1. Résumé
Les Échelles de dépression, d’anxiété et de stress DASS-21 (en anglais, Depression, Anxiety and Stress Scales – 21 Items) constituent un instrument psychométrique d’auto-évaluation largement validé à l’échelle internationale, conçu pour mesurer et distinguer les états affectifs négatifs fondamentaux que sont la dépression, l’anxiété et le stress. Développée à l’origine par Sydney H. Lovibond et Peter F. Lovibond (1995) à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud sous une forme complète comprenant 42 items, cette version abrégée de 21 items a été standardisée afin de réduire le temps de passation tout en préservant d’excellentes propriétés métrologiques et une structure factorielle quasi identique à celle de l’échelle princeps.
L’instrument se compose de trois sous-échelles distinctes de 7 items chacune. La sous-échelle de dépression évalue principalement la dysphorie, le désespoir, la dévalorisation de soi, le manque d’intérêt ou d’implication et l’anhédonie. La sous-échelle d’anxiété appréhende l’excitation du système nerveux autonome, les effets musculo-squelettiques, l’anxiété situationnelle et l’expérience subjective d’appréhension anxieuse. Enfin, la sous-échelle de stress quantifie les niveaux d’activation chronique non spécifique, l’irritabilité, l’impatience, la tension nerveuse et la difficulté à se détendre. Les répondants indiquent dans quelle mesure chaque énoncé s’est appliqué à leur expérience au cours de la semaine précédente sur une échelle de type Likert à 4 points (allant de 0 = « Ne s’applique pas du tout à moi » à 3 = « S’applique à moi tout à fait ou la plupart du temps »).
Sur le plan psychométrique, le DASS-21 présente une consistance interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,82 et 0,94 pour les trois dimensions, tant en population clinique que générale. Les analyses factorielles confirmatoires appuient vigoureusement un modèle à trois facteurs corrélés ou un modèle bifactoriel avec facteur général de détresse psychologique négative. La distinction empirique entre l’anxiété somatique et la tension liée au stress constitue l’un des apports majeurs de l’instrument, surpassant les limites traditionnelles d’autres mesures telles que l’Inventaire de dépression de Beck (BDI) ou l’Inventaire d’anxiété de Beck (BAI), particulièrement en ce qui concerne la colinéarité des symptômes généraux.
2. Mots-clés
DASS-21, dépression, anxiété, stress, psychométrie, évaluation clinique, détresse psychologique, affectivité négative, modèle tripartite, validité factorielle.
3. Auteurs
L’instrument a été conçu et validé par :
- Sydney H. Lovibond, Ph.D. : Professeur émérite de psychologie clinique, School of Psychology, University of New South Wales (UNSW), Sydney, Australie.
- Peter F. Lovibond, Ph.D. : Professeur de psychologie cognitive et expérimentale, School of Psychology, University of New South Wales (UNSW), Sydney, Australie. Courriel académique institutionnel : [email protected].
4. Objectif
La finalité première des échelles DASS-21 est de fournir une évaluation dimensionnelle robuste, sensible et différentielle des composantes émotionnelles de la dépression, de l’anxiété et du stress, plutôt qu’une catégorisation diagnostique binaire. Historiquement, la recherche clinique a été confrontée à une forte comorbidité artificielle entre les mesures d’anxiété et de dépression, largement imputable au chevauchement des items portant sur la détresse émotionnelle diffuse ou les manifestations somatiques non spécifiques. L’objectif explicite de Lovibond et Lovibond (1995) était d’isoler les éléments symptomatiques uniques et partagés au sein d’une échelle multidimensionnelle rigoureuse.
Dans les contextes de recherche clinique et épidémiologique, le DASS-21 est employé pour suivre l’évolution des états affectifs au cours d’essais cliniques randomisés, d’interventions psychothérapeutiques (notamment cognitivo-comportementales) et d’études sur le stress au travail ou la santé publique. Sa brièveté en fait un outil de choix pour les protocoles longitudinaux requérant des passations répétées, minimisant ainsi la charge cognitive et l’attrition des participants.
En pratique clinique, l’instrument sert d’outil de dépistage rapide (screening) et d’évaluation continue des progrès thérapeutiques. Il permet au praticien d’objectiver la sévérité des perturbations affectives ressenties par le patient au cours des sept derniers jours. Cependant, les auteurs rappellent avec insistance que le DASS-21 n’a pas été conçu pour poser de diagnostic formel selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) ou la Classification internationale des maladies (CIM-11), mais pour situer un individu le long de trois continuum affectifs normaux à pathologiques.
La justification théorique sous-jacente repose sur la clarification de la taxonomie des affects négatifs. Contrairement aux échelles traditionnelles qui confondent souvent l’anxiété et le stress général, le DASS isole le stress en tant qu’état persistant de tension et d’activation, se distinguant clairement des manifestations phobiques ou paniques aiguës relevant de l’anxiété.
5. Construit psychologique
Le DASS-21 repose sur une modélisation tripartite distincte, conceptualisée pour circonscrire trois construits psychopathologiques corrélés mais fondamentalement séparables :
5.1. La dépression
La dimension dépressive du DASS-21 capture l’essence cognitive et motivationnelle de l’épisode dépressif, en mettant un accent prépondérant sur la perte de renforcement positif et l’absence d’affect positif. Elle inclut :
- L’anhédonie et la dysphorie : incapacité à ressentir des émotions positives (par ex., item 3 : « I couldn’t seem to experience any positive feeling at all »).
- Le ralentissement psychomoteur et l’aboulie : difficulté à initier des actions et manque d’énergie motrice (par ex., item 5 : « I found it difficult to work up the initiative to do things »).
- Le désespoir et la dévalorisation personnelle : sentiment d’absence d’avenir, perte de sens existentiel et faible estime de soi (par ex., item 10 : « I felt that I had nothing to look forward to », item 17 : « I felt I wasn’t worth much as a person », et item 21 : « I felt that life was meaningless »).
5.2. L’anxiété
La sous-échelle d’anxiété cible de façon sélective les corrélats physiologiques de l’hyperactivation neurovégétative ainsi que la vulnérabilité cognitive face à la panique. Elle mesure :
- L’hyperactivation autonome : sécheresse buccale, difficultés respiratoires et palpitations cardiaques en l’absence d’effort physique (par ex., item 2 : « I was aware of dryness of my mouth », item 4 : « I experience breathing difficulty », item 19 : « I was aware of the action of my heart »).
- Les manifestations neuromusculaires : tremblements périphériques (par ex., item 7 : « I experienced trembling (e.g. in the hands) »).
- L’appréhension panique et situationnelle : peur d’une perte de contrôle, effroi non motivé et crainte de l’humiliation liée à une attaque de panique (par ex., item 9 : « I was worried about situation in which I might panic… », item 15 : « I felt I was close to panic », item 20 : « I felt scared without any good reason »).
5.3. Le stress
La dimension de stress conceptualise un état d’activation physiologique et psychologique chronique, caractérisé par un seuil de réactivité abaissé face aux stresseurs environnementaux :
- La difficulté de décompression et la tension : incapacité à relâcher le tonus corporel et mental (par ex., item 1 : « I found it hard to « wind down » », item 12 : « I found it difficult to relax »).
- La réactivité émotionnelle disproportionnée : hyperréactivité et surexcitation nerveuse (par ex., item 6 : « I tended to over-react to situations », item 8 : « I felt that I was using a lot of nervous energy »).
- L’impatience et l’irritabilité : intolérance aux interruptions et susceptibilité accrue (par ex., item 11 : « I found myself getting agitated », item 14 : « I was intolerant of anything that kept me from getting on… », item 18 : « I felt that I was rather touchy »).
6. Cadre théorique
Le développement du DASS-21 s’ancre directement dans les débats théoriques sur la taxonomie des troubles émotionnels ayant émergé dans les années 1980 et 1990, notamment sous l’impulsion du modèle tripartite de l’anxiété et de la dépression proposé par David Watson et Lee Anna Clark (1991). Selon ce cadre théorique majeur :
- L’affectivité négative générale (ou détresse générale) est un facteur non spécifique partagé par l’anxiété et la dépression, expliquant leur forte covariation clinique.
- L’hyperactivation physiologique (physiological hyperarousal) est spécifique aux troubles anxieux.
- Le faible affect positif (low positive affect ou anhédonie) est une caractéristique distinctive propre à la dépression.
Sydney et Peter Lovibond ont prolongé et affiné cette conceptualisation en démontrant qu’un troisième état affectif devait être nettement individualisé : le stress. Alors que Watson et Clark considéraient le stress comme une composante indissociable de l’affectivité négative globale, les frères Lovibond ont mis en évidence empiriquement que les individus distinguent clairement un état de tension persistante non spécifique (stress) d’une activation autonome d’urgence (anxiété phobique ou panique) et d’un effondrement du plaisir et de la valeur personnelle (dépression).
D’un point de vue cognitivo-comportemental, le DASS repose sur l’hypothèse que ces trois états traduisent des profils cognitifs distincts : la dépression implique une perception de perte irrémédiable et d’impuissance ; l’anxiété reflète une menace physique perçue et une hypervigilance somatosensorielle ; le stress reflète une inadéquation entre les ressources individuelles et les contraintes de l’environnement, se traduisant par un épuisement des réserves d’énergie nerveuse et une susceptibilité accrue aux interférences quotidiennes.
7. Validité
Les qualités métrologiques du DASS-21 ont fait l’objet de nombreuses validations transculturelles et cliniques à travers le monde (par exemple, Antony et al., 1998 ; Henry & Crawford, 2005 ; Norton, 2007).
7.1. Validité convergente et divergente
La validité convergente de l’échelle est solidement établie par de fortes corrélations entre ses sous-échelles et les instruments de référence établis :
- La sous-échelle DASS-Dépression présente des corrélations élevées avec le Beck Depression Inventory (BDI/BDI-II), comprises généralement entre r = 0,74 et r = 0,85, tout en affichant des corrélations plus modérées avec les échelles d’anxiété somatique.
- La sous-échelle DASS-Anxiété corrèle fortement avec le Beck Anxiety Inventory (BAI) (r = 0,70 à 0,81) ainsi qu’avec le State-Trait Anxiety Inventory (STAI).
- La sous-échelle DASS-Stress corrèle significativement avec l’échelle de stress perçu de Cohen (PSS) (r = 0,65 à 0,76) et avec les mesures d’affectivité négative du PANAS (Positive and Negative Affect Schedule).
La validité divergente est confirmée par le fait que les corrélations entre sous-échelles distinctes du DASS sont systématiquement inférieures aux corrélations observées entre chaque sous-échelle et les mesures concurrentes homologues, ce qui confirme la séparation empirique réussie des trois construits.
7.2. Validité de construit et prédictive
Des études menées auprès de populations cliniques démontrent que le DASS-21 discrimine avec une haute sensibilité les patients répondant aux critères diagnostiques de trouble dépressif caractérisé, de trouble panique ou d’anxiété généralisée. De surcroît, le DASS-21 prédit avec précision l’adhésion au traitement, la réactivité aux antidépresseurs et l’efficacité des protocoles de thérapie cognitivo-comportementale (TCC).
8. Fidélité
Les investigations psychométriques rapportent de manière unanime d’excellents indices de fidélité pour le DASS-21, tant en milieu non clinique qu’auprès de patients hospitalisés ou ambulatoires.
8.1. Consistance interne
Dans l’étude normative britannique de référence portant sur 1 794 participants non cliniques menée par Henry et Crawford (2005), les coefficients alpha de Cronbach obtenus étaient les suivants :
- Dépression : α = 0,88
- Anxiété : α = 0,82
- Stress : α = 0,90
- Score total de détresse : α = 0,93
Dans les cohortes cliniques (Antony et al., 1998), la consistance interne atteint des valeurs encore supérieures, s’élevant souvent à 0,94 pour la dépression, 0,87 pour l’anxiété et 0,91 pour le stress. Les coefficients oméga de McDonald (ω), plus robustes face aux violations de tau-équivalence, confirment ces niveaux très élevés (généralement > 0,85 pour toutes les dimensions).
8.2. Fidélité test-retest
La stabilité temporelle mesurée sur des intervalles de deux à trois semaines chez des sujets stables démontre des corrélations test-retest solides (généralement r = 0,71 à 0,83). Cette fidélité s’accompagne d’une sensibilité documentée au changement clinique : suite à une intervention thérapeutique réussie, les scores diminuent de façon statistiquement et cliniquement significative.
9. Analyse factorielle
La validation de la structure factorielle du DASS-21 a fait l’objet de centaines de publications utilisant l’analyse factorielle exploratoire (AFE) et l’analyse factorielle confirmatoire (AFC).
Les modélisations en AFC comparent régulièrement plusieurs structures théoriques concurrentes :
- Modèle unidimensionnel : tous les items saturent sur un seul facteur général d’affectivité négative (ajustement très médiocre : RMSEA > 0,10 ; CFI < 0,80).
- Modèle à deux facteurs : dépression opposée à un facteur combiné anxiété/stress (ajustement sous-optimal).
- Modèle à trois facteurs corrélés : Dépression, Anxiété, et Stress (excellent ajustement : généralement RMSEA < 0,05 ; CFI > 0,95 ; TLI > 0,94).
- Modèle bifactoriel (bifactor model) : un facteur général de détresse psychologique négative coexistant avec trois facteurs résiduels spécifiques orthogonaux. Ce modèle offre souvent le meilleur ajustement mathématique absolu, confirmant à la fois la pertinence d’un score composite global et la valeur explicative unique de chaque sous-échelle.
Les saturations factorielles standardisées des items sur leurs dimensions respectives sont robustes, s’étendant quasi systématiquement de 0,55 à 0,85 sans saturation croisée majeure (< 0,30), confirmant la parcimonie et l’indépendance relative des 21 énoncés sélectionnés.
10. Instrument de mesure
L’instrument se caractérise par une administration simple, brève et standardisée :
- Type de test : Auto-questionnaire psychométrique à passation individuelle ou collective, sur support papier-crayon ou format informatisé.
- Nombre total d’items : 21 items brefs rédigés à la première personne du singulier.
- Organisation des sous-échelles :
- Dépression : 7 items (Items 3, 5, 10, 13, 16, 17, 21).
- Anxiété : 7 items (Items 2, 4, 7, 9, 15, 19, 20).
- Stress : 7 items (Items 1, 6, 8, 11, 12, 14, 18).
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert à 4 points (0 à 3) portant sur l’expérience vécue au cours de la dernière semaine :
0= Did not apply to me at all (Ne s’applique pas du tout à moi)1= Applied to me to some degree or for some of time (S’applique à moi dans une certaine mesure ou une partie du temps)2= Applied to me to consider degree or for a good part of time (S’applique à moi à un degré considérable ou une bonne partie du temps)3= Applied to me very much or most of the time (S’applique à moi tout à fait ou la plupart du temps)
- Cotation et calcul des scores :
- Pour chaque sous-échelle, les scores des 7 items constitutifs sont d’abord additionnés (fournissant un score brut de 0 à 21).
- Règle de conversion standard : Comme le DASS-21 est la version courte du DASS-42 originel, les scores de chaque sous-échelle doivent être multipliés par 2 afin de pouvoir être interprétés selon les normes standard établies pour le DASS-42 (score ramené sur une plage de 0 à 42 pour chaque échelle).
- Catégories de sévérité conventionnelles (après multiplication par 2) :
- Dépression : Normal (0-9), Léger (10-13), Modéré (14-20), Sévère (21-27), Extrêmement sévère (28+).
- Anxiété : Normal (0-7), Léger (8-9), Modéré (10-14), Sévère (15-19), Extrêmement sévère (20+).
- Stress : Normal (0-14), Léger (15-18), Modéré (19-25), Sévère (26-33), Extrêmement sévère (34+).
- Temps de passation estimé : 3 à 5 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
Les Échelles de dépression, d’anxiété et de stress ont été développées et publiées sous leur forme complète en 1995. Le DASS et sa version abrégée DASS-21 sont placés dans le domaine public par leurs auteurs, Peter et Sydney Lovibond, à des fins de recherche scientifique et de pratique clinique non commerciale.
Aucun droit d’auteur ni redevance financière n’est exigé pour la reproduction ou l’utilisation du formulaire papier ou électronique, sous réserve que l’intégrité des items et la citation des concepteurs originaux soient scrupuleusement respectées. Les formulaires originaux, clés de cotation, traductions validées et manuels techniques sont hébergés et maintenus par l’Université de Nouvelle-Galles du Sud sur le site officiel : http://www2.psy.unsw.edu.au/dass/.
12. Références
Voici les principales publications scientifiques de référence étayant la construction, la validation et l’utilisation psychométrique du DASS-21 :
- Antony, M. M., Bieling, P. J., Cox, B. J., Enns, M. W., & Swinson, R. P. (1998). Psychometric properties of the 42-item and 21-item versions of the Depression Anxiety Stress Scales in clinical groups and a community sample. Psychological Assessment, 10(2), 176–181. https://doi.org/10.1037/1040-3590.10.2.176
- Henry, J. D., & Crawford, J. R. (2005). The short-form version of the Depression Anxiety Stress Scales (DASS-21): Construct validity and normative data in a large non-clinical sample. British Journal of Clinical Psychology, 44(2), 227–239. https://doi.org/10.1348/014466505X29657
- Lovibond, P. F., & Lovibond, S. H. (1995). The structure of negative emotional states: Comparison of the Depression Anxiety Stress Scales (DASS) with the Beck Depression and Anxiety Inventories. Behaviour Research and Therapy, 33(3), 335–343. https://doi.org/10.1016/0005-7967(94)00075-U
- Lovibond, S. H., & Lovibond, P. F. (1995). Manual for the Depression Anxiety Stress Scales (2nd ed.). Psychology Foundation of Australia.
- Norton, P. J. (2007). Depression Anxiety and Stress Scales (DASS-21): Psychometric analysis across four racial groups. Anxiety, Stress, and Coping, 20(3), 253–265. https://doi.org/10.1080/10615800701309279
- Watson, D., & Clark, L. A. (1991). The tripartite model of anxiety and depression: Psychometric evidence and taxonomic implications. Journal of Abnormal Psychology, 100(3), 316–336. https://doi.org/10.1037/0021-843X.100.3.316