1. Résumé / Abstract
L’échelle du sentiment d’appartenance (Relatedness Scale, REL), développée à l’origine dans les travaux séminaux de Jennifer G. La Guardia, Richard M. Ryan, Charles E. Couchman et Edward L. Deci (2000), constitue un instrument psychométrique ciblé conçu pour quantifier l’expérience d’interconnexion affective, de réconfort et de considération bienveillante ressentie par un individu au sein de relations interpersonnelles spécifiques. Issue des postulats de la théorie de l’autodétermination (TAD ; Deci & Ryan, 1985, 2000), cette échelle opérationnalise le besoin psychologique fondamental d’affiliation ou d’appartenance sociale (need for relatedness), défini comme la propension universelle à se sentir relié à autrui, à éprouver de la sollicitude mutuelle et à appartenir à un tissu social signifiant. Contrairement aux mesures globales d’attachement ou de soutien social perçu qui évaluent des représentations généralisées et statiques, l’échelle REL adopte une approche relationnelle ciblée (target-specific), permettant d’appréhender les variations intra-individuelles du sentiment d’appartenance envers des figures clés nommées (mère, père, partenaire amoureux, meilleur ami, colocataire, etc.).
L’instrument se compose classiquement de six items (ou d’une forme condensée à trois items dans les protocoles multiniveaux intensifs) évalués sur une échelle de Likert graduée en 7 points (allant de 1 = « Pas du tout vrai » à 7 = « Tout à fait vrai »). Les énoncés ciblent des manifestations directes de la sécurité relationnelle et de la sollicitude, telles que le sentiment d’être compris, écouté, valorisé et aimé par la personne cible désignée. D’un point de vue psychométrique, l’échelle fait preuve d’une robustesse exceptionnelle : les analyses factorielles confirmatoires appuient son unidimensionnalité au niveau de chaque dyade relationnelle, avec des coefficients de cohérence interne (alpha de Cronbach) oscillant régulièrement entre 0,84 et 0,92 selon les cibles relationnelles étudiées. Sa validité de construit, sa validité convergente avec les mesures d’attachement sécurisant (notamment l’échelle de Collins & Read) et sa validité discriminante par rapport aux besoins d’autonomie et de compétence en font un outil incontournable dans l’étude des processus dyadiques, de la santé mentale et de l’autorégulation émotionnelle.
2. Mots-clés / Keywords
Sentiment d’appartenance, théorie de l’autodétermination, besoins psychologiques fondamentaux, attachement interpersonnel, variations intra-individuelles, relations dyadiques, bien-être psychologique, soutien social, psychométrie, échelle de Likert, sécurité relationnelle, Jennifer La Guardia.
3. Auteurs / Authors
L’échelle du sentiment d’appartenance (REL) a été introduite dans le cadre des études sur la variabilité intra-personnelle de la sécurité de l’attachement par un groupe de chercheurs éminents en psychologie de la personnalité et de la motivation :
- Jennifer G. La Guardia, Ph.D. : Professeure et chercheuse associée en psychologie, affiliée au Département de psychologie de l’Université de Rochester (Rochester, New York, États-Unis) au moment de la publication princeps, et ultérieurement chercheuse à l’Université de Denver et consultante en changement comportemental. Spécialiste de la dynamique de l’attachement, du bien-être et de l’intégration du soi au sein des dyades interpersonnelles. Courriel de contact institutionnel : [email protected].
- Richard M. Ryan, Ph.D. : Professeur clinicien et professeur émérite de psychologie à l’Université de Rochester, actuellement professeur distingué à l’Institut de psychologie positive et d’éducation de l’Université catholique australienne (ACU, Sydney, Australie). Co-créateur avec Edward L. Deci de la théorie de l’autodétermination, auteur de centaines d’articles pionniers sur la motivation humaine et la santé mentale. Courriel : [email protected].
- Charles E. Couchman, M.A. : Chercheur associé au Département des sciences cliniques et sociales en psychologie à l’Université de Rochester, spécialisé dans les analyses statistiques multiniveaux et la modélisation des relations interpersonnelles.
- Edward L. Deci, Ph.D. (1942–2023) : Professeur émérite en sciences sociales et psychologie (Helen F. and Fred H. Gowen Professor) à l’Université de Rochester. Co-fondateur mondialement reconnu de la théorie de l’autodétermination, ayant consacré plus de cinq décennies à l’investigation empirique de la motivation intrinsèque, de l’autonomie et de l’épanouissement humain.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle du sentiment d’appartenance (REL) développée par La Guardia et ses collaborateurs (2000) est de capturer et de quantifier de manière empirique la mesure dans laquelle un individu perçoit qu’une personne spécifique prend soin de lui, le valorise et entretient un lien d’intimité émotionnelle sincère. Avant l’émergence de ce paradigme, la majorité des recherches en psychologie sociale et clinique abordaient l’attachement et l’affiliation à travers le prisme de traits globaux de personnalité ou de « styles d’attachement » internalisés (sécure, évitant, anxieux-ambivalent), présumés stables et généralisés à l’ensemble du réseau relationnel de l’adulte (Bowlby, 1969, 1973 ; Hazan & Shaver, 1987). Bien que ces modèles dispositionnels aient apporté des éclairages précieux, ils échouaient à expliquer pourquoi un même individu pouvait faire l’expérience d’une profonde confiance et d’une sécurité exemplaire avec son partenaire de vie, tout en manifestant une anxiété aiguë ou une réticence relationnelle marquée vis-à-vis de l’un de ses parents.
L’échelle REL a été conçue pour surmonter cette limitation majeure en transférant le niveau d’analyse du plan global (inter-individuel) au plan dyadique et relationnel spécifique (intra-individuel). L’outil vise à :
- Mesurer la satisfaction du besoin d’affiliation au cas par cas : Évaluer précisément l’expérience subjective de proximité, de sécurité affective et de considération vécue avec des cibles nommées spécifiques (père, mère, partenaire romantique, ami proche, collègue de travail, figure d’autorité).
- Déterminer les sources de variance intra-personnelle : Démontrer empiriquement, via des méthodologies de modélisation linéaire hiérarchique (HLM), qu’une proportion substantielle de la sécurité de l’attachement (souvent plus de 60 % de la variance totale) fluctue au sein du même individu en fonction de la qualité relationnelle offerte par chaque partenaire dyadique.
- Isoler le mécanisme psychologique médiateur : Tester l’hypothèse centrale de la théorie de l’autodétermination selon laquelle la sécurité de l’attachement envers une personne donnée est directement fonction de la capacité de cette relation à satisfaire les besoins psychologiques fondamentaux, et tout particulièrement le sentiment d’appartenance mutuelle.
Dans les applications de recherche contemporaines, l’échelle REL sert de thermomètre relationnel au sein d’études longitudinales, d’enquêtes par échantillonnage des expériences quotidiennes (Experience Sampling Method, ESM) et d’analyses d’interactions dyadiques. En milieu clinique et thérapeutique, elle constitue un instrument diagnostique précieux permettant d’identifier les figures ressources sécurisantes au sein du réseau social d’un patient et de mettre en lumière les dyades dysfonctionnelles caractérisées par une carence affective ou une invalidation relationnelle. Enfin, dans les contextes éducatifs et organisationnels, l’adaptation de l’échelle à des cibles telles que l’enseignant, le mentor ou le supérieur hiérarchique permet d’évaluer l’impact du climat relationnel sur l’engagement, la résilience et le bien-être subjectif des subordonnés ou des apprenants.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit psychologique évalué par l’échelle du sentiment d’appartenance (REL) plonge ses racines conceptuelles dans le concept d’appartenance sociale (relatedness), tel qu’articulé par la théorie des besoins psychologiques fondamentaux (Basic Psychological Needs Theory, BPNT ; Ryan & Deci, 2000, 2017). Ce construit se définit comme le sentiment subjectif et durable d’être intimement connecté à d’autres êtres humains, d’avoir de l’importance à leurs yeux, de recevoir une sollicitude authentique et d’être intégré dans un réseau d’attachement chaleureux et réciproque. Loin d’être un simple désir d’approbation sociale ou de contact physique superficiel, le sentiment d’appartenance représente une exigence nutriments-psychologique indispensable à l’intégrité du soi et au fonctionnement psychique optimal.
L’échelle REL opérationnalise ce construit à travers plusieurs composantes phénoménologiques étroitement imbriquées :
A. Le sentiment d’être l’objet d’une sollicitude authentique (Cared For)
Cette dimension centrale reflète la certitude intime que l’autre personne porte un intérêt sincère à notre existence, veille sur notre bien-être physique et émotionnel, et s’investit avec dévouement dans la relation. Lorsque cette dimension est satisfaite, l’individu fait l’expérience d’un sentiment de sécurité affective qui apaise les systèmes d’alerte physiologique et de vigilance au danger. À l’inverse, l’absence de sollicitude suscite un vécu d’abandon, d’indifférence ou d’instrumentalisation.
B. L’écoute et la compréhension empathique (Understood and Listened To)
L’expérience d’appartenance ne se limite pas à des déclarations affectives abstraites ; elle s’ancre dans le fait d’être réellement perçu, compris et validé dans son intériorité. Les items mesurant cette facette évaluent si la personne cible est perçue comme un interlocuteur attentif, capable de saisir les états mentaux, les émotions et les perspectives subjectives de l’individu sans porter de jugement moralisant ni minimiser son expérience vécue. Cette compréhension empathique constitue le socle de la résonance dyadique.
C. L’intimité émotionnelle et la proximité psychologique (Closeness and Intimacy)
La proximité psychologique implique la suppression des barrières défensives entre soi et autrui. L’individu ressent une communion affective et une facilité à dévoiler sa vulnérabilité (self-disclosure) sans craindre le rejet, la trahison ou la dépréciation. Cette composante reflète la chaleur du lien et la réduction de la distance psychologique au sein de la dyade.
D. La valorisation de la personne globale (Valued as a Person)
Le sentiment d’appartenance implique d’être valorisé pour ce que l’on est intrinsèquement, et non pas sous condition de conformité ou de performance. L’individu ressent que son authenticité est respectée et que son partenaire relationnel lui confère une valeur inconditionnelle. Dans les relations où le sentiment d’appartenance est élevé, l’individu n’a pas besoin de porter un masque protecteur ou de projeter une fausse image de soi (false-self presentation).
Sur le plan psychologique, l’échelle REL isole intentionnellement ces perceptions positives de soutien et de connexion de toute dynamique de dépendance névrotique ou de fusion identitaire pathologique. Dans la perspective de la TAD, l’appartenance authentique s’harmonise pleinement avec l’autonomie : on peut être profondément attaché à autrui tout en restant pleinement soi-même.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique soutenant l’échelle REL repose sur l’intégration harmonieuse de deux des paradigmes les plus puissants de la psychologie contemporaine : la théorie de l’autodétermination (TAD) d’Edward L. Deci et Richard M. Ryan, et la théorie de l’attachement initialement formulée par John Bowlby et Mary Ainsworth.
L’ancrage dans la théorie des besoins psychologiques fondamentaux (BPNT)
Au cœur de la théorie de l’autodétermination se trouve la théorie des besoins psychologiques fondamentaux (Ryan & Deci, 2000, 2017). Selon ce courant métathéorique humaniste et organismique, les êtres humains possèdent une tendance innée vers la croissance psychologique, l’intégration du soi et la santé mentale. Cependant, ce potentiel développemental ne peut s’actualiser de façon automatique ; il requiert des nutriments psychologiques essentiels fournis par l’environnement social. Ces nutriments correspondent aux trois besoins psychologiques universels :
- Le besoin d’autonomie : le sentiment d’être l’auteur et l’initiateur de ses propres comportements et d’agir en accord avec ses valeurs profondes.
- Le besoin de compétence : le sentiment d’efficacité, de maîtrise de son environnement et d’accomplissement de défis stimulants.
- Le besoin d’affiliation ou d’appartenance (Relatedness) : le sentiment d’être connecté, d’aimer et d’être aimé, de compter pour des personnes signifiantes.
L’échelle REL se concentre spécifiquement sur le troisième besoin, en postulant que la qualité fonctionnelle de n’importe quelle relation humaine dépend directement de sa propension à nourrir ce besoin fondamental d’appartenance.
La réconciliation avec la théorie de l’attachement de John Bowlby
Dans leur étude séminale, La Guardia, Ryan, Couchman et Deci (2000) ont mis en dialogue la TAD avec la théorie de l’attachement (Bowlby, 1969/1982 ; Ainsworth et al., 1978). Bowlby concevait le système d’attachement comme un mécanisme comportemental évolué visant à maintenir la proximité avec une figure protectrice fournissant un « havre de sécurité » (safe haven) en cas de détresse et une « base de sécurité » (secure base) pour explorer le monde extérieur. Par la suite, les psychologues sociaux comme Hazan et Shaver (1987) ou Bartholomew et Horowitz (1991) ont étendu ces principes à l’adulte sous la forme de « modèles internes opérants » (internal working models) généralisés.
Toutefois, La Guardia et al. (2000) ont formulé une critique théorique majeure à l’égard de la conceptualisation exclusivement dispositionnelle de l’attachement adulte. Ils ont soutenu que si un individu possède incontestablement une tendance globale à la sécurité ou à l’insécurité affective, son état d’attachement opérationnel fluctue significativement d’un partenaire relationnel à un autre. Un individu peut manifester un attachement profondément sécurisé avec un ami fidèle tout en présentant un attachement anxieux ou évitant avec son père.
La Guardia et ses collaborateurs ont émis l’hypothèse révolutionnaire que la satisfaction des besoins psychologiques au sein d’une dyade spécifique est le prédicteur immédiat et proximal de la sécurité de l’attachement envers cette dyade. Autrement dit, un individu se sent en sécurité avec une personne nommée non pas seulement en raison de son tempérament infantile ou de son style d’attachement global, mais parce que cette personne concrète nourrit ses besoins fondamentaux, en premier lieu son sentiment d’appartenance (REL) et son sentiment d’autonomie. L’échelle REL est le vecteur méthodologique par lequel cette hypothèse théorique a été brillamment validée sur le plan empirique.
7. Validité / Validity
La qualité métrologique de l’échelle du sentiment d’appartenance (REL) a été établie de manière rigoureuse à travers une série d’investigations statistiques poussées, démontrant une validité de construit, convergente, discriminante et prédictive de premier ordre.
Validité de construit et modélisation hiérarchique
Dans l’étude princeps de La Guardia, Ryan, Couchman et Deci (2000), administrée auprès d’un échantillon d’étudiants universitaires évaluant leurs relations avec quatre figures relationnelles centrales (mère, père, partenaire amoureux ou ami proche du sexe opposé, meilleur ami du même sexe), les auteurs ont utilisé des modèles linéaires hiérarchiques (Hierarchical Linear Modeling, HLM). Ces analyses ont démontré que l’échelle REL capture avec précision la variance au niveau dyadique (niveau 1, au sein de l’individu). Les résultats ont révélé que 65 % de la variance totale de la sécurité d’attachement et de la satisfaction relationnelle résidait au niveau intra-individuel (entre les différentes relations d’une même personne), tandis que seulement 35 % relevait de différences inter-individuelles stables. L’échelle REL s’est avérée extraordinairement sensible à ces nuances relationnelles spécifiques.
Validité convergente
L’échelle REL démontre des corrélations positives massives et statistiquement significatives avec les indicateurs reconnus de la qualité du lien social et du bien-être :
- Sécurité de l’attachement relationnel : Corrélations fortes (typiquement r = 0,60 à 0,78, p < 0,001) avec les échelles de sécurité de l’attachement dyadique, telles que l’échelle adaptée de Collins et Read (1990).
- Vitalité subjective : Corrélations robustes (r = 0,40 à 0,55, p < 0,001) avec l’échelle de vitalité subjective de Ryan et Frederick (1997), démontrant que le sentiment d’être aimé et compris auprès de personnes cibles libère de l’énergie psychologique et physique.
- Estime de soi : Associations positives significatives avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg (1965), tant au niveau global qu’au niveau des états fluctuants d’estime personnelle.
- Présentation authentique du soi : Corrélation positive marquée avec l’expression spontanée de soi et négative avec le recours à un « faux soi » (false self) au sein de la relation dyadique.
Validité discriminante
Bien que le sentiment d’appartenance soit corrélé aux autres besoins de la TAD, les analyses démontrent qu’il forme une entité conceptuelle et statistique distincte :
- Les corrélations entre le score REL et le score d’autonomie (AUT) au sein de la même relation se situent généralement entre r = 0,50 et 0,65. Bien que substantielles, ces corrélations indiquent une colinéarité modérée et laissent une part prépondérante de variance non partagée, prouvant que se sentir aimé (appartenance) n’est pas réductible à se sentir libre de ses choix (autonomie).
- L’analyse factorielle confirme que les items de l’échelle REL ne saturent pas de manière croisée (cross-loadings < 0,25) sur les facteurs d’autonomie ou de compétence relationnelle.
- Le construit se distingue nettement des mesures de désir d’approbation sociale (échelle de Crowne-Marlowe), montrant que les scores REL ne reflètent pas un simple biais de conformisme social ou d’auto-présentation complaisante.
Validité prédictive et incrémentielle
Les modélisations par régressions multiniveaux ont révélé que le score de l’échelle REL avec une cible spécifique prédit de manière incrémentielle la résolution des conflits, la propension à rechercher du réconfort auprès de cette figure en situation de stress aigu, et la longévité de la relation, et ce, même après avoir contrôlé les styles d’attachement dispositionnels globaux des individus. Ces éléments confirment l’exceptionnelle utilité prédictive de la mesure.
8. Fidélité / Reliability
La fidélité de l’échelle du sentiment d’appartenance (REL) a fait l’objet de vérifications approfondies dans de multiples contextes de recherche, attestant d’une consistance interne remarquable et d’une stabilité temporelle adéquate tenant compte de la dynamique vivante des liens interpersonnels.
Cohérence interne (Alpha de Cronbach)
Dans l’ensemble des études utilisant les formulations dérivées des travaux de La Guardia et al. (2000), le coefficient alpha de Cronbach (α) dépasse largement les standards psychométriques conventionnels fixés par Nunnally (0,70) :
- Relation avec la mère : α = 0,86 à 0,91.
- Relation avec le père : α = 0,88 à 0,93.
- Relation avec le partenaire romantique : α = 0,84 à 0,90.
- Relation avec le meilleur ami : α = 0,82 à 0,89.
- Score moyen d’appartenance inter-relations : α global souvent supérieur à 0,90.
Même lorsque la sous-échelle est réduite à trois items dans des protocoles courts de type journal de bord quotidien (daily diary), la fidélité composite et les coefficients de cohérence interne demeurent constamment supérieurs à 0,78, illustrant une grande homogénéité du construit.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
L’évaluation de la fidélité test-retest de l’échelle REL reflète fidèlement la nature conceptuelle du construit. Administrée à deux semaines d’intervalle pour une relation stable (par exemple un meilleur ami de longue date), le coefficient de corrélation test-retest se situe entre r = 0,75 et 0,83, démontrant une très bonne stabilité relative. Néanmoins, en accord avec les postulats théoriques, l’échelle fait preuve d’une sensibilité salutaire aux changements de vie réels : des modifications objectives dans la dynamique dyadique (par exemple une dispute majeure, une rupture temporaire ou un acte de soutien héroïque) entraînent des variations significatives et détectables des scores REL, confirmant qu’il ne s’agit pas d’un trait figé insensible au contexte environnemental.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de l’échelle du sentiment d’appartenance (REL) a été méticuleusement explorée à travers des analyses factorielles exploratoires (AFE) et des analyses factorielles confirmatoires (AFC), tant au niveau individuel qu’au sein de matrices de données multiniveaux.
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors des phases initiales de validation menées sur les items de satisfaction des besoins relationnels, les analyses en composantes principales et les analyses factorielles en axes principaux avec rotation oblique (Promax ou Oblimin direct) ont systématiquement fait émerger une solution claire à trois facteurs distincts correspondant aux trois besoins fondamentaux de la TAD : l’autonomie, la compétence et l’appartenance (REL). Pour le facteur d’appartenance :
- La valeur propre (eigenvalue) du premier facteur associé au besoin d’appartenance dépasse systématiquement 3,5, expliquant à elle seule plus de 55 % à 65 % de la variance totale des items d’appartenance.
- Tous les items constitutifs de la sous-échelle REL présentent des saturations factorielles (factor loadings) très élevées, s’échelonnant généralement entre 0,72 et 0,89.
- Les saturations croisées sur les facteurs d’autonomie et de compétence demeurent minimes, n’excédant pratiquement jamais le seuil de 0,25.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Les modélisations par équations structurelles (SEM) et les analyses factorielles confirmatoires ont évalué l’adéquation d’un modèle unidimensionnel strict pour l’échelle REL appliquée à une figure cible spécifique. Les indices d’ajustement couramment rapportés dans la littérature sont excellents :
- Chi-deux normé (χ²/df) : généralement inférieur à 2,5, indiquant un bon ajustement global.
- CFI (Comparative Fit Index) : oscillant régulièrement entre 0,96 et 0,99.
- TLI (Tucker-Lewis Index) : compris entre 0,95 et 0,98.
- RMSEA (Root Mean Square Error of Approximation) : compris entre 0,035 et 0,058 (avec un intervalle de confiance à 90 % inférieur à 0,08).
- SRMR (Standardized Root Mean Square Residual) : inférieur à 0,040.
En outre, les analyses factorielles confirmatoires multi-groupes (AFCMG) ont attesté de l’invariance de mesure (invariance configurationnelle, métrique et scalaire) à travers les sexes (hommes vs femmes) et à travers différentes typologies de cibles (figures parentales vs pairs amoureux ou amicaux), ce qui confirme que l’instrument évalue le même construit psychologique avec la même métrique quel que soit le contexte relationnel exploré.
10. Instrument de mesure / Instrument
L’échelle du sentiment d’appartenance (REL) se distingue par sa concision opérationnelle, sa facilité d’administration et sa grande adaptabilité méthodologique :
- Type de test : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (self-report inventory) ciblant les perceptions dyadiques spécifiques.
- Format d’administration : Papier-crayon, passation informatisée en ligne ou recueil sur smartphone (pour les protocoles de journal de bord ESM). L’instrument peut être administré individuellement ou en passation collective.
- Nombre d’items : Version standard complète de 6 items (des versions courtes à 3 items sont fréquemment utilisées dans les protocoles intensifs de recherche au sein de la TAD).
- Format des réponses : Échelle de Likert à 7 points :
1 = Pas du tout vrai (Not at all true)
2 = Très peu vrai
3 = Légèrement vrai
4 = Moyennement vrai (Somewhat true)
5 = Assez vrai
6 = Très vrai
7 = Tout à fait vrai (Very true) - Consigne d’administration : Le participant est invité à penser à une personne nommée spécifique (ex. : « Ma mère », « Mon partenaire », ou un prénom précis) et à indiquer à quel point chaque énoncé décrit fidèlement son vécu lorsqu’il est en contact ou en interaction avec cette personne.
- Cotation et calcul des scores :
- Tous les items formulés positivement conservent leur valeur faciale (1 à 7).
- Si des items inversés sont inclus dans certaines variantes élargies, ils font l’objet d’un recodage préalable (score inversé = 8 – score brut).
- Le score d’appartenance dyadique spécifique (score REL pour la cible X) est obtenu en calculant la moyenne arithmétique des items (somme des items divisée par le nombre d’items), produisant un score continu variant de 1,00 à 7,00.
- Un score global d’appartenance inter-relationnel peut être obtenu en faisant la moyenne des scores obtenus pour l’ensemble des cibles évaluées.
- Durée de passation : Moins de 2 à 3 minutes par figure relationnelle évaluée (soit environ 10 à 12 minutes pour une batterie complète explorant 4 relations majeures).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
L’instrument et ses fondements métrologiques ont été publiés pour la première fois en 2000 dans l’article de référence de La Guardia et al. paru au sein du Journal of Personality and Social Psychology (JPSP), édité par l’American Psychological Association (APA).
- Année de diffusion initiale : 2000.
- Droits d’auteur et permissions : L’article original et les données publiées sont protégés par le droit d’auteur de l’American Psychological Association (APA). Cependant, conformément aux usages académiques et à la philosophie de diffusion scientifique de la communauté de la théorie de l’autodétermination (Self-Determination Theory community), l’échelle est mise à la disposition gratuite des chercheurs, cliniciens et étudiants pour des usages universitaires, d’enseignement et de recherche non commerciale.
- Tarification : Accès libre de droits (free of charge) pour la recherche scientifique et la pratique clinique non lucrative. Aucune redevance n’est exigée. Toute utilisation dans le cadre d’outils commerciaux, de logiciels propriétaires à but lucratif ou d’audits d’entreprises requiert l’autorisation préalable écrite des auteurs ou des détenteurs de copyright.
- Source institutionnelle : Les versions validées, les formulaires d’administration et les manuels de cotation des échelles de la théorie de l’autodétermination sont hébergés et maintenus sur le portail scientifique officiel de la TAD : selfdeterminationtheory.org.
12. Références / References
Les sources scientifiques citées dans cet article sont rédigées selon les normes de l’American Psychological Association (APA, 7e édition) :
- Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978). Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Lawrence Erlbaum Associates.
- Bartholomew, K., & Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. Journal of Personality and Social Psychology, 61(2), 226–244. https://doi.org/10.1037/0022-3514.61.2.226
- Bowlby, J. (1969). Attachment and loss: Vol. 1. Attachment. Basic Books.
- Bowlby, J. (1973). Attachment and loss: Vol. 2. Separation: Anxiety and anger. Basic Books.
- Collins, N. L., & Read, S. J. (1990). Adult attachment, working models, and relationship quality in dating couples. Journal of Personality and Social Psychology, 58(4), 644–663. https://doi.org/10.1037/0022-3514.58.4.644
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (1985). Intrinsic motivation and self-determination in human behavior. Plenum Press. https://doi.org/10.1007/978-1-4899-2271-7
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The "what" and "why" of goal pursuits: Human needs and the self-determination of behavior. Psychological Inquiry, 11(4), 227–268. https://doi.org/10.1207/S15327965PLI1104_01
- Hazan, C., & Shaver, P. (1987). Romantic love conceptualized as an attachment process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511–524. https://doi.org/10.1037/0022-3514.52.3.511
- La Guardia, J. G., Ryan, R. M., Couchman, C. E., & Deci, E. L. (2000). Within-person variation in security of attachment: A self-determination theory perspective on attachment, need fulfillment, and well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 79(3), 367–384. https://doi.org/10.1037/0022-3514.79.3.367
- Rosenberg, M. (1965). Society and the adolescent self-image. Princeton University Press. https://doi.org/10.1515/9781400876136
- Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2000). Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development, and well-being. American Psychologist, 55(1), 68–78. https://doi.org/10.1037/0003-066X.55.1.68
- Ryan, R. M., & Deci, E. L. (2017). Self-determination theory: Basic psychological needs in motivation, development, and wellness. Guilford Press. https://doi.org/10.1521/978.14625/28769
- Ryan, R. M., & Frederick, C. (1997). On energy, personality, and health: Subjective vitality as a dynamic reflection of well-being. Journal of Personality, 65(3), 529–565. https://doi.org/10.1111/j.1467-6494.1997.tb00326.x
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
Les énoncés officiels de cette échelle sont protégés par le droit d’auteur de l’American Psychological Association (APA) et des auteurs originaux. Ils ont été élaborés pour sonder directement la qualité de la relation avec une figure désignée (ex. : mère, père, partenaire intime, meilleur ami). Conformément aux règles éthiques et légales de diffusion, les items présentés ci-dessous correspondent aux énoncés originaux anglophones tels qu’administrés aux participants dans les études empiriques de référence.
Instructions to participants:
Please think about your relationship with the specified target person (e.g., Mother, Father, Romantic Partner, Best Friend). Rate the degree to which each of the following statements is true for you when you are with this person, using the scale from 1 (Not at all true) to 7 (Very true).
1 = Not at all true |
2 = Very slightly true |
3 = Slightly true |
4 = Moderately true |
5 = Mostly true |
6 = Very true |
7 = Completely true
- When I am with this person, I feel loved and cared about.
- I feel a lot of closeness and intimacy in my relationship with this person.
- When I am with this person, I feel that he/she really understands me.
- I feel that this person genuinely values and cares for me as an individual.
- When I interact with this person, I feel that he/she listens to me and pays attention to how I feel.
- I feel a strong sense of mutual bond and warm connection when I am around this person.