1. Résumé / Abstract
L’Échelle de pensée analytique-holistique (Analytic-Holistic Thinking Scale [AHS]), développée par Incheol Choi, Minkyung Koo et Jong An Choi en 2007, constitue l’un des instruments psychométriques les plus influents dans le domaine de la psychologie interculturelle et cognitive. Cet outil a été conçu pour opérationnaliser et quantifier les différences individuelles relatives aux styles cognitifs analytiques et holistiques, initialement théorisés comme des divergences culturelles majeures entre les populations occidentales et est-asiatiques par Richard Nisbett et ses collaborateurs. Contrairement aux approches dichotomiques traditionnelles traitant la culture comme une variable purement catégorielle ou géographique, l’AHS permet d’évaluer la variabilité intraculturelle et interindividuelle de ces processus de traitement de l’information.
L’instrument se compose de 24 items mesurés sur une échelle de Likert en 7 points (allant de 1 = « Fortement en désaccord » à 7 = « Fortement d’accord »). La structure théorique et empirique de l’AHS repose sur un modèle hiérarchique composé de quatre sous-échelles fondamentales de 6 items chacune : (1) le Locus d’attention (orientation vers l’objet isolé versus intégration du contexte et du champ global), (2) la Causalité (modèle causal linéaire et focalisé versus causalité complexe, interactive et systémique), (3) la Perception du changement (trajectoire linéaire et stable versus évolution cyclique, dynamique et interconnectée), et (4) l’Attitude envers la contradiction (application stricte du principe logique de non-contradiction versus raisonnement dialectique et acceptation des compromis entre thèses opposées).
Sur le plan des propriétés psychométriques, l’AHS présente une cohérence interne satisfaisante, avec un coefficient alpha de Cronbach global oscillant généralement entre 0,73 et 0,76 dans les études de validation princeps et des réplications internationales, tandis que les sous-échelles affichent des valeurs comprises entre 0,56 et 0,71. L’analyse factorielle confirmatoire démontre un ajustement robuste pour un modèle de second ordre où les quatre dimensions convergent vers un facteur global de pensée holistique. L’échelle démontre une excellente validité de construit, discriminante par rapport aux traits de personnalité du Big Five et aux mesures d’intelligence générale, ainsi qu’une validité prédictive établie dans des tâches de catégorisation visuelle, d’attribution causale et d’évaluation comportementale des consommateurs.
2. Mots-clés / Keywords
Pensée analytique, pensée holistique, psychologie interculturelle, styles cognitifs, attribution causale, raisonnement dialectique, attention visuelle, cognition située, psychométrie, variabilité intraculturelle, échelle de Choi, épistémologie cognitive.
3. Auteurs / Authors
L’Échelle de pensée analytique-holistique a été formalisée et validée par une équipe de chercheurs du Département de Psychologie de l’Université Nationale de Séoul (Corée du Sud) et de l’Université de Virginie (États-Unis) :
- Incheol Choi, Ph.D. — Professeur titulaire au Département de Psychologie et Directeur du Center for Happiness Studies à la Seoul National University (Séoul, Corée du Sud). Spécialiste reconnu de la cognition culturelle, du bien-être subjectif et de l’attribution sociale. Courriel : [email protected].
- Minkyung Koo, Ph.D. — Ancienne chercheuse à la Seoul National University, professeure agrégée en comportement organisationnel et sciences de la décision (anciennement associée à l’Université de Virginie et à l’University of Illinois at Urbana-Champaign). Courriel académique via institution de rattachement.
- Jong An Choi, M.A. — Chercheur associé au laboratoire de cognition sociale de la Seoul National University lors de la conception de l’instrument.
4. Objectif / Purpose
L’objectif fondamental de l’Échelle de pensée analytique-holistique (AHS) est d’opérationnaliser les styles cognitifs à un niveau individuel, permettant aux chercheurs d’émanciper l’étude de la cognition culturelle des seuls plans d’expérimentation transnationaux. Historiquement, les recherches menées par Richard Nisbett, Kaiping Peng, Li-Jun Ji et Ara Norenzayan comparaient des cohortes d’Américains d’origine européenne et d’Asiatiques de l’Est (Japonais, Chinois, Coréens). Si ces travaux ont révélé des contrastes heuristiques saisissants, ils souffraient d’un biais d’homogénéisation : l’appartenance géographique ou ethnique servait de variable substitutive (proxy) à la cognition, postulant implicitement que tous les individus au sein d’une culture partagent le même niveau d’holisme ou d’analyse.
L’AHS a été créée pour répondre à trois nécessités épistémologiques et empiriques majeures :
- Quantification de la variance intraculturelle : Démontrer que des variations substantielles de pensée analytique et holistique existent à l’intérieur d’une même société (par exemple, identifier des penseurs éminemment holistiques aux États-Unis ou des penseurs hautement analytiques en Corée ou au Japon).
- Médiation psychologique : Fournir une mesure continue et paramétrique capable d’agir comme variable médiatrice ou modératrice dans les paradigmes expérimentaux portant sur la perception visuelle, le raisonnement inductif, la prise de décision financière et le jugement moral.
- Évaluation des transitions socio-écologiques : Mesurer comment l’urbanisation, les mobilités géographiques, le bilinguisme, l’acculturation et le statut socio-économique modifient les processus cognitifs fondamentaux au fil de la vie d’un individu.
Dans le domaine de la recherche fondamentale, l’AHS est intensivement mobilisée pour examiner l’attention visuelle sélective (par exemple, le suivi oculaire lors de l’exploration de scènes naturelles complexes), la flexibilité conceptuelle, la tolérance à l’ambiguïté et la créativité divergente. En psychologie du consommateur et marketing, l’échelle explique pourquoi les individus à profil analytique évaluent les attributs d’un produit de façon décontextualisée et modulaire, tandis que les profils holistiques privilégient la cohérence globale de la marque (brand extension), l’harmonie esthétique et l’écosystème d’intégration des services.
Sur le plan clinique et organisationnel, l’AHS permet de comprendre les styles d’attribution des responsabilités lors de conflits interpersonnels : les individus analytiques ont tendance à commettre l’erreur fondamentale d’attribution en incriminant les dispositions internes d’autrui, tandis que les individus holistiques intègrent spontanément les contraintes environnementales, organisationnelles et relationnelles ayant précédé l’événement.
5. Construit psychologique / Construct
Le construit de la pensée analytico-holistique est modélisé par Choi, Koo et Choi (2007) non pas comme un trait unidimensionnel bipolaire exclusif, mais comme un ensemble articulé de quatre systèmes épistémiques distincts mais corrélés. Chaque dimension capture un aspect fondamental du traitement de l’information où s’opposent l’ontologie analytique et l’ontologie holistique.
1. Locus d’attention (Attention : Objet focal vs Champ contextuel)
Cette dimension évalue si l’attention de l’individu est principalement orientée vers les propriétés intrinsèques d’un élément central (« focal object ») ou vers l’ensemble de la scène, incluant le fond, l’environnement et les interactions spatiales entre les objets (« contextual field »). L’individu analytique adopte une attention décontextualisante : il abstrait la cible de son arrière-plan pour en déterminer les caractéristiques distinctives (couleur, forme, statut individuel). À l’inverse, l’individu holistique déploie une attention globale et diffuse, estimant que la compréhension d’une entité est impossible sans examiner simultanément le réseau contextuel dans lequel elle s’inscrit.
Exemple appliqué : Face à une photographie représentant une personne souriante entourée d’individus tristes, le penseur analytique déduit immédiatement que la personne focale est heureuse. Le penseur holistique pondère l’expression de la cible par l’atmosphère globale du groupe, percevant le sourire comme inconfortable, ironique ou socialement atténué.
2. Causalité (Causality : Linéarité simple vs Interactionnisme complexe)
Cette composante porte sur la théorie implicite de la causalité régissant les événements du monde physique et social. La pensée analytique postule une causalité déterministe, directe et localisée : un événement $B$ résulte de l’action mécanique identifiable d’un agent ou facteur $A$. La pensée holistique adhère à l’interactionnisme causal : chaque événement est le produit d’un écheveau d’influences multifactorielles, directes, indirectes, proximales et distales qui co-agissent de manière rétroactive. Les holistes présument que tout est interconnecté (« tout influe sur tout ») et intègrent un nombre substantiellement plus vaste d’antécédents explicatifs lors de la reconstitution d’un événement historique ou d’un incident clinique.
3. Perception du changement (Perception of Change : Stabilité linéaire vs Dynamique cyclique)
Cette facette quantifie les attentes temporelles relatives à la trajectoire des états futurs. Les individus analytiques adhèrent à une vision linéaire de l’évolution : ils extrapolent les tendances actuelles de manière continue (si une situation s’améliore, elle continuera de s’améliorer ; si une trajectoire financière est ascendante, elle maintiendra son cap). Les penseurs holistiques s’appuient sur une vision ontologique du changement fondée sur la cyclicité, la réversibilité et l’alternance perpétuelle des pôles (inspiration issue du concept de Yin et Yang). Pour un esprit holistique, le zénith d’une condition porte en lui les germes de son déclin, et les extrêmes tendent naturellement à revenir vers un état d’équilibre oscillant.
4. Tolérance à la contradiction (Attitude toward Contradiction : Non-contradiction formelle vs Dialectique intégrative)
Inspirée des travaux de Peng et Nisbett (1999) sur la pensée dialectique, cette dimension évalue la réaction face à deux propositions en apparence contradictoires (« A est vrai » et « Non-A est vrai »). L’orientation analytique repose sur les principes de la logique aristotélicienne classique : le principe d’identité ($A = A$), le principe de non-contradiction ($A$ et non-$A$ ne peuvent être vrais simultanément sous le même rapport) et le tiers exclu. Face à une contradiction, le penseur analytique polarise : il cherche à rejeter l’une des prémisses comme fausse pour restaurer la cohérence formelle.
À l’opposé, l’orientation holistique privilégie le « compromis dialectique » ou la « voie du juste milieu » (Middle Way). Elle postule que la réalité est intrinsèquement paradoxale, mouvante et multidimensionnelle. L’affirmation d’une proposition et de son contraire reflète souvent deux facettes complémentaires d’une vérité plus large. Les personnes à score élevé sur cette dimension acceptent la coexistence pacifique de positions opposées sans ressentir de dissonance cognitive aiguë.
6. Cadre théorique / Theoretical Framework
L’assise conceptuelle de l’AHS prend racine à la confluence de l’anthropologie philosophique comparative et des sciences cognitives contemporaines. Le postulat structurant repose sur la thèse de Richard Nisbett exposée dans son ouvrage fondateur The Geography of Thought: How Asians and Westerners Think Differently… and Why (2003). Selon Nisbett et ses collaborateurs, les architectures cognitives humaines ne sont pas de simples invariants computationnels universels ; elles sont profondément configurées par les systèmes écologiques, économiques, sociaux et épistémologiques des civilisations au sein desquelles elles s’épanouissent.
L’héritage gréco-occidental et la pensée analytique
L’épistémologie analytique remonte à la Grèce antique, caractérisée par une organisation sociopolitique favorisant le sentiment de contrôle individuel, le débat d’idées argumenté dans l’agora et l’autonomie de l’agent moral. Sur le plan philosophique, Aristote, Platon et les pré-socratiques ont développé une méthode d’appréhension du monde basée sur l’isolation des substances fondamentales. Pour comprendre un objet (qu’il s’agisse d’un corps physique ou d’un citoyen), il convenait de :
- Le dissocier de son milieu accidentel.
- Identifier ses propriétés invariantes au moyen de définitions catégorielles rigoureuses.
- Appliquer des règles formelles d’inférence déductive basées sur la logique propositionnelle.
Ce paradigme a directement engendré la méthode scientifique occidentale cartésienne et newtonienne, fondée sur le réductionnisme : le tout se comprend en analysant minutieusement chacune de ses composantes élémentaires.
L’héritage est-asiatique et la pensée holistique
À l’inverse, la Chine ancienne et les sociétés confucéennes d’Asie orientale reposaient sur des économies agricoles intensives (notamment la riziculture inondée) exigeant une interdépendance communautaire extrême, une coordination des réseaux d’irrigation et une régulation rigoureuse des rapports hiérarchiques. Les systèmes philosophiques majeurs d’Asie de l’Est — le confucianisme, le taoïsme et le bouddhisme Mahayana — ont façonné une épistémologie organiste. La réalité est perçue non comme une collection d’atomes indépendants, mais comme un flux continu d’énergie ($Qi$) et de relations interconnectées.
Dans ce cadre holistique, aucune entité ne possède d’existence autosuffisante en dehors du champ global de ses résonances relationnelles. Les polarités fondamentales du Yin et du Yang ne s’excluent pas mutuellement selon les règles de la logique binaire, mais s’engendrent, se complètent et se transforment perpétuellement l’une en l’autre. L’harmonie collective prime sur la vérité catégorielle absolue.
Du macro-culturel au micro-psychologique : L’individualisation de l’épistémologie
Choi et ses collègues (2007) ont intégré ces modèles macro-historiques dans la psychologie cognitive sociale. Ils ont formulé l’hypothèse que si la culture distribue préférentiellement des scripts cognitifs analytiques ou holistiques, l’intériorisation de ces scripts varie au sein de chaque population. Les individus disposent de structures de connaissances (schémas, théories implicites) qui peuvent être chroniquement activées par l’éducation, l’environnement professionnel ou les expériences de vie. L’AHS mesure précisément ce niveau d’accessibilité cognitive individuelle chronique.
7. Validité / Validity
La validation empirique de l’AHS a fait l’objet d’un programme de recherche approfondi documenté par Choi et al. (2007) à travers quatre études successives combinant des échantillons coréens et américains, complétées ultérieurement par de multiples études internationales indépendantes.
Validité de construit et validité transnationale
Conformément aux prédictions théoriques, l’administration de l’AHS à des cohortes d’étudiants coréens ($N = 189$) et d’étudiants américains ($N = 138$) a mis en évidence une différence de moyennes très significative : les Coréens ont obtenu un score global holistique substantiellement plus élevé ($M = 4,96$, $ET = 0,44$) que les Américains ($M = 4,67$, $ET = 0,45$), avec une taille d’effet importante ($t(325) = 5,82$, $p < 0,001$, $d = 0,65$). Cette divergence s’est confirmée de manière systématique sur chacune des quatre sous-dimensions (Attention, Causalité, Changement, Contradiction).
Validité convergente
La validité convergente a été démontrée par des corrélations statistiquement significatives avec des mesures connexes :
- Interdépendance du soi : L’AHS est positivement corrélée avec l’échelle de soi interdépendant de Singelis (1994) ($r pprox 0,30$ à $0,40$, $p < 0,01$), confirmant que la perception d’un soi relationnel s’ancre dans un style cognitif holistique.
- Collectivisme : Des corrélations positives modérées sont régulièrement rapportées avec l’échelle d’orientation collectiviste (INDCOL de Triandis).
- Pensée dialectique : L’AHS corrèle fortement ($r > 0,50$) avec l’échelle de pensée dialectique (Dialectical Thinking Inventory de Spencer-Rodgers et al.).
Validité discriminante
Choi et ses collaborateurs ont minutieusement testé l’indépendance de l’AHS vis-à-vis d’autres construits cognitifs et de personnalité pour écarter toute redondance :
- Traits de personnalité du Big Five : Les corrélations entre l’AHS et les dimensions du NEO-PI-R (Extraversion, Névrosisme, Conscience, Agréabilité) se sont avérées quasi nulles ou négligeables ($|r| < 0,15$). Seule l’Ouverture à l’expérience a montré une légère association positive ($r pprox 0,20$, $p < 0,05$), ce qui est théoriquement cohérent avec la tolérance holistique à la complexité.
- Besoin de clôture cognitive (Need for Cognitive Closure) : Corrélations non significatives, attestant que l’acceptation de la contradiction n’est pas un simple rejet de l’ambiguïté ou une indécision pathologique.
- Intelligence générale et raisonnement analytique abstrait : L’absence d’association entre l’AHS et les matrices progressives de Raven confirme que l’AHS mesure un style cognitif préférentiel et non une aptitude ou une capacité intellectuelle brute.
Validité prédictive et critériée
L’AHS prédit fidèlement la performance comportementale dans une variété de tâches cognitives de laboratoire :
- Tâches d’exclusion causale : Dans un paradigme d’enquête criminelle où les participants devaient identifier des indices pertinents, les individus à score AHS élevé ont retenu un éventail d’indices périphériques et contextuels significativement plus large que les individus à profil analytique.
- Tâche de la ligne encadrée (Framed-Line Test – FLT) : Les scores sur la sous-échelle Locus d’attention prédisent la précision dans la tâche relative (capacité à estimer la proportion d’une ligne par rapport à son cadre contextuel), les holistes surperformant les analytiques.
- Comportement du consommateur : Les participants holistiques manifestent une plus forte acceptation pour les extensions de marque catégoriellement distantes (par exemple, une marque prestigieuse d’ordinateurs lançant une gamme de vêtements élégants) en raison de leur capacité à percevoir une relation thématique globale abstraite.
8. Fidélité / Reliability
Les études de reproductibilité et de stabilité psychométrique de l’AHS font état d’une fidélité globale très satisfaisante pour un inventaire mesurant des orientations épistémiques aussi amples et diversifiées.
Consistance interne
Dans l’article princeps de Choi et al. (2007), la consistance interne de l’échelle totale (24 items), évaluée par le coefficient alpha de Cronbach, s’établit à :
- Échantillon coréen : $lpha = 0,74$
- Échantillon américain : $lpha = 0,73$
Concernant les quatre sous-échelles spécifiques (comportant chacune 6 items), les coefficients alpha rapportés dans les études initiales et les réplications ultérieures s’échelonnent comme suit :
- Locus d’attention : $lpha = 0,68$ à $0,71$
- Causalité : $lpha = 0,65$ à $0,69$
- Perception du changement : $lpha = 0,56$ à $0,62$
- Tolérance à la contradiction : $lpha = 0,58$ à $0,64$
Si les coefficients de certaines sous-échelles (notamment le Changement et la Contradiction) se situent dans des zones modérées (autour de 0,60), les spécialistes de la psychométrie soulignent que ces dimensions mesurent des concepts hautement hétérogènes et non redondants, ce qui tend mécaniquement à abaisser la valeur de l’alpha sans nuire à la validité structurelle.
Fidélité test-retest
La stabilité temporelle a été documentée auprès d’un sous-échantillon d’étudiants ayant complété l’AHS à un intervalle de trois semaines. Les coefficients de corrélation test-retest de Pearson sont remarquablement stables :
- Score global de l’AHS : $r = 0,79$ ($p < 0,001$)
- Sous-échelle Locus d’attention : $r = 0,72$
- Sous-échelle Causalité : $r = 0,74$
- Sous-échelle Perception du changement : $r = 0,68$
- Sous-échelle Tolérance à la contradiction : $r = 0,70$
Ces données confirment que si les styles cognitifs peuvent être partiellement sensibilisés (priming) par le contexte immédiat, l’AHS capture une disposition psychologique dispositionnelle stable dans le temps.
9. Analyse factorielle / Factor Analysis
Le développement de l’AHS a suivi un protocole d’analyse factorielle rigoureux pour passer d’un corpus initial de plusieurs dizaines d’énoncés rédigés à partir de la littérature anthropologique et philosophique vers la forme finale à 24 items.
Analyse factorielle exploratoire (AFE)
Une analyse factorielle exploratoire initiale a été conduite avec extraction des axes principaux et rotation oblique (Promax), reflétant l’hypothèse théorique selon laquelle les composantes de la pensée holistique sont conceptuellement liées entre elles. Les critères d’extraction (valeurs propres supérieures à 1 selon le critère de Kaiser et examen du diagramme d’éboulis de Cattell) ont clairement mis en évidence une solution à 4 facteurs distincts correspondant exactement aux quatre domaines théoriques théorisés :
- Le facteur 1 (Causalité) regroupe les énoncés portant sur les causes multiples et contextuelles.
- Le facteur 2 (Attitude envers la contradiction) rassemble les items sur le compromis et les vérités opposées.
- Le facteur 3 (Perception du changement) capture les items relatifs à l’évolution cyclique et oscillante des événements.
- Le facteur 4 (Locus d’attention) intègre les items opposant le focus isolé sur l’objet à la vue d’ensemble contextuelle.
Les saturations factorielles des 24 items sélectionnés se sont toutes avérées supérieures à 0,40 sur leur facteur respectif, sans saturation croisée majeure (cross-loadings inférieurs à 0,25 sur les facteurs secondaires).
Analyse factorielle confirmatoire (AFC)
Pour confirmer l’architecture interne, Choi et al. (2007) ont comparé plusieurs modèles concurrents au moyen de la modélisation en équations structurelles (SEM) :
- Modèle 1 : Modèle unidimensionnel (un seul facteur général absorbant les 24 items). Ce modèle a présenté un ajustement très médiocre ($\chi^2/df > 3,5$, RMSEA $> 0,08$, CFI $< 0,75$).
- Modèle 2 : Modèle à quatre facteurs orthogonaux (indépendants). L’ajustement s’est révélé non conforme aux données.
- Modèle 3 : Modèle hiérarchique de second ordre, postulant un facteur général de pensée holistique chapeautant les quatre facteurs de premier ordre intercorrélés.
Le Modèle 3 hiérarchique a présenté les meilleurs indices d’adéquation empirique : $\chi^2(248) = 412,32$, $p < 0,001$, $\chi^2/df = 1,66$ ; RMSEA $= 0,047$ (intervalle de confiance à 90 % : $[0,039 ; 0,055]$) ; CFI $= 0,91$ ; SRMR $= 0,051$. Les saturations de second ordre liant le facteur général aux quatre sous-dimensions étaient toutes substantielles et statistiquement significatives ($eta$ variant de 0,51 à 0,78), démontrant la pertinence d’agréger les sous-scores en un indice global de pensée holistique.
Invariance de mesure transnationale
Des analyses d’invariance multigroupes ont validé l’invariance factorielle de configuration (configural invariance) et l’invariance métrique (metric invariance) à travers les populations américaines et est-asiatiques. Cela démontre que les 24 items mesurent les mêmes construits psychologiques sous-jacents avec des métriques factorielles équivalentes dans les deux sphères culturelles, autorisant formellement les comparaisons quantitatives de moyennes entre groupes.
10. Instrument de mesure / Instrument
- Type d’évaluation : Questionnaire d’auto-évaluation psychologique (self-report inventory).
- Format d’administration : Papier-crayon ou passation informatisée / en ligne.
- Nombre total d’items : 24 items répartis équitablement en 4 sous-échelles de 6 items chacune.
- Échelle de réponse : Échelle de Likert à 7 points (1 = « Fortement en désaccord » / Strongly Disagree ; 2 = « En désaccord » ; 3 = « Légèrement en désaccord » ; 4 = « Ni en accord ni en désaccord » ; 5 = « Légèrement d’accord » ; 6 = « D’accord » ; 7 = « Fortement d’accord » / Strongly Agree). Certaines versions abrégées ou adaptées utilisent une échelle de Likert à 5 points sans altération majeure des propriétés.
- Temps de passation : Environ 5 à 10 minutes.
- Calcul des scores et cotation :
- Pour chaque sous-échelle, la moyenne des 6 items correspondants est calculée.
- Le score global de pensée holistique s’obtient en effectuant la moyenne arithmétique des 24 items (ou la moyenne des scores des 4 sous-échelles).
- Items inversés : L’AHS comprend plusieurs items formulés dans le sens de la pensée analytique (par exemple, refus de la contradiction ou centration exclusive sur l’objet). Ces items doivent faire l’objet d’une inversion de cotation ($Score_{inversé} = 8 – Score_{brut}$ sur une échelle en 7 points) avant le calcul des moyennes.
- Interprétation : Un score moyen élevé (> 4 sur l’échelle de 7 points) indique une nette prédominance du style cognitif holistique (attention au contexte, causalité multifactorielle, anticipation du changement cyclique, flexibilité dialectique). Un score bas (< 4) reflète une orientation cognitive analytique marquée (focalisation sur l’objet, logique formelle binaire, causalité linéaire et attentes de stabilité continue).
11. Permissions, Tarifs et Année du test / Permissions & Fee and Test Year
- Année de publication princeps : 2007 (dans la revue Personality and Social Psychology Bulletin).
- Droit d’auteur / Copyright : L’article original et l’instrumentation sous-jacente sont protégés par le droit d’auteur de la Society for Personality and Social Psychology (SPSP) et publiés par SAGE Publications.
- Tarification et accessibilité : L’utilisation de l’AHS à des fins de recherche académique, scientifique et pédagogique non commerciale est libre de droits et gratuite, sous réserve de citer scrupuleusement la publication princeps de Choi et al. (2007).
- Utilisation commerciale et clinique déposée : Toute exploitation dans un cadre lucratif (évaluation en entreprise, sélection de personnel, applications logicielles commerciales de coaching) nécessite une demande formelle d’autorisation et d’octroi de licence auprès de SAGE Publications ou des auteurs originaux.
12. Références / References
Les sources académiques ci-dessous constituent le corpus théorique et empirique de référence fondant l’AHS :
- Choi, I., Koo, M., & Choi, J. A. (2007). Individual differences in analytic versus holistic thinking. Personality and Social Psychology Bulletin, 33(5), 691–705. https://doi.org/10.1177/0146167206298568
- Ji, L. J., Nisbett, R. E., & Su, Y. (2001). Culture, change, and prediction. Psychological Science, 12(6), 450–456. https://doi.org/10.1111/1467-9280.00384
- Markus, H. R., & Kitayama, S. (1991). Culture and the self: Implications for cognition, emotion, and motivation. Psychological Review, 98(2), 224–253. https://doi.org/10.1037/0033-295X.98.2.224
- Nisbett, R. E. (2003). The geography of thought: How Asians and Westerners think differently… and why. Free Press.
- Nisbett, R. E., Peng, K., Choi, I., & Norenzayan, A. (2001). Culture and systems of thought: Holistic versus analytic cognition. Psychological Review, 108(2), 291–310. https://doi.org/10.1037/0033-295X.108.2.291
- Norenzayan, A., Choi, I., & Nisbett, R. E. (2002). Cultural similarities and differences in social categorization. Cognition, 85(1), 67–83. https://doi.org/10.1016/S0010-0277(02)00074-6
- Peng, K., & Nisbett, R. E. (1999). Culture, dialectics, and reasoning about contradiction. American Psychologist, 54(9), 741–754. https://doi.org/10.1037/0003-066X.54.9.741
- Singelis, T. M. (1994). The measurement of independent and interdependent self-construals. Personality and Social Psychology Bulletin, 20(5), 580–591. https://doi.org/10.1177/0146167294205014
- Spencer-Rodgers, J., Srivastava, S., Boucher, H. C., Norasakkunkit, V., & Peng, K. (2010). The dialectical self-concept: Contradiction, change, and holism in East Asian cultures. Personality and Social Psychology Bulletin, 36(3), 295–309. https://doi.org/10.1177/0146167209359701