1. Résumé / Abstract
L’Échelle des Valeurs Européennes-Américaines pour les Asiatiques-Américains (European American Values Scale for Asian Americans, ou EAVS-AA) est un instrument psychométrique développé par Maren M. Wolfe, Peggy H. Yang, Eunice P. Wong et Donald R. Atkinson en 2001. Cet outil d’auto-évaluation a été conçu pour mesurer l’adhésion aux valeurs socioculturelles dominantes des États-Unis d’origine européenne chez les personnes d’ascendance asiatique. Contrairement aux modèles unidimensionnels traditionnels de l’acculturation qui postulent qu’une acquisition des normes culturelles d’accueil entraîne nécessairement une déperdition des valeurs d’origine, l’EAVS-AA s’inscrit résolument dans un cadre orthogonal et bidimensionnel d’acculturation et d’enculturation. L’échelle évalue le niveau d’individualisme, d’autonomie personnelle, d’égalitarisme des genres et de liberté d’expression propre à l’éthos dominant euro-américain, fonctionnant comme un complément direct aux instruments mesurant les valeurs asiatiques traditionnelles, tels que l’AAVS (Asian American Values Scale).
Composée de 25 items rigoureusement validés, l’EAVS-AA utilise une échelle de réponse de type Likert en 7 points allant de 1 (« Pas du tout d’accord » / Strongly disagree) à 7 (« Tout à fait d’accord » / Strongly agree). Treize items sont rédigés selon une formulation inversée afin de limiter les biais de réponse d’acquiescement. Les analyses factorielles initiales et les réévaluations structurelles démontrent une organisation unidimensionnelle dominante de l’adhésion globale aux valeurs individualistes dominantes, tout en recouvrant des facettes conceptuelles incluant l’autonomie individuelle, la primauté des choix personnels sur les impératifs familiaux, l’égalité des genres et le droit à la dissidence. Les propriétés psychométriques établies lors du développement initial et confirmées par des études ultérieures font état d’une cohérence interne robuste, avec un coefficient alpha de Cronbach d’environ 0,77 à 0,82, et d’une remarquable stabilité temporelle test-retest (r = 0,83 sur deux semaines). La validité de construit, tant convergente que discriminante, a été attestée par des corrélations statistiquement significatives avec des mesures comportementales d’acculturation et des différenciations pertinentes entre les cohortes générationnelles d’immigrants.
2. Mots-clés / Keywords
acculturation, enculturation, valeurs culturelles, individualisme, collectivisme, asiatiques-américains, psychométrie, identité ethnique, psychologie interculturelle, échelle d’évaluation
3. Auteurs / Authors
L’échelle a été développée et validée par une équipe de chercheurs spécialisés en psychologie du conseil et en psychologie interculturelle rattachés au Department of Education de l’University of California, Santa Barbara (UCSB) :
- Maren M. Wolfe, Ph.D. — Spécialiste des questions d’adaptation transculturelle, de l’identité des minorités ethniques et des processus psychologiques liés à l’acculturation. University of California, Santa Barbara.
- Peggy H. Yang, Ph.D. — Chercheuse en psychologie clinique et du conseil, experte des dynamiques familiales et intergénérationnelles au sein des populations asiatiques-américaines. University of California, Santa Barbara.
- Eunice P. Wong, Ph.D. — Psychologue clinicienne et chercheuse senior spécialisée dans l’évaluation psychométrique, les disparités de santé comportementale et l’impact du stress culturel sur les minorités. University of California, Santa Barbara.
- Donald R. Atkinson, Ph.D. — Professeur émérite à l’Université de Californie à Santa Barbara, figure pionnière de renommée internationale dans le domaine du counseling multiculturel, auteur d’ouvrages fondateurs sur les compétences transculturelles des thérapeutes et les modèles de développement de l’identité minoritaire.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle des Valeurs Européennes-Américaines pour les Asiatiques-Américains (EAVS-AA) est d’offrir une mesure valide et fidèle de l’adhésion cognitive et axiologique aux normes et valeurs de la culture dominante blanche/européenne-américaine. Historiquement, l’évaluation psychologique des minorités ethniques aux États-Unis a souffert de deux lacunes méthodologiques majeures : premièrement, l’assimilation réductrice de l’acculturation à des indicateurs comportementaux périphériques (comme la maîtrise de la langue anglaise, le régime alimentaire ou les préférences médiatiques) ; deuxièmement, la dépendance envers un modèle d’acculturation unidimensionnel et bipolaire stipulant que l’intériorisation des valeurs du pays d’accueil éradique proportionnellement l’attachement aux normes culturelles patrimoniales.
Sur le plan théorique, l’EAVS-AA a été spécifiquement conçue pour combler ce vide en opérationnalisant les valeurs culturelles au niveau axiologique profond. Dans le cadre de la psychologie transculturelle contemporaine, un individu peut simultanément manifester un haut niveau de valeurs asiatiques collectivistes (piété filiale, harmonie interpersonnelle, retenue émotionnelle) et un haut niveau de valeurs euro-américaines individualistes (autonomie financière, indépendance décisionnelle, égalité des opportunités professionnelles). L’EAVS-AA mesure spécifiquement ce second pôle. Conjointement avec des instruments comme l’Asian American Values Scale (AAVS-Multidimensional), l’EAVS-AA permet de positionner un individu dans une matrice d’acculturation à quatre quadrants : biculturel (valeurs asiatiques et euro-américaines élevées), assimilé (valeurs euro-américaines élevées, valeurs asiatiques faibles), traditionaliste/séparé (valeurs euro-américaines faibles, valeurs asiatiques élevées) ou marginalisé (faiblesse sur les deux dimensions).
Dans la pratique clinique et de recherche, l’EAVS-AA s’avère indispensable pour :
- La recherche en psychologie du conseil et psychothérapie multiculturelle : Elle permet d’examiner comment l’alignement sur les valeurs euro-américaines influence la disposition à consulter des professionnels de la santé mentale, la conceptualisation de la détresse psychologique et l’alliance thérapeutique avec des praticiens de diverses origines.
- L’étude des conflits intergénérationnels : Au sein des familles d’immigrants asiatiques, les enfants nés aux États-Unis (deuxième génération) adoptent fréquemment les valeurs de l’EAVS-AA à un rythme beaucoup plus soutenu que leurs parents de première génération. Les écarts différentiels sur l’EAVS-AA fournissent une mesure empirique robuste du « fossé d’acculturation » (acculturation gap), puissant prédicteur de détresse intrafamiliale, d’anxiété et de dépression chez les adolescents et jeunes adultes asiatiques-américains.
- L’évaluation des disparités et de la santé psychosociale : L’instrument sert à modéliser la manière dont les valeurs d’autonomie et d’individualisme interagissent avec les stéréotypes de la « minorité modèle » et influencent le sentiment d’auto-efficacité, la gestion du stress lié au racisme et les trajectoires académiques et professionnelles.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique opérationnalisé par l’EAVS-AA est l’adhésion aux valeurs fondamentales qui structurent la culture dominante européenne-américaine contemporaine. Bien que l’instrument ait été validé comme une mesure unidimensionnelle globale de l’individualisme euro-américain, son contenu d’items échantillonne de façon délibérée plusieurs facettes interconnectées qui définissent l’éthos socioculturel occidental, plus spécifiquement nord-américain :
1. L’individualisme moral et l’autonomie personnelle
Cette dimension s’ancre dans la conception selon laquelle l’individu est l’unité fondamentale de la société, doté de droits inaliénables primant sur les obligations collectives. L’EAVS-AA évalue le primat des choix personnels face aux pressions conformistes. Par exemple, l’item 7 (« When making important decisions, I think about personal consequences first ») et l’item 24 (« If I had to choose, I would rather be independent than secure ») capturent cette volonté de préserver son indépendance agentique plutôt que de se subordonner aux attentes du groupe.
2. La primauté de l’individu sur le système familial
Contrairement aux systèmes de valeurs asiatiques où la piété filiale et le devoir familial dictent souvent les orientations de vie, l’éthos euro-américain valorise la séparation, la différenciation du soi et la négociation égalitaire des relations familiales. Cette sous-dimension est illustrée par l’item 10 (« It is a good thing to be able to live apart from your family »), l’item 11 (« The individual’s needs take priority over the family’s needs ») et l’item 12 (« It is my right to be able to disagree with my parents »). L’acceptation du désaccord ouvert avec l’autorité parentale constitue un marqueur clé de l’individualisme démocratique occidental.
3. L’égalitarisme de genre et l’autonomie décisionnelle des femmes
Les valeurs dominantes euro-américaines intègrent des normes d’égalité des genres issues des évolutions socioculturelles et féministes du XXe siècle, tranchant souvent avec le patriarcat traditionnel confucéen ou hiérarchique. L’EAVS-AA évalue l’adhésion à l’autonomie professionnelle et reproductive des femmes, indépendamment de l’approbation maritale ou sociétale. Des énoncés tels que l’item 1 (« I think it is fine for an unmarried woman to have a child »), l’item 6 (« In marriage, even if it causes problems, a woman should pursue her own career »), l’item 16 (« It is acceptable for women to have a career even if their husbands disagree ») et l’item 22 (« It is fine for a woman to choose not to have children ») opérationnalisent cette facette émancipatrice.
4. La liberté civile, la liberté d’expression et la contestation de l’autorité
Dans l’espace public et civique, l’individualisme euro-américain postule que les structures étatiques et communautaires doivent être soumises à la critique rationnelle et ne peuvent imposer une conformité aveugle. L’échelle évalue le rejet de l’autoritarisme d’État à travers des items inversés mesurant la tolérance envers la contestation publique, par exemple l’item 9 (« People should not be allowed to criticize the government publicly ») et l’item 14 (« One should not be allowed to demonstrate against the government »), ainsi que le refus d’une coercition étatique limitant le potentiel personnel (item 3 : « Sometimes, it is necessary for the government to stifle individual development »).
5. Le relativisme éthique et le locus de contrôle interne
Enfin, l’échelle examine l’affirmation d’une agentivité personnelle selon laquelle la destinée découle de l’effort individuel (item 4 : « You can do anything you put your mind to », reflétant le mythe de l’American Dream) et l’idée que les principes moraux relèvent du jugement individuel éclairé plutôt que de dogmes collectifs intemporels (item 19 : « What is right or wrong depends upon each individual »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le développement de l’EAVS-AA repose sur une convergence de courants fondamentaux en psychologie transculturelle, en psychologie sociale et en théorie de l’acculturation :
1. Le modèle bidimensionnel et orthogonal de l’acculturation de Berry
Pendant des décennies, les chercheurs ont appréhendé l’assimilation à travers le modèle unidimensionnel linéaire de Gordon (1964), supposant que plus un immigrant s’américanisait, plus il abandonnait nécessairement sa culture d’origine. Les travaux séminaux de John W. Berry (1980, 1997) ont révolutionné ce paradigme en démontrant que l’acculturation est bidimensionnelle et orthogonale. Deux questions centrales structurent le positionnement de tout individu appartenant à une minorité :
- Est-il jugé important de maintenir son identité et ses caractéristiques culturelles d’origine (enculturation) ?
- Est-il jugé important d’établir des relations avec la société d’accueil et d’en adopter les normes (acculturation) ?
Dans ce modèle, l’EAVS-AA fournit la quantification opérationnelle de la seconde dimension (l’adoption des valeurs de la société d’accueil euro-américaine). Elle permet de conceptualiser l’intégration biculturelle non comme un compromis bâtard, mais comme la capacité psychologique à combiner des niveaux élevés de compétences axiologiques dans les deux cultures.
2. Le paradigme Individualisme-Collectivisme d’Hofstede et Triandis
L’assise axiologique de l’échelle puise largement dans les taxonomies des dimensions culturelles formalisées par Geert Hofstede (1980) et approfondies par Harry Triandis (1995). La culture dominante des États-Unis est systématiquement documentée comme l’une des sociétés les plus individualistes au monde (score de 91 sur l’indice d’Hofstede). Dans les cultures individualistes, les liens entre individus sont lâches ; chacun est tenu de veiller sur soi-même et sa famille immédiate. Inversement, les sociétés asiatiques traditionnelles sont hautement collectivistes, l’individu étant intégré dès la naissance dans des endogroupes puissants et protecteurs qui exigent une loyauté sans faille en échange de sécurité.
Triandis a affiné cette dichotomie en distinguant l’individualisme horizontal (valorisant l’égalité et l’unicité de soi sans recherche de statut supérieur) et l’individualisme vertical (axé sur la compétition, la réussite et l’affirmation de soi face aux autres). L’EAVS-AA intègre ces dynamiques en mesurant la propension de l’individu à opérer une rupture psychologique avec la dépendance mutuelle de groupe au profit d’une souveraineté personnelle.
3. La conceptualisation du soi indépendant vs interdépendant de Markus et Kitayama
Dans leur théorie fondatrice de 1991, Hazel Rose Markus et Shinobu Kitayama ont démontré que la culture façonne l’architecture fondamentale du soi. Le modèle culturel euro-américain prescrit la construction d’un soi indépendant (independent construal of self), dont le comportement est motivé par des attributs internes stables (traits, capacités, désirs personnels). Les cultures asiatiques favorisent à l’inverse un soi interdépendant (interdependent construal of self), où l’individu se perçoit comme fondamentalement connecté aux autres et régule sa conduite en fonction des obligations contextuelles et relationnelles. L’EAVS-AA mesure l’internalisation des prémisses du soi indépendant chez des individus issus d’environnements patrimoniaux interdépendants.
7. Validité / Validity
Les qualités métrologiques de validité de l’EAVS-AA ont été documentées par Wolfe et ses collaborateurs (2001) lors d’études empiriques rigoureuses conduites auprès d’échantillons diversifiés d’étudiants asiatiques-américains et caucasiens :
Validité de contenu et apparente
Le pool initial d’items a été généré à partir d’une analyse systématique de la littérature sociologique et anthropologique portant sur les valeurs dominantes américaines (notamment les écrits de Bellah, Robin Williams Jr. et Spindler). Des jurys d’experts en psychologie multiculturelle ont évalué chaque énoncé afin de s’assurer qu’il reflétait des valeurs euro-américaines contemporaines tout en offrant une divergence conceptuelle nette avec les valeurs asiatiques traditionnelles, évitant ainsi le simple décalque inversé des instruments existants.
Validité convergente et corrélations comportementales
La validité convergente de l’EAVS-AA a été corroborée en examinant ses liens avec des mesures étalonnées d’acculturation comportementale et cognitive :
- Une corrélation positive et statistiquement significative a été observée entre les scores à l’EAVS-AA et les échelles mesurant les comportements d’acculturation à la culture euro-américaine (notamment les sous-échelles de l’Acculturation Rating Scale for Mexican Americans-II adaptée ou de la Suinn-Lew Asian Self-Identity Acculturation Scale [SL-ASIA]).
- Les participants présentant une utilisation prédominante de la langue anglaise dans le cercle intime et des réseaux de pairs mixtes ou majoritairement caucasiens ont obtenu des scores significativement plus élevés à l’EAVS-AA que ceux utilisant principalement une langue asiatique.
Validité de groupes connus et validité discriminante
L’instrument démontre une excellente capacité de différenciation entre groupes pour lesquels des variations théoriques d’adhésion aux valeurs étaient attendues :
- Statut générationnel : Les analyses de variance ont mis en évidence un gradient générationnel hautement significatif (p < 0,001). Les Asiatiques-Américains de troisième et quatrième générations (nés aux États-Unis de parents nés aux États-Unis) affichent des scores moyens à l’EAVS-AA significativement plus élevés que les individus de deuxième génération (nés aux États-Unis de parents immigrés), qui eux-mêmes surpassent substantiellement les immigrants de première génération.
- Comparaison interethnique : Lors des études de validation, les participants d’origine européenne-américaine ont obtenu des scores moyens significativement plus élevés que l’échantillon asiatique-américain global, confirmant que l’outil capte de façon adéquate les normes centrales de l’endogroupe européen-américain.
- Orthogonalité avec les valeurs asiatiques : La corrélation entre les scores globaux à l’EAVS-AA et les scores à l’Asian American Values Scale (AAVS) est proche de zéro ou très faiblement négative, confirmant l’hypothèse d’indépendance dimensionnelle des deux construits : adhérer aux valeurs occidentales ne constitue pas le simple négatif mathématique de l’adhésion aux valeurs asiatiques.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité psychométrique de l’EAVS-AA a été confirmée à la fois sous l’angle de la cohérence interne et sous celui de la stabilité temporelle :
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’échantillon princeps de validation constitué par Wolfe et al. (2001), le coefficient alpha de Cronbach (α) pour l’ensemble des 25 items de l’EAVS-AA était de 0,77 auprès d’un échantillon d’étudiants asiatiques-américains. Bien que l’instrument aborde des domaines socioculturels variés (famille, politique, droits sexuels, indépendance personnelle), cette valeur démontre une homogénéité satisfaisante pour une échelle de valeurs d’ordre sociologique et psychologique.
Dans des recherches subséquentes menées auprès de panels plus larges d’adultes et de diverses sous-populations asiatiques-américaines (par exemple des Américains d’origine chinoise, coréenne, vietnamienne ou philippine), les indices de cohérence interne rapportés oscillent de manière consistante entre 0,74 et 0,82. Les corrélations item-total corrigées s’échelonnent généralement entre 0,25 et 0,55 pour les 25 items, ce qui justifie la conservation de l’ensemble des énoncés sans redondance sémantique excessive.
Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)
La fidélité test-retest a été rigoureusement évaluée sur un sous-échantillon de participants ayant complété l’instrument à deux reprises avec un intervalle de deux semaines. Le coefficient de corrélation de Pearson obtenu s’est élevé à r = 0,83 (p < 0,001). Ce niveau de stabilité temporelle confirme que l’EAVS-AA mesure des orientations de valeurs stables et des structures de croyances intériorisées plutôt que des états d’humeur transitoires ou des réactions contextuelles volatiles.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement initial et l’affinement structurel de l’EAVS-AA ont impliqué des procédures d’analyse factorielle exploratoire (AFE) puis confirmatoire (AFC) :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la phase de réduction des données à partir d’un ensemble préliminaire de 48 items, Wolfe et ses collègues ont réalisé une analyse en composantes principales (ACP) suivie d’une rotation oblique (Promax) et d’une rotation orthogonale (Varimax). L’analyse du graphique d’éboulis (scree plot de Cattell) a mis en évidence un facteur général dominant expliquant la part prépondérante de la variance commune, accompagné de plusieurs sous-facteurs mineurs aux valeurs propres résiduelles modestes.
Les auteurs ont opté pour un modèle unifactoriel d’ensemble, retenant les 25 items démontrant des saturations factorielles supérieures au seuil de 0,35 sur le facteur global d’adhésion aux valeurs euro-américaines, tout en éliminant les items ambigus ou présentant des saturations croisées sur des dimensions idiosyncratiques non interprétables. Les saturations des items conservés s’échelonnent de 0,36 à 0,64.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC) et débats structurels
Dans la littérature psychométrique postérieure, plusieurs modélisations ont été testées afin de vérifier si une structure multifactorielle hiérarchique ne traduirait pas plus fidèlement les facettes de l’échelle. Des modèles testant 4 à 5 facteurs de premier ordre (notamment : Individualisme/Autonomie, Égalité des genres, Liberté d’expression/Critique du gouvernement, Séparation familiale) subordonnés à un facteur général de second ordre ont démontré des indices d’ajustement acceptables :
- Indice de Tucker-Lewis (TLI) : ~ 0,88 – 0,91
- Comparative Fit Index (CFI) : ~ 0,89 – 0,92
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : ~ 0,048 – 0,058 (IC 90% [0,041, 0,065])
Néanmoins, en raison de fortes corrélations inter-facteurs entre les dimensions de premier ordre (souvent supérieures à r = 0,60) et de la primauté accordée à l’utilité clinique globale, les concepteurs de l’échelle et la majorité des chercheurs continuent de recommander l’utilisation du score total composite unidimensionnel, qui représente la métrique la plus parcimonieuse et la plus fidèle du degré global d’adhésion aux valeurs euro-américaines.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type de mesure : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique et socioculturelle (auto-rapporté).
- Nombre total d’items : 25 items standardisés.
- Format de réponse : Échelle de Likert à 7 points : 1 = Pas du tout d’accord (Strongly disagree), 2 = Modérément pas d’accord (Moderately disagree), 3 = Légèrement pas d’accord (Mildly disagree), 4 = Ni d’accord ni pas d’accord (Neither agree nor disagree), 5 = Légèrement d’accord (Mildly agree), 6 = Modérément d’accord (Moderately agree), 7 = Tout à fait d’accord (Strongly agree).
- Cotation et inversion des items :
- 12 items sont cotés directement (sens direct) : items 1, 2, 4, 6, 7, 10, 11, 12, 16, 19, 22 et 24. Pour ces items, les points attribués correspondent au chiffre sélectionné (de 1 à 7).
- 13 items sont formulés négativement et doivent être inversés avant le calcul du score : items 3, 5, 8, 9, 13, 14, 15, 17, 18, 20, 21 et 23. La règle de recodage pour ces items inversés est la suivante : un score de 1 devient 7, 2 devient 6, 3 devient 5, 4 reste 4, 5 devient 3, 6 devient 2, et 7 devient 1 (Formule :
Score_inversé = 8 - Réponse_brute).
- Calcul du score global : Après inversion des 13 items négatifs, la somme de l’ensemble des 25 items est calculée (fourchette de score possible allant de 25 à 175) ou, plus couramment, la moyenne arithmétique de l’ensemble des items (somme divisée par 25, produisant une moyenne de 1,00 à 7,00).
- Interprétation des résultats :
- Scores élevés (moyenne > 5,0 ou score > 125) : Témoignent d’une forte adhésion aux valeurs européennes-américaines (individualisme marqué, autonomie décisionnelle, indépendance familiale et émancipation des rôles de genre traditionnels).
- Scores modérés (moyenne comprise entre 3,5 et 5,0) : Reflètent une adhésion intermédiaire ou équilibrée, fréquente chez les individus négociant des identités biculturelles complexes.
- Scores faibles (moyenne < 3,5 ou score < 87) : Indiquent une faible adhésion aux valeurs dominantes euro-américaines, caractéristique des individus récents dans le pays d’accueil ou fortement ancrés dans des normes collectivistes traditionnelles.
- Temps d’administration : Environ 5 à 10 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication officielle : 2001.
- Détenteurs des droits : American Psychological Association (APA) et auteurs originaux (Wolfe, Yang, Wong, & Atkinson).
- Statut d’utilisation et permissions : L’échelle a été publiée dans la revue à comité de lecture de l’APA Cultural Diversity and Ethnic Minority Psychology. Elle est mise à la disposition de la communauté scientifique et clinique à des fins de recherche académique, d’enseignement ou d’évaluation clinique non commerciale sans frais d’acquisition de licence, à condition de citer fidèlement la source princeps originale.
- Tarifs : Gratuit pour une utilisation dans le cadre de recherches académiques non commerciales ou d’études universitaires. Toute reproduction commerciale, inclusion dans des progiciels payants ou intégration dans des batteries de tests commerciales nécessite une autorisation formelle préalable de l’American Psychological Association Rights & Permissions office.
12. Références / References
- Atkinson, D. R., Morten, G., & Sue, D. W. (1998). Counseling American minorities: A cross-cultural perspective (5th ed.). McGraw-Hill.
- Berry, J. W. (1980). Acculturation as varieties of adaptation. In A. M. Padilla (Ed.), Acculturation: Theory, models and some new findings (pp. 9–25). Westview Press.
- Berry, J. W. (1997). Immigration, acculturation, and adaptation. Applied Psychology, 46(1), 5–34. https://doi.org/10.1111/j.1464-0597.1997.tb01087.x
- Gordon, M. M. (1964). Assimilation in American life: The role of race, religion, and national origins. Oxford University Press.
- Hofstede, G. (1980). Culture’s consequences: International differences in work-related values. Sage Publications.
- Kim, B. S. K., Atkinson, D. R., & Yang, P. H. (1999). The Asian Values Scale: Development, factor analysis, validation, and reliability. Journal of Counseling Psychology, 46(3), 342–352. https://doi.org/10.1037/0022-0167.46.3.342
- Markus, H. R., & Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. Psychological Review, 98(2), 224–253. https://doi.org/10.1037/0033-295X.98.2.224
- Triandis, H. C. (1995). Individualism & collectivism. Westview Press.
- Wolfe, M. M., Yang, P. H., Wong, E. P., & Atkinson, D. R. (2001). Design and development of the European American Values Scale for Asian Americans. Cultural Diversity and Ethnic Minority Psychology, 7(3), 274–283. https://doi.org/10.1037/1099-9809.7.3.274
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
7-point Likert scale: 1 = Strongly disagree, 2 = Moderately disagree, 3 = Mildly disagree, 4 = Neither agree nor disagree, 5 = Mildly agree, 6 = Moderately agree, 7 = Strongly agree
Instructions: Select the number from the response scale that best indicates your level of agreement with each item.
- I think it is fine for an unmarried woman to have a child.
- Abortion should be legal if the mother’s health is in danger.
- Sometimes, it is necessary for the government to stifle individual development.
- You can do anything you put your mind to.
- When taking a trip, you should always go with other people.
- In marriage, even if it causes problems, a woman should pursue her own career.
- When making important decisions, I think about personal consequences first.
- I prefer group activities to individual activities.
- People should not be allowed to criticize the government publicly.
- It is a good thing to be able to live apart from your family.
- The individual’s needs take priority over the family’s needs.
- It is my right to be able to disagree with my parents.
- One should avoid doing things that might bring attention to oneself.
- One should not be allowed to demonstrate against the government.
- We must consider the feelings of other people before our own.
- It is acceptable for women to have a career even if their husbands disagree.
- Having personal choices is not as important as having peace of mind.
- I prefer spending time with family over spending time alone.
- What is right or wrong depends upon each individual.
- People should stay in their home communities rather than move away.
- One should stick with traditional ways of doing things.
- It is fine for a woman to choose not to have children.
- Society works best when people do what they are told to do.
- If I had to choose, I would rather be independent than secure.
- It is acceptable to engage in consensual premarital sex.