1. Résumé / Abstract
L’Échelle des stéréotypes sur la sexualité masculine (Stereotypes About Male Sexuality Scale ou SAMSS) est un instrument psychométrique développé initialement par William E. Snell, Jr., Sharyn S. Belk et Raymond Hawkins, II (1986), puis repris et détaillé dans les manuels de référence en sexologie (Snell, 1998). Cet outil d’évaluation quantitative a été conçu pour mesurer l’adhésion cognitive des individus aux croyances rigides, aux mythes culturels et aux stéréotypes traditionnels entourant la sexualité des hommes dans les sociétés occidentales contemporaines.
Composée de 60 items répartis équitablement sur dix sous-échelles distinctes (comportant chacune 6 items), la SAMSS évalue un large spectre de schémas cognitifs sexuels : (1) l’inexpressivité émotionnelle, (2) l’assimilation du sexe à une performance, (3) le rôle d’orchestrateur ou de meneur dévolu à l’homme, (4) la disponibilité érotique perpétuelle, (5) la subordination du toucher affectif au rapport sexuel, (6) la réduction du sexe au coït vaginal, (7) la centralité absolue de l’érection, (8) l’impératif de l’orgasme et du point culminant, (9) la valorisation du sexe purement spontané, et (10) la conscience ou l’émancipation sexuelle masculine. Les participants répondent au moyen d’une échelle de type Likert en 5 points, traditionnellement recodée de -2 (Désaccord) à +2 (Accord).
Sur le plan métrologique, la SAMSS présente une consistance interne satisfaisante avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant généralement entre 0,68 et 0,88 selon les dimensions, ainsi qu’une structure factorielle robuste démontrée par analyses factorielles exploratoires et confirmatoires. L’instrument s’est avéré particulièrement prédictif de l’anxiété de performance sexuelle, des dysfonctions érectiles psychogènes, de l’insatisfaction relationnelle et des conflits de rôles masculins, constituant ainsi une référence incontournable tant en recherche sexologique qu’en pratique clinique psychothérapeutique.
2. Mots-clés / Keywords
sexualité masculine, stéréotypes de genre, scripts sexuels, masculinité hégémonique, anxiété de performance, dysfonctions sexuelles, psychométrie, William Snell, rôles sexuels, évaluation psychologique
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été conçu et validé par une équipe de chercheurs en psychologie sociale et clinique :
- William E. Snell, Jr., Ph.D. : Professeur émérite de psychologie au département de psychologie de la Southeast Missouri State University (Cape Girardeau, Missouri, États-Unis). Spécialiste reconnu de la psychologie de la personnalité, de la sexualité humaine et de la conceptualisation des aspects affectifs et communicationnels des rôles de genre masculins et féminins (courriel académique historique : [email protected]).
- Sharyn S. Belk, Ph.D. : Chercheuse en psychologie sociale et clinique, ayant collaboré aux travaux fondateurs sur l’expression émotionnelle masculine, l’impact des stéréotypes de genre et les attitudes interpersonnelles.
- Raymond Hawkins, II, Ph.D. : Psychologue clinicien, enseignant-chercheur affilié à l’Université du Texas à Austin et spécialiste des interventions cognitivo-comportementales et de l’évaluation clinique en santé mentale et sexuelle.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle des stéréotypes sur la sexualité masculine (SAMSS) est d’opérationnaliser et de quantifier le degré d’adhésion d’un individu — homme ou femme — aux mythes culturels dominants qui contraignent, définissent et prescrivent la conduite sexuelle masculine. Historiquement, la sexualité des hommes a été encadrée par des attentes normatives strictes, désignées par le sexologue Bernie Zilbergeld (1978, 1992) sous le terme de « modèle fantasmatique de la sexualité » ou mythes de la virilité machiste. Ces impératifs culturels dictent que l’homme doit être un amant infatigable, centré sur l’érection, exempt de vulnérabilité émotionnelle et perpétuellement disponible pour l’acte coïtal.
Sur le plan de la recherche fondamentale et psychosociale, la SAMSS permet aux investigateurs d’examiner comment l’intériorisation de ces scripts culturels influence la construction de l’identité de genre, les dynamiques relationnelles au sein des couples hétérosexuels ou homosexuels, et le maintien de stéréotypes sexistes. L’outil sert également à étudier la transmission intergénérationnelle des normes sexuelles et les variations d’attitudes en fonction de l’âge, de la culture, du statut socio-économique ou de l’orientation sexuelle.
Sur le plan des applications cliniques et thérapeutiques, l’échelle constitue un instrument diagnostique et psychoéducatif de premier ordre dans les consultations de sexologie, d’urologie et de thérapie de couple. L’adhésion rigide aux stéréotypes mesurés par la SAMSS est directement corrélée à l’étiologie et au maintien de nombreuses difficultés sexuelles :
- L’anxiété de performance et la posture de « spectateur » (spectatoring, décrite par Masters et Johnson), où l’homme s’auto-évalue compulsivement durant l’acte au lieu de vivre l’expérience sensorielle ;
- Les dysfonctions érectiles psychogènes, exacerbées par la croyance qu’un pénis non érigé annule toute validité sexuelle ou masculine ;
- L’éjaculation prématurée ou retardée, fréquemment liée à la pression de conduire l’acte vers un dénouement orgasmique obligatoire ;
- L’inhibition du désir sexuel hypoactif, découlant de la fatigue psychologique d’avoir à « performer » ou à assumer systématiquement l’initiative du rapport ;
- Les difficultés de communication intime, consécutives à la conviction que le toucher physique ne peut avoir d’autre finalité que le coït génital, appauvrissant ainsi la sensualité non génitale.
En identifiant avec précision les croyances dysfonctionnelles spécifiques chez un patient ou chez son/sa partenaire, le thérapeute peut cibler ses interventions de restructuration cognitive et déconstruire les mythes sous-jacents, favorisant une sexualité plus flexible, empathique et épanouissante.
5. Construit psychologique / Construct
La SAMSS conceptualise les stéréotypes sexuels masculins comme un ensemble multidimensionnel de croyances normatives, structuré en dix composantes indépendantes mais interdépendantes. Chacune de ces dimensions aborde un versant spécifique des attentes imposées aux hommes dans la sphère intime :
1. Inexpressivité émotionnelle (Inexpressiveness)
Cette dimension évalue l’interdiction faite aux hommes d’extérioriser leurs émotions, leurs doutes ou leur vulnérabilité dans le contexte affectif et érotique. L’homme conforme à ce stéréotype doit rester stoïque, imperméable à l’angoisse et dissimuler ses sentiments profonds. Les items (ex. item 1 : « Men should not be held » ; item 21 : « A man who is vulnerable is a sissy ») capturent la croyance selon laquelle l’expression de la tendresse ou de l’incertitude affaiblit le statut masculin.
2. Le sexe assimilé à la performance (Sex Equals Performance)
Cette sous-échelle mesure la tendance à envisager la sexualité non comme une communion ou un plaisir partagé, mais comme une épreuve technique, un travail ou une prouesse athlétique où la valeur de l’homme est mise en jeu (ex. item 2 : « Most men believe that sex is a performance » ; item 42 : « Men usually think of sex as work »). L’intimité est alors saturée de pression et de critères d’efficacité quantitative.
3. Orchestration masculine de l’acte sexuel (Males Orchestrate Sex)
Ce construit renvoie à l’injonction faite à l’homme d’assumer seul le rôle de meneur, d’initiateur et de metteur en scène du scénario érotique (ex. item 3 : « Men generally want to be the guiding participant in sexual behavior » ; item 43 : « A man is supposed to initiate sexual contact »). Cette croyance refuse toute passivité ou réceptivité chez l’homme et lui fait porter l’entière responsabilité du déroulement de l’acte.
4. Disponibilité sexuelle permanente (Always Ready for Sex)
Cette dimension mesure le mythe de la pulsion masculine inextinguible et constante, postulant que les hommes sont disposés et prêts à avoir des rapports à tout moment, en tout lieu et en toutes circonstances (ex. item 4 : « Most men are ready for sex at any time » ; item 54 : « Men usually never get enough sex »). Elle nie l’existence des fluctuations normales de la libido masculine ou de la fatigue.
5. Le toucher subordonné à l’acte sexuel (Touching Leads to Sex)
Cette composante explore l’incapacité perçue chez l’homme d’apprécier la tendresse, les caresses ou les étreintes pour leur valeur affective intrinsèque. Dans ce cadre stéréotypé, tout contact tactile corporel est automatiquement interprété comme une invitation ou un préambule obligé vers la pénétration (ex. item 5 : « Most men desire physical contact only as a prelude to sex » ; item 25 : « A men never really wants ‘only’ a hug or caress »).
6. Le sexe équivaut au coït (Sex Equals Intercourse)
Ce construit traduit la vision génitocentrée et coïtocentrée de la sexualité masculine, où toute activité érotique (baisers, caresses mutuelles, sexe oral) est dévaluée si elle n’aboutit pas au coït vaginal ou anal proprement dit (ex. item 6 : « The ultimate sexual goal in men’s mind is intercourse » ; item 16 : « Men are not sexually satisfied with any behavior other than intercourse »).
7. Nécessité absolue de l’érection (Sex Requires Erection)
Cette dimension évalue l’équivalence symbolique stricte établie entre virilité, plaisir sexuel et érection pénienne rigide. Selon ce mythe, l’absence ou la perte d’érection disqualifie totalement l’homme et plonge l’acte dans l’échec ou la misère (ex. item 7 : « Lack of an erection will always spoil sex for a man » ; item 57 : « Without an erection, sexual activity for a man will end in misery »).
8. Impératif de l’orgasme et de l’apogée (Sex Requires Orgasm)
Cette sous-échelle mesure la croyance selon laquelle une expérience sexuelle ne peut être satisfaisante sans un orgasme spectaculaire et obligatoire, caractérisé par une intensité dramatique ou volcanique (ex. item 8 : « From a man’s perspective, good sex usually has an ‘earthshaking’ aspect to it » ; item 58 : « Sexual activity must end with an orgasm for a man to feel satisfied »).
9. Spontanéité obligatoire du sexe (Spontaneous Sex)
Ce construit capture le préjugé selon lequel le véritable acte sexuel doit survenir de façon totalement instinctive, impulsive et magique, sans planification, communication préalable ni réflexion délibérée (ex. item 9 : « Men don’t really like to plan their sexual experiences » ; item 49 : « Men consider sex artificial if it is preplanned »). Cette attente marginalise l’organisation et la négociation du désir au sein des couples à long terme.
10. Conscience et émancipation sexuelle des hommes (Sexually Aware Men)
Contrairement aux neuf premières sous-échelles qui mesurent des stéréotypes restrictifs et anxiogènes, cette dixième dimension évalue la perception optimiste que les hommes modernes ont dépassé les tabous du passé, sont réalistes, éclairés et bien ajustés sexuellement (ex. item 10 : « Most men are sexually well-adjusted » ; item 30 : « In these days of increased openness about sex, most men have become free of past inhibiting ideas… » ; item 60 : « Most men have realistic insight into their sexual preferences and desires »).
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’architecture conceptuelle de la SAMSS s’ancre à la croisée de plusieurs courants théoriques majeurs de la psychologie sociale, de la sexologie critique et des études sur le genre :
La théorie des scripts sexuels (Gagnon & Simon)
Le socle théorique principal repose sur la théorie des scripts sexuels développée par William Simon et John H. Gagnon (1973). Selon cette perspective constructiviste, la sexualité humaine n’est pas un simple faisceau d’impulsions biologiques innées, mais un comportement régi par des scénarios cognitifs appris à trois niveaux :
- Les scripts culturels : modèles macro-sociaux diffusés par les médias, la religion et les pairs, prescrivant qui fait quoi, avec qui, quand et pourquoi ;
- Les scripts interpersonnels : adaptations interactives de ces normes négociées dans le cadre des relations intimes ;
- Les scripts intrapsychiques : désirs, fantasmes et dialogues internes façonnés par l’intériorisation des deux premiers niveaux.
La SAMSS opérationnalise directement le contenu de ces scripts culturels traditionnels en évaluant dans quelle mesure ils sont intégrés par les individus sous forme de croyances normatives rigides.
Le modèle des mythes de la sexualité masculine (Zilbergeld)
Les travaux cliniques pionniers de Bernie Zilbergeld (1978), synthétisés dans son ouvrage fondamental Male Sexuality, ont mis en lumière le décalage destructeur entre la réalité physiologique masculine et le « modèle fantasmatique » véhiculé par la culture occidentale. Zilbergeld a identifié dix grands mythes toxiques (ex. « Deux mètres de haut et rien dans le pantalon ne sert à rien si on n’a pas une érection de plomb », « Tout contact physique doit mener au coït », « Le bon sexe est toujours spontané »). Snell et ses collaborateurs ont littéralement traduit les postulats qualitatifs de Zilbergeld en variables psychométriques mesurables au travers des items de la SAMSS.
Le paradigme de la tension du rôle de genre (Pleck, O’Neil)
L’échelle s’inscrit également dans le paradigme de la tension du rôle de genre (Gender Role Strain Paradigm) théorisé par Joseph Pleck (1981, 1995) et opérationnalisé par James O’Neil (1986) sous le concept de Gender Role Conflict. Ces auteurs soutiennent que la conformité rigide aux rôles de genre masculins traditionnels (marquée par le pouvoir, le contrôle, la restriction affective et la compétitivité) produit une détresse psychologique importante, une vulnérabilité aux dysfonctionnements relationnels et une dégradation de la santé physique et mentale. Dans la sphère érotique, ce conflit de rôles s’exprime par une incapacité à vivre l’intimité sans enjeu d’affirmation statutaire.
7. Validité / Validity
L’évaluation des qualités métrologiques de la SAMSS a fait l’objet de plusieurs investigations empiriques menées par Snell, Belk et Hawkins (1986), puis répliquées par des équipes indépendantes dans le cadre d’études sur la santé sexuelle et relationnelle :
Validité de contenu et d’apparence
Les 60 items de l’échelle ont été initialement générés à partir d’une analyse systématique de la littérature sexologique clinique (notamment les observations de Masters et Johnson, de Kaplan et de Zilbergeld). Un panel d’experts en psychologie de la sexualité et en psychométrie a examiné l’adéquation conceptuelle de chaque énoncé afin de s’assurer que les dix domaines théoriques étaient représentés de manière équilibrée et non ambiguë, garantissant une excellente validité de contenu.
Validité convergente
La validité convergente de la SAMSS a été solidement établie par ses corrélations statistiquement significatives avec divers instruments mesurant des construits connexes :
- Conflit de rôle de genre : Des corrélations positives modérées à élevées ($r = 0{,}35$ à $0{,}58$, $p < 0{,}001$) ont été observées entre les sous-échelles de performance, d’orchestration et d’inexpressivité de la SAMSS et l’échelle Gender Role Conflict Scale (GRCS; O’Neil et al., 1986), notamment sur les dimensions de restriction émotionnelle et de préoccupation pour le succès.
- Stress lié au rôle masculin : L’adhésion aux stéréotypes de la SAMSS corrèle positivement avec l’échelle Masculine Gender Role Stress (MGRS; Eisler & Skidmore, 1987), spécifiquement avec la peur de l’inadéquation physique et la subordination face aux femmes.
- Anxiété sexuelle : Les scores élevés aux sous-échelles « Sex Equals Performance » et « Sex Requires Erection » sont fortement corrélés ($r = 0{,}42$ à $0{,}51$) avec des mesures validées d’anxiété sexuelle et de peur de l’échec érotique.
Validité discriminante
La validité discriminante est attestée par des corrélations faibles ou nulles ($r < 0{,}15$, non significatif) entre les sous-échelles de la SAMSS et des mesures d’intelligence générale, de désirabilité sociale (telle que l’échelle de Marlowe-Crowne) ou de traits de personnalité généraux non liés au genre (comme le névrosisme général lorsqu’il est dissocié de l’anxiété sexuelle spécifique). De plus, la dixième sous-échelle (« Sexually Aware Men ») démontre une indépendance factorielle et des corrélations négatives ou neutres avec les neuf autres dimensions stéréotypées, confirmant sa nature divergente.
Validité prédictive et clinique
Dans des contextes cliniques, la SAMSS s’est montrée capable de discriminer de manière robuste les hommes souffrant de dysfonctions érectiles d’origine psychogène des hommes sans troubles sexuels. Les patients consultants présentent des scores significativement plus élevés aux dimensions « Sex Equals Performance », « Sex Requires Erection » et « Inexpressiveness » ($t(124) = 4{,}12$, $p < 0{,}001$), démontrant la sensibilité clinique de l’instrument.
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés de fidélité de la SAMSS ont été rigoureusement analysées lors des études de standardisation et dans des recherches psychométriques ultérieures :
Consistance interne
La consistance interne des dix sous-échelles a été évaluée à l’aide du coefficient alpha de Cronbach auprès d’échantillons d’étudiants universitaires et d’adultes de la population générale. Les coefficients rapportés par Snell, Belk et Hawkins (1986) ainsi que dans les travaux de synthèse de Snell (1998) se répartissent comme suit :
- Inexpressiveness : $\alpha = 0{,}78$ à $0{,}84$
- Sex Equals Performance : $\alpha = 0{,}76$ à $0{,}82$
- Males Orchestrate Sex : $\alpha = 0{,}71$ à $0{,}79$
- Always Ready for Sex : $\alpha = 0{,}80$ à $0{,}86$
- Touching Leads to Sex : $\alpha = 0{,}74$ à $0{,}81$
- Sex Equals Intercourse : $\alpha = 0{,}79$ à $0{,}85$
- Sex Requires Erection : $\alpha = 0{,}82$ à $0{,}88$
- Sex Requires Orgasm : $\alpha = 0{,}72$ à $0{,}78$
- Spontaneous Sex : $\alpha = 0{,}68$ à $0{,}75$
- Sexually Aware Men : $\alpha = 0{,}73$ à $0{,}80$
Toutes les sous-échelles présentent des valeurs d’alpha acceptables à très bonnes, supérieures au seuil conventionnel de 0,70 (à l’exception mineure de la spontanéité sexuelle qui oscille parfois autour de 0,68 en raison de la complexité sémantique de l’évaluation de l’instinctivité).
Fidélité test-retest
Des protocoles de test-retest administrés à un intervalle de quatre à six semaines ont produit des coefficients de corrélation temporelle variant entre $r = 0{,}74$ et $r = 0{,}87$ selon les sous-échelles. Ces indices confirment que l’échelle mesure des schémas cognitifs et des croyances relativement stables dans le temps, plutôt que de simples fluctuations d’humeur passagères ou des états affectifs transitoires.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure dimensionnelle de la SAMSS a été explorée et validée par une série d’analyses statistiques factorielles menées lors de son développement :
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Lors de la phase de validation princeps, les 60 items ont été soumis à une analyse en composantes principales suivie d’une rotation oblique (Promax ou Oblimin direct) et orthogonale (Varimax). Les résultats ont révélé une solution à dix facteurs distincts ayant des valeurs propres (eigenvalues) supérieures à 1,0, expliquant collectivement plus de 56 % de la variance totale des réponses.
Chaque item s’est avéré saturer de façon primaire et robuste sur son facteur théorique assigné, avec des saturations factorielles (factor loadings) généralement comprises entre 0,45 et 0,78. Les saturations croisées sur les autres facteurs sont demeurées systématiquement faibles (inférieures à 0,25), confirmant une délimitation empirique nette entre les dix dimensions conceptualisées.
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Des recherches contemporaines appliquant la modélisation en équations structurelles (SEM) ont comparé le modèle théorique à dix facteurs à des modèles alternatifs unidimensionnels ou hiérarchiques. Les indices d’ajustement du modèle à dix facteurs oblique confirment une adéquation acceptable aux données :
- $\chi^2 / \text{ddl} < 2{,}20$
- CFI (Comparative Fit Index) $ge 0{,}91$
- TLI (Tucker-Lewis Index) $ge 0{,}90$
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) $= 0{,}048$ (IC 90 % : $[0{,}044, 0{,}052]$)
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) $= 0{,}054$
Ces indices corroborent la pertinence empirique de maintenir dix sous-échelles autonomes plutôt qu’un score global composite indifferent, chaque facette apportant une contribution clinique et conceptuelle unique.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Nom complet : Échelle des stéréotypes sur la sexualité masculine (Stereotypes About Male Sexuality Scale — SAMSS).
- Format d’administration : Questionnaire auto-administré (format papier-crayon ou informatisé/en ligne).
- Population cible : Adultes et jeunes adultes (hommes et femmes, l’échelle évaluant les stéréotypes perçus et partagés sur la sexualité masculine).
- Nombre total d’items : 60 énoncés déclaratifs.
- Organisation interne : 10 sous-échelles de 6 items chacune :
- Inexpressiveness : Items 1, 11, 21, 31, 41, 51
- Sex Equals Performance : Items 2, 12, 22, 32, 42, 52
- Males Orchestrate Sex : Items 3, 13, 23, 33, 43, 53
- Always Ready for Sex : Items 4, 14, 24, 34, 44, 54
- Touching Leads to Sex : Items 5, 15, 25, 35, 45, 55
- Sex Equals Intercourse : Items 6, 16, 26, 36, 46, 56
- Sex Requires Erection : Items 7, 17, 27, 37, 47, 57
- Sex Requires Orgasm : Items 8, 18, 28, 38, 48, 58
- Spontaneous Sex : Items 9, 19, 29, 39, 49, 59
- Sexually Aware Men : Items 10, 20, 30, 40, 50, 60
- Échelle de réponse : Échelle de type Likert en 5 points à ancrage verbal :
- A = Agree (D’accord)
- B = Slightly Agree (Légèrement d’accord)
- C = Neither agree nor disagree (Ni en accord ni en désaccord)
- D = Slightly Disagree (Légèrement en désaccord)
- E = Disagree (Pas d’accord)
- Procédure de cotation et de codage :
- Les réponses alphabétiques sont recodées numériquement sur une échelle bipolaire centrée sur zéro : A = +2, B = +1, C = 0, D = -1, E = -2.
- Le score de chaque sous-échelle s’obtient en calculant la somme (ou la moyenne) des 6 items correspondants. Les scores de sous-échelle varient donc de -12 à +12 (ou de -2,0 à +2,0 en cas d’utilisation de moyennes).
- Un score positif élevé reflète une forte adhésion au stéréotype évalué par la sous-échelle, un score de zéro traduit une neutralité, et un score négatif indique un rejet délibéré de la croyance stéréotypée.
- Temps de passation estimé : Approximativement 10 à 15 minutes.
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de développement initial : 1986 (publication dans les Social and Behavioural Sciences Documents) ; publication dans le manuel de référence en 1998.
- Statut du droit d’auteur : Copyright William E. Snell, Jr., Ph.D.
- Politique d’utilisation et permissions : L’instrument a été mis gratuitement à la disposition de la communauté académique, des étudiants et des chercheurs par le Pr. William E. Snell, Jr. L’utilisation à des fins de recherche non commerciale, de thèses doctorales ou d’évaluation clinique standard est autorisée sans frais de licence, sous réserve de citer scrupuleusement les publications originales de référence.
- Contact historique : William E. Snell, Jr., Department of Psychology, Southeast Missouri State University, One University Plaza, Cape Girardeau, MO 63701, USA.
12. Références / References
Les publications fondatrices et les études méthodologiques relatives à la SAMSS et aux théories sous-jacentes incluent :
- Eisler, R. M., & Skidmore, J. R. (1987). Masculine gender role stress: Scale development and component factors in the appraisal of stressful situations. Behavior Modification, 11(2), 123–136. https://doi.org/10.1177/01454455870112001
- Gagnon, J. H., & Simon, W. (1973). Sexual conduct: The social sources of human sexuality. Aldine Publishing Company.
- O’Neil, J. M., Helms, B. J., Gable, R. K., David, V., & Wrightsman, L. S. (1986). Gender-Role Conflict Scale: College men’s fear of femininity. Sex Roles, 14(5–6), 335–350. https://doi.org/10.1007/BF00287583
- Pleck, J. H. (1981). The myth of masculinity. MIT Press.
- Pleck, J. H. (1995). The gender role strain paradigm: An update. In R. F. Levant & W. S. Pollack (Eds.), A new psychology of men (pp. 11–32). Basic Books.
- Snell, W. E., Jr. (1998). The Stereotypes About Male Sexuality Scale. In C. M. Davis, W. L. Yarber, R. Bauserman, G. Schreer, & S. L. Davis (Eds.), Handbook of sexuality-related measures (pp. 238–241). Sage Publications.
- Snell, W. E., Jr., Belk, S. S., & Hawkins, R. C., II. (1986). The Stereotypes About Male Sexuality Scale (SAMSS): Components, correlates, antecedents, consequences and counselor bias. Social and Behavioural Sciences Documents, 16(10), Ms. No. 2758.
- Zilbergeld, B. (1978). Male sexuality: A guide to sexual fulfillment. Little, Brown and Company.
- Zilbergeld, B. (1992). The new male sexuality. Bantam Books.
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Stereotypes About Male Sexuality Scale (SAMSS)
Response Scale:
A = Agree (+2)
B = Slightly Agree (+1)
C = Neither agree nor disagree (0)
D = Slightly Disagree (-1)
E = Disagree (-2)
- Men should not be held.
- Most men believe that sex is a performance.
- Men generally want to be the guiding participant in sexual behavior.
- Most men are ready for sex at any time.
- Most men desire physical contact only as a prelude to sex.
- The ultimate sexual goal in men’s mind is intercourse.
- Lack of an erection will always spoil sex for a man.
- From a man’s perspective, good sex usually has an « earthshaking » aspect to it.
- Men don’t really like to plan their sexual experiences.
- Most men are sexually well-adjusted.
- Only a narrow range of emotions should be permitted to men.
- Men are almost always concerned with their sexual performance.
- Most men don’t want to assume a passive role in sex.
- Men usually want sex, regardless of where they are.
- Among men, touching is simply the first step towards sex.
- Men are not sexually satisfied with any behavior other than intercourse.
- With out an erection a men is sexually lost.
- Quite, lazy sex is usually not all that satisfying for a man.
- Men usually like good sex to « just happen. »
- Most men have healthy attitudes toward sex.
- A man who is vulnerable is a sissy.
- In sex, It’s a man’s performance that counts.
- Sexual activity is easier if the man assumes a leadership role.
- Men are always ready to for sex.
- A men never really wants « only » a hug or caress.
- Men want their sexual experiences t end with intercourse.
- A sexual situation cannot be gratifying for a man unless he « can get it up. »
- Sexual climax is a necessary part of men’s sexual behavior.
- Most men yearn for spontaneous sex that requires little conscious effort.
- In these days of increased openness about sex, most men have become free of past inhibiting ideas about their sexual behavior.
- A man should be careful to hide his feelings.
- Men’s sexuality is often goal-orientated in its nature.
- Sex is a man’s responsibility.
- Most men come to a sexual situation in a state of constant desire.
- Men use physical contact as a request for sex.
- Men believe that every sexual act should include intercourse.
- Any kind of sexual activity for a man requires an erection.
- Satisfying sexual activity for a man always includes increasing excitement and passion.
- A satisfying sexual experience for a man does not really require all that much forethought.
- Most men have progressive ideas about sex.
- It is unacceptable for men to reveal their deepest concerns.
- Men usually think of sex as work.
- A man is supposed to initiate sexual contact.
- Men are perpetually ready for sex.
- Many men are dissatisfied with any bodily contact which is not followed by sexual activity.
- Many men are only interested in sexual intercourse as a form of sexual stimulation.
- An erection is considered by almost all men as vital for sex.
- Men’s sexual desire is often « imperative and driven » in nature.
- Men consider sex artificial if it is preplanned.
- In these days of wider availability of accurate information, most men are realistic about their sexual activities.
- Intense emotional expressiveness should not be discussed by men.
- Sex is a pressure-filled activity for most men.
- Men are responsible for choosing sexual positions.
- Men usually never get enough sex.
- For men, kissing and touching are merely the preliminaries to sexual activity.
- During sex, men are always thinking about getting t intercourse.
- Without an erection, sexual activity for a man will end in misery.
- Sexual activity must end with an orgasm for a man to feel satisfied.
- For men, natural sex means « just doing it instinctively. »
- Most men have realistic insight into their sexual preferences and desires.