1. Résumé / Abstract
L’Échelle du trouble de stress post-traumatique administrée par le clinicien (Clinician-Administered PTSD Scale for DSM-5, CAPS-5) constitue la référence internationale absolue (« gold standard ») pour l’évaluation diagnostique et la mesure de la sévérité du trouble de stress post-traumatique (TSPT) selon les critères nosologiques du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, cinquième édition (DSM-5). Développée par les chercheurs du National Center for PTSD (Département des Anciens Combattants des États-Unis), cette entrevue clinique semi-structurée comprend 30 items standardisés administrés par un professionnel formé, au cours d’un entretien approfondi d’une durée moyenne de 45 à 60 minutes. L’évaluation s’articule conjointement avec la Life Events Checklist for DSM-5 (LEC-5) pour opérationnaliser le Critère A relatif à l’exposition traumatique.
Le protocole de la CAPS-5 quantifie rigoureusement l’ensemble des dimensions sémiologiques du TSPT : les symptômes d’intrusion (Critère B, 5 items), l’évitement persistant des stimuli associés au traumatisme (Critère C, 2 items), les altérations négatives cognitives et émotionnelles (Critère D, 7 items), et l’hyperactivation neurovégétative (Critère E, 6 items). L’instrument explore également le délai d’apparition des manifestations (Critère F), la durée globale du trouble (Critère F), le retentissement fonctionnel et la détresse subjective (Critère G, 3 items), la validité globale de l’évaluation clinique, ainsi que le sous-type dissociatif (dépersonnalisation et déréalisation, 2 items). Chaque item symptomatique est évalué sur une échelle ordinale intégrée de sévérité en 5 points (de 0 = « Absent » à 4 = « Extrême / incapacitant »), combinant fréquence et intensité d’expression.
Sur le plan psychométrique, la CAPS-5 démontre des qualités exceptionnelles : une cohérence interne élevée (coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,88 et 0,94 pour le score total), une fidélité inter-évaluateurs remarquable (coefficients de corrélation intraclasse souvent supérieurs à 0,90) et une excellente validité convergente avec les versions antérieures (r = 0,83 avec la CAPS-IV) ainsi qu’avec les auto-questionnaires validés tels que le PCL-5. Traduite et validée dans plus d’une dizaine de langues, la CAPS-5 représente le dispositif psychométrique prééminent tant dans la recherche translationnelle et clinique que dans la pratique psychiatrique et médico-légale contemporaine.
2. Mots-clés / Keywords
Trouble de stress post-traumatique, CAPS-5, entretien semi-structuré, évaluation diagnostique, psychométrie, DSM-5, psychotraumatologie, fidélité inter-juges, validité clinique, sévérité symptomatique
3. Auteurs / Authors
La version actuelle de l’instrument (CAPS-5), calibrée sur les critères du DSM-5, a été conçue et standardisée par une équipe de chercheurs de premier plan rattachés au National Center for PTSD au sein du U.S. Department of Veterans Affairs :
- Frank W. Weathers, Ph.D. — Professeur de psychologie clinique à l’Auburn University (Auburn, Alabama, États-Unis) et chercheur associé au National Center for PTSD. Auteur principal des différentes versions du CAPS et du PCL.
- Dudley D. Blake, Ph.D. — Psychologue clinicien, chercheur pionnier au National Center for PTSD (Behavioral Science Division, VA Boston Healthcare System, Boston, Massachusetts, États-Unis). Co-créateur de la version originale de la CAPS en 1990.
- Paula P. Schnurr, Ph.D. — Directrice générale du National Center for PTSD (White River Junction, Vermont, États-Unis) et professeure de psychiatrie à la Geisel School of Medicine de Dartmouth College. Spécialiste mondialement reconnue des essais cliniques randomisés dans le TSPT.
- David G. Kaloupek, Ph.D. — Chercheur émérite à la Behavioral Science Division du National Center for PTSD, VA Boston Healthcare System, et professeur agrégé de psychiatrie à la Boston University School of Medicine.
- Brian P. Marx, Ph.D. — Directeur associé de la Behavioral Science Division, National Center for PTSD, VA Boston Healthcare System, et professeur de psychiatrie à la Boston University School of Medicine. Expert en évaluation standardisée des traumatismes.
- Terence M. Keane, Ph.D. — Directeur associé pour la recherche et le développement au VA Boston Healthcare System, professeur et vice-doyen pour la recherche en psychiatrie à la Boston University School of Medicine. Figure fondamentale de la conceptualisation psychologique du TSPT.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de la Clinician-Administered PTSD Scale for DSM-5 (CAPS-5) est de fournir un cadre d’investigation standardisé, hautement reproductible et psychométriquement rigoureux pour poser le diagnostic catégoriel de trouble de stress post-traumatique et quantifier de manière continue la sévérité de sa symptomatologie. Avant l’émergence des entretiens standardisés, le diagnostic de TSPT reposait sur des entretiens non structurés sujets à une importante variabilité inter-individuelle, à des biais d’ancrage diagnostique et à une faible concordance inter-juges. La CAPS a été spécifiquement conçue pour combler ces lacunes méthodologiques en opérationnalisant chaque critère diagnostique sous forme de questions d’approfondissement standardisées, assorties d’exemples cliniques et de critères de cotation univoques.
Dans les contextes de recherche clinique et translationnelle, la CAPS-5 s’impose comme le critère de jugement principal (primary outcome) standard dans les essais contrôlés randomisés évaluant des interventions psychothérapeutiques (telles que la thérapie d’exposition prolongée, la thérapie de traitement cognitif ou l’EMDR) et pharmacologiques (antidépresseurs sérotoninergiques, modulateurs adrénergiques ou approches innovantes). Sa granularité de mesure permet d’évaluer non seulement le statut diagnostique dichotomique (présence ou absence de TSPT selon les seuils du DSM-5), mais également des réductions dimensionnelles subtiles de la charge symptomatique globale ou par sous-clusters de symptômes, facilitant le suivi des trajectoires de rémission, de réponse partielle ou de rechute.
Dans la pratique clinique courante et médico-légale, la CAPS-5 remplit une fonction diagnostique différentielle critique. Elle aide le clinicien à distinguer les intrusions traumatiques authentiques des obsessions, ruminations dépressives ou délires psychotiques, et à vérifier de façon scrupuleuse le lien étiologique direct entre les symptômes signalés et l’événement index indexé lors de l’administration conjointe du Critère A. Enfin, l’inclusion d’items métacliniques jaugeant la crédibilité du répondant, la validité perçue du profil et la présence de symptômes dissociatifs fournit un niveau de finesse clinique inaccessible aux auto-questionnaires conventionnels.
5. Construit psychologique / Construct
La CAPS-5 opérationnalise la structure multidimensionnelle du TSPT telle qu’établie dans la cinquième révision du DSM. Le construit n’est plus considéré comme un simple trouble anxieux (comme dans le DSM-IV), mais est classé parmi les Troubles liés à des traumatismes ou à des facteurs de stress, reflétant une constellation de réponses affectives, cognitives, comportementales et physiologiques déclenchées par l’exposition à la mort réelle ou menaçante, à des blessures graves ou à des violences sexuelles. Le construit s’articule autour de quatre domaines symptomatiques majeurs, complétés par des dimensions temporelles, fonctionnelles et dissociatives :
Critère B : Symptômes d’intrusion (Items 1 à 5)
Ce domaine correspond à la réexpérience subjective involontaire et récurrente du traumatisme. Le sujet ne se contente pas de se souvenir de l’événement ; le réseau mnésique traumatique s’active automatiquement en l’absence de contrôle délibéré. Ce critère englobe :
- Les souvenirs répétitifs, involontaires et envahissants provoquant un sentiment de détresse aiguë.
- Les cauchemars récurrents dont le contenu ou la tonalité émotionnelle sont directement liés au trauma.
- Les réactions dissociatives de type flash-back, où la personne réagit ou a l’impression que l’événement traumatique est en train de se reproduire sur un continuum allant de la brève illusion à la perte totale de contact avec la réalité immédiate.
- La détresse psychologique intense ou prolongée lors de l’exposition à des déclencheurs internes (sensations somatiques, émotions) ou externes (lieux, odeurs, sons) évoquant le traumatisme.
- La réactivité physiologique marquée (tachycardie, sudation, tremblements, tensions musculaires) en réponse à ces mêmes indices de rappel.
Critère C : Évitement persistant (Items 6 et 7)
L’évitement représente un mécanisme fondamental de maintien du trouble selon les modèles comportementaux. Il se décline en deux composantes obligatoires à explorer :
- L’évitement interne actif : efforts délibérés pour chasser de sa conscience les souvenirs, pensées ou sentiments anxiogènes relatifs à l’événement.
- L’évitement externe actif : fuite ou évitement délibéré des indices environnementaux (personnes, lieux, discussions, activités, situations physiques) capables de réactiver la mémoire traumatique.
Critère D : Altérations négatives des cognitions et de l’humeur (Items 8 à 14)
Ce cluster, largement remanié dans le DSM-5, capture les perturbations cognitives profondes et l’effondrement affectif post-traumatique :
- L’amnésie dissociative post-traumatique, caractérisée par l’incapacité d’accéder volontairement à des aspects fondamentaux de l’événement traumatique (non attribuable à un traumatisme crânien ou à une intoxication).
- Les croyances et attentes négatives rigides et généralisées concernant soi-même (« Je suis brisé », « Je ne vaux rien »), les autres (« On ne peut faire confiance à personne ») ou le monde dans son ensemble (« Le monde est purement dangereux »).
- Les distorsions cognitives persistantes amenant l’individu à s’attribuer indûment la responsabilité du traumatisme ou à blâmer des tiers de manière inappropriée.
- Un état émotionnel négatif chronique et envahissant (peur, terreur, colère, culpabilité écrasante, honte).
- Une réduction marquée de l’intérêt pour des activités significatives ou un désengagement manifeste de celles-ci.
- Des sentiments persistants de détachement, d’étrangeté ou d’aliénation par rapport aux proches et à l’entourage social.
- Une restriction de la gamme des affects positifs, se traduisant par une incapacité structurelle à éprouver de la joie, de la tendresse, de la satisfaction ou de l’amour.
Critère E : Altérations marquées de l’éveil et de la réactivité (Items 15 à 20)
Cette dimension reflète le dérèglement persistant du système nerveux autonome et des mécanismes d’alerte :
- L’irritabilité et les accès de colère disproportionnés avec agressivité verbale ou physique déclenchée pour des motifs minimes.
- Les comportements autodestructeurs, imprudents ou à haut risque (conduite dangereuse, prises de toxiques impulsives).
- L’hypervigilance chronique, état d’alerte permanent caractérisé par un balayage continuel de l’environnement à la recherche d’une menace potentielle.
- La réaction de sursaut exagérée face à des stimuli sensoriels inattendus.
- Les difficultés massives de concentration et de maintien de l’effort cognitif.
- Les troubles sévères du sommeil (difficultés d’endormissement, réveils nocturnes anxieux, sommeil non réparateur).
Dimensions contextuelles, fonctionnelles et sous-type dissociatif (Items 21 à 30)
La CAPS-5 consacre dix items supplémentaires pour évaluer l’âge d’apparition et la latence (Item 21), la durée totale des manifestations afin de valider le Critère F (dépassement du seuil d’un mois, Item 22), ainsi que le retentissement direct sur la détresse subjective, le fonctionnement social et la sphère professionnelle (Critère G, Items 23 à 25). Elle inclut également une appréciation globale de la sévérité et de l’amélioration (Items 26-27), un contrôle de validité de l’observation (Item 28), et l’évaluation fine du sous-type dissociatif via la présence de dépersonnalisation (Item 29) et de déréalisation (Item 30).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
La conception de la CAPS-5 s’enracine dans la convergence de la nosologie opérationnelle contemporaine et des grands modèles cognitivo-comportementaux et neurobiologiques du psychotraumatisme. Historiquement, le TSPT a été formalisé à partir des théories de l’apprentissage (conditionnement classique et opérant de Mowrer), où les stimuli neutres présents lors du traumatisme deviennent des stimuli conditionnés capables de déclencher des réponses d’anxiété massive, pérennisées par des conduites d’évitement empêchant l’extinction.
L’assise conceptuelle centrale repose principalement sur la Théorie du traitement émotionnel formulée par Edna Foa et Michael Kozak (1986). Selon cette approche, le traumatisme engendre la formation d’une « structure de peur » mnésique pathologique en mémoire à long terme, hautement instable et suractivée, qui intègre des représentations erronées du danger et de la vulnérabilité personnelle. La CAPS-5 examine minutieusement la réactivation de cette structure à travers les items d’intrusion (Critère B) et les manœuvres défensives destinées à inhiber cette activation (Critère C).
Sur le versant cognitif, le modèle d’Anke Ehlers et David M. Clark (2000) fournit une justification directe aux items du Critère D intégrés dans la CAPS-5. Ehlers et Clark postulent que le TSPT chronique se développe lorsque l’individu traite le traumatisme et ses séquelles d’une manière qui génère un sentiment de menace actuelle permanente. Ce phénomène provient de deux mécanismes interdépendants : d’une part, des évaluations cognitives négatives idiosyncrasiques excessives (sur soi, le monde et la culpabilité), et d’autre part, la nature même de la mémoire traumatique, caractérisée par un déficit d’intégration contextuelle et temporelle (favorisant le revécu involontaire). La théorie de la double représentation de Chris Brewin (distinguant la mémoire accessible verbalement [VAM] de la mémoire accessible situationnellement [SAM]) étaye également la dissociation et les flash-backs explorés par la CAPS-5.
Enfin, les neurosciences cognitives modernes soutiennent la cartographie des symptômes évalués par l’instrument : l’hyperréactivité de l’amygdale couplée à un déficit d’inhibition top-down par le cortex préfrontal ventromédian sous-tend l’hyperactivation neurovégétative (Critère E) et la réactivité physiologique (Item 5), tandis que les altérations fonctionnelles de l’hippocampe expliquent les échecs de contextualisation spatio-temporelle des souvenirs et l’amnésie psychogène (Item 8).
7. Validité / Validity
Les propriétés psychométriques de la CAPS-5 ont fait l’objet de validations empiriques intensives auprès de populations variées de vétérans militaires, de victimes civiles d’agressions, d’accidents graves ou de catastrophes naturelles.
Validité convergente et discriminante
Dans l’étude princeps de validation psychométrique menée par Weathers et ses collaborateurs (2018) auprès d’une cohorte de vétérans de l’armée américaine, la CAPS-5 a démontré une validité convergente remarquable avec son prédécesseur de référence, la CAPS-IV, avec un coefficient de corrélation bivariée de r = 0,83. Les corrélations entre le score continu de sévérité globale de la CAPS-5 et les scores obtenus aux auto-questionnaires validés de dépistage du TSPT sont très substantielles : la corrélation avec la PTSD Checklist for DSM-5 (PCL-5) atteint régulièrement des valeurs situées entre r = 0,77 et r = 0,86.
Sur le plan de la validité discriminante, bien que le TSPT présente une forte comorbidité avec la dépression et l’anxiété généralisée, les corrélations entre la CAPS-5 et des mesures de symptomatologie dépressive (comme le Beck Depression Inventory-II [BDI-II] ou le PHQ-9) se situent à des niveaux modérés (autour de r = 0,55 à 0,65), significativement inférieurs aux corrélations observées avec les mesures spécifiques de stress post-traumatique. Cela confirme que l’instrument capture spécifiquement le noyau psychopathologique post-traumatique et non une détresse affective indifférenciée.
Validité de critère et diagnostique
En utilisant des méthodes d’analyse par courbes ROC (Receiver Operating Characteristic), la CAPS-5 présente une aire sous la courbe (AUC) oscillant entre 0,92 et 0,97 pour discriminer les individus répondant au diagnostic de TSPT selon les critères stricts du DSM-5. L’application de la règle de cotation standardisée (présence d’un symptôme attestée par un score de sévérité ≥ 2) procure une sensibilité clinique supérieure à 85 % et une spécificité diagnostique dépassant 90 %, minimisant significativement les taux de faux positifs et de faux négatifs comparativement aux instruments d’auto-évaluation.
Validité transculturelle
La CAPS-5 a fait l’objet de transpositions linguistiques rigoureuses et d’études de validation transculturelle, notamment en suédois, en bosniaque, en français, en allemand, en espagnol et en néerlandais. Ces investigations confirment la stabilité des propriétés diagnostiques et la validité transculturelle de la structure des critères nosologiques à travers divers groupes culturels et types de traumatismes.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de la CAPS-5 a été quantifiée à travers de multiples paramètres incluant la consistance interne, la reproductibilité inter-évaluateurs et la stabilité temporelle (test-retest).
Cohérence interne
La consistance interne de l’échelle, mesurée par le coefficient alpha de Cronbach, s’avère excellente sur l’ensemble des études publiées. Pour le score total de sévérité des 20 symptômes du DSM-5 (Items 1 à 20), les valeurs de l’alpha oscillent entre α = 0,88 et α = 0,94 selon les échantillons cliniques. Les sous-échelles correspondant aux critères symptomatiques présentent également une cohérence interne satisfaisante à excellente :
- Critère B (Intrusions, 5 items) : α compris entre 0,78 et 0,87
- Critère C (Évitement, 2 items) : α compris entre 0,70 et 0,82 (valeur robuste compte tenu du faible nombre d’items)
- Critère D (Altérations cognitives et de l’humeur, 7 items) : α compris entre 0,83 et 0,89
- Critère E (Altérations de l’éveil, 6 items) : α compris entre 0,79 et 0,86
Fidélité inter-évaluateurs
L’accord inter-juges constitue l’atout psychométrique fondamental de la CAPS-5. Dans les études évaluant l’accord entre deux cliniciens indépendants (soit par cotation en direct conjointe, soit par écoute d’enregistrements audio/vidéo standardisés), le coefficient de corrélation intraclasse (CCI) pour le score de sévérité totale se situe systématiquement entre 0,91 et 0,98. En ce qui concerne la décision diagnostique catégorielle (TSPT présent vs absent), le coefficient de Kappa de Cohen atteint des valeurs exceptionnelles variant de κ = 0,82 à κ = 0,93, attestant d’une concordance diagnostique quasi parfaite entre évaluateurs entraînés.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été examinée sur des intervalles courts (de 2 à 7 jours) auprès d’échantillons cliniques stables, sans modification thérapeutique. Les coefficients de corrélation de Pearson et les CCI pour le score total de sévérité s’élèvent entre r = 0,78 et r = 0,89, confirmant une excellente reproductibilité temporelle lorsque l’état clinique du patient demeure inchangé.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle sous-jacente aux 20 items symptomatiques de la CAPS-5 a suscité une abondante littérature psychométrique en modélisation par équations structurelles et analyses factorielles confirmatoires (AFC).
Modèle nosologique du DSM-5 versus modèles alternatifs
L’architecture théorique officielle du DSM-5 postule un modèle à quatre facteurs corrélés : Intrusions (B), Évitement (C), Altérations négatives de l’humeur et des cognitions (D), et Éveil/Réactivité (E). Bien que l’AFC confirme l’adéquation acceptable de ce modèle quadrifactoriel aux données empiriques, les travaux de recherche psychométrique contemporains ont confronté cette structure à des modèles concurrents plus fins :
- Le modèle d’engourdissement émotionnel de King et al. (1998) adapté au DSM-5, qui divise le Critère D en deux facteurs distincts : les altérations cognitives négatives d’une part, et l’anhédonie / détachement affectif d’autre part.
- Le modèle de dysphorie de Simms et al. (2002), qui regroupe les manifestations dépressives et l’irritabilité au sein d’un facteur général non spécifique de dysphorie.
- Le modèle hybride à 7 facteurs d’Armour et al. (2015), segmentant la sémiologie en : Intrusions, Évitement, Croyances négatives, Affects négatifs, Anhedonie, Hyperréactivité anxieuse et Comportements impulsifs/colériques.
Indices d’ajustement empiriques
Les modélisations en AFC réalisées sur de larges cohortes cliniques de patients évalués avec la CAPS-5 indiquent que le modèle standard du DSM-5 présente de très bons indices d’ajustement global :
- Comparative Fit Index (CFI) : 0,93 à 0,96
- Tucker-Lewis Index (TLI) : 0,92 à 0,95
- Root Mean Square Error of Approximation (RMSEA) : 0,045 à 0,062 (intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,07)
- Standardized Root Mean Square Residual (SRMR) : 0,040 à 0,055
Les saturations factorielles standardisées (factor loadings) de l’ensemble des 20 items symptomatiques sur leurs dimensions respectives sont robustes et statistiquement significatives (p < 0,001), variant typiquement de λ = 0,55 à λ = 0,88. Aucune saturation croisée majeure n’altère substantiellement la structure théorique préétablie, confirmant la haute validité de construit de l’instrument.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’administration de la CAPS-5 répond à des exigences méthodologiques strictes destinées à garantir l’objectivité de l’évaluation :
- Type d’évaluation : Entretien clinique semi-structuré administré en face-à-face ou par téléconsultation vidéo sécurisée par un professionnel de santé mentale (psychologue clinicien, psychiatre ou chercheur spécifiquement formé).
- Durée d’administration : Environ 45 à 60 minutes pour la passation complète.
- Composition globale : 30 items standardisés :
- 20 items mesurant les symptômes fondamentaux du DSM-5 (Items 1 à 20).
- 1 item mesurant le délai d’apparition des symptômes (Item 21).
- 1 item quantifiant la durée active des troubles (Critère F, Item 22).
- 3 items évaluant le retentissement fonctionnel et la détresse subjective (Critère G, Items 23 à 25).
- 2 items d’impression clinique globale : sévérité globale et amélioration clinique (Items 26 et 27).
- 1 item évaluant la validité de l’observation et la crédibilité des réponses fournies (Item 28).
- 2 items évaluant le sous-type dissociatif : dépersonnalisation et déréalisation (Items 29 et 30).
- Format d’évaluation et cotation : Contrairement aux anciennes versions (CAPS-IV) qui cotaient séparément la fréquence (0 à 4) et l’intensité (0 à 4), la CAPS-5 utilise une échelle unique ordinale de sévérité en 5 points synthétisant la fréquence et l’intensité :
- 0 = Absent : Le symptôme ne s’est pas manifesté ou ne présente aucune pertinence clinique.
- 1 = Mild / subthreshold (Léger / infra-liminaire) : Symptôme présent à un niveau minime, n’atteignant pas le seuil clinique d’un critère pathologique.
- 2 = Moderate / threshold (Modéré / liminaire) : Symptôme clairement présent, répondant aux exigences du critère diagnostique avec détresse ou gêne notable.
- 3 = Severe / markedly elevated (Sévère / nettement élevé) : Symptôme marqué, fréquent et induisant une souffrance substantielle.
- 4 = Extreme / incapacitating (Extrême / incapacitant) : Symptôme permanent, dévastateur, entraînant une invalidation fonctionnelle majeure.
- Algorithme diagnostique :
- Un symptôme individuel est considéré comme présent s’il reçoit un score de sévérité supérieur ou égal à 2 (Moderate / threshold).
- Le diagnostic formel de TSPT selon le DSM-5 exige :
- Confirmation de l’exposition à un événement traumatique répondant au Critère A (souvent documenté via la LEC-5).
- Présence d’au moins 1 symptôme du Critère B (Intrusions).
- Présence d’au moins 1 symptôme du Critère C (Évitement).
- Présence d’au moins 2 symptômes du Critère D (Altérations cognitives et émotionnelles négatives).
- Présence d’au moins 2 symptômes du Critère E (Altérations de l’éveil et de la réactivité).
- Une durée des symptômes supérieure à 1 mois (Critère F).
- Une détresse cliniquement significative ou une altération marquée du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants (Critère G).
- Score dimensionnel continu : Le score total de sévérité s’obtient par la somme arithmétique directe des 20 items symptomatiques du DSM-5 (Items 1 à 20), générant un score total continu compris entre 0 et 80 points.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
La version originale de la CAPS a été formalisée en 1990 sous la direction de Dudley Blake et Frank Weathers. La version actuelle correspondant au DSM-5 (CAPS-5) a été publiée et standardisée en 2015 par le National Center for PTSD.
Propriété intellectuelle et conditions d’accès : L’échelle CAPS-5 est la propriété intellectuelle du National Center for PTSD, division du United States Department of Veterans Affairs (VA). Dans le cadre de la mission de service public de cette agence gouvernementale fédérale, l’instrument est mis à la disposition des professionnels de santé mentale et des chercheurs sans aucun frais de licence commerciale (gratuit).
Cependant, l’obtention des protocoles officiels d’entretien et du manuel de cotation exige une démarche formelle préalable. Tout utilisateur qualifié doit renseigner le formulaire officiel de demande d’instruments du NCPTSD en ligne à l’adresse officielle : NCPTSD Instrument Request Form. L’utilisateur doit attester de ses compétences cliniques ou s’engager à suivre la formation standardisée dispensée par le National Center for PTSD afin de garantir la rigueur de l’administration et la fidélité des cotations cliniques.
12. Références / References
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Blake, D. D., Weathers, F. W., Nagy, L. M., Kaloupek, D. G., Gusman, F. D., Charney, D. S., & Keane, T. M. (1995). The development of a Clinician-Administered PTSD Scale. Journal of Traumatic Stress, 8(1), 75-90. https://doi.org/10.1002/jts.2490080106
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Ehlers, A., & Clark, D. M. (2000). A cognitive model of posttraumatic stress disorder. Behaviour Research and Therapy, 38(4), 319-345. https://doi.org/10.1016/S0005-7967(99)00123-0
Foa, E. B., & Kozak, M. J. (1986). Emotional processing of fear: Exposure to corrective information. Psychological Bulletin, 99(1), 20-35. https://doi.org/10.1037/0033-2909.99.1.20
King, D. W., Leskin, G. A., King, L. A., & Weathers, F. W. (1998). Confirmatory factor analysis of the Clinician-Administered PTSD Scale: Evidence for the dimensionality of posttraumatic stress disorder. Psychological Assessment, 10(2), 90-96. https://doi.org/10.1037/1040-3590.10.2.90
Simms, L. J., Watson, D., & Doebbeling, B. N. (2002). Confirmatory factor analyses of posttraumatic stress symptoms in deployed and nondeployed veterans of the Gulf War. Journal of Abnormal Psychology, 111(4), 637-647. https://doi.org/10.1037/0021-843X.111.4.637
Weathers, F. W., Blake, D. D., Schnurr, P. P., Kaloupek, D. G., Marx, B. P., & Keane, T. M. (2015). The Clinician-Administered PTSD Scale for DSM-5 (CAPS-5) – Past Month. National Center for PTSD. https://www.ptsd.va.gov/professional/assessment/documents/ptsd_trauma_assessments.asp
Weathers, F. W., Bovin, M. J., Lee, D. J., Sloan, D. M., Schnurr, P. P., Kaloupek, D. G., Keane, T. M., & Marx, B. P. (2018). The Clinician-Administered PTSD Scale for DSM-5 (CAPS-5): Development and initial psychometric evaluation in military veterans. Psychological Assessment, 30(3), 383-395. https://doi.org/10.1037/pas0000486
Weathers, F. W., Keane, T. M., & Davidson, J. R. T. (2001). Clinician-Administered PTSD Scale: A review of the first ten years of research. Depression and Anxiety, 13(3), 132-156. https://doi.org/10.1002/da.1029
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Response Scale:
5-point severity rating: 0 = Absent, 1 = Mild / subthreshold, 2 = Moderate / threshold, 3 = Severe / markedly elevated, 4 = Extreme / incapacitating
Scoring Rules:
A symptom is considered present if rated at a severity score of 2 (Moderate / threshold) or higher. PTSD diagnosis requires Criterion A confirmation, at least 1 Criterion B symptom, at least 1 Criterion C symptom, at least 2 Criterion D symptoms, at least 2 Criterion E symptoms, duration of symptoms exceeding 1 month (Criterion F), and significant clinical distress or functional impairment (Criterion G).
- Involuntary, distressing, and recurring memories of the traumatic experience (Criterion B1)
- Distressing and recurrent dreams related in content or affect to the trauma (Criterion B2)
- Dissociative reactions such as flashbacks where the individual feels or acts as though the event were recurring (Criterion B3)
- Intense or prolonged psychological distress when exposed to internal or external trauma reminders (Criterion B4)
- Marked physiological reactivity in response to internal or external reminders of the traumatic event (Criterion B5)
- Deliberate avoidance of or efforts to avoid distressing trauma-related memories, thoughts, or feelings (Criterion C1)
- Deliberate avoidance of or efforts to avoid external trauma reminders such as people, places, conversations, or situations (Criterion C2)
- Inability to recall important aspects of the traumatic event, typically due to dissociative amnesia (Criterion D1)
- Persistent and exaggerated negative beliefs or expectations about oneself, others, or the world (Criterion D2)
- Persistent, distorted cognitions leading the individual to blame themselves or others for the trauma or its consequences (Criterion D3)
- Persistent negative emotional state such as fear, horror, anger, guilt, or shame (Criterion D4)
- Markedly diminished interest or participation in significant activities (Criterion D5)
- Persistent feelings of detachment, isolation, or estrangement from other people (Criterion D6)
- Persistent inability to experience positive emotions such as happiness, satisfaction, or loving feelings (Criterion D7)
- Irritable behavior, angry outbursts, or aggressive verbal/physical conduct with little or no provocation (Criterion E1)
- Reckless, dangerous, or self-destructive behaviors (Criterion E2)
- Persistent hypervigilance and heightened scanning of the surrounding environment (Criterion E3)
- Exaggerated startle response to sudden or unexpected stimuli (Criterion E4)
- Difficulties concentrating, focusing, or sustaining mental effort (Criterion E5)
- Disturbed sleep, including difficulties initiating sleep, maintaining sleep, or restless sleep (Criterion E6)
- Assessment of onset latency of PTSD symptoms following trauma exposure
- Total duration of active symptoms (to evaluate the one-month duration threshold under Criterion F)
- Level of subjective distress directly attributed to PTSD symptoms (Criterion G)
- Level of impairment in social and relational functioning (Criterion G)
- Level of impairment in occupational, educational, or other major daily activities (Criterion G)
- Global evaluation of trauma-related symptom severity across the assessment interval
- Global assessment of overall symptom improvement relative to a baseline timepoint
- Assessment of interview rating validity and respondent credibility
- Persistent or recurrent experiences of unreality or detachment from one’s own mind, body, or processes (Dissociative Subtype: Depersonalization)
- Persistent or recurrent experiences of unreality or detachment from one’s surroundings (Dissociative Subtype: Derealization)