Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (ESCT)

L’Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (ESCT) évalue les stratégies de communication (intégratives, distributives, évitement) utilisées par les couples lors d’un différend précis.

Dr. Mohammed Looti Universitaire et chercheur spécialisé en psychologie
PUBLIÉ
Révisé scientifiquement · Dr. Marwa Abd-Alazim · octobre 14, 2026
Revu médicalement et scientifiquement Vérifié le : octobre 14, 2026
Dr. Marwa Abd-Alazim PhD in Psychology
Faculty Member • University of Kerbala
Critères d'évaluation et normes cliniques

Ce contenu fait l'objet d'un examen scientifique rigoureux et de normes éditoriales médicales afin de garantir l'exactitude clinique et la conformité aux directives fondées sur des preuves (APA / OMS).

1. Résumé / Abstract

L’Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (Episode-Specific Conflict Tactics Scale, ESCT) est un instrument psychométrique d’auto-évaluation conçu pour appréhender la nature, la fréquence perçue et la tonalité stratégique des comportements déployés par les individus au sein d’une dyade amoureuse ou conjugale lors d’un différend circonscrit dans le temps. Développée et formalisée notamment dans les travaux doctoraux de Tammy Lowery Zacchilli (2007) à l’Université Texas Tech, en s’appuyant sur les modélisations théoriques fondamentales de la communication interpersonnelle et de la gestion conflictuelle initiées par Canary, Cunningham et Cody (1988), l’ESCT opérationnalise les réponses comportementales face aux désaccords relationnels à travers 36 items.

Contrairement aux échelles dispositionnelles ou rétrospectives globales qui mesurent des tendances stylistiques générales ou des fréquences cumulées sur de longues périodes (telles que la Conflict Tactics Scale de Straus), l’ESCT adopte une approche microscopique et contextuelle centrée sur un événement précis (« episode-specific »). Cette focalisation méthodologique permet de réduire substantiellement les biais rétrospectifs de mémoire épisodique et de rationalisation a posteriori. L’instrument s’articule canoniquement autour de trois macro-dimensions tactiques : (1) les tactiques intégratives (recherche de compromis, écoute active, compréhension empathique, négociation raisonnée), (2) les tactiques distributives (hostilité manifeste, blâme, recours aux menaces, sarcasme, élévation de la voix, attaques personnelles) et (3) les tactiques d’évitement (esquive du sujet, silence délibéré, minimisation ou déni de l’existence du problème, focalisation sur des éléments abstraits ou métacommunicationnels défensifs).

Le format d’évaluation repose sur une échelle ordinale en cinq points variant de « Very true of me » (Totalement vrai dans mon cas) à « Not at all true of me » (Pas du tout vrai dans mon cas). Sur le plan psychométrique, l’ESCT démontre une cohérence interne robuste, avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant typiquement entre 0,78 et 0,91 selon les sous-échelles et les échantillons étudiés, ainsi qu’une excellente validité de construit attestée par des analyses factorielles exploratoires et confirmatoires. L’instrument présente une validité convergente et discriminante marquée vis-à-vis des mesures de satisfaction conjugale, d’attachement amoureux, de détresse psychologique et de stabilité relationnelle. L’ESCT constitue aujourd’hui un outil d’investigation incontournable tant pour les chercheurs en psychologie sociale et systémique que pour les cliniciens et thérapeutes de couple souhaitant objectiver les séquences interactionnelles dysfonctionnelles.

2. Mots-clés / Keywords

Tactiques de conflit, psychométrie, communication de couple, dynamique relationnelle, tactiques intégratives, tactiques distributives, évitement du conflit, résolution de conflits, psychologie conjugale, évaluation épisodique, validité de construit, cohérence interne, thérapie de couple.

3. Auteurs / Authors

L’opérationnalisation contemporaine de l’Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (ESCT) a été documentée et validée par Tammy Lowery Zacchilli, Ph.D., au département de psychologie expérimentale de l’Université Texas Tech (Lubbock, Texas, États-Unis), dans le cadre de sa thèse de doctorat intitulée The Relationship Between Conflict and Communication, Sex, Relationship Satisfaction, and other Relational Variables in Dating Relationships (2007). Le Dr Zacchilli est professeure de psychologie à la Saint Leo University (Floride, États-Unis), spécialisée dans la psychologie sociale, l’agression relationnelle, le cyberharcèlement et les interactions conflictuelles chez les jeunes adultes (courriel institutionnel : [email protected]).

L’architecture sous-jacente des items et la taxonomie triaxiale des tactiques de conflit sont issues des travaux pionniers menés en sciences de la communication par :

  • Daniel J. Canary, Ph.D. : Professeur émérite en études de la communication (Arizona State University / University of Utah), chercheur de renommée internationale sur la gestion des conflits interpersonnels et les processus de maintien relationnel.
  • Elaine M. Cunningham, M.A. : Chercheuse associée en communication interactionnelle, University of Southern California.
  • Michael J. Cody, Ph.D. : Professeur de communication à l’Annenberg School for Communication and Journalism, University of Southern California, pionnier des théories sur l’influence interpersonnelle et les stratégies d’atteinte d’objectifs conversationnels.

4. Objectif / Purpose

L’objectif fondamental de l’ESCT est d’isoler, de quantifier et de caractériser la structure des stratégies comportementales et discursives adoptées par les individus au cours d’un épisode de confrontation singulier et délimité dans le temps. Historiquement, l’évaluation du conflit conjugal a été dominée par des instruments globaux à l’instar de la Conflict Tactics Scales (CTS/CTS-2) de Murray Straus ou du Rahim Organizational Conflict Inventory (ROCI-II). Bien que ces outils possèdent une valeur prédictive notable en santé publique et en épidémiologie sociale, ils souffrent d’une limite méthodologique intrinsèque lorsqu’ils sont appliqués à la dynamique fine du couple : l’agrégation temporelle rétrospective. Lorsqu’un participant doit estimer la fréquence de ses réactions sur une période de six ou douze mois, ses réponses sont massivement contaminées par des biais de mémoire affective, l’humeur du moment présent, et la réécriture reconstructive liée à la satisfaction relationnelle globale (l’effet de « halo relationnel »).

L’ESCT résout cette lacune en contraignant le répondant à ancrer son auto-évaluation dans la phénoménologie d’un différend spécifique : l’épisode le plus récent, le plus saillant ou le plus déstabilisant survenu dans le couple. En ciblant l’épisode (« episode-specific »), l’échelle capture les processus psychologiques in situ, rendant compte de la contingence contextuelle des réponses d’affrontement ou de repli. Ce choix méthodologique répond à une double finalité, académique et clinique :

Applications dans la recherche fondamentale et translationnelle

En recherche expérimentale et observationnelle, l’ESCT est utilisée pour tester des modèles théoriques sophistiqués portant sur les prédicteurs proximaux et distaux de l’escalade conflictuelle. L’outil permet notamment :

  • D’explorer les liens de causalité réciproque entre les styles d’attachement adulte (sécurisant, anxieux, évitant) et l’activation différentielle de tactiques de désescalade (intégration) ou d’agression psychologique (distribution).
  • D’analyser la concordance ou la dissonance inter-partenaires au moyen de modèles statistiques dyadiques de type APIM (Actor-Partner Interdependence Model), en mesurant simultanément comment la perception des tactiques de l’un influence la réactivité émotionnelle et comportementale de l’autre.
  • D’alimenter des protocoles de recueil écologique momentané (Ecological Momentary Assessment – EMA) ou d’études par journal de bord quotidien (daily diary studies), fournissant une granularité fine sur les transitions d’un profil intégratif vers un profil d’escalade distributive au cours de la vie quotidienne du couple.

Applications en pratique clinique et thérapie de couple

Dans le domaine de l’évaluation et de l’intervention conjugale, l’ESCT constitue un outil diagnostique et psychoéducatif de premier plan. Les cliniciens l’emploient lors de l’évaluation initiale pour dépasser les plaintes vagues (« nous ne savons plus communiquer ») et cartographier précisément le répertoire comportemental mobilisé lors des crises. Elle permet :

  • D’identifier la présence de cycles hautement destructeurs identifiés par la recherche empirique, tels que le motif « Demande-Retrait » (Demand-Withdraw pattern), où l’un des partenaires recourt massivement aux tactiques distributives (critique, élévation de la voix) tandis que l’autre se retranche dans les tactiques d’évitement (refus d’en parler, déni, déplacement abstrait du propos).
  • De mesurer objectivement les progrès thérapeutiques au fur et à mesure des séances, en comparant les scores obtenus sur les sous-échelles d’intégration et de distribution entre les épisodes survenus au début de la prise en charge et ceux survenus lors des phases avancées.
  • De servir de support neutre et standardisé lors de séances de débriefing conjugal pour confronter les partenaires à leurs propres modes d’action sans déclencher immédiatement une posture défensive.

5. Construit psychologique / Construct

L’ESCT opérationnalise le conflit conjugal non pas comme une variable unidimensionnelle d’intensité, mais comme une constellation de choix comportementaux stratégiques. Le construit psychologique sous-jacent s’articule autour de la taxonomie tripartite du comportement conflictuel interpersonal, subdivisée en tactiques intégratives, tactiques distributives et tactiques d’évitement. Chaque dimension reflète un positionnement motivationnel distinct quant à l’équilibre entre l’intérêt personnel (concern for self) et l’intérêt porté au partenaire ou à la relation (concern for other).

Dimension tactique Motivation sous-jacente Manifestations comportementales typiques Items illustratifs (ESCT)
Tactiques intégratives (Integrative Tactics) Haute considération pour soi et pour autrui ; logique de coopération gagnant-gagnant. Discussion posée, recherche de compromis, reconnaissance des torts, écoute empathique, validation de l’autre. Item 2 (Compromis), Item 3 (Discussion calme), Item 8 (Exploration de solutions), Item 24 (Part de responsabilité).
Tactiques distributives (Distributive Tactics) Haute considération pour soi, faible considération pour autrui ; logique de compétition gagnant-perdant. Attaques verbales, imputation de la faute, cris, menaces, sarcasme, dénigrement de la personnalité, coercition. Item 6 (Menaces), Item 9 (Critique de la personnalité), Item 11 (Cris), Item 18 (Blâme du conflit), Item 20 (Hostilité).
Tactiques d’évitement (Avoidance Tactics) Faible considération pour la confrontation immédiate ; esquive cognitive, verbale ou physique du différend. Changement de sujet, fuite physique, report indéfini, déni de l’existence du problème, intellectualisation abstraite. Item 1 (Changer de sujet), Item 4 (Éviter l’autre), Item 12 (Différer le problème), Item 31 (Nier le conflit).

1. Les tactiques intégratives

Cette dimension regroupe l’ensemble des comportements pro-sociaux et orientés vers le problème. L’individu cherche à clarifier la source du différend tout en préservant le lien affectif et l’intégrité de l’autre. Les mécanismes cognitifs en jeu relèvent de la prise de perspective (perspective-taking) et de la régulation émotionnelle descendante (down-regulation de la colère). Par exemple, l’item 5 (« I showed concern about his/her feelings and thoughts ») et l’item 27 (« I tried to understand him/her ») traduisent une démarche d’écoute active, tandis que l’item 10 (« I sought a mutually beneficial solution ») illustre une orientation constructive orientée vers des solutions mutuellement acceptables. L’usage prédominant de tactiques intégratives est universellement corrélé à une résolution pérenne des tensions et à un niveau élevé d’épanouissement conjugal.

2. Les tactiques distributives

À l’opposé du continuum d’affinité relationnelle, les tactiques distributives visent à dominer la confrontation, à contraindre l’autre à céder ou à punir le partenaire pour son comportement. Ce registre comportemental exploite l’agression verbale, l’intimidation et la manipulation émotionnelle. Le conflit n’est plus envisagé comme un obstacle à franchir ensemble, mais comme une arène à somme nulle où la victoire de l’un impose la défaite de l’autre. L’instrument capture ici différentes nuances de l’hostilité : de l’expression directe de la fureur (Item 11 : « I shouted at him/her » ; Item 22 : « I showed that I lost my temper ») à la manipulation culpabilisante (Item 14 : « I tried to make him/her feel guilty »), en passant par des attaques ontologiques contre l’essence même du conjoint (Item 9 : « I criticized an aspect of his/her personality » ; Item 35 : « I blamed the conflict on an aspect of his/her personality »). Ces tactiques activent une forte détresse physiologique chez le récepteur et constituent le moteur principal de l’escalade de la violence verbale.

3. Les tactiques d’évitement

L’évitement reflète une stratégie de désengagement de la situation conflictuelle. Loin d’être une simple absence d’action, il s’agit d’une démarche comportementale active destinée à neutraliser la confrontation. L’ESCT isole avec finesse plusieurs modalités d’évitement :

  • L’évitement physique ou direct : quitter la pièce, fuir la proximité du partenaire (Item 4 : « I avoided him/her »).
  • L’évitement thématique : dévier la conversation vers des sujets anodins ou secondaires (Item 1 : « I tried to change the subject » ; Item 15 : « I changed the topic of discussion »).
  • L’évitement cognitif ou par déni : affirmer catégoriquement qu’aucun désaccord n’existe (Item 31 : « I denied that there was any problem or conflict » ; Item 36 : « I explained why there was no problem at all »).
  • L’échappatoire métacommunicationnelle ou procédurale : déplacer le débat vers la forme du litige plutôt que sur son fond (Item 26 : « I focused on the meaning of the words more than the conflict issue » ; Item 34 : « I avoided the issue by focusing on how we were arguing instead of what we were arguing about »).

6. Cadre théorique / Theoretical Framework

L’assise conceptuelle de l’ESCT s’enracine au confluent de plusieurs grands courants théoriques de la psychologie sociale, de la communication et de l’étude systémique des relations interpersonnelles.

Le modèle de la double préoccupation (Dual Concern Model)

Le socle théorique premier de l’instrument dérive du Dual Concern Model formalisé à l’origine par Blake et Mouton (1964) dans leur grille managériale, puis affiné par Thomas et Kilmann (1974), Pruitt et Rubin (1986), et Rahim (1983). Selon cette théorie, toute gestion de conflit est régie par deux axes motivationnels orthogonaux :

  1. L’orientation vers soi (degré auquel l’acteur cherche à satisfaire ses propres besoins, droits et objectifs).
  2. L’orientation vers autrui (degré auquel l’acteur accorde de l’importance au bien-être, aux attentes et à la satisfaction de l’autre).

Canary, Cunningham et Cody (1988) ont transposé ce paradigme général aux échanges conflictuels intimes en le simplifiant en trois orientations tactiques majeures qui sous-tendent les 36 items de l’ESCT : l’intégration (forte préoccupation de soi et d’autrui), la distribution (forte préoccupation de soi, faible préoccupation d’autrui) et l’évitement (faible préoccupation d’affrontement direct). L’ESCT permet de mesurer empiriquement comment ces intentions théoriques se traduisent en actes discursifs précis lors d’un épisode donné.

La perspective interactionniste de Sillars et la métacommunication

L’ESCT intègre également de manière substantielle les travaux d’Alan L. Sillars (1980, 1982) relatifs aux schémas de codage conversationnel du conflit. Sillars a démontré que le conflit dans les relations intimes ne se réduit pas à une divergence d’intérêts sur des ressources concrètes (argent, tâches ménagères, temps libre), mais repose sur des attributions causales et des processus de métacommunication. Les items de l’ESCT évaluant l’imputation de la responsabilité (Item 18, Item 35) ou les dérives linguistiques procédurales (Item 26, Item 34) sont directement hérités des catégories de « communication orientée vers l’attribution » conceptualisées par Sillars.

La cascade destructrice de Gottman et les patrons interactionnels

Au niveau de la théorie clinique, l’ESCT s’articule directement avec les découvertes fondamentales de John Gottman issues du « Love Lab » de l’Université de Washington. Gottman a identifié quatre poisons relationnels prédicateurs de divorce (les « Quatre Cavaliers de l’Apocalypse ») : la Critique, le Mépris, la Défense et le Mur de silence (Stonewalling). Les sous-échelles distributive et d’évitement de l’ESCT mesurent précisément les manifestations concrètes de ces quatre cavaliers. Le mépris et la critique se retrouvent dans les tactiques distributives (Items 9, 19, 25, 32), tandis que le stonewalling et l’évitement défensif correspondent aux items de retrait et de fermeture communicationnelle (Items 4, 21, 29, 33).

7. Validité / Validity

Les propriétés psychométriques de l’ESCT ont fait l’objet de multiples vérifications méthodologiques dans la littérature scientifique consacrée à la communication dyadique et à la psychologie du couple.

Validité de construit

La validité de construit de l’ESCT s’appuie sur la capacité des 36 items à reproduire systématiquement la structure théorique tripartite attendue (Intégration, Distribution, Évitement). Les analyses confirment que les items se regroupent de manière cohérente autour de ces pôles, sans chevauchement conceptuel majeur. Les corrélations inter-dimensions démontrent des associations théoriquement prévisibles : la dimension distributive est corrélée négativement aux tactiques intégratives (généralement entre r = -0,35 et r = -0,52 selon les études), tandis que l’évitement entretient des corrélations modérées et positives avec les tactiques distributives (r = 0,25 à 0,40), traduisant le fait que l’évitement est souvent une réponse secondaire ou conjointe à l’escalade agressive.

Validité convergente et corrélats relationnels

La validité convergente de l’instrument a été établie par sa confrontation avec divers construits psychologiques éprouvés :

  • Satisfaction conjugale : Des corrélations positives substantielles sont documentées entre les scores d’intégration à l’ESCT et les instruments évaluant la satisfaction de couple, tels que le Couples Satisfaction Index (CSI) ou la Dyadic Adjustment Scale (DAS) (corrélations de l’ordre de r = 0,45 à 0,60, p < 0,001). Inversement, l’usage de tactiques distributives et de tactiques d’évitement est fortement corrélé de manière négative à la satisfaction conjugale (r variant de -0,38 à -0,55, p < 0,001).
  • Théorie de l’attachement amoureux : Les participants présentant un attachement insécurisant-anxieux obtiennent des scores significativement plus élevés sur les tactiques distributives et l’hyper-réactivité émotionnelle, tandis que les individus caractérisés par un attachement insécurisant-évitant rapportent une fréquence nettement supérieure d’items d’évitement (Items 1, 4, 12, 31). Les sujets sécurisants favorisent massivement les démarches intégratives.
  • Convergence avec d’autres échelles de conflit : Les scores de tactiques distributives de l’ESCT présentent de fortes corrélations positives avec l’échelle d’agression psychologique de la Revised Conflict Tactics Scales (CTS-2) de Straus (r > 0,65), confirmant qu’elle saisit adéquatement l’intensité conflictuelle au niveau micro-analytique.

Validité discriminante et prédictive

L’ESCT fait preuve d’une excellente validité discriminante vis-à-vis des traits de personnalité généraux (modèle du Big Five). Les tactiques de conflit mesurées pour un épisode particulier ne se confondent pas avec le névrosisme ou l’amabilité globale du participant, démontrant que l’échelle évalue une réponse comportementale située et dépendante de l’interaction, et non un simple biais de personnalité. Sur le plan prédictif, les scores de tactiques distributives lors d’un conflit spécifique prédisent significativement la persistance des ruminations post-conflictuelles 48 heures après l’échange, ainsi que la probabilité de récidive conflictuelle dans la semaine suivante.

8. Fidélité / Reliability

L’évaluation de la fidélité de l’ESCT porte principalement sur la cohérence interne de ses sous-échelles, la fidélité test-retest devant être interprétée avec prudence en raison du caractère intrinsèquement fluctuant des épisodes conflictuels.

Cohérence interne (Alpha de Cronbach et Omega de McDonald)

Les investigations psychométriques menées sur des cohortes d’adultes émergents et de couples cohabitants rapportent des indices de consistance interne très satisfaisants :

  • Sous-échelle Intégration : L’alpha de Cronbach se situe régulièrement entre 0,84 et 0,91, indiquant une forte homogénéité des items opérationnalisant la coopération, la négociation et l’empathie (ex. : Items 2, 3, 5, 8, 10, 13, 16, 17, 24, 27).
  • Sous-échelle Distribution : L’alpha de Cronbach oscille entre 0,82 et 0,89, attestant d’une excellente fiabilité dans la mesure de l’hostilité verbale, des menaces et du blâme personnel (ex. : Items 6, 9, 11, 14, 18, 20, 22, 25, 28, 30, 35).
  • Sous-échelle Évitement : L’alpha de Cronbach s’établit généralement entre 0,76 et 0,83. Cette variabilité légèrement plus marquée s’explique par la nature hétérogène des comportements d’évitement (fuite physique, déni verbal, intellectualisation métacommunicationnelle). Néanmoins, le coefficient dépasse largement le seuil standard d’acceptabilité de 0,70.

Stabilité temporelle (Fidélité test-retest)

Parce que l’ESCT est expressément conçue comme une mesure épisodique (état ou comportement situé) et non strictement dispositionnelle (trait immuable), le calcul d’un coefficient test-retest classique sur plusieurs semaines n’a de sens que si les participants rapportent leurs réactions face à un même épisode stable remémoré à court intervalle. Dans les protocoles de test-retest à intervalle bref (24 à 48 heures) portant sur le même conflit indexé, les coefficients de corrélation intraclasse (ICC) varient de 0,81 à 0,88, démontrant une stabilité remarquable du souvenir de l’épisode et de l’encodage des tactiques utilisées. Lorsque l’évaluation est répétée sur des épisodes distincts successifs, les corrélations test-retest chutent modérément (entre 0,40 et 0,60), ce qui constitue précisément une preuve de la sensibilité de l’instrument aux variations contextuelles propres à chaque différend.

9. Analyse factorielle / Factor Analysis

La structure dimensionnelle de l’ESCT a été examinée par le biais d’analyses factorielles exploratoires (AFE) initiales, suivies de confirmations par analyse factorielle confirmatoire (AFC).

Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)

Lors des travaux initiaux menés selon les paradigmes d’extraction en composantes principales et d’analyse en facteurs communs avec rotation oblique (Promax ou Oblimin, justifiée par l’interdépendance théorique des styles de communication), les critères de Kaiser-Guttman (valeurs propres supérieures à 1) et l’examen du diagramme d’éboulis (scree plot de Cattell) convergent vers une solution à trois facteurs principaux expliquant entre 45 % et 58 % de la variance totale des scores :

  • Facteur 1 (Tactiques distributives) : Ce facteur capture la part la plus importante de la variance dans les échantillons rapportant des conflits à haute intensité émotionnelle. Les items présentant les saturations factorielles les plus élevées (typiquement > 0,65) sont les items relatifs au blâme direct (Item 18, 35), à la perte de contrôle (Item 22), aux cris (Item 11) et à l’hostilité globale (Item 20).
  • Facteur 2 (Tactiques intégratives) : Ce facteur regroupe les items liés à la collaboration constructive. Des saturations fortes (> 0,60) sont observées pour la discussion posée (Item 3), la recherche de compromis mutuel (Item 2, Item 10), l’écoute bienveillante (Item 5, Item 27) et l’endossement de sa part de responsabilité (Item 24).
  • Facteur 3 (Tactiques d’évitement) : Ce facteur agrège les conduites de déviation et de fuite. Les items de déni (Item 31, 36) et de diversion thématique (Item 1, 15) affichent des saturations comprises entre 0,50 et 0,72. Certains items plus subtils d’évitement métacommunicationnel (Item 26, 34) présentent des saturations plus modestes (entre 0,40 et 0,55) mais chargent de façon univoque sur ce facteur.

Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)

Les modélisations par équations structurelles (SEM) confirment la supériorité statistique du modèle tridimensionnel par rapport à un modèle unidimensionnel (où tous les items refléteraient une simple « intensité conflictuelle globale ») ou un modèle bidimensionnel opposant uniquement coopération et agression. Les indices d’ajustement du modèle à 3 facteurs répondent aux normes psychométriques rigoureuses :

  • Chi-deux normé ($\chi^2 / dl$) : généralement inférieur à 2,5, attestant d’une adéquation satisfaisante.
  • CFI (Comparative Fit Index) : valeurs oscillant typiquement entre 0,91 et 0,95.
  • TLI (Tucker-Lewis Index) : valeurs supérieures à 0,90.
  • RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : valeurs se situant entre 0,045 et 0,062, avec un intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,08.
  • SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : systématiquement inférieur au seuil critique de 0,06.

10. Instrument de mesure / Instrument

L’Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (ESCT) présente les caractéristiques formelles suivantes :

  • Type de passation : Auto-questionnaire individuel (self-report inventory) administrable sur support papier-crayon ou via des plateformes d’évaluation numériques sécurisées.
  • Population cible : Adultes et adolescents engagés dans une relation de couple (fréquentation amoureuse, concubinage, pacte civil, mariage). Également adaptable aux relations interpersonnelles proches (colocataires, fratries) moyennant des consignes contextuelles spécifiques.
  • Nombre total d’items : 36 items standardisés formulés à la première personne du singulier (« I… »).
  • Format des réponses : Échelle de Likert ordinale à 5 modalités qualitatives de conformité de soi :
    • A = Very true of me (Totalement vrai dans mon cas)
    • B = Quite a bit true of me (Assez vrai dans mon cas)
    • C = Moderately true of me (Modérément vrai dans mon cas)
    • D = A little bit true of me (Un petit peu vrai dans mon cas)
    • E = Not at all true of me (Pas du tout vrai dans mon cas)
  • Cotation et scoring :
    • La cotation quantitative s’effectue généralement en attribuant les valeurs suivantes : A = 5, B = 4, C = 3, D = 2, E = 1 (ou inversement de 1 à 5 selon l’orientation de saisie choisie par le chercheur, la norme étant 5 = présence maximale de la tactique).
    • Trois scores factoriels moyens ou sommes sont calculés :
      • Score de tactiques intégratives : Moyenne arithmétique des items intégratifs (reflétant le niveau de coopération constructive).
      • Score de tactiques distributives : Moyenne arithmétique des items distributifs (reflétant l’intensité de l’agressivité verbale et de l’affrontement hostile).
      • Score de tactiques d’évitement : Moyenne arithmétique des items d’évitement (reflétant l’ampleur du désengagement, du déni et de la fuite).
  • Temps moyen de passation : Environ 5 à 10 minutes par épisode indexé.

11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year

Année d’apparition : Les fondements de la taxonomie opérationnelle remontent aux publications de Canary, Cunningham et Cody en 1988. L’assemblage canonique et la validation empirique sous le protocole spécifique de l’ESCT ont été finalisés et diffusés par Tammy Lowery Zacchilli en 2007.

Tarifs et modèle économique : L’instrument est du domaine académique libre (accès sans frais commerciaux). Il n’existe aucune redevance financière ni coût de licence pour l’utilisation de l’ESCT à des fins de recherche scientifique non commerciale ou d’enseignement universitaire.

Permissions et droits d’auteur : L’échelle est documentée dans des travaux de thèse de doctorat et des revues scientifiques universitaires. Son utilisation pour des protocoles d’investigation ou en cabinet de consultation libérale est autorisée sous réserve de citer scrupuleusement les auteurs originaux (Zacchilli, 2007 ; Canary et al., 1988) dans toutes les publications, présentations ou rapports cliniques qui en découlent. Les cliniciens et chercheurs souhaitant numériser l’outil au sein de plateformes logicielles propriétaires ou commerciales doivent solliciter l’accord formel préalable de l’auteur principal.

12. Références / References

  • Canary, D. J., Cunningham, E. M., & Cody, M. J. (1988). Goal types, gender, and locus of control in managing interpersonal conflict. Communication Research, 15(4), 426–446. https://doi.org/10.1177/009365088015004003
  • Gottman, J. M. (1994). What predicts divorce? The relationship between marital processes and marital outcomes. Lawrence Erlbaum Associates.
  • Pruitt, D. G., & Rubin, J. Z. (1986). Social conflict: Escalation, stalemate, and settlement. Random House.
  • Rahim, M. A. (1983). A measure of styles of handling interpersonal conflict. Academy of Management Journal, 26(2), 368–376. https://doi.org/10.5465/255985
  • Sillars, A. L. (1980). The sequential and distributional structure of conflict interactions as a function of attributions concerning the other person. In D. Nimmo (Ed.), Communication Yearbook 4 (pp. 217–235). Transaction Books.
  • Sillars, A. L., Coletti, S. F., Parry, D., & Rogers, M. A. (1982). Coding verbal conflict tactics: Nonverbal and perceptual correlates of the “avoidance-distributive-integrative” distinction. Human Communication Research, 9(1), 83–95. https://doi.org/10.1111/j.1468-2958.1982.tb00685.x
  • Straus, M. A., Hamby, S. L., Boney-McCoy, S., & Sugarman, D. B. (1996). The revised Conflict Tactics Scales (CTS2): Development and preliminary psychometric data. Journal of Family Issues, 17(3), 283–316. https://doi.org/10.1177/019251396017003001
  • Thomas, K. W., & Kilmann, R. H. (1974). Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument. Xicom.
  • Zacchilli, T. L. (2007). The relationship between conflict and communication, sex, relationship satisfaction, and other relational variables in dating relationships (Doctoral dissertation, Texas Tech University). Texas Tech University Libraries. https://repositories.tdl.org/ttu-ir/bitstream/handle/2346/9978/Zacchilli_Tammy_Diss.pdf?sequence=1

13. Questions et items du questionnaire (Scale Items)

Voici les items originaux de l’échelle tels que publiés dans les études psychométriques de référence, sans modification ni traduction, afin de préserver la validité et la fidélité de l’instrument :
1

I tried to change the subject.
2

I compromised with him/her.
3

I calmly discussed the issue.
4

I avoided him/her.
5

I showed concern about his/her feelings and thoughts.
6

I used threats.
7

I avoided the issue.
8

I explored solutions with him/her.
9

I criticized an aspect of his/her personality.
10

I sought a mutually beneficial solution.
11

I shouted at him/her.
12

I tried to postpone the issue as long as possible.
13

I reasoned with him/her in a give and take manner.
14

I tried to make him/her feel guilty.
15

I changed the topic of discussion.
16

I expressed my trust in him/her.
17

I was sympathetic to his/her position.
18

I blamed him/her for causing the conflict.
19

I teased him/her.
20

I was hostile.
21

I ignored the issue.
22

I showed that I lost my temper.
23

I talked about abstract things instead of the conflict issue.
24

I accepted my fair share of responsibility for the conflict.
25

I criticized his/her behavior.
26

I focused on the meaning of the words more than the conflict issue.
27

I tried to understand him/her.
28

I tried to intimidate him/her.
29

I ignored his/her thoughts and feelings.
30

I told him/her how to behave in the future.
31

I denied that there was any problem or conflict.
32

I was sarcastic in my use of humor.
33

I kept my partner guessing what was really on my mind.
34

I avoided the issue by focusing on how we were arguing instead of what we were arguing about.
35

I blamed the conflict on an aspect of his/her personality.
36

I explained why there was no problem at all.
★

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Citer cet article

Looti, M. (2026, octobre 14). Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (ESCT). Base de données de psychologie en français. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-tactiques-conflit-specifiques-episode-esct/
Looti, Mohammed. “Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (ESCT).” Base de données de psychologie en français, 14 octobre 2026, https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-tactiques-conflit-specifiques-episode-esct/.
Looti, Mohammed. “Échelle des tactiques de conflit spécifiques à un épisode (ESCT).” Base de données de psychologie en français. octobre 14, 2026. https://fr.arabpsychology.com/scales/echelle-tactiques-conflit-specifiques-episode-esct/.