1. Résumé / Abstract
L’échelle du Plaisir de la réminiscence (Reminiscing Enjoyment [RE]) constitue l’une des trois sous-échelles fondamentales de l’Inventaire des Croyances de Savourer (Savoring Beliefs Inventory [SBI]), conçu et validé par le psychologue Fred B. Bryant en 2003. Cet instrument psychométrique évalue la disposition cognitive et métacognitive d’un individu à anticiper le plaisir, à savourer l’instant présent et, spécifiquement dans le cas de cette sous-échelle, à éprouver de la satisfaction et des émotions positives par le rappel délibéré, la remémoration et la réactivation mentale d’expériences positives passées.
Composée de 8 items structurés selon une échelle de Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement d’accord »), l’échelle RE intègre une parité d’items formulés positivement et négativement (quatre items inversés : 2, 4, 6 et 7), ce qui permet de contrôler efficacement les biais d’acquiescement. Le construit opérationnalisé ne se résume pas à la simple fréquence des souvenirs autobiographiques, mais mesure spécifiquement la croyance perçue en sa propre capacité à revivre l’affect positif issu d’expériences antérieures et à en tirer un bien-être durable dans le présent.
Les propriétés psychométriques initiales ont été établies au cours de six études empiriques indépendantes rapportées par Bryant (2003), démontrant une consistance interne robuste avec des coefficients alpha de Cronbach oscillant entre .75 et .84 selon les cohortes. La fidélité test-retest à plusieurs semaines d’intervalle confirme une grande stabilité temporelle du trait. Sur le plan de la validité, l’échelle présente une validité de construit convergente marquée avec la satisfaction de vie, l’affect positif et l’optimisme, ainsi qu’une validité discriminante nette vis-à-vis des ruminations dépressives et de la nostalgie dysphorique. Adoptée également en psychologie de la consommation (notamment par Huang et al., 2016 sous l’appellation savoring-the-past pour prédire la patience des consommateurs face aux gratifications différées), cette échelle demeure un standard incontournable pour la recherche en psychologie positive, en gérontologie cognitive et en psychopathologie clinique.
2. Mots-clés / Keywords
Plaisir de la réminiscence, savourer le passé, Savoring Beliefs Inventory, régulation émotionnelle, psychologie positive, mémoire autobiographique, bien-être subjectif, affect positif, Fred B. Bryant, psychométrie, voyage mental dans le temps, patience temporelle.
3. Auteurs / Authors
L’instrument a été développé par :
- Fred B. Bryant, Ph.D. — Professeur émérite de psychologie à la Loyola University Chicago, Département de psychologie, Chicago, Illinois, États-Unis. Spécialiste reconnu à l’échelle internationale pour ses contributions fondamentales à l’évaluation psychométrique, à l’analyse multivariée, et pionnier de la théorie du « savourer » (savoring) au sein de la psychologie positive. Courriel institutionnel : [email protected].
Des travaux d’extension notables de la sous-échelle dans le champ de la prise de décision et du comportement du consommateur ont par ailleurs été conduits par des chercheurs tels que Xun (Irene) Huang (Nanyang Technological University), Ping Dong (University of Toronto) et Robert S. Wyer Jr. (The Chinese University of Hong Kong).
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’échelle du Plaisir de la réminiscence (RE) est de quantifier les croyances individuelles métacognitives relatives à la capacité de savourer les événements positifs a posteriori. Alors que la psychologie clinique et cognitive s’est historiquement concentrée sur les mécanismes de rappel dysfonctionnels — tels que les ruminations dépressives, les intrusions traumatiques ou le regret rétrospectif —, le cadre conceptuel développé par Fred Bryant postule que la mémoire autobiographique constitue également un réservoir inépuisable de régulation affective ascendante (up-regulation). L’échelle vise donc à évaluer avec quelle facilité, quelle intensité et quel plaisir subjectif un individu réactive mentalement ses épisodes de vie gratifiants.
Applications en recherche fondamentale et translationnelle
Dans le domaine de la recherche, l’échelle RE sert à explorer les processus du « voyage mental dans le temps » (mental time travel) orienté vers le passé. Elle permet d’examiner comment les croyances d’auto-efficacité relatives au savourer rétrospectif modulent la réactivité émotionnelle, la résilience psychologique face à l’adversité et le sentiment de continuité du soi au fil du temps. Les études de psychologie expérimentale s’appuient sur cette échelle pour déterminer si les individus dotés d’un score élevé de réminiscence parviennent plus aisément à réparer un état affectif négatif passager lorsqu’ils sont soumis à des protocoles d’induction de souvenirs autobiographiques positifs.
En économie comportementale et recherche sur le consommateur, les travaux menés par Huang et al. (2016) ont illustré une application novatrice du construit. Qualifié de savoring-the-past, le plaisir de la réminiscence s’est révélé être un déterminant psychologique robuste de la patience des consommateurs. En activant la remémoration de gratifications antérieures, les individus comblent temporairement leur besoin de récompense immédiate, ce qui accroît leur tolérance aux délais d’attente et réduit l’actualisation hyperbolique (hyperbolic discounting) des récompenses futures.
Applications cliniques et gérontologiques
Sur le plan clinique, l’échelle RE offre un outil diagnostique et d’évaluation thérapeutique précieux :
- Interventions basées sur la thérapie de réminiscence : En gérontologie et dans l’accompagnement des personnes âgées institutionnalisées, l’échelle permet de mesurer l’efficacité des protocoles de revue de vie (life review therapy) en quantifiant l’évolution du plaisir extrait des souvenirs, servant ainsi de rempart contre la solitude existentielle et le déclin cognitivo-affectif.
- Traitement des troubles de l’humeur : Dans la dépression majeure, l’un des déficits centraux réside dans l’incapacité à dériver du plaisir des souvenirs passés (les souvenirs heureux déclenchant parfois un contraste affectif douloureux et un sentiment d’amertume). L’échelle RE permet d’identifier ce mécanisme de blocage (reflété par des scores élevés sur les items inversés tels que l’item 2) et de guider les thérapies cognitives et comportementales vers la réhabilitation de la jouissance mnésique.
- Évaluation du capital psychologique : L’instrument sert à mesurer les ressources intrinsèques d’individus confrontés à des transitions de vie majeures, des deuils ou des maladies chroniques, en mesurant leur capacité à mobiliser activement leur banque de souvenirs valorisants pour soutenir leur moral.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit mesuré par le Plaisir de la réminiscence s’inscrit au carrefour de la mémoire autobiographique, de la métacognition et de la régulation émotionnelle. Selon la conceptualisation de Bryant (2003), savourer n’est pas un simple ressenti passif, mais un processus actif par lequel les individus s’attachent délibérément aux stimuli positifs, les apprécient, les prolongent et les amplifient. Lorsque ce processus s’applique temporellement à des événements déjà terminés, il devient la « réminiscence positive » ou « savourer le passé ».
Distinction entre fréquence de rappel et croyance de réminiscence
Il est crucial de distinguer la composante structurelle de la mémoire autobiographique (le simple fait de se souvenir ou le nombre de souvenirs stockés) de la croyance en son efficacité à savourer. L’échelle RE n’évalue pas combien de fois par semaine un individu évoque son passé, mais la manière dont il interagit subjectivement avec ce matériau mnésique :
- L’amplification affective rétrospective : La conviction que la réactivation mentale d’un événement permet de régénérer quasi instantanément une chaleur interne, une joie et un ravissement comparables à l’expérience originelle (ex. item 3 : « I feel a joy inside when I think back on happy moments from my past » ; item 8 : « When I reminisce about happy times, I can easily recreate that good feeling inside »).
- La constitution proactive d’une réserve de souvenirs : La propension intentionnelle à encoder des événements heureux avec la perspective métacognitive de les exploiter ultérieurement comme source de réconfort ou d’agrément (ex. item 5 : « I like to store up fond memories in my mind so that I can look back on them later »).
- L’absence d’amortissement affectif dysphorique : La capacité à se remémorer des moments disparus sans basculer dans l’affliction liée à leur caractère révolu. De nombreuses personnes inhibent la réminiscence positive car la fin de l’expérience génère chez elles une tristesse aiguë ou un contraste négatif (ex. item 2 inversé : « I don’t like to look back at good times too much, because it makes me feel sad that they are over »). L’échelle RE capture précisément la présence ou l’absence de ce verrou affectif négatif.
- La persistance et la reviviscence de l’empreinte mnésique : La facilité perçue à maintenir vivaces les détails sensoriels et affectifs du souvenir plutôt que de les laisser s’étioler rapidement une fois l’événement consommé (ex. item 4 inversé : « It’s hard for me to hang on to a good memory for very long » ; item 7 inversé : « Once a good experience is over, I tend not to think about it anymore »).
Réminiscence positive vs Nostalgie
Le construit de l’échelle RE se distingue nettement du concept classique de nostalgie. Si la nostalgie implique souvent une tonalité affective douce-amère (bittersweet), caractérisée par une mélancolie liée à l’irréversibilité du temps, le plaisir de la réminiscence ciblé par Bryant est préférentiellement hédonique, vivifiant et constructif. Il s’agit d’une compétence d’assimilation du bonheur passé comme une ressource affective immédiatement disponible dans l’instant présent.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
Le cadre théorique structurant l’échelle du Plaisir de la réminiscence repose sur le modèle bidimensionnel du savourer théorisé par Fred B. Bryant et Joseph Veroff (2007) dans leur ouvrage séminal Savoring: A New Model of Positive Experience. Cette approche s’intègre harmonieusement dans le paradigme plus large de la psychologie positive et de la théorie de l’élargissement et de la construction (Broaden-and-Build Theory) proposée par Barbara Fredrickson (2001).
La taxonomie temporelle du savourer (Bryant & Veroff)
Selon Bryant et Veroff, la régulation des affects positifs s’articule autour de deux axes fondamentaux : l’axe des opérations cognitives/comportementales et l’axe de l’orientation temporelle. Ce dernier postule que la cognition humaine dispose de trois fenêtres temporelles distinctes pour extraire de la valeur hédonique de l’existence :
- L’anticipation (Anticipating) : Savourer des événements futurs positifs par projection imaginaire avant qu’ils ne surviennent.
- L’instant présent (Savoring the Moment) : Intensifier et prolonger l’expérience positive en cours par l’attention focalisée, l’expression corporelle et la prise de conscience réflexive.
- La réminiscence (Reminiscing) : Rappeler délibérément à la mémoire de travail des épisodes gratifiants passés afin de réactiver les sentiments de joie, de fierté, de gratitude ou d’émerveillement qui y étaient associés.
Ces trois dimensions temporelles, bien que corrélées, sont conceptuellement et psychométriquement dissociables. Un individu peut exceller dans l’anticipation sans savoir apprécier l’instant présent, ou vivre pleinement l’instant mais négliger le rappel rétrospectif. L’échelle RE mesure la troisième branche de ce triptyque temporel.
Théorie de l’élargissement et de la construction (Fredrickson)
La théorie de Barbara Fredrickson postule que les émotions positives (telles que la joie, la sérénité ou la fierté) élargissent le répertoire temporaire de pensée-action d’un individu et renforcent durablement ses ressources personnelles physiques, intellectuelles, sociales et psychologiques. Dans ce cadre, la réminiscence positive constitue une stratégie métacognitive puissante : en revisitant des succès passés, des moments d’intimité ou des accomplissements personnels, l’individu déclenche une cascade neurobiologique et affective positive qui vient contrebalancer l’usure allostatique du stress et reconstituer le capital de résilience (coping émotionnel).
Modèle de l’auto-efficacité mnésique
L’échelle est également tributaire de la théorie sociocognitive d’Albert Bandura, notamment du concept de sentiment d’auto-efficacité. L’échelle RE n’évalue pas un trait de personnalité immuable (comme l’extraversion), mais un ensemble de croyances perçues concernant sa propre compétence à extraire de la félicité de ses souvenirs. Ces croyances agissent comme des prophéties autoréalisatrices : croire fermement que l’on est capable de revivre la joie passée encourage le recours régulier à cette pratique mentale, renforçant l’aisance d’accès aux traces mnésiques positives.
7. Validité / Validity
La validité psychométrique de la sous-échelle du Plaisir de la réminiscence a fait l’objet d’évaluations rigoureuses à travers les six études initiales publiées par Bryant en 2003, totalisant plus de 1 100 participants, ainsi que dans de multiples études de réplication internationales ultérieures.
Validité de construit convergente
La validité convergente de l’échelle RE a été établie en examinant ses associations statistiques avec divers instruments étalonnés évaluant le fonctionnement hédonique et le bien-être psychologique :
- Satisfaction à l’égard de la vie : Des corrélations positives significatives modérées à fortes (valeurs de $r$ comprises entre .36 et .48, $p < .001$) ont été observées avec l'échelle de satisfaction de vie (Satisfaction with Life Scale [SWLS] de Diener et al.). Les individus qui savourent leur passé rapportent une évaluation globale de leur existence nettement plus favorable.
- Affect positif : Des corrélations positives élevées ($r = .40$ à $.52$) apparaissent avec la sous-échelle d’Affect Positif du PANAS (Positive and Negative Affect Schedule), démontrant que la capacité à savourer le passé est étroitement liée à l’expérience quotidienne d’enthousiasme, d’énergie et de vitalité.
- Optimisme dispositionnel : L’échelle RE corrèle positivement avec le test d’orientation de vie (Life Orientation Test-Revised [LOT-R] de Scheier, Carver & Bridges), avec des coefficients situés autour de $r = .35$ à $.42$, soulignant qu’un ancrage mémoriel positif nourrit une vision confiante de l’avenir.
- Estime de soi : Des corrélations substantielles sont documentées avec l’échelle d’estime de soi de Rosenberg ($r = .30$ à $.45$), les souvenirs valorisants contribuant à consolider le sentiment de valeur personnelle.
Validité divergente et discriminante
L’échelle démontre une excellente capacité à se dissocier de construits théoriquement opposés ou non pertinents :
- Affect négatif et dépression : L’échelle RE présente des corrélations négatives robustes avec les scores de dépression mesurés par l’Inventaire de Dépression de Beck (BDI ; $r = -.32$ à $-.44$) et la sous-échelle d’Affect Négatif du PANAS ($r = -.28$ à $-.38$). Les individus présentant des scores RE élevés montrent une vulnérabilité atténuée aux spirales dépressives.
- Ruminations dépressives : L’échelle se dissocie nettement du style de réponse ruminatif (Ruminative Responses Scale de Nolen-Hoeksema), affichant des corrélations négatives ou nulles ($r = -.25$ à $.05$), prouvant que la réminiscence positive n’a aucun lien structural avec la rumination axée sur les causes et conséquences des symptômes dysphoriques.
- Désirabilité sociale : Les corrélations avec les échelles de désirabilité sociale (comme celle de Marlowe-Crowne) sont non significatives ou très faibles ($r < .12$), attestant que les réponses des sujets ne découlent pas d'une simple tendance à la présentation de soi favorable.
Validité prédictive et incrémentielle
Sur le plan prédictif, l’échelle RE s’est montrée capable de prédire l’amplitude du rebond de l’humeur positive après une induction expérimentale de stress en laboratoire. Les sujets affichant un score RE élevé parviennent, lorsqu’on leur demande de se remémorer un souvenir heureux, à restaurer leur fréquence cardiaque et leur valence affective positive beaucoup plus rapidement que les sujets ayant des scores faibles.
Dans l’étude de Huang, Dong et Wyer (2016), la sous-échelle a prédit avec succès la propension des consommateurs à patienter pour obtenir un bien supérieur plutôt que d’opter pour une récompense immédiate de moindre valeur. Les analyses de régression hiérarchique ont démontré que l’échelle RE apportait une contribution prédictive incrémentielle significative, au-delà des traits de personnalité généraux du modèle des Big Five (notamment au-delà du caractère consciencieux et de l’extraversion).
8. Fidélité / Reliability
Les propriétés métrologiques de l’échelle du Plaisir de la réminiscence en matière de fidélité et d’homogénéité interne sont particulièrement stables à travers différentes populations (étudiants universitaires, adultes en milieu de vie, personnes âgées).
Consistance interne
Au travers des six échantillons analysés par Bryant lors du développement initial du Savoring Beliefs Inventory (2003) :
- Les coefficients alpha de Cronbach ($lpha$) pour la sous-échelle RE de 8 items s’échelonnent systématiquement de .75 à .84, témoignant d’une cohérence interne tout à fait satisfaisante selon les standards psychométriques établis par Nunnally et Bernstein (seuil habituel de .70 pour la recherche et .80 pour les applications cliniques).
- Les corrélations item-total corrigées oscillent pour la totalité des items entre .42 et .68, aucun item ne dégradant la fiabilité globale du test lorsqu’il est supprimé.
- Le coefficient d’oméga de McDonald ($\omega$), mesuré dans des réanalyses psychométriques contemporaines, confirme cette consistance avec des valeurs moyennes supérieures à .81.
Stabilité temporelle (Test-Retest)
La fidélité test-retest a été investiguée sur divers intervalles chronologiques pour éprouver le statut dispositionnel du construit :
- Sur un intervalle de deux semaines, le coefficient de corrélation test-retest de Pearson s’élève à $r = .84$ ($p < .001$), indiquant une stabilité immédiate remarquable.
- Sur un intervalle de trois semaines, la fidélité se maintient à $r = .80$.
- Sur une période plus étendue de trois mois, le coefficient demeure solide à $r = .76$.
Ces données attestent que si les croyances relatives au plaisir de la réminiscence sont sensibles à des programmes d’entraînement cognitif ciblés, elles constituent néanmoins, en l’absence d’intervention délibérée, un trait psychologique stable dans le temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
La structure factorielle de la sous-échelle RE et son positionnement au sein de l’inventaire global (SBI) ont été validés par des analyses factorielles exploratoires (AFE) puis confirmatoires (AFC).
Analyses Factorielles Exploratoires (AFE)
Lors des phases de conception préliminaires, Bryant a soumis les 24 items originaux du SBI (8 pour l’anticipation, 8 pour l’instant présent, 8 pour la réminiscence) à des analyses factorielles avec rotation oblique (Promax), en formulant l’hypothèse de facteurs corrélés mais distincts. Les résultats ont systématiquement extrait trois facteurs majeurs correspondant sans ambiguïté aux trois orientations temporelles :
- Les 8 items de la sous-échelle RE saturent de manière prépondérante et exclusive sur le facteur « Réminiscence », avec des saturations factorielles (factor loadings) comprises entre .46 et .77.
- Les saturations croisées sur les facteurs d’Anticipation et de Savourer l’instant présent demeurent résiduelles et négligeables (généralement $< .20$), confirmant la spécificité dimensionnelle du domaine mnésique.
Analyses Factorielles Confirmatoires (AFC)
Pour mettre à l’épreuve la modélisation structurelle, Bryant (2003) a procédé à des AFC comparant plusieurs structures théoriques rivales :
- Modèle unifactoriel : L’ensemble des 24 items sature sur un facteur unique de « savourer global ». Ce modèle a présenté un ajustement très médiocre aux données empiriques ($\chi^2/ ext{ddl} > 4.5$, $ ext{CFI} < .75$,$ ext{RMSEA} > .10$).
- Modèle trifactoriel corrélé : Trois facteurs de premier ordre (Anticipation, Présent, Réminiscence) corrélés entre eux. Ce modèle a révélé d’excellents indices d’adéquation : ratio $\chi^2/ ext{ddl} = 1.82$, $ ext{CFI} = .94$,$ ext{TLI} = .93$,$ ext{RMSEA} = .051$ (IC 90% [.042, .060]) et $ ext{SRMR} = .048$.
- Modèle hiérarchique de second ordre : Un facteur général de savourer de second ordre chapeautant les trois facteurs temporels de premier ordre. Ce modèle a présenté des indices statistiques équivalents au modèle trifactoriel corrélé, justifiant pleinement tant l’utilisation d’un score global au SBI que l’usage clinique et empirique autonome et indépendant de la sous-échelle Réminiscence (RE).
Les analyses factorielles menées sur la sous-échelle RE isolée confirment son unidimensionnalité stricte une fois que la variance méthodique attribuable aux items inversés (méthode bifactorielle ou prise en compte des covariances résiduelles d’inversion) est contrôlée.
10. Instrument de mesure / Instrument
La sous-échelle du Plaisir de la réminiscence (RE) se présente sous les caractéristiques opérationnelles suivantes :
- Nom officiel : Reminiscing Enjoyment (RE) — Sous-échelle de réminiscence du Savoring Beliefs Inventory (SBI).
- Auteur : Fred B. Bryant (2003).
- Type d’évaluation : Auto-questionnaire psychométrique (self-report inventory).
- Durée d’administration : Environ 2 à 4 minutes pour la sous-échelle isolée (5 à 8 minutes pour le SBI complet de 24 items).
- Nombre total d’items : 8 items rédigés en langue anglaise originale (4 formulés positivement, 4 formulés négativement).
- Format des réponses : Échelle de Likert en 7 points graduée de la manière suivante :
- 1 = Strongly Disagree (Fortement en désaccord)
- 2 = Disagree (En désaccord)
- 3 = Slightly Disagree (Légèrement en désaccord)
- 4 = Neither Agree nor Disagree (Ni en accord ni en désaccord)
- 5 = Slightly Agree (Légèrement d’accord)
- 6 = Agree (D’accord)
- 7 = Strongly Agree (Fortement d’accord)
- Cotation et calcul des scores :
- Règle d’inversion : Les items 2, 4, 6 et 7 sont formulés négativement et doivent être obligatoirement inversés selon la formule arithmétique : $\text{Score inversé} = 8 – \text{Score brut}$.
- Score total : Calculé soit en effectuant la somme arithmétique des 8 items (après inversion), générant un score brut total compris entre 8 et 56 points ; soit en calculant la moyenne des 8 items (score moyen variant de 1.0 à 7.0).
- Interprétation normative : Plus le score obtenu est élevé, plus le sujet témoigne d’une croyance solide en sa compétence à tirer profit et joie de ses souvenirs autobiographiques. Un score bas reflète soit une indifférence mnésique, soit une vulnérabilité à l’amortissement affectif dysphorique (sentiment de tristesse face à ce qui est révolu).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2003 (au sein du Journal of Mental Health).
- Statut des droits d’auteur et permissions : L’instrument est protégé par le droit d’auteur académique (© Fred B. Bryant, 2003). Toutefois, son auteur a expressément autorisé l’utilisation libre, sans frais ni redevance financière (free of charge), à des fins de recherche académique, d’enseignement universitaire et de pratique clinique non commerciale.
- Accès et utilisation commerciale : Toute intégration de l’instrument au sein d’applications logicielles payantes, de programmes de coaching lucratifs ou de dispositifs de sélection professionnelle nécessite l’accord explicite et préalable de l’auteur.
- Contact et demandes : Les chercheurs souhaitant exploiter l’instrument ou solliciter des normes spécifiques peuvent contacter directement le Dr. Fred B. Bryant à la Loyola University Chicago. La citation rigoureuse de l’article princeps de 2003 est impérative lors de toute diffusion de travaux s’appuyant sur l’échelle.
12. Références / References
- Bandura, A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control. W. H. Freeman and Company.
- Bryant, F. B. (2003). Savoring Beliefs Inventory (SBI): A scale for measuring beliefs about savoring. Journal of Mental Health, 12(2), 175–196. https://doi.org/10.1080/0963823031000103489
- Bryant, F. B., & Veroff, J. (2007). Savoring: A new model of positive experience. Lawrence Erlbaum Associates Publishers. https://doi.org/10.4324/9780203879207
- Diener, E., Emmons, R. A., Larsen, R. J., & Griffin, S. (1985). The Satisfaction With Life Scale. Journal of Personality Assessment, 49(1), 71–75. https://doi.org/10.1207/s15327752jpa4901_13
- Fredrickson, B. L. (2001). The role of positive emotions in positive psychology: The broaden-and-build theory of positive emotions. American Psychologist, 56(3), 218–226. https://doi.org/10.1037/0003-066X.56.3.218
- Huang, X. (I.), Dong, P., & Wyer, R. S. (2016). Savoring the past: The impact of reminiscing on consumer patience. Journal of Consumer Research, 43(5), 708–725. https://doi.org/10.1093/jcr/ucw053
- Nolen-Hoeksema, S., & Morrow, J. (1991). A prospective study of depression and posttraumatic stress symptoms after a natural disaster: The 1989 Loma Prieta Earthquake. Journal of Personality and Social Psychology, 61(1), 115–121. https://doi.org/10.1037/0022-3514.61.1.115
- Quoidbach, J., Berry, E. V., Hansenne, M., & Mikolajczak, M. (2010). Positive emotion regulation and well-being: Comparing the impact of eight savoring and dampening strategies. Cognition and Emotion, 24(6), 1094–1105. https://doi.org/10.1080/02699930903339023
- Watson, D., Clark, L. A., & Tellegen, A. (1988). Development and validation of brief measures of positive and negative affect: The PANAS scales. Journal of Personality and Social Psychology, 54(6), 1063–1070. https://doi.org/10.1037/0022-3514.54.6.1063
13. Questions et items du questionnaire / Scale Items
7-point Likert scale:
1 = Strongly Disagree
2 = Disagree
3 = Slightly Disagree
4 = Neither Agree nor Disagree
5 = Slightly Agree
6 = Agree
7 = Strongly Agree
Items 2, 4, 6, and 7 are negatively worded and reverse-scored. To calculate the Reminiscing subscale score, reverse-score the negative items (8 – score) and sum or average all 8 items. Higher scores reflect greater capacity to savor positive past experiences through reminiscence.
- I enjoy looking back on happy times from my past.
- I don’t like to look back at good times too much, because it makes me feel sad that they are over.
- I feel a joy inside when I think back on happy moments from my past.
- It’s hard for me to hang on to a good memory for very long.
- I like to store up fond memories in my mind so that I can look back on them later.
- It’s easy for me to rekindle the joy from a past experience.
- Once a good experience is over, I tend not to think about it anymore.
- When I reminisce about happy times, I can easily recreate that good feeling inside.