1. Résumé / Abstract
L’évaluation du sentiment d’efficacité personnelle dans le champ des addictions constitue un levier prédictif et clinique fondamental pour comprendre les trajectoires de rétablissement et prévenir les rechutes. L’Échelle d’auto-efficacité pour l’abstinence aux drogues (connue dans la littérature internationale sous l’acronyme DASES, pour Drug Abstinence Self-Efficacy Scale) est un instrument psychométrique développé pour quantifier la confiance qu’a un individu en sa capacité à s’abstenir de consommer des substances psychoactives illicites ou détournées face à des situations à haut risque de rechute. Ancrée au confluent de la théorie sociale cognitive d’Albert Bandura et du modèle transthéorique du changement (TTM) conçu par James O. Prochaska et Carlo C. DiClemente, l’échelle se décline en deux formats psychométriquement validés : une version intégrale comprenant 20 items et une version abrégée en comprenant 12.
Ces versions explorent quatre dimensions situationnelles critiques : les Affects négatifs (dépression, anxiété, colère), les situations Sociales / Positives (célébrations, offres de substances par des pairs), les Préoccupations physiques et autres (douleur, fatigue, stress somatique) et les Envies irrépressibles et sevrage (craving, curiosité, test de volonté). L’évaluation s’opère via une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (« Pas du tout confiant ») à 5 (« Extrêmement confiant »). Sur le plan psychométrique, la DASES démontre une cohérence interne remarquable, avec des coefficients alpha de Cronbach variant généralement de 0,87 à 0,92 pour les sous-échelles dans les échantillons cliniques et judiciaires (Hiller et al., 2000). Les analyses factorielles confirmatoires appuient de façon univoque une structure quadrifactorielle corrélée ou de second ordre. L’outil fait preuve d’une excellente validité de construit, d’une validité convergente robuste avec les stades de changement motivationnels, et d’une validité prédictive documentée quant aux risques de récidive et de rechute au cours et après les interventions thérapeutiques.
2. Mots-clés / Keywords
Auto-efficacité, Abstinence aux drogues, DASES, Modèle transthéorique, Dépendance aux substances, Prévention de la rechute, Psychométrie, Craving, Évaluation clinique, Addictologie.
3. Auteurs / Authors
L’origine et l’opérationnalisation psychométrique de la Drug Abstinence Self-Efficacy Scale sont intimement liées aux travaux fondamentaux sur l’évaluation des processus de changement dans les comportements addictifs conduits par Carlo C. DiClemente et ses collaborateurs. Les développements méthodologiques, les adaptations pour les populations dépendantes aux substances illicites et les validations psychométriques majeures ont été réalisés par une équipe de chercheurs de premier plan en psychologie clinique et en addictologie :
- Carlo C. DiClemente, Ph.D. : Professeur émérite au Département de psychologie de l’Université du Maryland, Baltimore County (UMBC), Baltimore, MD, États-Unis. Co-développeur du modèle transthéorique du changement (TTM) et pionnier des recherches sur les mécanismes motivationnels et le sentiment d’efficacité personnelle appliqués aux dépendances. Directeur du HABITS Lab (Health and Addictive Behaviors: Investigating Transtheoretical Solutions). Courriel institutionnel : [email protected].
- Wayne F. Velicer, Ph.D. (1944–2017) : Professeur de psychologie et co-directeur du Cancer Prevention Research Center à l’Université de Rhode Island, Kingston, RI, États-Unis. Expert mondial en psychométrie multivariée, analyse factorielle et modélisation des comportements de santé.
- James O. Prochaska, Ph.D. (1942–2023) : Professeur de psychologie clinique à l’Université de Rhode Island, Kingston, RI, États-Unis. Fondateur du modèle transthéorique et figure centrale de la recherche sur le changement comportemental intentionnel.
- Matthew L. Hiller, Ph.D. : Professeur au Département de justice pénale et de criminologie, Temple University, Philadelphie, PA, États-Unis. Auteur des travaux pivots d’adaptation et de validation de la DASES auprès des populations toxicomanes sous contrôle judiciaire au TCU Institute of Behavioral Research (Texas Christian University).
- Kevin M. Knight, Ph.D. et D. Dwayne Simpson, Ph.D. : Chercheurs émérites à l’Institute of Behavioral Research (IBR), Texas Christian University (TCU), Fort Worth, TX, États-Unis, spécialisés dans l’évaluation psychométrique des programmes de traitement de la toxicomanie.
4. Objectif / Purpose
L’objectif premier de la Drug Abstinence Self-Efficacy Scale est de fournir une mesure standardisée, quantitative et différentielle du sentiment d’auto-efficacité spécifique au maintien de l’abstinence vis-à-vis des substances psychoactives illicites. Dans le contexte de l’addictologie contemporaine, l’abstinence ne peut être appréhendée comme un simple état binaire (consommation versus non-consommation) ; elle constitue un processus d’autorégulation dynamique, continuellement mis à l’épreuve par des stimuli internes et externes. La DASES vise précisément à identifier les profils de vulnérabilité situationnelle d’un patient en évaluant dans quelle mesure il se sent capable de résister à l’envie de consommer face à une constellation de contextes déclencheurs rigoureusement définis.
Sur le plan des applications cliniques, l’outil remplit plusieurs fonctions diagnostiques et thérapeutiques majeures :
- Évaluation initiale et planification personnalisée du traitement : En administrant l’échelle au début d’une prise en charge (en milieu hospitalier, ambulatoire ou résidentiel), le clinicien peut cartographier les domaines précis où la confiance du patient est la plus compromise. Par exemple, un individu présentant des scores élevés en contexte social mais effondrés face aux affects négatifs nécessitera une intervention axée sur la régulation émotionnelle, la tolérance à la détresse et les stratégies cognitives de gestion du stress, plutôt qu’un entraînement standardisé au refus de substance entre pairs.
- Monitoring longitudinal et marqueur d’évolution : La répétition de la passation de la DASES permet de suivre les progrès accomplis par le patient tout au long de sa trajectoire de soins. Une augmentation statistiquement et cliniquement significative des scores d’auto-efficacité reflète l’internalisation des compétences d’adaptation (coping skills) et signale une transition sécurisée vers les stades d’action ou de maintien du modèle transthéorique.
- Prévention des rechutes ciblée : Conformément au modèle de prévention de la rechute d’Alan Marlatt, une baisse brutale du sentiment d’auto-efficacité face à une situation spécifique constitue un signal d’alarme précoce annonçant un risque imminent d’écart (lapse) ou de rechute complète (relapse). L’utilisation de la DASES permet de désamorcer l’effet de violation de l’abstinence (AVE) en ciblant les situations critiques avant qu’une récidive comportementale ne survienne.
- Applications en milieu médico-légal et probationnaire : Les travaux de Hiller et ses collaborateurs (2000) ont mis en évidence la pertinence de l’échelle auprès des personnes toxicodépendantes placées sous mandat judiciaire ou en probation. Dans ce contexte, l’échelle contribue à évaluer le niveau de réceptivité au traitement (treatment readiness) et à ajuster l’intensité de la surveillance et de l’accompagnement psycho-éducatif.
En matière de recherche clinique et pharmacologique, la DASES sert de variable médiatrice standardisée dans les essais contrôlés randomisés évaluant l’efficacité des psychothérapies cognitivo-comportementales, des thérapies d’acceptation et d’engagement (ACT), des entretiens motivationnels ou des traitements pharmacologiques de substitution et d’anti-craving.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique mesuré par la DASES est le sentiment d’auto-efficacité d’abstinence (abstinence self-efficacy), concept opérationnalisé comme la croyance subjective et située qu’a une personne en ses propres ressources pour maintenir un comportement d’abstinence lorsqu’elle se trouve confrontée à des déclencheurs internes ou environnementaux de haute tentation. Ce construit n’est pas un trait de personnalité global ou immuable, mais un état dispositionnel dynamique dépendant étroitement des contextes d’exposition. La DASES structure ce macro-construit en quatre facettes situationnelles empiriquement distinctes :
1. Affects négatifs (Negative Affect)
Cette sous-échelle explore la capacité perçue à s’abstenir de consommer lorsque l’individu éprouve des états émotionnels aversifs ou douloureux sur le plan intrapersonnel. La consommation de drogues agit fréquemment comme une stratégie d’automédication ou de renforcement négatif visant à anesthésier la détresse psychique. Les items de cette dimension explorent des contextes tels que le sentiment de dépression (Item 3), l’inquiétude intense (Item 6), l’impression que la frustration va faire exploser le sujet (Item 14), le sentiment que « tout va mal » (Item 16) et la colère interne bouillonnante (Item 18). Des scores déficitaires sur cette dimension révèlent une dépendance marquée de la régulation émotionnelle à l’égard de la substance et prédisent des rechutes en situation de crise personnelle ou de conflit affectif.
2. Situations sociales / positives (Social/Positive)
Ce domaine évalue la confiance du patient face à des contextes interpersonnels conviviaux, festifs ou facilitateurs de consommation par contagion sociale ou renforcement positif. Contrairement à l’automédication de la souffrance, la tentation découle ici de l’association historique entre la drogue et le plaisir partagé, la fête ou la conformité sociale. Les items interrogent la résistance lors de vacances destinées à la détente (Item 4), face à une offre directe de drogue dans un contexte social (Item 8), en voyant d’autres personnes consommer dans un bar ou une soirée (Item 15), face aux encouragements explicites d’anciens compagnons de consommation (Item 17), ou lors d’un état d’excitation et de célébration collective (Item 20). Un déficit sur ce plan témoigne d’une vulnérabilité à la pression des pairs et d’un répertoire restreint d’activités sociales alternatives sans substance.
3. Préoccupations physiques et autres (Physical and Other Concerns)
Cette dimension regroupe des stresseurs physiologiques, somatiques ou cognitifs qui diminuent les ressources de contrôle exécutif et augmentent la saillance de la substance comme moyen de soulagement corporel ou d’évasion mentale. Elle inclut la céphalée ou le mal de tête (Item 2), l’inquiétude dirigée vers autrui (Item 5), les rêves nocturnes liés à la consommation de drogues (Item 9), la fatigue physique prononcée (Item 12) et l’expérience de douleurs corporelles ou de blessures physiques (Item 13). L’inclusion des rêves de consommation (drug dreams) et de l’épuisement somatique dans ce facteur reflète les perturbations neurovégétatives persistantes chez les individus dépendants en phase de post-sevrage, qui sapent l’énergie métacognitive nécessaire à l’autorégulation.
4. Envies irrépressibles et sevrage (Cravings and Urges / Withdrawal)
Ce facteur capture l’auto-efficacité déployée face aux manifestations neurobiologiques directes de l’addiction, telles que les symptômes de sevrage aigu ou subaigu, le craving viscéral et les distorsions cognitives d’autotesting. Les contextes opérationnalisés recouvrent l’agonie liée à l’arrêt ou au sevrage physique (Item 1), l’impulsion de consommer « pour voir ce qui va se passer » par simple curiosité ou défi (Item 7), la tentation dangereuse de « tester sa volonté » face à la drogue (Item 10), la sensation viscérale d’un besoin physique impérieux ou d’une faim de drogue (Item 11), et la survenue inattendue d’une impulsion brutale prenant l’individu au dépourvu (Item 19). Cette dimension est souvent la plus directement corrélée à l’intensité de la dépendance neurochimique et à l’activité des circuits de récompense dopaminergiques et de saillance.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception et l’interprétation de la DASES s’articulent autour de l’intégration théorique de deux paradigmes majeurs de la psychologie contemporaine :
La Théorie Sociale Cognitive d’Albert Bandura
Selon Albert Bandura (1977, 1986, 1997), le sentiment d’efficacité personnelle désigne le jugement qu’un individu porte sur ses aptitudes à organiser et exécuter les actions requises pour atteindre des performances déterminées. Dans les conduites addictives, DiClemente (1986) a démontré que l’efficacité personnelle est un médiateur fondamental du changement comportemental. L’auto-efficacité d’abstinence ne doit pas être confondue avec l’estime de soi globale ou le lieu de contrôle (locus of control) : il s’agit d’une attente d’efficacité (efficacy expectation) hautement contextualisée, distincte de l’attente de résultat (outcome expectancy). Un patient peut reconnaître intellectuellement que l’abstinence apportera des conséquences bénéfiques (attente de résultat positive) tout en doutant profondément de sa propre aptitude à résister lorsqu’il ressent un état de manque violent (faible attente d’efficacité). La DASES capture fidèlement cette granularité situationnelle.
Le Modèle Transthéorique du Changement (TTM)
Développé par James O. Prochaska et Carlo C. DiClemente (1983, 1992), le modèle transthéorique postule que la modification d’un comportement addictif s’effectue à travers une suite d’étapes qualitatives : Précontemplation, Contemplation, Préparation, Action et Maintien. Dans l’architecture du TTM, l’auto-efficacité forme, conjointement avec la balance décisionnelle (avantages/inconvénients) et les processus de changement, l’une des dimensions centrales du système :
- Au stade de Précontemplation, la tentation de consommer domine massivement et l’auto-efficacité d’abstinence est pratiquement inexistante ou irréaliste (illusoire).
- Au cours de la Contemplation et de la Préparation, la balance décisionnelle commence à basculer, mais la confiance en ses capacités d’abstinence reste faible et instable.
- Durant les stades d’Action et de Maintien, l’efficacité personnelle augmente de façon exponentielle au fur et à mesure que l’individu accumule des expériences de maîtrise active (mastery experiences) face aux déclencheurs de haut risque, pendant que le niveau global de tentation décroît symétriquement.
Le modèle intégratif de Velicer, DiClemente, Rossi et Prochaska (1990) a formalisé cette relation en montrant que l’auto-efficacité et la tentation représentent deux faces orthogonales ou miroirs de la vulnérabilité à la rechute. La DASES est construite de façon symétrique aux inventaires de tentation situationnelle pour fournir un reflet direct de la consolidation du changement.
7. Validité / Validity
L’évaluation psychométrique de la DASES a fait l’objet de nombreuses investigations empiriques rigoureuses, confirmant sa validité sous tous ses angles méthodologiques :
Validité de construit
La validité de construit de l’instrument repose sur la confirmation systématique de sa structure théorique à quatre composantes à travers des populations cliniques diversifiées. Les études démontrent que les items convergent de manière cohérente vers les dimensions latentes prévues sans redondance abusive, et que chaque facteur reflète une facette clinique distincte de la vulnérabilité environnementale et psychophysiologique (Hiller et al., 2000 ; DiClemente et al., 2008).
Validité convergente et corrélative
La validité convergente de la DASES est attestée par ses intercorrélations substantielles avec d’autres indices validés de l’engagement thérapeutique et du changement :
- Stades de changement (URICA) : L’auto-efficacité globale et les sous-échelles de la DASES présentent des corrélations positives robustes avec les scores des stades d’Action et de Maintien de l’échelle URICA (University of Rhode Island Change Assessment), et des corrélations négatives significatives avec les scores de Précontemplation (Nidecker et al., 2008).
- Inventaires de tentation situationnelle : On observe des corrélations négatives fortes (typiquement comprises entre r = -0,55 et r = -0,75) avec les échelles mesurant la tentation subjective de consommer dans des situations identiques, corroborant l’hypothèse de l’équilibre dynamique du TTM.
- Motivation au traitement : Les scores de DASES corrèlent positivement avec les échelles de préparation au traitement et de participation active aux ateliers thérapeutiques (Simpson, 2004).
Validité discriminante
La validité discriminante a été confirmée en montrant que l’auto-efficacité d’abstinence ne se confond ni avec la désirabilité sociale globale, ni avec l’affectivité négative générale (telle que mesurée par le BDI pour la dépression ou le STAI pour l’anxiété), bien que ces variables partagent une variance commune explicable. De surcroît, la DASES différencie nettement les sous-groupes cliniques : les individus ayant des antécédents de rechutes multiples présentent des scores significativement inférieurs à ceux qui bénéficient d’une rémission continue prolongée.
Validité prédictive
La valeur pronostique de la DASES constitue son atout clinique le plus déterminant. L’étude de Hiller, Broome, Knight et Simpson (2000) menée auprès de probationnaires toxicomanes sous mandat légal a révélé que le niveau d’auto-efficacité mesuré en cours de traitement prédit significativement l’abstinence urinaire vérifiée et la baisse de la récidive criminelle lors du suivi post-traitement. Les participants affichant des niveaux élevés d’auto-efficacité d’abstinence présentent une probabilité de rechute à 6 et 12 mois significativement amoindrie par rapport à leurs pairs à faible confiance. En outre, dans les populations présentant des troubles comorbides sévères (pathologie duelle : toxicomanie et troubles psychiatriques graves), DiClemente, Nidecker et Bellack (2008) ont rapporté que les scores à la DASES constituent des prédicteurs robustes de l’observance thérapeutique et de la diminution des jours de consommation active.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de la DASES en termes de fidélité et de précision de mesure sont particulièrement solides, tant pour la version intégrale à 20 items que pour la version abrégée à 12 items :
Cohérence interne
Les coefficients alpha de Cronbach (α) documentés dans la littérature empirique de référence témoignent d’une excellente homogénéité des items au sein de chacun des domaines situationnels. Dans l’étude de référence de Hiller, Broome, Knight et Simpson (2000) auprès d’une cohorte clinique de probationnaires judiciaires, les coefficients de cohérence interne obtenus pour les quatre sous-échelles de la version 20 items sont les suivants :
- Affects négatifs (Negative Affect) : α = 0,92
- Situations sociales / positives (Social/Positive) : α = 0,92
- Préoccupations physiques et autres (Physical and Other Concerns) : α = 0,87
- Envies irrépressibles et sevrage (Withdrawal / Urges) : α = 0,89
- Échelle globale (Score total d’auto-efficacité) : α ≥ 0,95
Pour la forme abrégée en 12 items, malgré une réduction drastique de moitié du nombre d’items par facteur (3 items par sous-échelle), les coefficients alpha demeurent très satisfaisants, se situant continuellement entre 0,81 et 0,88, ce qui garantit une stabilité métrologique idéale pour le suivi longitudinal fréquent ou la recherche clinique à protocole lourd.
Fidélité test-retest
Les indices de stabilité temporelle (test-retest) évalués sur des intervalles courts d’une à deux semaines (chez des sujets en phase d’abstinence stabilisée ne recevant pas d’intervention active immédiate) révèlent des coefficients de corrélation intra-classe (CCI) supérieurs à 0,80. Cependant, en conformité avec le statut d’état dynamique de l’auto-efficacité, ces coefficients décroissent logiquement au cours de programmes psychothérapeutiques intensifs, traduisant la sensibilité au changement clinique de l’instrument.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
L’architecture dimensionnelle de la DASES a été soumise à des protocoles répétés d’analyse factorielle exploratoire (AFE) et d’analyse factorielle confirmatoire (AFC) :
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors des phases initiales de dérivation empirique de l’instrument menées par DiClemente et ses collaborateurs, des analyses en composantes principales suivies de rotations obliques (Promax ou Oblimin) ont été conduites sur de vastes cohortes d’usagers de drogues diversifiées (cocaïne, opiacés, amphétamines, cannabis, polysubstances). Les valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0 et l’inspection visuelle du diagramme de Cattell (scree plot) ont invariablement isolé quatre facteurs primaires majeurs, expliquant conjointement plus de 62 % à 68 % de la variance totale des réponses.
Les saturations factorielles (factor loadings) des items sur leur facteur respectif sont uniformément robustes, oscillant la plupart du temps entre 0,60 et 0,86, sans phénomène notable de saturation croisée (cross-loadings) supérieure à 0,30, attestant de la clarté conceptuelle des catégories situationnelles retenues.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Dans l’étude structurelle de Hiller et al. (2000), des modèles d’équations structurelles ont confronté plusieurs modèles concurrents : un modèle unifactoriel (l’auto-efficacité comme bloc indifférencié), un modèle à quatre facteurs indépendants, et un modèle à quatre facteurs corrélés chapeauté par un facteur général de second ordre (l’auto-efficacité globale d’abstinence).
Les indices d’ajustement ont clairement rejeté le modèle unifactoriel au profit du modèle à quatre dimensions corrélées ou hiérarchique de second ordre, rapportant d’excellents paramètres d’adéquation aux données :
- Indice de comparabilité de Bentler (CFI) > 0,93
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) > 0,92
- Racine de l’erreur quadratique moyenne d’approximation (RMSEA) ≤ 0,058 (avec un intervalle de confiance à 90 % compris entre 0,049 et 0,066)
- Résidu quadratique moyen standardisé (SRMR) ≤ 0,045
Cette validation structurale a également été confirmée dans des populations présentant des comorbidités psychiatriques sévères (schizophrénie, troubles bipolaires et dépendance aux substances) par Nidecker, DiClemente, Bennett et Bellack (2008), attestant d’une invariance de mesure remarquable à travers des profils psychopathologiques variés.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type de test : Instrument psychométrique d’auto-évaluation standardisé (questionnaire auto-rapporté en passation individuelle ou collective, sur support papier ou informatisé).
- Formats disponibles :
- Version standard intégrale à 20 items.
- Version abrégée de dépistage et de monitoring rapide à 12 items.
- Population cible : Adultes et grands adolescents présentant un usage problématique, un abus ou une dépendance aux substances psychoactives illicites ou détournées (stupéfiants, stimulants, opiacés, sédatifs, cannabis, polytoxicomanie), qu’ils soient en milieu ambulatoire, résidentiel ou judiciaire.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert ordinale en 5 points mesurant le degré de certitude subjective d’abstinence face à la situation décrite :
- 1 = Not at all confident (Pas du tout confiant)
- 2 = Not very confident (Pas très confiant)
- 3 = Moderately confident (Moyennement confiant)
- 4 = Very confident (Très confiant)
- 5 = Extremely confident (Extrêmement confiant)
- Calcul des scores et cotation :
- Scores des sous-échelles : Calculés par la moyenne arithmétique (ou la somme brute) des items composant chaque dimension, générant un score continu variant de 1,0 à 5,0 (ou de 5 à 25 points par facteur pour la version 20 items) :
- Negative Affect (Affects négatifs) : Items 3, 6, 14, 16, 18 (version 20 items) ; Items 1, 3, 9 (version 12 items).
- Social/Positive (Situations sociales / positives) : Items 4, 8, 15, 17, 20 (version 20 items) ; Items 10, 11, 12 (version 12 items).
- Physical and Other Concerns (Préoccupations physiques et autres) : Items 2, 5, 9, 12, 13 (version 20 items) ; Items 2, 7, 8 (version 12 items).
- Cravings and Urges (Envies irrépressibles et sevrage) : Items 1, 7, 10, 11, 19 (version 20 items) ; Items 4, 5, 6 (version 12 items).
- Score total d’auto-efficacité : Moyenne générale de tous les items administrés (20 ou 12), oscillant entre 1,0 (absence totale d’auto-efficacité perçue face au risque de rechute) et 5,0 (confiance absolue et globale en son maintien de l’abstinence).
- Scores des sous-échelles : Calculés par la moyenne arithmétique (ou la somme brute) des items composant chaque dimension, générant un score continu variant de 1,0 à 5,0 (ou de 5 à 25 points par facteur pour la version 20 items) :
- Durée d’administration : Environ 5 à 8 minutes pour la version 20 items ; environ 2 à 4 minutes pour la version 12 items.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : Les fondements de l’évaluation de l’auto-efficacité dans les conduites addictives ont été posés par DiClemente en 1986 et formalisés avec Velicer et ses collègues en 1990. La formalisation spécifique de l’échelle d’abstinence aux drogues (DASES) dans sa version à 20 et 12 items a été établie et standardisée au cours des années 1990 et validée extensivement en 2000 par Hiller, Broome, Knight et Simpson.
- Statut des droits d’auteur et permissions : Les échelles développées par Carlo C. DiClemente et ses collaborateurs du HABITS Lab (University of Maryland, Baltimore County – UMBC) sont mises à la disposition de la communauté académique et clinique internationale à des fins de recherche scientifique et d’évaluation clinique non commerciale.
- Tarifs d’utilisation : L’accès et l’utilisation de l’instrument sont entièrement gratuits pour les chercheurs, les universitaires et les cliniciens du secteur public ou associatif, sous réserve de citer scrupuleusement les publications scientifiques d’origine dans toute communication ou rapport d’évaluation.
- Accès institutionnel officiel : Les versions originales, manuels et grilles de cotation peuvent être consultés et téléchargés directement via le portail officiel du laboratoire du Dr DiClemente à l’adresse universitaire dédiée : http://habitslab.umbc.edu/self-efficacy-scales/.
12. Références / References
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- Prochaska, J. O., & DiClemente, C. C. (1983). Stages and processes of self-change of smoking: Toward an integrative model of change. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 51(3), 390–395. https://doi.org/10.1037/0022-006X.51.3.390
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