1. Résumé
L’Échelle de compassion envers autrui (connue dans la littérature internationale sous les appellations Compassion for Others Scales ou Compassion Scale [CS]), conçue initialement par Elizabeth A. Pommier (2011) en collaboration avec Kristin D. Neff (Neff & Pommier, 2013), constitue l’un des instruments de mesure autorapportés les plus rigoureux destinés à évaluer les composantes multidimensionnelles de la compassion manifestée à l’égard d’autrui. Transposant sur le plan interpersonnel l’architecture théorique développée par Neff pour l’auto-compassion (Self-Compassion Scale [SCS]), cet instrument conceptualise la compassion non pas comme une simple réponse affective binaire ou une détresse empathique passive, mais comme une disposition cognitive, émotionnelle et motivationnelle complexe articulée autour de trois axes bipolaires fondamentaux : la bienveillance active par opposition à l’indifférence (Kindness vs Indifference), le sentiment d’humanité partagée face à l’isolement ou la séparation (Common Humanity vs Separation), et l’attention consciente et lucide opposée au désengagement attentionnel (Mindfulness vs Disengagement).
Composée de 24 items répartis équitablement entre ces six sous-dimensions (quatre items par sous-échelle), l’échelle utilise un format de réponse de type Likert en 5 points allant de 1 (« Presque jamais » / Almost Never) à 5 (« Presque toujours » / Almost Always). L’inversion des 12 items négatifs (reflétant l’indifférence, la séparation et le désengagement) permet l’obtention d’un score composite global de compassion envers autrui, tout en préservant la possibilité d’analyser le profil différentiel des facettes prosociales et de leurs contreparties dysfonctionnelles. Les évaluations psychométriques initiales et transnationales rapportent une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,87 et 0,90 pour l’échelle globale, et des valeurs adéquates (0,68 à 0,82) pour les différentes sous-échelles.
Les analyses factorielles confirmatoires appuient l’existence d’un modèle hiérarchique de second ordre, confirmant que les six dimensions spécifiques s’intègrent sous un facteur général sous-jacent de compassion. L’échelle démontre une excellente validité convergente avec les mesures d’empathie dispositionnelle (comme l’IRI de Davis), d’amabilité (Agreeableness du modèle Big Five) et d’orientation prosociale, tout en maintenant une validité discriminante manifeste vis-à-vis de la complaisance sociale et de la détresse personnelle toxique. Cet outil s’avère précieux dans les recherches en psychologie positive, en psychologie sociale, en formation des professionnels de santé et dans l’évaluation des interventions basées sur la pleine conscience et la bienveillance (Mindfulness-Based Compassion Training).
2. Mots-clés
compassion envers autrui, échelle de compassion, psychométrie, bienveillance, humanité partagée, pleine conscience, empathie, comportements prosociaux, validation factorielle, altruisme, psychologie de la santé, régulation émotionnelle
3. Auteurs
- Elizabeth A. Pommier, Ph.D. : Docteure en psychologie de l’éducation, Département de psychologie de l’éducation, The University of Texas at Austin (États-Unis). Courriel : [email protected].
- Kristin D. Neff, Ph.D. : Professeure agrégée au Département de psychologie de l’éducation, The University of Texas at Austin (États-Unis). Pionnière mondialement reconnue des recherches sur l’auto-compassion et co-conceptrice du programme Mindful Self-Compassion (MSC). Courriel : [email protected].
4. Objectif
L’objectif fondamental des Échelles de compassion envers autrui est de fournir une mesure opérationnelle, valide et standardisée du construit psychologique de compassion interpersonnelle, distincte des instruments mesurant uniquement la contagion émotionnelle, la sympathie passive ou l’altruisme comportemental. Jusqu’au début des années 2010, la majorité des instruments psychométriques dans le domaine socio-émotionnel s’appuyaient presque exclusivement sur l’indice de réactivité interpersonnelle (Interpersonal Reactivity Index – IRI de Davis), qui segmente l’empathie entre prise de perspective, préoccupation empathique, détresse personnelle et tendance à la fantaisie. Bien que robuste, cette approche laissait un vide conceptuel : elle ne capturait pas explicitement la reconnaissance philosophique de la condition humaine partagée, ni la capacité métacognitive de maintenir une présence équilibrée face à la douleur de l’autre sans basculer dans la sur-identification ou la détresse vicariante.
Face à ce constat, Elizabeth Pommier et Kristin Neff ont voulu développer un instrument qui permette de répondre à des problématiques précises tant sur le plan fondamental que translationnel :
- Mesurer la réponse adaptative complète face à la souffrance d’autrui : L’échelle évalue la séquence phénoménologique intégrale qui caractérise la compassion : (a) la perception attentionnelle de la souffrance sans évitement ni déni, (b) la résonance affective bienveillante sans intrusion défensive, et (c) l’impulsion motivationnelle visant à soutenir ou soulager la personne en détresse dans un cadre de reconnaissance mutuelle de vulnérabilité.
- Discerner les composantes prosociales fonctionnelles des mécanismes défensifs : Contrairement aux échelles unilatérales qui ne mesurent que la présence d’attitudes chaleureuses, l’échelle de Pommier intègre des facettes antithétiques telles que l’indifférence affective, le sentiment de coupure relationnelle (séparation) et l’évitement cognitif (désengagement). Cette structure permet d’identifier précisément les blocages psychologiques entravant l’action prosociale.
- Applications en santé, milieu hospitalier et travail social : L’un des buts majeurs de l’instrument est de servir de marqueur clinique dans l’évaluation de l’usure de compassion (compassion fatigue), du burnout des soignants et de la qualité de la relation thérapeutique. Il permet d’étudier comment des soignants peuvent maintenir une haute présence bienveillante sans sombrer dans l’extinction empathique ou l’engourdissement émotionnel.
- Évaluation des protocoles d’intervention contemporains : L’outil est particulièrement calibré pour mesurer les effets longitudinaux des programmes standardisés d’entraînement à la compassion, tels que le Compassion Cultivation Training (CCT développé à Stanford), le Cognitively-Based Compassion Training (CBCT d’Emory) ou la thérapie fondée sur la compassion (CFT de Paul Gilbert).
Sur le plan de la justification théorique, cet instrument vient pallier le risque fréquent de confondre compassion et complaisance altruiste ou sacrifice de soi névrotique. En intégrant la dimension de pleine conscience (Mindfulness), l’échelle mesure la capacité de l’individu à observer la détresse d’autrui avec une perspective équilibrée, empêchant ainsi l’effondrement émotionnel qui conduit paradoxalement à l’évitement protecteur et à la rupture du lien d’aide.
5. Construit psychologique
Le construit de compassion envers autrui opérationnalisé par Pommier s’articule autour de six facettes corrélées, regroupées théoriquement en trois axes bipolaires complémentaires. Chaque facette aborde une modalité cognitive, affective ou comportementale particulière de la relation à la souffrance d’autrui.
1. Bienveillance (Kindness)
La dimension de bienveillance reflète une chaleur affective authentique, une disposition active à soutenir et une sollicitude spontanée envers les individus traversant des épreuves existentielles, physiques ou psychologiques. L’individu manifestant une bienveillance élevée n’est pas passif devant l’infortune d’autrui ; il ressent une impulsion généreuse vers le réconfort et l’aide pratique. Par exemple, l’item 6 (« If I see someone going through a difficult time, I try to be caring toward that person ») et l’item 24 (« When others feel sadness, I try to comfort them ») saisissent cette orientation proactive centrée sur le soulagement de la détresse.
2. Indifférence (Indifference – sous-échelle inversée)
L’indifférence caractérise une froideur émotionnelle, un manque d’intérêt ou une apathie défensive face à la détresse exprimée par les tiers. Il ne s’agit pas nécessairement d’une hostilité active, mais plutôt d’une insensibilité marquée où la douleur d’autrui est perçue comme un fardeau non pertinent, voire ignorée avec détachement cynique. Les items mesurant cette composante incluent par exemple l’item 2 (« Sometimes when people talk about their problems, I feel like I don’t care ») et l’item 12 (« Sometimes I am cold to others when they are down and out »). Un score élevé sur ces items dénote un déficit de résonance affective et une mise à distance défensive.
3. Humanité partagée (Common Humanity)
Ancrée dans la reconnaissance universelle de la condition humaine, cette dimension capture la prise de conscience que l’imperfection, la souffrance, les échecs et la vulnérabilité font partie intégrante de l’existence de chaque individu. L’observateur compatissant ne perçoit pas la victime comme fondamentalement différente ou fautive d’une manière qui justifierait l’exclusion, mais reconnaît une parenté existentielle profonde avec elle. L’item 11 (« Everyone feels down sometimes, it is part of being human ») et l’item 17 (« Despite my differences with others, I know that everyone feels pain just like me ») illustrent cette capacité cognitive de décentration et d’égalitarisme existentiel.
4. Séparation (Separation – sous-échelle inversée)
À l’opposé de l’humanité partagée, la séparation reflète un sentiment de coupure psychologique et de déconnexion relationnelle face aux personnes en détresse. L’individu a tendance à altériser la souffrance d’autrui, à considérer que les difficultés des autres ne le concernent pas ou qu’il existe un gouffre infranchissable entre sa propre expérience et celle de celui qui souffre. L’item 3 (« I don’t feel emotionally connected to people in pain ») et l’item 10 (« When I see someone feeling down, I feel like I can’t relate to them ») témoignent de cette incapacité phénoménologique à entrer en résonance et à maintenir le pont intersubjectif.
5. Pleine conscience (Mindfulness)
Dans ce modèle, la pleine conscience désigne une attention ouverte, stable, patiente et réceptive portée à la souffrance d’autrui, sans tomber dans le jugement hâtif ni dans la réactivité émotionnelle désordonnée. Elle implique la faculté de percevoir subtilement les signaux de détresse (même non verbaux) tout en maintenant une clarté cognitive permettant d’écouter véritablement sans être submergé. L’item 9 (« I notice when people are upset, even if they don’t say anything ») et l’item 21 (« When people tell me about their problems, I try to keep a balanced perspective on the situation ») incarnent parfaitement cette présence équanime et vigilante.
6. Désengagement (Disengagement – sous-échelle inversée)
Le désengagement traduit une stratégie d’évitement cognitif ou comportemental face aux stimuli douloureux véhiculés par autrui. Confronté au récit ou à la vue d’une personne en pleurs ou accablée, l’individu se « débranche » mentalement, refuse de prêter attention, interrompt l’écoute ou évite physiquement la situation pour ne pas avoir à supporter la charge émotionnelle associée. L’item 1 (« When people cry in front of me, I often don’t feel anything at all ») et l’item 7 (« I often tune out when people tell me about their troubles ») décrivent ce retrait actif de la sphère de communication interpersonnelle.
6. Cadre théorique
Le cadre théorique des Échelles de compassion envers autrui s’enracine à l’intersection féconde de la philosophie bouddhiste sécularisée, de la théorie de l’attachement de John Bowlby et des modèles neuroaffectifs contemporains du caregiving (prosocialité et soins parentaux) développés par des chercheurs comme Paul Gilbert et Tania Singer.
Historiquement, Kristin Neff (2003a, 2003b) a défini l’auto-compassion comme l’extension à soi-même de la compassion telle qu’elle est traditionnellement comprise dans la psychologie bouddhiste (karuṇā). Karuṇā est classiquement définie comme le mouvement du cœur qui tremble face à la souffrance et le désir ardent de la voir apaisée, tout en restant distinct de l’apitoiement ou de la détresse panique. Lorsque Elizabeth Pommier (2011) a entrepris d’élaborer une mesure équivalente pour évaluer la compassion orientée vers autrui, elle a transposé ce modèle tripartite fondamental en démontrant qu’il offre une taxonomie plus complète que les théories classiques de l’empathie.
Sur le plan cognitivo-affectif, le cadre distingue formellement la compassion de deux construits connexes souvent amalgamés :
- La détresse empathique vicariante (Empathic Distress) : Décrite par C. Daniel Batson et confirmée par l’imagerie cérébrale de Tania Singer, la simple résonance motrice ou neuronale miroir face à la douleur physique d’autrui recrute le cortex insulaire antérieur et le cortex cingulaire antérieur dorsal. Sans régulation métacognitive (pleine conscience), cette contagion brute déclenche un réflexe égocentrique de fuite ou d’engourdissement défensif (conduisant à l’indifférence et au désengagement mesurés par les sous-échelles négatives de Pommier).
- La compassion authentique : Celle-ci sollicite le système dopaminergique et ocytocinergique de récompense et d’affiliation (striatum ventral, cortex orbitofrontal médial), caractérisé par des sentiments de tendresse, de connexion et une motivation prosociale orientée vers autrui sans sentiment d’écrasement personnel.
Le cadre théorique postule en outre une dialectique continue entre les composantes adaptatives et leurs distorsions défensives. Contrairement aux approches dimensionnelles simples où le contraire de la bienveillance serait un simple score bas, le modèle de Pommier considère que les postures négatives (indifférence, séparation, désengagement) constituent des patterns actifs d’évitement expérientiel socio-émotionnel. La reconnaissance d’une humanité commune sert de rempart cognitif contre l’attribution stigmatisante (« c’est de leur faute » ou « ils sont fondamentalement différents de moi »), prévenant ainsi la déshumanisation et la marginalisation de ceux qui souffrent.
7. Validité
La validité des Échelles de compassion envers autrui a été examinée de manière approfondie à travers de multiples échantillons cliniques, universitaires et communautaires, confirmant son adéquation psychométrique globale.
Validité de construit et convergente
Dans la validation princeps de Pommier (2011) et les travaux subséquents de Neff et Pommier (2013), l’échelle totale a démontré des corrélations positives statistiquement significatives et élevées avec les échelles de référence mesurant les dispositions prosociales :
- Préoccupation empathique (Empathic Concern de l’IRI) : Les corrélations observées se situent entre r = 0,60 et r = 0,69 (p < 0,001), indiquant un fort chevauchement théorique tout en maintenant une divergence suffisante pour prouver que les construits ne sont pas redondants.
- Prise de perspective (Perspective Taking de l’IRI) : Corrélations modérées à fortes, généralement comprises entre r = 0,43 et r = 0,55 (p < 0,001), validant le rôle de la décentration cognitive dans la compassion.
- Trait de personnalité « Amabilité » (Agreeableness du NEO-PI / Big Five) : Une association positive significative d’environ r = 0,48 (p < 0,001) a été rapportée de manière constante.
- Connexion sociale (Social Connectedness Scale) : Des corrélations positives robustes (r = 0,40 à 0,52) corroborent la thèse selon laquelle les individus compatissants expérimentent une appartenance accrue au tissu communautaire.
Validité discriminante
L’échelle a démontré une dissociation remarquable vis-à-vis des construits théoriquement distincts :
- Détresse personnelle (Personal Distress de l’IRI) : Alors que l’empathie non régulée est souvent positivement corrélée à l’anxiété personnelle, le score global de compassion envers autrui montre des corrélations faibles à nulles, voire négatives (r = -0,12 à -0,24, p < 0,05) avec la détresse personnelle, démontrant que la compassion inclut une stabilité régulatrice (via la pleine conscience) protégeant du débordement émotionnel.
- Désirabilité sociale : Les corrélations avec l’échelle de désirabilité sociale de Marlowe-Crowne sont demeurées faibles (r < 0,20), écartant l’hypothèse que les scores refléteraient principalement une tentative de présentation de soi favorable.
- Relation avec l’auto-compassion : Fait théorique d’un intérêt majeur documenté par Neff et Pommier (2013), la corrélation entre la compassion pour autrui et l’auto-compassion (mesurée par la SCS) est étonnamment modeste chez les étudiants (r ≈ 0,15 à 0,25) mais devient nettement plus forte chez les méditants expérimentés (r ≈ 0,45, p < 0,001), démontrant que la capacité à étendre la bienveillance à autrui n’implique pas spontanément une bienveillance envers soi-même chez les populations novices.
Validité différentielle et prédictive
L’instrument prédit de façon statistiquement significative l’engagement dans des comportements prosociaux réels, les dons caritatifs effectifs dans des paradigmes expérimentaux, ainsi qu’un score plus bas sur les échelles d’épuisement émotionnel chez les soignants et les infirmiers confrontés à des stress chroniques en milieu hospitalier.
8. Fidélité
Les études psychométriques conduites sur l’échelle de 24 items rapportent des indices de fidélité et de cohérence interne très satisfaisants, respectant les standards conventionnels de la mesure en sciences comportementales (coefficients supérieurs aux seuils recommandés de 0,70 pour les applications de recherche).
Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Oméga de McDonald)
Dans l’échantillon princeps de validation (Pommier, 2011, N = 783) ainsi que dans la publication de référence (Neff & Pommier, 2013), le coefficient alpha de Cronbach pour le score total de l’échelle (24 items avec inversion des sous-échelles négatives) a atteint α = 0,90. L’estimation par le coefficient oméga de McDonald (ω), calculée dans les réplications ultérieures plus récentes, corrobore cette excellente homogénéité avec des valeurs atteignant ω = 0,91.
Pour les six sous-échelles individuelles (4 items chacune), les valeurs de consistance interne s’établissent comme suit :
- Bienveillance (Kindness) : α = 0,77 à 0,82
- Indifférence (Indifference) : α = 0,69 à 0,75
- Humanité partagée (Common Humanity) : α = 0,71 à 0,78
- Séparation (Separation) : α = 0,72 à 0,77
- Pleine conscience (Mindfulness) : α = 0,68 à 0,74
- Désengagement (Disengagement) : α = 0,70 à 0,76
Ces coefficients pour les sous-échelles sont remarquablement stables compte tenu de la brièveté de chaque dimension (seulement 4 items par facteur).
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
L’évaluation de la stabilité temporelle sur un sous-échantillon d’étudiants n’ayant reçu aucune intervention, évalué à un intervalle de quatre semaines (Pommier, 2011), a révélé un coefficient de corrélation test-retest intra-classe de r = 0,84 (p < 0,001) pour l’échelle globale. Les corrélations test-retest pour les sous-échelles s’échelonnaient de r = 0,71 (pleine conscience) à r = 0,83 (bienveillance), attestant que l’échelle mesure des caractéristiques dispositionnelles stables tout en demeurant sensible aux transformations induites par les entraînements contemplatifs ou les formations professionnelles ciblées.
9. Analyse factorielle
L’architecture latente des Échelles de compassion envers autrui a été minutieusement investiguée par le biais d’analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales, suivies d’analyses factorielles confirmatoires (AFC) rigoureuses sur des échantillons indépendants.
Structure factorielle à six facteurs de premier ordre
L’analyse factorielle exploratoire (extraction en composantes principales et analyse factorielle en axes principaux avec rotation oblique Promax) a initialement mis en évidence une solution claire à six facteurs expliquant plus de 55 % de la variance totale. Les 24 items se sont regroupés sans ambiguïté sur leurs dimensions théoriques respectives, avec des saturations factorielles (factor loadings) substantielles :
- Tous les items présentent des saturations primaires oscillant entre 0,50 et 0,82 sur leur facteur assigné.
- Les saturations croisées (cross-loadings) sur les facteurs non cibles sont demeurées négligeables (majoritairement < 0,25).
Modélisation en équations structurelles et AFC
Lors des analyses factorielles confirmatoires conduites par Pommier (2011) et répliquées par d’autres équipes indépendantes, plusieurs modèles concurrents ont été testés :
- Modèle unidimensionnel (1 facteur général) : Ajustement médiocre, les indices montrant une inadéquation statistique manifeste (CFI < 0,75, RMSEA > 0,10).
- Modèle orthogonal à 6 facteurs indépendants : Rejeté en raison des corrélations significatives existant entre les composantes.
- Modèle oblique à 6 facteurs corrélés : Démontre un très bon ajustement aux données empiriques (CFI = 0,93, TLI = 0,92, RMSEA = 0,052 [IC 90 %: 0,047 – 0,058], SRMR = 0,049).
- Modèle hiérarchique de second ordre (un facteur général de compassion expliquant les 6 facteurs de premier ordre) : Ce modèle présente un ajustement quasi-identique au modèle à facteurs corrélés (CFI = 0,92, TLI = 0,91, RMSEA = 0,055). Il justifie sur le plan théorique et statistique l’agrégation des scores des sous-échelles en un score composite global de compassion.
Certaines controverses psychométriques similaires à celles rencontrées sur la Self-Compassion Scale (SCS) ont toutefois été soulevées par des méthodologistes (notamment concernant la distinction potentielle entre un facteur global de compassion positive et un facteur de retrait/défense négatif). Cependant, la structure à 6 dimensions interconnectées régies par un facteur de second ordre demeure le modèle standard privilégié et validé par les auteurs.
10. Instrument de mesure
- Type d’instrument : Questionnaire d’auto-évaluation psychométrique (inventaire autorapporté sur papier ou informatisé).
- Nombre d’items : 24 items au total, formulés sous la forme d’affirmations comportementales et attitudinales simples.
- Format et échelle de réponse : Échelle ordinale de type Likert en 5 points avec ancrages textuels :
- 1 = Presque jamais (Almost Never)
- 2 = Rarement (Rarely) / Parfois bas (représenté par le point 2)
- 3 = Parfois (Sometimes)
- 4 = Souvent (Fairly Often) / Fréquemment (représenté par le point 4)
- 5 = Presque toujours (Almost Always)
- Temps de passation estimé : Environ 5 à 8 minutes.
- Répartition des sous-échelles (4 items chacune) :
- Bienveillance (Kindness) : Items 6, 8, 16 et 24.
- Indifférence (Indifference) : Items 2, 12, 14 et 18 (items à cotation inversée).
- Humanité partagée (Common Humanity) : Items 11, 15, 17 et 20.
- Séparation (Separation) : Items 3, 5, 10 et 22 (items à cotation inversée).
- Pleine conscience (Mindfulness) : Items 4, 9, 13 et 21.
- Désengagement (Disengagement) : Items 1, 7, 19 et 23 (items à cotation inversée).
- Procédure de cotation et de calcul du score :
- Inverser les scores des 12 items négatifs appartenant aux sous-échelles Indifférence, Séparation et Désengagement (1 devient 5, 2 devient 4, 3 reste 3, 4 devient 2, 5 devient 1).
- Calculer la moyenne arithmétique de chaque sous-échelle (en additionnant les 4 items de la sous-échelle et en divisant par 4).
- Calculer le score global de compassion envers autrui en effectuant la moyenne arithmétique de l’ensemble des 24 items (après inversion des 12 items négatifs) ou la moyenne des moyennes des six sous-échelles. Le score final s’échelonne de 1,00 à 5,00, les scores élevés reflétant une compassion accrue.
11. Permissions, Tarifs et Année du test
- Année de développement initial : 2011 (thèse doctorale d’Elizabeth A. Pommier) ; formalisation et publication conjointe avec Kristin D. Neff en 2013.
- Droits d’auteur et permissions : L’échelle est la propriété intellectuelle des auteures (Elizabeth Pommier et Kristin Neff). Conformément à la politique de science ouverte adoptée par le laboratoire du Dr Neff, l’échelle est mise à la disposition gratuite et libre de droits des chercheurs académiques, des étudiants et des praticiens à des fins de recherche non commerciale et d’enseignement.
- Conditions d’utilisation : Aucune autorisation écrite préalable n’est requise pour une utilisation en recherche fondamentale ou clinique indépendante, à condition de citer fidèlement les sources bibliographiques princeps (Pommier, 2011 ; Neff & Pommier, 2013). Pour toute utilisation commerciale ou intégration dans des applications propriétaires payantes, une demande formelle doit être adressée par courriel aux auteures.
- Tarifs : Gratuit (accès libre pour la communauté scientifique et éducative). Les documents originaux sont téléchargeables librement via le portail académique officiel : self-compassion.org/scales-for-researchers.html.
12. Références
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Neff, K. D. (2003b). The development and validation of a scale to measure self-compassion. Self and Identity, 2(3), 223–250. https://doi.org/10.1080/15298860309027
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Strauss, C., Lever Taylor, B., Gu, J., Kuyken, W., Baer, R., Jones, F., & Cavanagh, K. (2016). What is compassion and how can we measure it? A review of definitions and measures. Clinical Psychology Review, 47, 15–27. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2016.05.004
13. Questions et items du questionnaire
Response Scale:
1 = Almost Never, 2, 3 = Sometimes, 4, 5 = Almost Always
HOW I TYPICALLY ACT TOWARDS OTHERS
- When people cry in front of me‚ I often don’t feel anything at all.
- Sometimes when people talk about their problems‚ I feel like I don’t care.
- I don’t feel emotionally connected to people in pain.
- I pay careful attention when other people talk to me.
- I feel detached from others when they tell me their tales of woe.
- If I see someone going through a difficult time‚ I try to be caring toward that person.
- I often tune out when people tell me about their troubles.
- I like to be there for others in times of difficulty.
- I notice when people are upset‚ even if they don’t say anything.
- When I see someone feeling down‚ I feel like I can’t relate to them.
- Everyone feels down sometimes‚ it is part of being human.
- Sometimes I am cold to others when they are down and out.
- I tend to listen patiently when people tell me their problems.
- I don’t concern myself with other people’s problems.
- It’s important to recognize that all people have weaknesses and no one’s perfect.
- My heart goes out to people who are unhappy.
- Despite my differences with others‚ I know that everyone feels pain just like me.
- When others are feeling troubled‚ I usually let someone else attend to them.
- I don’t think much about the concerns of others.
- Suffering is just a part of the common human experience.
- When people tell me about their problems‚ I try to keep a balanced perspective on the situation.
- I can’t really connect with other people when they’re suffering.
- I try to avoid people who are experiencing a lot of pain.
- When others feel sadness‚ I try to comfort them.