicateurs).
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet de l’instrument : Échelles de dépression, d’anxiété et de stress à 42 items (Depression Anxiety Stress Scales – DASS-42).
- Type de test : Questionnaire psychométrique d’auto-évaluation dimensionnelle (auto-questionnaire papier-crayon ou informatisé).
- Population cible : Adultes et adolescents à partir de 14 ans. Adapté aux contextes cliniques psychiatriques, ambulatoires et aux cohortes de recherche en population générale.
- Nombre total d’items : 42 énoncés affirmatifs.
- Structure des sous-échelles :
- Dépression (14 items) : Items 3, 5, 10, 13, 16, 17, 21, 24, 26, 31, 34, 37, 38, 42.
- Anxiété (14 items) : Items 2, 4, 7, 9, 15, 19, 20, 23, 25, 28, 30, 36, 40, 41.
- Stress (14 items) : Items 1, 6, 8, 11, 12, 14, 18, 22, 27, 29, 32, 33, 35, 39.
- Fenêtre temporelle d’évaluation : Les sept derniers jours (« au cours de la semaine écoulée » / past week).
- Échelle de réponse (Format Likert en 4 points) :
- 0 : Did not apply to me at all (Ne s’appliquait pas du tout à moi)
- 1 : Applied to me to some degree or for some of time (S’appliquait à moi à un certain degré ou pendant une partie du temps)
- 2 : Applied to me to consider degree or for a good part of time (S’appliquait à moi à un degré considérable ou pendant une bonne partie du temps)
- 3 : Applied to me very much or most of the time (S’appliquait à moi presque entièrement ou la plupart du temps)
- Méthode de cotation (Scoring) :
- Le score de chaque sous-échelle est obtenu en additionnant les scores attribués aux 14 items correspondants.
- L’étendue du score pour chaque dimension va de 0 à 42 points.
- Remarque importante : Dans la version courte DASS-21, les scores bruts sont multipliés par 2 pour être comparables aux normes de la DASS-42. Pour la DASS-42 présentée ici, les scores sont directement comparés aux seuils normatifs bruts.
- Seuils de sévérité clinique conventionnels (Lovibond & Lovibond, 1995) :
- Dépression : Normal (0–9), Léger (10–13), Modéré (14–20), Sévère (21–27), Extrêmement sévère (28+).
- Anxiété : Normal (0–7), Léger (8–9), Modéré (10–14), Sévère (15–19), Extrêmement sévère (20+).
- Stress : Normal (0–14), Léger (15–18), Modéré (19–25), Sévère (26–33), Extrêmement sévère (34+).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
Année de publication originale : 1995 (deuxième édition du manuel par la Psychology Foundation of Australia).
Statut des droits d’auteur et permissions :
- Les auteurs, Peter F. Lovibond et Sydney H. Lovibond, ainsi que la Psychology Foundation of Australia, ont adopté une politique d’accès libre (Public Domain / Open Access pour un usage clinique et de recherche non commercial).
- L’utilisation de la DASS-42 est totalement gratuite pour les chercheurs académiques, les psychologues, les médecins et les étudiants. Aucune redevance ni demande d’autorisation formelle préalable n’est exigée pour l’administration clinique courante ou les études universitaires non lucratives.
- Toutefois, le questionnaire doit être reproduit dans son intégralité sans altération de l’énoncé des items ni de l’échelle de cotation. Pour toute incorporation commerciale, utilisation dans des essais cliniques parrainés par l’industrie pharmaceutique ou intégration dans des logiciels payants, une autorisation doit être sollicitée auprès des détenteurs des droits via le site institutionnel officiel de l’UNSW (Site officiel de la DASS à l’UNSW).
12. Références / References
Les publications fondatrices et validations psychométriques de référence de la DASS-42 comprennent :
- Antony, M. M., Bieling, P. J., Cox, B. J., Enns, M. W., & Swinson, R. P. (1998). Psychometric properties of the 42-item and 21-item versions of the Depression Anxiety Stress Scales in clinical groups and a community sample. Psychological Assessment, 10(2), 176–181. https://doi.org/10.1037/1040-3590.10.2.176
- Brown, T. A., Chorpita, B. F., Korotitsch, W., & Barlow, D. H. (1997). Psychometric properties of the Depression Anxiety Stress Scales (DASS) in clinical samples. Behaviour Research and Therapy, 35(1), 79–89. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(96)00078-8
- Clark, L. A., & Watson, D. (1991). Tripartite model of anxiety and depression: Psychometric evidence and taxonomic implications. Journal of Abnormal Psychology, 100(3), 316–336. https://doi.org/10.1037/0021-843X.100.3.316
- Crawford, J. R., & Henry, J. D. (2003). The Depression Anxiety Stress Scales (DASS): Normative data and latent structure in a large non-clinical sample. British Journal of Clinical Psychology, 42(2), 111–131. https://doi.org/10.1348/0144665031752934
- Henry, J. D., & Crawford, J. R. (2005). The short-form version of the Depression Anxiety Stress Scales (DASS-21): Construct validity and normative data in a large non-clinical sample. British Journal of Clinical Psychology, 44(2), 227–239. https://doi.org/10.1177/0013164404272484
- Lovibond, S. H., & Lovibond, P. F. (1995). Manual for the Depression Anxiety Stress Scales (2nd ed.). Sydney: Psychology Foundation of Australia. https://www2.psy.unsw.edu.au/dass/
- Lovibond, P. F., & Lovibond, S. H. (1995). The structure of negative emotional states: Comparison of the Depression Anxiety Stress Scales (DASS) with the Beck Depression and Anxiety Inventories. Behaviour Research and Therapy, 33(3), 335–343. https://doi.org/10.1016/0005-7967(94)00075-U